AlUu ethnographique^ labl. xxiii
2. L'écriture présente une marche analogue, l'hiéroglyphisme ayant précédé l'alphabétisme. Tant il est vrai que la complexité se relrouYB bien plutôt que la simplicité au début de l'esprit humain.
confiés les dogmes religieux et la liturgie. Le sanscrit chez les Hindous, le pâli chez les bouddhistes, le kawi à Java et dans Tlle de Bali, le zend et le pehlvi chez les Parsis, le tibétain chez les Mongols, Thébreu chez les juifs, le samaritain, le mendaïte ou nazoréen, le copte chez les sectes du même nom; le chaldéen chez les Syriens orientaux, le syriaque chez les Maronites, le grec chez les Abyssins, l'arabe dans toutes les régions musulmanes, Tarménien, le géorgien anciens, dans les pays où ces dialectes furent jadis vulgaires, sont l'idiome d'une liturgie, d'un livre sacré ou d'une version vénérée à l'égal d'un livTe sacré, et constituent l'objet presque exclusif des études, réduites dans ces contrées à l'ordre sacerdotal. C'est une loi générale, en effet, que la langue liturgique et sacrée ne soit pas la langue vulgaire ^
Une autre cause a dû contribuer à maintenir chez les nations chrétiennes de l'Orient le culte de la langue ancienne. La plupart de ces nations n'ont commencé à cultiver leur langue, souvent môme à l'écrire, que par suite de l'introduction du christianisme. Leur premier ouvrage a d'ordinaire été une version de la Bible, que l'antiquité a entourée aux yeux du peuple d'un prestige de sainteté et qui d'ordinaire a sa légende miraculeuse. C'est à la forme fixée par cette première littérature que la nation demeure dans la suite invariablement attachée. Les peuples de l'Orient, en effet, n'ont d'ordinaire été déterminés
1. Souvent même elle est complètement ignorée de ceux qui en répètent les sons avec un respect traditionnel, en leur attribuant encore une efiicacitè surnaturelle. C'est ainsi que le copte et le xend ont été à certains moments presque entièrement ignorés des sectes religieuses qui s'en servent dans leur Uturgie. Cf. Abel Rémusat, Bdch. 9W hs langues tartarcs, p. 161, 371.
à écrire que par un motif religieux. Les Arméniens; les Géorgiens, les Syriens, les Éthiopiens n'ont guère eu de littérature que depuis le christianisme et sous son influence. Le Tibet n'a connu les lettres que par suite de l'introduction du bouddhisme.
Le même fait se reproduit, avec des modifications profondes, chez les nations occidentales. L'ancien slavon sert de langue liturgique à TÉglise russe, et constituait avant Pierre le Grand l'organe unique de la littérature. Les traditions mythologiques de l'Ëdda sont consignées dans l'ancien nordique, et maintenant encore le grec et le latin servent de langues sacrées et liturgiques à des cultes chrétiens. Mais les langues anciennes étaient destinées chez ces nations à un rôle plus étendu et plus universel. Ce qui est langue sacrée pour les Orientaux, lesquels ne conçoivent la science que sous la forme religieuse, devient langue classique chez les nations européennes. A vrai dire, ces deux rôles ne sont pas distincts : ce sont deux manières, accommodées au génie divers des peuples, d'être la langue des choses de l'esprit; et ce serait môme se tromper que de considérer une de ces deux fonctions comme excluant l'autre. En effet, la langue antique, qui, chez les Occidentaux, est surtout classique, y est quelquefois sacrée, et réciproquement la langue sacrée des Orientaux joue souvent chez ces nations le rôle de classique. En un mot, soit sous forme de langue sacrée, soit sous forme de langue liturgique, soit sous forme de langue classique, qu'elle se réfugie dans les temples ou dans les écoles, ou dans les uns et les autres, la langue antique, après sa disparition de l'usage vulgaire,