‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 3)Chapitre 40 sur 93 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

DE

JEAN-MARIUS PHILELFE

L'impulsion que Charlemagne avait donnée aux études s'était fort ralentie au dixième siècle \ mais dans les âges suivants eDe se ranima par la protection des papes, des empereurs et des rois. Les lettres, au onzième siècle ', s'étendirent des moines aux laïques; quelques écoles furent ouvertes; les Normands, qui depuis leur admission au christianisme avaient

t Dans le dixième siècle régna un grand dccoaragement caoaé par l'idée de la fin du monde, par les invasions de plusieurs nations barbares, notamment des Hongrob et des Sarrasins, par celles des maladies, et enfin par les superstitions de l'époque. Sur le tableau du dixième siècle, voyez Baronius, Muratori , Sigomus, Megn. liai,

* Sur le grand mouvement d'étude qui se manifesta au onzième siècle, voyez Denina, Di$e. t, p. 193 et suiv. Parmi les causes principales figurent les quereUes des empereurs et des papes, ainsi que les croisades ; d'autre part la médecine fit rechercher les connaissances des Arabes, en même temps que la philosophie et les mathématiques se développaient également. (Prunelle, Disc.) Les Juift, si répandus alors, furent souvent un moyen de conminnication entre les Arabes et TEurope. (Renaudot apud Fabric. Maries. Bibl. GrcBc. t III, p. 300- 301 .) An douzième siècle, ce Ait Tétude du droit civil qui fût une des grandes causes du développement de l'intelligence en Europe. En outre, on peut signaler comme ayant concouru à produire cet heureux résultat en Italie, durant le onzième et le douzième siècle, la puissance des papes qui accéléra la résurrection des études renouvelées avec les premières étincelles de la liberté (Rettinelli, RiMorgimeni, 1. 1, p. 59), Témancipation des premières villes d'Italie, le projet de réunir l'Église grecque à l'Église d'Occident, la réfutation des hérésies, etc.

monlré tant de dispositions pour l'étude \ en portèrent le goût en Angleterre et dans le midi de l'Italie, et, d'après l'exemple donné au siècle précédent par le célèbre Gerbert , on mit à contribution le savoir des Sarrasins d'Espagne', qui eux-mêmes devaient aux Grecs leur instruction primitive ^. La conquête de l'Egypte par les Arabes, en privant l'Europe du papyrus, avait été l'une des causes de l'ignorance du moyen âge; on cessa de copier les ouvrages de science et de littérature, et la cherté du parchemin engagea même à effacer les anciens écrits pour y substituer des ouvrages de théologie '^. Mais, dans la suite, ces mêmes conquérants réparèrent le tort qu'ils avaient fait à l'esprit humain en réunissant dans les bibliothèques qu'ils formèrent en Orient et en Espagne les monuments des lettres et des sciences, et en sauvant, traduisant, commentant les ouvrages des Orientaux, des Grecs et des Latins \ Au dixième siècle, ils firent connaître l'invention chinoise du papier de coton ^, et

^ Gaaffred. Malaterr. lib. I, cap. 3, apud Murator. Script, t. V, p. 550. — BUt. lut. de la France, t VII, p. 67, 68, 82.

« Maratori, Antiq. Ital. t. III, p. 933. — Andréa, 1. 1, cap. iO.

s Bahle, De etudio grcBcar. Utter. int. Arab, in Comment, Soc, Gotting, 1701, p. 316-233.— Bahle, De Arùt. Interp, Arab. m Arùt oper. t. I, 315-321, 323.— SprengeU Hist. rei herbar. t. I, p. 229, 230. — QElaner, B/feU de la religion de UtoKammed, p. 135-140.

« Murât. Antiq. Ital Dise. t. III, p. 833. — Robertaon, Hist. de Charlee- Quint, Introd. p. 219, tradaction française. — D. Maichell, Inirod, ad Hiit. Utter. de prœdp. biblioth. Pariâiene, p. 18, 19. — Montfiiuoon, Pateo^. Grœe. p. 3i9. — VUloiflon, Prolegom. ad Homer. Iliad. p. ix, not. 2. — Les fhigmenta de TEpitre aux Romains de la version d^Ulphilas, ms. du sixième âècle, qui ayait été effiuié et remplacé par les Origines d'Isidore de Séville. Ms. de la Bibl. de Brunswick publié par Knittel en 1762, et par Ihre en 1763.

> Andréa, DeWorigine e progressi d^ogni letterat, 1. 1, cap. 8 et 9.

< Fabric. BibL antiq. p.958,édit. 1760, 4o.— Casiri, Bibl, Arab. Hisp. t. Il, p. 9.-— Andréa, DeWorigine, etc., t. I, p. 199-202. — HontfkucoD, Mém. de l'Acad. dee Inscript, t. VI, p. 605, 606. — Petrns Mauricius, abbas Cluniacends, sascnlo XII : > . . . Sed ci^usmodi libmmT Si talem qnales quotidiè in usu legendi habemus, utique ex pellibus arietnm . . . aut certe ex rcuuris veterum patmo^ rum. . . » (Ex bibl. Glun. apud Mabillon, De re diplomalica, p. 35.) — Dana une lettre du cardinal Bessarion i Alexis Lasearis on Ut quMl trouva à Constantinople un manuscrit en papier de coton antérieur de trois siècles au concile de Florence de 1439.

rinstruction se releva peu après en Europe*. Depuis le douzième siècle, le désir d'apprendre fit faire de grands efforts ; les grands s'intéressèrent aux études, les rois eux-mêmes y prirent part, les académies s'établirent et prospérèrent malgré les disputes philosophiques. Â chaque extrémité de l'Europe il y avait un foyer de connaissances dont les lumières devaient un jour se réunir pour contribuer à la culture moderne ; k l'occident, les Arabes de l'Espagne avaient conservé le dépôt des sciences ; tous ceux qui voulaient faire de grands progrès allaient étudier chez eux', et l'on trouve dans leurs ouvrages des citations tirées des auteurs de l'antiquité'; leur poésie Ait peut-élre le modèle de celle des langues modernes. A l'Orient, les Grecs pouvaient se glorifier d'être les seuls dépositaires de la littérature clasâque et de la sublime philosophie de Platon.

L'histoire des ouvrages d'Aristote occupe une place considérable dans celle de la culture européenne'^, mais ce ne fut qu'au commencement du douzième siècle ^ que quelques-uns des livres de ce philosophe furent traduits en latin ^. Le siècle suivant offre

• Morator. Aniiq. Ital. t. III, Diu. XLIII, p. 871, 872. L'invention du papier de linge dont on ae sert maintenant paraît être du trdzième siècle. On l'attribue ans Italiens, aox Allemands ou aux Arabes d'Espagne. Voy. Meerman, Dechart. lin. arig. — Tiraboschi, Storia délia Letterat, ital. t. V, p. 76-78, édit. 1775. — Andréa, Orig. e progresa. 1. 1, p. 202-222. — Koch, Tableau des révolutions de l'Surope^t. H, p. 18-20.

< Moshôm, Inst. Hist. ecclet. p. 397, note M.

' Laar. Mehus, Vit. Ambros. Travers. Camald. p. 155.

^ Roger Bacon Op» maj. p. 19, 36.

' Cependant Aristote fut expliqué et commenté de bonne heure en Angleterre. Dès 850, Jean Scot Érigène expliquait à Oxford la Logique d'Aristote, ainsi qu'Ingnlfesous Edouard le Confesseur. En 1 109, les moines Crowlandenses prof esssàent la philosophie d'Aristote k Cambridge. On peut citer plus tard, en 1146, Robert PoUeyn ;en 1164, Simeon Dunelmensis, J. de Salisbury, Odo Muremndensis ; en 1200, Jean Hauteville; en 1227, St. Edmond, archevêque de Cantorbéry, expliquait le Uber de Elenehis^ et Hugo, le liber Posteriarum. Enfin, en 1230, Michel Scot, ou le mathématicien, traduisit une partie des ouvrages d'Aristote de l'arabe on de l'hébreu, et, en 1232, Jeaii Blond, qui avait étudié à Paris et à Oxfiyrd, les expliquait dans cette dernière ville.

