‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 2)Chapitre 58 sur 91 · Priso tocas è cintas, camisas è zapatas · texte numérisé non relu

Priso tocas è cintas, camisas è zapatas

Sorteias è espeîjos è otras taies baratas ; Envolta escudos è balestas è bastas, Diolas en donas a essas foqninegradas.

< M. Raynouard a remarqué que ces vers étaient traduits de ceux d'Alexandre de Bemay. (V. ci-dessus p. 99.)

* St. 2317. Rey, dixo el firaire, se me quisieres oir,

Qnierote nna cosa demostrar è decir ;

Desqne acà te quiso to fkdo adncir,

Podes de tu yentora con certedumbre ir.

Juan Lorenzo Segura écrivit un peu après la moitié du treizième siècle, et l'on voit que, pour composer son long poème S il mit à contribution tous ses devanciers. H fit usage des histoires de l'antiquité, et joignit aux faits qu'il en tira tout ce qui, dans les romans et les poèmes du moyen âge, lui parut propre à orner son récit. Il copie quelquefois les romanciers latins et français, et plus souvent encore il les paraphrase en y ajoutant des réflexions et des détails. Telle est l'origine évidente des traditions fabuleuses sur Alexandre répandues en Espagne, et c'est à tort qu'Ândrès voudrait les rapporter aux Arabes *.

231 8. Yo te sabré dos arbples en este monte mostrar

Que non puedes tal cosa entre to caer asmar : Quellos te non digan en qae puede finar ; Si en placer te cabe puedes lo ir probar.

2319. El uno es el sol , es assi adonado,

El otro es la luna , es assi encantado , Que pronuncia al orne quanto tien asmado, Y verà que non traen ambos linnage devisado. Sanchez, qui ignorait la fable des arbres parlants, propose fort absurdement de corriger arboUs en ariolet (devins).

1 11 a 2510 stances de quatre vers.

* V. sur l'Alexandre espagnol, Ant. Sanchez, Colec» del pœs. cast. t. III et 1. 1, p. 96 à 98. — Nie. Antonio, Bibl. Vet. HUp. t. 11, p. 79, % 194, cum not. Bayer. — Castro, Bibl. EspanoL t. Il, p. 631 . — Sarmiento, JUem para la hittor. dt la poet, espanol. p. 245-249. — Capmany de Montpalau, Teatr, de la Eloc. esp, X I, p. 11-19. — Essai sur la litt. espagn. Paris 1810 , p. 30. — Sismondi, De la tut. du midi de l'Europe^ t. III, p. 159-165. — Bouterweck, Hist. de la litt. espagn. liv. I, sect. i.

La plus ancienne mention qui soit faite du roman d'Alexandre par un auteur italien me parait se trouver dans le Géographe de Ravenne. Le temps où vivait l'anonyme qu'on désigne de cette manière a été un sujet de discussion entre les savants; ils n'ont pu s'accorder et les opinions flottent entre le septième et le dixième siècle *. Quoi qu'il en soit, cet auteur, en recherchant la situation du paradis terrestre, cite le Livre d'Akxandre *, et cette citation, qui désigne YHistoria de Prœlm^ me parait un argument propre à prouver que l'anonyme n'est pas aussi ancien que quelques auteurs l'ont cru, et qu'il faut le placer dans un temps fort rapproché du dixième siècle.

Je nommerai ensuite, quoiqu'il semble appartenir à l'Allemagne par son attachement aux empereurs, Gottlrid de Viterbe, qui, au douzième siècle, composa, partie en prose et partie en vers, une chronique qu'il décora du nom de Panthéon et qu'il dédia au pape Urbain m. Dans cet ouvrage il raconte l'aventure de Nectanèbe avec Olympias, il décrit le palais de Porus, la vigne d'or et d'argent, les raisins de pierres précieu-

< PI. Porcheron, Prœfat. ad Anonymi Bavennat. Geogr.-^i.-G. ab Eckhart, Comm. de Francià orient t. I, p. 902-911. —Chr. SchœCtgen, dans le t. VI de la Bibl. infim. latinii. de Fabricias, p. 54-^7. — Beretti, De tabula chorogr» itai. sect. 11, t. X, des Scripi, rer. Italie. — Ginanni, Scritt. Ravenn, t. I, p. 428 et •aiv. — Mannert, Introd. ad tabul. Peittitu/er. p. 41-44. '— Chr. Saxius, Oiuh niast.Utt.t.lU^. 136,137.

« .Vnon. Ravenn. Paris 1088, in 8", cap. lib. 1, 8, p. 17.

ses qui l'ornaient. Il rapporte l'oracle des arbres du Soleil et de la Lune, et, non content de faire en prose le récit de ces merveilles, il en raconte encore une partie en vers ^ .

Le Dante, ainsi que je l'ai déjà dit', fait connaître qu'il avait lu les histoires fabuleuses d'Alexandre, et son contemporain Marco Polo les rappelle en quelques endroits. A l'occasion de la porte de fer et des fortifications du Caucase, ce célèbre voyageur dit que c'est en ce lieu que, suivant le Livre d'Alexandre^ ce conquérant renferma les Tartares ^ Un peu plus loin il raconte que dans la province de Tunocan ou de Timochain on trouve Valbero solo (le manuscrit français dit l'arbre seul) que les chrétiens appellent Valbero secco^ et il en donne la description*. D'autres manuscrits ont des variantes et portent arbore del sole, arbon solis. Le voyageur ajoute que c'est là que se livra la bataille entre Alexandre et Darius ^ On voit que le nom d'arbre sec est une corruption d'arbre du Soleil ; on la retrouve dans les vers du Miroir du monde que j'ai déjà cités ^'.

Dans le quatorzième siècle un auteur florentin composa,

< GottfHd Viterb. Chron. p. xi^t. II, Struvii, German. script, p. 162 et suiv.

> V. ci-dessus p. 70, not. 1 .

' Dans le texte italien de la Crusca, qui a été écrit avant l'an 1300 et publié par le comte BaldeUi, on lit : • Ë questo è lo luogo che dice il libro di Alessandro, che dice rinchiuse gli Tartan dentro délie montagne... » — Le manuscrit latin de la Bibl. de Paris, et la version française du quatorzième siècle, publiée par la Société de Géographie, citent le Livre d'Alexandre^ mais le texte de Ramusio ne le cite pas.

* MUùme di Marco Polo^ t. I, p. 25, ediz. del conte Baldelli : • Eglî è grande e grosso, le sue foglie sono dall' una parte verdi e dall' altra blanche e fa cardi (texte de Ramusio : ricci) comme di castagne, ma non v*ha entro nulla ; egU è forte legno e giallo corne bossio, et non v'ha alhero presso a cento miglia, salvo che dair una parte a dieci miglia... » Baldelli (ibid. note a) remarque que cet arbre doit ressembler à on platane.

s Ce pays de Timochain et de l'arbre sec doit être situé entre Damgan et Casbin, dans une plaine qui s'étend vers les défilés de Kowar que Morier (Nouv. voyag. en Perse, t. H, p. 351, trad. ft-anç. Paris 1818) a décrits. V. Baldelli (t. II, p. 19, note 31, et p. 61, note 128), qui remarque qu'Alexandre y passa après la bataille d'Arbèles, et y apprit l'assassinat de Darius.

