D'ALEXANDRE LE GRAND
Les traditions fabuleuses sur Alexandre le Grand ont été extrêmement répandues tant en Orient qu'en Occident. Le sujet était trop beau pour que les romanciers ne s'en emparassent pas ; elles servent de base a un grand nombre d'écrits, et les auteurs, les rédacteurs, les copistes, les traducteurs les ont souvent modifiées dans la vue de les embellir, de les amplifier ou de les abréger. Mon but est de donner une idée de l'étendue et de la célébrité de ces traditions, et, pour l'atteindre, je les suivrai chez les différents peuples et dans différents âges.
L'expédition d'Alexandre fit vraisemblablement connaître aux Grecs des écrits que l'on peut assimiler à ceux qui, seize
siècles plus tard, eurent tant de succès en Europe sous le nom de Romans de Chevalerie ^. Ils semblent tirer leur origine de la Perse, peut-être de Tlnde, et les hauts faits des guerriers de l'Iran et du Touran sont les premiers sujets de ces compositions dans lesquelles l'héroïsme militaire est allié aux aventures surnaturelles et aux prestiges du merveilleux '. Dès les temps les plus anciens, les rois de Perse faisaient écrire l'histoire de leur règne ^, et l'on sait que plus tard les traditions historiques et romanesques de cet empire, écrites dans la langue pehlvi ou langue des Hèros^^ furent réunies en corps d'histoire par ordre de Yezdejerd, dernier roi desSassanides'. Malgré les efforts des Arabes pour détruire les écrits des Persans, comme ils avaient détruit leur empire ^, il en échappa à leur intolérance un nombre assez grand, pour que, sous les kalifes abas^des, on pût traduire du pehlvi en arabe, les principales parties de l'ancienne histoire des Perses ^. Firdousi (X® siècle) trouva dans
1 V. le roman arabe d'Antar : Les aventures de Roustan et de Kai-Kaouê dans le Schah-nameh. (Aevtie des Deux Mondes^ 13 juin i846.)
s Non-seulemeiit les aventares des héros de Tlran ressemblent à celles que racontent les romans de chevalerie, mais on y trouve des détails exactement semblables. Ainsi les armures des guerriers perses et celles de leurs chevaux sont les mêmes que celles de nos chevaliers occidentaux dans les écrits de nos romanciers. V. les passages sur les Equi cataphraeti et cUbanarn, que le président Brisson a réunis dans son livre de Regio Persarum principatu^ lib. HI, §§ 3a-35, pp. 671-680. Argentor. 1710; S».
s EsdreUf I, 4, 15. — Eether^ VI, 1 et X, 2, cum comment. Jo. Clerici. — Ctetioê apud Diodor. II, 3â cum not. Wesseling. — Biehr, Proleg. ad Ctes. p. 17, 19.
« Le pehlvi paraît avoir été la langue des Parthes. (Quatremère, Journal de» Savante, 1840, p. 343 et sniv.)
> S. de Sacy dans le Magaz. EneycL 1813, tome IV, p. 440.
• Malcolm, Hist. de Peree, t. I, p. 295, traduction franc. — De Sacy, Not. sur Abdalatif, p. 241, 243,528, 570. — Abel Rémnsat, Mélang. asiat. t. l, p. 297, 298.
' Sainte-Croix, £jam. des Hi$t, d'Atex.p.iSO. — M. d'Ohsson, TaW. hist, de l'Orient, t. I, p. 2. — Vers le milieu du huitième siècle de l'ère chrétienne, Abd- Allah, fils d'Almokaffa, traduisit du pehlvi en arabe les principales parties, peut-être même le corps entier de Tancienne histoire des Perses. (De Sacy, Mém, sur Cailla et Dinma, p. 13.)