* Boêce, auteur de la Consolation de la philosophiey avait entrepris de tra<> dnîre en latin les ouvrages d'Aristote et de Platon, mais il n'exécuta ce projet

plusieurs autres versions , parmi lesquelles on doit remarquer celle que l'empereur Frédéric H fit faire et qu'il envoya aux docteurs de Bologne ^ Ce prince avait, dit-on, k sa cour deux fils d'Averroés*, fameux commentateur arabe d'Aristote. Mais parmi ces nombreuses versions on a peine à en trouver deux ou trois'

qae pour les livres da premier, qmi traitent de la logique ; le Boëce, auquel on attribae la traduction des traites de métaphysique, est un autre personnage fort peu connu. (Jourdmn, Rech. sur les trad, d'AristoUy p. 158-163.) — Les versions d^Aristote que Trithème attribue à Herman Contractus sont imaginaires. (Tiraboschi, Stor, délia lelter, ital t. IV, p. 1 87.)— Sur celle de l'Anglais Robert de Rétines , qui , après avoir voyage en Orient, se fixa en Espagne vers 1 1 20, voyea Bmcker, Hisi. philos, t. III, p. 670. — Fabric. Bibl. inf. Latin, t. VI, p. 107, éd. Mansi.— Oudin, De Script. eccUs. t. II, p. 1160. Ce Robert de Rétines avait traduit l'Alcoran par ordre de Pierre le Vénérable. V. Jourdain, p. 102 et sulv. On a attribué aussi quelque traduction d'Arîstote A Gérard de Crémone ou de Carmona, mort en 1187. {Cremon. illustr. p 269. — Mnratori, Antiq. ItaL t. lU, p. 037. — Mansi ad Fabric. Bihl. Med. latin, t. III, p. 40. — Jebb, Prœf. in Rog. Bacon. Op. maj. p. À.) Cet écrivain traduisit beaucoup de livres arabes, entre antres Avicène : dans la Bibliothèque Pauline, à Leipzig, il y a une vie de Gérard avec la liste des livres qu*il traduisit. (Cotai, p. 256 eité par Mehus, Vit. Ambros, CanuUd. p. 156.) L'Espagne et Tltalie se disputent l'honneur de lui avoir donné le jour. (Mnratori, ilfKtç. Ital. t. III, p 937. — Tiraboschi, 5(or. t. III, p. 292 et suiv. t IX, Suppl p. 38, et les auteurs qu'ils indiquent.) — Sur les versions d'Aristote au moyen âge en général, consultez Jourdain, Recherches eritig. sur les trad. d'Aristote^ 1819, 8o, et Bnhie, Hist. de la philos, moderne^ 1. 1, p. 694 et suiv.

« Petms deVineis,J?pûf. t. III, p. 67.— Fabric. Bibl. Grœc. t. III, p. 305, éd. Harles. — Bayle, Dict. sub v. AverroëSy note e, p. 391 .—La lettre écrite par Pierre des Vignes, au nom de l'empereur, aux docteurs de Bologne est extrêmement curieuse (V. Mehus, Vit. Amb. Camald. p. 155. — Jourdain, p. 169-178). — Sur le mérite littéraire de Frédéric II, voyez Notic. des ms. de la Bibl. de Paris^ t. VI, p. 403. — Tiraboschi, Star. del. lett. t. IV. — • J.-Gottf. Schmntzer, De Frideriei H in rem litterariam tneritis^ Lipûœ, 1740, 4». ^Schneider, Prœfat. ad Frideriei II reliq. de <irte venandi, p. xi-xvii. — Jourdain, p. 164-168.

< iEgid. Column. apud Nicol. Anton. Bibl. Arab. Hisp.]^. 242.

' lo Celle d'un Vénitien nommé Jacobus Clericus, connue uniquement par un passage de Robert de Thorigny. (Mosheim, inst. Hist. eccles.^ p. 396, note H. ^ Tiraboschi, Stor. t. IV, p 128.) Elle fut &ite vers 1128. — 2» Celle que l'on fit à Paris dans les premières .années du treizième siècle, lorsque la métaphysique d'Aristote tôt apportée de Constantinople. (Rigord. apud Duchesne t. V, p. 51.^ Mnratori, Antiq, ital. t. III, p. 938, 939. Diss. XLiv) et dont l'abus causa la proscription des ouvrages d'Aristote. — 3» Celle des Morales d'Aristote que Barthélémy de Messine fit par ordre de Manfired, roi de Naples, et que ce prince envoya a l'Université de Paris, avec la même lettre que son père avait adressée à l'Uni-

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qui aient été faites sur le grec. Toutes les autres ' avaient pour base des traductions arabes ou hébraïques extrêmement inexactes, et ce sont ces versions si fautives que Roger Bacon, qui d'ailleurs rendait justice au philosophe de Stagire*, aurait voulu brûler'. Ces traductions latines, si défectueuses qu'eUes étaient inintelligibles **, furent les seules dont se servirent les premiers auteurs scolastiques , jusqu'à ce que , malgré les anathèmes lancés a Paris contre Âristote, le fameux Thomas d'Aquin, par ordre du pape Urbain IV, en eut fait faire une traduction Uttérale sur le texte grec, par un de ses disciples ^ Assurément le mépris que Roger Bacon ^ et quelques autres savants montrèrent pour les versions d'Âristote dont Albert le Grand et Thomas d'Aquin ^ faisaient usage était parfaitement

venité de Bologne. (Hehus, Vit. Ambros. Catnald. p. 155. — Tirabo6chi,5/or. t. IV, p. 130.)

* On compte parmi les traducteurs d'Aristote du treizième siècle, Michel Scot (Roger Bacon, Op. maj. p. 36. — Pabric. Bibl. Grœe. t. III, p. 243, not. mi, éd. Harles. — Fabric. Bibl. inf. lai, t. V, p. 77. — Camus, Hist. det animauœ d'Aristote^ t f, p. XLiv); Alyredus Anglicua (Alfred le philosophe, treirième nècle) nommé encore Alfiredus de Sarchel (V. Jourdain, p. 107); Herman Alemanns, contemporain de Roger Bacon (Voyez Bac. apud Jebb. Prœf. ad Op, maj. p. ▼. — Bacon, Op. maj. apud Mittarelli, Cat. ms. S. Jlîichael à Murano^ col. 90) ; GniUaume Fleming (Wood , Hiit. et antiq. univ. Oxon. 1. 1» p. 120. — S. Jebb, Prœf. in Bacon. Op. maj. p. 4, 5), etc. — Je suis surpris que Buhie (édit. AriMtot, ùper. t. F, p. 285) confonde Herman Alemanus avec Herman Contractus : le premier, qui traduisit Aristote d'après la version d'Averroës, est bien plus moderne que le second.

* Rog. Bac. Op. maj. p. 36.

' Jebb, Prœf. in Rog. Bac. Op. maj. p. 5.

* Rog. Bac. Op. mc^. p. 42, 262, 420.

* Qnétif et Echard, Seript. Ordin. Prœdic. t. I, p. 388. — Fabric. Bibl. Gr. t. III, p. 305, édit. Harles. — P. de Rubeis, De gettiê S. Thomœ diss. 23, c. I. — Wood, Hist, et antiq, univ. Oxon. 1. 1, p. 120. — J.-Fr. Foppens, Bibl. belg. 1. 1, p. 416.

< Roger Bacon {Opus majus^ p. 45) fait de sages roflexions sur les qualités que doiyent posséder les traducteurs et les difBcultés qu'ils ont à vaincre. U parle de Boëce et de Robert Grosthead, évêque de Lincoln ; puis il ajoute : • Alii quidem mendid translatores defecemnt multum tam in scientiis quam in linguis ; quod ostendit ipsorum translatio. Nam tanta est perversitas et horribilis difficultas, maxime in libris Aristotelis translatis, quod nullus potest eos intelligere. •

^ Non-seulement les versions d'Aristote dont se servaient les savants du trei-

équitable. Ces versions avaient été faites pour la plupart sur des exemplaires hébreux, ouvrage des Rabbins *, qui les avaient tirées de la version arabe qu'Averroës, vers la fin du douzième siècle, avait faite à Cordoue *, non sur le grec, langue qu'il ignorait', mais d'après les versions syriaques qu'on attribue au célèbre Honain de Hirta ^. Lorsqu'on connaît cette succession de versions, on n'est plus étonné des contre-sens et des disparates de tout genre qu'offre la traduction latine des scolastiques comparée avec le texte grec *.

Dans les douzième et treizième siècles, l'étude de la théologie, du droit et de la médecine avait fait négliger celle des belles-lettres; l'Europe retentissait du nom d'Âristote, mais il n'y avait qu'un très-petit nombre de savants qui entendissent

aième siècle ne rendaient point Toriginal, mais souvent ces savants ne présentaient les opinions da philosophe grec que d'après des extraits informes, tronqués et tout à fait défigurés. Vincent de Beauvûs {Specul. Natural. prolog, cap. X) et Albert le Grand (De nUner. tract. I, cap. 1) (cités par Andres, t. I, p. 244) affirment s'être servis de pareils extraits.

Les Arabes, qui (avant la version ordonnée par saint Thomas) connaissaient fort mal Aristote, ajoutaient leurs propres idées, leurs découvertes dans ce qu'ils appelaient des traductions ou des extraits de ce philosophe, ou mettaient des ouvrages entiers sous son nom. C'est ainsi que, dans le Ketab Alahgiar ou livre des pierres, attribué à Aristote, il est question de la vertu polaire de l'aimant. (D*Herbelot, Bibl Orient.-- Falcon. Acad. des Imeript t. IV.)

i Wolff, BibL hebr. t. I, p. 17-21 , t. III, p. 12 et seq. 1. 1, p. 220-223.^Sim. Lvant. apud Wolff, ibid. t. IV, p. il22. — Nicol. Anton. Bibl. arab. Msp. p. 224. — Buhle, Arist. oper. t. I, p. 169, 188, 194, 199.

* Sur la connaissance du grec chez les Arabes, voyes Prunelle, Di$e, p. 102. — Buhle, De studii grœc. liter. apud Arabei initiit et ratùmibus^ m Comment, Societ. Scient. Gotting. t. H, p. 216. — Corn. Diet. Roch, De foH» êtwUorum apud Arabes^ Helmstadt 1 7 1 9, 4».

s Nicol. Anton. Bibl. arab. hisp. p. 242. — Camri, Bibl. t. I, p. 185.

