‹ Mélanges d'histoire et de voyagesChapitre 66 sur 74 · U DIRECTEUR GÉRANT DU JOURS AL DES DÉBATS · texte numérisé non relu

U DIRECTEUR GÉRANT DU JOURS AL DES DÉBATS

Paris, le 4 juillet 1875.

Monsieur et ami,

Vous me demandiez, il y a quelques jours, comment il se fait que, partisan de la liberté en toute chose, je trouve la loi nouvelle sur l'enseignement supérieur pleine d'inconvénients et de dangers. Votre question m'a touché. Permettez-moi d'y répondre en peu de mots. '

Oui, certes, s'il est quelque chose qui doive être libre, c'est l'enseignement supérieur, puisque cet enseignement s'adresse à des esprits déjà formés, doués de discernement et capables de n'admettre une assertion que si elle est accompagnée de bonnes preuves. Mais la liberté n'est pas la désorganisation. L'art dramatique a ses lieux naturels d'exercice, ce sont les théâtres; la musique a se>;

endroits d'exécution, ce sont les conservatoires et les salles de concert; les courses ne se peuvent commodément exécuter sans hippodrome. Le lieu où se donne renseignement supérieur, c'est l'Université. Dans le sein de l'Université, la liberté doit être entière; toutes les opinions doivent se produire; aucune ne doit être privilégiée. Mais prétendre donner les exercices universitaires en dehors des universités^ c'est comme de prétendre donner de brillantes courses en dehors de Longchamps et de Chantilly, ou renouveler Tart dramatique avec de petits théâtres de société.

L'Université est la lice, le grand champ clos de l'esprit humain. L'État doit être propriétaire de cette lice, en régler la police extérieure, en faire les frais généraux; puis, quand le champ de bataille est préparé et que Ja loyauté du combat est bien assurée, il l'ouvre à Tétemelle dispute, sans lui-même y prendre part. Voilà la féconde conception qui, confusément éclose vers la fin du xn* siècle sur la montagne Sainte-Geneviève, a produit l'Université de Paris et, ad instar studii Parisiensis^ toutes les universités du monde. L'Allemagne, surtout dans les temps modernes, en a tiré les plus précieux fruits.

Mais, me direz-vous, les temps sont changés. L'Université de France, créée par Napoléon ï*', n'a rien de oommun avec les universités d'autrefois; l'administration centralisée de Tinstniction publique a produit nn complet abaissement des études en province, et la liberté elle-même s'est aussi mal trouvée que possiWe d'un tel régime. En pratique, pour donner satisfaction aux justes réclamations de la liberté et pour relever les études, queferiez-vous en dehors de ce que l'on a fait?

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