LES PEUSANS. 7
ees monuments originaux*, dans leurs versions arabes*, comme aussi dans les traditions populaires, les matériaux du fameux poème qui porte le titre de Schah-nameh ' et qui renferme l'histoire des rois d'Iran, sous la forme d'une longue suite de romans de chevalerie. La Vie d'Alexandre fait partie non-seulement du Schah-nameh et de plusieurs histoires générales écrites en persan, en prose et en vers '^ ; mais il y a encore
* Ualcolm, Hiit, l,p. i37, not.— Mais l'opinioii de Malcolm est oombattae en ces termes par H. Jules Mohl, Livre des Rais, préface, p. XLViu : • Les lacunes que Ton trouve dans le récit ne sont pas moins significatives. Firdousi parait n'avoir pas trouvé de matériaux persans pour le règne d'Alexandre le Grand.... mais, au lieu de se livrer a son imagination dans un sujet qui y prêtait beaucoup, il aime mieux emprunter les contes dont les soldats grecs» à leur retour en Grèce* avaient rempli TOccident. Ces contes avûent été recueillis en plusieurs collections, dont quelques-unes existent encore en grec et en latin et dont une avait été tradoite du grec en arabe *. C'est à l'aide de cette dernière que Firdousi a rempli la lacune qu'il avait trouvée dans les traditions de son pays, en y adaptant le conte persan qui fait d'Alexandre un chef de race persane, fils de Darab, roi de Perse et d'une fille de Philippe de Macédoine, de même que les rédactions alexandrines des fables grecques relatives à Alexandre lui donnaient pour père r Égyptien Nectanebo. •
* De Sacy, Mém. iur Calil. et Dimn. p. 13.
s Malcolm, I, p. i97-302. /. des Sav. 1833, p. 45-47.
* Voici quelques indications d'auteurs persans qui, dans des ouvrages généraux, ont traité l'histoire d'Alexandre :
Abdalrahman-Ben-Achmed Giami,dans son Beharistan (Printemps). Ahmed-Ben-Mohammed Abdalgafar al Cazvini, dans le Nighiaristan. Alfardansi, auteur d'une Histoire des rois de Perse en 12000 vers. (Cat. de
la Bibl. du roi, t. I, p. 165, no 625.) Nikbi, fils de Massoud, auteur d'une histoire générale dont la première partie s'étend de Caiumarath à Alexandre. {Cat. Bibl. roy. Paris, t. I, p. 275, no 61.) Jahia-Ben-Abdallatif al Cazvini, dans l'ouvrage intitulé Leblarikh. Uamdallah al Cazvini, dans le Tarik Kozideh.
Mirkhond. On peut consulter : Fragments sur l'Hist. d'Alex, le Gr, tirés de Mirkhond, et traduits en anglais et en français par Shea. — M. Boscheron -Desportes a rendu compte de cet ouvrage dans les Annales de la Société roy. des Se. Lett. et Arts d'Orléans, t. Il, p. 237-263. — (Hist. of the early kings of Persia from Kaismars, the first of the Peshdàdian dynasty, to the conquest of Iran
* L'aiilenr du &iodjincl-al-TeNvarikh dit : « Les philosophes grprs ont lieaiicoiip do traditions sur la sagesse, les discours et le tombeau d'Alexandre, elles ont clé traduites en aralx; et b'irdnusi eu a mis; une ftartie en ver:». •
dans celte langue, sous les titres A'hkender^ameh^ eide Àineh' Jskenderi , une foule d'ouvrages sur ce conquérant, composés du douzième au quatorzième siècle , dont les plus connus ont pour auteur les poètes Nizami, Hatefi et Âhmed-etKennani^.
by Alexander the great, translated from the original persian of Mirkhond, entitled the Rauzat-ns-Safa, with notes and illustrations, by D.avid Shea. London, Murray, 4832; in-8o.)— Khondemir.
< Itkender-namehf par Abd-al-Salam, fils d'Ibrahim, natif de Cachemire. Manuscrit persan de la Bibl. du roi. Supplément, n» 90.