* Greg. Abul&r. Hist. Dt/naet. p. 171 et seq. — Renaudot apud Fabric. Bibl.

gr. t. III, p. 298, éd. Harles. — Buhle, Ariêt. oper. t. I, p. 325 Asse-

mann, Bibl. or. t. I, p. 493. t. II, p. 271 , uot t. III, part I. p. 493 et aL loo.

B Voy. Brucker, HiêL philos, t III» p. 106, 700. — Fabrio. BibL gr. t. III, p. 293. 294, éd. Harles. — Casiri, Bibl. t. I, p. 306 et seq.— Tiraboschi, Stor. t. IV, p. 133, 134. — Buhle, Comment. Soe. Gotting. 1791 , p. 228. — Buhle, Ariêt. oper. 1. 1, p. 323. — Richard Simon, Suppl. ad Léon. MtUin. p. 104. — Possevin, Bibi t. XII, p. 16.

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la langue maternelle de ce philosophe. L'Italie, qui avait des relations suivies avec la Grèce, en ofirit quelques-uns S tandis que le reste de TOccident n'avait même aucun livre grec, si l'on excepte quelques manuscrits que des voyageurs ou des croisés avaient rapporté par curiosité. Les Français, pendant leur domination à Constantinople, ne s'étaient occupés qu'à détruire et non à apprendre '; ils aidèrent plutôt les Italiens à introduire leur idiome dans le Levant, qu'ils n'en rapportèrent la connaissance du grec, et c'est là vraisemblablement l'origine première de la langue firanque ' qui a été entretenue par les relations commerciales. Cependant les croisades eurent l'avantage d'exciter la curiosité, le goât de la lecture et de fournir des sujets intéressants aux historiens et aux poètes. Malgré ce peu de culture, l'Occident, à la fin du quatorzième siècle, fut en état d'apprécier et de recevoir les leçons des Grecs que la décadence de l'empire de Constantinople faisait sortir de leur patrie ^. L'Italie, qui les accueillit, avait toujours eu quelques hommes qui entendaient la langue grecque^; la connaissance de l'idiome vulgaire parlé en Grèce y était assez commune ; la domination des empereurs d'Orient sur la Calabre, les rapports commerciaux, les ambassades réciproques des papes et des empereurs, les établissements des Italiens dans l'empire grec avaient multiplié l'usage de cette langue cultivée dans la Grande

• Tinboschi, Slor. t. IV, p. 277 et suiv.

• Heereo, Infiueneê des Croûadeâ, p. 409-416. — Niceph. Gregor. IV, 2, § 6. — Nioetas apud Bandur. imp, or. t. I, p. 107 et seq.

s SoÎTant un historien catalan, vers 1300,' on parlidt le français en Morée et dans le daché d'Athènes comme à Paris (Raymond. Mantanerins afmd Dncange, Glou. infim. latin, ffrœfai, % xvii, p. 20), et l'extrême corruption du langage moderne d'Athènes date des premières années du treisicme siècle, à l'époque où les Francs s'emparèrent de Constantinople et de la Grèce. (Ducange, ibid. % x, p. vui et IX.)

• Richard V, en 1028, fit venir à Rouen des moines grecs pour enseigner leur langue. (G. Malaterra apud Murator. Script t. V, p. 550.)

s Mnratori, Antiq.Ital, med. œv. t. III, Dissert, xuii, XLiv. — Tiraboschi, Sicr. t. V, p. 364 et seq. — Sur Bnrgundio et son école à Pise, au dousième siècle, Toy. Baldelli, Vit. di Boccac, p. 225-239.

Grèce * ; mais jusqu'à la fin du quatorzième siècle elle ne fut employée à aucun usage littéraire ; les savants italiens des siècles précédents avaient plutôt étudié l'arabe ; leurs liaisons avec les Maures d'Espagne, qui possédaient en cette langue les ouvrages des philosophes et des mathématiciens grecs, la renommée de l'école de Saleme, le goût dominant de l'époque pour la médecine, l'astronomie ou l'astrologie, avaient mis l'arabe en crédit dès le onzième siècle '. Aussi François Philelfe, dans le quinzième siècle, remarque que quelques hommes qui n'avaient appris le grec que par les voyages et le commerce, ayant voulu traduire des auteurs anciens, n'avaient fait que des versions obscures et fautives, parce que le langage moderne étant corrompu ne donnait point une intelligence complète des auteurs de l'antiquité ^

 cette époque, Dante et Pétrarque avaient déjk illustré leur patrie et poli leur langue ^. Le premier de ces poètes eut à peine connaissance de quelques mots de la langue grecque ^, et les leçons deBarlaam, vers 1342 ( et peut-être de Léonce Pilate^), ne mirent jamais Pétrarque en état d'entendre Homère '', dont le premier exemplaire qui parut en Italie lui fut

< BaldeUi, Ibid. p. 239 246, 248 et seq.

s BettineUi, Bisorg. d'Ital. t. 1, p. 54.

s Fr. Philelfe, EpiH. p. 62 recto, édit. Venet. 1S02.— Léonard. Arrêt. Bpiêî. IV, 22, p. 139, éd. Mehiu.

^ Dès le dixième siècle, la langae italienne était distincte da latin ; on remploya dans les actes dès le commencement da dooâème, et avant qa*il fût écoalé, les poètes s'en servirent dans leurs vers, comme moyen d'être mieux entendus par les dames. (Muratori, Antiq, ItaL med, avt, Dissert, xxiii, t. Il, p. 1021, 1047-1050.— Dante, Vita nuova, t. IV, 1, p. 35, edit. Zattœ.)

* JHem. per la vit di Dante , p. 63 ; in op. éd. Zattœ, t. IV, 2. ^Tiraboschi, Stor, t. V, p. 384. — Baldelli, VU. di Boeeacio, p. 235« not — Janott. Manetti, Viiq Dantis^ éd. Mehus. — Gradenigo, L&tt. greco-ital. cap. X.

« Tiraboschi, t. V, p. 426. — Baldelli, p. 136, note 35.

f Baldelli, p. 137, note 36. — ^Voyez sur Barlaam, Peirarcha epist. var, p. 1 102, éd. Basil. — Boecac. Gmeal, Ihorumy lib. XV, o. vi, foL 112, verso, éd. Venet. 1497, fol. — Fabric. BibL gr. t. XI, p. 462-470. éd. Harles. — Mém.mr Pétrarque, 1. 1, p. 406-410. t. II, p. 75-77. ^ BaldelU, Vit, di Boccaeio. p. 250-254.

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envoyé par Nicolas Syoceros^ Boccace*, contemporain et ami de Pétrarque, contribua aussi à perfectionner la langue italienne, et eut de plus le mérite de savoir un peu le grec et de mettre à la portée de ses compatriotes les poèmes d'Homère. n dut ces avantages k un Calabrais, élève de Barlaam, nommé Léon ou Léonce Pilate', qu'il avait reçu chez lui en 1360, et qui le premier y professa le grec ^. Cet homme ramena les lettres grecques en Italie, et fit, à l'instance de Pétrarque et de Boccace', la première traduction latine d'Homère ^, dont on ne

— Grademgo, L^Ur, greeo-ital. p. 130-131.— BaldeUi, K. d, Petr. p. 233.— Sar le fèle de Pétrarqae poar la décoaverte des maniucrits, t. Senil lib. XV, p. 048, éd. Ba«L 1581, et Famil, III, 18, p. 630, cité par Villoison, Notic. des mantwerits^ t. VIII, 2, p. 27-28, not. — Il ayait fait Tenir des livres grecs. (Senti. VI, 1.)—- Sur renthoiisxasme poar les poètes causé par Pétrarqae, t. Baldelii, Vit, di P0tr. p. 146.

1 Petrarch. Vixr, epist.p. 1102.— FamtX IX, p. 2.— Nicolas SygeroePrecorî, eoToyé de Jean Cantacoaèoe à Clément VI et Innocent VI poar obtenir des seooars contre les Turcs, en flattant ce pontife de la réunion de l'Église grecque ; il était encore à ÀTÎgnon en 1353, et U y connut Pétrarque. (Raynald. Annal, SceL)

* Boecace, destiné succesdTement au commerce et à Tétude du droit canonique, fut entraîné dans la carrière des lettres par un goût naturel que firent éclater dÎTerses circonstances, comme la vue du tombeau de Virgile, et la pompe de rezamen de Pétrarque (1341) devant le roi Robert (Boecace, Geneal. Deorum^ XIV, 22); Tamour acheva de décider cette vocation. Gomme Pétrarque, il fit venir des livres de la Grèce : et c'était en en copiant qu'il gagnait de quoi en acheter de nouveaux. (Comiani, / Secol, p. 354. — Manni, Star, di Deeam. p. 82. — Marini, Papyr. Diplomat. p. 382.) Sur les copies de Boecace, v. Mehus, Vit AmbroM. Camald. p. 265. — Manetti, Vit. Boe. — Ciampi, Jtfbniim. di un flM. lit Boee. p. 20 et seq. — Il parait avoir appris ce qu'il savait de grec : lo de son séjour à Naples, où il connut Barlaam qui, de Constantinople , se réfugia dans eette ville en 1341 ; 2<> d'un voyage en Sicile ; 3» des leçons de Léonce Pilate; il s'est servi du peu qu'il en savait pour donner dans ses ouvrages des étymologiea quelquefois absurdes.

s Baldelti, Vit. di Boeeae. p. 254.

