‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 3)Chapitre 48 sur 93 · D ALEXANDRE LE GRAND · texte numérisé non relu

D ALEXANDRE LE GRAND

Dftïiâ le aiC'cle dernîi^r, un savatit * eraploya ^a vie presque entière à rtfcbereïnfi* et à compalsf^r tontes leR ancientit'S hîstoireîi d'Alexandre. Peut-être Lui aurait -iJ fflUii plus de pt'ine et pîim de temps eiîcort? pour Sïgntiler tous If s roniaiicivr?; qixu dans le moyen ngt% ont raconté» soit en vét^j soit en profila, l*^fi merTeillensi^s aventures du héros cnacHédoriien.

AM.iL'tlY-lJLVAL, iiiilfitrc lUtératrp de la France, XI 51, p. 673.

Une partie de ces Recherches a paru dans la Bibliothèque Universelle de Genève. (1818, Mars, Littératurey page 2^ et suiv.) Le suffrage d'un savant de la plus haute distinction * a engagé Fauteur à leur donner plus d'étendue et la forme sous laquelle il les présente maintenant.

• Letroane : Voycx /©urna/ de* Savante, 1818, —Éd.

La rédaction de ces RechercheSy comme la date l'indique, fut terminée par M. Favre-Bertrand entre 1829 et 1830. Depuis lors M. Favre-Bertrand recueillit dans ses vastes lectures de nouveaux matériaux, consistant surtout en un grand nombre de notes, toutes écrites séparément sur des feuilles volantes. Mous avons essayé de les rapporter, autant que nous l'avons pu, aux passages qu'elles étaient destinées soit à éclaircir, soit à compléter. Si nous mentionnons ici ce fait, c'est d'abord parce que nous croyons devoir prendre la responsabilité d'erreurs que l'auteur n'aurait pas pu commettre : nous tenons ensuite h ce que le lecteur s'explique , comment il se fait qu'un travail achevé vers 1830, porte cependant, à peu près à chaque page, des preuves de recherches postérieures à cette date. Du reste, nous devons faire remarquer que M. Favre-Bertrand n'a presque jamais modifié le texte de ses Recherches, lors même qu'il ne s'accordait pas complètement avec les additions qu'il recueillait ; néanmoins, comme nous l'avons expliqué dans notre Introduction, nous nous sommes abstenu de toute espèce de remaniement. — Ed,

HISTOffiE FABULEUSE

DILEXANDRE LE GRAND

Les traditions fabuleuses sur Alexandre le Grand ont été extrêmement répandues tant en Orient qu'en Occident. Le sujet était trop beau pour que les romanciers ne s'en emparassent pas ; elles servent de base à un grand nombre d'écrits, et les auteurs, les rédacteurs, les copistes, les traducteurs les ont souvent modifiées dans la vue de les embellir, de les amplifier ou de les abréger. Mon but est de donner une idée de l'étendue et de la célébrité de ces traditions, et, pour l'atteindre, je les suivrai chez les différents peuples et dans différents âges.

L'expédition d'Alexandre fit vraisemblablement connaître aux Grecs des écrits que l'on peut assimiler k ceux qui, seize

6 LES PBBSANS.

siècles plus tard, eurent tant de succès en Europe sous le nom de Romans de Chevalerie S Ils semblent tirer leur origine de la Perse, peut-être de l'Inde, et les hauts faits des guerriers de l'Iran et du Touran sont les premiers sujets de ces compositions dans lesquelles l'héroïsme militaire est allié aux aventures surnaturelles et aux prestiges du merveilleux *. Dès les temps les plus anciens, les rois de Perse faisaient écrire l'histoire de leur règne ', et l'on sait que plus tard les traditions historiques et romanesques de cet empire, écrites dans la langue pehlvi ou langue des Héros'^^ furent réunies en corps d'histoire par ordre de Yezdejerd, dernier roi desSassanides'. Malgré les efforts des Arabes pour détruire les écrits des Persans, comme ils avaient détruit leur empire ^, il en échappa à leur intolérance un nombre assez grand, pour que, sous les kalifes abassides, on pût traduire du pehlvi en arabe, les principales parties de l'ancienne histoire des Perses', Firdousi (X® siècle) trouva dans

1 V. le roman arabe d'Antar : Les aœntures de Roustan et de Kai-Kaous dans le Schah-nameh. {RewAS des Deux Mondes^ 15 juin 1846.)

