GRECS ALEXANDRINS. — GRECS D'EUROPE
Les Égyptiens eurent pour leur pays le même ménagement que les Persans avaient eu pour le leur ; ils supposèrent qu'Alexandre était fils de NecUmèbe^ dernier roi d'Egypte S qui, chassé par Artaxercès, s'était réfiigié, selon eux, en Macédoine, et par ses enchantements était parvenu à séduire Olympias '. La fidélité conjugale de cette princesse n'avait pas été exempte de soupçons, et ces bruits injurieux avaient peut-être fait nailre chez Alexandre le désir d'être reconnu pour fils de Jupiter Ammon ^ On parlait de magie '^, de dragon; on disait que
' Le Nectanèbe dont il B*agit dans les romans sur Alexandre est le second roi de ce nom. U fut vainca par Artaxercès Ochus et se retira en Ethiopie. (V. Dio~ dor. lib. XV et XVI.) Alexandre était né depuis quelques années lorsque Nectanèbe II perdit son trône, mais cela n*a pas arrêté les romanciers. Tertullien {De animé, c. LV H, p. 305. 0pp. Paris, 1675, fol.) nomme ffectabis parmi les magiciens les plus célèbres» et si on reconnaît Nectanèbe dans cette indication, on conclura qu'an second siècle la réputation de ce roi d'Kgypte, comme magicien, était déjà établie. 11 la devait vraisemblablement aux fables publiées à une époque antérieure par le Monobiblon. Creg. Abulpharage le nomme aussi Neetabrivs. (V. ci-après.)
* Déjà les Égyptiens avaient cherché à donner une origine égyptienne à un autre conquérant de leur pays, àCambyse. Des auteurs, écrivant l'histoire d'Egypte et celle de Perse, prétendirent que ce prince était fils de Cyrus et d'une fiUe d*Apriès, qu'Amasis lui avait envoyée. (Dt'non, Lynceus et Ctetioi apud Àthm. 1. p. 500. — Fùlyœn. Stratag. VUI, 29. — Cf. Herodot. III, 2.)
s Gros. III, 16. Inde ad templum Jovis Ammonis pergit ut mendacio ad tempus oomposito, ignominiam ûbi patris incerti et infkmiam adultérée matris aboleret.
* Plutarque (Alex. p. 665 c.) raconte que Philippe s^éloigna de sa femme craignant quelque magie : ^Etaavra rivà; y.7r^tiaLi lit' aùtû jcsiî (pâpaaxa rJi; ^uvaixô;.
Philippe avait vu un grand serpent couché avec Olympias et que ce roi avait perdu un œil en punition de sa curiosité * . Enfin une ancienne tradition faisait Alexandre fils d'un dragon *. Ces bruits, unis k quelque tradition égyptienne qui exprimait les regrets causés par l'expulsion du dernier roi national, donnèrent vraisemblablement naissance à la fable de Nectanèbe. Elle se répandit d'abord en Egypte comme un conte populaire et peut-être elle ne tarda pas à être rédigée en ouvrage ou en légende par quelque Grec d'Alexandrie. Dans la suite cet écrit anonyme passa pour avoir été composé par les mages et les sages de V Egypte^ Vannée même de la mort d'Alexandre^ et il est ainsi désigné par Joseph fils de Gorion '. D'autres auteurs juifs parlent d'une autre Histoire des générations d'Alexandre^ composée en grec par Ptolémée fils de Lagus '^. Enfin un manuscrit latin de la Bibliothèque du duc de Modène qui contient, à quelques variantes près, l'histoire d'Alexandre telle qu'elle a été imprimée plusieurs fois sous le titre de Ilistoria Alexandri M. de prœliis^ suppose qu'après la mort de ce héros Démoslhène écri-
< Plutarch. Vit. Alex. p. 663. G. On sait qu'il y avait en Macédoine d'énormes serpents faciles à apprivoiser et que les femmes en faisaient usage dans les fêtes de Bacchus. Olympias était très-zélée pour le culte de ce Dieu. (Plutarch. ibid. Lucian. Pseudomant. 7. t. Il, p. 215, Ed. Reitz.)