* Boecace, Geneal. Deorum^ 1. XV, p. 6.

* Baldelti, Vit. di Boeeae. p. 250-266.

s Dominic. Aretin. apud Mehus, Vit. Awbroi, p. 265. — Mehus, %bid. p. 270 et seq.— Petrarch. SetUl. lib. VI, i, p. 802.— 6ioma{. de' Letterat, d*Ual. 1712, t. XII, p. 340 et seq.— Cafoio^. eod, ms. Bibl. Reg. Parie. P. III, t. iv, p. 400, n«« 7880, 7881 . — Mehus, p. 373. — Petrarch. SeniL 1. XVI, p. 1 . — BaldelU, Vit. di Peir. p. 138, not. ~ Baldelti, Vit. di Boeeae. p. 264.

connaissait avant lui qu'un abrégé qui portait mal k propos le nom de Pindare le Thébain^ Il traduisit encore une partie de Platon^. Les muses grecques avaient tant d'attrait pourBoccace que, malgré l'extérieur farouche, le caractère intraitable et les manières grossières de Léonce, que Pétrarque ' appelle une grande bête sous tous les rapports^ il fit tout ce qu'il put pour retenir cet homme que son esprit inquiet ramena en 1363 k Gonstantinople, et qui, quelque temps après, fut foudroyé sur le vaisseau qui le reconduisait en ItaUe *.

Boccace avoue lui-même qu'il ne savait le grec que très-imparfaitement ; mais, ayant tant fait pour l'étude de cette langue, il se crut permis d'insérer des citations grecques dans ses ouvrages. C'était de son temps une chose inouïe en Italie, et le soin qu'il prend de s'en justifier, l'orgueil qu'il montre en prouvant qu'il a ce droit k juste titre', indiquent assez que, si le

< C'est cet abrégé qui est cité, par ex., dans le catalogue des livres rassemblés par Didier (Victor III), au oniième siècle : Historiam Comelii cum Omero. (Harator. Script. U IV, p. 473.) — Pétrarqae parle, en 1360,d*un exemplaire d'Homère existant à Padoae. (Baldelli, Vit. di Bùccac. p. 257. — F. d, Petrare. p. 137, note 36.) D*an autre côté, on lit dans Pétrarque (Fatnil. X, epist.4) : « Is qui Homems Yulgo dicitur, alterius nescio cujns scbolastici opusculum scias, lioet ab Homerica Iliade sub breriloquio descriptum. > (Epist ad Gerardum fratrem à Mingarello édita ad caloem oonj.deOdis Pindari.) — Sur les anciennes traductions et citations d'Homère, y. Mehus, Vit. Àmbros, Camald. p. 271. Armanino, an quatorzième siècle, auteur d'une chronique, met Homère au rang des sources de son ouvrage. Wolfram d'Eschenbach, au treizième siècle, ^t qu'il lisait Hom^.

Wernsdorf est tenté d'attribuer à Avienns cet abrégé de l'Hiade qui n'a que 1075 vers, et qui parait ne porter le nom de Pindare que depuis le quatorzième siècle. 11 donne ce sommaire dans le tome IV de ses Poetœ Latini mincreSy ainsi que des recherches curieuses sur les antiques traductions latines d'Homère. V. la préfiice de l'édit. de Pindare le Thébain de Van Koten.

• Baldelli, VU. Boecac. p. 263-267.

3 Petrarch. Senil. 1. III, vi, p. 857.

^ Petrarch. Senil. 1. VI, p. 892 «... .Semper certè nunc intelligo. . . . nubes illa mœstique oris obsouritas nnnciabat hoc fulmen. ...» Voyez encore Petrarch. Senil. lib. III, 6, p. 857-858. Lib. V, p. 886.— Boecac. Gen. Deor. Ub. XV, c. VI et VII, p. 1 13. — Hody, de Grœe. Uluttr. I, c. 1 , — Tiraboschi, Stor. U V,

> Boecac. Geneal. Deor. lib. XV, c. vu. Tout ce chapitre d'un livre qu'on ne lit guères est fort curieux. Hody en a rapporté une partie, pag. 3 et 4.

JEAN-MARIUS PHILELFE. 19

commerce et les voyages avaient apporté en Italie quelque connaissance du grec, les gens de lettres n'en avaient encore fait aucun usage. Il est curieux d'observer que les créateurs de la langue italienne arrêtèrent eux-mêmes ses progrès par les efforts qu'ils firent pour accréditer la langue grecque. On sait également que Pétrarque et Boccace * comptaient pour leur gloire plus sur leurs ouvrages latins que sur ceux en langue vulgaire '. Pendant plus d'un siècle, les littératures classiques, les recherches d'érudition furent exclusivement cultivées , et la poésie vulgaire fut pendant tout ce temps négligée et silencieuse '. Les talents et la protection de Laurent de Médicis donnèrent le signal de son réveil*, mais elle ne fut plus originale. L'éclat des lettres grecques et latines, l'admiration toujours croissante qu'elles inspiraient, interrompirent la marche lente de la culture européenne. Au lieu de suivre et de cultiver le génie de l'Occident, on espéra sauter à la perfection en prenant pour modèle les chefs-d'œuvre des Grecs, qui ne les avaient produits qu'en se perfectionnant eux-mêmes et peu h peu ; on s'imposa leurs règles, on adopta leurs systèmes ; le génie européen ne créa plus, il imita, et il suivit les voies d'un autre temps, d'un autre peuple qui avait eu d'autres institutions et un autre climat; on renonça dès lors et pour jamais à avoir une littérature d'accord avec la religion et les mœurs nationales, tandis que précisément chez celle que l'on voulait calquer la poésie était intimement liée k la politique et à la religion ^.

« Petnrch. SenU. lib. V, % — Id./M. lib. XIII, 10.- Id. FamtXHb. VIII.S.- Bettinelli, Riiorg. t. I, p. 142.

« Bettinelli, RUorg. t. II, p. 91. — Schwab, De l'univerê.de la langue fran^ çaise^ p. 81. — Cormani, / Secoli, t. II, p. 26, 227.

s On sait que Bembo exhortait Arioste à composer son poëmc en latin, la langue Tiilgaîre n'étant pas propre à une composition sérieuse.

« Giannon. Utor, di Napoli^ t. III, p. 469. — Tiraboschi, Slor, t. VI, c. il, p. 144-148. — Gibbon, Bist, de la décadence de l'Empire romain^ t. XVII, ch. LXTi, p. 446-449, trad. franc. — Roscoe, Vie de Laurent de I^édicis, chap. v et Yii. — âsmondî, Hist, dee républiques d'Italie^ t. VI, p. 173-175.

» Ch. Villers, Lettrée à M. Milliny Magaz. encycL 1810, t. V, p. 5-15. Le

Guarino de Vérone S vers la fin du quatorzième siècle, fîit le premier Italien qui enseigna la langue grecque '. En étudiant sous Jean de Ravenne, il s'aperçut de la nécessité du grec pour Tintelligence des auteurs latins, et, ne trouvant personne en Italie qui pût lui enseigner cette langue, il prit le parti d'aller l'étudier en Grèce ^. Il passa dans ce but cinq années à Constantinople, suivant les leçons du célèbre Emmanuel Gbrysoloras et de son neven Jean '^ ; il y avait été conduit par Paul

mépris qae témoignaient les savants pour toat ce qui n*était pas grec oa latin est remarqoable, et j*en citerai ici les singaliers regp^ts du comte Loois Nogarola, célèbre Véronais da seizième siècle : « . . . Qaapropter non possam complnres nostrœ œtatis prœstantissimos homines eosdemque Italos non incusare, qai cam grœcam et latinam habeamus linguam, qaœ quidem nostne propriaeqae sont, iis tamen posthabitis, in Etmsco sermone totam œtatem inatiliter contemnt; nec iUis venit in mentem, honc ipsam fuisse tnnc exortnm, cam in Italiam in- AisaperegrinitasLatini sermonis digpitatem et decorem corrapit, depravavitque. In qna qnidem yerbomm coUavie très excellnére nostrates vin, Danthes, Petrarcha et Boccatiot, non mec tamen judicio tam absolati atqne perfecti ut non aliqoid eis yitio verti possit, etc.» (Ludov, Nogarolœ epi$t. super virù Ulustr. génère italit qui grœee scripserunt. Venet. 1558.) Le mérite de ces poètes italiens fat attaqué et défeuda, V. Mehas, Vit. Ambros, p. 176. — Perticari, Apohg. di Dante j c. xxxiv, part. 2«. — Si noas prenons Pétrarque, chez qoi la différence de la création et de l'imitation est fort sensible , noas trouverons qa*il atteignit la perfection de la poésie italienne presque sans modèle. Il s'abstint même de lire le Dante (Famil XII, 13). Lorsqu'au contraire il voulut imiter Virgile et Cicéron, il manqua d'élégance, et ne fit que s'élever un peu au-dessus des autres imitateurs de son siècle.