■ Ce dernier ouvrage fait d* Alexandre le Grand un prophète, et comme dans les idées musulmanes il faut être issu de race sémitique pour être prophète, Tauteur adopte la prétention des Arabes, qui, à Texemple des Egyptiens et des Persans, revendiquent pour leur nation l'honneur d'avoir donné naissance a Alexandre le Grand. Nizamis est, je crois, le premier parmi les Persans qui mentionne cette généalogie, mais sans l'approuver. Comme il était difficile de faire entrer Alexandre dans la lignée de Jacob ou d'Ismaël, on trouva Tingénieux expédient de lui donner Esaii pour ancêtre. La mère d'Alexandre est donc, selon Abd-el-Salam, i.ssue de la race d'Esaii ; elle est vierge, devient enceinte miraculeusement, s'enfuit loin des hommes, et meurt en mettant au monde an fila que Philippe, roi des Grecs, des Russes et des Francs, trouve à côté de sa mère morte. Il l'adopte, le fait élever par Aristote, etc. Le récit retombe ensuite dans la fable grecque, et ne se compose plus que de variations sur le thème de Nizamis. » Mohl, Préface du JL1ÏT0 des Aoû, de Firdousi, p. lxxu-lxxiii.
s Emir Ali Schir-Nouvai, au XV« siècle, et Fagani, au XYI«, ont aussi écrit des poëmes sur Alexandre. (Assemau. Cat, Cod. orient. Bibl. Medic. p. 220. — d'Herbelot, BihU Or. p. 298. — Calai, ms. Bibl. Harleian. n«> 503. — Cotai. Bibl. reg. Paris, t. I, p. 292. Cod. Pers. n» 230 et p. 296, n» 281.— The Secander Nama of Nizami, with a sélection from the vorks of the most celebrated commentators by Beder Ali and Mir Uosein Ali. Calcutta, 1812, 4», dont une partie a été publiée par Lumsden : Sélections for the use of the student of the Persian Class. Calcutta, 1810. T. IV.)
Expédition d'Alexandre le Grand contre les Russes; extrait de VAtexaruireide o\i Iskender-nameh de Nizami. Traduit par L> Spitznagel... traduction entièrement refondue, etc. par F.-B. Charmoy. St-Pétersbourg, 1827, 8°.
Après les préliminaires , le poète décrit l'enfance d'Alexandre et son éducation. Sa première guerre est contre les Ethiopiens et pour défendre les Egyptiens contre leurs incursions. Il fonde Alexandrie. - Sa seconde expédition est celle de Perse. On détaille sa correspondance avec Darius, et on raconte la mort du grand roi assassiné par Mahiàr et Djanouçar. Alexandre épouse Rhoucheng et réside à Persépolis. — Il visite incognito Nanchâbé^ reine de Berda'a, mais cette princesse qui possède son portrait le reconnais. — Alexandre parvient à la résidence de Kai-Khosrou et marche ensuite contre Tlnde et la Chine. Pendant ces expéditions, les Russes attaquent la reine Nanchabé; Alexandre accourt à son secours , la délivre et fait prisonnier KaHthal , roi des Russes. Ayant entendu par-
Dans le but de ménager leur vanité, les Persans imaginèrent de faire Alexandre fils de Darius. Selon eux, Darius fit la guerre k Philicous, roi de Junan ou de Roum (Philippe roi de Macédoine), le força à lui payer tribut et à lui donner sa fille en mariage. Bientôt le roi des rois se dégoûta de cette princesse et il la renvoya en Macédoine, où elle mit au jour Ale-
ler de l'Eaa d'immortalité qui est gardée par Khlrz (Elie) au pays des ténèbres, il décide de pénétrer dans cette région.
Dans la seconde partie il est fort question des doctrines des différents philosophes et des relations qu'Alexandre eut avec eux. On raconte son voyage au tombeau de Chédad, la construction du rempart de Gog et Magog, et enfin sa mort
(Charmoy, ibid. Avant-propoa,)
Nizami affirme dans un passage de son poëme qu'il a consulté non-seulement les historiens modernes, mais encore les annales juives , chrétiennes et pehlvi. « J'ai choisi, dit-il, de chaque ouvrage ce qu'il offrait de plus intéressant et tiré de chaque écorce la moelle qu'elle recouvrait. • (Charmoy, ibid. p. 90.)
Ashref et Narzam de Samarkand ont aussi composé des poëmes sur Alexandre. (Y. Fr. de Furia. Fabulœ jEsopic. t. I. Proleg. p. X. not. Asseman. Cod. or. Bibl. Mediceœ, p. 451, 152.)