* Non-seulement les aventures des héros de Tlran ressemblent à celles qae racontent les romans de chevalerie, mais on y trouve des détails exactement semblables. Ainsi les armures des guerriers perses et celles de leurs chevaux sont les mêmes que celles de nos chevaliers occidentaux dans les écrits de nos romanciers. V. les passages sur les Equi cataphracti et clibanarit, que le président Brisson a réunis dans son livre de Regio Persarum principatu, lib. III, S§ 33-33, pp. 671-680. Argentor. 1710; 8».

» Esdras, I, 4, 15. — Esther, VI, 1 et X, 2, cum comment. Jo. Clerici. — Ctesias apud Diodor, II, 32 cum not. Wesseling. — Bœhr, Proleg, ad Ctes. p. 17. 19.

* Le pehlvi parait avoir été la langue des Parthes. (Quatremère, Journal des Savants, 1840, p. 343 et suiv.)

B S. de Sacy dans le Magaz, Encijcl. 1813, tome IV, p. 440.

8 Malcolm, Hist. de Perse, t. I, p. 295, traduction franc. — De Sacy, Not, sur Abdalatif, p. 241, 243,528, 570. — Abel Rémusat, Mélang. asiat. t. I, p. 297, 298.

7 Sainte-Croix, ^j;am. des Hist. d'Alex, p. 180. — M. d'Ohsson, Tabl. kist, de l'Orienty t. I, p. 2. — Vers le milieu du huitième siècle de l'ère chrétienne, Abd- Allah, fils d'Almokaffa, traduisit du pehlvi en arabe les principales parties» peut-être même le corps entier de l'ancienne histoire des Perses. (De Sacy, Mém. sur Calila et Dimna, p. 13.)

ces monuments originaux^ dans leurs versions arabes*, comme aussi dans les traditions populaires, les matériaux du fameux poème qui porte le titre de Schah-nameh ' et qui renferme l'histoire des rois d'Iran, sous la forme d'une longue suite de romans de chevalerie. La Vie d'Alexandre fait partie non-seulement du Schah-nameh et de plusieurs histoires générales écrites en persan, en prose et en vers * ; mais il y a encore

^ Malcolm, Hist, I,p. 137, not.— Mais Topinioade Malcolm est combattue en ces termes par M. Jules Mohl, Livre des EoiSy préface, p. XLViu : • Les lacunes que l'on trouve dans le récit ne sont pas moins significatives. Firdousi parait n'avoir pas trouvé de matériaux persans pour le règne d'Alexandre le Grand.... mais, au lieu de se livrer à son imagination dans un sujet qui y prêtait beaucoup, il aime mieux emprunter les contes dont les soldats grecs, à leur retour en Grèce» avaient rempli T Occident. Ces contes avaient été recueillis en plusieurs collections, dont quelques-unes existent encore en grec et en latin et dont une avait été traduite du grec en arabe *. C'est à l'aide de cette dernière que Firdousi a rempli la lacune qu'il avait trouvée dans les traditions de son pays, en y adaptant le conte persan qui fiiit d*Alexaudre un chef de race persane, fils de Darab, roi de Perse et d'une fille de Philippe de Macédoine, de même que les rédactions alexandrines des fables grecques relatives à Alexandre lui donnaient pour père r Égyptien Nectanebo. »

* De Sacy, Mém, sur CalU. et Dimn. p. 13.

