‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 2)Chapitre 57 sur 91 · VU · texte numérisé non relu

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Les Arabes apprirent l'histoire en faisant des conquêtes ; ils entendirent les récits de TÉgypte et de la Perse ; les traditions fabuleuses de ces régions se retrouvent dans leurs écrits.

Le chrétien jacobite Eutychius, dont le véritable nom est Saïd-ebn-Batrik , dans V Histoire universelle qu'il écrivit au dixième siècle, rappelle qu'un roi d'Egypte, nommé Pharaôh Shanak^ vaincu par Ochus, se déguisa pour échapper à son ennemi et se retira en Macédoine ^ Il parle aussi de la mort d'Alexandre, à qui les astrologues avaient prédit qu'il cesserait de vivre dans un lieu où le ciel serait d'or et la terre de fer. Parvenu à Shahrazur, il tomba malade et on le plaça sur une cotte de mailles de fer, tandis qu'on garantissait sa tête avec un bouclier doré. Alors Alexandre vit que la prédiction allait s'accomplir; il écrivit à sa mère et mourut '.

La version arabe qui fut faite du Schah-nameh, dans le trei-

cienne tradition des peuples slaves qui parlent des guerres soutenues par eux contre Alexandre le Grand, vainqueur des Gètes. • — (Il renvoie à Stanislas Sarnitski, Annales Polonorum, lib. II, p. 877. — MauroOrbini, Historiographie du peuple Slave^ p. 3. — Raisch, Hist, des différents peuples slaves, édition de Vienne, t. I,p. 3.) — Les auteurs persans ont parlé de ces guerres. V. ci -dessus, p. 8, not. â.

1 Eutych. Annal, p. 267. Edit. Oxon. tô58, i».

« Eutych. Annal, p. 284-287. Cette fable, d'origine arabe, fut adoptée plus tard par Firdousi , Mirkhoad et plusieurs autres auteurs persans. On la lit encore dans un ouvrage français, écrit vers 1400 par Guill. de Tignon ville, et iotitulé : fjes dictz moraux des Philosophes, Paris 1531, petit in-8".

zième siècle \ dut donner plus de vogue aux traditions sur Alexandre. Aussi, à cette époque, le célèbre Grégoire Abulfarage (dont je ferai mention ici parce qu'il ne se borna pas à écrire son grand ouvrage en syriaque, mais qu'il le traduisit lui-même en arabe) raconte que Nectabius^ chassé d'Egypte par Artahshaslus (surnommé le Noir et appelé Ochus par les Grecs), parcourut la Grèce sous le déguisement d'un astrologue, séduisit la reine Olympias et la rendit mère d'Alexandre Dliilkamain '.

Un peu plus tard (XÏV® siècle) un écrivain que Ton croit Égyptien, Nowairi^ qui écrivit une sorte d'encyclopédie", suivit la tradition des Persans et fit Alexandre fils de Darius l^^. Après ses victoires, Alexandre marche vers les Indes, et le roi de ce pays lui fait présent d'un habile philosophe, d'un savant médecin, d'une fille ravissante et d'une coupe inépuisable. Alexandre lui accorde son amitié et s'avance vers la Chine. Le roi de cette vaste région veut connaître son ennemi. Il se déguise en ambassadeur et se rend auprès d'Alexandre; mais il se fait bientôt reconnaître ; les deux souverains font la paix, et Alexandre meurt peu après avoir quitté la Chine. Les philoso-

1 Assemann. Car. Cod, Orient. Bibl. Medic. p. 148.

* Greg.AbuIphar. Chron. Syriacum ex éd. Kirsch. Lips. 1789, p. 35 : • Valida manu iCgyptom inyasit (Ochas), ejusque incolas Persis subjecit, rege ^gypti, cujus nomen erat Nectanebns, in iEthiopiam fagiente.... Fertur fuisse pater illégitimas Âlexaiidri.> — Greg. Abulphar. Hist. Compend. Dynastiar. latine versa ab. Edw. Pocock. Oxon. 1663, in-4o, p 89 : « Artahshashtos tertius, qui et appelât or Asadah, id est Niger, Grœcis autein Ochus vocatur, regnavit annos ▼iginti septem. iEgypti regnum in potestatem iterum redegit, in fugam dato Nectabio ejus rege, qui Grœcorum regionem habita astrologi peragravit, cum peritus esset astronomise et arcana motuum cœlestium perspecta haberet. Di> citurque illum blanditiis sibi concubitum cum Olympiade Philippi régis Macedonias uzore impetrasse, dum apud illam astronomi munere fungeretur, eamque ab eo gravidam fkctam Alexandro Dhilkamain. * — On yoit que l'auteur ajoute des détails en traduisant en arabe son propre ouvrage.

s On peut prendre une idée de ce grand ouvrage dans Reiske, ProdidagnuUa ad Hadgi Chalif. tab. p. 232 à 23i. — G.-B. de Rossi, Dizion. degli aut Arahi.

LBS ARABES. 39

phes entourent son cercueil et chacun d'eux exprime ses sentiments par une sentence \

Un auteur, qui semble être persan, a placé à la tête de la version arabe des fables de Bidpaï * une introduction que M. Silv. de Sacy fait connaître. H raconte qu'Alexandre, voulant aller k la Chine , fit la guerre à Four (Porus) , roi des Indes, et pour combattre avec avantage ses nombreux éléphants, le roi macédonien , par le conseil de ses astrologues, fit faire des figures de chevaux et de cavaliers en bronze, les rempUt de naphte et de soufre, et au jour du combat tes plaça en première ligne, après avoir fait allumer les matières combustibles qu'elles contenaient. Ces statues brûlantes mirent en fuite les éléphants qui portèrent le désordre parmi les Indiens. Il y eut ensuite un combat singulier entre les deux rois. L'armée grecque fit entendre un grand cri ; Four se retourna, et aussitôt Alexandre le tua. Enfin, dans une bataille générale, les Grecs furent vainqueurs. Les Indiens, lorsque Alexandre eut quitté leur pays pour entrer en Chine, élurent Dabschelim pour roi, et c'est au temps de ce nouveau prince que vécut le brahmane Bidpaï'.

Quelques auteurs arabes se rapprochent des fables grecques, et disent qu'Alexandre était d'origine égyptienne. C'est sans doute une allusion à l'aventure de Nectanèbe. Il parait même que, dans leur zèle, ils en font un maliométan*^. D'autres se bor-

* Sainte-Croix, Examen^ p. 183-188. U pense que les auteurs orientaux qui ont parlé du séjour en Chine d'Alexandre ont rapporté i ce prince Texpédition de Gengis-Khan.

* Ces fkbles, d'origine indienne, furent traduites en pehlvi, et au huitième siècle du pehlvi en arabe, sous le titre de CcUila et Dimna. L'auteur de l'introduction est d'un temps beaucoup plus récent.

3 Silv. de Sacy, Sfém. sur Calila et Dimna^ p. 15-17.

« Catal. Bibl. Reg. Paris, t. I, p. 457, Cod. Arab. n» U9i, A. • Uistoria Alexandri M. sive potius fabula Romanensis de rébus ab illo gestis. In illo autem opère nihil ferme reperias quod non sit a veritate omninc^ alienum. Si auctori anonymo fides Alexander penerc Coptus , Mahumedanos inter numerandus. • — Cod. xvii saîc.

nent à reconnaître que Philippe n'était pas son père, et, comme Nowaïri, le font aller jusqu'à la Chine *, et racontent ses conversations avec les sages de l'Inde *.

Je viens de parler des traditions arabes qui ont quelque analogie soit enlre elles , soit avec celles qui se trouvent dans les premiers romans alexandrins ou persans. Maintenant j'exposerai quelques fables sur Alexandre qui se Ksent exclusivement dans des écrits arabes, et qui paraissent des inventions propres à cette littérature.

On trouve un ouvrage que les Arabes ont attribué k Aristote et qui porte le titre de Secret de$ Secrets (Secretum Secreti). En dépit des fables qu'on trouve dans cet ouvrage , son texte original est arabe, et il y en a deux manuscrits en cette langue'. On y raconte qu'un certain Jean, (ils de Patrice, le traduisit, sur l'original grec, en arabe, qu'il fiit ensuite traduit de l'arabe en latin, soit par Jean, fils de Patrice, soit par Philippe de Tripoli, qui le dédia à Guy de Valence, évêque de cette ville. On trouve dans les manuscrits et les éditions des variantes sur la suite de ces traductions et sur leurs auteurs. Dans l'édition de Bologne, on lit dans le prologue du translateur Jean qu'il alla k l'oracle du Soleil, et qu'il y obtint d'un solitaire ce livre si désiré, qu'il traduisit du grec en latin et ensuite en arabe.

« Catal. Bibl. reg, Paris, 1. 1, p. 257, Cod.Arab. qo U9i. Codez bombyeinos, olim G. Gaalmiui, abi continetur.... Sairat al malek Eskander al roumi, sive De Alex. M. rébus gestis, auctore Ibrahim Ebn el Moferag el Souri. Cf.Âssemano. Cat, Bibl. Medie. Cod. Orient, p. 220, no 136. Cet auteur arabe vivait à la fin du quinzième siècle; il admet qu'Alexandre mourut empoisonné.

Abraham Aben Phareg Msuli Arabica linguâ contexuit Uistoriam Alexandri. Exstat ms. à77cu;(?) in Bibl. Bavaricâ. (Vid. Rader, Prolusion. ad Q. Curt. c. 4.) -^Cat. Cod. Univers. Lugd. Batav. p. 484, n» 1844 : Ibrahim ben Murigi Honrii Historia Alexandri Magni , sed fabnlosa ex hypothesi Mahumedicà. (Arabicc.)

s Cat. Cod. Univers. Lugd. Batav. p. 4S0, n» 994. Collectio adagiorum.... continet etiam historiam mortis Alexandri M. et ejos colloquia cum sapientibos. (Arabicè.)

' Ms. arabes n<» 044 et 945 à la Bibliothèque royale de Paris. (Jourdain, Recherches sur les traditions d' Aristote, p. 200 )

LES ARABES. il

Philippe le trouva en arabe a Ântioche et le mit en latin * . Ce livre eut une célébrité assez grande au treizième et au quatorzième siècle, et le texte arabe nous est parvenu '. Il a été traduit en vers français au douzième siècle par Pierre d'Abernon ou de Vernon*, et en prose au treizième siècle*; en hébreu, et en presque toutes les langues ^ Dans certains exemplaires

*■ Aristotelis phihsophorum maximi Seeretum Secreiorum ad AUxandrum de Regum regimine^ desanitatis conservatione, de Physiognomonia, Bononise, i50t ,i6octfol.— « Joannes qai transtulit istum Hbrum... veni ad oracalam Solis

quod coDStriizh Esculapides inquo inveni quemdam Tirum solitariam, sap-

plicavi dévote ut mihi ostenderet sécréta scripta illias oraculi : qai libenter tradidit : inter qaod opus desideratissimam inveni... et ad petitionem régis illustris-

simi transtuli ipsam de Grsecà in Romanam, deinde in Arabicam...» Cette

yenion latine a été encore imprimée dans un recueil forme par Alex. Achillini, publié à Venise t.M6, fol. et à Paris 1520, in- 12 min., puis par les soins de Fr. Storella à Naples 1555, in-8o. 11 y en a plusieurs autres éditions. (V. Fossi, Cat. BihL Hagliah. t. I, p. 206. — Panzer, Ann, Typ. t. I, p. 336, 337.) ~ Il en existe des ms. (Bandini, Bibl Leopold. I, 458, II, 68. — Sinner, Cat. M s. BibL Bemens. t. I,p. 283. — Fabric. BibL Gr. t. III, p. 283, éd. Uarles.) Celui de la Bibliothèque du roi i Paris, n» 8501, in-4o, écrit sur vélin au quatorzième siècle, dit qu'Aristote, précepteur d'Alexandre, qui dicitur duo comaahabuùae^ composa cet ouvrage dans sa vieillesse, qu'il fit beaucoup de prodiges et de miracles qu'il serait trop long de raconter, et qu'il monta au ciel empyrée dans une colonne de feu.

« Bibl. reg. Pans, Cod. Arab., no 944, 945.

s De la Rue, Rechereh. sur les Bardes^ 1834, t. Il, p. 359-362.

* Quetif et Echard, Script, ord. Prœdicat. p. 467, 468 : • Ceux quicest

livre liront, prient por frère Jofroi de Waterfordde et por Servais Copole, qui cest travail empristrent.... • Il y a d'autres versions françaises manuscrites et imprimées. V. Cat. des liv. du duc de la VallièrCy 1. 1, p. 374. — Panzer, Ann. Typ. t IV, p. 87.— Et le manuscrit no7062 de la Bibliothèque royale. On y lit : « Jean

filz patrice sage en toutes manières trouva en la terre de Grèce repost en ung

temple du Soleil, que Eustapidus avait fait faire, le livre des Secrets d'Aristote et le translata de grec en Calde, et puis à la requeste du Roy darabe le translata de Calde en Arabie et après longtemps ung grant clerc appelé Philippe le translata de Arabie en latin et l'envoya à très révérend.... Guy de Valence evesque de

Triple et depuis par ung vénérable il a esté translaté en fhmçois. > (Van

Praet, Recherches sur L. de la Gruthuyse^ p. 137.)

s Traduit en iUlien (Bandini, Cat. BibL Ijeopold. t. III, p. 3i0. — Marsand, Ms, Itnliani délie Bibl. reg. p. 75. ~ Mittarelli, CaU Cod, S. Michel, Venet, col. 895. — En anglais, se trouve dans la bibliothèque d'Oxford. —Traduit en flamand et en vers par Jaques Van-Maerlant au treizième siècle. (Siegenbeck^ Prér. deVIlist. litt. dvs Pays-Bas, p. 25.)

i2 LES ARABES.

de la version française * , il esl intitulé : Le Gow)€rtiemenl des Rais et des Princes^ et les préceptes d^Aristote à Alexandre. Ce livre renferme des règles de morale et de santé'. Au milieu de ses conseils, le philosophe rappelle k son royal élève le danger qu'il avait couru , lorsqu'une reine de l'Inde, voulant le faire périr, lui avait envoyé une fiUe brillante de beauté, mais qui, dès son enfance nourrie du venin des serpents, tuait par ses embrassements et même par ses regards'.

On lit encore dans cet ouvrage qu'Alexandre possédait un cor qui avait été construit par Themistius. Avec ce terrible instrument il pouvait faire parvenir ses ordres et se faire entendre k la distance de 60 milles \

» Part*, 1497, petit in-fol.

« V. Fabric. ibid. III, p. 284 (n).

3 • 0 Alexander recoUe facta Reginœ Indornm quando tibi mandavit causa amicitÛB malta encenia et dona venusta, inter qnos missa fait illa vennstissima paella qoœ ab infaotià natrita fait et imbata Yeneno serpentam : itaqae sua natura versa erat in naturam serpentam. Et nisi illà horà sagacitcr inspexissem in ipsam et arte magica jadicassem : ideoque aadacter, horribiliter , et incessanter et inverecundè saam figebat visom in faciès hominam, perpendi si quidem quod interficerct solo morsa, qaod experimento postea didicisti et probasti, et nisi hoc certissimè ostendissem, mors taa faisset in ardore col tas conseqaata... » {Secret. Secret. Ârùtotel. Napoli 1555, in-8o.)

* 'De Cornu. Oportet etiam tecam habere istad instramentam qaod fecit Tbemistias ad opas exercitas et ad nocendam : et est instramentam terribile qaod dividitar modis multis, qaià forte te oportebit visitare totam provincîam taam et regnam tuum et congregare sabditos et proceres taos et bellatores in eâdem die vel citius vel alio modo proat indiget exercitas magnas etnamerosas : hajas instramenti sonos aaditar per miliaria sexaginta. •

Sur la première page et aa-dessas du titre de l'édition de Bologne (1501 infol.), on yoit la figure du cor d'Alexandre, au milieu de laquelle on lit : ■ Hoc œneo cornu mirabili artificio fabricato Alexander rex Magnificasex LX miliaribus exercitum suum convocavit. Quod ob illias inextimabile artificium et excedentem magnitudinem LX viris regebatur. Verum multa resonantium métallomm gênera inejns compositionem concurrebant. » — Gonf. Kir cher, Ars magna lucis et umbrœ^ lib. II, part. 1, cap. 7. — Ejusd. Pkonurgia. — Denys, Mémoires des Arts et des Sciences. 167!2, 2 mai, p. 111 et 112. — G. Paschii Inventa novantiqua, p. 103 et seq. — Journal des Savants, 1713, II, p. 230. — Morhorf. Stentor hyaloclast. cap. 7 et 14. — Au commencement du quatorzième siècle, le poète anglais Adam Davie qui écrivit the Ufe of Alexander , parla de ce cor. (Warton, The kist. of English poetry, I, p. 229.) On a prétendu bien à tort que

Une autre tradition arabe désigne Alexandre comme ayant construit un mur pour contenir les nations féroces de Gog et de Magog * . Dès les premiers siècles de l'ère chrétienne , on attribuait un ouvrage de ce genre à Alexandre, et on le plaçait dans le Caucase*, quoique ce conquérant n'ait jamais été dans ce pays. D'un autre côté l'Écriture sainte parle de Gog et de Magog ; les prophètes menacent de leur invasion et disent que ces nations seront massacrées sur tes montagnes d'Israël'.

Mahomet recueillit et mêla ces récits. Il représente Ohulcarnain (l'homme aux deux cornes) comme ayant parcouru le monde depuis l'extrémité de l'Occident, où le soleil se couche dans un étang de boue noire, jusqu'aux lieux où le soleil se lève V il parvint ensuite chez une nation qui se plaignit des invasions de Gog et de Magog , et pour la mettre à l'abri , le héros ferma un passage entre deux montagnes par une muraille de fer fondu recouverte de bronze. Ce n'est qu'au jour du jugement que Gog et Magog réduiront cet obstacle en poudre et s'échapperont de leur prison'^. Les auteurs ne sont point d'ac-

Samuel Morland et le père Kircher ayaient inventé le porte-voix vers 1671.

* Greg. Abulphar. Chr. Syriac. éd. Kirsch, p. 37 : « Fecit (Alexander) portas ferreas longas cubitornm 1 2, latas 8, ne Honni exirent. •

* Joseph. DeBello Judaïc. Vll, 7 : « Alanorom autem gens juxta flumen

Tanalm et paludem Hasotidem sedes habentes molientes in Mediam pene-

trare Is enim est transitas illius dominos qoem rex Alexander portis ferreis

monivit. • — iËgesip. de Hieros, Excid. cap. 51 : « Per claustra ferreœ portœ quœ Alexander pneropto Taori montisjogo imposait, cum cœteris gentibus

fuisse coercitos Alanos et veloti qoodam carcere illius arte et ingenio inclu

sos, ot suis se continerent terris.... » — Dexippus apud Syncellum, p. 264 A : « Ad Caucasum profectus (Alexander) Barbaros ad Mœotin profligat. >

Un grand nombre d'historiens du moyen âge ont répété la même tradition. ' Ezech. xxxviii etxxxix— Apocal. xx, 8.

* Alcoran , surat. xviii. t. II , p. 424, éd. Maracci : • Et interrogabunt Ja>

dœi de Bicomi. Responde : Recitabo vobis de eo commemorationem Deindo

prosequutus est iter, donec pervenit inter duos montes Dixerunt : 0 Bicomis

certeJaguget Magug sunt dévastantes terram nostram Respondit :.... Po-

nam inter vos et inter illos munimentum validum. Afferte mihi frosta ferri, ut lequem duo latera horum montium. f)ixit proctereà : InsufSatc , donec effi ciam illud ignem. Dixit rursum: Afferte mihi ut cffundam super illud .ts Ii([U(*factum »

ii LES ARABES.

cord sur l'origine du nom, ni sur la personne de Dhulcarnain» Les uns y voient le fils de Philippe * ; les autres y reconnaissent un roi de rYémen, beaucoup plus ancien, de la race des Bcn- //umej/f '. Plus tard, on crut que le monument qu'il avait bâti se trouvait à Torient de la mer Caspienne ; c'était une conséquence de la confusion qu'on avait si souvent faite du Caucase avec les montagnes du nord de l'Inde, et l'on associa à la tradition sur ce rempart des récits obscurs de certains passages fermés de murs existants dans la Bucharie' , dans les monts Belur, et peut-être encore quelques vagues notions de la grande muraille de la Chine. Au neuvième siècle , suivant une tradition conservée par l'Edrisi'*, un kalife de Bagdad ordonna qu'on cherchât le rempart de Gog et Magog, et son envoyé le trouva k Test de la mer Caspienne , après avoir fait le tour de cette mer par l'ouest et par le nord. Dan ville , qui a examiné en géographe cet itinéraire , place le prétendu rempart de Gog et Magog dans le voisinage du lac Palkati , et d'une résidence des anciens khans des Songares, qui portait le nom d'Harkas*^. J'ai déjà remarqué (p. 24) que le moine Roger Bacon avait cité un fragment des Sophogrammii d'^Ethicus Ister®. Il ajoute que, suivant le même auteur, les nations renfermées par Alexandre devaient sortir au jour de l'Antéchrist et le reconnaître pour

* Nizàmi prétend qu'Alexandre fut ainsi surnommé à cause de la longueur de ses oreilles, et il lui applique la fable de Midas et de son barbier. (Charmoy, Expéd. d'Alex, contre lei Russee. Avant-propos, p. 94.)

s Hartmann, Edrisi Afriea^ p. 313. — Quelques Persans prétendent qu'il s'agit de leur antique roi Djemschid.

» Malte-Brun, Précis de la Géog. I, p. 370. — Voyez sur la tradition des Tartares, Abulgasi, Hist.généalog. des Tatars^ t. I, p. 129.

* Geogr, Nubiensis, 9" part. Clim. vi, p. 267 et seq.

5 Danville, Hùt. de l'Acad. des Inscript, t. XX.XI, p. 210-219. — Greg. Abulpharage, parlant d'une invasion des peuples orientaux d'après une lettre du métropolitain nestorien de Samarkand au ouzième siècle , dit que pour arriver à Chaschgar, ils forcèrent le mont Tachtuchutan qu'Alexaudre avait jadis fermé. — Assemann traduit : inontem inter Thehct et Chutan

6 R. Bacon, Opus maj. p. 190: «Et Hieronjmus hoc confirmât in libro quem transtulit de Sapientiis hujus pliilosophi (.€thici).... •

Dieu. Alexandre n'avail pu les vaincre, mais, à sa prière, la puissance divine excita un grand tremblement de terre , et deux montagnes se rapprochèrent à la distance d'un stade. Cet intervalle fut fermé par Alexandre au moyen d'énormes portes de fer qu'il enduisit d'un bitume inconnu que ni le fer, ni le feu, ni aucun autre agent ne pouvait dissoudre'. Il serait fort étonnant de trouver celte fable dans un auteur antérieur a la rédaction du Coran, comme parait l'avoir été iElbicus; mais cette objection est détruite par Bacon lui-même, qui déclare qu'il se sert de la traduction latine du prêtre Jérôme, et celuici, de beaucoup postérieur à iElhicus, parait avoir altéré l'original grec qu'il traduisait *. Bacon déclare que quelques auteurs ont assuré que les nations qu'Alexandre avaient enfermées au delà de cette muraille étaient composées des descendants des tribus d'Israël qui avaient abandonné le vrai culte et avaient été transportées dans les environs de la mer Caspienne.