« V. ci-dessus p. 110.

peut-être d'après un original français très-ancien % le roman italien qui porte le nom de Guerino il Mesehino; il voulut l'embellir en y ajoutant des détails qu'il puisa dans les poèmes du Dante et dans plusieurs romans. D attribue entre autres k son héros plusieurs traits qui se trouvent dans les histoires fabuleuses d'Alexandre. Non-seulement une multitude de monstres et de bétes féroces s'opposent à sa marche, mais on y ht toute l'aventure des arbres pariants.

C'est sur le mont Tigrisonte que se trouvent les arbres du Soleil et de la Lune. Ce lieu est sur la mer des Indes, et tous les dix ans il y a un jubilé semblable à celui de Rome, ou les peuples accourent chercher le pardon '. Le Mescliifio^ conduit

< On croit qae l'aoteor de Guerino il Metchino est André de Barberino t^)^ qai traduisit plusieurs romans du français. (Bandini, Cat. Cod. iial. Bibl. Laurent, col. 208, 215.) V. snr le Guerino, Pelli, Mem. p-r la Vita di Dante^ p. 121, note 2. - Fontanini, delV Eloquenza itat, p. 76-78. — Bottari, Letter. apud GoTÏ Symb. litter, t. VII, p. 477 et seq. — Crescemhrni, Isior. délia volgar. poes. t. I, p. 331. — Poccianti, Cat. dei Scrittori Fiorentini, - Dnnlop, ilistory of/irtian, t. III, p. 38. Lond. 1816, în-S», attribue le Guerino à un Florentin nommé André Patria. La première édition , fort rare, de ce roman est de Padoue 1473, in-fol. Il existe une traduction française du Metchino faite par Jean Cuchermois(Quadrio, t. VI, p 582. - DuVerdier, Bihl. franc. t, II, p. 401), Lyon 1530 et Paris 1532, in-4o; mais le premier livre seul est tiré de l'italien, le reste est le produit de Timagination du traducteur. (Ferrario, Star, degli antichi romanzif t. Il, p. 283.) M^^ Oudot a arrangé ce roman pour sa Bibliothèqw Bleue. - On a cm que Guerino avait été une des sources de la Divina ComfnediOf mais il parait plutôt que le traducteur Andréa orna sa description du Purgatoire de saint Patrice par des détails empruntés du Dante, et qui ne se trouvaient pas dans le roman français qu'il traduisit. (Ginguené, Hist. litt. d*ltal. t. II, p. 24 26.)

La célèbre TuUie d'Aragona qui , au seizième siècle, mit ce roman en vert italiens en 36 chants, dit qu'elle l'avait tiré de l'espagnol ; mais l'original dut être italien ou fronçais. Crescembeni compare le poëme de la belle Napolitaine i l'Odyssée d'Homère. Ce poëme est intitulé : // Jfcschino altramentè detto il Guerino, Venezia, 1560, 4o. V Ferrario, Stor ed Analiti degli ant. romanzi^ t. II,

* Guerino il Meêchino, Venezia, 1802, 8», cap. Li, xc, xci, - ... per quel mare d'India havvi ogni dieci anni il perdono a quelli arbori del Sole, come a Roma è il Giubileo, e vanno con maggior riverenza a quel perdono che non fanno i rhristiani a Roma e al .Santo St'polcro di Gerusalenime. •

dans le temple du Soleil, le conjure longuement par la sainte Trinité, la passion, les apôtres, etc., etc., de répondre h sa demande sur le lieu où il peut retrouver son père.... Au centre d'un jardin sont deux grands arbres semblables à des cyprès ; celui du Soleil répond lorsque les rayons de cet astre atteignent sa cime ; celui de la Lune fait entendre sa voix pendant la nuit et au moment où il est éclairé de sa lumière ^ Tout cela est à peu près copié des romans latins dont nous nous sommes occupés '.

Le recueil des Nouvelles antiques^ dont la plupart datent des treizième et quatorzième siècles, présente des traces des fables sur Alexandre. Ainsi la nouvelle troisième rapporte un trait de

< ibid. cap. 92. «.. che ta mi rispondi alla dimanda, la qaal fard agli alberi, senza alcuna fraade e bugia, cioè che io sappîa in quai paese io debha trovar il padre mio e la miasangoinità... in mezzo di quel orto erano dae grande alberi di cipresso, che le cime erano pari a quelle di tre monti... e dissero .. ad adorasser gli alberi del Sole e délia Luna... e quando il sole si levo e toccava la cima... una voce usci dell' arbore... disse il sacerdote : ti convienne aspettare in- . sîno questa notte e dimanderai agli arb<u>i délia Luna... Comè la Luna toccô la cima qaesto demonio... rispose... »

Dans 1» version italienne de Tullie d*Aragona , Gnerino va vers •• gli arbor sagrati a la luna e al sole • sous la conduite de Cariscopo, général du doge de Tigliaffa. Voici la réponse de l'arbre du Soleil :

Sei figlio d*un Baron gran cavaliero Di real sangue nato, e sei Christiano, Or s'altro vuoi saper, tn cercbi in vano.

C'est pour avoir visité les arbres du Soleil que Gnerino se trouve avoir encouru l'excommunication.

* J'ai cité le Guerino il Meschino d'après l'édition de Venise i 802, qui n'est qu'une espèce d'abrégé de ce roman. Depuis lors j'ai eu en ma possession celle de Venise (Augustino Bindoni 4550, petit in-S»). Cette dernière est beaucoup plus ample. Elle contient 254 chapitres et 268 feuillets. On y trouve de g^nds détails sur le Purgatoire de saint Patrice, dont il est à peine fait mention dans l'édition de 1802. Au reste, il y a fort peu de différence sur ce qui regarde les arbres du Soleil et de la Lune. La première édition est de Padoue xxi de Aurille \ 473, in-fol. (Dibdin, Bibl Spencer. — Maittaire, 1. 1, p. 203.) — Le roman italien de Guerino paraît avoir été écrit trente et un ans après l'expédition du prince de Tarente contre Durazzo (edit. 4550, f. 481) «... passai il mare con il principe di Taranto ad acquistare Durazzo ... e mon combattendo.... e sono stato trenta uno anno in questa pena... • [^.)

ce prince , qui alors assiégeait la ville de Giadre , et ce récit parait tiré des Troubadours ^ Ailleurs, il est question des douze villes qu'Alexandre fonda et auxquelles il donna son nom'. Ces villes se trouvent désignées avec des surnoms plus ou moins défigurés dans plusieurs de nos romans'.