» Malcolm, I, p. i97-302. /. des Sav. 1833, p. 45-47. ^ Voici quelques indications d'auteurs persans qui, dans des ouvrages généraux, ont traité Thistoire d'Alexandre :

Abdalrahman-Ben-Achmed Giami, dans son Beharistan (Printemps). Ahmed-Ben-Mohammed Abdalgafar al Cazvini, dans le Nighiaristan. Alfardansi, auteur d'une Histoire des rois de Perse en 12000 vers. (CaL de

la Bihl du roi, t. I, p. 165, no 625.) Nikbi, fils de Massoud, auteur d'une histoire générale dont la première partie s'étend de Caiumarath à Alexandre. {Cat. Bibl. roy. Paris, t. I, p. 275, no 61.) Jahia-Ben-Abdallatif al Cazvini, dans l'ouvrage intitulé Lebtarikh. Uamdallah al Cazvini, dans le Tarik Kozideh,

Mirkhond. On peut consulter: Fragments sur VHist. d'Alex, le Gr, tirés de Mirkhond, et traduits en anglais et en français par Shea. — M. Boscheron-Desportes a rendu compte de cet ouvrage dans les Anruiles de la Société roy. des Se. Lett. et Arts d Orléans, t. Il, p. 237-263. — (Hist. of the early kings of Persia from Kaismars, the first of the Peshdàdian dynasty, to the conquest of Iran

* L'auteur du Modjmel-al-Tewarikh dK : • Les philosophes ffrecs^ ont beaucoup de traditions sur la sagesse, les discours et le tombeau d'Alexandre, elles ont été traduites en arabe et Firdousi eu a mis une partie en vers. ■

dans celte langue, sous les titres d^ Iskender-nameh^ et de Aineh- Jskenderi y une foule d'ouvrages sur ce conquérant, composés du douzième au quatorzième siècle , dont les plus connus ont pour auteur les poètes Nizami, Hatefi et Ahmed-el-Kermani*.

by Alexander the great, trausiated fVom the original persian of Mirkhond, entitled the Rauzat-us-Safa, with notes and illustrations, by David Shea. London, Murray, <832; in-8«.)— Khondemir.

* Iskender-namehy par Abd-al-Salam, fils d'Ibrahim, natif de Cachemire. Manuscrit persan de la Bibl. du roi. Snpplément, no 90.

m Ce dernier ouvrage fait d'Alexandre le Grand un prophète, et comme dans les idées musulmanes il faut être issu de race sémitique pour être prophète, Vauteur adopte la prétention des Arabes, qui, à Texemple des Egyptiens et des Persans, revendiquent pour leur nation l'honneur d'avoir donné naissance à Alexandre le Grand. Nizamis est, je crois, le premier parmi les Persans qui mentionne cette généalogie, mais sans l'approuver. Comme il était difficile de faire entrer Alexandre dans la lignée de Jacob ou d'Ismaël, on trouva l'ingénieux expédient de lui donner Esaii pour ancêtre. La mère d'Alexandre est donc, selon Abd-el-Salam, issue de la race d'Esaîi ; elle est vierge, devient enceinte miraculeusement, s'enfuit loin des hommes, et meurt en mettant au monde un fils que Philippe, roi des Grecs, des Russes et des Francs, trouve à côté de sa mère morte. Il l'adopte, le fait élever par Aristote, etc. Le récit retombe ensuite dans la fable grecque, et ne se compose plus que de variations sur le thème de Nizamis. •* Mohl, Préface du Livre des Aot.9, de Firdousi, p. lxxii-lxxiii.

* Emir Ali Schir-Nouvai, au XV* siècle, et Fagani, au XVI «, ont aussi écrit des poëmes sur Alexandre. (Asseman. Cat. Cod. orient. Bibl Medic, p. 220. — d'Herbelot, BihL Or. p. 298. — Calai, ms. Hibl Hnrleian. no 503. — Catal Bibl. reg. Paris, t. I, p. 292. Cod. Vers, no 230 et p. 296, n» 281. — The Secander Nama of Nizami, with a sélection from the works of the most celebrated commentators by Beder Ali and Mir Ilosein Ali. Calcutta, 1812, 4*), dont nne partie a été publiée par Lumsden : Sélections for the use of the student of the Persian Class. Calcutta, 1810. T. IV.)