Nous verrons plus loin que c'est Ik une opinion due aux rabbins.

Je ne puis entrer ici dans les détails que les auteurs arabes donnent sur tes peuples de Gog et Magog, qu'ils appellent Yadjoudjes et Madjoudjes ; on peut les lire dans plusieurs auteurs, et je me bornerai à rappeler ce qu'un écrivain italien a dit de cette fable : a Vi entra di tutto, Apocalissi, Quinto Curzio, c( Talmud, e sopratutto ignoranza". »

* R. Bacon, Opus Maj. p. 190, 191, 1330. Les RévélatioM de Méthodius donnent à ce bitume le nom d'Assurim. V. ci-dessas, p. 29. — Un auteur qui « a mis en prose le roman françois rimé d'Alexandre « dit qu'Alexandre enfiçrma un peuple anthropophage entre deux montagnes, dont l'une avait nom Promontoire, et l'autre Lairent • et fist sa prière à notre Seigneur qu'il fist assembler les

deux montagnes ensemble : adonc fit Alexandre faire des portes de fer et

les fit couvrir d'astruction, afin qu'elles ne fussent entrebrisées ne arses en aucune manière ; car sa nature est telle qu il brise le fer et le consomme tout et etainct le feu comme faict Teaue. • (Lhystoire du noble et vaillant roi Alixandre^ Paris, Bon fonds ^ in-4«.)

« V. Mannert, Introd. ad tabul. Peutinger. sect. I*.

"' Formaleoni, lllustr. di due carte antivhe, p. 5H. — V. d'Ohsson, Des peuples

Celte fable d'Alexandre et des peuples de Gog fut répandue par les Arabes en Orient et en Occident; on la trouve dans des auteurs persans tels que Firdousi et Mirkhond, comme aussi dans les romans sur Alexandre écrits par des Européens^ On ne peut avoir de doute sur son origine ; cependant un savant du nord, M. Gust. Geyer, ayant trouvé dans la mythologie Scandinave un récit qui a de la ressemblance avec ceux des Orientaux^, a pensé qu'elle appartenait proprement à Vancien Iran et à l'Asie cmirah^. Ce serait croire que cette tradition serait parvenue dans la Scandinavie avec les peuples gothiques qui y arrivèrent de T Asie. Mais il me semble que, sans remonter aussi haut, les relations des Scandinaves avec l'Orient '^ et l'empire de Constantinople, leurs pèlerinages, leurs guerres et leur commerce en Palestine et à Alexandrie % peuvent plus facilement expUquer conmient, dès le moyen âge, une tradition arabe a pu être connue dans

du Caucase au X« siècle^ p. i31 et suiv. Il a réuni sur ce sujet tout ce qu'on trouve dans les écrits des Orientaux. — Humboldt, Asie centrale, II, p. 92 et suivantes.

1 V. plus loin Uittor, Alexandri Magni régis Maced. deprœliis. — Ystoria Alexandri régis a Magistro Qualichino metricè édita. Ms, BibL reg. Paris, lat. 8501. - Chronica Regia S. Pantaleonis. — Methodii revelationes (v. p. 20).

— Une foule d'auteurs du moyen âge ont parlé des rois ou nations enfermées par Alexandre et des cartes du seizième siècle représentent ce prince devant la muraille qui les contient. Mart. Opitz, Not. ad Rfiythm. de S. Annone apud Schiller, t. I, p. 10, not. 9 : « Higus farinœ sunt quœ de gentibus ab Alexandro inter altissimos montes in parte aquilonari condusis, epistola Presbytcri Johanuis exbibet in peregrinatione Jobannis Hesei, qui illa ex Histri compilatore depromsit quamvis in libro meo ista de Alexandre non extent, atque ex Bistro epistolœ assuta vîdeantur ab Heseo. ••

< Dans le nord demeurent les Rimthourses ou les géants des frimats,

- les mauvais esprits, ennemis des dieux et des hommes. Un mur, qu'ils me- « nacent sans cesse de percer, les sépare de la partie centrale de la terre, où est •• situé Âsgard, séjour des dieux.» (Geyer, Scea Rikes Ilafder. t. 1« p.40l, apud d'Ohsson, Des peuples du Caucase au A'^* sit^cle, p. 284.]

s Je ne connais l'opinion de M. Geyer que par quelques lignes citées par (VOhsson, ibid.

* V. Lassen-Rasmasscn, l>€ Orient is comm^Tcio cum Russia et Scandinavia yuedio œvo. Hauniœ, 1 825, in-4<>.

•■• Vid. Pontoppidan. Gcstn et vestig Danor. extra Daniam, t. 1, cap. I.

le nord de l'Europe, et s'introduire dans une mythologie dont la rédaction est d'une époque fort incertaine

La littérature arabe possède encore un ouvrage sur Y An mû litairey qui est attribué à Alexandre, et qu'on dit traduit du grec S mais il ne parait pas se rattacher à nos recherches. Je passerai aussi sous silence quelques fables qui n'y ont point un rapport direct; telle est par exemple la découverte de l'aloës, faite dans l'ile de Socotora^ par Alexandre, pendant son prétendu voyage de la mer des Indes k la mer Rouge * ; telle est encore l'arrivée de ce héros en Andalousie et le canal (Alzacac) qu'il fit creuser pour établir la conmiunication entre les deux mers '. Je laisserai ces fables isolées, mais je remarquerai que les Arabes, par leurs conquêtes, par leur prosélytisme, par les dynasties mahomélanes dont ils furent l'origine , répandirent dans TAsie orientale, avec leur croyance, la renommée d'Alexandre, que les vicissitudes d'un grand nombre de siècles avaient dû effacer. Je crois pouvoir attribuer à leur influence le nom de Dhulcarnain que prenaient, au treizième siècle, les rois de Badaschan et leur prétention de descendre d'Alexandre et de la fille de Darius ^, plutôt que de voir dans ces faits, avec

< Cat. Cod. Bibl, Litgd, Batav.^ p. 460. Cad. Arah. ccGCXCix. — Fabric, Bibl. Gr, t. II, p. 28, éd. Harles.

> Geogr. Nubiensû^ p. 23, 24.

' Geogr. Nubientis, p. 147, 148. — Nous avons remarqué que Cedrenus, Grec du oiudème siècle, conduisait Alexandre à Cadix et chez les nations britanniques (Cedren. Compend, Histor, p. 152). — L'tfateur des Voyages de Macarius, patriarche d'Antioche, au milieu du dix-septièine siècle, attribue à Alexandre la communication de la mer Noire avec la mer de Marmara {Joum. des Savants, 1830, p. 492). Quelques auteurs ont raconte qu'Alexandre avait sépare TEspagne de TAfrique et avait ainsi donné passage à TOcéan dans la mer Méditerranée. Un manuscrit arabe du Musée Britannique dit au contraire qu'Alexandre construisit, sur le détroit qui sépare les deux continents, un pont de 1300 arches, et qu'il fîit aidé dans cette entreprise, comme dans beaucoup d'autres, par le prophète Élie (Khizzer). {Revue Britannique, 1840. Août, p. 188.)

* Marco Polo, H milione, p. 29. edix. del conte BaldelU. — « Unde forsan nata fabula de Balascia provincià cujus reges, qui jure hœreditario sibi iuvicem succedunt, ab AlexandroM. originem duxisse feruntur.» M. Paul. Venct. 1, 34. (Freinsh. ad Q. Cnrtium,)

le comte Baldelli \ un souvenir direct du prince macédonien et des rois grecs de la Baclriane *.

On sait aussi que les sultans de Dehli et du Bengale tenaient a honneur le titre de second Alexandre, jusqu'au quinzième siècle, époque à laquelle la renommée de Tamerlan vint effacer toute autre renommée \ Enfin, dans l'Inde orientale, les Malais apprirent les hauts faits d'Alexandre et le regardèrent comme la tige de la race de leurs rois ^. « Il arriva un jour, « disent leurs annales, que radja Secander, fils du radja Darab, « de Roum, de la race de Makaduniah, dont l'empire portait le « nom deZulcarneini, éprouva le désir de voir naître le soleil. « Il parvint dans cette vue jusqu'aux dernières limites de la (( terre de Hind. » Il remporta la victoire sur le radja Kidor Hindi et l'obligea k embrasser la vraie foi, conformément à la loi d* Ibrahim^. Alexandre épousa Shaher^nd-Beriak, fille de Kida-Hindi, et après avoir passé quarante-cinq années dans l'IIindostan retourna à Makedouniah^.

* Pittsiears princes des régions situées entre Badaschan et le Cachemîr se prétendent encore actuellement descendus d'Alexandre. (Burnes, Foy. en Boukhari>, t. Il, p. 21 1 ; t. III, p. 169 et suiv.trad. franc. — Uphagen, Parerga hiitoric. p. 528.) Les mahométans de Tlnde mettent Alexandre le Grand (Sikander) au rang des saints et lui offi-ent des chevaux d'argile. Les Indiens partagent la vénération des musulmans pour le roi de Macédoine. i^Joum. des Savants^ 1833, p. 543.)

> Note de Baldelli, ibid. p. 29. — Baldelli. Sloria délie relaz. delV Europa con VAiia, p. 9.

s Reinaud, Médailles des rois du Bengale, dans le Journ. Atiatiq, 1. 111, p. 273, 286, 287.

* Le petit ouvrage arabe intitulé : Sœlatu-isalathin, et en malais: Penœronan S?gala Radja, pour l'examen duquel l'Académie de Batavia a proposé un prix. {Revue Encyclop. t. XXII, p. 720.)

B Bayer, Hist. regai grœc. Bactriani, cap. xii, p. 30. « Ceteram ludi ad hune diem Alexandri memoriam recolunt, nomine Scha Sehkandur Padascha, eumque Indo secundo in Oceanum devectum fuisse narrant. Addunt eum dnodecim annos navigasse in Oceano et fontem aquœ undè immortalitem hauriret qussisse. Ita ex ore Souhhara Multaniensis excepi. "

fi John Leyden, Malay .innals (Journ. Asiatiq, t. 1, p. 304, 305.) M. E. Jacquet {Mélangée Malais^ Javanais, etc., dans le Journ. Asiatiq. 1832 févr. t. IX) dit que Valentyn, M. Roorda Van-Eysingen dans son Dictionnaire malais

Je reviens aux écrits des Occidentaux et aux récils plus ou moins fabuleux qui se trouvent sur Alexandre dans les ouvrages latins. Avant de parler du roman d'Alexandre écrit en latin, dont il existe tant de manuscrits et plusieurs recensions différentes , je m'arrêterai un instant sur un ouvrage qui , malgré une apparence tout historique, contient cependant quelques fables, et je le place à la tète de tous les autres, parce qu'il est le seul dont la date soit connue.

I. Vltinerarium Alexandri a été publié par M. Angelo Mai *, d'après un manuscrit qui parait être du neuvième siècle : Muratori en avait déjà fait imprimer une partie * tirée d'un autre manuscrit inconnu k M. Mai, ainsi que l'extrait de Muratori. L'auteur anonyme de cet ouvrage le rédigea l'an 345, et l'adressa à l'empereur Constance, au temps de sa seconde guerre

et Werndly dans ^a Grammaire malaye, font mention de cet ouvrage, dont le titre est : Histoire d'Alexandre le Bicornu. 11 ajoute : « Cette Hakayat n*e8t que la

• traduction d'un de ces romans d'Alexandre si vulgaires dans l'Orient On

« sait que tous les fiiits y ont été systématiquement altérés, et que l'orgueil

• national des Orientaux, en adoptant Alexandre , a largement étendu ses conm quêtes. Il est vraisemblable que Touvrage indiqué sous le nO 2S des manusm orits javanais de la collection Uaffles (voy. VAppend, I ) est une traduction

• javanaise de V Hakayat malaye... Il doit aussi exister un roman d'Alexandre •< en siamois. .. •

* Jliediolani, 1817, in-S» et in- 4° max.

* Antiq, Italie. Dissertât, xuv. t. III, col. 957-962. Ce fragment répond aux 32 premiers chapitres de l'édition de M. Mai.

contre les Perses. Je ne dois cependant point dissimuler qu'un Italien de beaucoup d'esprit, le prof. Sébastien Giampi, a soutenu que cette dédicace était une supposition, et que l'auteur avait vécu, non point du temps de Constance, mais seulement au cinquième siècle*. Il se fonde sur son style, et cette preuve est loin d'être convaincante ; mais il a raison de rabaisser la manière d'écrire de l'anonyme que M. Mai avait trop vantée, et il me fait l'honneur de citer le jugement que j'en ai porté dans la Bibliothèque Universelle (Mars 1818). J'ai donné dans ce recueil une idée de l'Itinéraire d'Alexandre. M. Letronne, dans le Journal des Savants^ ^ l'a examiné sous les rapports de l'histoire, de la géographie et de la philologie ; je dois donc me borner ici k parler de la partie romanesque. Elle serait peut-être plus considérable si l'ouvrage était complet, mais on n'en a pas la fin. J'avais eu l'espérance qu'il se trouverait tout entier à Paris dans la Bibliothèque du roi *.

Je ne m'arrêterai pas k ce que dit l'anonyme de la brève expédition d'Alexandre au delk du Palus Ma^otide'; ce n'est qu'une exagération de celle qu'il fit au delk de l'Ister, mais je remarquerai le voyage de quatre-vingt-dix jours que le narrateur fait faire k ce héros pour parvenir aux colonnes d'Hercule : l'un de ces monuments était d'or, l'autre d'argent. Alexandre les fil sonder, et fit frapper 1500 pièces d'or du métal qu'il en tira*. On lit ce récit en termes différents dans l'ouvrage de

1 Seb. Ciampi, Feriœ Varsaviens. 1818, p. 15 et seq.

3 Itin. Alexand. cap. xxi, p. 13. Eximqne cum, mari dextro perque

Eazinam militans, Maeoti transmissa, jam remeans Gothos irruisset, eos qaoque superat bello, die eadem régressas ad suos *

* Itin, Alex. cap. 119-120. L'anonyme exprime on doute sur la vérité de ce récit : Si quis aurem ad fidem dicentis inclinet. — M. Mai rappelle qu*Ânnibal éprouva de même une colonne d'or du temple de Lacininm {Sileniu et Ccdlitu ap, Cicer. de Divinat., I, 24). Les romanciers d'Alexandre ont peut-être imité ce récit. Philostrate {Vit, Apollon. V, î$) dit que dans le temple d'Hercule, à Cadix, il y avait des colonnes composées d'or et d'argent fondus entemble.

* Il est resté incomplet dans l'édition de C. Millier. — Éd.

ValeriusS qui est annoncé comme étant la traduction d'un roman grec composé par yEsope. Ce dernier auteur avait donc fait mention de ces colonnes, dont il n'est pas parlé dans le roman grec qui porte le nom de Gallisthène'. On pourrait conclure de là que le Pseudo-Gallisthène est plus ancien que V liinerarium^ et si le style de l'auteur grec était un obstacle k une antiquité si grande, on pourrait croire que plus tard une sorte de translation en langage du temps lui aurait donné ce caractère plus moderne. Je rappelle ici que j'ai déjà signalé quelque différence entre le livre d'iEsope et celui du faux Callistliène".

Les anciens n'avaient pas placé les colonnes d'Hercule seulement k l'entrée de la mer Méditerranée, ils les avaient aussi attribuées à l'Asie orientale*, et encore au nord de l'Europe', et la flatterie ayant cherché sans cesse k rapprocher Alexandre des traces de Bacchus et d'Hercule*, ses adulateurs lui firent trouver dans l'Orient les monuments qu'il avait , dit-on , le dessein de chercher dans l'Occident \ Les colonnes ou autels, élevés par Alexandre sur les bords de l'Hyphasis, ne furent pas plus stables que celles d'Hercule, et, dès le deuxième siècle de l'ère chrétienne , Ptolémée indiquait les AHûo^pou crcyjlixL comme étant dans la Sarmatie". De nos jours une colonne fort ancienne, qui se trouve en Géorgie, est attribuée à Alexandre par les habitants du pays'.

1 Jul. Valer. ReMgett. Alex. Maeed. lib. III, cap. 81.

s Voyez cependant ci-desras, page 22.

5 Voy. ihid.

* Plin. HUt, Nai.^ VI, 16 : • Ane ibi (in SogdiaQà) sunt ab Hercule ac Libero pâtre constitatœ, item Cyro et Semiramide, atqae Alexandre : finis omnium eornm ductua ab illa parte terrarum Cf. Solin. Polyh, cap. 49.

B Tacit. Gertn. cap. 34. — Keysler, Antiq, Septentr, p. 183, 188.

« Strab. XV, p. «88. — Freinshem. NoL ad Q. Curt. VII, vu, p. 500, édit. Snackenburg.

"* Q. Curt. X, 1, 17 : • Ipse animo infinita complexns statuent, omni ad Orientem maritima regione perdomita, cursum Gadis dirigere, ibi namque Columnam Herculia esse fama vulgaverat. •

« Ptolem. III, 5.

» JMlémoiret de Van Halen, i^ part. p. 237, 238.

IL Julius Yalerius traduisit, comme nous l'avons déjà dh (p. 21), le roman grec composé par iEsope. Cette version, déjà connue par les catalogues de plusieurs bibliothèques, el par quelques citations, a été publiée par M^^ Ângelo Mai, d'après un manuscrit qu'il croit du neuvième siècle , et qui fut jadis apporté d'Avignon à la Bibliothèque Ambrosienne*. U conjecture d'après le style de J. Valerius que ce traducteur était Africain, et qu'il écrivit au troisième ou quatrième siècle*. Cela s'accorderait avec l'opinion de Clau«(e Qiifflet, qui, dans sa vie d'Ammien Marcellin ', place J. Yalerius au nombre des contemporains de cet historien; mais M^^ Mai ne parsât pas avoir eu d'autre autorité que la réunion dans le même manuscrit de l'ouvrage de J. Valerius avec Vltinerarium AUxandrij qui est dédié à Constance, ce qui assurément ne prouve rien. Du Cangc, dans son Dictionnaire grec (voc. '£|3é7^yo^), rapporte qu'iEsope fut le traducteur de Callisthène, et qu'il dédia son ouvrage à Constance ; mais il y a là une double confusion, et

1 Julii Valerii res gestœ Alezandri Macedonis translate ex ifisopo Grteco, prodeant nunc primùm edente notisqae illustrante Angelo Maio, lUediolani^ i 81 7, in -80 et in-4o, p. xxii et 248. — Geier, Prolegam. p. xxxv, not.

« Le cours du temps fit un mélange inextricable de toutes ces représentations de rOrient et de l'Occident, productions d*nne imagination ardente qui était excitée par les objets les plus puissants et dirigée sur les idées les plus grandioses ; il en résulta une confusion des rapports des historiens. Cette tendance fut fayorisée tout particulièrement par le siècle d'Adrien, et il surgit déjà alors des Âlexandriades poétiques. Le Valerius que Mai a publié doit être considéré comme l'une des principales sources du mythe d'Alexandre dans le moyen âge : elle appartient au quatrième siècle. On n*a pas encore précisé, à ce qu'il semble, les rapports qui unissent Valerius (ou sa source grecque, iEsopus) au Pseudo-Callisthène. n y avait, et il y a encore, une foule de différentes traductions latines de cet ouvrage, et on aurait désiré que Sainte- Croix eût essayé de fiiire ressortir brièvement leurs di£fcrences et leur époque ; il en serait résulté un grand gain pour toute la poésie du moyen âge ; car probablement l'on pourrait , au moyen de ces ouvrages latins, suivre le changement successif du mythe d'Alexandre plus exactement que dans aucun autre cycle poétique, et par là peut-être obtenir les plus beaux résultats sur la marche de la poésie dans les difiPérents cycles.»

(Gervinus, Histoire de la poésie nationale des Allemands, 1. 1, p. 217.)

« Ang. Mai, Prœfat. ad J. Valer. p. xi.

3 Aram. Marcell. ex edit. Erfurdt. Lips. 1808, pag. xcvi.

l'on ne connaît aucun manuscrit qui fasse foi de cette dédicace ^ Un critique justement célèbre, M. Letronne, estime que Julius Valerius est un nom supposé , et que la version latine qui lui est attribuée ne remonte pas plus haut que le neuvième siècle'. Il remarque que Técriture du manuscrit de J. Valerius, à en juger par le fac-similé donné par M. Mai, peut se rapporter au onzième ou au douzième siècle aussi bien qu'au neuvième. On peut appuyer l'opinion de M. Letronne en observant que la première mention d'une histoire fabuleuse d'Alexandre, en langue latine^ se rapporte au dixième siècle. Elle existait à cette époque dans la célèbre abbaye de Bobbio% et sans doute le manuscrit qui la contenait n'avait pas une grande ancienneté'^.

1 V. Ang. Mai, Prœfai. ad Itin. Alex, p. xvi, xvu. —Ejusd. Prœfat, ad J, Valer. p. xvi.

• Journal des SavanU, 1818, p. 619.

' Le Catalogae de la bibL de Bobbio a été écrit au dixième siècle. On y trouve les ouvrages suivants : Librum I, De EpistolU Alexandri ei Dindimi, — Librum I, De titu Indiœ Alexandri ad Aristotelem magiMtrfim. — De Hiatoria Alexandri Magni Maeedonis, librum unum. (V. Hurator. Antiq. Med. ^Vt, diss. 43. t III.col. 821.)

* On pourrait cependant croire avec probabilité que J. Valerius est plus ancien que ne le pense M. Letronne. S'il était prouvé que Joseph, fils de Gorion, vivait au neuvième siècle , comme il a imité dans ce qu'il dit d'Alexandre un roman latin rédigé en style populaire, et qu'on doit regarder comme postérieur à la version de J. Valerius, on conclurait avec certitude que ce dernier est au moins du huitième siècle. (V. ci-dessous, IX. Hébreux.) Je reconnais que l'induction tirée de l'âge de Joseph ben Gorion est loin d'être certaine. {Ibid. notes.) Mais il y a encore une preuve de la même espèce et qui a plus de certitude. On sait que les fables les plus absurdes sur Alexandre furent répandues chex les peuples d'Occident par le prêtre Jérôme, qui est cité par Hraban Maur dont la vie finit au milieu du neuvième siècle. Cela place Jérôme au huitième siècle. Si J. Valerius avait été postérieur à Jérôme, il aurait introduit dans son roman les fiibles adoptées par ce prêtre, et cela me fait croire qu'il faut placer J. Valerius au septième siècle. Déjà an neuvième siècle les fables qui manquent dans J. Valerius devaient être fort répandues, et VHistoria de Prœliis avait été rédigée. 11 me semble qu'on doit tenir J. Valerius pour plus ancien que VHistoria de Prœliis. Voici donc, selon moi, l'ordre chronologique de ces écrits : Roman grec original composé à Alexandrie.

345 — Itinerarium Alexandri.

5™« siècle Témoignage de Socrate. (V. p. 1 1 et suiv.) Autres romans grecs. Callisthène. /Esope. Ister.

5i ROMANS LATINS.

Le manuscrit de Milan ^ que M. Mai a publié, n'est point complet. Le premier cahier manque, et une lacune pareille se trouve encore au milieu du livre second.