< Carlo de' Rosmini, Vit. di Guarino Veronete, 3 vol. in-8o, Brescia 1S05.

« Haffei, Vir, Ulutt. p. 69. — Zeno, Ditsert, Voss. 1. 1, p. 21S.

' Guarino s'était fait en Grèce la plus flatteuse réputation (Rosmini, Guar. 1 1, p. 16) ; il professa successivement ensuite à Florence, Venise et Ferrare. Sur son voyage à Constantinople, voyez J. Pannonins, Panegyr, Guarini. — Naudé, Addit.àVkist, de Louis XL— Bayle, Dict. $ Guarin.

^ Giorgi, Osservaz, intomo Em, Grisolora. Caloger. raecoH. d'opuscul. t. XXV.— Giomal. de' Lett. d'Ital, 171i, t. XII, p. 352 et seq.— Rosmini, Vit. Guar. t. III, p. 182 et seq. — Hody, 1, c. il, p. 64. — Sur un manuscrit contenant les Evangiles, et qui était autrefois dans la bibliothèque de Ste-Justine de Padoue, on lisait : « Pertinente a Manuello Grisolora il^quale nel 1395 venue da Costantinopoli a insegnar Greco a Fiorenza. - (Fortun. Federici, Délie Bibl. di S. Giustina di Padova^ P- ^i-) Manuel Chrysoloras vint à Venise en 1393 (Giorgi, t. XXV. deUa raccolta Ca%er.— Rosmini, Fît. di Guarin, 1. 1, p. 43.— Tiraboschi, Star. t. VI, p. 798), et à Florence eu 1396. Martin Grusius (Germano-Grœcia, p. 7)

JEAN-MARIUS PHILELFE. 21

Zani ^ Après son retour en Italie il fut suivi de près par son maître, et l'établissement d'Emmanuel dans ce pays donna aux lettres le mouvement le plus accéléré '. Il était venu plusieurs fois en Italie : son premier voyage avait eu pour but de solliciter des secours contre les Turcs qui attaquaient Constantinople, et il parcourut l'Europe comme envoyé de l'empereur d'Orient '. Il était alors accompagné de Démétrius Cydonius, qui séjourna k Venise et k Milan, et dont les nombreuses traductions contribuèrent k répandre le goût de la langue grecque et lui valurent une grande considération'^. Emmanuel, pendant ce premier voyage, s'attacha quelques écoliers et leur inspira pour la littérature grecque un enthousiasme qui se communiqua si promptement que, quelques années après, un certain nombre des citoyens les plus distingués de Florence se réunirent pour l'engager à revenir de Constantinople dans leur cité, et pour lui offrir un établissement honorable et avantageux '. Vers le même temps, Pallas Strozzi, l'un de ceux qui attirèrent Emmanuel k Florence, fit venir k ses frais un grand nombre de livres grecs * ; il avait l'ambition de former dans sa patrie une

plaee fon établissement en Italie quatre années après la bataille de Nicopolis, où Bajaxet défit les chrétiens (28 septembre 1396). Les auteurs à consulter sur Manuel Chrysoioras sont indiqués dans la Bibl. grecque de Fabric. éd. Harles. t. XI, p. 409 (9).

• Hody, I, II, p. 64.

• Maffei, Venm. Ulutt lib. ni, p. 69-70. — Giùmal. de* Letter. d'ItaL Venez. 1712, t. XII, p. 352 etseq.

» Tiraboicbi, Stor. t. VI.

« Fabric. Bibl, gr. t. XI, p. 398, éd. Harles.— Saxius, Hist, Liter. MedioL p. 423. — Mehus, Vit. Ambros. Camald, p. 356 et seq. — Tiraboschi, Sior. t. V, p. 37b. ^Rosmini, Vit. Guarin. t. III, p. 195-196. — Janot. Manetti, Vit. Boee,

s Fr. Philelfe, Ep, p. 259 verso. — Léon. Aretin. De temp, «uû, p. 920, m Morator. Seriptor. t. XÎX. — Sozomen. Pistor. p. 1168-1 169 in Murator. Seript. t. XVI. — Hanck, De Seript. Byzant. pars I, cap. xxxvii. — Hody, De Grœe. ill. I, II. — Furieti , Prœf. in Barzizior. Oper. p. xv. — Saxius, Hitt. Lit. Mediol. p. 35-36.— Mehus, VU. Ambros. p. 35^-364.— Tiraboschi, Star. t. VI, II, p. 113-118. — Bandini, Specim. Lit. Florent, t. I, p. 63. — La chronologie des voyages d'Emmanuel offre quelques difficultés.

• Fabroni, Vit. Cosmij p. 105, annot.

bibliothèque publique ' ; mais ce noble projet ne fut accompli que par le testament de Niccolô Niccoli '.

Bien différent du sauvage Pilate, Emmanuel par son extérieur, sa politesse, ses étonnants progrès dans les lettres latines, se concilia l'attachement de tous les Italiens, et son arrivée parmi eux fut regardée comme un bienfait de la Providence*. 11 mourut au concile de Constance, en 141 5. Les plus célèbres littérateurs du temps furent ses disciples ; ils avaient pour lui une vive admiration et le regardaient comme leur père "*. Ses leçons furent le germe de cet amour pour les lettres qui produisit tant d'efforts, de recherches et de fruits. La

i Mehiu, Vit. Afnbroi, prœf. p. 19 et p. 360.

s Mehos, Ibid. p. 62 et seq. — Tiraboschi, Stor. t. VI, i, p. 100. — Poggio. Orat. in futur. Nicol p. — Zeno, Dissert. Voss. t. I, p. 34, 35. — BaldelU (Vit. di Boceaeio, p. 211) dit que Boccace légoa sa bibUothèque à son confesseur Martin da Signa, à condition qu'après lui elle passerait au couvent du St-Esprit de Florence, et Baldelli ajoute dans la note que Miccold Niccoli établit à ses frais le local qui renfermait ces livres (Mehus, Prœf. ad Vit, Ambros. p. xxxi et xxxii) qui périrent dans l'incendie de 1471 , raconté par Sdp. Âmmirato. {Ist. part. II, lib. xxiii, c. 108.} Par son testament, &it peu de temps avant sa mort (1437), Niccold Niccoli mit ses livres à la disposition de seize citoyens de Florence, pour en faire une bibliothèque publique. (Mehus, Ibid. p. 62 et seq.) Cosme de Médicis s'engagea à payer les dettes de Niccolô, et les exécuteurs testamentaires de celui-ci consentirent par cet arrangement à ce que ces manuscrits fussent placés dans la bibliothèque que Cosme avait fût construire dans le couvent de St-Maro à Florence , en observant les clauses de publicité prescrites parle testateur. (Id. Ibid. p. 65-66.) — Catalogue et classification "établis par Thomas de Sarzane, depuis Nicolas V. — On lit à ce sujet dans Poggio (Orat. in fumer, NieoL p. 276 oper.) : « . . . Rem sanè statuit tempornm omnium ac ssculorum laudibos celebrandam. Ex libris quos homo nequaquam opulentus et rerum persspè inops, suprà octoginlas eodices summo labore et diligentia comparaverat , decrevit testamento fier! per amicos pubUcam bibliothecam ad utilitatem hominum sempitemam, etc. . . >

s Janott. Manetti apud Mehus, Vit. Ambros, p. 363.

^ Guarin. Veron. Prœf.adRobertum Rossum, antèvers. lat. Plntarc. Vit T.Q. Flaminii ; réimprimée dans la Bibl. Smilh. p. 335 «... Accedit inter nos necessitudo quffidam et propinquitas ex viro antiqua virtute ao disciplina prscstantissimo, et letate nostra clarissimo, Chrysolora, ex cujus opéra et liberalitate manavit quidquid gnecarum hisce temporibus litterarum nostrates hausere. Ille communia utriqne parens, dulcissimusqne pneceptor, arctissimo nos ita quodam cognationis génère conciliavit, sicuti quos uno procreatos genitore, eademqne ortos fàmilia cernimus. »

JEAN-MARTUS PHILELFE. 23

chaire de langue grecque, créée k Florence pour Léonce Pilale, et occupée successivement par Ënunanuel Chrysoloras, Jean Âi^ropule, Théodore Gaza etDémétrius Ghalcondylas, fîit le point central d'où la connaissance des lettres grecques se répandit dans le reste de l'Europe ^ Les littérateurs qui étudiaient à Florence, sous Emmanuel, recevaient en même temps les leçons de Jean de Ravenne*, disciple de Pétrarque et l'un des restaurateurs de la littérature latine. Tout s'animait, tout prenait une nouvelle vie, toutes les routes de l'instruction étaient successivement découvertes. Tandis que, à l'exemple de Pétrarque ", le célèbre Poggio Bracciolini *, Nicolas de Tré- ▼ise ' et quelques autres littérateurs cherchaient et recueillaient les manuscrits enfouis dans les monastères de l'Occident^, d'antres Italiens parcouraient la Grèce et l'Orient et en rapportaient des trésors^ que l'invention de l'Allemand Guttenberg

* Pontan. apud Tiraboschi, t. VI, i, p. 108. — Roscoë, Vie de Laurent de Médias^ chap. vil, p. 95 et seq.

s Voyex sur cet homme singutier JHém, sur Pétrarque^ t. III, p. 700-709. — TinboBclii, Stor, t. V, p. 510-517. — Raph. Volaterran. Comment, lib. XXI, p. 345, edit Basil. 1544 fi>]o. c . . .Jfoannes Ravennas qui Venetiis prœcepit, prirnos omniam qui ea tempestate, poBt longa tempora, ladum in Italia aperuit: mdè, tanqnam ex eqno Trojano, viri pnestantes plurimi prodierant, qui postes jeholîsac litteris omnia referaenmt. Hos ita jam latinis légitime litteris imbatos, Emmanuel Chrysoloras schola excepit, qui prœceptor grœcœ disciplinée , Byaantiiis génère, sub Bonifacio IX in Italiam venerat, primîunque Venetiis, deindè Florentîœ docuit. »

s Tîraboschi, Stor. t V, p. 78-82.— Baldelli, V. d.Petrarea, p. 340.-^ Sicco Polenton. apud Mehus, Praf, ad Vit. Amhros, p. cxxxix.

