II. LE ROMAN DE MÉLUSINE
Ce livre est si rare qu'on en connaît à peine quelques exemplaires. Celui de la Bibliothèque du roi de France n'a pas le dernier feuillet où se trouve la souscription de l'imprimeur, et il a passé longtemps pour une production des presses de Mathis Husz à Lyon, qui en a donné une édition sans date. Ce roman se trouve complet à la bibliothèque de Wolfenbuttel, et on y lit à la iin :
cr Cy finist le livre de Melusine en francoys imprime par maistre Adam Sleinschaber natif de Suinfurt en la noble cite de Genève lan de grâce mil cccc Ixxviij au mois daoust. »
In-folio. — car. gothiq. — fig. en bois. — 193 feuillets. 32 à 33 lignes k la page. —Cf. Brunet, lUanuel, II, p. 711 : Jean d^Arras.
La Serna {Dict, bibl. t. II, p. 100), qui n'a pas connu cette souscription , indique pour la première édition française celle de Lyon, 1500, in-fol.
Jean d'Arras, secrétaire du duc de Berri, frère de Charles Y, composa ce roman vers 1387 pour la duchesse de Bar, sœur du roi, d'après les archives du château de Lusignan, et en y ajoutant beaucoup de choses de son invention. Cet ouvrage a eu d'autres éditions, et le style en a été rendu plus moderne à plusieurs reprises. Il a été traduit en allemand et en espagnol \
* V, Ebert, Allgem, Hbliogr. Lexie, II, p. 92-94.— Qaadrio, Stor. d'ognipoe- «a, VI, p. 433. — Dunlop, The hUtor. of fiction, III, p. 342. — Bibl. des Romanj, 1775, juillet, II, p. 138-169. — Ces deux derniers ouvrages donnent des extraits de ce roman.
3t8 LIVRES IMPRIMÉS A GEHÈVB
La souscription qae nous avons transcrite nomme le premier imprimeur de Genève, et le roman de Mélosîne étant sorti des presses d'Adam Steinschaber peu de mois après k livre des Saints Anges , on peut croire que le même ouvrier fut l'auteur de toutes les éditions qui parurent à Genève est 1478. n y imprima encore en 1480 ^oyez n«* V et >%.
m. LE LIVRE DE SAPIENCE.
On lit à la fin du volume :
« Cy finist le liure de !§apience imprime a Geneue Lan nul quatre cens. Ixxviij. le neufiesme jour du moix doctobre. »
94 feuillets (au moins) in-folio^ — à longues lignes, — caract. goth. — 31 lignes 2i la page, — sans chiffres, réclames ni signatures.
Le prologue apprend le nom de l'auteur :
ce ... Et la fait transcripre révérend père en Dieu monseigneur Guy de Roye par la miseracion divine archevesque de Sens, pour le salut de son ame et des âmes de tout son peuple. »
On trouve après le prologue un index, qui est suivi du corps de l'ouvrage en 95 artides. L'avant-demier donne la date de sa composition, et rend compte des additions qui furent faites à l'écrit original :'
a (C)e liure fut premièrement fait en lan de grâce Mil trois cens quatre vingz et huyt par révérend père en Dieu monseigneur Guy de Roye. . . . mais lan après ensuyvant ung religieuk de lordrc de Clugny regarda et leut ce livre tresdiligemmenl
et trouua quil etoit bien brief selon la matière. Et y mist plniseurs (sic) exemples et pluiseurs auctoritez et cbappitres de docteurs et de maistres auctorisez »
Dans le dernier article intitulé : La complainte de celluy qui fist ce liure^ on lit :
(c (H)Elas moy doulent je suys come le molin qui moult le ble de quoy les aultres viuent et quant il a molu il demeure tout irvid ne riens ne luy demeure ne ne retient riens pour soy de la moulture quil liure au peuple. Certainement ainsi est il de moy. »
Il y a deux exemplaires du Livre de Sapience à la bibliothèque de Genève. Baulacreen a donné un (91 feuillets) et ne parait pas s'être aperçu qu'il manque au commencement le prologue et l'index des chapitres. Ces pièces se trouvent dans l'autre exemplaire , mais il n'a pas les cinq derniers feuillets. Baulacre a donné un extrait de cet ouvrage*, et Le Grand d'Aussy l'a fait connaître d'après les manuscrits de Paris'. Il lui donne le titre de Doclrinal des simples gens^ parce qu'un de ces manuscrits porte à la fin : Explicit Doctrinale simplicium gentium. Le prologue de l'édition de Genève semble justifier ce titre en disant : Et dit par especial des simples gens lays. Une autre édition .parut à Genève en 1482 sous le nom de Doctrinal de Sapience {\, n°IX) et celle de Lyon (1485) porte l'intitulé de Doctrinal de Sapience fait brevement et grossement pour les simples gens^,
Guy deRoye, fils de Matthieu de Roye, grand-maitre des arbalétriers de France, fut successivement chanoine de Noyon, doyen de Saint-Quentin , évéque de Verdun, de Castres, de
* Bihlioth, germanique, XXI, p. 98 et suiv.
* Notieeeet Extr. des Ms. de la Bihlioth. du roi, V, p. 517 et suiv. s Catal. de la Vallière, n» 1294, I, p. 390.
320 LIVBES IMPRIMES A GENEVE
Dol , archevêque de Tours , de Sens , et enfin de Reims en 1390. n fut tué k Voltri près de Gènes, dans un tumulte causé par une quereUe entre ses gens el des paysans. Il se rendait au concile de Pise avec le cardinal Louis de Bar et Pierre d'Ailly, archevêque de Cambrai *.
Baulacre, Sainte-Marthe, La Serna, Mercier de Saint-Léger et d'autres se trompent quand ils disent que Guy de Roye écrivit son livre en latin, puisqu'il dit lui-même qu'il a travaillé pour les simples prêtres qui n'entendent ni le latin, ni les escriptures. Le manuscrit n"* 7885 de la Bibliothèque du roi de France contient l'ouvrage original de Guy de Roye, mais on n'a imprimé ce livre qu'avec les additions du moine de Ctuny, qui a fort grossi l'écrit de Guy de Roye, et y a inséré un assez bon nombre d'anecdotes dont plusieurs sont fort gaies et même scandaleuses. Dibdin et Prosper Marchand en citent quelques-unes.
Le P. Laire* et Panzer' ont pris mal à propos le Livre de Sapience pour une version du Manipulus CurcUarum de Guy de Montrocher (Voyez n® V).