Expédition d'Alexandre le Grand contre les Russes; extrait de V Alexandreide OVL Iskender-^iameh de Nizami. Traduit par L» Spitznagel... traduction entièrement refondue, etc. par F.-B. Charmoy. St-Pétersbourg, 1827, S».

'Après les préliminaires, le poëte décrit l'enfance d'Alexandre et son éducation. Sa première guerre est contre les Ethiopiens et pour défendre les Egyptiens contre leurs incursions. Il fonde Alexandrie. - Sa seconde expédition est celle de Perse. On détaille sa correspondance avec Darius, et on raconte la mort du grand roi assassiné par Mahiàr et Djanouçar. Alexandre épouse Rhoucheng et réside à Persépolis. — Il visite incognito Nanchàbé^ reine de Berda'a, mais cette princesse qui possède son portrait le reconnaît. — Alexandre parvient à la résidence de Kai-Khosrou et marche ensuite contre l'Inde et la Chine. Pendant ces expéditions, les Russes attaquent la reine Nanchâbé; Alexandre accourt à son secours, la délivre et fait prisonnier Kaïthal, roi des Russes. Ayant entendu par-

Dans le but de ménager leur vanité, les Persans imaginèrent de faire Alexandre fils de Darius. Selon eux, Darius fit la guerre à Philicous, roi de Junan ou de Roum (Philippe roi de Macédoine), le força à lui payer tribut et k lui donner sa fille en mariage. Bientôt le roi des rois se dégoûta de cette princesse et il la renvoya en Macédoine, où elle mit au jour Ale-

ler de l'Eau dimmortalité qui est gardée par Khirs (Elie) au pays des ténèbres, il décide de pénétrer dans cette région.

Dans la seconde partie il est fort question des doctrines des différents philosophes et des relations qu'Alexandre eut avec eux. On raconte son voyage au tombeau de Chédad, la construction du rempart de Gog et Magog, et enfin sa mort

(Charmoy, ibid. Avant -propos.)

Nizami affirme dans un passage de son pocme qu'il a consulté non-seulement les historiens modernes, mais encore les annales juives, chrétiennes et pehlvî. « J'ai choisi, dit-il, de chaque ouvrage ce qu'il offrait de plus intéressant et tiré de chaque écorce la moelle qu'elle recouvrait." (Charmoy, ibid. p. 90.)

Ashref et Narzam de Samarkand ont aussi composé des poëmes sur Alexandre. (V. Fr. de Furia. Fabula* jEsopic. t. I. Proleg. p. X. not. Asseman. Cod. or, Bibl. Mediceœ, p. 151, 15â.)

Le poëme d'Ashref est intitulé Za/fer Nameh Sekanderi. (Livre des conquêtes d'Alexandre.) On y raconte que sur le récit que fit à Alexandre son amiral Nakhuda des merveilles de Sérandib (Taprobane, Ceylan), ce héros voulut visiter cette île. Il monta au pic d'Adam, et fit ses dévotions sur le tombeau du premier homme : il était accompagné du philosophe Belinous, nom sous lequel les Orientaux semblent désigner Pline (W. Ouseley, TraveU in var. countr. of East 1. 1, p. 54-63) ou Apollonius de Tyane. (S. de Sacy, Notices^ etc. t. IV, p. 107 sq.) Sérandib, selon les Orientaux, est le lieu àxk paradis terrestre, et les Arabes nomment Rahoun le pic d'Adam. La fable adoptée par Ashref est d'origine arabe et a peu de rapport avec celles qui nous occupent. Cependant plusieurs auteurs {Ms. lat' Bibl. reg. Par, no 8519, conf. Chronic^SK Pantuleon.) ont parlé de la recherche qu'Alexandre fit du paradis. — V. aussi Transactions of the royal Society of literature ofthe Inited Kingdom (vol. I, part. IL London, 1829) et Observations on some extraordinary anecdotes concerning Alexander, by sir Williams Ouseley. « L'objet de ce mémoire est de rendre compte de divers manuscrits persans et arabes, que le chev. Ouseley a consultés dans l'espoir d'y trouver des notions relatives aux guerres d'Alexandre le Grand. Plusieurs de ces mss., qu'il a trouvés en Perse, étaient jusqu'à présent inconnus en Europe. Dans le cours de ses recherches, l'auteur a découvert dans les auteurs orientaux, l'origioe de plusieurs fables populaires que l'on retrouve dans les diverses langues de l'Europe, et il en ofire plusieurs exemples. •