La bibliothèque de Turin possédait un manuscrit de J. Valerius du onzième siècle, qui vraisemblablement avait jadis fait partie de la bibliothèque de Bobbio ^ ; il avait aussi des lacunes et portait pour titre : Julu Vcderii Alexandri VCJ Polemi: Aleœandri Macedanis ortu$ : liber primas *. Les premiers mots étaient le titre de l'ouvrage entier, et Polemi était un grécisme pour Prœlia. Le traducteur , ou peut-être le copiste , avait donné k Alexandre le titre de VCI, vin clarissimi^. Les dernières paroles formaient le litre du premier livre. Cette liistoire d'Alexandre était écrite sur du parchemin et recouvrait une plus ancienne écriture , dont M. Peyron a tiré d'intéressants fragments du Code Théodosien, mais en cherchant k raviver par des moyens chimiques les traces du Droit romain , il a fait disparaître une grande partie de l'ouvrage du romancier^.

Les bibliothèques d'Oxford ^ et de Leyde® ont des manu-

7ine siècle (?) Jolius Valerius.

8ne siècle Traduction d'Ister, par Jérôme. — ? Bicc 'AÀi^xv^pou. — . 7 Historia Alexandri de Prsliîs. — Alexandri Epistola de situ Indiœ.

Orne siècle Hraban Maar parle de Jérôme.

Freculfe indique la lettre d'Alexandre.

iQmt siècle Témoignage du Catalogne de Bobbio.

1lBi«| siècle Joseph ben Gorion.

* Cependant les griffons de V Historia d$ Prœliis sont d'origine persane et apportés en Occident par les Arabes. (V. p. 7 : à examiner.) > Am. Peyron, Fragm. eodie. Theod. p. 13.

• Angel. Mai, Append ad prœfat. veter, Interp. VirgU, p. xxxviii.

s Vir Clarissitnus était le titre donné aux sénateurs de Tempire d'Occident dès le quatrième siècle, mais appliqué à Alexandre, il ne peut nullement servir à déterminer l'époque à laquelle ce roman fut composé.

4 Amed. Peyron, Cod, Theod. flragm. inediia^ p. 10-12.

* Coi. Codic Angliœ, t. I.— Cai. Cod. CoUeg. OxoniemiM, no 1548. 82 ; Julius Valerius, De Vita et oiritu Alexandri,

6 Cat. Bihl, Lugd. Batav, p. 378.

scrits de la même bisloire. Elle se trouve aussi k la Bibliothèque du roi de France, et ce manuscrit (n° 4880) * est du quatorzième siècle ; il fourmille de fautes , d'abrévialions , et son écriture est difficile à lire. Le début manque , et il ne commence qu'après la mort de Nectanèbe, mais il pourrait remplir la lacune qui se trouve au second livre de l'édition de M. Mai. En revanche, on trouve dans ce manuscrit une omission considérable au commencement du second livre sans qu'on y aperçoive de lacune, et l'on a inséré dans le troisième l'article de l'historien Orose sur Alexandre le Grand.

Parmi les ouvrages divers qui composent le manuscrit latin 5873, et à la suite de l'Histoire de Jomandès, M. Lelronne a découvert un feuillet qui se joint exactement aux premiers mots du manuscrit 4880 et en diminue la lacune. Pour achever de la remplir on peut se servir d'un autre manuscrit (4877), dont le titre Vùa Aleocandri Magni Macedonis n'indique aucun nom d'auteur, mais qui a tous les caractères d'un abrégé de J. Valerius'. En comparant ce dernier manuscrit avec le feuillet (n^ 5873), le manuscrit n*' 4880 et l'édition de M. Mai, on trouve que ce n'est point dans les premières portions que les retranchements et les changements ont eu lieu, et l'on peut avec confiance adopter son début pour compléter le récit de J. Valerius, jusqu'au point où le feuillet du n® 5873 continue la narration.

Le roman de J. Valerius ayant été l'origine de mes recherches sur les traditions fabuleuses relatives k Alexandre , j'en donnerai ici l'analyse telle qu'elle se trouve dans le premier essai que j'ai publié dans la Bibliothèque Universelle^^ et j'ajouterai k la fin de cet écrit, d'après les manuscrits de la Bibliothèque du roi (n*« 4877, 5873, 4880), la portion du texte latin

* n était dans la bibliothèque de Colbert sous le n» 1334.

* Vincent de Beauvais a fait usage d*un manuscrit fort semblable au n» i877, et Ta cité sons le titre de Hùtoria Alexandri. V. ci-dessous.

3 BibL Univ. 1818. Mars, Littéral, p. 220 et soiv.

nécessaire pour remplir là lacune que M. Mai a laissée en léte de son édition *.

Le roi d'Egypte Nectanèbe excellait dans la magie. Il avait longtemps employé cet art avec succès pour se défendre de ses ennemis ; mais sa science même lui ayant appris qu'il ne pour- ' rait résister à une grande confédération que les peuples d'Orient avaient formée contre lui , il se déguisa , quitta l'Egypte et se réfugia en Macédoine. Il y devint célèbre conune astrologue, et pendant que Philippe était à la guerre, Olympias voulut le consulter. Nectanèbe devint amoureux d'Olympias. Par ruse ou par magie , il lui persuada qu'elle avait plu au dieu Âmmon, joua lui-même le personnage de ce dieu, et se déguisant ou se transformant en dragon , il pénétra dans l'appartement d'Olympias et devint père d'Alexandre. Le magicien fit ensuite avertir Philippe de cette aventure par un songe et par des apparitions effrayantes; il lui fit trouver bon d'avoir un fils d'origine divine. Nectanèbe fit naître Alexandre sous des constellations et des signes qui devaient le rendre maître du monde, et lui fit donner pour précepteurs les hommes les plus distingués de la Grèce. Alexandre profita de leurs leçons; il voulut même pénétrer dans les plus hautes sciences ', et pria Nectanèbe de lui enseigner l'astrologie ; mais une nuit qu'ils étudiaient les astres depuis un heu élevé, Alexandre poussa son maître dans le précipice. Nectanèbe, mortellement blessé, découvrit à Alexandre le secret de sa naissance , et expira après cette révélation. Alexandre, pour ne pas laisser le corps de son père en proie aux bêtes féroces % le rapporta sur ses épaules, raconta k sa

* Le feuillet da ms. 5873 appartient aa dis. 4880.

(Comme ce fingment, inédit à Tépoque où M. Favre-Bertrand rédigeait son travail, a été publié depuis lors — voyez l'édition du Pseudo-Callisthcne de C. MUller — nous l'avons retranché. — Éd,)

* Jusqu'ici j'ai extrait le ms. de la Bibl. du roi, n» 4877. Il est sur parchemin et du treizième siècle.

s Jusqu'ici j'extrais le feuillet qui se trouve dans le no 5873 de la Bibl. du roi de France.

mère ce qui était arrivé, reçut ses aveux et fit élever un tombeau à Nectanèbe.

On lit ensuite dans Julius Yalerius de longs et fastidieux détails sur l'éducation d'Alexandre*, et l'auteur raconte comment il dompta le cheval Bucéphale^, exploit qui, d'après l'oracle de Delphes, lui assurait l'empire du monde. L'année suivante , il obtint de son père la permission d'aller disputer le prix aux jeux olympiques*; il y eut une querelle avec Nicolas, prince d'Acarnanie (Acernania), et remporta la victoire sur lui et sur tous ses autres concurrents.

Le premier exploit militaire d'Alexandre fut la soumission de la ville de MoUiane ou Mothone qui s'était révoltée. A son retour, il trouva à la cour de Philippe des satrapes persans qui, au nom de Darius leur maître, venaient exiger un tribut. Alexandre les renvoya fièrement et laissa sans réponse les lettres du grand roi. Peu après Philippe fut assassiné; son fils vengea sa mort et se prépara aux conquêtes qu'il méditait. Il fit d'abord une expédition dans la Thrace , passa en Lucanie , appelée alors Lycaonie^ puis en Sicile. Revenant ensuite en Italie, il reçut les hommages des Romains, qui lui firent présenter par le consul iEmilius une couronne d'or ornée de perles. Ils y joignirent quatre cents talents d'argent, et s'excusèrent de ne pas faire une offrande plus riche en alléguant les frais que leur occasionnait la guerre contre Garthage '^.

* Le ms. 4877 ne contient pas ces détails.

s Les chevaux portaient des marques imprimées au feu. Bucéphale était ainsi nommé parce qu'il était marqué d^une tète de bœuf. (Salmas. PUn. Dissert. p. tô7.) — La tête large, telle que l'avaient les chevaux de Thessalie, pouvait leur donner quelque rapport avec un bœuf. (Dureau de la Malle, 3Iém. de l'insiU. Acad. des Inscript., t. XIII, p. 480.) — Bucéphale avait été acheté d'un Théssalien. (Plutarch. Vit. Alexand. p. 11.) Bucéphale était un jumart. (Sainte- Croix, Exam. dfs kist. d^ Alexandre, p. 215, note 1.) Le jumart n'existe pas.

s Jusqu'ici j'ai suivi le ms. de Julius Valerius qui est à la Bibl. du roi sous le no 4880, et c'est ici que commence le manuscrit de Milan et l'édition de M. Angelo Mai.

* Les romans grecs contiennent le récit de l'hommage rendu par les Romains

Alexandre conduisit ensuite son année en Egypte ; il pénétra jusqu'à Hammon dans la Libye ; il y bâtit ou embellit le temple du dieu qu'il reconnaissait pour son père^ et l'oracle lui désigna l'emplacement de la grande ville qu'il avait le projet de fonder. De retour en Egypte, Alexandre reconnut ce site près du lieu nonuné Taposiris, et c'est là qu'il fit construire par d'habiles archilecles la ville d'Alexandrie. Elle s'étendait en longueur depuis Taposiris jusqu'au lieu appelé Agathodaemon, et en largeur depuis Canope jusqu'à l'endroit qui porte les noms d'Euryloqiie et de Melanchium.

L'auteur donne ici des détails assez précis sur Alexandrie, sa topographie, le temple de Sérapis^ et les oracles qu'Alexandre y reçut en songe*. Ce prince alla ensuite à Memphis, et

à Alexandre. Il se lit aussi dans l'Arabe Makrisi. Cette fable tire peut-être son origine de Texpédition d'Alexandre, roi d'Épire, oncle d'Alexandre le Grand. Hemnon {Hittor. Heracl. Ponti excerpt. cap. 25.) raconte que les Romûns en- Toyèrent à Alexandre une couronne d'or, et saint Jean Chrysostôme (Homit, XXVlf in il ad Corinih.) prétend qu'un décret du sénat mît ce héros au nombre des dieux. D'autres historiens ont parlé des projets d'Alexandre sur lltalie. (Aristus et Aselepiad. apud Arrian. VII, 1 et 15.) Gautier de Châtillon {Alexandr. lib. VII, fol. 69 ro), poëte du douzième siècle, fait dire à Alexandre: Si mihi dent superi, trajectis Alpibns, unà Cum populis Ligurum, Romanas fhingere vires. Tite-Live (lib. IX, c. 16 et seq. » Cf. Lydus, De MagUtr. rom. I, 38, p. 68) examine les moyens de résistance que les Romains auraient pu opposer à Alexandre ;

il croit cependant que de son vivant ce prince leur a été inconnu Niebuhr

(Hiêt, rom. V, 229-231, trad. tr.) réfute Tite-Live, et pense que la renommée d'Alexandre avait dépassé l'Italie.

J. Malala [Chronie. p. 81, éd. Venet. 1733, fol.) prétend qu'Alexandre, après ses conquêtes, restitua aux Romains les pays qu'ils avaient perdus !

Ambassades des Lucaniens, Bruttiens, Tyrrhéniens à Alexandre à Babylone. (Arrian. VU, 15.)

Ambassades des Carthaginois, Ibères, Celtes, Éthiopiens, Scythes. (Arrian. VII, 15.)

Ambassade des Romains. (Clitarch. apud Plin. flul. natur, III, 9.) Clitarqne vécut peu après Alexandre. (Diodore XVII, 113. — Q. Curt. VU, 95.)

Alexandre avait rendu la liberté à des pirates d'Antium. (Strab. V, p. 232.)

I J. Valerius, I, 35. La statue de Sérapis était l'ouvrage de l'architecte Parménion. (Ottf. Huiler, Man, d'ArehéoL I, p. 206.)

* J. Valerius (Ru gestœ Alexand. 1, 27) parle d'un lieu à Alexandrie nommé

partout sur sa route il fut reçu comme un secoud Sesouchosis (Sésostris). Arrivé dans la capitale de l'Egypte, il fut introduit dans le temple de Yulcain; il y fit la cérémonie de son couronnement suivant les rites égyptiens, et fut revêtu de la robe royale^. C'est dans ce temple qu'Alexandre trouva une statue de pierre noire, qu'une inscription désignait comme celle d'un roi qui avait été obligé de fuir, mais qui devait reparaître après avoir recouvré sa jeunesse, et se venger de ses ennemis par ses

Mesonpodio. H fiiat lire Mesomphalion, (V.Ottf. Millier, Anîiq. Antioehên. p. 57, not. 10, où il rappelle les lieux qui portaient le nom d'Omphaloê.)

* • Quare cùm Memphin venisset, indnctum eum in œdem templumque Vulcani, ^gyptii regni veste dignati sunt et sella, ac sessibile Dei. ■ (Jul. Valer. I, 36.) Vincent de Beauvais et saint Antonin de Florence, qui ont eu sous les yeux un roman d'Alexandre un peu différent de celui de J. Valerius, donnent ce passage de cette manière : « iEgyptii quoque veste et sede regni dignum duzernnt, secundum Sesonchosim venisse dicentes.»

Les rois d'Egypte prenaient possession de la royauté par une cérémonie religieuse dans le temple de Vulcain à Hemphis. Ils y étaient intronisés et iniiiés. Le faux Callisthène, Tun des originaux grecs de J. Valerius, s'exprime ainsi : Kat ^OovTOC aÙTOÛ itc M8|i^iv -nnv 'j^oXtv, JveOpovtaoav et At'YÛirrioi aÙTÔv si; tov Tcû 'HçaîoTGu 8povt9T7iptov, ûc Aî'ipiTTiov ^aaiXca. (S**-Croix, Exam. p. 164, not. 3. Pê.'CalL l, 34.) Le scholiaste de la version latine faite par Germanicus des Phénomènes d'Aratus (p. 71 , éd. Buhle] dit : «... in templo iEgypti Memphis, ubi mos fuit solio regio decorari reges qui regnabant. Ibi enim sacris ini-

tiabantur primùm, ut dicitur, reges satis religiosè tunicati etc. • On peut

consulter encore sur la cérémonie de l'initiation de ces rois Synesius, De Provident. I, p. 96 .4. — Plutaroh. De /«. et Osir, p. 354. -^ A ces cérémonies, on joignait une sorte de déification, et le titre de Meneh^ Atuvtoc, Étemel, que prenaient les Pharaons semble le prouver pour les rois d'origine égyptienne (Hermappion apud Amm. Marcell. XVII , 4. — Des Vignoles , Chronologie sacrée t. Il, p. 736 et 767], et nous en sommes assurés relativement aux Ptolémées. {Inscript, de Bosette. — Cousinery, Lettres dans le Magas. Encyclop. 1807, t. III et V, et 1808, t. III.) Ces cérémonies sont nommées par le monument de Rosette : Ta vGjÀi!;o{Aeva rf ncL^oùcn^ti riic ^aaiXcia;, et saint Jérôme (Comment, in Xi Danielj t. 111, p. 1128, oper. éd. Martian.) les désigne en parlant d'Antiochus Épiphane par ces mots : ■ Ascendit Hemphin et ibi ex mare ^gypti

regnum accipiens etc. ■ Cette initiation était une espèce de sacre qui avait

toujours lieu a Memphis, et M. Cousinery la distingue d'une autre cérémonie qui pouvait avoir lieu ailleurs, et par laquelle le roi, parvenu à l'âge convenable, prenait possession de la couronne ; on la nommait Anacleteria. Cette dernière cérémonie était le couronnement civil, tandis que l'autre était le couronnement religieux, le sacre, la déification. (V. Cousinery, 1.1.)

coaquélcs. Apprenant que cette statue représentait Nectanèbe, Alexandre s'élança pour l'embrasser et s'avoua hautement pour son fils.

Après cela, l'auteur raconte la prise de Tyr, les lettres réciproques de Darius et d'Alexandre , et une bataille entre ces deux princes, k la suite de laquelle la famille du roi de Perse tombe au pouvoir du vainqueur. On sait qu'il s'agit de la bataille d'Issus. Le héros est ensuite ramené, je ne sais comment, dans la Piérie pour voir suer la statue d'Orphée * , puis il est conduit en Phrygie, k Troie sans doute, où il rend des honneurs aux mânes d'Hector et d'Achille*.

Bientôt on trouve Alexandre devant la ville d'Abdère. De là il marche vers le Palus-Maeotide ; l'armée est réduite à manger ses chevaux , et un discours du roi apaise une sédition.

» Cf. Arrian. I, H.

* 11 y a ici vingt- cinq vers qa' Alexandre adresse à Achille pour le prier de favoriser ses conquêtes. Ils ne se trouvent dans aucune des rédactions grecques existantes, et forment un des caractères qui distinguent le roman d'i£sopede celui de Callistbène. Ces vers sont mauvais et ne sont pas même exactement mesurés. On dirait que le traducteur a été incapable de rendre en vers latins les vers grecs qu'il trouvait dans son texte. Néanmoins, ce morceau peut avoir quelque importance pour l'histoire. Les Grecs avaient reconnu, même avant la puissance de Philippe et d'Alexandre, que leur fiimille descendait d'Hercule et des Héraclides d'Argos. (Uérodot. VIII, 137.) Olympias, mère d'Alexandre, tirait son origine d'Achille et deSiEacides d'Épire. (V. E. Q. Visconti, Explicat, d'un bas-reliêfen l'honneur d'Alexandre le Grande Paris 1804, in-4o, p. 10. — Pausanias, Atlic. X.] La généalogie des rois d'Épire est fort mal connue : il y a un vide de quatorze générations , que quelques noms des rois des Molosses rapportés par Antoninus Liberalis et par Etienne de Byzance ne sauraient convenablement remplir. Les vers qu'on lit dans J. Valerius donnent une généalogie complète des iCacides, et s'accordent avec ce qu'on savait déjà, et avec Pausanias qui compte quinze générations entre Pyrrhus fils d'Achille, et Charopus ou Tharypus, bisaïeul d'Alexandre. (V. sur la généalogie et la succession des rois d'Épire, Hût Vnio. trad. de l'angl. t. VI, p. 6(59 et suiv. et Mcolat, Mém, de l'Acad, des Inscript, t. XII, p. 339 et suiv. iu-4o.) — Quant à ce que dit l'histoire sur les honneurs rendus à Achille par Alexandre, V. Arrian. I, 12. — £lian, Var. Uist. XII, 7. — Plutarch. Vit. Alex. p. i2, et Sainte-Croix, Exam.

p. 238. J. Malala se rapproche de Valerius: « Trojam venit : ubi sacra

iaciens ad Achillis tumulum, ex quo etiam oriundus erat, rogavit, uti genium ejns haberct iu bellis suis auxiliatorem.» (Chron. lib. VIII, p. 81.)

Les soldats se reposent k Locres et arrivent à Agragante, ou Alexandre force Toracle et la prétresse à prédire sa gloire. Vient ensuite la ruine de Thèbes, qu'Alexandre consonune malgré les chants d'un poète qui vient se jeter à ses pieds. Il assiste aux jeux gymniques de Corinthe, et un Thébain victorieux dans cette solennité obtient de lui le rétablissement de sa ville natale. C'est ainsi que se termine le premier livre de J. Yalerius ; il est intitulé Ortus.

Le second livre porte le titre de Actus (actions). Il commence par les querelles d'Alexandre avec les Athéniens. Le héros veut leur imposer un tribut, les républicains le refusent d'une manière insultante, et Alexandre demande qu'on lui livre les dix orateurs. On lit ensuite les discours d'Ëschine, de Démade et de Démosthène ; ils sont longs et renferment des choses contraires k l'histoire. Après s'être réconcilié avec les Athéniens, le roi de Macédoine marche contre Lacédémone , et ce n'est qu'après avoir eu leur flotte brûlée et avoir perdu un combat qui dure deux jours, que les Lacédémoniens font des soumissions qui apaisent Alexandre.

n parait que l'auteur fabuleux a appliqué à Alexandre les démêlés des Lacédémoniens avec Antipater.

J. Yalerius nous transporte de nouveau en Asie, et nous montre Darius délibérant avec son frère Oxyathre sur les moyens de résister aux Grecs. Ils prennent le parti de lever de nouvelles troupes. Cependant Alexandre traverse la Cilicie; il se jette dans le fleuve Cydnus , tombe malade ; PhiUppe est

son médecin (Il manque un cahier dans le manuscrit de

Milan*.) On lit ensuite un fragment d'une lettre de Darius k Porus, puis le récit de la fuite et de la mort du roi de Perse. Alexandre arrive auprès de Darius peu de moments avant sa mort, et ce malheureux monarque, après quelques moralités, lui recommande sa famille et le prie d'épouser sa fille.

* Plasieurs ms., et entre aatres celui de la Bibl. du roi de France (Ms. latins, n» 48S0), peuvent remplir cette lacune. — C. Millier Ta remplie à Taide de ce ms. — Éd.

Le troisième livre, Obitus^ débute par ia marche d'Alexandre contre Tlnde et le roi Ponis. L'armée indienne avait de$ éléphants en grand nombre , et Alexandre fut obligé d'avoir recours à la ruse. D fit rougir des statues d'airain et les fit placer derrière le premier rang de ses troupes*. Au moment de l'attaque, on les opposa aux éléphants, qui, blessés, brûlés, effrayés , prirent la fuite '. Alors, les deux rois commencèrent un combat singulier, et pendant que Porus tournait la tète, Alexandre le tua. Les Indiens voulurent le venger, mais un discours d'Alexandre les apaisa, et ils conclurent un traité.

Les conversations entre Alexandre et les Gymnosophistes- Brachmanes occupent plusieurs chapitres. On trouve ensuite une longue lettre dans laquelle Alexandre rend compte k Aristole des merveilles de l'Inde et de sa marche vers la ville de Prasiaca. D raconte sa navigation vers une ile magique, dans laquelle on l'avait assuré qu'il trouverait un tombeau d'or et de grandes richesses, mais à son approche l'île disparut dans les flots, qui engloutirent avec eUe quelques-uns des compagnons d'Alexandre. En revenant vers Prasiaca, il rencontra d'horribles bétes féroces, entre autres V Uebdomadarion , qui pourrait porter des éléphants sur son dos.

L'armée d'Alexandre, chargée du plus riche butin, revient par la Perse et campe près d'un étang qui jadis avait fourni de l'eau au roi Sesonchosis. Pendant la nuit elle est entourée par des monstres de grandeur et de formes tout k fait extraordinaires. Le plus redoutable est V Odontolyrannus qui ressemble à un éléphant immense \ Après que cet animal eut été tué, il

* Ce stratagème se lit dans les romans persans, dans le faux Callisthène, dans Joseph fils de Gorion, etc., etc. Le moine Jean da Plan de Carpin attribue on stratagème assez semblable an prêtre Jean, roi des chrétiens de Tlnde, dans sa guerre contre les Tartares. (V. art. 5, col. 42, dans le Recueil de Bergeron.)