* Justin, XI, 2, 3. Namque mater ejus Olympias confessa viro suo Philippo fuerat, Alexaodrum non ex eo se, sed ex serpente ingentis magnitudinis, concepisse. Denique Philippus, ultimo propè vitœ suœ tempore, ûlium 'suum non esse, palàm prssdicaverat, etc. (V.etlib.XII, 16.)— Jti^ Solini polyhistor.c. IX: Philippus Magnum procréât, quamlibet Olympias Alexandri mater nobiliorem ei patrem acquirere adfectaverit, cum se coitu draconis consatam affirmaret. — Lucian. Pseudom. L — Tit. Liv. XXVI, 19.— Dio Chrysost. Or, IV, p. 6â. — Sidon, Apoll c. not. Savaron, carm, II, v. 121, p. 202. - Aurel. Vict. Epit. c. XL, § 1 7. — Être fils d*un dragon était chez les anciens une origine divine ou héroïque. Asclépiade de Mendès, auteur égyptien, l'avait attribuée à Auguste (Suét. Aug. 9-i). On avait dit la même chose de Scipion, d'Aristomène, d'Aristodamas, de Tempereur Gailien, etc. (V. Bayle Dict, § Olympias, uot. I. — Pawanicu, IV, U in fine.)
' Josippon sive .Tosephi Ben Gorion, Huit. Jud. vert. J. Gagnier. Oxou. 1700, 4^ lib. U, p. 94.
* V. plus bas.
vit sa vie et que cet ouvrage existe encore chez les Grecs *. Je crois qu'on trouve plus probablement une mention de cet écrit original dans un auteur du cinquième siècle. Socrate, en parlant d'Alexandre le Grand, indique un ouvrage monobible (d'un seul livre) sur la vie de ce prince '. Le nom de l'auteur est absolument corrompu dans ce passage ; le texte semble porter Adrias et les divers critiques ont proposé de lire Andrias^ Arnenou Hadrien^. H. de Valois a été jusqu'à dire qu'il fallait lire Lucien, et qu'il s'agissait du dialogue que cet auteur satirique a intitulé Aleooandre ou k faux prophète. Adrias^ Andrias sont des noms inconnus ; la correction de Valois est absurde, et l'on sait que les ouvrages d'Arrien et de l'empereur Hadrien sur Alexandre étaient composés de plusieurs livres, et ne sauraient être par conséquent le monobiblon de Socrate *. La vraie leçon de ce passage me semble conservée dans un auteur du quatorzième siècle. Nicéphore Calliste, transcrivant Socrate, dit : Le monobible que les Alexandrins écrivirent sur la Vie d'Alexandre etc.**, et Fabricius^ soupçonne que le mot 'Av5/>iaç,
* Codex Atestiniu, inter Latinos XIV, membran., sœculi XIV, S» in fine:
• Demosthenes autem philosophas post M. Alezandri defectum, maximum de ipsios gestis et morte oomposuit codieem qui apud Grœcoê habetur^ per cujas libri scientiam docoit esse maodana omnia contemnenda et in ipsis nUo modo non esse sperandom. •
> Socrat. HUt. EecL III, 23, p. 205, éd. Cantabrig. : xal to pbovo'Pi^Xov t 'A- ^pîgiç ei; tov XXe^àv^pcu ^(ov îirsipa({«sv... H. de Valois traduit X^pîaç par Arrianus sans aucune autorité, et dans ses notes il propose de lire Acuxiavo;, en traitant de très-mauvaise la leçon XXe^av^ptî; qui se trouve dans Nicéphore Calliste.
' Sainte-Croix, Exam, des Hist d'Alex, p. 162, not. : • Après l'avoir bien m médité, et en m*attachant plus au sens qu'à la lettre, j'y vois qu'Hadrien, ayant
• apothéose Antinoiis son favori, chercha à s'en justifier par l'exemple d'AIexan-
• dre, dans un livre où il avait rassemblé tons les oracles concernant la divinité
• du conquérant macédonien. • Assurément M. de Sainte-Croix montre ici beaucoup d'imagination.