^ Léonard Brani écriyait an Pogge sur ses découvertes «... Erit profecto haic tua gloria ut amissa jam ac perdita excellentinm virorum scripta tno labore ac dUigentîa ssculo nostro restituas.- (Léon. Arretin. Epiât. IV, 5, p. m, éd. Mehus.)

> Rosmini, Vit. Guarin. t. I,p. 67.

• Furieti, Prœfat. in Gaspar. baranz. Oper. p. 18-19. — Mehus, Vit. Ambros, p. 38 et seq. — • Quirini, Diatrib. ad Epitt. Fr. Barbar. cap. I. — Zeno» Diu. Voit. 1. 1, p. 44 et seq. — Ambros. Camald. Epist. XXIV, 9, p. 98i, éd. Mehos.

"* Fr. Philelf. Epist. p. 359 verso : «... Ut cnm nonnulli postea juvenes me- Uoris disdplinœ et eloqnentiœ cupidi in Gnnciam trajecissent, omnem indè ad nostros eruditionis elegantiam reportarint.» — Sur les livres rapportés par Guarino de Vérone, voyez Maffei, Veran. illtut.

allait bienlôt rendre communs k l'Europe entière. D'autres commençaient à copier et à expliquer les inscriptions et les monuments antiques; les femmes même cultivaient les lettres grecques et latines, et la découverte de chaque manuscrit produisait une vive sensation chez les savants et chez les princes. La décadence de l'empire d'Orient amenait chaque jour les littérateurs de la Grèce en Italie, et ils s'y réfugièrent en grand nombre après la prise de Constantinople par les Turcs V C'est ainsi que, dans ce siècle mémorable, le mouvement rapide des esprits, l'amour et l'enthousiasme des connaissances, la protection des princes, l'invention d'un nouvel art et la destruction d'un grand empire, se réunirent pour favoriser l'Italie et répandre par elle les lettres en Europe. Le quinzième siècle n'est pas le siècle du goût, mais celui de l'enthousiasme; il n'est pas le siècle des succès, mais il est celui du travail qui les prépare. Il vit de grands efforts et de grands changements dans l'esprit des hommes. Non-seulement les sciences, les lettres et les arts prirent un aspect nouveau, et de nouveaux moyens par la découverte de l'imprimerie et de la gravure, mais le monde lui-même changea de forme et d'étendue par celle de l'Amérique. Yasoo de Gama, en doublant le cap des Tempêtes, fit varier le commerce et les moyens d'acquérir lesrichesses. Enfin, les relations des peuples avec leurs princes et des nations entre elles Airent entièrement modifiées par la politique de Louis XI et de Laurent de Médicis, et par l'établissement de l'équilibre des puissances. Ces derniers changements se firent aux dépens de la liberté de l'Europe, et les peuples aveuglés crurent que les lettres, les arts et quelques jouissances sensuelles les dédommageraient suffi&mment de la perte du premier des biens.

* Déjà aux septième et huitième siècles, Vinyasion des Mahométans avait jeté sur l'Europe un grand nombre de Grecs orientaux. Ils y avaient apporté beaucoup de livres, ainsi que le goût des lettres. L'Angleterre et la France avaient reçu plusieurs de ces savants fugitift. (Matter, Histoire de l'Eglise chréi. t. II, p. 247.)

J9AN-MARIUS PHILELFE. 25

J'ai cru pouvoir tracer cette esquisse du retour des lettres grecques en Italie, parce que François Philelfe, père de Marins, et le plus célèbre littérateur de son siècle, fut, après la mort d'Emmanuel Ghrysoloras, un de leurs principaux soutiens ^ qu'il rapporta de Constantinople un grand nombre de manuscrits et qu'il prit un constant intérêt au sort des nobles et savants Grecs fugitifs '.

La famille de François Philelfe était de Tolentino, ville de la Marche d'Âncône^. Il y naquit le 25 juillet 1 398 * de parents peu connus et de commune extraction. On aurait quelques détails sur sa famille, si l'on pouvait ajouter foi k ce qu'en dit le Pogge dans les invectives qu'il écrivit pour venger Niccolô Niccoli des satires de François Philelfe. Mais les littérateurs de ce temps ne se piquaient pas de véracité dans leurs querelles: ils inventaient des faits, cherchaient k couvrir de ridicule leurs antagonistes^, et l'on doit croire que le public était averti d'avance du peu de vérité de leurs assertions, puisque les accusations atroces qu'ils lançaient dans leurs diatribes paraissent n'avoir fait aucun tort à ceux qui en étaient les objets. On trouve même des écrivains tels que Louis Pulci et Matteo Franco , qui dans leurs productions se disaient réciproquement les plus grandes injures sans cesser d'être unis par l'amitié. Ils n'étaient ennemis qu'en

* Hier. Sqoarciafic. Epist. ad Franc. Léon, ante vers. lat. Diodor. Sic. edit.

Venet. 1 4St , et in Bibl. Smith, p. 215 : « Fr. Philelphi qui atriusque lingoœ

et splendor et decns extitit. ••

s Voyei des extraits des lettres de Fr. Philelfe dans Crusius, Turco-Grœc. p. 55 56.

* Fr. Philelf. EpUt. p. 256 verso. — Philipp. Bergom. SuppL Ckronic. ixnn. i39S. — Gabr. Gaver. Fontana apud Sax. HUt. Lit, Mediol. — André Theret s*est étrangement trompé sur la patrie de Philelfe : il dit qu*il était de ToUde en Espaigne. (A. Thevet, Portraits et vies des hommes illustres^ Paris 1584, in-fol. ^ 07 verso.) — Fossi [Cotai. Bibl Magliabeech. t. II, p. 331) dit : • Francisons Philelphus ex familia Buçellia Florentina oriundus, Tolentini in laoem editus, etc. . . . •

* Fr. Philelf. Epist. p. 81 verso, 252 recto.— Lancelot, Acad. des Inser. t. X, p. 691, 4^.

« Comparez Ciccron, De finibuSy l. II, c. 25.

vers S et il semble que, dans cet âge, la calomnie était au rang des jeux de Tesprit. LePogge, en particulier, est trop connu par sa médisance ', pour que l'expression de sa colère ait une autorité historique. Cependant, en rejetant les injures, on peut trouver dans ses trois invectives contre François Philelfe quelques faits qu'il ne peut, ce semble, avoir imaginés. On y voit que le père de François Philelfe s'appelait Gicco, et l'on peut croire qu'il cultivait de ses mains quelques possessions près de Tolentino. Sa mère était de Rimini, où, selon le Pogge, elle exerçait un métier peu honorable '. Un prêtre des environs prit soin de la première éducation de Philelfe, et le Pogge n'a pas manqué d'affirmer que ce prêtre était le véritable père du jeune François ", qui, ayant sans doute montré des dispositions

« Quadrio, t. II, p. 566. — Roscoë, Vie de Laurent de Médicin^ t. I, p. 293-

« Tiraboschi, Stor. t. VI, ii, p. 41-42. - Sur les qaerelles de Poggio, voyex Recanati m Hurator. Script.

» Poggio, Invect. I« m Fr. Philelf. {Oper. p. 62 verso, edit. 151.3) : t . i .Veram neqnaqnam miriim videri débet, cum cujas mater ArimiDi dadùm in purgandis Tentribas, et intestînis sorde diluendis qasestam fecerit, matemœ artis fœtorem redolere ; hssit naribos filii sagacis matemi exercitii attrectata patredo et oontiDoi stercorta fœtens halîtas. . . • — Comel. Tollii Append. ad libram P. Valerianî, De litterat. infelie. p. 3, Helmstadt 1644 : «Fr. Philelfbs... cimi pater înops, qaiqae ex diamo labore in diem viveret, mater eut ad quœstam nihil nisi femor superesset. ...» Cornélius ToUios ne vécut que vers le milieu du dix-septième siècle ; il copie le Pogge en cet endroit : Pogg. Invect. 3* in Philelf. p. 66 verso, • ... qui geuus tuum quod sordidum , vile, abjectum putaras, ntpote ex pâtre Cyecho, viro stolido ac stupido qui manibus propter opus rusticanum ad fricandoa

equos tergendosque pro strigili uti potuisset, in lucem extuli Voyez la note

suivante.