• Curius Dentatns, à la bataille de Bénévent, vainquit Pyrrhus en repoussant ses éléphants avec des torches ardentes.

s Palladius, De Bragmanùy éd. Bis8œi,p.10. «FInvium(Gangem] verô difB>

fallut trois cents hommes pour le retirer de la rivière. En revenant à Prasiaca , Tannée essuya une violente tempête ; elle demeura cinq jours dans l'obscurité, et une grande quantité de neige la fit beaucoup souffrir. Alexandre raconte ensuite dans sa lettre qu'il fut conduit dans un lieu entouré d'arbres qu'on appelait le Paradis^ et qui était consacré au Soleil et à la Lune. On n'y voyait point de temples, mais deux arbres qui s'élevaient presque jusqu'au ciel, et qui ressemblaient aux cyprès de l'espèce qu'on nomme Myrobalani. On lui dit qu'un de ces arbres, qui était mâle, était consacré au Soleil, et l'autre, qui était femelle, était consacré k la Lune^

cilè perriam dicunt propter (Niontofyranntim (â^cvTCTupawcv). Animal est opptdo maxîmam, in fluvio degens, elephantem integmm et intactom absorbere valens. • — Le traité sur les Brachmanes, publié par Bissœus sous le nom de Saint- Ambroise, dit à peu près la même chose, et nomme le monstre du fleuve ondofUton tyrannum. Il faut remarquer que ce traité (p. 63) semble donner le nom de 3fu$cnu à l'auteur de l'ouvrage attribué à Palladius. — Cedrenus (p. 135) raconte que les odonîotyranni peuplaient le Gange qui séparait les Brachmanes de leurs femmes. M.Grœfe, dans un mémoire sur le mammouth, prétend reconnaître dans cet animal l'odontotyrannus des anciens : « Sub mammoute nostro fabulosum antiquorum odontotyrannum latere conjicitur. » Addit, observ, criiic» in Julium Valerium, auctore Frid. Grœfe. {Mém. de l'Acad, des Se, de Pétersbourg,\l^ série, 1. 1, 1832, p. 74 et suiv. - /. des Savants, 1831. Cet. p. 640. — V. Berger deXivrey, Traditions tératologiques, p. 268 et suiv.) — Cedrenus, Glycas, Hamartolus, Vincent de Beauvaîs ont parlé de cet animal. Phranza (III, 1 ) en parle, ainsi que des autres monstres de Tlnde, d'après le récit qui lui fut fait par un vieillard qui avait été dans l'Inde.

* Les Indiens, selon Q. Curce (VIII, 9.) ; ■ Deos putant quidquid colère cœperunt : arbores maxime, quas violare capital est.» — Les livres Zends parlent de « l'arbre Barsom sur lequel veille le Soleil. * (Ànquetil, II, p. 16.) — Les Persans modernes rendent une sorte de culte à certains arbres, qu'ils ornent avec des morceaux d'étoffe, et auxquels ils donnent le titre de dirakht-i-faxelj c'est-à-dire arbre excellent, et de dir-dar, arbre génie. (W™ Ouseley, Travels in varions

eountries of the East 1. 1, append. n» 9, p. 359 401. Saered Trees.—BibL

Univ. 1821. litt., t. XVIII, p. 190. — Journ. des Savants, 1819, p. 585). l\ &ut en particulier remarquer ce que Vf^ Ouseley dit de la vénération pour certains cyprès (ibid. p. 374, 375, 387-389); les arbres du Soleil et de la Lune ressemblaient à des cyprès selon J. Valerius. Xerxès obâssait à une semblable superstition lorsqu'il offrît des ornements d'or à un platane qui se trouva sur sa route, et les auteurs anciens ont eu tort de ne voir dans cet hommage qu'une passion insensée pour cet arbre. (V. Hérodot. VII, 31. — JElian, Var. Hist, II, 14.—

Le premier était doué de la parole pendant le jour ; il rendit un oracle en langue barbare qu'Alexandre força un prêtre d'interpréter, et qui lui prédisait une mort prochaine dont ses amis seraient les auteurs. L'arbre de la Lune, au lever de cet astre, prédit aussi, en grec, à Alexandre qu^il trouverait la mort à Babylone, Le lendemain, k la pointe du jour, Alexandre conjura l'arbre du Soleil de lui dire s'il reverrait sa mère et sa fenmie, et si les dieux permettraient que son corps fût transporté en Macédoine. Une voix subtile mais intelligible S partant du sommet de l'arbre, lui confirma qu'il était près de sa fin.

Après avoir écrit cette lettre k Aristote, Alexandre marcha vers la ville de Sémiramis. La belle Candace, veuve, mère de trois fils, et arrière-petite-fille de Sémiramis en était reine.

Eustath. in Iliad, B. 307 *.) Selon J. Valerius, les offrandes aux arbres da Soleil et de la Lune consistaient en peaux d'animaux divers, et la raison qu'il en donne c'est que les métaux étaient inconnus dans ce pays. (Lib. III, cap. 39.) — Il est également question d*arbres merveilleux dans les traditions des Oulgours : Deux arbres se trouvaient au confluent des rivières Tongola et Sélinga , dont l*un était semblable au cyprès et l'antre au bouleau. Ils s'enflèrent en rendant des sons harmonieux ; puis ils s'ouvrirent, et il en sortit cinq enfants dont l'un devint roi des Oulgours. Les enfknts, devenus grands, s'approchèrent avec respect des deux arbres , qui leur parlèrent en leur recommandant la sagesse et leur souhaitant une longue vie et une bonne renommée. (Hist. des Mongols définis TchinguizShan jusquà Timour-lanê. Paris 1824, in-8«, notes, p. 683.)

t Un arbre de l'Inde parla aussi à Apollonius de Thyane, et, suivant Philostrate ( Vita Apollonii^ VI, 10, p. 239), sa voix (r, 9<i)v7i ^i h ^vapOpo; tc xai Hk'Ji) ressemblait assex à la voix attribuée à l'arbre du Soleil. Le prophète Ésaie et les rabbins décrivent d'une manière toute pareille la voix des morts interrogés par l'Ob. (Esale, XXIX, 4. — Bochart. Hieroz, II, p. 283. — Mos. Maimon. De idol. VI, § 2. — Gevart. €ui Stat. Sylv, lib. II, p. 207, éd. Crucei.— Broukhus. ad Tibull. 1. 2, 47.) Tous ces prestiges étaient les résultats de l'art de parler sans ouvrir la bouche, et ceux qui le pratiquaient ont été connus en Orient et en Grèce sous les noms de Pythons, Ob, Sachourim, Engastrimythes , Eurycléês, Sternomantes, L'historien Josèphe (Antiq, Jud. VI, la) reconnaît que la Pythonisse d'Endor était ventriloque. (V. sur tout cela l'abbé de La Chapelle, Le Ventriloque. Londres [Paris] 1772, in-i2, 2 vol. — Lespaguol, Diss. sur l'Engastrimysme. Paris 181 1, in-4o. — IHct. des Seiene. médic, § Engastrimysme et Gattriloque.)

* Dans l'Asie Mineure, près du mont Tmolus. M. Ampère a vu un platane de quarante pieds de tnnr. illevut des Dnix-Mondes, 1R«. 15 janvier, t. XXIX. p. iW.)

Candaule, un de ses fils, vinl au camp d'Alexandre demander du secours contre le roi des Bébryces, qui avait enlevé sa femme. Il prit Ptolémée pour Alexandre, et cela donna l'idée k ce dernier d'aller comme ambassadeur et sous le nom d'Antigone à la cour de Candac^. Cette reine s'était procuré un portrait du roi de Macédoine, et après lui avoir montré les merveilles et les richesses de son palais, elle lui mit cette peinture sous les yeux, en lui disant que toute sa prudence n'avait pu déjouer l'adresse d'une femme ^ Bientôt elle rassura Alexandre, le protégea contre la violence de Cbaragos, le plus jeune de ses fils, et parvint à le faire sortir de ses États. En rejoignant son armée, Alexandre passa par un endroit nommé la Maison des Dieux. Il y sacrifia et les divinités lui apparurent. Il remarqua parmi elles Sérapis tel qu'il était adoré à Rhacotis, et Sesonchosis qui lui annonça qu'un jour il serait aussi placé au rang des dieux *.

Alexandre revenu k son armée détermina par ses lettres les Amazones k lui payer tribut, et prit ensuite le chemin de Babylone. Dans une lettre adressée k Olympias, il décrit les merveilles de cette route. H raconte son voyage aux colonnes d'Hercule, dont l'une était d'or et l'autre d'argent, son passage par les déserts et la région ténébreuse ', et son arrivée

< J, Malala (Chroniq. lib. VIII, p. 83) rapporte que Caadaoe dit à Alexandre : « Ta, rez Alezauder, mundom aniversum, te verô mulier ona capit... • L'aventure avec Candace se trouve dans tous les romans sur Alexandre, avec quelques différences dans les détails et dans les noms. — Le nom on le titre de Candace était propre aux reines de Méroé, royaume situé au midi de l'Egypte. (V. les auteurs cités par Fabricius, Cod, Apocryph. IVov. Test, t. I, p. 639, not.) Le fkux Callisthène, par une confusion de noms, dit que Candace régnait à Béroé, en Syrie, tandis que Firdousi la fait reiue de Bahhreyn en Arabie et nomme ses fils Taynoush et Cayderoush.

* La carte de Peutinger met à l'extrémité N.-Ë. de l'Asie : « Uic Alexander responsum accepit r (sans doute la réponse des arbres du Soleil et de la Lune) et au-dessous : « Usq : quo Alexander > avec le dessin de deux autels. Au bord de rOxns, à l'orient de la mer Caspienne, on lit : « Ara Alexandri » avec le dessin d'un autel.

s Q. Curce (Vil, m, 11), parlant du pays des Paropamisades qu'Alexandre

r>6 ROMANS LATINS.

chez les Âmazoaes du Thermodon. Il se dirigea ensuite vers la mer Rouge, où il vit les Acéphales et les Troglodytes, puis, s'embarquant, il aborda k Vile du Soleil ^ dans laquelle il vit un char d'émeraude au milieu d'une ville. Alexandre fit dans ce lieu des sacrifices sous la direction d'un prêtre éthiopien, et, par un secours divin, il arriva sur les bords du Tanaïs, qui se jette dans la mer Caspienne. Il traversa l'empire de Xer&ès et de Cyrus. La description des richesses et des choses surnaturelles qu'il a vues dans le palais de ces rois termine sa lettre à sa mère.

Arrivé a Babyione sous de funestes auspices, Alexandre y meurt empoisonné par un échanson qu'Antipater avait gagné. Son corps est transporté en Egypte, et les prêtres de ce pays viennent à sa rencontre en portant les dieux et les choses sacrées. Son tombeau, semblable k un temple, fut élevé à Alexandrie. Enfin J. Yalerius termine son ouvrage par le testament du héros, l'énumération des nations qu'il avait soumises et celle des villes qu'il avait fondées *.

On voit que le roman de J. Yalerius a le plus grand rapport avec celui qui a été attribué k Callisthène; souvent même il parait en être une simple traduction '. Ailleurs J. Yalerius abrège Callisthène, supprime des détails et quelques aventures;

traversa : • Obscura cœli yeriùs umbra quam lux, nocti similis, premit terram, Tix ut quœ propè sunt conspici possint. > — Les romanciera et les poètes orientaux, Firdousi, Saadi, ont parlé de la région des ténèbres (Zonl-math) dans laquelle Alexandre passa plusieurs jours. 11 en est aussi parlé dans la Chronique^ que les Samaritains nomment le livre de Josué, et dans l'histoire de Josippon.

t V. Plin. Hi»i, nat. VI, 26, et Arrian. Ind, 31, qui appellent cette île Nosala. - P. Mêla, III, 7, et Voss. Obterv.— Philostr. ViLApoU. 111, 56, la nomme Sciera. — iEthicus apud Dicuil de Mensur. orh. cap. VII, 3, 6 : « Insula Solia qusB appellatur Perusta , ubi Ganges intrat in mare. - — Dicuil, VU , § 10 :

Solis est insula rubens, omni animantium generi inaccessa; quippe quœ

omne animal inlatum perimit. ■

* V. sur les villes fondées par Alexandre, Raoul-Rochette, Hist. des Coloni&i grecques^ t. IV.

s Letroone, Joum. det Sav. 1818, pp. 615-616.

d'autres fois, au contraire, il contient des choses qui ne sont point dans Tauteur grec. Les manuscrits de J. Valerius ne sont pas tous semblables. Les éditeurs et les copistes, tout en conservant le fond de ce roman, y ont fait des changements, des additions et des retranchements. Quelquefois ils Font considérablement abrégé. Il serait long et inutile d'entrer dans les détails que pourrait fournir la comparaison des manuscrits les uns avec les autres, et il suffit d'indiquer d'une manière générale comment les rédacteurs successifs en ont agi avec cet ouvrage ; assurément ils l'ont traité sans conséquence ^ On reconnaît facilement cette branche du roman d'Alexandre dont les exemplaires commencent par ces mots : yEgypli sapientes sali génère divino primi feruniur^ etc.

m. On a imprimé plusieurs fois, dans le quinzième siècle, une histoire fabuleuse d'Alexandre sous le titre de : Utstoria Alexandri Magni régis Macedoniœ de Prœliisj et cet ouvrage a été mal à propos attribué à Radulphe de Saint-ÀJban et à Gualfred Hemlington, écrivains du douzième siècle '. Gaspard Barthius l'a pris par inadvertance pour le roman de J. Valerius'. Cette branche du roman d'Alexandre a en effet des rapports avec J. Valerius, mais elle est écrite en latin barbare et destinée à être tout à fait populaire. Elle est à J. Valerius ce que, dans les romans grecs, le BioçkklavSpov xai updletç est au faux Callisthène ; on peut même la regarder comme une traduction du Bioç Ahldvipov \ quoiqu'il y ait des différences

> Us ms. latins (d<» 4S77, 5062, 6831, 8518, 8519, 8520^ de la Bibl. roy. de Paris dérÎTent de J. Valerius.

* Radalphe de Saint-Alban avait composé, d'après les anciens auteurs, une histoire d'Alexandre en cinq livres et qui commençait : « Macedonia anteà nomine Emathi .... > (Balœns, Script. Britann. p. 194. — Tanner, Biblioth. Britann. p.6U.)

s Barth. Adversar. lib. II, cap. 10.

* V. Letronne, Jùum, des Savants, 1818, p. 615. — Ce savant me parait rapporter au Bîo; XXt^xv^p&u et à VHistoria de Prœliis plusieurs ms. latins qui me semblent des dérivés directs du romande J. Valerius.

de phrases et de faits dans chacun des exemplaires manuscrits et même dans les éditions imprimées ^

Dans YHistoria de Prœliis^ la fuite de Nectanèbe {Ànectana" bus) et son aventure avec Olympias, sont à peu près les mêmes que dans J. Yalerius, mais elles sont racontées en termes tout différents. C'est pendant qu'Alexandre va soumettre TÂrménie, que Pausanias, fils de Cereuste, amoureux de la reine, assassine Philippe. Alexandre, après la mort de son père, veut passer en Italie pour punir Torgueil des Romains, mais leurs honunages et leurs présents l'engagent à renoncer à cette expédition.

Tous les détails sur Alexandrie et la topographie des environs, qui se lisent dans J. Yalerius, sont supprimés dans VHi&' toria de Prœliis. Elle passe rapidement de l'entrée en Egypte au récit de la statue de Nectanèbe et à l'expédition contre Tyr. On ne trouve que quelques mots sur le songe dans lequel Serapis prédit à Alexandre sa gloire et sa mort. Je ne continuerai pas plus loin ce parallèle et j'indiquerai seulement les différences les plus marquantes entre J. Yalerius et YHistoria de Prœliis^ ainsi que les fables qui ne se trouvent que dans ce dernier ouvrage.

Pendant le siège de Tyr, Alexandre envoie Méléagre contre les Juifs de Josaphat et de Gad. Bitizius, qui commande à Gad, bat Méléagre, et Alexandre vient au secours de ses troupes. Après la prise de Tyr, il passe en Judée, où le grand prêtre Jadelus vient à sa rencontre. Alexandre adore le nom de Dieu écrit sur la tiare du grand prêtre et sacrifie dans le temple de Salomon '.

Les lettres de Darius et d'Alexandre ne sont point les mêmes

1 Comparez VBUtoria de Prœliis imprimée en 1490, in-i», sans nom de lien, avec le fac-similé donné par Meerman {Orig, Typogr. t. II, tab. 7.) des premières lignes d'une édition sans date qu'il attribue à Laurent Coster de Harlem, mais qui parait avoir été imprimée vers 1473 à Utrecht par Nicolas Ketelaer et Ger. de Leempt. (La Serna, Dict. Bibliogr. t. II, p. 41.(?)

• V. Joseph. Antiq, Jud, lib. XI. — V. la longue dissertation que fait sur ce point Sainte-Croix, Exam, p. 347-503.

ROM.iNS LATINS. 69

que celles qu'on lit dans Yalerius, la géographie de la marche du roi de Macédoine est aussi toute diiïérenle.

Avant de livrer à Darius la seconde bataille , Alexandre , assuré dans un songe de la protection de Mercure, se déguise, traverse un fleuve gelé et pénètre dans la ville où est Darius. Il se présente comme un envoyé du roi macédonien et soupe avec Darius. Un courtisan, nommé Anopolus, le reconnaît. Alexandre s'empare d'un flambeau, s'échappe à cheval, et repasse le fleuve Grancm * au moment où la glace commençait à fondre. La statue de Xerxès, qui ornait la demeure de Darius, tombe. Cette narration n'a pas d'analogue dans le J. Valerius imprimé à Milan : une lacune dans le livre second l'a Tait perdre.

Dans la guerre contre Porus, on trouve les éléphants repoussés par des statues ardentes, la description du palais de Porus, une lettre d'Alexandre à Talistris, reine des Amazones, et des combats sans cesse renouvelés contre des animaux monstrueux. Il arrive ensuite dans un pays riche en or (in patribus (partibus) Latrimariis quae auro et divitiis aflluebant). Ces peuples portaient le nom de Serones : leurs arbres avaient folia tU lanani^ quœ génies ipsœ colliyebani et ex eâ vestîmenta faciebant.

Après la mort de Porus, l'année trouve les statues d'or et d'argent qu'Hercule avait élevées ; elle parvient aux forêts de l'Inde les plus reculées et met en fuite des éléphants avec des porcs et des trompettes. Elle rencontre des femmes barbues, et le froid, la neige et l'obscurité la menacent pendant trois

i Le ms. no 1 416 f. Saint-Germain appelle ce fleuve Tygre, Dans l'abrégé de J. ValerioB (Mb. n»' 4877 et 8515), on lai donne le nom de Stranga , nom inoonnn, si ce n'est dans les Actes d'ArchelaUt , qni racontent que l'hérésiarque Manès, pour se sauver, traversa le fleuve Siranga. (Beausobre, Hist. de Manichée^ 1. 1, p. 16.) Serait-ce une altération de Sarangès, fleuve nommé par Arrien, et qui parait être le Setledge (V. Vincent, Voy. de Néarq. 1. 1, p. 194, trad. fhmç.), ou plutôt une rivière dont le nom moderne est inconnu? (Lasseu, De Pentapotamià Indicà, p. 12, 13.) — Le ms. no 8514, qui se rapporte à VBist. de Prœliis, ne parle pas de fleuve congelé pendant la nuit.

jours. A ces fléaux succède une pluie de feu qu'Alexaudre arrête par des sacrifices *.

Alexandre entre en correspondance avec Dîdime et les Bragmanes, et parvient ensuite à un lieu où des aii>res sortaient de terre au lever du soleil, grandissaient à mesure que cet astre s'élevait et rentraient dans la terre à son coucher '. Ceux qui voulaient les toucher étaient frappés de mort, et des oiseaux, qui volaient autour de ces arbres, lançaient des flammes lorsqu'on voulait les saisir.

Les Macédoniens marchèrent huit jours dans une vallée obscure et parvinrent à un lieu situé entre deux montagnes que le déluge avait séparées. Alexandre trouva là un basilic, monstre horrible qui tuait par ses regards ^; il le tua en lui présentant un miroir ^. Il parvint ensuite à une montagne de diamant, de

< « CepernntqaeHle colo cadere ardentes fiicalie ita ut omnia urerentor. Statimqae Alexander cœpit Tictimas immolare Diis sois et orante eo aer fuit omni ealigine depargatas.» — Un autre écrit latin, intitulé : AUxandri Jf. Epiêtola de Htu indiœ (Gissœ, 1706, in-8o), raconte le même phénomène (p. 42, 43). • ...Visseque nubes alîs de cœlo ardentes tanquàm faces decidere, ut incendio eamm lotus campus arderet. Verebantur dicere Deorum me premî ira quôd homo Uerculis Liberiqne vestigia transgredi conatus essem : jussi autem milites suas vestes opponere ignibus. Nox sercna continuô nobis orantibus reddita est.» — Dante se rappelait l'un de ces récits lorsqu'il écrivait {In fera. XIV, ▼. 31) : Quali Alessandro in quelle parti calde D'India vide sovra lo suo stuolo Fiamme cadere infino a terra salde ; Perch* ei provide e scalpitar lo snolo Con le sue schiere

* Y a-t-il quelque rapport entre ce récit et le tour, du reste fort peu croyable, attribué a des jongleurs indiens, dans les « Memoirs of the emperor Jahangueir,

written by himself and translated by major D. Price. • London, 1839, in-4<».

(V. Joum. des Savants, 1830, p. 438, 439.)

s Pline H Galien ont parlé du basilic. Bodin {Theai» nat, lib. III, p. 306) demandait : • Cui visus unquam si solo necat adspectuT » (V. Luigi Bossi, Dei Ba^ êiUsehi^ Dragon^ Milano, 1792, in-S», p. 24. — Collin de Plancy, Diction, in" femal, 1. 1, p. 327, 328.)

« Brunetto Latini (7r^or, Ht. V, chap. 3) décrit le basilic, et dit que les soldats d'Alexandre s'enfermaient dans des vases de verre, qui leur pennettaient de voir le monstre sans en être vus, et que par ce moyen ils purent tuer les basilics à coups de flèches.

laquelle pendait une chaîne d'or, el il y monta par quinze cents degrés de saphir. Il y trouva un palais et un temple d'or et de pierres précieuses, puis un vieillard qui lui demanda s'il désirait visiter les arbres du Soleil et de la Lune. Ce vieillard guida Alexandre et deux de ses officiers dans une forêt où ils découvrirent d'abord un arbre très-élevé, sans fruits ni feuilles, au sommet duquel était un oiseau brillant des plus belles couleurs; c'était le phénix ^ Ils parvinrent ensuite aux arbres du Soleil et de la Lune qui prédirent à Alexandre sa mort '.

L'histoire anonyme raconta ensuite l'aventure qui eut lieu chez la reine Candace : elle est fort en abrégé. Alexandre visite ensuite la caverne des Dieux, et celui des Immortels qui lui parle est nommé Thintisus (Sesonchosis dans J. Yalerius).