^ L'histoire d'Arrien est oonnne de tout le monde ; celle qu'avait écrite l'empereur Hadrien est perdue, mais Etienne de Byzance eu cite le septième livre.
s Nicéph. Callist. X, 36, p. 90, t. II, éd. 1630 : xxl rb pLOvo^pXov, 6 et( rôv XXi^av^pou flîcv tiréip9i<|^av et XXe^av^ptîç.
6 Ftihnc. Bibl Grœc. II, p. 221, éd. Harles.
qui se lit dans le manuscrit florentin de Socrate, pourrait être corrompu de AXvSpeTç, abréviation qui désignerait les Alexandrins ^ On peut donc croire qu'antérieurement au cinquième siècle de Tère chrétienne, peiU-élre même au temps des Ptolé" mées^ les habitants d'Alexandrie firent recueillir en un seul Iwre les traditions populaires et fabuleuses qui se rapportaient au fondateur de leur ville. Il est d'autant plus probable que cet écrit remonte au temps des Ptolémées, qu'il pouvait servir k légitimer leur domination sur l'Egypte, en montrant qu'Alexandre, Grec comme eux, et de qui ils tenaient ce royaume, était l'héritier du dernier roi de race égyptienne *. Cet écrit fut le thème que plusieurs auteurs, dont nous allons parler, ornèrent et amplifièrent^, et les connaissances classiques, les noms, les allusions que l'on trouve dans ces ouvrages dérivés, prouvent que la rédaction primitive du monobible^ qui n'existe plus, eut pour auteur un Grec d'Alexandrie et non pas un Égyptien ^. I. Au premier rang des imitations du roman primitif, il faut mettre un ouvrage grec qui porle le nom de Callisthène et quelquefois celui d'Antisthène ^, Cette histoire fabuleuse d'A-
« Sainte-Croix, 1. c, p. 162, rejette cette conjectare et l'indactioii qa*on peut en tirer. Il me parait ne pas avoir raison.
s Car. }AvL\leT {Psetido'Callist h. introd. p. xxYi-xxvii) soutient cependant qae le Monobiblon n'était pas notre histoire fabuleuse d'Alexandre.
s Un papyrus couservé à Leyde, écrit en grec, et qui peut être rapporté au troisième ou au quatrième siècle» contient un fïragment d'un récit fabuleux sur le roi Nectonabo. V. Letronne, Statue vocale de IHemnon^ p. 80. (Reuyens, Lettrès sur les papy rtu... Lettre 3°»*, p. 76.)
* Nous verrons plus bas Texistence d'un roman sur Alexandre, antérieur au cinquième siècle, confirmée par la littérature arménienne. Les Grecs contemporains d'Alexandre exagérèrent déjà le champ de ses conquêtes. Eschine {In Ctesiph.t. \\l, p. 534, Grœcor.orat, Reisk.) dit qu't7 dépassa la constellation de l'Ourse et les bornes de la terre habitable... e^» -ni; dlpxTCu xaIty}; oiKoupivr];, cX{- «you ^eTv, irâ<TY)ç pLeftv)9ryixei. « Ce plaidoyer eut lieu à Athènes l'an 330 avant J.-C. durant l'automne (Taylor, Prœf. p. 370 et sq.), environ un an après la bataille d'Arbèle. Alexandre alors poursuivait Darius et marchait vers l'Hyrcanie et la Bactriane. • (Gibbon, Hist. t. XI, p. 184, not.)