* Pogg. Invect. 3«, p. 66 : > . . . . Ortus enim ex presbytero rusticauo oppido Tollentino et matre adeô religiosa ut se corpusque devoverit sacerdoti, Deorum génère superbis. Romulus quondam ex Rhea virgine vestali, Martisque sacerdote natus, cum a Diis genus traheret urbem condidit Romanam, capnt orbis futuram. Tu non ex Martis sed ex Veneris ministra et matre, non Vestali sed Florali , ad tni nominis parentumque memoriam, non urbem in Latio, sed in oris spurcicia sterquilinium condidisti . . . Quid enim illa (mater) faceret confecta inopla, mendidtate coacta, cui nil ad quœstum prseter fémur superesset, Cyecho viro patri (id enim ei nomen Aiit) vel cœco potiùs ? qui uxoris tamdiù vitia ignorans ex diumo labore ae sndore in diem viveret, omnia prœter egestatem deessent, qui nedum uxori, sed ne sibi quidem vitam pnebere posset. . . •• — Id. ibtd. p. 67: t . . . Edueavit te

JEAN-MAlilUS PUILELFE. 27

pour l'étude, fîit successivement envoyé aux écoles de Fano, Venise et Padoue. Dans cette dernière ville, il fut disciple de Gasparino de Barzizia% qui y professa avec un grand éclat depuis Tan 1407 k l'an 1417, et qui parait avoir été, pendant le reste de sa vie, lié d'amitié et de correspondance avec François Pbilelfe '. Selon le Pogge, les mœurs dépravées de Philelfe le firent chasser ignominieusement de ces différentes villes ; il retourna k Venise, mais sa mauvaise réputation l'y suivit et le contraignit k passer en Grèce '. François Philelfe nie les accusations du Pogge *, et le cardinal de Pavie lui rend le témoignage d'avoir très-bien réfuté les contes de son ennemi \ On doit d'autant plus se défier des assertions de ce Florentin, qu'il est certain que François Philelfe fut en grande considération k Venise, où il fut appelé pour professer la philosophie et l'éloquence'. Peu après il fut nommé chancelier de l'ambassadeur

laoerdos pro sao (nam Cyecho parva ad id cura, ob inopiam, erat) usqae ad annnm decimam , scitalum specîosamque puerum. Dehinc facis te ad litteras, in

qoibiis tantùm emineres nt omnes saperiores stalticia ezcelleres, etc. etc

Vid. et Poggii Facetta in oper. p. 470, Basile» 1538, in-fol.

* Gasparino moarut à Milan en 143! ; une partie de ses œuvres a été publiée par le cardinal Furieti (Romœ 1723, 4o) qui a écrit sa yie; le reste est encore en mannscrit. Voyez Fabric. BibL infim. lot, t. III, p. 22, éd. Mansi. — Argeloti, BibL Seript, Mediolan, t. IV, p. 2061 . — Mazzuchelli, Scrit liai t. Il, i, p. 488 et seq. ~ Tiraboschi, Stor. t. VI, c. ii, p. 278 et suiv. — Gasparino fut, après Pétrarque, l'homme qui contribua le plus au rétablissement des lettres latines et un des fondateurs de la critique corrective ; il l'exerça beaucoup sur les Œuvres de Cicéron. — Triihême, De Seript. Eccles, n^ 744 : « Latini sermonis elegantiam semimortnam ab inferis ressuscitavit.» — Voyez les Tettimania rassemblés par Furieti à la tête de son édition.

* Fr. Philelf Epist. p. 5 verso.

' Poggio, Invect. 3* in Philelf p. 63 recto.

« Dans sa lettre i Leodryse Crivelli (Fr. Philelf. Epist. p. 182 verso) il rend à celm-cî les injures qu'il avait reçues du Pogge.

' Jacob. Cardin. Pap. Epitt, p. 468 : t Inventiones omnes Poggii tni, quas disertisnmè refutasti, etc. »

* Ce fiit Fr. Barbaro qui fit recevoir Fr. Philelfe citoyen de Venise et ensuite secrétaire du Baile. (Fr. Philelf. Satyr. Dec. IX, sat. 4. — Quirini, DicU.ad Barb. eptJl. p. XXX.) — Ce Alt ce dernier, et non l'empereur, qui lui confia une mission pour Amnrat. Voy. Rosmini, t. I, p. 12.

de cette république à Constantinople, où il arriva en 1420, et où l'empereur Jean Paléologue le distingua ; le Baile de Venise l'envoya en mission auprès d'Amurat II; plus tard il se rendit également en Allemagne ^

François Philelfe étudia k Constantinople sous Jean QirysoloraSf neveu* et héritier d'Emmanuel. JeanChrysolorasjouis-

> Jacob. Cardin. Pap. EpUt. XX, fol. 141 . — Lancelot, Acad, de» inscr, t. X, p. 693-694. — SaxÎQS, Hist. Liter. JHediol. p. 226. — Tiraboachi, Stor. t. VI, II, p. 283-284. — Labbe, Concil. t. XIÏ, col. i05, éd. Venet. 1731. — Zeno, Dissert. I, p. 279.

s Goarin. Veron. apud Hody, 1, c. il, p. 64 : • Utrique refereoda Chrysolonc, yirîs œtatia nostrsB clarissimis, avunculo scilicet et nepoti.» — Id. ibid» p. 49 (qui devrait être chiffrée 65) : • Johannes quoque Chrysoloraa. . . et yerèpatruo Manuele dignissimus. > — Mar. Philelf. Amyris^ lib. II, y. 630 (ms. de la bibl. de Genève) : •• Johannes Cui Manael patraus. • — Il ne faut pas confondre ce Jean Chrysoloras avec un sectateur de Barlaam qui portait le même nom, mais qui était plus ancien et qui avait disputé contre Grégoire Palaraas au temps de Fempereur Andronic Paléologue. (Phranz. I, 12. — Hanck, De Script. Byzant, p. 628.) — Pontanus ( not. (uf Phranz. Chronic, p. 243) a mal à propos confondu Emmanuel avec cet ancien Jean Chrysoloras, qui fut peut-être le père d'Emmanuel ou du second Jean Chrysoloras. (Vid. Hody, p. 21, 50. — Bulœus, Hist. Univ. Paris. V, p. 873.]— ^ueas Sylvius (Epist. lib. 1, 105, p. 600. éd. Basil. 1571) donne par erreur le nom de Jean à Emmanuel Chrysoloras. Plusieurs auteurs ont confondu l'oncle et le neveu et ont dit que François Philelfe était gendre d'Emmanuel. (Trithem. — P. Jovius. — Ger. Voss. de Hist. Gr. p. 492. — Foppius, Miscell, Lips. t. V, p. 325.'— Niceron, Mém, t. VI, p. 73. — Pope Blount, Censur. p. 471. — Paul Freher, Theat. Vir. Doct. p. 1429. — Baillet, Jugem. des Sav. t. IV, p. 298, 4°. — Corn. Tollius, Append. ad P. Valerian. De infel. liter. lib. p. 3. — Crescembeni, Délia vulgar. Pœs. t. III, p. 268. — La Sema Santander, Dict. bibliogr. t III, p. 163.) — D'autres ont écrit, sans plus de raison, que Jean Chrysoloras était le fils d'Emmanuel. (Lancelot, Acad. des Inscr. t. X, p. 742. — La Monnoye, Not. sur Baillet^ t. IV, p. 298, 4°. — Furieti, Prœfat. in Barzizior. oper. p. XYI. — Tîraboschi, Stor. t. VI, n, p. 118, 257. — Gibbon, Hist. de la décad. t. XVII, c. Lxxvi,p. 408, trad. ft-anç.) — Je suis bien étonné que Rosmini (Vit.di F. Filelf. I, p. 11) dise que Jean Chrysoloras était frère d'Emmanuel ; Rosmini lui-même ledit son neveu dans la Vit. di Guarini^ 1. 1, p. 165. Bœmer, De doct. hominibtis Grœcfs etc. 1750, p. 18-19, a fort bien expliqué que Fr. Philelfe était le gendre de Jean Chrysoloras et non pas d'Emmanuel. V. aussi Crusius, Germ. Grœc. p. 7, 234.

Bibtioteea ms. Farsetti, part. 2«, p. 30-31. ■ Isocratis libellus, qui Panegyris dicitur, script us ad Demonicum... traductus Byzantii. » « E preceduta la versione da una lettera a certo Floro Valiero, cui la dirige un Italiano, il quale passato a Constantinopoli, ivi studiava il greco sotto Manuello e Giovanni Grisolora, e con

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sait d'une grande réputation * et avait autrefois professé en Italie où les succès de son oncle Emmanuel l'avaient attiré '.

Ces Chrysoloras prétendaient descendre d'une des familles romaines qui s'établirent avec Constantin dans la nouvelle Rome; ils unissaient à la noblesse une grande érudition, et François Phiielfe reconnaît en plusieurs endroits de ses lettres les obligations qu'il eut à Jean Chrysoloras, dont il fut le disciple à Constantinople^.