(Annali delV Inslituto d'Arclicolog. 1829, p. 376 377.)

xandreV Darius eut ensuite d'une autre femme Dara-el-Assger (Darius le petit), qui fut connu des Grecs sous le nom de Darius Codoman. D'après ces traditions, Alexandre en détrônant Darius, son frère cadet, ne fit que reprendre un empire qui lui appartenait par droit d'aînesse *. Quelques auteurs admettent qu'Alexandre était fils de Philippe; d'autres disent qu'il naquit de Karimah, femme de Philippe , mais qu'il passait pour ne pas être fils de ce roi ; enfin un roman persan, que l'on regarde comme un extrait en prose du poème d'Ahmedel-Kermany, fait Alexandre fils de Philippe et d'une fille de Darab I".

Lorsque Philippe eut été tué par Kolus, qui était amoureux de la reine, Alexandre monta sur le trône, refusa le tribut aux Persans et la guerre s'en suivit. Les armées ennemies étant en présence en Asie, Alexandre s'introduisit, déguisé en ambassadeur, dans la tente de Darius ; mais ayant été reconnu pendant le souper, il eut besoin de toute sa hardiesse pour s'échapper et rejoindre son armée ^ Après avoir conquis l'Iran, il porta ses armes dans le Schirwan, le Touran, les Indes, l'Egypte et la Syrie. Dans le Schirwan, il éleva la fameuse ville connue sous le nom de Sedd-hkmder. Dans l'Inde, il marcha contre le roi Kyd, qui se soumit et lui envoya en présent une fille de la plus grande beauté, une coupe de rubis qui était toujours pleine, un

i Dans le Darab-nameh Alexandre est fils de Darius et d*une fille de Philippe, qui, après avoir été répudiée, avait épousé le roi des Berbers.

(Mohl, 1. c. p. Lxxiv.)

* Dans le commentaire écrit par Sassan V, sur le Désatir, il est dit qu'Alexandre était frère de Darius et du prophète Sassan ler. Ce commentateur se donne pour être du VU^ siècle, mais c'est une imposture ; il écrivit pour le plutôt au XII«. (Journal des Sav. IS'îl , p. 29.) — J'aurais voulu pouvoir consulter : Dissertatiù de AUxandro Durit filio, prssid. Matth. Norberg, respond. J. Sam. Gestrich. Lundœ, 1799.

s V. Frid. Wilken, Institut, ling. pers. cum chrestomath. Lips. 1803, 8». On y lit, pages 189-209, le texte du récit de Firdousi sur la visite d'Alexandre à Darius et les combats qui la suivirent. La traduction latine de ce morceau se trouve pages 55-67 de VAuctarium.

habile philosophe et un médecin capable de ressusciter les morts. Alexandre laissa à Kyd ses Ëtats et alla attaquer Phour (le Porus des Grecs), roi de Gannoudjh. Il le tua en combat singulier, après avoir mis ses éléphants en fuite en leur opposant vingt-quatre statues de bois ^ remplies de matières combustibles. D entra ensuite dans les Ëtats de Khakon, roi de la Chine, qui vint au-devant de lui en ami. En Arabie, il prit l'apparence d'un ambassadeur pour aller k la cour de Caydafé, reine de Bahhre}D ; eUe le reconnut et le sauva généreusement de tous les dangers qui le menaçaient. Alexandre passa en Afrique pour chercher YAb-Hayathy fontaine de la forêt de Zoul-math (lieux ténébreux) qui rendait la jeunesse '.