3 Léo Allât. Syntagm. de Engastrimyt, c. H.
lexandre n'existe encore qu'en manuscrit*, et il y en a des exemplaires dans la Bibliothèque royale de Paris (n® 1085), dans celle du Vatican, dans celle de St-Marc k Venise, dans celle de TEscurial et ailleurs. Fabricius * dit que cet ouvrage a été traduit du persan en grec par Siméon Seth, d'Antioche, qui écrivait k Constantinople au onzième siècle ; mais cette assertion, pour avoir été répétée par Quadrio ', Warton *, Dunlop ^, Schœll * et de la Rue ^ ne m'en parait pas plus fondée. Le faux Callisthène ne contient point les traditions de la Perse, et tous les détails en sont alexandrins. M. de Sainte-Croix^ y reconnaît une amplification d'un écrit antérieur qu'il croit avoir été composé dans le dixième siècle ; mais je crois avoir prouvé
* Le ms. de Paris no i085 (n» 1685?) porte le titre suivant: RoXXioOîviqc taropio- ']fpâ^cç i Ta ffipi TÛv *EXX7ivttv 9i>^pa<|;auievo(. H commence : 'Àptaro; ^oxel ')fcvcaOai xai '^cvvatOTaTOÇ XX&Çav^pcç ô Mouce^ùv î'^ia iràvra iroiriOfléixcvo; ouvipicOasiv aurû lupùv dtl Tal{ àptral; ttiv trpovoiav.. . Une note placée an fol. 54, ro, annonce qu'il a été achevé le 21 novembre 6977 (1469 de J.-C.) par Nectaire, moine d'Otrante. (Montfauc. Palœogr, Grœc. p. 83. — Letronne, dans le J. des Sav, 1818, octobre, p. 615.) Une antre note moderne, placée snr la première page, parle d'une traduction française. Nous indiquerons plus bas plusieurs histoires fiibulenses en français, mais aucune ne peut être regardée comme une traduction du faux Callisthène.— Le ms. du Vatican, n» 1556, petit quarto, sur papier, est du quinzième on seizième siècle ; il diffère par quelques variantes de celui de Paris. — On annonce que M. Berger de Xivrey publiera incessamment le texte grec du Pseudo-Callisthène. {L'Universel^ 2 février 1830. — Sinner, Prœf, ad Longi Pastor. p. 31 -32.) G. Gaulmin et La Porte du Theil avaient pensé à le faire imprimer. —Bnleuger. de Cireo, c. XIII et XXX. — Sainte-Croix, Exam, p. 164, not. 1 et 3. — Salmas. ad Solin. t. II, pp. 637, 785, 79!.— Du Gange, Gloss. Grosc. voc. è^sXXtvc;. -^ Lambec. Cat, bibL Vindob. lib. IF, ont cité des fragments de Callisthène.
* Fabric. BibL Grœc. III, p. 36, éd. Harl.— M. B. de Xivrey a donné (t. XIII des Notices et Extr, des ms. p. 172} une explication probable de l'erreur de Fabricius, sur la traduction du Persan en Grec par Siméon Seth.
' Quadrio, Storia d'ogni poes, t. VI, p. 478:... «corne ben giudicô et provô Isacco Vossio.- {De script, eccles.)
* Warton, Hist. ofenglish. Poetr. t. I,p. 129. » Dnnlop, Hist. of fiction, t. II, p. 123.
* Schœll, J7Û/. delalitt.grecq. t. VII, p. 194.
^ Delà Rue, Euais hist. sur les Bardes et les Trouvères, t. II, p. 343. ^Hist, litt. de la France, t. XIX, p. 677.
> Sainte-Croix, Exam. p. 165.
tout à Theiire que cet original est bien plus ancien. Je pense aussi que le faux Gallisthène, tel que nous l'avons, est antérieur au dixième siècle ; son style ne peut être une objection décisive, non plus que la mention des Turcs, qui forme un des arguments de M. de Sainte-Croix. Les Turcs furent connus des Grecs dès le sixième siècle, et ils envoyèrent une ambassade à Constantinople sous le règne de Justin *. Au reste Fabricius et Warton ont confondu avec le Pseudo-Callistliène une autre histoire écrite en grec, mais qui ne porte aucun nom d'auteur, dont le titre, le commencement et le contenu sont différents, dont la rédaction parait plus moderne et le style encore plus mauvais. C'est de cet écrit anonyme que Fabricius a tiré le long fragment qu'il a donné comme étant du faux Callisthène dans le tome XI\^ pages 148-150 de sa Bibliothèque grecque'^. Scaliger parait aussi avoir confondu ces deux romans grecs ' ; mais Casaubon, Saumaise et Berkelius les ont fort bien distingués *.
