‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 3)Chapitre 16 sur 93 · CORRESPONDANCE. LXXVII · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE. LXXVII

Coppet, 20 mars 481S.

Je dois paraUre inexcusable à vos yeux, puisque vous n'avez reçu aucun signe de vie de ma part depuis mon séjour h Paris. Je vous ai pouitant écrit, et même deux fois U* abord de Glichy, en réponse à la lettre par laquelle TOUS me demandâtes une adresse pour Weimar. Je croyais avoir envoyé à la poste cette lettre qui en renfermait une pour mon ancien ami Gœthe ; mais, soit par la négligence du domestique, soit par ma propre distraction, elle n*est pas partie, et dernièrement , en fouillant da^is mes papiers que je voulais mettre en ordre pour notre prochain départ , je Fai retrouvée à ma grande surprise. Alors, je vous ai écrit de nouveau pour excuser ce retard. Je vous rendais compte dans cette lettre de mes paisibles études, lorsque tout à coup sont survenues les nouvelles qui ont depuis agité tous les esprits*. Gela m'a engagé à suspendre Tenvoi de ma lettre, qui ne pouvait guère vous intéresser dans un pareil moment. Je prévoyais d'ailleurs que je reviendrais incessamment dans ce pays-ci. Je suis veim à la légère ; ces lettres arriveront avec mes papiers, mais, en effet, elles ne sont plus bonnes à rien qu'à me servir d'excuse et à vous prouver mon souvenir, malgré ce silence en apparent impardonnable.

Je m'étais fait une vraie fête de vous revoir , de vous rendre compte en pleine tranquillité des résultats de mes recherches , et de reprendre nos anciens entretiens, souvent si instructifs, toujours si agréables pour moi. Mais voilà un horizon bien rembruni. L'orage gi'onde en approchant , et chacun se tient Uipi dans son coin Malheureusement, nous en avons trop vu pour ne pas croire h la possibilité de toutes les calamités et de tous les bouleversements. Personne ne peut savoir ce qu'il deviendra, ni quels devoirs il sera appelé à remplir. Je ne pailageais pas la sécurité générale ; cependant, je ne croyais pas le danger si prochain, et je m'attendais à voir éclater cette éruption volr4ini(|ue d'abord en Italie. Tout le monde a été dans un funeste aveuglement Je n'ai pas besoin de vous dire combien je m'intéresse au repos et a la conservation de votre patrie au milieu de tout cela.

Vous jugerez, par mes occupations à Paris, combien j'étais éloigné de me mêler du monde réel et de la politique du moment. Je copiais dos poésies provençales sur les manuscrits originaux avec une exactitude philologi4|ue, dans l'idée d'en publier peut-être dans la suite un recueil. J'avais en outre conmionoé l'élude de la langue sanseritane , et j'avais fait des progrés

l Le rrlour J.' lilo d'ElU" - f.U.

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