Les romanciers persans n'admettent point qu'Alexandre soit mort empoisonné. Selon eux, les astrologues lui avaient prédit qu'il mourrait sur un sol de fer et sous un ciel d'or. Un jour qu'il fut saisi d'un saignement de nez, on le fit asseoir sur une cotte de maille et l'on plaça au-dessus de sa tète un bouclier d'or pour le garantir du soleil \ Il connut alors que sa fin approchait, et il mourut k l'âge de trente-six ans '^. Telles sont les principales traditions fabuleuses qui se trouvent sur Alexandre dans les poètes et les romanciers persans'. Les Dives et les Pé-

< D'aatres aatears disent que ces statues étaient de métal. — Timour, dans la guerre contre l'Inde, pour garantir ses troupes des éléphants, avait préparé des fascines auxquelles on devait mettre le feu. (Chère feddin- Ali. t. III, p. 96.)|

* La fkble de la Fontaine de jouvence appartient non>seulement à l'ancien monde, mais encore à rAmérique. Des Indiens en parlèrent à Ponce de Léon, gouverneur de Porto-Ricco; ils plaçaient cette eau merveilleuse au nord et dans une île qu'ils nommaient Biminù Ponce de Léon, en 1512, se mit à sa recherche et découvrit la Floride. (Petr. Martyr. Decad. U, cap. 10 — Wash. Irwing, Hisi» des Compagnone de Christ. Colomb^ t. II, pp. 26-34, trad. franc.)

s Cette fiible d'Alexandre mourant sous un ciel d*or et sur un pavé de fer me paraît d'origine arabe. Eutychius, au IX« siècle, en fait mention.

^ Mirkhond affirme qu'Alexandre fit transporter en Grèce tous les livres de Perse qui traitaient des sciences et aussi des savants persans, et que c^est là l'origine de toutes les sciences dont les Grecs s'attribuèrent la découverte.

» V. Malcolm, Hist, de Perse, t. I, pp. 100-113, trad. franc. — Sainte-Croix,. Eram. pp. 188-191. — D'Ohsson, Tablem de l'Orient, t. II, pp. SO-Oa —

ris, qui y jouent un rôle, répondent dans les auteurs persans a nos génies et à nos fées , et Ton voit dans Firdousi que le héros de Macédoine fut guidé dans ses conquêtes par un de ces êtres surnaturels. Il avait la figure d'un oiseau immense et se nommait StVnor^ ^

Le Schah-nameh raconte qu'un ancien roi de Perse, de la race des Kéaniens, nommé Kai-Kaous^ qui fut grand-père du roi Kai'Khosrou (Cyrus), voulut s'élever au ciel. D se plaça dans un siège attaché k des aigles et fut emporté dans les airs. Mais les aigles fatigués le laissèrent tomber et Kai-Kaous expia son orgueil par une pénitence de quarante jours. La même aventure est attribuée par quelques auteurs orientaux à Nemrod^ qui est quelquefois confondu avec Kai-Kaous ; ils disent que ce roi se fit enlever dans une caisse par des oiseaux monstrueux '.