Je ne donnerai point l'analyse du roman attribué à Callis-
< Gibbon, Uist. de la décad. t. VIII, p. !28, trad. franc.
* Cet anonyme grec se trouve parmi les ma. grecs de la Bibliothèque du roi de France, n«> i711. 11 est intitulé : Bio; XXe^av^pou toû Maxe^ovoç xai Tcpa^ii;—- et il commence: et a&9wTaTGi Ai-j^ûirrioi, ôewv àiz6^osoi,'<[%i |XY)T6pa (p.tTpa) xaraXa-
^0[i.CVGl...
Voyez aussi Alex. Barvoetii CataL prœcip. auctor. qui in biblioth, Scorior lens. asservantur : •• Callistheues de rébus gestis Alexandri Hagni... Sed uterque ÛTTG^cAiptaîc;; stylus quippè recentior ac subindè barbarus, adeo ut neotericus nescio quis Grsculus potius videatur, quam antiquns ille scriptor. > (Mader. de Biblioth,^, 136.)
s Scaliger, Epist. 113 adCasaub.
* Casaubon, Epist. (Ilagœ comit. 1638, 4») HA ad Scaligerunij p. 532 : • ... Callisthenem quemdam (J/Eu^wvuaGv qui Régis bibliotheca, itemque in alio scripte de vita Alexandri qui Georgio M. et Theopliani adhœret.» Vid. et epist. 406, p. 1)97; id. epist. 498, p. 599 : • Pseudo-Cal) isthenes non est ille scriptor quem babes codici Monachi adnexum' (ce ms. de Scaliger est à la Bibl. du roi, no 1711), sed alius haud paullù xcp.;j/07cpc; et qui decenter, Jirteixû; mimum agit. Demiror impostores istos *, nam aute multa sœcula prodiisse id figmentum satis constat Etai autem libro quem habes idem uuOsuaa continetur.» — Salmas. ad Solin, p. 637- 638. — Berkel, od Sleph. Jhjz. voc. pcuxiApoiXeia.
GRECS ALEXANDH1NS 21
thène ; il a dans ses détails un grand rapport avec celui que Julius Yalerius traduisit en latin d'après une autre rédaction grecque, et cette traduction latine a été publiée par Mgr. Angelo Mai ^ On pourra trouver dans cet ouvrage les détails d'une partie des fables qu'on lit dans le faux Gallisthène ; je me borne k en donner ici une espèce de table.
Histoire de Nectanèbe et d'Olympias.
Alexandre précipite Nectanèbe ; ce dernier lui apprend qu'il est son père. — Bucéphale est dompté. — Querelle entre Alexandre et le prince Nicolas. — Prise de Thèbes ^ — Alexandre passe en Italie {hahyriv x^P^)- Soumission des Romains. — Alexandre trouve en Egypte la statue de Nectanèbe.
Le roi de Macédoine pénètre dans la tente de Darius; il se sauve en traversant un fleuve congelé. — En Phrygie, il rend des honneurs à Achille. — Alexandre emploie des statues d'airain rougies par le feu pour combattre les éléphants de Porus. — Fable des arbres du Soleil et de la Lune. — Aventure chez la reine Candace. — La caverne des dieux. — Lettre d'Alexandre à sa mère : il lui raconte son voyage chez les Amazones, les Troglodytes et à l'Ile du Soleil.
Telles sont les principales traditions fabuleuses qui se Usent dans le faux GaUisthène.
n. iEsope écrivit en grec un roman sur Alexandre que nous ne connaissons que par la version latine qu'en fit J. Yalerius; quelques manuscrits de cette version, qui ne portaient pas le nom du traducteur % ont pu faire croire k plusieurs sa-
* JuUi Valerii resgestœ Alexandri Macedonû translatœ ex jSsopo Grœco^ edente Ang. Maio, Hediolan. i817, 4» et 80. (V. ci-après.)
