DISCOURS A L'INSTITUT
dans Fart savant des marches indirectes vers le résultat qu'on ne peut atteindre de front, dans l'habitude de ne rien négliger, dans la capacité de tenir à la fois beaucoup de choses fixées sous le regard, toutes ces aptitudes qui font rhomme judicieux, perspicace, sont devenues les maîtresses parties de l'esprit humain, celles qui font la destinée des nations.
Ce n*est pas seulement par vos méthodes, c'est surtout par Tesprit de vos grandes publications, de ces vastes collections dont vous êtes les continuateurs séculaires, que vous protestez contre le principal défaut de notre temps, je veux dire le dédain du passé, l'insouciance de la tradition, Toubli de cette vérité que nous sommes Tabou* tissant de siècles entiers de dévouements et de sacrifices* Conservateurs jaloux et sévères des monuments du passé de, la France, vous voyez mieux que personne les périls que font courir à la civilisation l'ignorance, la présomption, l'étourderie (pour laquelle on cesse d'être indulgent quand on la voit presque toujours doublée d'égoisme), l'intrusion dans les grandes affaires humaines des vues irréfléchies d'une politique superficielle, qui n'admet aucune chaîne des morts aux vivants, aucune obligation entre le dernier initié qui reçoit le flambeau de la vie et les divins initiateurs qui l'allumèrent. Mieux que personne, vous savez que la théorie la plus fausse de In société humaine est celle de l'égoïsme étroit, où l'homms est conçu comme un être sans racines dans le passé, sans Uens avec l'avenir. Plébéiens ou patriciens, nous sortons tous d'un passé; tous nous avons des ancêtres. La famille obscure ou illustre qui nous a nourris, l'école qui nous a élevés, l'église où nous eûmes la révélation du
monde idéal, l'institutioii libérale, fruit de notre vieille et bienveillante société française, qui a offert un abri à nos timides essais, la patrie, enfin, qui, pour le plus déshérité, est un héritage de gloire, un legs d'honneur, sont autant de traditions que les naïfs enfantillages d'une vanité juvénile ne remplaceront jamais. Certes, c'est mal entendre le respect du passé que de se croire obligé, par égard pour les morts, de condamner les vivants à Tîmmobilité. Mais, de même que la piété filiale n'a jamais empêché personne de suivre librement la voie que sa conscience ou son devoir lui traçaient, de même, le respect de l'histoire n'a jamais entravé un pays dans b voie de ses légitimes développements. La civilisation est une oeuvre de raison lente et de science profonde, ii laquelle on ne travaille utilement qu'en prenant un soikde point d'appui sur des assises antérieures. Deux cooditioBs seront éternellement requises pour le progrès : avant to«t, posséder derrière soi un passé que l'on respecte; es second lieu, faire consister le respect à développer ce passé, à tirer de lui ce qu'il contenait de juste et dis fécond.
C'est la confiance de tiravailler ajosl à quelque chose d'éternel qui vous soutient et justifie l'ancienne devise de notre compagnie : Vetat mon. Ce qui est bon est toujours bon, et si, pour cultiver la sci^ice et l'art, now devions afttendre le eakœ, nous attendrions, longtemps peut-être. La science est comme le devoir; elle ne chôoie jamais. Dédaignant les malentendus et peut-être les railleries des esprits superficiels, vous allez déclarer par vos récompenses qu'ils n'ont pas perdu leur temps pour h patrie, ces laborieux investigateurs qui, répondant à votre appel, se sont plongés, durant les tristes jours que nous