Dans le quatorzième siècle, VBisloria de Prœliis Ait traduite en langue italienne ; elle fut même mise en vers, et Domenico Scolari en fit un des premiers ouvrages écrits en otumi rima. Cet auteur dit lui-même qu'il lira son poème d'un livre latin en prose, et qu'il l'écrivit à Tréville, château du Trévisan, l'an i 355 , au temps d'Innocent YI et de l'empereur Charles lY, fils de Jean , roi de Bohème ^. Ce poème , divisé en quatre chants, est manuscrit dans la Bibliothèque Magliabecchi à Florence", et M. Vincent Follini l'a fait connaître^.

Vers la fin du même siècle, un mauvais poète nommé Bar-

< Liln-o di novêllê e di bel parlar gentile^ contenente cento novelle antkhe^ Milano 1804, în-S», p. 13. (V. ci-deBsos p. 95.)

* ibid. Novell. VIII, p. 31. • In Alessandria laqoale è nelle parti di Romania, acciochè sono dodici Alessandrie, le quali Alessandro fece el Mano dinanxi, ch' egli moriflse... »

s Platarque (De fortuné Alexand,) dit qu'Alexandre fonda pins de 70 villes. Etienne de Byzance (vooe XXiÇâv^.) nomme dix-huit Alexandries ; la Chro^ nique Pcuehale (p. 170, 171) en nomme donze, et c'est le nombre adopté par les histoires fabnlenses telles que J. Valerius, HUtoria de Prœliis^ etc.

* Le dernier octave du poème :

Mille trecento con cinquante e cinque Anni correa poi che Christo fo nato, Innocenzio era Papa uno e cinque, E Carlo posedea lo imperiato :

Del mese di Dicembre venti e dnque Fo in Trivilli questo oompitato, Domenico Scolari el trasse in rima Ch*era per prosa e in grammatica prima.

» Plnteo II, ood. 30.

* Dans le recueil intitulé : CoUeMtone di Ofnueuli icientif. e letterari^ t. V, p. 36-57, Firenxe 1808, in-8«. Deux dessins qui ornent ce manuscrit, et dont Tun représente une espèce de monument en l'honneur de Fiametta, font croire qu'il a appartenu à Boccace.

loccio* écrivit aussi l'histoire d'Alexandre, mais son ouvrage n'est connu que par le jugement qu'en porte un de ses rivaux*, qui l'accuse de mensonge et de n'être bon que pour des aveugles.

Ce poète , qui traite si sévèrement son devancier , eut nom Jacopo di Carlo ; c'était un prêtre de Florence' qui composa, en oUaoa rima et en douze chants , un ouvrage sur les hauts faits d'Alexandre. Il annonce, comme c'était assez l'usage, qu'il traduit un auteur latin ^, et il grossit son ouvrage en ajoutant aux traditions fabuleuses ordinaires beaucoup de choses tirées de la mythologie. H est trèfr-difius dans sa manière d'écrire, et il se plait à placer des espèces d'introductions à la tête de ses chants. Ce poème a pour titre : Libro d^Alessandro Magno nello quaU si trotta delU guerre che fece e corne conqtUsto tutto il mondo^ et il a été plusieurs fois imprimé^. En voici le début :

* Quadrio {Sior. d'ognipoei, t. VI, p. ÀSi) pense qae Bartoccio est le nom défiguré d'Ottavante Barducci, poëte florentin, dont il reste peu de chose. (V. Maiiuchelli, SeriU.ital. t III, p.443.— Bandini, Cod. ItaL BiblLaurmL^. Adfï,)

* Jacopo di Carlo , dans son poëme d* Alexandre , dit à la fin da dernier chant :

Ver è ch' uno che Bartoccio s'appella

Ne scrisse già, ma sna rima non place

A chi racontar (cantare) tuoI di tal novella.

Ma per li ciechi la sua rima g^ace (face).

Anche gran parte corne si favella

Ai lascio star dell' historia verace

Che non fece (ne fe) mention per sno errore. 3 On découvre le nom de l'auteur dans une oltava où il dit qu'il avait composé le Troiano (havendo lo Troiano tutto composta. — I, stroph. 2), et la première édition de ce dernier roman (Venise 1491) porte à la souscription : > Stampato e composte in lingua fiorentina... per me Ser Jacopo di Carlo prête Fiorentino.a (Quadrio, t. VI, p. 481, 476. Tiraboschi, Stor, delta lett, itaL t. VI, p. 881)— V. Ébert, no 11950 et Brunet, Nouvelles recherches 6t6/..t.III, p. 398, qui pensent que c'est le nom de l'imprimeur et non pas de l'auteur.

* Dans l'avant-demière ottava :

Poi ch' io ho si bel canto sascitato Volgarizzando il latin del Dottore Che scrisse già di questo gran Signore.

* Venesia 1566, 8". — Milano 1581, 4o. — VeneEia 1627, 8o. — Verona 1712,

Omnipotente I)io e la sua madi-e Si presti tanta grazia alla mia mente Ch' io possa dire con rime leggiadre (iosa clie dia diletto a tiitta gente.

Anco ne prego il mio devoto padre Baldo santo : (^ero che altramente Non crederia far mai bona rima Se questo Baldo non chiamasse prima*.

Quant aux versions en prose de YHisUma de Prœliis^ on peut en citer plusieurs éditions. Celles de Trévise (1474) et de Venise (1477j sont en dialecte vénitien*, et celles de Naples (1477) et de Venise (1501) sont écrites en prose italienne*. Voici le commencement de ces romans italiens :

« El fo per antigo tempo de savii homini ne le terre de Egyplo. I quali saveva la mesura de la terra. E le onde del mare. E l'ordine délie celesiial cose cognosceva. Zoe el corso de le stelle ; el etiam dio lo movimenlo del cielo. Ma per la grandezza de la scientia sua : et per la noticia de le arte magice sparse per luniverso mondo : impero lor disse de Anatabo re de quelli : che fo homo molto ingenioso in Âstrologia : et in arte magica amaislrato »

ÎD-So. — Veroiia et Bologna 1672, in-12 — Je me sais servi de cette dernière édition qne j'ai trouvée à la Bibliothèque de Saint- Marc, à Venise, en 1822 :

* Alexandreida in rime cavata del latino : nelaquale se tracta el nascimento, la pueritia, adolescentia et gioventù di Alessandro Magno, con tutte le sue fatiche, battaglie e guerre cise d'aaimali corne de huomini, e corne conqnistd tuttol mondo, etc. ■ Venezia, Bernardino de Viano de Lexona, 1521, 4o.

* > Se lui non chiamasse sempre in prima. • (Edit. de 1544.)

* « Istoria di Alessandro Magno, zoe del suo nascimento e délie sue prosperose battaglie e délia morte soa infortunata. • — Fiuito adi xviii Fevrar. mcccclxxiv, in Treviso, in-i». (Federici, Délia Tipograf, Trevigiana, p. 49, 50.)