> Le Pseudo-Caliisthène parait avoir tiré une grande partie de ce qa'il raconte de la prise de Thèbes par Alexandre, d'an poëme sur le môme sujet, composé par Soterichos TOasite (Oasita), au temps de Dioctétien. (C. Millier, Introd. ad Pieudo-Callist p. xxiv.)
s Tel est par exemple le manuscrit de Leyde : • Liber i£sopi cujusdam Grœci fabulatoris, prosaico editus stylo, de ortu, actuve ac fine Alexaudri magni. • Lai, libr. Bihl. Lugd, Batav. p. 378.)
vants^ qu'i£sope avait mis en latin l'ouvrage de CaUisthène. Le livre d'iEsope devait être une rédaction différente de celui de Gallislhène, quoiqu'il racontât à peu près les mêmes faits. On sait par J. Valcrius qu'Esope, dans le récit des honneurs rendus par Alexandre k Achille, mettait dans la bouche du roi de Macédoine des vers dont il n'y a aucune trace dans le faux CaUisthène *.
L'âge d'iEsope est aussi difficile â déterminer que celui du faux CaUisthène. Les détails qu'on Ut dans la traduction latine sur les édifices d'Alexandrie, persuadent â M. Mai qu'il vécut, pour le plus tard, vers la moitié du quatrième siècle; U penche même à le croire beaucoup plus ancien. Je pense que cette induction est bien plus appUcable à l'auteur original de l'histoire d'Alexandre qu'à iËsope. Ce dernier ne fit que remanier ce récit, et un écrivain dénué de critique a pu copier les phrases d'un auteur plus ancien, sans s'inquiéter si eUes s'accordaient encore avec l'état actuel du pays. Le texte d'iEsope étant perdu, on ne peut déterminer son époque par l'examen de son style ; il faut se borner à dire qu'il vécut avant l'invasion de l'Egypte par les Arabes.
m. Au nombre des écrivains grecs qui propagèrent des traditions fabuleuses sur Alexandre, U faut compter JEihicus /ster, historien peu connu, dont on ignore l'époque, mais qui doit être postérieure à Constantin '. On lui attribue une cosmogra-
1 F. Juret, Gilbert Gaulmiu, Du Gange, Carpentier, etc.
* Ces vers dooDent un caractère particulier à la récension d*iC8ope et la distinguent du Pseudo-Callisthcne. Le traducteur n'a pas su les rendre en latin et ses efforts maladroits attestent qu'il traduisait véritablement un texte grec (V. plus bas.)
J. Valerius, et par conséquent /Esope, ont parlé des Colonnes d'Hercule d'or et d'argent, tandis que le Pseudo-Callisthène grec n'en parle pas. (Cependant le faux CaUisthène (II, 34) raconte qu'Alexandre, après avoir traversé un désert, rencontra les Colonnes d'Hercule et de Sémiramis, qui étaient d'or.)
s U ne faut pas le confondre avec Ister, disciple de Callimaque, dont les fragments ont été recueillis par Lenzius et Siebelis, à la suite de ceux de Pbanodème, etc. Lips. 1812, 8', pp. 51 à 80, et qui est cité par Plutarque ( VitAUx, p. 691) parmi les historiens d'Alexandre.
phie et un traité intitulé Sophogrammii ou de Sapientiis^ qui furent traduits en latin par un prèlre nommé Jérôme. Celte cosmographie nous esl parvenue % mais les éditions imprimées' paraissent différer de certains manuscrits qui contiennent beaucoup de fables. Elles y ont sans doute été interpolées, et Mannert, qui cherche à distinguer le texte original de ce qui peut y avoir été ajouté, pense que ces altérations datent du huitième siècle. Un manuscrit de Florence, qu'on estime du dixième siècle '^, pourrait donner quelques lumières sur ce point. Quoi qu'il en soit, l'édition de Simler (p. 33) parle des c Aras ac terminos Alexandri magni Macedonis m Rhobascorum (Orose dit Roxolanorum) finibus sitas ;m^si\ ne contient aucune tradition fabuleuse, tandis que quelques manuscrits racontent l'arrivée d'Alexandre sur les côtes de l'Océan septentrional et sa descente au fond de la mer ^.