L'armée macédonienne trouve ensuite des lieux remplis de serpents, de griffons et d'autres bêtes extraordinaires ; elle traverse un grand fleuve et arrive chez des peuples qui ofirent des éponges blanches et pourpres et des animaux du fleuve et de la mer. Dans le fleuve il y avait de belles femmes aux beaux

* « Viderunt UDam arborem nimis excelsam et sedebat super eam ayis magna. Ipsa enim arbor nec folia nec fructus habebat et avis gerebat in capite cristam similem pavoni et faaces cristatas et circa collam circalum aareom fulgentem.... Haec avis qnam vides fenix est. »

* «... Erant autem ipsœ arbores ezcelss valdè. Et arbor solis habebat folia ut argentum. Dixit Alexander : Quà linguà mihi responsum dabunt. Gui senex respondit : Arbor solîs indico sermone incipit responsam, grieco sermone diffinit. Arbor vero lonœ grœco sermone incipit et indicà linguà déterminât. Tune Alexander oscnlatus est arbores et in corde suo cogitare cepit, si cum triumpho Macedoniam remearet. Tune arbor soli^ indico sermone respondit : Tu devictor orbis dominus simul et pater extas : sed patrium regnum per tempora nulla videbis. Anuo completo et mensibus octo vives : de quo confidis tibi mortis pocula dabit. Tune incepit Alexander in mente sua dicere : Die mibi , sacratissima arbor, quis me débet occidere? Arbor respondit : Si tibi panderetur vir qui tua jfiita resolvit, illum confringeres et sic mea carmina fallerent. înterea dixit ille senex qui ducebat Alexandmm : Noli ampliîis molestare bas arbores interrogationibus futurorum, sed post tergum revertamnr. Itaque reversus Alexander post tergum plorabat amarissime propter brève spatium vitœ suœ et principes cum eo

plorabant •• Comp. cette narration avec celle de J. Valerius (liv. III, cap. 38-

42), où elle fait partie de la lettre qu* Alexandre adresse à Aristote. (Noos avons laisse tels quels les grossiers hexamètres de cette citation. — Éd*)

la Bibliotlièque du roi est un de ceux qui se rapprochent le plus de l'édition de 1490, mais au lieu de se borner, comme cette édition, à faire une courte mention des douze rois tartares enfermés par Alexandre, il raconte que ce héros transporta dans le nord une nation de Scjthes, race immonde, d'un aspect horrible, souillée par toute sorte de mauvaises actions et par l'usage de la magie. A la prière d'Alexandre, Dieu rapprocha deux montagnes, et Alexandre ferma le passage avec des portes. L'édition imprimée décrit en détail le trône magnifique que le roi de Macédoine fit construire à Babylone. On y voyait des figures sur lesquelles étaient tracés des vers grecs et latins indiquant les noms des provinces soumises. Le manuscrit 8514, écrit au quinzième siècle et intitulé : Liber de naiivitale^ aclibiLS Magni Alexandrie ajoute k la description du trône vingt vers qu'il dit traduits du grec. Parmi les peuples soumis, dont ils rappellent les noms, on trouve les Anglais, les Écossais, les Islandais, les Espagnols, les Francs, les Gaulois, les Hongrois, etc. Le dernier vers est :

Omnia mihi subsunt : Jupiter imperat unus.

Ce manuscrit donne un portrait d'Alexandre qui ne se trouve point dans les autres, mais qui, \k une phrase près (victor omnium, sed ira et luxuriâ victus)^ se lit dans l'histoire imprimée. Le manuscrit 8501, du quatorzième siècle, est à peu près le même que le manuscrit 1416, mais il a cependant quelques variantes. Le début des éditions et des manuscrits de VHistoria de Prœliis la distingue de toutes les autres rédactions latines du roman d'Alexandre ; en voici les premières paroles : Sapienlissimi yEgyplii scientes mensuratn terrœ un' dasque maris ^ et cœlestium ordinem cognoscenles id est stellarum cursum.,. etc. En les comparant avec le commencement du Bioç AÂeHavSpou S on reconnaît l'origine de VHistoria de Prœliis. Il existe à Modène un manuscrit d'une hisloire d'Alexan-

« V. ei-dessus, p. 2j.

dre * ; le comineucement mau({ue, mais d'après les détails que j'ai reçus el que je dois à Tobligeance de M. Lombard!, savant distingué et bibliothécaire du duc de Modène, il contient VHistoria de Prœliis. Gagnier a encore trouvé un manuscrit semblable dans la bibliothèque Bodieienne * et il en a publié une partie pour le comparer avec ce que Joseph fils de Gorion raconte d'Alexandre. J'indiquerais enfin un mauuscrit de l'Académie Pauline de Leipzig, intitulé : Vila Alexandri Magni ', si son début différent ^ de celui de VHisioria de Prœliis ne me

1 Cod. Lat XIV, DO 2. ^ Muratori, Antiq. liai. Med. jEvi, t. III, col. 962. A la suite de l'histoire d* Alexandre, le même manuscrit contient : Gesta Jalii Cœsaris, a sciolo quopiam barbaricis temporibos digesta, moltisque fabulis mixta atqae fucata. ■ ( Muratori, Und.)

* De Gestis Alexandri liber. Le manuscrit latin de la bibliothèque Bodieienne [NE. D, 2, 8J, publié par Gagnier en regard du second livre de sa rersion latine de Joseph, fils de Gorion, est un exemplaire de VHisioria de Prœliis. En le comparant avec Tédition imprimée de 1490, on y trouve quelques difiërences de rédaction, et le manuscrit est en quelques endroits plus abrégé. Ainsi, lorsque Alexandre déguisé en ambassadeur a traversé le Tigre et cherché à pénétrer chez Darius, le ms. dit : •• Cepit ire contra Persepolim in quà erat Darius imperator." L'imprimé porte : « Cepit contra civitatem Darii proficisci.» Il n'y a rien sur les nations Tartares enfermées par Alexandre ; on ne trouve point le récit de la caverne des Dieux. L'enlèvement d'Alexandre dans les airs, sa descente dans la mer sont k peine indiqués. Il y a des différences dans le récit qui concerne les arbres du Soleil et de la Lune. La reine Candace y porte le nom de déophilis Candacis *. On trouve encore dans le manuscrit des choses qui ne se lisent pas dans l'imprimé; par exemple, il est fait mention d'hommes sans tète» dont la bouche et les yeux sont placés dans la poitrine.

Voici quelques lignes de l'oracle des arbres du Soleil et de la Lune, d'après le manuscrit de Gagnier :

Tune subito arbor solis respondit indico sermone dicens : Sicnt interro*

gasti nomen meum, Alexander, dominus orbis eris ; sed Macedoniam nullo modo videbis, eo quod fata sic definiernnt de te. Deinde dixit arbor lunie : Alexander^ jam plenam finem statis habes et decipere te débet quem minime speras. Cui Alexander ait : Die mihi, sacratissima arbor, quis me decipere débet? Tune arbor respondit : Si dixero tibi quis te decipere débet, illum occides et jam mutares quœ de te ipsa fata ordinaverunt • etc.

' Montfaucon, Bibl. manusc. t. I, p. 598, A.

* • iCgyptiorum gentem in mathematica magicaque arte fuisse valentem litene tradunt.>

* On IroHVP dans les historiens une CIc'ophi», reine fl'iin pays de l'Inde, ilonl Aloxundre etil un flis (Justin, XII, 7. — Un>s. III. 19. — Q. Curt. VIII, x. H), qui porU le nom d'Alexandre et régna après» sa mire. 1^ Chronique de Cologne dit aussi que liiénphile racheta m^^ Ktat.s par le duu de sa personne.

faisait pas croire qu'il contient une autre rédaction. Je suis cependant porté à penser qu'il appartient aussi à cette branche du roman latin d'Alexandre.

Quelques auteurs ont indiqué l'histoire fabuleuse dont je viens'de parler comme étant l'original et le modèle du roman de Charlemagne et de Roland, attribué k l'archevêque Turpin^ Ce ne serait pas ici le lieu d'entrer dans de longues confrontations; mais je puis assurer que j'ai lu la chronique écrite dans le onzième ou douzième siècle qui porte le nom de Turpin^, et le roman qui porte le nom de Philomena^ et qui fut composé au douzième ou au treizième siècle '. J'ai parcouru les extraits qui ont été publiés des différents romans relatifs à Charlemagne et à ses paladins '^, et je n'y ai trouvé qu'un bien petit nombre de traits ayant quelque ressemblance ^ avec les histoires fabuleuses d'Alexandre, et absolument rien qui puisse prouver une imitation.

> Schœll (Hitt. de la Hit. greequA, t. VII, pp. 194-195), en parlant de VHùtoria de Prœliû^ non-seulement exprime cette opinion, mais ajoute que les • exploits que TOrient fabuleux raconte d'Alexandre sont attribués à Charlemagne. • — Sébastien Ciampi, Prœfai ad Turpin. de vit, Caroli JKf. p. x, cite un passage de M. d'Eichkor, (Eichhom) Hist, du moyen âge, et dit que « Turpin a beaucoup puisé des contes orientaux. Charlemagne est entouré de doose pairs, comme Kaihon de douze seigneurs. Charlemagne avait une trompette longue de soixante lieues (!!) et Ahsender (Alexandre le Grand) en ayait une qui se fiûsait

entendre à soixante lieues M. Raynouard remarque qu'il n'est pas question

des douze pairs dans le Turpin latin, mais seulement dans la version française. {Journ, des Sav. 1832, p. 393.) — Sinner, Prœf, ad Long. Pastor. p. xxxiii : « Quâ de re accuratiùs erit inquirendum, onminôque fabulosam hanc Alexandri M. bistoriam cum Turpiui Chronicis de Carolo M. quibus originem probabiliter dédit, accuratissimè conferre oportebit. •

* De vite Caroli JH, et Rolandi^ Historia J. Turpino archiep. vnlgo tributa, édita à Sebast. Ciampi, Florent. 1822, 8°.

s Gesla Caroli M. ad Carcassonam et Narbonam, edit. a Sebast. Ciampi, Florent. 1823, S». C^est une version latine d'un original perdu, écrit eu Uingae romane. V. Journ, des Sav. 1824, pp. 668-675.

« Hist. de l'Acad. des Inscript, t. XXI, p. 136 et sulv.-* BibL des Romans^ 1777 Juillet, t. I, p. 123 et suiv. — 1777, août, p. 116 et suiv. — 1777, oct. pp. 114-184. - Gaillard, Hist. de Charlemagne, t. III, pp. 332-497.

^ C'est ainsi que Charlemagne se déguise en hérault et pénètre dans la ville qu'occupait Aigoland, son ennemi. (Turpin )

IV. Vllistoria de Prœliis eut assez de vogue au treizième siècle pour qu'un Italien tentât de la mettre en vers latins. Ce poète, nommé Qualichino ou Wilkino d'Arezzê^ écrivit son histoire d'Alexandre en vers élégiaques, l'an 1236, ainsi qu'il le dit lui-même k la fin de son ouvrage ^ On y trouve les mêmes traditions que dans VHistoria de Prœliis^ que l'auteur suit pas à pas, en l'abrégeant quelquefois. D commence par ce vers : Stellarum curis ^Egyptus dedita quondam.

Je ferai connaître ici quelques fragments de ce poème ; ils sont extraits d'un manuscrit de la Bibliothèque du roi, à Paris * ; il en existe d'autres en Italie ^ et en Allemagne *.

1 liîstoriam dictam dictavit carmiue qaidam

Qui Qualichinus nomine dictus erat :

Ciyis Spolenti dam esset apud Recanatum

Illic versificans condidit ista metra.

Post natum Christam sunt anni mille dacenti

Terque duodeni qaum fit istud opos.

Et correxit opos anno durante secundo.

Et sic dictanti musa magistra dédit :

Gregorius nouas tanc Pétri sedem regebat * Romanus princeps tanc Fredericus erat.

Après ces vers on en lit trente-un autres, intitulés : • Hœc Epytafia suntscripta super tumulum Alezandri régis. ••

s Mb. lat. no 8501, 4o,sur vélin, du quatorzième siècle. (Catal. cod. ms. Bibl. reg. Pariens. t. IV, p. 465.) Il commence par un prologue (cujusdam Doctoris in commendatione Aristotelis et Alexandri régis) qui se rapporte au Secretum Secreti d'Aristote. On trouve ensuite : Istoria Alexandri imperatoris Hacedouum filit Olympiadis et Amon. . . . etc. C'est VUùtoria de Prœliiê. 3» Item de Alexandro rege Macedonum.

4» Une courte lettre d'Alexandre à Aristote et la réponse de celui-ci. 50 Alia epistola de medicinali scientia extracta de libro moralium de regimine domiuorum condicta ab Aristotele philosophe et missa ad regem magnificum Alexandrum.

60 Enfin le poème de Qualichino ayant pour titre : Incipit Ystoria Alexandri régis à magistro Qualichino metricè édita. Il est orné de dessins assez grossièrement exécutés.

s Bandini, Catal, cod, lat, bibl. Laurent. III, 410. Ce ms. a de plus que celui de Paris un proemium sur les quatre monarchies du monde, qui commence :

• Post Abrahœ legem quœ circumcisus habetur » et finit : • De Macedum rege

persequar isto modo. ••

^ Fabric. Bibl. inf, lat. cum annot. Mansi, t. III, p. 325. * Scde sedelial?-^d.

Presens historia non narrât singula métro

Quae de Natanebo scripta referre soient : Régis Alexandri tantum volo scribere gesta.

Natanebus dixit : Fili mi, nocte sequeris. Et tibi monstrabo sidéra nota mihi.

Inde foras pergunt ut sidéra cognita monstret Herculeam stellam aspice, dixit ei.

Et fulget nimiiim splendida stella Jovis. Ex his cognosco quod nunc mea fata propinquant :

Filius ecce meus est homicida mei. Inquit Alexander : Falsè cœlestia tractas.

Gens /Egyptica régi nunc obvia venit :

Inde fit iEgyptus tota subacta sibi.

Rex statuam cernit nigro lapide fabricatam :

Qusrit ab ingeniis cur fabricata fuit.

Inquit ei turba : Rex Natanebus fuit ille

Pro cujus laude sic fabricata manet.

Dixit Alexander : Genuit me Natanebus rex. Tune se prostravit osculans statuas.

Je termine ces citations par les vers qui décrivent la descente du roi au fond de la mer Rouge :

Ampulam claram fieri jussit ab illis

Ut claro vitro cemere possit aquas.

Mandat ut stringant vas rex ferrea vincla,

Ut teneant équités talia vincla jubet.

Ex ipsis statuit quantum vellet esse sub undis.

Intrat in ampulam : mox quoque clausa fuit : Ferventi pice sunt cuncta foramina clausa,

Ut maris unda (?) non penetrare queat : Sic rex inclusus petiit maris inde profundum.

Il y a dans ce poème un chapitre sur les nations de Gog et de Magog enfermées par Alexandre et retenues par arl magique. On y trouve fort en abrégé les lettres d'Alexandre à Olympias

et h Aristote, et il se termine par rempoisonnement, le testament et la mort du héros à Babylone. Outre les auteurs que j'ai cités dans les notes, Quadrio (t. VI, p. 478 et 479), Labbe {Bibl. nova ms. p. 68), Jacobilli {Bibî. script. Umbrtœ^ p. 287], Fabricius {Bibl. grœc. t. IIF, p. 50, éd. Harles), et 01. Borrichius {Dissert. de poët. p. 89), ont parlé de l'ouvrage de Qualichino.

V. Je trouve l'indication d'une autre rédaction du roman latin sur Alexandre dans les notes de Martin Opitz sur le Rhythme de Saint-Annon, morceau de poésie dont nous aurons encore à parler. Ici il ne peut être question que de ce que dit Martin Opitz. Il cite un manuscrit latin intitulé : Excerptum de vità Alexandri Magni^ et en extrait certains passages *. En voici quelques-uns qui feront juger que l'histoire fabuleuse d'Alexandre, possédée par le savant Allemand, se rapportait, quant au fond, à VHistoria de Prœliis^ mais que la rédaction s'en éloignait beaucoup, au moins dans un grand nombre d'endroits.

I*** Fragment. — Sur les arbres du Soleil et de la Lune :

« Cœpit Alexander cogitare in animo suo, si triumphans

reverti posset in patriam suam ad matrem et sorores carissimas. Cui j-subito arbor indico sermone respondit : Sicut interrogasti nomen meum, Alexander, eris dominusorbis terrarum, sed vivens in patriam non reverterls ; quoniam fata sic definierunt de te. Cumque ille interrogaret Indos quos secum adduxit^ interprétât! sunt ei sermonem. Tune très fidèles ejus amici, Perdicca, Cliton, Philotas cœperunt plangere super hac respon-

sione.... fConf. sup. p. 64) Vespere autem veniens ad

interrogandum arborem Lunae, cum stetisset juxta arborem, interrogavit ubi mori deberet. At ubi splendor lunae tetigit arborem, respondit arbor grseco sermone : Plenam jam finem aetatis habes, Alexander ; sed isto anno, adveniente Maio, in Babylone morieris, deceptus a quo minime pnesumis. »

< Apad Schilter, Thesaur, Antiq. Tevtonic. t. 1.

II* Fragment. — Ascension dans les airs : « Divina

vero vîrtus obumbrans gryphos, dejecit eos in terram in loco campestri longé ab exercitu itinere dierum decem. NuUam tamen laesionem sustinuit Alexander in cancellis isûs. Cum magna vero angustia redditus est roilitibus suis quem videntes, Isetati sunt collaudantes eum ' »

m* Fragment. — Alexandre au fond de la mer. « Hoc

audiens Alexander, jussit talia iieri et hoc modo perquirens profundum mare, vidit diversas figuras diversi coloris piscium et quasi terrestrium animalium profundum maris perambulantium, multaque quae dici non possunt. »

VExcerptum de vita Alexandri ne m'est connu que par les notes d'Opitz '.

Plusieurs Pères de l'Ëglise et quelques auteurs ont parlé d'une lettre d'Alexandre k sa mère. Mais cette prétendue lettre parlait de quelques mystères qu'il avait appris en Egypte et non dans l'Inde.

VI. Les anciens auteurs ont fait souvent mention des lettres qu'Alexandre avait écrites', et parmi celles qui ont d'évidents caractères de supposition, on doit placer la lettre dans laquelle il rend compte k Aristote des mer\'eillcs de l'Inde. On la trouve dans des manuscrits; elle a été imprimée plusieurs fois, et comme elle n'existe qu'en latin, on a décoré cette traduction du nom de Cornélius Nepos*. Cette lettre est un digne pen-

1 Od voit qae ce fragment est presque identique avec le passage correspondant de VHist. de Prœliis,

* Un manuscrit de la bibliothèque de Baie ^ A. xi, 34) est intitulé : Excerpta de Alexandri M. vitâ. (Uœnel, Catal. lib. tnt. p. 546.) Il contient pent-être la rédaction dont Opitz a fait usage.

s V. Fabric. Bibl grœc. éd. Harles. t. I, p. 683 et t. III, p. 27 et sq.

« Alexandri Magni Epistola de situ Indiœ et itinerum in ea vcutitate ad Aristoielem. . . perscripta : ex interpretatione Comelii Nepotis : denuô recensait . . . Andréas Paulini, GissflB, 1706, in-8o. — L'honnête éditeur n'a pas le moindre doute sur l'auteur ni sur le traducteur. Fabricius n'est point si crédule ; mais il croit que cette lettre contient des extraits des réciu ou des mensonges qu'offraient les ouvrages d'Onésicrite, d'Ortbagoras et des autres anciens écrivains

ROMANS LATINS. 8t

dant de celle qu'on trouve sur le même sujet dans J. Yalerius \ quelques-unes des merveilles que la première raconte se rencontrent dans la seconde, mais sur beaucoup de choses elles n'ont point de rapport, et les phrases sont absolument différentes. Cet écrit parait avoir été fabriqué dans le neuvième siècle ' ; on le trouve dans des manuscrits du onzième ^ ; il est cité dans le Catalogue de la bibliothèque de Bobbio, qui a été rédigé au dixième siècle ^, et dans le siècle suivant Jean Tzetzès semble y faire allusion, en mettant Alexandre au rang des auteurs qui écrivirent des récits fabuleux \

Alexandre raconte k son précepteur qu'après avoir vaincu Darius sur le Gange et Porus dans l'Inde Phasiaca (Prasiaca), il s'empara du palais de ce dernier roi. Il en décrit les inouïes

des gestes d'Alexandre. {Bibl, lai. t. I, p. 117, éd. Ernesti.) — La lettre d'A« lexandre a été plusieurs fois imprimée ; elle fait aussi partie d'un recueil {Septiiegmentatum opus) publié par Alex. AchiUini, Venise, 1516, fol. et Paris, 1520, in- 12 min. — Le texte grec de la lettre d'Alexandre sur Tlnde a été publié par M. Berger de Xirrey {Tradit. Tératol pp. 331-376) d'après les ms. du fkux Cailisthène grec, n» 11 3, supplément, et 1685 de la Bibliothèque du roi de France. Parmi les traraux de la Société ashmoléenne d'Oxford, on trouye : • D'une lettre apocryphe d'Alexandre le Grand à Aristote, contenant une description de l'Inde, par J. Duncan. »

n parut dans l'antiquité plusieurs lettres sur les merveilles de l'Inde, attribuées i des compagnons d'Alexandre. On peut citer celle de Cratère à sa mère Aristopatra, dont parle Strabon. (XV, p. 702.)

* J. Valerins, III, c. xxiii-XLUi, pp. 156-177.

• Mnratori, Ântiq. âfed.jEvL t. III, p. 281, diss. 43.

s Ou même avant, puisqu'on le trouve déjà cité dans Freculfe (CArontc. t. I, lib. IV, cap. 23), auteur du neuvième siècle : ■ Qui verd plenius scire voluerit quse in Indià Alexander pertulerit in inviis locis cum immanissimis belluis ac serpentibus, auream domum etiam Pori reg^s prœdicti, quœ aureis fhlciebatur columnis mirœ magnitudinis et csBteris mirabilibus ibi repertis, epistolam Alexandri ad matrem et ad magistmm directam legendo percnrrat. •

^ A la suite du n» 8518 ms. lat. de la Bibl. du rot de France, qui contient un abrégé de J. Valerins.

> J. Taetsès, Chiliad, VII, v. 646. — Alexandre n'est pas le seul i qui on ait attribué une lettre sur les merveilles de l'Inde. On a trouvé en Russie une lettre du prêtre Jean k l'empereur grec Manuel qui renferme d'aussi beaux récits. V. Karamsin, Hist. de Russie, t. III, pp. 386, 387, note 26, traduction française. C'est le livre dont parle le Spéculum regale islandais, p. 76.

magnificences et parle de quatre cent quarante colonnes d'or massif de trente pieds de hauteur. D veut ensuite pénétrer dans rinde intérieure, en Bactriane et chez les Seres, quœ gens arborum foliis decerpendo lanugtnem ex sUve$lri vellere vestes detexit, mais ses guides Tégarent, et son armée, sur le point de mourir de soif, est attaquée par des monstres de toutes les espèces. Cette attaque dure à peu près tout le long de la lettre; les bêtes féroces depuis l'immense odantotyrannus^ les serpents gros comme des colonnes, les lions grands comme des taureaux, jusqu'aux scorpions et aux chauves-souris laissent k peine un moment de repos à Tannée macédonienne, et j'en avertis une fois pour toutes afin de n'en plus parler. Cependant Porus a rassemblé une nouvelle armée, et Alexandre, déguisé en marchand, s'introduit auprès de lui ; puis il le bat et lui laisse ses États. Il arrive ensuite aux extrémités de l'Orient, aux trophées d'Hercule et de Bacchus ; il trouve les statues d'or de ces dieux, les fait sonderety oflre des sacrifices : il parvient au fleuve qu'Hercule et Bacchus n'avaient point dépassé, et prend le dessein de visiter la partie gauche de l'Inde. Sur le fleuve Buemar une immense troupe d'éléphants menace Alexandre, qui leur oppose des porcs dont le grognement aide à les mettre en fuite. Il rencontre les Ichthyophages velus et ensuite les Cynocéphales; enfin le ciel semble se déclarer contre lui: une neige abondante est suivie d'une tempête aflreuse qui finit par une pluie de feu V Cela ne l'empêche pas d'arriver à l'Océan éthiopien, aux montagnes de Dionysius et à l'antre de Liber. Alexandre raconte ensuite sa visite aux arbres du Soleil et de la Lune ; le récit en est plus long que dans aucun autre roman '. Ces arbres sont mâle et femelle ; leur prêtre est décrit : homo pedum amplius decem staiura altioTt nigro corpore^ dentilms cantnts... perforatis auribus, ex quAus uniones depen^ debatU anntdiquej et eratpellibus ferinis vestitus. Les arbres pré-

* V. ci-dessos, p. 70, not. 1 .