Le poëme d'Ashref est intitulé Zaffer Nameh Sekanderi, (Livre des conquêtes d'Alexandre.) On y raconte que sur le récit que fit à Alexandre son amiral Nakhuda des merveilles de Sérandib (Taprobane, Ceylan), ce héros voulut visiter cette île. Il monta au pic d'Adam^ et fit ses dévotions sur le tombeau du premier homme : il était accompagné du philosophe Belinous^ nom sous lequel les Orientaux semblent désigner Pline (W. Ouseley, Travels in var. countr. of East 1. 1, p. 54-63) ou Apollonius de Tyane. (S. de Sacy, Notices, etc. t. IV, p. 107 sq.) Sérandib, selon les Orientaux, est le lieu du paradis terrestre^ et les Arabes nomment Rahoun le pic d'Adam. La fable adoptée par Ashref est d'origine arabe et a peu de rapport avec celles qui nous occupent. Cependant plusieurs auteurs {Ms. lat. Bibl. reg. Par, n» 8519, conf. Chronic. S'. Pantaleon.) ont parlé de la recherche qu'Alexandre fit du paradis. — V. aussi Transactions of the royal Society of literature ofthe Vnited Kingdom (vol. I, part. II. London, 1829) et Observations on some extraordinary anecdotes conceming Alexandpr, by sir Williams Ouseley. • L'objet de ce mémoire est de rendre compte de divers manuscrits persans et arabes, que le chev. Ouseley a consultés dans l'espoir d'y trouver des notions relatives aux guerres d'Alexandre le Grand. Plusieurs de ces mss., qu'il a trouvés en Perse, étaient jusqu'à présent inconnus en Europe. Dans le cours de ses recherches, l'auteur a découvert dans les auteurs orientaux, l'origine de plusieurs fables populaires que l'on retrouve dans les diverses langues de l'Europe, et il en ofire plusieurs exemples. •
(Annali deir Instituto d*Archeolog. 1829, p. 376-377.)
10 Les PERSANS.
xandreV Darius eut ensuite d'une autre femme Dara-ei-Assger (Darius le petit), qui fut connu des Grecs sous le nom de Darius Codoman. D'après ces traditions, Alexandre en détrônant Darius, son frère cadet, ne fit que reprendre un empire qui lui appartenait par droit d'ainesse *. Quelques auteurs admettent qu'Alexandre était fils de Philippe; d'autres disent qu'il naquit de Karimah, femme de Philippe , mais qu'il passait pour ne pas être fils de ce roi ; enfin un roman persan, que l'on regarde comme un extrait en prose du poème d'Ahmedel-Kermany, fait Alexandre fils de Pliilippe et d'une fille de Darab I".
Lorsque Philippe eut été tué par Kolus, qui était amoureux de la reine, Alexandre monta sur le trône, refusa le tribut aux Persans et la guerre s'en suivit. Les armées ennemies étant en présence en Asie, Alexandre s'introduisit, déguisé en ambassadeur, dans la tente de Darius ; mais ayant été reconnu pendant le souper, il eut besoin de toute sa hardiesse pour s'échapper et rejoindre son armée ^ Après avoir conquis l'Iran, il porta ses armes dans le Schirwan, le Touran, les Indes, l'Egypte et la Syrie. Dans le Schirwan, il éleva la fameuse ville connue sous le nom de Sedd-Iskender. Dans l'Inde, il marcha contre le roi Kyd, qui se soumit et lui envoya en présent une fille de la plus grande beauté, une coupe de rubis qui était toujours pleine, un
< Dans le Darab-nameh Alexandre est fils de Darius et d'une fille de Philippe, qui, après ayoir été répudiée, avait épousé le roi des Berbers.
(Mohl, 1. c. p. LXXIV.)
* Dans le commentaire écrit par Sassan V, sur le Désatir^ il est dit qu'Alexandre était frère de Darius et du prophète Sassan l«r. Ce commentateur se donne pour être du VI !< siècle, mais c'est une imposture ; il écriyit pour le plutôt an X1I«. {Journal des Sav, 1821 , p. 29.) — J'aurais voulu pouvoir consulter : Dissertalio de Alexandro Darii filio^ pncsid. Matth. Norberg, respond. J. Sam. Gestrich. Lund», 4709.