* Dès le dixième siècle, on a attribué à iEthîcas l'itinéraire connu pins généralement sons le nom d'Antonin. Des critiques plus modernes ont adopté cette opinion, et Font considérée comme une partie de sa cosmographie. D'autres ont pensé que Julius Honorius avait composé cet itinéraire, et Ton a sons ce dernier nom quelques exeerpta tirés mot pour mot de la cosmographie. (V. ad calcem Pomponii MbUbcutû Gronovii, Lugd, Batav, i722, 8°, p. 691-702. — Wesse- Hng. Prœf, ad Hiit. Rom. — Fabric. Bibl lat. lib. I, cap. iO, § ! 1. — Schœpflin, Alsat. Ulustr. 1. 1, p. 614. — Mannert, Introd. ad Tabul. Peutinger, sect. I. — Ger. Meermann, ad lib. V Anth, lat. epigr, CXV, t. Il, p. 394. — Targioni Tozzetti, Viagg. neUa Toican. t. IX, pp. 161-165.) — Cette cosmographie se troaye aussi dans le second chapitre du livre I^r d'Orose, sans que l'on sache lequel des deux auteurs a copié l'autre^
> jEthici eosmographia. — Ântonini Augusti itinerarium^ ex bibl P. Pithœi eumseholiis Jos Simleri, Basile», 1573, in-12. — La moins mauvaise édition est celle qu'on trouve à la fin du Pomponius Ilîela de Gronovius, Leyde, 1722, S».
s Bandini, Cotai. Bibl. Laurent. Cod. lat. t. Ill, col. 324-330.
* Simler (Prœf. ad J. Balassam de Gyamarth) cite l'ouvrage d'iEthicus, d'après Lilio Giraldi, sous le titre de Antiquitatiê Historiœ^ et dit que Pierre Daniel d'Orléans en possédait un manuscrit intitulé : Liber ^thici phUosophi editue oraculoj a Hieronymo Presbytero trantlatus in latinum, ex eosmographia et mundi seripturà. Martin Opitz, dans ses notes sur le rhythme en l'honneur de saint Annon, archevêque de Cologne (apud Schilter, Thesaur. rer. teptentr. 1. 1), affirme que les Edicta cosmographica d'Ister, traduits par Jérôme, existaient, literà ionè antiquissimd dans sa bibliothèque et dans celle de de Thou ; il en donne la notice suivante : • Nunc quid Hieronymus ex Istro de Alexandri
Le second ouvrage d'iEthicus Ister est perdu ; Simler, qui le nomme Sophogrammiij avoue ne l'avoir point vu; mais d'après la note d'un savant, il l'annonce connue étant rempli de fables et écrit dans un style barbare V
La manière dont il en parle semble indiquer que c'était moins un ouvrage original d'iEthicus, qu'une sorte de compilation où cet écrivain était souvent cité. Cependant Roger Bacon ^ rapporte un assez long passage de la traduction que fit Jérôme du livre d'iEthicus, sous le titre de de Sapimliis^ titre qui représente en latin celui de Sophogrammii^ et ce rapprochement me semble prouver qu'iEthicus Ister était ou passait pour être l'auteur de cet ouvrage qui, au treizième siècle, n'était point perdu '. Dans le passage rapporté par R. Bacon, il s'agit
hoc facto referai audiamus : « Asserit (Ister) AUxandrum Magnum Ulùc per « obsidum fœdera peraccessisse, 6b hoc tantum ut hac cai^a navalium in- «• dtutriam (apud gentes insulas Oceani MagDi Borici, at ût, habitantes) cùfi" « sideraret et cutuciam. Et ultra quàm credi potest de eo famosissimas fa- « bulas inquiunt. Aiuntenim in ipsas colymphas ipsum Alexandrum introïssê «• et profundum comcendisse wqt^ ad imum, ut sciret Oceani profundum et « differentiam mari» etabysH. Nobig verè incredibile videtur,» Le commentateur ajoute que Jérôme décrit longuement les clocheê du plongeur qu'il nomme eolymphœ,
< Simler, Prœfat. « Hic ^thicus, Istria regione sophista, claruit primusque codices suos cosmographiam nuncupaTÎt; alios, quos non minora, sed majora dixisse cognovimas, Sophogrammios appellat. Nobis librnm illum videre non contigit, sed in nostro exemplari, hoc de iilo judicium a viro docto adnotatom fuit : librum esse barbare scriptum, nugis et fabulis refertum, de creatione mundi, de elementis, de mirabilibus mundi, etc. Omnia indigna Hieronymo : ac ne i£thici quidem, quoniam in eo Hbro ipse ^thicus Ister philosophas ssepècitatur, et Alchimus. >
s Opus Jifajus, p. 190.