> Commenza el libro del nascimento. de la vita. con grandissimi fiatti. et délia morte infortunata de Alessandro Magno.» ^— Finito adi xxvni. Luio. m:: cccc :: Lxxvii:: In Venesia, in-4o. (Fossi, Caial. Bibl. Magliab.t H, col. 842, 813.— lAÎre, Index librorum^ t. I, p. 408.) L'imprimeur de ces deux éditions parait être Gérard de Lisa.

s • Commenza el libro del nascimento de la vita con H grandissimi fatti e délia morte infortunata de Alessandro Magno. •• Neapoli p. maistro Bertoldo Riching de Argentina. Adi xii Agosto m.cccc.lxxvu, in-4o. > (Dibdin, BM» Spencer. t. VII, p. 7.)

Et on trouve k la lin du livre, après la liste des douze Alexandries, vingt-quatre vers composés p. Dolhomeo philosopho et annoncés comme étant Tépitaphe qui fut gravée sur le tombeau du héros. Us se terminent :

pero certo si spande

La fama, il nome, i fatti di colui Clie vince tutto : la morte vince lui.

La chronique , composée au quinzième siècle par saint Ântonin de Florence, rapporte encore sur Alexandre une partie des fables que nous avons si souvent racontées % et qu'il parait avoir puisées dans VHisloria de Prœliis.

Enfin , pour terminer ce que j'ai k dire sur les auteurs italiens, j'indiquerai ici un poète lauréat du pape Léon X, Dominique Falugi , dont je trouve l'ouvrage cité sous le titre de Trionfo Magno^ nel qiuile si contienne le famose guerre de Aies-sandro Magnoj Roma (1521), in-4®*.

■ Alexandre Magno Impenitore, libro de la sua nativita vita e morte e de magnanimi facti che fece nel corso del tempo suo e come impero tato el monde, con moite altre illustre e splendide cose che fece nel imperio suo.» — In Venetia per maestro Battista Sessa, t50t, in-4o. - {CataL du due de la VaUière^ no4848.)

< Antonini Episcop. Florentin. Chronic, (Lugd. 1517, in-fol. 4 vol.)

« Quadrio, t. VI, p. 481.— Car. de la BibL du duc de la ValUère, t. Il, p. 522. — Crescembeni, M. del vûlgar. poes. t. I, p. 332 et t. V, p. 127. — Haym, Bibl. liai. Milano 1808, t. II, p. 33.

Crescembeni, t. I, p. 332. • E de quel altro (romanzo) intltolato Trionfo Magno composto intemo a' fatti d'Alessandro il grande de Domenico Falugi Ancisano, che fiorè in tempo di Leone X da cui ottenne la laureazione per Brève impresso insieme col romanzo in Roma l'anno 1521. Egli è ben perd vero, che costui potette averue pigliata V idea, non più da i Greci , o da i Latini, che Bcrissero d'Alessandro, che dal romanzo di qnesto nome, il quale si tniova tra i Provenzali. ••

Je donnerai maintenant une idée des ouvrages romanesques on poétiques sur Alexandre qui se trouvent dans Tancienne littérature allemande. Le premier qui se présente est un hynme en l'honneur de saint Annon, archevêque de Cologne, composé en vers rimes et dans cette langue francique qui devait bientôt disparaître pour être remplacée en France parla langue romane, et au delà du Rhin par le dialecte souabe. Annon mourut en 1075, et à la fin du siècle sa mémoire fut célébrée par Thymne dont je viens de parler. Parmi ses quarante-neuf strophes, il y en a deux qui ont rapport à Alexandre. A l'occasion du songe du prophète Daniel, le poète annonce que le léopard k quatre ailes représente le Grec Alexandre qui , avec quatre armées, parvint à l'extrémité de la terre, où il éleva des colonnes d'or. Il conversa ensuite dans l'Inde avec deux arbres, parcourut les airs au moyen de deux griffons , et descendit dans la mer dans une machine de verre ; ses serviteurs infidèles abandonnèrent les chaînes qui la soutenaient, mais le roi se tira d'affaire en faisant avec son sang un sacrifice à la mer, qui le porta sur le rivage, et il rejoignit son armée*.

* Rhythm. de s. Annone, — Schiller, Thesaur. antiq. Teutonic, t. L Voici la tradaction latine du morceau sur Alexandre d'après Sdiilter :

Tertium animal erat Leopardus, Qaatuor aquilinas alas habebat :

On voit que l'auteur de ce rythme a suivi un des romans latins, mais on ne lit nulle part que dans ses vers l'abandon d'Alexandre au fond de la mer et le sacrifice de sang par lequel il se rendit cet élément favorable.

On trouve ensuite, dans l'ordre des temps, Othon, évêque

l8 desigUETÎt Grsecanicam Alexandrum

Qai cnm quatuor exercitibuB ivit in expeditionem, Usque dum orbis finem percurrit,

* Per aureas colnmnas notnm fecit.

In India eremum perfregit,

Cum duabus arboribua ibi coUocutus.

Cnm dnobus griphis

Cucurrit per aerem :

In vitro

Demisit se in mare :

Tune projecerunt ejua infidèles homines

Catenas in mare procul :

Dicebant : si tu velis videre mirabilia

Igîtur domînare perpetno in hoc abysso.

Ibi Tidebat prœ se natare

Varium piscem magnum, Semipiscem, sernivirum,

Fecit ei mnltô vehementem terrorem.

Tune cogitabat callidns vir

Quomodo se posset liberare.

Fluctus trahebat ipsum in abysso,

Per vitrum videbat varia mirabilia :

Usque dum aliquo sanguine *"* (sacrificio)

Rigidum mare salntaret.

Cum fluctus sanguinem sentiret ,

Projiciebat Dominum in terram .

Sic veniebat is iterum in suum regnum :

Bene exceperunt eum Grseci.

Mnltis mirabilibns satiebat se ille vir.

Très partes mnndi ad se acquirebat.

Bi gnldinin aiulin bikante.