s V. Frid. Wilken, Institut, ling. pers. cum chrestomath, Lips. 1803, 8o. On y lit, pages 189-209, le texte du récit de Firdousi sur la visite d'Alexandre a Darius et les combats qui la suivirent. La traduction latine de ce morceau se trouve pages 55-67 de VAtictarium,
habile philosophe et un médecin capable de ressusciter les morts. Alexandre laissa à Kyd ses Ëtats et alla attaquer Phour (le Porus des Grecs), roi de Cannoudjh. D le tua en combat singulier, après avoir mis ses éléphants en fuite en leur opposant vingt-quatre statues de bois^ rempUes de matières combu&tibles. Il entra ensuite dans les Ëtats de Khakon, roi de la Chine, qui vint au-devant de lui en ami. En Arabie, il prit l'apparence d'un ambassadeur pour aller à la cour de Caydafé, reine de Bahhreyn ; elle le reconnut et le sauva généreusement de tous les dangers qui le menaçaient. Alexandre passa en Afrique pour chercher VAb-Hayalh^ fontaine de la forêt de Zoul-math (lieux ténébreux) qui rendait la jeunesse '.
Les romanciers persans n'admettent point qu'Alexandre soit mort empoisonné. Selon eux, les astrologues lui avaient prédit qu'il mourrait sur un sol de fer et sous un ciel d'or. Un jour qu'il fiit saisi d'un saignement de nez, on le fit asseoir sur une cotte de maille et l'on plaça au-<iessus de sa tête un bouclier d'or pour le garantir du soleil '. Il connut alors que sa fin approchait, et il mourut à l'âge de trente-six ans *. Telles sont les principales traditions fabuleuses qui se trouvent sur AJexandre dans les poètes et les romanciers persans^. Les Dives et les Pé-
* D'autres aatears disent que ces statues étaient de métal. — Timour, dans la guerre contre l'Inde, pour garantir ses troupes des éléphants, avait préparé des fascines auxquelles on devait mettre le feu. {Chère feddin- Ali. t. 111, p. 96.)^
* La fkble de la Fontaine de jouvence appartient non-seulement à Tancien monde, mais encore à l'Amérique. Des Indiens en parlèrent à Ponce de Léon, gouverneur de Porto-Ricco; ils plaçaient cette eau merveilleuse au nord et dans une île qu'ils nommaient Bimini. Ponce de Léon, en 1512, se mit à sa recherche et découvrit la Floride. (Petr. Martyr. Decad. H, cap. 10— Wash. Irwing, Hist. des Compagnons de Christ. Colomb^ t. II, pp. 26-34, trad. fhinç.)
' Cette fable d'Alexandre mourant sous un ciel d'or et sur un pavé de fer me parait d'origine arabe. Eutycbius, au 1X« siècle, en fait mention.
* Mirkhond affirme qu'Alexandre fit transporter en Grèce tous les livres de Perse qui traitaient des sciences et aussi des savants persans, et que c'est là l'origine de toutes les sciences dont les Grecs s'attribuèrent la découverte.
s V. Malcolm, Hist, de Perse, t. I, pp. 100-113, trad. franc. — Sainte-Croix, Exam. pp. 188-191. — D'Ohsson, Tableau de l'Orient, t. II, pp. 50-6a —
ris, qui y jouent ud rôle, répondent dans les auteurs persans à nos génies et à nos fées , et I on voit dans Firdousi que le héros de Macédoine fut guidé dans ses conquêtes par un de ces êtres surnaturels. Il avait la figure d'un oiseau immense et se nommait Stmor^ *.
Le Schah-nameh raconte qu'un ancien roi de Perse, de la race des Kéaniens, nommé Kai-Kaous^ qui fut grand-père du roi Kai'Khogrou (Cyrus), voulut s'élever au ciel. B se plaça dans un siège attaché à des aigles et fut emporté dans les airs. Mais les aigles fatigués le laissèrent tomber et Kai-Kaous expia son orgueil par une pénitence de quarante jours. La même aventure est attribuée par quelques auteurs orientaux à Nemrod, qui est quelquefois confondu avec Kai-Kaous ; ils disent que ce roi se fit enlever dans une caisse par des oiseaux monstrueux *.
