LA LIBERTÉ DE L ENSEIGNEMENT
Ce que je ferais, le voici :
Et d'abord je sB]»pri]iieniis ce déplorable baitrarâme â^Vnivergtié de France^ assemblage de mois tout à fuH kicohérents. L'essence d'une université est de résider dans une ville, d'y avoir son existence indépendante. « Université d'Oxford », a université de Tubingiie o sont àes mots qui se comprennent. Mais qui jamais a eoteada parler d' c université d'Allemagne », d' « «niveraîlà d'Angleterre ?» Il &ut revenir i ce vieuK système des «liversités distinctes et rivales que la France a inauguré autrefois, qu'elle a eu le tort d'abandonner, et qui est aiqourd'hui celui de toutes les nations civilisées.
Organisons d'abord l'Université de Paris. Cela sera bien facile, puisque Paris possède les cinq facultés qui sont les parties int^antes de toute université. Il suffira de réunir par un lien réel les iaoubés des lettres, des jicîenoes, de médecine, de droit, de théologie. Le coips ainsi constitué aura ses conseils, ses assemUées, son reoteur annuel, désigné par un roulement analogue à ee qni se pratique dans les universités étrangères. U n'y a pas une seule des facultés de Paris qui ne renferaie des professeurs éminents ; mettcms que l'une ou l'autre de ces facultés paraisse faible , inccuaplète , on y devrait adjoindre quelques hommes de mérite supérieur. Gela fait, il s'agirait d'ajouter au corps de professeurs ainsi constitué une annexe indispensable, sans laquelle tout institirt d'enseignement est défectueux, illibéml, fermé, avec laquelle au contraire la porte est ouverte à tons les progrès : je veux parier de ce que l'on appelle ^i Allemagne le Privat-4aceniisme, et de ce que nous appellerons l'enseignement supérieur libre. Le mécanîsaie d'un lei eii-
seignement est d'un grande simplicité; je demande pendant qu'on veuille bien ne pas négliger une seule des conditions qui vont suivre, car une seule de ces conditions omise sufiSt pour faire d'une chose excellente oim cbose inutile ou nuisible.
L'enseignement libre des facultés consistera en ceci, c'est que toute personne munie de garanties qui sont ik déterminer (contentons-nous provisoirement du grade de docteur), et qui désirera faire dans l'une des cinq facultés un cours analogue à ce que l'on y enseigne, n'aura qu'à se présenter devant le doyen de cette faculté, à loi exposer son désir, à lui indiquer le titre et le programnie du cours qu'il veut faire. Le lendemain, sans avoir consulté aucune autorité supérieure, le doyen doit lui assigner une salle et une heure ; il devra, de plus, pourvoir à Taffichage dans les conditions réglementaires, et veiller à ce que les appariteurs touchent pour le professeur libre la rétribution de ses élèves, rétribution fixe, la même pour tous, à laquelle il ne sera pas loisible au professeur libre de renoncer. Non-seulement tous les élèves de la faculté pourront suivre de tels cours; ils pourront n'en pas suivre d'autres; au jour de l'examen, nulle recherche ne sera faite à cet égard. Le seul lait de rinscrîption sur le registre de la faculté devra être constaté.
Mais, dira-t-on, les cours libres étant payés par les élèves, et les cours ordinaires, salariés par l'État, étant gratuits, le professeur libre enseignera dans des conditions désavantageuses. Il n'en sera rien si, comme je le pense, les cours des professeurs ordinaires, salariés par l'État, doivent être également soumis à la rétribution. Au lieu de verser d'une façon indistincte le prix de son
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inscription dans les caisses de l'État» il faut que relève paye directement son professeur, soit ordinaire, soit libre. Il en résultera pour le professeur ordinaire un supplément bien légitime à des traitements devenus tout à fait insuffisants, et pour le professeur libre une entrée de carrière modeste ou brillante en proportion de ses succès.
La main sur la conscience, quel est l'ami le plus timoré de la liberté qui puisse dire que, dans un tel système, tout le monde n'est pas parfaitement libre? Prenons l'opinion la plus susceptible, celle qui s'imagine le plus volontiers être lésée dans ses droits, l'opinion catholique; de quoi peut--elle se plaindre? D'abord, dans l'obtention des chaires ordinaires , rétribuées par l'État , personne ne sera exclu apparemment parce qu'il est catholique. Nous avons vu plus d'une carrière gênée faute d'une orthodoxie suffisante ; nous n'en avons vu aucune à laquelle l'orthodoxie du sujet ait été un obstacle. Hais supposons que les pasteurs catholiques trouvent que dans une Faculté les opinions contraires aux leurs ont trop le dessus, que les leurs ne sont pas suffisamment représentées, le remède est bien simple : qu'ils lancent comme professeurs libres dans le sein de ladite Faculté deux ou trois jeunes docteurs, défenseurs des idées orthodoxes. Les élèves auront parfaitement le droit d'aller à leurs cours et même de n'aller qu'à ces cours, puisqu'au jour de l'examen on ne demande aucun compte à l'élève des professeurs qu'il a entendus. Un tel système ne vaudrait-il pas beaucoup mieux que des cours d'apologétique chrétienne à huis clos dans des Facultés fermées ? Je suppose, de nos jours, dans le parti catholique, un homme du mérite d'Ozanam. Est-ce qu'il n'aimerait pas bien mieux professer à la
Sort)onne, au risque d'avoir pour collègues des personnes d'une opinion entièrement opposée à la sienne, que cfaser son talent dans un enseignement sans sonorité, sans publicité, donné au fond d'un établissement public qui, en art)orant hautement le drapeau d'un parti, s'enlève par là presque toute autorité?
Ce qui importe à la jeunesse qui suit les cours de renseignement supérieur, c'esjt d'entendre des voix très-diverses, d'assister au dioc des opinions; ce qu'on doit retirer de ces luttes, c'est moins un ensemble de doctrines fixes (Q n'y en a guère de telles dans les hantes régions de Tesprit humain) que l'exercice intellectuel, la gymnastique, en quelque sorte, qui est le fruit de la discussion. I>e là résultent pour l'esprit un éveil, une élasticité, une ductilité, un afSnage qui se retrouvent dans toutes les applications et font les nations intelligentes, sagaces, ari-
De là résulte en même temps pour la jeunesse un souvenir qui laisse dans Time une trace ineffaçable. Cest la joie d'avoir été ainsi pendant trois ou quatre années spectateur et partie dans la grande bataille de l'esprit humain, qui fait que le temps d'université reste pour tons les Allemands une sorte de paradis au dâmt de la vie, si bien qu'au travers des carrières les plus ingrates, l'ancien élève de Heidelberg ou de Gosttingue se reporte arec délices à « ces beaux jours d'Aranjuez » oà il n'a été occupé que de recherches désintéressées, où il a ocHinu des grands hommes, reçu leurs leçons, respiré leur esprit. Ce fonds intellectuel et moral suffit comme provision de ^'oyage à une existence tout entière, et constitue le lest de convictions sérieuses dont aucune vie ne saurait se