In India hcr die wûsli durchbrar.h,

Mit zwetn boumin hcr sich da (ircsprach. Mit zwein grifen

Vttr her in liuflen :

In ciiho glase

Liez er sich in de» sp

*' Mil einim hlmte. Aliqno sacrifirio. Vid. DOt. Stidenii et Sclicrzii.

de Frisingen , qui, daos sa cluroDique latine \ rappelle qa'on racontait qu'Alexandre était fils de Nectanèbe , roi d'Egypte, et habile magicien. Plus loin, il parle des richesses du palais de Porus, et renvoie à la lettre qu'Alexandre écrivit à Aristote, et dans laquelle il raconte ses périls, son aventure aux arbres du Soleil et de la Lune , et « beaucoup de choses si étonnantes, dit le noble évéque, qu'elles paraissent incroyables. » Un manuscrit du conmiencement du treizième siècle , et qui fait partie de la bibliothèque publique de Strasbourg, contient, parmi d'autres pièces de vers, un poème allemand sur les exploits d'Alexandre ; le D^ Henri Sclireiber l'a publié et en fait connaître l'auteur*. Son nom est Lamprecht, c'est-àdire Lambert; il le déclare dans ses vers; il se dit prêtre, et avoue qu'il n'a fait que mettre en vers allemands ce qu'Albéric de Bisenzun avait écrit en français'. Un poète, connu pour avoir écrit au milieu du treizième siècle, rend a Lambert un témoignage qui sert à déterminer son époque. Ce poète est Rodolphe de Montfort , qui chanta aussi Alexandre , et il nomme Lambert et Berthold de Herbokheim comme ayant avant lui traité le même sujet :

I Ottonis FrUengen$ù rerum (Mb orig. mundi ad ipsius unqtiê tempora gesîarum Lîb. II, cap. xxv. (Argentorati 1515, in-foL)

* Kunstblatt zur CharUë, 1834, n^ 6-9. — Commentai, de Germanor. vetusiissima qwim Lambertus Clericus acripait A lexandreide. (Fribarg. Brisigaw. 1828, m-4o.) — V. plus haut, p. 97. 3 Vous devez bien remarquer

Qae dans le poi'me que oous faisons Ici

La conduite est très-juste.

Le prêtre Lambert {der paffe Lamprecht) en est l'auteur,

Et il nous apprend dans son conte

Qui était Alexandre.

C'est Albcric de Bisenzun (de Besançon ou de Vicence ^)

Qui nous transmis ce poëme.

Il l'a mis en vers français, ( Waliachen)

Et moi je Tai publié pour nous en allemand : (Duliaehen)

Que personne ne m'accuse.

Ce que le livre dit, je le répète. (Schreiber, Comment, p. 11 .)

Plusieurs savants

Avant moi ont entrepris

De composer cette histoire en vers.

Berthold de Herbolzbeim

La composa pour le noble Zaeringaere

Qui le combla de ses faveurs.

Un certain Lambert a aussi traité ce sujet en vers,

Mais à Tancienne manière,

Grossièrement et sans rhythme,

Et Ta traduit du français (von Welsche) en allemand*.

On voit que de tous ces poètes Lambert est le plus ancien, et qu'il faut le placer vers la fin du douzième siècle. Ses vers irréguliers ef négligés confirment le jugement qu'en a porté Rodolphe de Montfort.

Lambert, ainsi que les poètes français de son temps', rejette comme une fable calomnieuse l'aventure du magicien d'Egypte ; il donne de longs détails sur l'éducation d'Alexandre et sur ce que chacun de ses maîtres lui enseigna. Après la mort de Philippe, le siège de Tyr est son premier exploit ; il y fait usage du feu grégeois. Viennent ensuite la correspondance et les présents ironiques entre Darius et Alexandre. Après la mort de Darius , assassiné dans son palais , le roi de Macédoine marche contre Porus, et il raconte, dans une longue lettre adressée à Aristote, son expédition dans l'Inde et ses combats contre des animaux féroces, des monstres et des géants, fl voit des arbres qui sortent de terre le matin et y rentrent le soir ; dans la journée ils sont couverts de beaux fruits, et ceux qui y touchent sont frappés par des êtres invisibles. Ensuite il voit le Phénix qui est placé au sommet d'un arbre sans feuillage. Il arrive dans une belle forêt habitée par les filles du printemps^ qui naissent des corolles des fleurs et meurent avec elles.

t Rodolphe de Montfort, publié par Docen dans Badùche» Archiv, 1. 1, p. 50, et cité par Schreiber, p. 1 .^.

* V. ci-de88U8, p. 98.

Il y avait une ombre délicieuse

Sous les arbres.

Là croissaient des fleurs et des herbes Et des racines de toute espèce.

Je crois que jamais forêt ne renferma

Tant de charmes.

Là nous trouvâmes

Beaucoup de belles jeunes filles.

Qui pendant des heures entières

Jouaient sur le trèfle vert :

Elles étaient cent mille et même plus :

Elles jouaient et sautaient :

Oh ! qu'elles chantaient bien ! . . . .

Quand l'hiver était passé

Et que l'été arrivait,

Et qu'il commençait à verdir,

Et que les jolies fleurs

Commençaient à s'élever dans la forêt,

Elles devenaient très-belles :

Leur éclat était semblable à une lumière ;

Leur rougeur et leur blancheur

Éclataient de fort loin ;

Jamais il n'y eut de fleurs

Qui pussent être plus belles :

Elles étaient, à ce qu'il nous semblait.

Aussi rondes qu'une balle.

Et presque partout fermées

Et extraordinairement grandes.

Lorsque la fleur s'ouvrait par le haut,

Remarquez cela dans votre esprit,

Il y avait au dedans

Des jeunes filles fort bien faites * .

« Les îles Wacwac sont les dernières à Vorient de l'Asie. (Edrigt^ p. 37.) Selon des auteurs arabes, un arbre de ces îles « porte à l'extrémité de ses branches d*abord d'abondantes fleurs, et puis, au lieu de fruits , ces belles damoiselles qui deviennent un objet d'exportation et que Masoudi Rhothbeddin appelle Puellfts Vakvakimtet. • (Humboldt, Hitt. de la géog, du nouv, continent, t. F. p. 53, not. ) — Edrisi {Géogr. d^EdriH, traduite par Jaubert» p. 92)

Elles marchaient et vivaient, Elles avaient de l'intelligence comme les autres créatures humaines ; Elles parlaient et causaient, Tout à fait comme si elles avaient A peu près douze ans ; Elles étaient vraiment bien faites Et belles de corps.

Je n'ai jamais vu dans aucune femme Une plus belle figure, Ni d'yeux si bien formés.

Leurs mains et leurs bras Etaient aussi blancs qu'un cygne.

Pouvez-vous le croire

Que ces femmes devaient

Toutes être à l'ombre?

Sans cela elles ne pouvaient exister.

Toutes celles que le soleil frappait

Perdaient entièrement leur corps.

A mesure que le temps passait Notre joie passait aussi.

Car les fleurs dépérissaient Et les belles filles mouraient :

Les arbres perdaient leurs feuilles.