Voyages de Teœeira, 1. 1, pp. 99, 11 i, 123, édit. de Paris, 1681, m-12. — ITiW. des Romans, 1777, oct. t. I, p. 8 et suiv. — M. Berger de Xivrey, Notice des manuscrits grecs, latins et français, contenant l'histoire d'Alexandre le Grand, connue sous le nom de Pseado-Callisthène (Notic. et Extr. des ms. de la Bibl. du roi, t. Xin, p. 173) dit que M. Démétrius de Gobdelas est auteur de VHistoire d'Alexandre le Grand Sfiivant les écrivains orientaux, Varsovie, 1822, in-12, et que ce petit ouvrage a été reproduit par un effronté plagiaire, sons le titre de : Alexandre le Grand, d'après les Orientaux, par G.-A. M***, citoyen grec. Genève, ]828,in-8o. — Le plagiaire est G.-A. Mano, et cet ouvrage n'est qu'un extrait de d'Herbelot. Je ne connais pas celui de Gobdelas.
' Firdousi lui donne le nom de Schir-Morg, Lion-oiseau, expression qui représente fort bien l'animal fantastique que nous nommons g^ffon (V. Hagemann. Monument. PersepoL à Ferdusio illust. pp. 25-30) et dont l'idée première se trouve chez les Persans. Les héros de cette nation combattent souvent des monstres et les Orientaux se sont toujours plu à en imaginer de forme bizarre. (V. Aristoph. Ran. v. 9G8. — Voss. Ohserv. ad Catull. pp. 196 197.) Selon MM. Roulin et Cuvier, le tapir oriental, appelé ^Hfëpar les Chinois, vu en repos, peut avoir donné l'idée du griffon. {Annal, des sciences nat. t. XVIII, p. 54.) Sur le griffon des anciens, consultez Ctesias, Indic, XII, cum not. Bœhr. pp. 300-303. — /EHan. H. Anim. IV, 26. •— Heeren, De la polit, et du comm. des anc. 1. 1, p. 257. — Tychsen, t. II, du même ouvrage, p. 431 .
Le Simorg raconte à Alexandre les conversations que l'archange Gabriel et Salomon tiennent dans le ciel. (Mohl, 1. c. p. lxxvi. — Ms. pers. de la Bibl. du roi. Fonds Anquetil, n» 9.)
« D'Herbelot, Bibl. Orient. % Nemrod.
Je rapporte ici celte fable, peut-être d'origine persane, parce qu'elle s'est introduite dans plusieurs romans sur Alexandre, tant par des auteurs orientaux que par des auteurs occidentaux *. Au reste Firdousi ne suivit pas uniquement les traditions persanes, il y mêla quelques récits fabuleux d'origine arabe. Tel est le récit qu'il donne de la manière dont Alexandre éleva un grand mur pour préserver le pays des incursions des Yadjoudges et Madjoudges ^. Nous aurons occasion de parler plus en détail de cette fable.
* Dans le roman du Brat d'Angleterre on Ut que le roi qui fonda la ville de Bath périt pour avoir tenté de voler. (Abrahams, de Wacii carminé^ p. 51.) — Pre Lebaolt, le Bréviaire des Bretons, cité par Gaillard {Notic. des tm. de la BibL du roi, t. VII, p. 417) :
Bladud subtilles ailles a voler composa, Et moyennant icelles en l'air monter osa; Mais ains qu'il fut au lieu qu'il avait divisé Il cheut jus et par pièces fut son corps débrisé. Lebault écrivait au quinzième siècle, et suivant lui Bladud, père du roi Léar, vécut au temps d'Elie. — Le Roman de Brut, publié par Le Roux de Liucy. Paris, 1836, 8o, 1. 1, p. 80, v. 1683 :
Ce fut Bladud qui valt voler Por plus faire de soi parler ; Ce se vanta qu*il voleroit Et à Londres son vol prendroit , Eles fist et aparilla Voler valt et voler quida; Mais il en vint en maie fin Car desor le temple Apolin Prist on tel quas qu'il se tua. 1691. Voy. Leland, de Script. Britann. cap. VI.
« V. la traduction du chap. du Schah-nameh qui traite des Yadjoudges et Madjoudges dans C. d'Ohsson, Des peuples du Caucase dans le dixième siècle, pp. 280-281.