Jean Chrysoloras avait épousé Manfredina , née à Pise , de l'illustre famille de Auria ou Doria \ Elle avait pour aïeul Hi-

qnetta traduzione dà il primo saggio de' suoi studi : - Mearam igitur lucubrationam primitias habe, in quibus si qua latine prolata tuo gostu ciboque digna fherint, laudandos ipsos crede Chrysoloras, florentissima Grœcte nostrœ ornamenta Iltteratnne , hinc scilicet patraum, illinc nepotem , a quibus nullum est virtutis genos aliennm, penitnsque ubique déesse putato, quod illis non insit; quorum in me meUita fiicnndia velut ex celesti rore in arentes herbulas, a cœlo ipso emanare pnta, si quid in me frugi clarumque conspexeris. - Questo nostro Italiano non è altre, chè GtMrino VeronesBj il qnale intomo al 1399 portatosi a Constantinopoli , ri studio sotto i Grisolora, siccome dice in più luoghi délie sue opère e segnatamente in una lettera a Lionello d'Esté, che trovasi ms" nella libreria délia Salute, dove serive cosi : « Cum juvenilibus annis sub Manuele Chrysolora illustri philosopho et ejus nepote Johanne, prœceptoribus amantissimis, Constantinopolim inoolerem, et post prima deposita rndimenta, pleniore gradu diseendo pergerem, etc. •

* Fr. Philelf. Epist. p. 1 verso : « Quem non Latini minîis admirantnr quam Grsci. •

• Ând. Jolian. OrcU, de mort. Mon. ChrytoUtr. apud Hody, p. 39 : « Et in primis mors carissimi necessarii tui vin ornatissimi atque illa tua nobilissima familia dignisrimi Johannis Chrysolorœ laerymse movent.... Hic est qui generis tui dignitatem, studia, honores, cœteraqae patricise fiimiliœ tuœ ornamenta lacerata penèqne eziincta, non modo dara sobole, sed optimarum artium disciplina, quas abe te olim didicerat, fkvente Deo, refeciet. Sed omittamus nunc de Johanne dicere, cajns humanitas, scientia incredibilis, virtus ac sapientia, alios sibi locos ▼indicare potuerant. » — V. la note 2, p. 28. •— Rosmini , VU. GtKxr. t II, p. 165-166. -— Hody, De vir, ill. Grœe. t. 1, c. ii, p. 63 et seq — Léonard Bruni {Epist. III, 14) dans nne lettre à Niccolô Niccoli, parle aussi de Jean Chrysoloras : « Johannes Gnecus Miles Bononiam venit ad xi kal. Martias : secum habet Demetriam non Poliorcetum et Guarinum Veronensem. » (Cité par Tiraboschi, Slor. t. VI, II, p. 236.)

s Voyex Fr. Philelf. Epist. p. 261.

« V. la note 3 de la page suivante.

laire de Àuria, noble Génois, qui avait épousé Zampia, iille naturelle de l'empereur Jean Paléologue *. Une fille sortie de ce mariage, qui par conséquent était la tante de Manfredina, et qu'on avait surnommée la Dame de l'Orient, avait épousé, par ordre de l'empereur, Mustapha, fils véritable ou supposé de Bajazet Uderim'. François Philelfe épousa à Gonstantinople une fille de Jean Chrysoloras et de Manfiredina Doria ; elle était très-jeune et se nommait Théodora '. Philelfe et son fils Marins se sont vantés d'une si illustre alliance \ Le Pogge, dans ses

* Adam de Montalto, De laud. Aur, famil. apud Murator. Script, t. XXI, p. 1178. — Hist. politic. aptid Crusii Turco^Grœc. p. 2. — Du Gange , Famil. Byzant. p. 245. — Fr. Barbaro (De re uxoria^ lib. I, c. viii, p. 91, edit. 1639) parle de la magnificence avec laquelle Emmanuel Chrysoloras fit célébrer les noces de son neveu Jean. (Quirini, Diatrib. ad Barb. epist. p. cxlviii.)

* Plusieurs auteurs ont dit à tort que Théodora était fille de Manuel Chrysoloras. (Rosmioi, t. Il, p. 9, not.)

' iliêt. politic. apud Crusii Turco-Grœc. p. 2. — Du Cange, Famil. Byzant. p. 245.

Il y eut deux Mustapha que les Grecs opposèrent l'un après l'autre à Amurat II : lo Mustapha, fils de Bajazet-Ilderim. Suivant les historiens turcs, il périt en 1402 à la bataille contre Tamerlan; mais les Grecs soutiennent qu'il n'était pas à cette bataille (Ducas, c. xvi, p. 38) : ils le secoururent contre son neveu Amarat II, qui le fit pendre en 1424. (Chalcocond. V, p. 117-121. — Ducas, c. xxii à XXVII, et Buliald. Not. ad Duc. p. 230. — Phranz. I, 32. — Leunclav. Ann. Turcor. p. 325.) — 2° Mustapha, fils de Mahomet l«r et frère d' Amurat II. C'était un enfant que Jean Paléologue voulut opposer, en 1423, à Amurat, mais celui-ci le prit dans Nicée et le fit étrangler en 1424. — Phranza l'appelle Mustaphopolus. ( Ducas, c. XXVIII. — Chalcocond. V, p. 124-125. — Leunchiv. Ann. Turc. p. 325. — Phranz. I, 40.) — Ainsi Amurat, dans la même année, fit périr son oncle et son frère. C'est le premier de ces deux Mustapha qui épousa la fille de Zampia, et non pas le dernier, quoi qu'en dise V Histoire politiqtie publiée par Crusios.

* Fr. Philelf. Epist . p. 1 verso : « Sed de uxore quod perurbanè jocaris mecum, duxi sanè uxorem illius Chrysolorœ filiam, quem non Latini minus admirantur quam Grseci : accedit ad generis vel bonitatem vel claritudinem quod nata est mea uxor, ea matre quœ et Auria ipsa sit, et muUerum omnium pudicissima atque optima. >

Fr. Philelf. Hecatost. Dec. VI, sat. 3:

« Chrysolora quis usquam,

Quaque oritur Titan, et qua petit arduns imos Antipodas, prœclara domus te uesciat? alto Sanguine Romulidum quœ nobilioribus ortum Deduceus titulis, prîscisque ornata triumphis.

JEAN-MARltS PUILELFE. 31

écrits contre François Philelfe , a prétendu que celte union avait été forcée et que Philelfe, accueilli avec bonté par Jean Chrysoloras avait séduit sa fille ^ Philelfe assure, au contraire,

Rege novs Roms gaudebas fausta propinquo. Hoc, Theodora, gênas genitor tibi casta superbum Tradidit, at geuitriz claris majoribus orta Non minus auget avos ; quos proies Aoria magnis Insiguita vins, Italœ fax nltima Pisœ, Horrisoni domitriz pelagi, decorata triomphis Millibns, et totam latè celebrata per orbem Progenuit. Nec avara mihi concederis uxor : Sed grandes dotes, et grandia munera portans. Te mihi ad obseqnium pnestabas lœtior omne.

Id. Ueeal. Dec. IX, sat. 8.

• Nata ftiit Theodora viro (J. Chrysoloras) qua pulchrior urbem

Nec Byzantiacam, nec quidquid Thracia cingit,

UJla pnellari tendat décorasse pudore.

Hanc mihi connubio, vinclisque jugalibus unam

Dum vîr magnos avet conjungere, plarimadulci

Ore movens, qnœcumqne refert Âurelins , et quœ

GraMÛa docta probat, solidis sîbi vinzit elenchis.*

lUr. Philelf. Amyrid. lib. Il, y. 647 (M$. de la bibL de Genève) :

* Nam mihi qaondam

Urbs nativa fuit nova Roma et Chrysolorina Progenies, matris domns antiquissima dans, Cui Chrysolora fait pater alta ez stirpe Johannes, Oui Manael patrnas, Genaœ materna vetastœ Auria celsa domus, prœclaras Hilarius illi Factas avos, cujas Grsecis venerabile nomen. »

* Poggii m Fr. Philelf invect. h, p. 63 recto, oper. éd. 1513 : • . . . ConstantinopoUm tanqoam in asylum, egenos atque înops, confagisti. Callidè id qaidem et astntè at ad ea loca adirés ad quœ citins auctor quam &ma scelerum perveniret. Ibi in Jobannis Chrysolor» doctissimi atque însignis Equitis fiimiliaritatem, diseendlcnpiditatem pr» te ferens, insinuasti, qui, tua verbositate motus, simul mendacitate commotus (nihil enim eo prœter lingnam inanem et cntem aridam depoitaras) te domi suœ recepit, iguarus fbtari : hospitem enim padicom , non Paridem adalteram se receptoram putabat. At tu cam regiones, non mores, immotasses, ne quia locas esset vacnos sceleribus tais, ejus virginem filiam stapraati, tais pollieitationibos et blanditiis deceptam. Cum te ille miser qui serpentem domi natrierat, moschum filiœ deprehendisset, de te interficiendo consilium cepit,cam ta anixigisses supplicii meta. Sed qaid ageret vir licet prudens? Inops oonsilii erat, scelos detectum, virgo compressa, dos amissa virginitatis ; interoedont Italici mercatores, consulimt ut eam despondeat , hoc mazimè pacto obombrari pa tantes turpitudinem susceptam. Itaque Chrysoloras mœrore con-

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