Les sources leur cours Et les oiseaux leur chant *.

s'exprime en ces termes : « Llle de Wacwac, au delà de laquelle on igûore ce qui existe. Cependant les Chinois y abordent quelquefois... Il y a un arbre dont Mas'oudi rapporte des choses tellement invraisemblables qu'il n'est pas possible de les raconter : au surplus, le Très-Haut est puissant en toutes choses.» —V. Abi Jaafar Ebn TophaildeHaiEhn Yokdhan^ cum versione latina Edw. Pocockii, Oxonii 1671, in-i»^ p. 27. • Retulerunt pii majores nostri inter insulas Indiie unam esse sub lineâ sequinoctiali sitam in quà absque matre aut pâtre uaacuntur homines, et in eâ arborem esse quœ fructus loco fomoninas producit, atque es sunt quas Tocat Almasudi puellas Wakwakienses. — V. les DieuesMes d'Alexandre de Bemay, p. 101. — On lit dans les voyages de Mandeville qu'on trouve à Ckadissa un fruit qui s'ouvre à sa maturité et contient un petit agneau bon a manger.

I Schreiber, p. 33-36.

Cet épisode, qui ne manque ni d'agrément ni de poésie, est une amplification de ce qu'on lit dans les Troubadours et dans le poème d'Alexandre de Bernay^ Le prêtre Lambert parait avoir particulièrement soigné ce morceau.

Dans le récit des amours d'Alexandre et de Candace , on trouve une longue et brillante description du palais de cette reine. Elle avait pour son divertissement un automate assez singulier :

Au milieu de son palais

Elle avait fait fabriquer un bel animal

Qui était tout brillant d*or.

Tel qu'elle Tavait commandé elle-même.

L'animal était magnifique

Semblable à un cerf :

Sur le devant de la tête

11 avait mille cornes ;

Sur chaque corne

Se tenait un superbe oiseau ;

Un homme était assis sur l'animal ;

Cet homme était beau et bien fait :

Il conduisait deux chiens,

Et tenait un cor à sa bouche.

A la partie inférieure du cerf

Il y avait vingt-quatre soufflets.

Et pour chaque soufflet

Il y avait douze hommes robustes ;

Quand ceux-ci pressaient les soufflets,

Les oiseaux chantaient agréablement.

L'homme placé sur l'animal

Sonnait aussi de son cor.

Et les chiens aboyaient, etc., etc. *

Après avoir fait la paix avec les Amazones, Alexandre parvient aux extrémités du monde , et forme le projet de pénétrer dans le Paradis ; mais arrêté dans ce projet, il reçoit d'un vieillard une pierre précieuse. Il fait ensuite chercher un Juif

I V. cidenns, p. iOi.

s Schreiber, ibid. p. 38 et 39.

trèa-sayant, qui lui explique ce que signifie ce présent. Il lui montre que, quoiqu'elle soit très-petite, elle est plus pesante que l'or, mais qu'elle l'est moins qu'une plume et un peu de terre, et il tire de ces phénomènes des leçons contre l'avidité et l'ambition ^ Elles terminent le poème de Lambert.

Berthold de Herbolzbeim, ainsi que je l'ai déjà dit, est désigné dans les vers de Rodolphe de Monlfort comme auteur d'un poème sur Alexandre plus romanesque qu'historique , mais en vers plus réguliers que ceux de Lambert. Voici les paroles de Rodolphe :

Plusieurs savants

Avant moi ont entrepris

De composer cette histoire en vers.

Berthold de Herbolzheim

La composa pour le noble Zaeringaere

Qui le combla de ses faveurs.

En homme bien instruit,

Il a bien combiné et bien écrit

El modestement fait connaître

Ce qu*ii avait trouvé sur lui (Alexandre) :

Cependant il n*a pas raconté

Tout ce que l'histoire en dit,

De manière qu'il ne rapporte que la dixième partie

De ce que j'ai lu de lui*.

On peut croire qu'il avait suivi et perfectionné l'ouvrage du prêtre Lambert, et il dédia le sien à Berthold V, duc de Zaehringen, qui succéda à son père en 1 187. D fut le fondateur de la ville de Berne et passa la dernière portion de sa vie au milieu des plaisirs dans son château de Fribourg en Brisgau. Il y mourut en 1218\

t Compares à ce récit celai qu'on trouve dans le lier ad Paradisum (cideuas, p. 86 et sniv.) et dans la Chronique de taint Pantaléon (ci-dessons, p. 135).

< Rodolphe de Montfort, cité par Schreiber, ibid. p. 15.

s Schreiber, ibid. p. 16 et 17. — Schœpfflin, Hist. Zaringo-BadentU, t. I, p. 158.

Le poème de Rodolphe de Montfort , dont le manuscrit est dans la bibliothèque de Munich, n'a|^Kiitient pas a nos recherches, n est tout historique, et l'auteur parait avoir suivi Q. Curce^ Rodolphe écrivit au milieu du treizième siècle, et après lui llridi d'Eschenbach traduisit, au commencement du quatorzième siècle, en vers allemands VAlexandreà de Gautier de Chàtillon', dont nous avons déjà parié, et qui n'esl point fondé sur les traditions fabuleuses'.

Quant aux ouvrages en prose, il faut remarquer que le célèbre Mélanehthon, éditeur de la Chronique de Conrad de Licbtenau, abbé d'Ursperg, surpris de ne point trouver dans l'édition précédente, donnée par Peutinger, l'histoire d'Alexandre que la Chronique avait annoncée ^, examina les manuscrits et en trouva deux qui renfermaient, sous les titres d' Excerpium de vîtâ Alexandri Magni^ et de Mirabilibus Alexandri Magni, des fables telles qu'on n'aurait « pu les lire sans rire. » D ne

< Doeen, Muteum ftir aUdeutëthe Utterai. t. I, p. 51. - Badi»ehe$ Arehiv, t. I, p. 80. -- Schreiber, Und. p. i4, 15.

s L'ooTrage d'Ulrich d'Eschenbttdi existe en mânnicrit dans les bîbUotlièqaes da Vatiesm, de Wolffenbattel "^Biogr. Univ. t. TJll, p. 2S9) et de Bàle (J?. 1 1, 3). (Hienelf Catal, Ht. col. 544.) Le poète dît Im-méme qo'il a traduit le savant Walter. (Schreiber, ilrid. p. 13.)

s Bachon {Quelques iouvenirt de courtes en Suisse et dans te pays de Baden^ Paris 183d, ui-S<», p. 484) indique comme étant dans la bibliothèque publique de Heidelberg, no 333 : Poème sur Alexandre le Grand j Ms. da 14* siècle (sans doute en allemand).

On place en 1250, aa temps de Frédéric II, Rodolphe Ton Arte oa Em$ .... Histoire d'Alexandre, poëme dont il existe un manuscrit à Mimich. (Koberstein. Manuel de l'Hitt. de la Litt. allemande, p. 43, trad. fr.)