* Il occupe pp. i5-54.

disent la mort d'Alexandre, mais dans tout cet épisode il y a plusieurs détails qu'on ne trouve pas ailleurs S

Dans la vallée Jordea, il y a des serpents qui ont des colliers d'émeraudes ; ils se livrent des combats, périssent en grand nombre et les Macédoniens font provision de ces pierres précieuses. Les roseaux du fleuve Clujas sont si grands que trente hommes peuvent à peine en porter un. Les Macédoniens, après avoir passé ce fleuve sur des radeaux, trouvent des Indiens vêtus de peaux de baleines; ils sont hospitaliers et offrent aux soldats des éponges blanches et pourpres ', de grandes et belles coquilles et des vêtements de veaux marins. On pêche dans le fleuve des vers gros comme la cuisse, qui sont meilleurs à manger qu'aucun poisson. De belles femmes, à longue chevelure, y font aussi leur demeure ; elles enlèvent les hommes, les étouflent dans l'onde ou les font mourir de plaisir '. Alexandre dit ensuite un mot du Gange, et, malgré de nouvelles attaques de la part des bêtes féroces, il revient dans

* p. 4S. • In medio antem laci sacratœ arbores simillimœ cnpressis frondium génère, pedam altœ centenorom erant : quas Bebrionas Indi appeUant Eas cam mirarer, diceremque frequentibos imbribus ità excrevisse, affirmabat sacerdos se nimqoam in bis locis plaviam, neque feram, ant ullam avem, aut nullum vidisse serpentem : termines antem esse ab Indorum majoribas Soli et Luns consecratos. Affirmabat idem qnod in eclipsi SoHs ant Lnnœ uberrimis lacrymis sacrœ arbores commoverentur snoram nnminom statui timentes. . . » P. 49. • Quod ego dam facturas essem, iuterrogandam tamen sacerdotem existimavi indicé an grseoè mihi essent arbores responsnrœ. Tum ille inqnit atràque solem eloqui lingnà et fatara pronnnciare. Luna antem, dixit ille, indico sermone incipit, iudico finit *. Dùm hœc geruntnr, Tidimas ab occidente jubare fulgentibas Pbœbi radus percnssa arborum cacomina. . . » P. 50. «Cominns igitur stantes, divina anribns aucupati f aimas oracula. . . . Tanc snbito indico sermone tennissimè respondit arbor : Inyicte bellis Alexander, nt consniaisti, anus eris terrarum orbis dominas, sed vivus in patriam non reverteris ; ita enim fata de tuo capite statuerunt. . . •• etc., etc. On peut comparer ce fragment avec les passages de YExcerfhtum cité ci-dessus, p. 79; de YHUtoria de PrœUis citée p. 71 et avec J. Valerius, lib. III, c. 38, 42.

* Hiêtaria de Prœliis.

s idem,

* Hittoria de Prœliis : * graco sermone incipit et indirA linjpiA detenninat. « Cf. \k 71.

le pays de Porus et termine sa lettre en disant qu'il a ordonné qu'on élevât des trophées en or sur lesquels seront inscrits des récils qui étonneront les siècles futurs.

Cet extrait semble prouver que vers le neuvième siècle, un écrivain voulut faire un ouvrage à part de la lettre d'Alexandre à Âristote, qui faisait partie des romans d'Alexandre, et que dans ce but il l'amplifia par de nouveaux détails, y fit intervenir tous les monstres que son imagination et ses lectures purent fournir, et en fit une rédaction toute nouvelle \

J'ai dit précédenunent (p. 76) qu'on avait désigné VHistoria de Prœliis comme ayant été le modèle du roman de Charlemagne. J'ajoute maintenant qu'on a aussi prétendu qu'un religieux de l'abbaye de Saint-Gall avait tiré de la lettre d'Alexandre sur rinde le sujet d'un roman extrêmement répandu en Allemagne, sous le titre des Aventurée du duc Ernest de Ba^ vUre '. Cette dernière assertion ne me parait pas mieux prouvée que la première. Ernest, duc de Bavière, fut entraîné dans la révolte contre Louis roi de Germanie par son gendre Carloman, et les poètes et les romanciers qui l'ont célébré ont orné le récit de ses prétendues aventures d'une multitude de fables, n y a plusieurs écrits qui les racontent ; le plus ancien est un poème latin en huit chants, dédié au commencement du treizième siècle a un évéque de Magdebourg, par Odo, qui parait connaître Paris, mais que rien ne désigne comme un moine de

< Il semble^ d'après ce que dit Le -Grand d*Aiis8y, qa'an manuscrit de la Belgique renfermait une version française de la lettre d'Alexandre ; Toid ses paroles : • L'ouvrage est divisé en deux parties, dont la seconde est supposée d'Alexandre lui-même, et forme une prétendue relation qu'il envoie à son maître Aristotesnr ses conquêtes dans Y Inàe.» {Notices det nu, de la Bibl. du roi, t. V, p. 131.)

> Jean de Millier, Histoire des Suisses^ t. II, p. 157, trad. franc. Il cite Fugger. Histoire d'Autriche, Je ne sais pourquoi il nomme la lettre d'Alexandre : Relation d'Àristote sur l'Inde, — Simond, Voyage en Suisse^ t. II, p. 56, copie Millier : « Un religieux, dit-il, tira de la relation d'Aristote sur l'Inde le s^jet du premier roman qui ait été probablement écrit depuis la renaissance des lettres : t4es aventures du duc Ernest de Souabe. »

SaifU-'Gall. Les voyages et les aventures qu'il raconte de son héros et de son inséparable compagnon Wécelo, n'ont aucun rapport avec celles que contient la lettre d'Alexandre. Leur vaisseau qui s'attache à une montagne d'aimant S la manière dont Ernest et Wécelo se sauvent en s'enveloppant dans des peaux de bœufs et se laissant enlever par des griffons, rappellent les contes de l'Orient que les Arabes firent connaître '. Ces fables, où il est question d'enlèvements par des oiseaux monstrueux, appartiennent aux Persans ', et les Arabes les

* Sar les îles Maniolœ, dont les pierres d'aimant attiraient les clous des vaisseaux, V. Ptolem. Geog. Vn, 2, p. 178, éd. Barth.— Pallad. de Brackman. p. 4. — Salmas. Plin. Exercit, p. 775.

s Dans les Voyages de Sind-bad, conte arabe, ce marin est enlevé par un rokh (p. ^), puis, plus tard, il sort de la vallée des diamants en s'attachant à un morceau de viande qu*un aigle enlève (p. i&). {Les voyages de Sind-bad le marin, traduits parLanglès, Paris, 1814, in-i 2.) D'autres auteurs, et en particulier Teisfaschi qui, au Xlli" siècle, écrivit sur les pierres précieuses, font des récits analogues (Reinand, Cab. de Blacas, I, p. 18.) — Saint Epiphane raconte presque de la même manière que Sind-bad comment on se procurait les pierres précieuses dans la Scythie {De Gemmis, p. 30, éd. Fogginî, Romœ, 1743; 4o), et il est bien plus ancien que tous les romans latins sur Alexandre. Il est vrai que cette belle histoire, qui se lit dans l'ancienne version latine tirée d'un manuscrit du onzième siècle, manque complètement dans le texte grec (Epiphanii oper. t. II, p. 229, éd. Petav.) et qu'elle pourrait être une interpolation du traducteur. Cependant on assure que ce qui reste en grec n'est qu'un abrégé du traité d'Épiphane. Quoi qu'il en soit, voici quelques vers de cette aventure extraits du poëme d'Odo :

Actutum, si qus hic, quœramus tergora, et armis

Vestiti priùs, optatis volvamur in illis.

Ut nos toUentes mentita cadavera grifs

PuUis objiciant, à quels facientibus armb

Et cute dissuta nos, si volet, ille Deorum

Optimus eripiet

.... Grifie consneta petentes

Prandia, distinguunt horrendo nubila tractu,

Visaque toUentes ad nidum corpora ponunt,

Nidentem longé et rursùm super aéra vadunt :

Hoc dux gavisus, nullo violabile rostro

Ense secat corium et descendit ab arbore, sano

Sanus cum socio

Ce poème a été publié par Martenne et Durand « Thesaur. nov. Anecdot, t. III, p. 308-376. — Voy. aussi Eckhart, Franc. orien(, t. Il, p. SI 0 523. ' V. V Histoire de Kai-Kaous tirée du Schah-nameh, ci-dessus, p. 6.

Les romans latins sur Alexandre, qui avaient été traduits ou imités du grec furent à leur tour traduits en d'autres langues. L'une des plus anciennes de ces versions est celle qui forme le 2me livre de Y Histoire juddigue de Joseph ben Gorion. Ce Juif, qui a cherché k se faire passer pour Flavius Josèphe, qui a prétendu avoir vu César et Charlemagne, doit avoir vécu au dixième ou au onzième siècle ^ On croit qu'il naquit ou qu'il vécut en Bretagne ou en Touraine. Il a rempli son histoire de fables, et s'est servi pour composer son livre d'une traduction latine de Flavius Josèphe. Pour V Histoire (T Alexandre^ il n'a guère fait autre chose que mettre en hébreu VHistoria de Prœliis. Gagnier a mis ce fait en évidence, en imprimant sur deux colonnes la version latine qu'il avait faite de l'ouvrage hébreu et le texte der/rts(ofta de Prœliis que lui avait fourni un manuscrit de la bibliothèque Bodleienne dont j'ai précédemment parlé (p. 75). Déjà Casaubon et Scaliger avaient reconnu celte ressemblance, et le Livre des générations et des actions d'Alexandre^ composé par les mages et les sages de l'Egypte l'année même de sa mort.

> On pourrait facilement croire que Josippon vécut au neuvième siècle, en voyant qu'il est cité par Saadias, écrivain du commencement du dixième siècle, mais il y a quelques raisons de penser que cette citation a été introduite dans la traduction hébraïque du commentaire sur Daniel de Saadias, et qu'elle n'existait pas dans l'original arabe qu'on n'a plus. Dès lors, ce n'est que vers le milieu du douzième siècle que les rabbins parlent de Josippon. ( V. Gagnier, Prœfat. ad Jos. ben Gorion, p. XKVii et xxviii.)

que Josippon met au nombre de ses autorités \ n'est que Vflistoria de Prceliis avec quelques variantes et quelques changements peu considérables. Ces fables et ces impostures n'ont pas empêché les rabbins de dire de Josippon que « ses paroles

sont justice et vérité que son livre est celui qui approche le

plus de ceux des Prophètes et que la main de Dieu était sur lui pendant qu'il le composait ^. »

Ce serait tomber dans des redites fastidieuses que de donner une analyse du livre second de l'Histoire de Josippon. Ainsi que je l'ai dit d'après Gagnier, il suit YHisioria de Prœliisj mais c'est d'une manière Ubre. Quelquefois il ajoute à son guide, et il s'éloigne souvent de lui dans les noms géographiques, dans les noms propres et dans la description des monstres qui attaquent l'armée grecque'. J'indiquerai ici quelques récits qui sont particuliers k Josippon ^.

La reine de Macédoine, mère d'Alexandre, est nommée Nebiaras ^ ; elle a inspiré un violent amour à Grabonias, roi de Bretagne, qui vient attaquer la ville de Macédoine et campe avec son armée dans la province d'Âganie. Philippe, dont l'ar-

1 JodppoD cite encore comme autorités de ce qu'il écrit sur Alexandre les livres des Macédoniens et des Perses, Nicolas (de Damas), Tite-Live et Strabon.

« V. Breithaupt, Prœfat. ad Joseph ben Gorion, Gothœ 1707, in-4«. — Gagnier, Prœpit, ad Jos. ben Gorion, Oxonii 1706, in-4o. — Biblioth. choisiej t. XXV, p. 40, ann. 1712. — Ces. Oudin, Comment, de Script. Eccles. t. II, p. 1032- 1062. — Fabric. Bibl. Gr. t. V, p. 56-59, éd. Harles. -> Wolf, Bibl. Hebr. t. 1, p. 509, not. ff. — G. B. de Rossi, Dizionn. degli autor. J?6ret,t. I, p. 149, 150. — Basnagp, Hist. des Juif», Ht. IX, chap. 6, t IX, p. 150 et soiv. — Sainte- Croix, Exam. des Hist. d'Alexandre, p. 550 et sniv.

' Josippon parle de coqs qui lancent des flammes, d'hommes invisibles, d'onagres à six yeux, de crabes dont un seul dévore cinquante hommes, etc., etc.

4 Je me sers toujours de l'édition de Gagnier et de sa version latine. Le récit sur Alexandre commence ainsi (p. 40) : « Atque etiam ut reperi in libro generationnm Alexandri quem composuerunt Magi jEgypti et sapientes ejus qui operam dant Bcientiis firmament! et cognitionis naturarum entium creatorum, contemplation! stellarum » etc.

& Plutarque (Des Oracles rendus en vers, § xxix) dit qu'Olympias avait en plusieurs noms.

90 HéBREUX.

mée est trop faible, se retire, mais il est poursuivi et mortellement blessé par Osanias, officier du roi breton. Alexandre, revenant d'Arménie, délivre sa mère et son pays, et assiste à la mort de son père.

Page 70. Dans la fable des arbres qui chaque jour sortent de terre et y rentrent, l'auteur hébreu ajoute que leurs rameaux se nomment isceklinSj et que les mages persans en font usage pour les brûler devant leurs idoles.

Plus loin, page 71, il raconte qu'Alexandre étant arrivé aux monts Ghoschec, c'est-k-dire des Tinèbresj voulut aller au delà et pénétrer dans le pays habité par le fils de Jonadab et les restes des dix tribus, mais des oiseaux à face humaine l'avertirent en grec de retourner sur ses pas, lui déclarèrent qu'il ne lui était pas permis de voir la région des Saints de Dieu et des descendants d'Abraham^ et lui prédirent sa victoire sur Porus.

Enfin, dans la lettre à Aristote dans laquelle Alexandre raconte ses aventures dans l'Inde, il parle entre autres merveilles d'une lie où il trouve le sépulcre de Kainan, fils d'Enos, et les tables de marbre sur lesquelles le roi de l'ile avait inscrit en hébreu sa prophétie sur le déluge ^ Il ajoute qu'on ne peut approcher de ce tombeau sans mourir '.

U existe une autre histoire fabuleuse d'Alexandre en hébreu ; on dit même qu'elle renferme plus de détails que celle de Joseph fils de Gorion. Elle porte aussi le titre d'Histoire des gé^ nératxons d'Alexandre; mais quelques rabbins la regardent comme la traduction d'un ouvrage grec, composé par Ptolémée fils de Lagus, successeur d'Alexandre au trône d'Egypte. Le traducteur se nomme à la fin de cette histoire, et c'est un

> Ce récit se rapproche de celai da poëte Ashref, qoi raconte la visite d'Alexandre an tombeau d*Adam dans 111e de Serendib. (V. ci-dessus, p. 9, not.)

s n est nécessaire d'observer que plusieurs auteurs Juifs, partisans de Joseph fils de Gorion, soutiennent qu'il n'écrivit point ce qu'on lit dans le second livre de son histoire, mais que ces fiibles y ont été interpolées par un faussaire. Ce qui pourrait donner quelque force à cette opinion, c'est que Josippon, à la fin du livre !«', dit expressément qu'Alexandre était fils de Philippe.

Juif de Grenade, vivant au treizième siècle, Samuel ben Jehuda aben Tibbon *.

> R. Azar. de Rabeis, apud Gagnier, Prœfat. ad Josipp. p. xlv. — W(df, BibL Hebr. t. I, no 18il, 2075. — Groddeck, Piead. Hebr. Bexecont. apud Wolf, ibid, p. 1007. — J. li. de Rossî, Hs. Cod. Hébr. t. III, p. 55, 56. — Fabric. BibU Gr, t. III, p. 50, éd. Harles. — Fabric. Cod. Pseudepigraph, Veter. Tettamenti, t. I, p. 1164.

Les Samaritains eurent aussi leurs traditions fabuleuses sur Alexandre et l'on en trouve des traces dans leurs chroniques. La plus ancienne, nommée le Livre de Josuê S est en langue arabe, écrite en caractères samaritains, et parait être une traduction falsifiée, faite après le temps de Mahomet sur un texte rédigé vers le troisième siècle. D y est fait mention du Voyage d'Alexandre dans les airs ^, et cette fable se lie, dans toutes les histoires fabuleuses qui l'énoncent, avec le récit de la descente d'Alexandre au fond de la mer. On raconte aussi dans le prétendu Livre de Josué comment Alexandre, après ses vastes conquêtes, voulut voir le pays de Seïr, et conunent, traversant en trois jours la Région ténébreuse^ il parvint avec une troupe de Macédoniens dans un lieu où il vit de grandes merveilles, des montagnes d'or, de perles et de pierres précieuses '. Une autre chronique des Samaritains, écrite en langue et en caractères arabes par Aboulfatah, est plus récente que le Livre de Josué dont elle est en partie tirée. Elle renferme encore des fables sur Alexandre '^.

< Chronicon Samarîtanum, arabicè conscriptum, coi titulns est Liber Jo6U8b

latine vertit, annotatione instroxit, et dissertationem de codice... . prsemint Th. Gnil. Joh. Juynboll, Lagd.Batav. 1848, iii-4^. (Jaum. des Sav. 1848, p. 539

et BUÎT.)

< Reland, DUiert. VU, p. 14. — SiWestre de Sacy, Chrestomat. arabe^ 11, p. 208-212.

s V. Bayer, Dissert de muro Caucaseo, p. 115.

« On trouve an extrait de cette chronique, rédigée par Aboulfatah Tan 1355

Les auteurs hébreux ont aussi parlé de l'hommage rendu k leur grand-prêtre et de la visite qu'Alexandre fit k leur capitale. Les Juifs ont rapporté tout cela k Jérusalem \ tandis que les Samaritains ont voulu en faire honneur k Sichem et au mont Garizim. M. de Sainte-Croix a discuté k fond tout ce qui se rapporte k l'arrivée d'Alexandre en Palestine '.

•de J.-C. dans les Aeta Eruditor. i691, p. 167 et seq. — V. aosâ Silv. de Sacy, Chrettom» arabe^ t. H, p. 208-212, et les fragments publiés par Schnorrer dans Pati/tM, Neues Repertorium, t. l, p. i, p. 117 et seq. — Memorabilien^ II, p 54 et seq. — Mcoll, Bibl. Bodiei. Cod. M». Orient, Cat. p. 2.

^ FlsT. Joseph. Antiq. Jud, lib. XI. — Jos. ben Gorion, lib. 1, cap. 5. — Conf. Q. Cnrt. IV, 8.

s Examen des hUt. d'Alexandre, p. 547-563.

Ce n'est pas seulement l'Orient et la littérature ancienne qui s'occupèrent des fables d'Alexandre ; ce sujet fut adopté par les nations de l'Occident et célébré dans les idiomes qui succédèrent à la langue latine. Les troubadours provençaux connurent le roman d'Alexandre, et Pierre de Corbiac place l'histoire de ce conquérant ^ parmi celles dont il a connaissance, et qui composent une partie de sa science qu'il appelle son Trésor *. Le roi de Macédoine est souvent loué par les troubadours pour sa générosité, et cette qualité leur semble l'unique cause de

< « Et celle d'Alexandre qui, en mourant, partagea ses conquêtes entre ses douze pairs.»

Qu*ieu sai oom Âlizandres lo fortz e*l oonquerens Conques doze regismes en doz ans solamens ; E qant saup que sa mortz séria propdenamens Partie els doze parts totz ses conqueremens Car Tavian servit mot honorablemens.

Le Grand d'Aussy {Not. des Ms, t. V, p. 106) prétend que ce ne fut qu'après l'an lâ04 que les pairs furent au nombre de douze; mais dans le poëme du Brut, écrit en 1155, il est fait mention de douze pairs. (V. Roquefort, De la Poésie franc, dans les XI1*> et A'i//« siècles, p. 158, 159.) — Crescembeni (ittor. délia volgar, poes. 1. 1, lib. v, p. 332) affirme que les Provençaux avaient un roman sar Alexandre. Dans le roman provençal de Flamenca^ on énumèrb les récits qui se firent à une fête donnée par Archambault comte de Bourbon-les-Bains,

L'uns contet del rei Alixandri L'autre d'Ero et de LeandrL

{Not, des Ms. t. XIII, part. 2>>»e, p. 90.)

* Millot, Bist. lin. des Troubadaursyt. Ill, p. 230.

tous ses succès *. Q. Curce et Plutarque parlent de la munificence d'Alexandre, mais il n'est pas vraisemblable que leurs éloges sur ce point aient été l'origine de ceux des troubadours^ et il parait que les Provençaux avaient dans leur langue quelque roman analogue k ceux dont nous avons parlé. Il en existe des traces dans leurs poésies, et je me bornerai k indiquer les vers de Guillaume de la Tour, qui raconte qu'Alexandre trouva dans un bois des femmes dont la nature était de n'en pouvoir sortir sans cesser de vivre *.

M. Marc-Antoine Parenti a fait connaître ^ un fragment d'un poème provençal ^ sur Alexandre, retrouvé dans la bibliothèque de Lugo. Il y est question d'une excursion qu'un détachement de l'armée d'Alexandre fait dans la vallée de Josaphat, pendant le siège de Tyr. Le sire de Gadres ^, irrité de cette attaque, entreprend de secourir la ville assiégée ^.

> Âlizandres vos laisser sou donar.

(Rambadd de Vaqueiras.)

Per dar conqais Alixandres roays,

E per tener perdet Daire \o ros

Labatalhe.... (P. de la Mula.)

Odc 00 crée de pretz ni d'onor

Alexandres, segon qu'aug dir

Per trop tener thesanr en tor ;

Mas quar vole ben dar et partir

Lo sien de gran coratge. (G. Fabre de Narbonne.) Je dois à M. Raynoaard la connaissance de dix-hait passages des Troubadonra relatifs à Alexandre. 11 me les avait indiqués avant la publication de son bel ouvrage.

* Plus que las domnas que aug dir

C* Alixandres trobet al bruoill

Qu'erau totas da tal escuoill

Que non podian, ses morir.

Outra Tombral del bruoill anar.