Voyagesde Texeira, 1. 1, pp. 99, ill, 123, édit. de Paris, 168i, m-i^.^Bibl. des Romans, MIT, oct. t. I, p. 8 et suiv. — M. Berger de Xivrey, Notice des manuscrits grecs, latins et français, contenant l'histoire d'Alexandre le Grand, connue sous le nom de Pseudo-C^allisthcne (Notic. et Extr. des ms. de la Bibl. du roi, t. XIII, p. 173) dit que M. Démctrius de Gobdelas est auteur de l'Histoire d'Alexandre le Grand suivant les écrivains orientaux, Varsovie, 1822, in-12, et que ce petit ouvrage a été reproduit par un effronté plagiaire, sons le titre de : Alexandre le Grand, d*après les Orientaux, par G.-A. M***, citoyen grec. Genève, 18^8,in-8o. — Le plagiaire est G.-A. Mano, et cet ouvrage n'est qu'un extrait de d'Uerbelot. Je ne connais pas celui de Gobdelas.

* Firdousi lui donne le nom de Schir-Morg, Lion-oiseau, expression qui représente fort bien l'animal fantastique que nous nommons griffon (V. Uagemann, Monument. PersepoL à Ferdusio illust. pp. 23-30) et dont l'idée première se trouve chez les Persans. Les héros de cette nation combattent souvent des monstres et les Orientaux se sont toujours plu à en imaginer de forme bizarre. (V. Aristoph. Ran. v. 968. — Voss. Observ. ad CatulL pp. 196197.) Selon MM. Roulin et Cuvier, le tapir oriental^ appelé ifrfpar les Chinois, vu en repos, peut avoir donné l'idée du griffon. {Annal, des sciences nat. t. XVill, p. 5-i.) Sur le griffon des anciens, consultez Ctesias, Indic, XII, cum not. Bœhr. pp. 300-303. — /Elian. B, Anim. IV, 26. — Ileeren, De la polit, et du comm. des anc. 1. 1, p. 257. — Tychsen, t. II, du même ouvrage, p. 431 .

Le Simorg raconte à Alexandre les conversations que l'archange Gabriel et Salomon tiennent dans le ciel. (Mohl, 1. c. p. lxxvi. — Ms. pers. de la Bibl. du roi. Fonds Anquetil, no 9.)

« D'Herbelot, Bibl. Orient, l Semrod.

Je rapporte ici celte fable, peut-être d'origine persane, parce qu'elle s'est introduite dans plusieurs romans sur Alexandre, tant par des auteurs orientaux que par des auteurs occidentaux *. Au reste Firdousi ne suivit pas uniquement les traditions persanes, il y mêla quelques récits fabuleux d'origine arabe. Tel est le récit qu'il donne de la manière dont Alexandre éleva un grand mur pour préserver le pays des incursions des Yadjoudges et Madjoudges *. Nous aurons occasion de parler plus en détail de cette fable.

^ Dans le roman du Brat d'Angleterre on lit que le roi qui fonda la ville de Bath périt pour avoir tenté de voler. (Abrahams, de Wacii carminé, p. 31.) — pr« Lebault, le Bréviaire des Bretons, cité par Gaillard {Notic. des ms. de la BibLduroiyt. Vil, p. 417):

Bladud snbtilles ailles a voler composa, Et moyennant icelles en l'air monter osa; Mais alns qu'il fut au lieu qu'il avait divisé Il cheut jus et par pièces fut son corps débrisé. Lebault écrivait au quinzième siècle, et suivant lui Bladudj père du roi Léar, vécut au temps d'Elie. — Le Roman de Brut, publié par Le Roux de Liucy. Paris, 1836, 8», 1. 1, p. 80, v. 1683 :

Ce fut Bladud qui valt voler Por plus faire de soi parler ; Ce se vanta qu'il voleroit Et à Londres son vol prendroit , Eles fist et aparilla Voler valt et voler quida; Mais il en vint en maie fin Car desor le temple Apolin Prist un tel quas qu il se tua. 1691. Voy. Leland, de Script. Britann. cap. VI.

* V. la traduction du chap. du Schah-nameh qui traite des Yadjoudges et Mac^oudges dans G. d*Ohs8on, Des peuples dtu Caucase dans le dixième siècle, pp. 280-281.

Page 1