Eichhoff {Cours de litt. allemande 1838, p. 318) indique deux poëmea d'Alexandre en allemand, l'un par le moine Lambert, l'autre par Bodolphe de Hohenems. — Henry et Appfel, Bist. de la lAtt. allem. p. 64 : • Alexandre le Grand, par Rodolphe de Hohenems, poète qui descendait d*une iUnstre ^miUe et qui florissait au Xlll« siècle, sous les empereurs Frédéric il et Conrad IV. • .... • Ce pocme... est en six livres et se trouve en manuscrit à la bibliothèque de Munich. ■

* Chronicum Ahhatis Urspergensis emUinens Histor. rer. memorabiliusn a J^iifko ad t empara Fnderici li, Argentorat. 15^10, fol. pag. xiii : .... Sicut in historié ipsius pleoè describitur. >

voulut point discréditer un livre utile en y insérant ces récits*. La Chronique qui porte le nom de Tabbé d'Ursperg est un ouvrage de plusieurs mains , et il se peut que ce fragment sur Alexandre, rejeté par Peutinger et Mélanchthon, soit une interpolation faite à quelques manuscrits. Le titre du premier de ces morceaux rappelle Tliistoire fabuleuse dont Martin Opitz fit usage dans les notes sur l'hymne en l'honneur de saint Annon'. Une autre chronique, écrite par les moines de Saint-Pantaléon k Cologne, et qui porte le nom de Chronique Royale^ ^ s'annonce comme trèsniélicate sur la véracité. Elle commence par six vers rimes, dont voici le premier :

Chronica dicorego, mendacia cunctarelego.... mais elle enfreint cet engagement dans deux articles qu'elle consacre k Alexandre. Dans le premier, ce conquérant arrivant aux monts Caspiens reçoit des députés des dix tribus d'Israël, qui demandaient de sortir de leur captivité. Mais le héros, ayant appris leur révolte contre le Dieu d'Israël et leur idolâtrie , ordonna de les enfermer avec plus de rigueur, et k cet effet le Dieu d'Israël, à la prière d'Alexandre, rapprocha deux montagnes'^. On reconnsut la fable arabe des peuples de Gog et de Magog, appliquée par les Rabbins aux tribus de la captivité. Avant eux Orose avait désigné les Juifs, transportés par les rois de Perse dans les pays voisins de la mer Caspienne , comme devant un jour faire une irruption contre les autres nations \ Roger Bacon a cité ce passage^. Les Rabbins adoptèrent cette fable et l'ap-

* ibid. p. xiii. « Hic impressum Urspergensis Chr. exemplar pollicebatar Alezandri M. hîstoriam alibi , sed non prœstitit. In daobus scriptis ezemplaribns : Excerptam de Vita Alezandri M. Item de mirabilibuB Alezandri M., habebatur qaod plane erat taie ut nemo sine risu legisset. Igitnr nolai contaminare hanc utilem historiam hoc «l^iu^urf^px^o. »

* V. ci-dessus, p. 80.

' Chronica RegiaS. PanteUeonis in Eccard, Corpuê Hiêt. Medii j£vi. t. I. « Chronie. Reg. S, Pantaleon. col. 712, 713.

'* P. Gros. lib. III, cap. 7, p. I&1, éd. Havercamp, Lugd. Batav. 1738, in-4o. ^ Rog. Bacon, Opus Majus, p. 190.

puyèrent par des inventions bizarres. Us prélendireni qae les tribus d'Israël avaient été transportées au delà d'un fleuve nonuné Sambathion\ dont les eaux, le sable et les rocbers sont dans un mouvement perpétuel, excepté les jours de sabbat. Le célèbre rabbin Kimchi raconte ces belles choses, et assure avoir vu du sable de ce fleuve qui était de lui-même dans un état de mouvement continuel , et qui ne restait en repos que le samedi '.

Le second article concernant Alexandre , qui se lit dans la Chronique Royale de Cologne, parle du voyage entrepris par ce héros vers le Paradis, en remontant le Gange ou Physon, qui y prend sa source. Alexandre parvient à une espèce de ville dans laquelle il ne peut entrer , mais par une fenêtre il reçoit une pierre précieuse de la forme d'un œil, qu'on lui assure être très-merveilleuse. Il revient à Suze , où un Juif nommé Papas , tout en lui montrant les propriétés de cette pierre , lui donne des leçons de morale et de modération. Alexandre en est fort touché et se corrige de tous ses défauts « Ipse finem omni cupiditati imponens , omnique

* Le 4» livre d*E8dras (ooTrage apocryphe écrit aax premiers siècles de Tère chrétienne, qae Luther a comparé aax fables d'Ésope, et dont Tsateur prétend aToir reça Tinspiration divine par an breavage coalear de fen) donne le nom de Arsareth au pays dans lequel les dix tribus se retirèrent. (Esdras, lib. IV, 40- 45. Cf. Fabric. Cod. apœryph. N. Test. t. II, p. 174 et seq. — Basnage, Hisl. dêi Juifs^ liv. VI, chap. II.) — Sur le fleuve Sabathim, V. Joseph, Bell, Jud. VII, 5, 1, corn not. Havercamp.

< V. Basnage, Hist. de* Juifs, tiv. VIII, chap. 5, § 13, 14, t. VII, p. 114- 120. — On peut rapprocher cette fable des Rabbins de celle qu*on lit dans la lettre du prêtre Jean à l'empereur Manuel (Voy. p. SI, not. 5) : - In terra nostrâ est quoddam mare sine aquâ, sed harena tantum movetur et intnmescit nndas ad similitudinem alterios et nunquam est tranquillum. > — Dans une lettre prétendue adressée par le prêtre Jean à l'empereur Frédéric de Rome, qui a été mise en français, et imprimée à la suite de V Histoire de Pierre de Provence et de la belle Maguelonne (Paris, Trepperel, in-4o), et dont on a plusieurs manuscrits, on lit : • et dalès celé mer keurt ung fluns de pierres précieuses, et

keurt cis fluns toute le semainne et ciesse le samedi, ... et les jx lignies d'Ysraël ue puéent trespasser celé mer ne cel flun... • ( Jubinal, Œiuvres de Hutebeuf, t. Il, p. 461, tiré d'un ms. du treizième siècle.;

ambitioni, liberalitati alqae hoiiestati vacabat, et ut magnifia centiain regiam decebat , in suis munificus et in cunctis largifluens. .. » Mais arrivé à Babylone, on lui prédit sa mort, ainsi que les troubles qui doivent la suivre. Il est enfin empoisonné par Antipater*. Nous avons déjà rencontré cette fable*.

Une autre chronique, écrite en allemand à la fin du quatorzième siècle par Jacob Twinger, surnommé de Koenigshoven', et qui suit le plus souvent Vincent de Beauvais et Martin Polonus, raconte sur Alexandre une partie des fables qu'on trouve dans les romans. J. Twinger parle des amours d'Olympias avec Nectanèbe, de la mort de ce magicien, de la victoire d'Alexandre sur Nicolas, de son souper chez Darius, de son ascension dans les airs et de sa descente au fond de la mer*.

Le dernier auteur allemand que j'indiquerai est J. Hartlieb Moller, médecin de Munich, qui, par ordre du duc de Bavière, écrivit au quinzième siècle V Histoire d'Alexandre^ que le titre et la suscription annoncent, on ne sait pourquoi, comme étant traduite du latin d'Eusebius '. Elle existe en manuscrit dans la bibliothèque de Vienne •, dans ceUe de Saint-Gall^ et ailleurs*.