(Raynouard, Choix des poés, des Troubad, t. V, p. 2 là.) » A la fin des Œuvres du comte Perticari, t. III, p. 624-634. ^ « E scrîtto in quel provenzale che si puô dire modemo, e si confonde in gran parte col francese antico... la scrittura sembra de secolo XIV... >• B Gadres, Gaxa?

^ Les fuerres de Gadres (Vattaque des soldats d'Alexandre par le sire de

Li Gre sen tornerent ver l'ost isnellement : Mais anceis qil scit nuit seront-il tuit dolent : Car U sire de Gadres a mandé sa gent Tant qil furent bien XXXM et sete cent.

Il en jure lo ciel e lo mer e lo vent

Que fols est Àlexander se a bataile Tatent.

Eumée, le chef du détachement grec, aperçoit les ennemis et veut envoyer demander du secours k Alexandre, mais aucun de ses soldats ne veut quitter le combat et chacun s'excuse à sa manière. Le fragment ne va pas plus loin. M. Parenti, d'après l'indication de M. Cavedoni, compare ce récit avec celui qu'on trouve dans VUistoria de PrœUis\

Gadresj se lisent dans le poëme d*Alex. de Beraay, et il parait qne les jongleurs récitaient souvent cet épisode et en avaient fait en qoelqae sorte on ouvrage à à part. (V. Paulin Paris, Les Sft. franc, III, p. 101)

1 • .... Deditque sibi (Meleagro) milites qningentos praecipiens illis ut vallem peteret Josaphat, ubi armenta plurima pascebant ex dvitate Gadii.... Bitirio....

de civitate Gadii exivit cnm equitibus triginta millibus volebant igitur

Meleagmm mittere ad Âlexandrnm nullos tamen eomm voloit suscipere

Meleager etc.

La France septentrionale fournira davantage k nos recherches et nous y trouverons les fables sur Alexandre fort répandues dès le douzième siècle. Le plus ancien poète qui les prit pour sujet de ses vers parait avoir été nommé Albéric (Elberich von Bizenzun, Meister Aelberich) ; malheureusement on ne sait rien de lui, on n'a aucun reste de son ouvrage, et il n'est connu que pour avoir été cité par un poète allemand du douzième siècle, qui déclare avoir imité le poème qu' Albéric avait écrit en français (Walischen) ^ Quelques auteurs ont dit qu' Albéric était de Vicencc; il est plus probable qu'il était de Besançon '.

Il faut nommer aussi Simon le Clerc qui, dans la première moitié du même siècle, écrivit aussi un roman d'Alexandre, et qui est peut-être le même que le traducteur connu sous le nom de Simon de Boulogne '.

* C'est Elberic de Bisenzon

Qui nous a transmis oe poëme :

Il Ta mis en vers français {Waliiehen)

Et moi je l'ai publié pour nous en allemand (Duiisehen)

Que personne ne m'accuse,

Ce que le livre dit je le répète.

(Schreiber, Comment, p. il . V. aussi p. 13, not.)

* Schreiber, Comment, de Germanorum quam Lamberttu Clericus scripsit Alexandreide, Friburg. 1828, in-4o, p. 10-13.

» nist. littér. de la France, t. VII, p. Lxxix; XV, p. »0i, et t. XIX, p. 674,

Un (les poèmes lalins les plus remarquables du douzième siècle fut YAUxandreis de Philippe Gautier de Châlillon ^ Sa réputation Ait si grande qu'il était préféré aux autres classiques qui, k la vérité, étaient alors fort mal entendus, et elle s'étendit si rapidement que, dès la fin du siècle suivant, il était traduit en norwégien *. Ce poème, fort remarquable pour l'époque où il fut composé, n'appartient pas aux romans sur Alexandre. Gautier suivit principalement Q. Curce, qu'il crut embellir en y mêlant des épisodes de son invention et un merveilleux tiré de la mytliologie. Il connut cependant les traditions fabuleuses répandues sur Alexandre, et dans cet ouvrage, Alexandre, indigné de rester dans l'inaction, s'écrie :

.... Sempeme putabor Neptanabi proies ac degener arguar? Absit.

mais c'est la seule trace qu'on y trouve des fables alexandri-

nes'.

Deux poètes français en adoptèrent une grande partie dans le Roman d'Alexandre qu'ils composèrent vers l'an 1184. Lambert-U-Cors de Chasteaudun et Alexandre de Bemay réunirent leurs efforts pour composer ce grand ouvrage*^, que Faucbet a fait trop ancien et Le Grand d'Aussy trop récent.

DOt. — Faachet, D$ la long, etpogt. française, IW. I, ch. viii, p. 552, éd. de Paria, 1610, ïa-ifl • ...Un Simon autheor d*an roman d'Alexandre, composé en Poitevin ou Umoôn, commençant :

Chançon voil dir per ryme et per lëoin Del fil filipe le Roy de Macedoin.

Le Grand d'Anssy (iVof. des JUs, t. V, p. 105) a remarqué avec raison que ces ▼ers sont en français et non en poitevin ou limousin. — Fanchet (Ihid. p. 541 V») dte sept vers du poëme de Simon.

> Ondin, De Script. Heeles, t. Il, p. 1666.

• Emari, Bist. litt. Istand, p. 107, par Brandus, érêque en Islande.

> Philippi Galtheri AlexandreidosMXi, X. Lugduni, Rob. Granjon, 1556, in-4^, fol. IV, ▼«. — V. sur oe poëte, BisU litt, de la France, t. XV, p. lOO-l 19. — Année litt. 1759, t. VI, p. 313 et suiv.— Oudin, Seript. Eocl. t. II, p. 1666. — Raynouard, Joum, des Sav. 1820, p. 510-521.

* La vérité de l'istoire si com li roys la fist

Ce poème contient une tradition toute particulière sur Forigine d'Alexandre ; il nie qu'il fût fds de Nectanèbe. Il dit qu'on avait calomnié sa mère en disant :

Qu'il estoit basters nés par enchanterie, d'un homme qui

Natanabus ot non en la langhe arrabie.

Il assure que Nectanèbe n'arriva en Macédoine que longtemps après qu'Alexandre fut né, et en cela il est conforme à l'histoire *.

Une granl piè<îé après c'Alixandres fu nés, Vint un hom è Y pais, de grand sens renomés, Natanaburs • ot à non, des arts ert bien fondés. Cil fu puis d'Alixandres et mestres et privés ; Cil li moustra de Tair toutes les qualités, Et en quele manière est H solaus levés, Et si comme la lune remue ses clartés, Et de r cors des estoiles li moustra il ases. Cil sot tant d'ingremance, et si en fu usés, C*ainc si bons encanteres ne fu de mère nés. Quant eust devant vus V<= (cinq cents) homes armés, Vus sanlast que cescuns fut un arbres rames, Et par aighe corant qu'i disies vus un près. Et mesist en sa bourses les tors de XX cités. De lui fust Alixandres mecreus et blâmés, Por cou que de sa mère fu durement privés ; Dist-on k'il ert ses fins et de lui engenrés. Un jor le prist as mains sor un mont ù il ert. Si le bouta aval que il fu lues tués '.

Un clen de Casteldan, Lambert-lî-Cors l'escrit Qui de l' latin le traist et en roman le mist... Ci no dit l'Alizandre que de Bernay ta nés Et de Paris refu ses somons apiélés.

* Qui or a les siens vers o les Lambert mellés.

I V. ci-dessus, p. 15, not. i.

* Le ms. 7633 porte Neplanalnu. — Nataburt^ éd. de Michelant. Éd. ' Je me suis servi du ms. de la Bibliothèque du roi, b9 7100, intitulé : - Ci • commence li Roumans d*Alizandre le grant et les merveilles qu'il vit et qu'il ■ fit en son fans et les veux du Paon et les accomplissemens et les mariages, •

Mais au siège d'Athènes, Âristote, qui vient traiter pour cette ville avec Alexandre, lui apprend qu'il est le fils d'un sénéchal de Grèce. Alexandre tue c^lui qui avait procuré cet amant à sa mère, puis il marche contre Darius dont il a juré de se venger :

Il a juré ses Diex Jupiter et Cahuz.

Alexandre prend Garthage, puis Tyr, et assiège Gadres. Sa flotte fait usage du feu grégeois, mais elle est battue ; Alexandre même est blessé ; mais enfin le duc Bétis est tué et la ville prise \ Le héros va ensuite à Jérusalem et gagne deux batailles contre Darius. Après la mort de ce roi de Perse, il arrive au bord de la mer ; il lui prend envie d'en visiter les profondeurs et d'en explorer les merveilles '. Il fait construire un grand tonneau de verre, il y fait ajuster des lampes et se fait descendre dans cet appareil au fond de la mer avec deux de ses officiers, n y examine les poissons et les monstres marins :

Alixandre esgarde les granz el les plenier^s Qui les petiz englotent, car tex est li métiers, Ensement com au siècle est chacuns hom maniers. Âutresi vit il là les prevos, les voiers ; Sor les petiz tornoit toz-dis li destorbiers '.

et du ms. no 7633, Saint-Germain, qui porte pour titre : • Cj commence l'Es- « toire d* Alixandre DaUier et y sont tontes les batailles qu'il fit et les veux du

• Poon et les achievemens. • — Ce dernier ms. contient aussi : * La vengeance

• Alixandre par Aliénor qu* Alixandre ot de la reine Candace d'Inde qui fh téme m Porms le roi d'Inde la majour, » dont on attribue la composition à Jean le Vendais. Ces deux ms. ont des variantes et des différences très-marquées. — Nous avons suivi dans cette citation le texte de Michelant. — Éd,

< Comparez ce récit avec celui de VHistoria de Prœliis et du fragment provençal de Lngo ci-dessus, p. 05.

* V. Dunlop, Hiêtory of fiction, II, p. 129.

s J'ai averti des variantes qui existent entre les manuscrits dont j'ai fkit usage. (Le texte que donne M. Michelant, p. 263 de son édition, est en effet trèsdifférent. — Éd.) Ces vers sont tirés du n» 7i90, d'un chapitre intitulé : « Ci

• dist si com Alixandres fu mis en mer en un touniel de voile, » et un dessin représente la descente de ce prince dans la mer. L'antre ms. ne me parait pas contenir ce chapitre, nuûs à l'occasion des Dieueisei de la foreit, on y lit :

Car c'est leur paradis ou doivent converser :

Après ces belles observations, Alexandre marche contre Porus, dont la fille venait d'épouser le fils de la reine Gandace, et dans ce trajet l'année souffre du manque d'eau et des attaques des bétes féroces. Alexandre, déguisé, s'introduit dans la tente de Porus. D lui livre ensuite bataille et le fait prisonnier. Il va ensuite à la recherche des colonnes qu'Artus avait érigées, et le poète raconte ici l'expédition du roi Artus en Asie. Ce roi des Bretons, parvenu k l'extrémité de cette partie du monde, Y avait élevé deux statues d'or. Ce sont ces monuments qu'Alexandre veut voir.

Car véoir vue! les bones (bornes) se il na en combrier Que Artus * avoit fêtes en Oriant drécier.

n y parvient et même les dépasse contre les conseils de Porus '. n perd une partie de son armée. Après des aventures dans la Vallée périlleuse et avoir résisté k des monstres qui jetaient des flammes et à de séduisantes sirènes, Alexandre s'empare de quatre vieillards qui lui parlent de trois fontaines merveilleuses: la première rajeunit, la seconde rend immortel, et la troisième ressuscite. En voulant pénétrer jusqu'à ces

n rois de Macédoine en a oî parler

Qui cercha les merreilles du mont et de la mer.

Et se fist-il mesmes ens al font avaler

En on vessel de Yoirre (ce ne puet nous fausser)

QuM) fist fitire a sa guise fort et roont et cler.

Et bien clorre de fer qu'il ne peust quasser

S*il lesteust a pierre ou a roche burter :

Dinsi qn*ii pooit permi outre esgarder

Et veoir les poissons tornoier et jouter

Et mettre en leur aguet et souvent cembeler.

* M. Paulin Paritf {JUanuicr. franc, t. 111, p. 92), dans la crainte qu'on ne ▼oie dans la mention d'Ârtus une preuve de l'antériorité du roman do Brut, pense qu'Artus, Arcu, Artu est une corruption d'Hercule.

* M. De la Rue (Recherches aur les ouvragée det Bardée de la Bretagne Armorie. 1817, 2n«édit. p. 25) remarque qu'Alexandre de Bemay est le seul écrivain qui ait raconté l'expédition du roi Artus en Asie, et • qui ait fait un mérite

• au fils de Philippe de Macédoine d'avoir cherché et trouvé les statues d'Artus.

• Or, où pouvait-il avoir pris ces fables sinon dans les ouvrages des Armori-

• cains ? ••

sources miraculeuses, les Grecs sont accueillis par une neige brûlante et attaqués par des géants. Enfin ils arrivent dans une forêt, et sous chaque arbre ils trouvent noe belle damoiselle ; après cinq jours passés dans la volupté, Tannée quitte la forêt; Alexandre veut emmener la reine des Dieuesses^ mais elle lui apprend qu'elle et ses compagnes périraient si elles quittaient ce lieu, et qu'elles doivent leur jeunesse éternelle à ce qu'elles passent l'hiver en terre, à la manière des plantes, et que, comme elles, elles ne repoussent qu'au printemps:

Et quant esté revient, que li biau tans s'épure En guise de fleur blanche reviennent à nature *.

Alexandre, après avoir firanchi beaucoup d'obstacles, arrive à la fontaine qui rajeunit ; les vieillards qui l'accompagnaient s'y baignent et reviennent à l'âge de trente ans. Il parvient ensuite aux arbres qui parlent ; ils lui prédisent qu'il mourra empoisonné peu de temps après s'être emparé de Babylone, et que sa mère sera punie de TinfidéUté qu'elle a faite à son époux en devenant après sa mort la proie des oiseaux et des bêtes féroces. Arrivé à Babylone, le roi de Macédoine et du monde veut visiter le ciel conmie il a visité la mer, et il se fait enlever dans un grand panier par des griffons qu'il dirige en leur présentant de la chair au bout d'une lance. Il fait ensuite le siège de Babylone, défendue par Nabuzardan, qui périt dans le combat. Alexandre s'empare de cette capitale et fait con-

< 11 semble que cette fable soit formée de la tradition des Troabadoars, citée ci-dessus, p. 05, unie à celle des arbres diurnex, qui se Ht daui Josîppon et dans Yifùt. de PrœliU, V. ci-dessus, pp. 90 et 70. — On peut y voir encore sous une forme plus gracieuse la fable, fort en vogue au moyen âge, des arbres qui produisaient des êtres animés. V. sur les arbres anatifires de rAugleterre, des Orcades et de l'Anjou, Silv. Girald. Topog, Ilibem. cap. xi. — J. Gottl. Schneider, Ànimadv, ad Frederici ti artem venandi cum avibus^ p. 86, 87. — Fauria Saint- Vincent, Notice des sermons de Marini^ Magas. Encyd. 1 813, t. III, p. 28.— Michel Maier, - Tractatus de volucri arboreà, absque pâtre et matre, in insnlis Orcadum, forma anserculorum proveniente, seu de ortu miraculoso potiùs quam naturaii vegetabilium, animalinm, hominum, etc., etc.... Francof. 1619, in-8*». {Calaloy. de la VaUUrey no 1779.)

FRANÇAIS. lOâ

struire k son défenseur un magnifique tombeau soutenu par des pierres d'aimant. Il reçoit une députation des Amazones, une visite de leur reine, et meurt empoisonné par Ântipater, roi de Sydoine, et Divinus Pater, roi de Tyr *.

On voit par cette analyse que les auteurs de ce poème ne suivirent pas les traces de Gautier de Châtillon ^ : ils préférèrent prendre pour guides les romanciers latins, et il faut suivre à la lettre le témoignage de Lambert-li-Cors :

Qui du latin la trest, et en roumant la fist.

Mais les auteurs français se sont livrés , en quelques endroits de ce poème , k leur imagination et à quelques souvenirs d'érudition classique; c'est ainsi qu'ils font chanter par une Amazone l'histoire de Narcisse , et par Hélinant k la table d'Alexandre le combat des dieux contre les géants.

Le sujet d'Alexandre parut si beau dans le poème dont nous venons de parler, que plusieurs rimeurs s'empressèrent d'y ajouter des suppléments. Ce roma» eut ainsi plusieurs branches comme quelques écrits de ce genre '^. Nous les indiquerons légèrement , parce que la plus grande partie des aventures qu'on y trouve sont de l'invention des auteurs, et n'ont

1 V. sar le roman d'Alexandre : Massteu, Hût. de la poésie franc, p. 1 1 1 et Buiv. — Poéiies du roi de Navarre, RévoL de la langue P'onç. p. 158-166. — Le Grand d'Aussy, Notices des Ms. t. V, p. 1(H-117. — Roquefbrt, État de la poésie framç. p. 158. — Warton, The hist. of English poetr. t. I, p. i39-UI. — Dibdin, Decamer, Bihliogr. 1. 1, p. 98. — Bist. litt de la France, t. XV, p. 1 19- 123 et p. 160-179. — Raynoaard, Journal des Sav. 1820, p. 607-609.— De la Rue, Recherches sur les Bardes et les Trouvères^ 1834, t. Il, p. 341-350. ~ Paulin Paris, Les Ms. franc., t. lll, p. 87-107.

• M. de Sismondi s'est trompé lorsqu'il a cru que Lambert-li-Cori et Alexandre de Paris avùent mis en vers français le poëme que Gautier de Châtillon avait écrit en latin. (Litt. du midi de l'Europe, t. III, p. 159.)

' Onze poètes français ont travaillé aux diverses branches de V Alexandre, mais il est presque impossible de démêler avec précision ce qui appartient à chacun d'eux. (CcUaL du duc de la Vallière, t. II, p. 158 et sniv. — De la Rue, Recherch. sur les Bardes et les Trouvères, t. H, p. ^1-356.— Hwf. litt. de France, t. XIX, p. 674, not.)

aucune relation avec les traditions fabuleuses dont nous nous efiforçons de suivre la trace.

heVœu du Paon contient trois branches : les AccompUsse" menu, les Mar%age$, le Restar du Paon. On y lit l'aventure du Troyen Cassamus, qui veut venger son frère tué au service d'Alexandre , et ce qui arriva à des princesses que ce héros maria à sa cour. L'auteur d'une partie de ces vers est Jehan Brisebarre.

Le Testament d^ Alexandre fut rimé par Pierre de Saint-Gloot, et Jean le Yénelois composa la Vengeance d^ Alexandre. Ce dernier poème est le seul qui parle de l'aventure d'Alexandre avec Candace^ L'auteur suppose que cette reine, veuve dePorus, eut du roi de Macédoine un fils nonuné Aliénor, qui livra aux supplices les empoisonneurs de son père, et entre autres Ântipater, qui est brûlé vif ^.

Un ouvrage plus curieux est celui d'un Anglais nonmié Thomas de Kent', dont l'époque est assez incertaine, qui donna à son poème le (itre de Roman du tute Chevalerie'^, C'est

* Ce poëte est aiusi appelé Jean le Nivelois, Voici le oommencement de son roman :

Seigneora or fkites pes, on petit vos taisies,

S^orres bons Ters noaviaoz, car li autres sont viez.

Jehans li Nivelois fat moolt bien afaities

A son hostel se sied : si fut joyans et lies,

Un chanterre li dit d'Alexandre a ses piei.

Et quand il la o1 s'en ta grams et iriez.

Du fins qa*ot de Candace en a vers oommencies.

Bien fais et bien rymez, bien diz et bien dictiez.

(Du Verdier, Bibl. franc, t. Il, p. *79.)

* Sur les branches du roman d'Alexandre, v. Fauchet, De l'origine de la langue et poéiie franc, p. tt53-5£U. — Le Grand d'Aussy, Not. des Mt. t. V, p. 117-12!. — Van Praet , Catal, de la Vallière, t. II, p. i58-164. —Roquefort, dans la Biogr. Univ. t. l, p. 535. — De la Rue, Recherchée sur les Bardes et les Trouvères^ t. II, p. 341-356. — Paulin Paris, Ms, franc, t III, p. 87-107.

s Ms. de la Biblioth. dn roi, n» 2703.

* Thomas a connu le poëme de Lambert-li-Cors, mais il a en d'autres sources et s'est servi des romans latins, ainsi qu'il le dit. Il diffère de Lambert sur

une sorte de translation ou de plagiat du poème d'Alexandre faite en mauvais vers, et en ce français corrompu que les Normands avaient introduit en Angleterre. On y fait Nectanèbe^ père d'Alexandre, et on y trouve la plus grande partie des fables graîco^gyptiennes. L'auteur prétend avoir traduit un « bon livre en latin, » et cite pour ses autres autorités, et d'une façon un peu hasardée , Solin , Denis , Megasthènes et Jérôme sur Ëthike'. Le Grand d'Aussy a cru mal à propos que ces derniers noms désignaient Jérôme de Cardie , et il remarque que cet historien n'avait point écrit un livre de morale ou dUlhique. Il ne s'est pas aperçu qu'il s'agissait ici du travail que le prêtre Jérôme avait fait sur les ouvrages d'iEthicus Ister, avant le neuvième siècle*.

Outre les diverses branches du poemç d'Alexandre, on connaît en manuscrit des translations en prose de ce roman et de celui de Thomas de Kent , ainsi que quelques autres compilations fabuleuses sur les aventures du roi de Macédoine '^. C'est

le père d'Alexandre. {Hist, litt. de la France, t. XIX, p. 673.— De la Rue» Reeherchêt sur le$ Bardes et les Trouvères.)

< Nectanèbe, suivant Thomas, avait été chassé d'Egypte par trente-trois seigneurs qui s'étaient ligués. — Alexandre foit la guerre en Lombardie, et il est reçu dans Rome avec de grands honneurs. * Jerosme le dlst, et Solin l'alosée,

Li bons Megasthènes, et altres auctors assez. Qui por véoir menreiUes furent en Ynde allés : Car des dix de lur livres est cestui translatés. Si vus de coe que di, Seignors, ne me créei , Jérôme sur Ethike et Solin reversez Et Trogue-Pompeie ; coe que di i troverei ; Si le tenez pur mensonge, à ceux vous pemez.

(Le Grand d'Aussy, Not des Ms, t. V, p. 126.) s V. ci-dessus, p. 22 à 25.

4 V. Le Grand d'Aussy, NoL des Ms. t. V, p. 121, 130, 131. —On peut croire qu'il faut rapporter ici un Ms. qui , suivant Quadrio (Stor. di ogni poes. i. VI, i79), se conservait dans l'abbaye de St- Vincent de Besançon et dont le titre était : « Histoire des faits et conquêtes du noble roi Alexandre le Grand.» Il comprenait sept livres, commençait par le siège de Tyr et finissait par la vengeance qn'Aliénor tira des empoisonneurs de son père.

donc k juste titre que Yasquez de Lucène, littérateur portugais ^ , dans la traduction française qu'il fit de Q. Curce en 1468, dit que Y Histoire d^ Alexandre se trouvait de son temps «en firancois en rime et en prose en six ou sept manières, mais corrompues, changées, fausses et pleines de évidens mensonges. » D parle aussi de Vincent de Beauvais, et de YHisioria Alexandrie de laquelle ce moine avait tiré une partie de ses récits^ : a Vrai est, dit Vasquez de Lucène, que une histoire sans nom que ycelui Vincent allègue en tous les faits d'Alexandre raconte ces choses, laquelle histoire Vincent historial a extrait les faits d'Alexandre vint en mes mains en la destruction de Dinant' et l'ay vue tout du long, si ne l'ay voulu en rien suivre^. »

< Il était gentilhomme di|Bbelle, femme da doc Philippe le Bon.

