‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 2)Chapitre 21 sur 91 · CORRESPONDANCE. XCV · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE. XCV

Coppety ee 7 aotU 1816.

J*ai lu votre extrait, Monsieur, avec le plus grand plaisir , et je serai enchanté de]e voir puhlii'^ en entier. Je vous suis très-reconnaissnnt des éloges que vous donnez à mou petit essai ; je vous prie seulement d'ajouter un mot sur ma priorité. Comme vous nommez M. Muxtoxidi le premier, on fiourrait prendre le change là-dessus.

Je souhaite seulement que les éditeurs de la Bibliothèque Universelle ne trouvent pas votre érudition im peu trop imposante pour leur public, surtout le grec, qui est de Thébreu pour presque tout le monde.

Il me semble que dans le texte de Pausanias , que vous citez page 8, il doit y avoir une omission ; je ne vois pas à quoi peut se lier le féminin àuni.

Le quadrige de Chios ne courrait aucun risque des déprédations de Verres. Il ne volait que des objets propres à orner sa maison ou à être vendus avec avantage, surtout des vases d'argent avec des bas-reliefs. Il ne paraît pas même avoir enlevé des statues au-dessus de grandeur naturelle, c His pulchritudo periculo, amplitudo saluti fuit, » dit Cicéron de quelques statues.

Je vous remercie bien de vos livres ; ceux de Beaufort sont très-bons, excepté qu*i] donne dans la déplorable hypothèse celtique. On peut aller plus loin aujourd'hui ; on peut écrire sur la certitude de Tancienne histoire de Rome en sens inverse des opinions généralement admises. Notre Niebuhr ]*a fait sur plusieurs points, et je compte le faire sur d'autres. Je voudrais bien causer sur tout cela avec vous, et je profiterai de la première occasion pour le faire. En attendant, permettez-moi de vous proposer quelques questions.

1<» Connaissez-vous quelque écrit moderne sur les ruines de Véies? Pouvait-on voir cette ville des hauteurs de Rome? La distance n'était que de 1(X) stades; mais il s'agit de savoir s'il n'y avait pas des coHines entre deux qui Fempèchaient. Il me semble qu'à Rome on m'a montré la montagne où Véîes doit avoir été situé ; je n'en suis pourtant pas sûr.

'i^ Où se trouve un fiagment de l'empereur Gaude, dans lequel il dit que Servius-Tullius était im Étrusque appelé Mastama ?

3» M. Niebulir admet que les Romains avaient des poésies nationales épiques; que plusieurs récits de leur ancienne tiistoire y sont puisés, et par conséquent ont une certaine base traditionnelle. Je ne le pens^ pas; j'y vois pour la plupart des inventions grecques; par exemple, l'exposition de Roiiiulus est imitée de celle de Cyrus ; la prise de Gabics est composée de celle

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de Babylone, et du conseil que Thrasybulc donna à Périandre, etc. Sans doute, les Romains ont anciennement chanté leurs héros, mais je crois que ces chants n'étaient que des morceaux lyriques très-courts, et qui ne fournissaient pas matière i un récit détaillé. Le passage d*Ennius :

Scripscre alii rem, Vrri^ibu' qnos oliin Paanl vales<|uo canebant

se rapporte à Naevius, qui était déjà un imitateur des Grecs. Ck>nnai$sez-vous des témoignages sur les anciens Voles, sur les vers saturniens, etc. qui puissent porter h croire que les Romains, avant leur époque littéraire, ont eu ih'is poésies épiques transmises par la tradition orale ? Mais en voilà bien assez pour aujourd'hui.

Au plaisir de vous revoir. Tout à vous,

SCHLEGEL

Je prends la liberté de vous envoyer ci -joint la traduction italienne de ma lircKliure.

xxrv

Coppef^ S octobre 1816,

J*ai eu un regret inflni, Monsieur, de ne pas vous trouver hier chez vous, ni à la campagne, ni en ville; je m'étais pourtant mis en route de bien bon matin. Tespère m'en dédommager une autre fois. Faites-moi savoir, de grâce, si vous passerez à La Grange la matinée du samedi prochain?

£n attendant, je vous prie de m' accorder quelques secours littérain»s. J'ai expédié les Romains ; je suis à présent occupé du groupe de Niobé, par rapport à l'hypothèse de Gockerell, dont je crois vous avoir montré la feuille gravée. Je soutiens h cette occasion que les Grecs, dans la belle époque de l'art, ont toujours placé dans les frontons de leurs temples des statues et non pas des bas-reliefs, et que cet usage est presque aussi ancien que l'invention du fronton même. Il doit y avoir eu des statues dans celui du grand ' temple de Paeslum, quoiqu'on n'en ait point trouvé de traces. Nous le savons par rapport au temple de Jupiter Olympien k Agrigente , par Diodore de Sicile*. Je pense que le tympan du fronton n'a été orné de bas-relie& que du temps des empereurs romains; cependant, je ne me rappelle aucun monument antique où l'on en ait trouvé. J'espère trouver quelque lumière làdessus dans Vitnive.

i Kavrc a mis ici trois ptrfiils d'interrogation (•?»»). — >;«/.

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