< Chronic. Reg. 5. Pantaleon. col. 718.

* V. d-dessus, p. 87 et 132.

> V. sur J. Twinger et sa chroniqae, Meusel, BibL hist. X, 1, p. 97-100. — Acta Eruditor. 1698, p. 362, 367.— Oberlio, DeJaeobo Twingero, vulgô Jaeob von Eœnigshoven^ Argentor. i780, in-4o.

* Die œlteste Teutsche sowol allgemeine als insonderheitElsassische and Strassbargische Chronicle, von Jacob Yon Kœnigshoven , mit historisch. Anmerk. herauBgegeben von Dr Johan Schilter, Strassbnrg, 1698, in-4o, c. I, S 11^» ^18-

— Gobelini PeraonsB Cosmodromiam, set. V, cap. 10 (Heibom, Rer, Germanie, t. I, p. 154 et seq.) à examiner et à extraire. — Auteur du quatorzième siècle né en 1358, mort en 1420.

* Die Historié Ton demgrossen Alexander, wie die Ëusebius bescbrieben hat.

— Hie endet sicb die Historié von dem grossen Kœnig Alexander. Als dye der hochgelehrt Doctor Johann Hartlieb zu Miinchen, durch lieb des durchleuchtigen Fiirsten, etc.. Herzog Albrecbts seligen gedâchtniss in teutsch transferirte und bescbrieben bat...

* Lambec. Comment, in Bihl. Cœsar. lib. II, col. 857, éd. Koller. 7 HflBnel, Catal. mantifc. p. 701.

> Hsenel indique dans la même bibliothèque : AUxandri if. expeditiones per EuseOium tcriptœ» (Abrégé de celle de Hartlieb.)

Elle a été fréquemment imprimée ^ Fabricius' donne cet ouvrage comme une traduction de J. Valerius, mais ailleurs' il dit avec plus de raison que c'est une imitation en allemand de VHistoria de Prcp/tw*.

1 V. les édit. da quinzième siècle dans Hain, Repertor, Bihliogr. t. I, p. 86, 87. — Ebert, Bibliogr. Lexie, I, p. 39.

• Fabric. BibL GrcBc. t. III, p. 42, éd. Harles. > Fabric. ibid, p. 37, éd. Harles.

* Ebert {Allgem. BibL Lexie. t. I, p. 39) renvoie sur le roman de Hartlieb à Von der Hagen et Bosching, Liter. Grundriss zur Geschichie der deuttchen Poésie von der àUesten Zeit bis in dos 46. Jahrh. (Berlin 1812, in 8», 223, 544.) -^Alexander der Grosse^ althoUànditches Gedichl, {ïyocen, Miseel 2, 136, indiqué par Grimm, Die Deutsche Heldensage^ p. 167.) Ebert (Allg, BibL Lexie. t. I, p. 39) indique une version hollandaise (Delft, 1488 et 1491, in'4o) comme tirée de Tallemand de Hartlieb. Ces éditions sont citées par Panser et Visser, Notice des livres imprimés dans les Pays-Bas,

Les fables romanesques sur Alexandre furent très-connues en Angleterre. Le célèbre Gallois Silvestre Girald ou GIraud (Xn^ siècle), en parlant d'un lac de la Momonie dans lequel est une ile où personne ne peut mourir, rappelle le témoignage de Pierre Comestor son contemporain, et parle, en citant la lettre d'Alexandre à Aristote, de l'arbre du Soleil « dont le fruit peut allonger immensément la vie '. » Il rappelle, dans un autre ouvrage, qu'Alexandre transporta les monts Gaspiens pour enfermer les dix tribus'. Ces traditions se répandirent avec rapidité, et l'on voit dans le prologue du Roman de Richard Coswr de Lion , traduit du français en anglais dans le treizième siècle ', que le roman d'Alexandre, ainsi qu'un grand nombre d'autres, existait dans les deux langues^. Au commencement du qua-

* Silv. Girald, Tapogr. Hibemiœ, part. II, cap. iv,p. 716.— iin^^Va... Bi-

bemica à Goill. Caindeno edit. Fraocof. I60S, fol. « Hic mihi notandam vi-

detur, qaod in primo Scholastic» historiie, et circa principium de insulis h^jos modi vÎTentium fit mentio. Ubi de arbore solis dicitar, quia qai fnicta ejasdem ▼escitur (sicat Rex Alexander Aristoteli scribit) vitam eztendit in immensnm. •

* Girald, Cambriœ descript. chap. 16.

s Warton, The History ofEnglish pœtry^ p. 119.

* Warton, ibid. p. 122, 123 :

Many romayns men make newe, Of good knightes and of trewe :

Of ther dedes men make romaons, Both in England and in Fraunce ; Of Rowland and of Olyrere, And of everie Dosepere (douze pairs)

torzième siècle, Adam Davie écrivit en vers The life ofAlexander^ el Warlon , qui en cite plusieurs passages d'après un manuscrit qui contient toutes les œuvres de ce poète * , prononce qu'il imita le roman de Siméon Seth ', et le poème d'Alexandre de Bemay, qui, quoique écrit en français, « était populaire en Angleterre. » Dans les fragments cités par Warton, on trouve la description des opérations magiques du roi Nectabanus, qu'on nomme aussi Neptanabus, l'aventure d'Olympias avec le dragon, la querelle d'Alexandre avec Nicolas, et quelques autres traditions fabuleuses. Il y est aussi fait mention du cor meneilleux que possédait le roi de Macédoine'^.

John Gower, dans le poème qu'il composa sur la métaphysique de l'amour par l'ordre de Richard II, et qui porte le titre de Confemo Amanlis , a imité quelques morceaux de celui de Davie et du roman français d'Alexandre. Dans le récit qu'il fait des amours illégitimes d'Olympias, il donne au dragon les épithètes de courtois et de débonnaire'*.

Of Alysanndre and Charlemayne Of Kyng Arthur and of Gawayne, etc.

< Afi. BibL BodUi. Lond. 1, 74.

* V. ci-dessus, p. 19. — U aurait faUu dire le &uz Callisthène on plutôt les histoires fiibuleuses sur Alexandre écrites en latin.

' Warton. TAe History of Engl. poetr. 1. 111, et Dissert, on the gesta Roma-nor. p. xxxiii-xxxvi, et 1. 1, p. 2U, 230-232.— Tanner, Bihl Britanna-Hybern.

* J. Gower apud Warton, ibid. t. III, p. xxxvi, not. g.

With al the chère that he maie, Towarde the bedde ther as she laie , Till he came to hir the beddes side And she laie still, and nothyng cride ; For he did ail hys thynges faire And was curteis and débonnaire.

Page 1