* « Ce que Vincent listorial escript de la conception d* Alexandre, ce qn'U ra^ conte de Neptanabas, quil dit être père diceloi, est expressément contre la Sainte Escriptare... pareillement ce que ycelui Vincent dist de plusieurs enchantements dimages de cire noyées en ung bachin, on ne le trouTe point en histoire antentique. »

> En 1466 Dinant fut pris, pillé et brûlé par Philippe le Bon et son fils le duc de Charolais, qui fut ensuite nommé Charles le Téméraire. V. .Sismondi, HUU de» Françaiê, t. XIV, p. 216. — Barante, Hist, des ducs de Bourgogne^ t. VIII, p. 576 et suiv.

* Le Grand d'Aussy {iifid, p. 121) fait parler Vasquez de Lucène un peu différemment; je le cite d'après un très-beau manuscrit de la bibliothèque de Genèye. V. sur les ms. de cette version CaicU. de la Bibl. du due de la Val- Hère, t. III, p. 136 et Suppl. p. 69. — Bandini, Bibl. Leopold. Laurent, t. III, p. 300. — Van Praet, Recherches sur L,de la Gruthuyse, p. 220.

M. Paulin Paris (Lei Ms. franc, de la Bibl. du roi^ t. Il, p. 283) cite un long passage de la préface de Vasquez de Lucène (traduct. deQ. Curoe, no6896) dont voici un fragment :

Après avoir comparé Charles le Téméraire à Alexandre, etc < Si ne trouvères pas ici, mon très redoubté Seigneur, que Alexandre ait volé en air à tons quartiers de mouton, ni vagué par dessoubs en mer en tonneaux de volrre, ni parlé aux arbres du Soleil, ni autres fhbles faintes par hommes ignorans la nature des choses, non congnoissans tout à estres faulx et impossible.... moult doncques est utile ceste histoire qui nous aprent au vray comment Alexandre conquist tout Orient et comment un autre prince le peut arrière conquester, sans voler en Tair, sans aler soubs mer, sans enchantemens, sans gayan^ (géants) et sauf estre si fort comme Regnault de Montalban, comme Lanoelot, comme Tristan , comme Rajrnoard qui tuait cinquante hommes cop-à-cop. Alexandre ne fut onques si vaillant et si conqnesta tout Orient, avec gens de

Une traduction de rime en prose du roman d'Alexandre a été imprimée sous le Utre de Histoire du nobk et très vaillant ray Alexandre^le-Grand jadis roy et seigneur de tout le monde, avec les grandes prouesses qu'il a faiclz en son temps^^.

Le Grand d' Aussy dit que c'est un abrégé du poème ; l'abbé de MaroUes prétend que c'est une traduction de YHistoria de Prœliis *•

Les fables sur Alexandre furent fort répandues en France dans le moyen âge, et on les trouve dans les grands ouvrages historiques composés au douzième et au treizième siècle. Je citerai pour la première époque la célèbre Histoire scholastique composée par Pierre Comestor. D y parie des merveilles qu'Alexandre vit dans l'Inde, des questions qu'il adressa aux arbres du Soleil et de la Lune, et il cite à ce sujet la lettre d'Alexandre à Aristote'. Au treizième siècle, Vincent de Beauvais composa par ordre de saint Louis , et avec les moyens littéraires que ce roi mit à sa disposition , l'étonnante encyclopédie qu'il

telle force qae noas sommes ai]ùoai'd'hm.... » — - Il peat y avoir des différences entre les ms. de la traduction de Vasques de Lucène. Il faudrait comparer les citations de M. Paulin Paris avec le ms. de la bibliothèque de Genève.

A Paris, Jehan Bonfonds, sans date, caractères gothiques, i», ou Lyon, Olivier Amonllet, 1552, io.

M. Berger de Xivrey ( Tradii. tératologique^ p. 54) dit que le livre publié chez Bonfonds est « une vieille traduction française imprimée du faux Calllsthène. • Puis il donne une partie des Merveilles d*inde^ par Jehan Wauquelin, d*après le manuscrit de la Bibliothèque du roi, n» VIIMDXVIII (7518). Il semble donc que ce soit deux ouvrages différents ; cependant M. de Xivrey (p. XLiv) traite le livre imprimé chez Bonfonds comme le texte imprimé du ms. 7518. Dans ce manuscrit, l'auteur annonce qu'il a écrit d*après • ung livre rimet, dont je ne sais pas le nom de l'acteur fors qu'il est intitulé histoire Alixandre.» (B. de Xivrey, p. XLii.) Le manuscrit de Belgique, dont parle Le Grand d'Aussy, qui fut fait par ordre de Jean de Bourgogne, parait fort semblable au n» 7518. — Ce n'est pas d'après Wauquelin, mais d'après J. de Vignay, que Bonfonds a imprimé. Ce livre commence : « Premièrement la terre de Macedone fut appelée Macy d'un roi qui eut nom Emacius

• Le Grand d'Aussy, ibid, p. 117. — HisL litt, de la France, t. XV, p. 163. — Rrunet, Manuel du libr. et de ramat, s. v. Alex, le Grand.

s Pétri Comestoris SchoUut. Historia. Argent. 1515, in-i". Hist, lib. EsiheVj cap. A.

nomma Spéculum majus. Dans la partie historique', il met au rang des ouvrages dont il donne des extraits la lettre d'Alexandre k Aristote et VHistoria Alexandri. En exammant les récits qu'il en tire,. et qu'il transcrit presque textuellement, on voit que l'écrit qu'il désigne par ce dernier titre n'est point r//tstoria de Prœliis^ mais une histoire d'Alexandre ressemblant tout à fait à celle de Julius Valerius, et vraisemblablement un extrait de ce roman, pareil à celui que contient le ms. n** 4877 de la Bibliothèque du roi à Paris'. Jacques de Yitry, dans son Historia Orientalis (lib. I), écrite au commencement du treizième siècle , rappelle plusieurs fables sur Alexandre, qu'il a prises dans Y Historia de Prœliis. Il parle des arbres diurnes, des ari)res qui prédirent à Alexandre sa mort , des statues de bronze remplies de charbons ardents, des oiseaux qu'Alexandre vit en Perse (x qui rendaient la santé aux malades qu'ils regardaient, tandis que ceux sur lesquels ils ne tournaient pas leurs regards mouraient^.»

Vers le milieu du treizième siècle, Gautier de Metz composa le poème français intitulé : la Mappemonde ou F Image du monde^. Le Grand d'Aussy, qui en a donné un extrait, nomme cet auteur

< Spéculum historiale, lib. V. — - Cy commence le Table de ce présent livre qui est dict le miroer historial. *

(A la fin) m Cy finist nng compendieux extraict du mirenr historial auquel sont en bref et clairement recitées les hystoires de la bible Et les preexcelentes gestes des grecs et des troyens, de alixandre monarche de tout le monde Et des merveilleux fais des romains •

Lyon, Bartholomyeu Buyer, Juillet 1479, fol. Goth. 2 col. de !28 lignes. (Brunet, Nauv. Rechsrch. t. II, p. 434; ou Manuel, t. III, p. 403.)

Ce n'est ni la traduction du Faseieulus temporum, comme Ta crû Panser, ni celle du Spéculum vitœ humanœ de Roderic de Zamora, comme le croit Bréghot du Lut. (Brunet, ibid.) Seraitrce un elLtrait de Vincent de Beauvais?

s V. ci -dessus, p. 55, not. 2.

* V. ci-dessus, p. 73.

4 Sur le poëme de Gautier de Aletz, v. une notice par l'abbé Lebeui; Dùsertatiwu sur VHist. ecclés. et civile de Paris, 1739* in-12, 3 voL — Une des translations en prose de ce poëme paraît avoir pour auteur maître Gossouin. (Paulin paris, Mafmscr. franc, du roi, t. V, p. 31 et suiv.)

Ornons, mais c'est le résultai d'une méprise ^ On doit trouver dans ce poème quelques traits fabuleux sur Alexandre ; au moins est-il certain qu'on les lit dans un poème du commencement du seizième siècle , qu'on regarde comme une imitation ou plutôt conune un vrai plagiat de celui de Gautier*.

Ce dernier poème fut mis en prose au quatorzième siècle*. Le célèbre imprimeur Caxton trouva k Bruges un exemplaire de cette translation, le traduisit en anglais et l'imprima à Westminster en 1480, et encore en 1481 sous le titre de The lUyrtour ofthe TFbrW*. On trouve dans ce livre divers détails sur Alexandre, et entre autres l'mvention des statues de métal qui mirent en fuite les éléphants qui attaquaient son armée \ Vers la fin du quinzième siècle, la translation en prose française du poëipe de Gautier de Metz fut imprimée à Paris ^. Après ces préliminaires, j'arrive au poème qu'un savant bibliographe'' a

« Notices des Ms. t. V, p. 243-266. — Hist. lin. de la France, t. XVI, p. 220. — Roquefort, De la poésie franc, aux 42^ et 43* siècles, p. 255.

* Dans le poëme de Renard le Contredit, do treizième siècle, Renard raconte au Lion Thistoire d'Alexandre en sept mille vers, et l'on y trouve tontes les fables du roman de Prœliis, V. Robert, Notices sur les fabulistes, p. cxli-cxliij à la tête des FabUs inédites des XII», XIII» et XlVe siècles, et Fables de la Fontaine, Paris 1825, in S», 2 vol.

s Ms. no 7595 de la Bibl. du roi. — Roquefort, ibid., p. 256. ^ V. un extrait de cet ouvrage : Mélanges tirés d'une grande bibliothèque, t. IV, p. 59.

* V. Dibdin, Bibliothec. Spencer, t. IV, p. 231 -2U. — On lit à la fin du prologue : «... Whiche mas engrossed and in aile poyntes ordeyneb by chapitres and figures in ffrensche in the toun of Brugis the yere of thyncamacion of onr Lord M.cccc. Ixiiij. in the moneth of Juyn... etc. ••

s « King Alexandre which was a good derke and prynce of grete recommandacion ....he dyde do make vessels of copper in fourme of men, and dyde do fylle them wyth fyre brennyng, and sette them to fore hym to fyght ayenst themthat vere upon tholyphauntes... etc.» (Dibdin, ibid. p. 239.)

« Le livre de Clergie nommé lymage du monde, translaté de latin en françois, in-4<> goth. sans date. — Paris, Michel Lenoir, in-i» sans date. — Lymage du monde contenant en soi tout le monde mis en III parties Paris,

Jehan Trepperel, in -4° goth. sans date. — C'est à tort que le fatal, de la Itibl. du roi (D. 3782) attribue cet ouvrage à Saint-Pierre de Luxembourg. (Brnnet, Manuel, i. Il, p. 361.)

' M. Van Praet, Cat, de la Vallière, n»» 2721, 2722. -^Addit. au Cat. de la Bibl. du duc de la Vallière, p. 62. - L. Vaucher, BibL Univ. sept. 1847.

reconnu pour être « l'ouvrage de Gautier de Metz déguisé par quelques légers changements. » 11 porte le litre de Mirouer du Monde ^ et a été imprimé à Genève, 1517, Jaques Vivian, petit in4®. Mais l'exemplaire que M. Van Praet avait examiné étant imparfait, il n'a pu connaître le nom de l'auteur. La feuille qui porte le prologue existe dans un précieux exemplaire imprimé sur vélin que possède la bibliothèque de Genève ; l'auteur s'y nonune, et c'est Françoys Bufieteau^ natif de Vendôme, secrétaire ducal, n commença cet ouvrage en 1514, dans le château de Divonne, appartenant alors k Antoine de Gingins, premier président de Savoie, et il l'acheva en 1516. Voici

comment il s'exprime : « Ne voulant vivre ne demeurer

en oysiveté me voulu mettre à veoir et visiter plusieurs beaux et exquis livres traictant de plusieurs belles et grandes sciences et matières, tant en latin comme en firançoys que ledit Seigneur avoit en sa bibliothèque au dit lieu de Divonne, corne Strabon, Tholomée, l'Especule naturel de Vincent, Pline, Âlbumasar et autres. Et après que jeuz par certam temps vacqué à estudier en iceulx moyennant l'ayde de Dieu, me disposay de me mectre k extraire et composer en langue Galique et Françoyse et rédiger en rimes ce présent livre intitulé le Mirouer du Monde. » J'en extrairai ce qui regarde mes recherches. Buffeteau (2™* partie) fait une grande description de l'Inde , des animaux et des monstres qu'elle renferme ; on y retrouve la tradition de Gog et Magog *, et on y remarque ces deux vers :

Les arbres secz * sont celle part Qui parlèrent à Alexandre.

• En Ynde est le mons Caspieax Qui est grand et spacieux

Ou furent dedens enfermés Certaines gens qui sont nommés Gots et Magots par Alexandre, Selon ce que jay peu comprendre, Gens sont de mauTaise nature, etc.

* Nous verrons que Marco Polo donne aussi ce nom à l'arbre du Solâl (V.

n cite en marge Vincent de Beauvais, et il dit en parlant des

Ils ont long museau par devant

Dont ils mangussent, large et grant,

Lequel saisist, dévore et prent

Ung homme tout soudainement.

Quant Alexandre sen alla

Pour batailler contre ceux la

Qui dessus les dits elephans

Combattoient contre toutes gens,

Pour les vaincre plus aiséement,

Fit faire bien subtilement

Vaisseaux d'arain en forme dôme (d'hommes)

Tous pleins de feu et ainsi come

Ses gens pour batailler alloient

Devant eux les vaisseaux menoient

Pour se garder des elephans

Qui cuydoient que ce fussent gens :

Et ainsi comme ils les happoient

De leurs museaux, ils se bruloient,

Tant que plus napprochoient les homes

Pour les semblances de leurs formes,

Mais tenoient leurs museaux tous haulx

Cuidans que tous fussent si chaulx

Questoient les dessus dits vaisseaux :

Pourquoy furent ces gens conquis

Par Alexandre et desconfiz *.

p. 1 19], quoiqu'il dise que cet arbre a des feuiUes. Dans YHistoria de PrœliUt l'arbre sur lequel on Toit le phénix n'a ni feuilles ni fruits^ mais Varbre du Soleil a des feuilles qui semblent d'argent. (V. ci-dessus, p. 71.) — Dans la seconde partie du recueil des prophéties, intitulé : MircUnlis liber, feuillet 1 recto, on lit : «... Sa renommée s'espandera jusques a larbre seiche. ••

^ Je n*ai pas à ma portée le poëme de Gautier de Meta, mais je possède la translation en prose que j'ai indiquée, et qui est intitulée : Le Livre de Clergye nommé hfmage du monde (in-4o sine loc. et ann.), et j'en extrais les passages sni- Tants que l'on pourra comparer avec l'imitateur BufiFeteau.

• En ceste région de Ynde sont les arbres qui parlèrent à Alixandre, et si y a des formis aussi grans et si fors que ung chat..

• En Cappadoce sont les Oliflans qui sont moult grants bêtes et fors.... et gettent de leur gorge ung boyau dont ils hument et engloutissent bien ung homme tout armé. Mais le roy Alixandre qui tant Ait vaillant comme on scet.

Ailleurs, le poète de Divoane, en parlant des singularités des eaux, dit encore d'après la même autorité :

Il y a ung grant fleuve en Perse Oui de nature est bien diverse.

Car la nuit est bien fort gelé Et tout le jour est dégelé.

n s'agit dans ce passage du fleuve que traversa Alexandre, quand , déguisé en ambassadeur , il pénétra dans la tente de Darius.

Dans un ouvrage intitulé : Le$ diz morauUx des Ph%bsophe$, annoncé par l'auteur, Guillaume de Tignonville, prévôt de Paris sous Charles VI, comme étant traduit du latin, on trouve quelques-unes des traditions fabuleuses sur Alexandre. Il existe de ce livre des manuscrits et plusieurs éditions imprimées. La plus ancienne fut faite au quinzième siècle , à Bruges, par le célèbre Colard Mansion*. On y trouve un chapitre fort court sur Alexandre , dans lequel on raconte que Philippe fut tué « par un des grands seigneurs du pays appelé Cahus ou Pausanias selon les anciens, lequel fut amoureux de la mère d'Alexandre. » On trouve ensuite un discours d'Alexandre « k ses hommes » et leur réponse : «c Plusieurs bons enseignemens et doctrines donna Alexandre, mais enfin il fut deceu par haine et mondaine gloire, car il se soufiri adorer connue Dieu et filz de Jupiter Hammon. »

Une autre édition de cet ouvrage ' donne beaucoup plus de

fit faire des hommes d'arain qui étaient toos plains de feu et les fiiisoit mener devant en bataiUe contre ceux de Ynde. Et quant les Olifians gettaîeut leur boyaux encontre ces hommes d*arain ils estoient plains de fen et se brusloient lenrs boyaux tellement que oncqnes depuis ne les osèrent traire contre homme.- (Partie seconde, chap. 2.)

t • Cy commence un petit trattié moult prouffitable intitulé les dicts moraolz des Philosophes... « Impressum Brugis per Colardum JUansioniSy in-io. — piu. sieurs bibliographes ont cru cette édition datée de 1473, mais elle ne porte aacune date. (V. Van Praet, Notice sur Colard Mansion^ p. 44, 45.) — C'est un lÎTre d'une grande rareté; je l'ai vu à la Bibl. du roi de France.

* « Les dictz moranx des Philosophes translatés de latin en françois par noble

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détails. Le meurtrier du roi Philippe y est nommé Cachus^ On Ut ensuite une lettre d'Alexandre à ses peuples contre le culte des images; il y parle de la Trinité. La correspondance d'Alexandre et de Darius vient après, puis on raconte la victoire d'Alexandre sur Daire, qui fut chassé jusqu'à tin fleuve gelé ei passa par dessus la glace. Pour t;ombattre les éléphants de Porus, le roi de Macédoine fit « faire xxiiii ymaiges darain toutes creuses, et les fist mettre sur chariots de fer et emplir de bois et les fist mettre par ordre ou front de bataille et fist mettre le

feu dedans quant les enemis approuchèrent » Après avoir

tué Porus et conquis l'Inde, Alexandre passa a oultre la terre de Tigue » dont le roi lui envoya la couronne et de grands présents.

oc Et dist-on que Alexandre avoit sceu par astrologiens la ou il avoit esté qu'il devoit mourir sur pavement de fer et soubz couverture d'or. Si advint tantost après que par une grande chaleur que tant de sang luy sailloit hors par le nez, qu'il fut moult foyble et convint le descendre de dessus son cheval enmy les champs et tantost un chevalier gelta sa cotte de fer et descendit à terre et tantost le roy Alexandre se coucha dessus cette cotte, et les autres mettoient beaulx draps d'or par dessus luy* ...»

Alexandre connaissant qu'il allait mourir écrivit sa dernière lettre à sa mère. Nous verrons qu'un illustre traducteur mit en anglais l'ouvrage de Tignon ville.

Vers le milieu du quinzième siècle Sébastien Mamerot traduisit en français et augmenta beaucoup la Chronique du dominicain Martin le Polonais'; il y inséra l'histoire d'Alexandre

homme Messire Guillaume de Tignonville, chevalier, conseiller et chambellan du Roi. — Les dictz des Saiges. — Le Secret des Secretz de Aristote. — Paris, Pierre Vidove, 1531, et se vend par Galliot» S° min.» (à la Bibl. du roi de France). — Le Ms. latin n» 6652 de la Bibl. du roi de France contient le texte latin : Dicta philosophorum. (Paulin Paris, Ms. franc, t. V, p. 7.)

* Les Persans lui donnent le nom de Kelous.

< Tradition orientale. (V. ci-dessus p. il et 37.)

^ V. Lebeuf dans les Mémoires de VAcad. des Inscript, et Belles-Lettres, t. XX, p. 224 et suiy.

qu'il tira du poëme de Gautier de Ghàtilloa et d'aulre$ livres aussi bien authentiques tant jhmt mètres quen prose ^ Il y avait sans doute parmi ces autorités une des histoires fabuleuses d'Alexandre, puisqu'il parle des projets de ce conquérant contre Rome, des présents que les Romains lui offrirent et des arbres du Soleil et de la Lune. Il passe sous silence d'autres aventures, parce que, dit-il, «r elles ne seroient pas creûes par la moitié de ceux qui cy les liroient ou orroient. » On trouve au chapitre LXXV™" l'énumération des villes qu'Alexandre avait fondées et auxquelles il avait donné son nom. J. Yalerius et plusieurs des romans que j'ai indiqués nomment ces villes, mais dans aucun de ces auteurs leurs noms ne sont aussi étrangement défigurés que dans la Chronique martinienne,

t Chroniques martiniennes, avec les additions de plusieurs chroniques, Paris, Verard, in-fol., chap. 57, fol. :â2, yerso.

Les romanciers espagnols s'emparèrent des aventures d'Alexandre immédiatement après les poètes français; aussi le marquis de Santillane* compte-t-il parmi les premières productions de la poésie castillane El libro de Alexandro et Los votos del Paon. L'Alexandre espagnol a été longtemps fort peu connu. On l'a attribué à Alphonse le Sage, roi de Castille, à Gonzalès Berceo, et enfin avec plus d'apparence à Juan Lorenzo Segura de Astorga, qui est nommé à la fin d'un manuscrit. El libro de Alexandro a été publié dans le troisième volume de la collection de Sanchez, d'après un manuscrit du duc de l'Infantado ; on en cite un autre comme ayant appartenu au couvent de Buxedo, près de Burgos, et François de Bivar en a transcrit quelques vers qui, comparés avec l'édition de Sanchez, offrent de nombreuses variantes. L'auteur de ce poème mêle l'érudition classique aux traditions romanesques; il imite souvent et copie quelquefois Gautier de Châtillon, qu'il cite sous le nom de Galter ; il en agit de même avec le poème d'Alexandre de Bernay. Ailleurs il parle de l'histoire d'Hélène et de la destruction de Troie; il cite Homère et nous apprend que la mère d'Achille, pour l'empêcher d'aller à la guerre, le cacha dans un couvent de Bénédictines *.

* Sancbez, Coleccian de pœsias CastelL, t. I, p. lvii.

* Stanc. 386. La madré de Achilles era mogîer artera,

Ca era gi'ant devina, è era sortera ;

Dès le commencement du poème, Fauteur parle de la tradition qui faisait Nectanèbe père d'Alexandre :

Stanc. 19. A maestro Nataneo decian que semeiaba Et que su fîjo era grant ruido andaba.

et l'un des premiers exploits de ce prince est sa victoire sur Nicolas.

On trouve dans ce poème la descente d'Alexandre au fond de la mer. (SUnc. 2142 à 2158.)'

Dicen que por saber que facen los pescados , Corne viven los chicos entre los mas granados, Fizo cuba di vidrio conpuntos bien cerrados, Meiios en ella dentro con dos de sus criados.

St. S 152. Otra faciana vio en essos pobladores .

Vio que los maores comien à los menores Los chicos a los grandes tenienos per sennores Maltraen los mas fuertes à los que son menores *.

Le poème parle ensuite du Phénix (st. 2311), des arbres du Soleil et de la Lune *, et de l'ascension d'Alexandre dans les airs par le moyen des griffons (st. 2332).

Sopô que si su fijo fues en esta carrera, Avria y à morir por alguna manera.

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