3 Fratris Rogeri Bacon Opus Majus, Edit. S. Jebb. (Londini 1733, fol.) p. 190 : Et in cosmographia sua iCthicus astronomus dicit gentes varias debere exire circa dies Antichristi, et eum vocabunt Deum Deorum, prias mundi regiones vastaturi. Et Uieronymus hoc confirmât in libro quem transtulit De sapientiis hujus philosophi. Et Alexander cum eis pngnavit, sed superare non potuit, sicut iste ^thicus testatur et refért Hieronymns, et ideo ingemuit et ait :... Bacon rapporte le discours d'Alexandre, tel qu'il était dans l'ouvrage de Jérôme. 11 ajoute plus bas : Quando enim non potuit vincere has gentes, tune, ut scribit ^.thicus et confirmât Uieronymus, Alexander immolavit hostias Deo et deprecatus est tota nocte et die Dei misericordiam et consilium, et divinà potentiâ
des peuples tartares qui furent enfermés par Alexandre, et des montagnes qui, à sa prière, se rapprochèrent pour faciliter cette entreprise.
Le nom A' hier parait corrompu en celui d^Bisteria dans les Origines d'Isidore de Séville S et cette correction place le temps où vécut Ister entre le quatrième et le septième siècle. Raban Maur, au neuvième siècle, nous dit qu'iEthicus le cosmographe était Scythe de nation, et que le vénérable prêtre Jérôme fut son interprète '. On peut croire que ce dernier intercala des fables dans sa version, et cela s'accorderait avec la conjecture de Mannert sur l'époque de l'altération du texte d'^thicus.
TV. J'ai parlé ci-dessus d'un roman grec sur Alexandre, que quelques critiques ont k tort confondu avec celui qui porte le nom de Callisthène. Ce roman a pour titre : Bloc À)^?av5pou ToO Moau^ivog tuxI Tipdltiq.,.. ', et cette rédaction ne peut être plus récente que le onzième siècle, puisqu'il en existe un ma-
affuit terne motas magnus, et conyenerant montes advenus montes, et approxirnaverunt per stadiam unam ad spatium imius quadrigœ, et ipse tune erexit portas mirsB magnitudinis et linmt eas bitumine incognito quod nec igné, nec ferro, nec aquà, nec aliquâ re dissolvi potest, nisi solo terrœ motu yiolento.
1 V. Mart. Opitz, not. 13, ad Rhythm. de S. Annone.
* Hraban. Hanr. De inveni, ling. apud Goldast. Rer, AUmanic. Script, t. II, p. 66 : Litteras etiam ^thici philosophi cosmographi natione Scythicà, nobili prosapià, invenimus, qnos {sic) venerabilis Hieronymus Presbyter ad nos usque cum suis dictis explanando perduxit, quià magnifiée ipsius scientiam atque industriam duxit....
s 11 serait intéressant de comparer le Bîo; XXeÇav^poo avec VHistoria de Prœliis, dans le but de déterminer lequel est l'écrit original et lequel est la traduction. Il pariut au premier abord que le latin a été traduit du grec, mais si Ton réfléchit que le latin existait avant le dixième siècle (Catcd. de Bohio) et que Joseph, fils de Gorion (qui se trouve cité au c-ommencement du dixième siècle, et qui, par conséquent, a écrit avant le dixième) l'a copié, on ne pourra placer VHistoria de Prœliis plus tard que le neuvième siècle ; et si elle a été traduite du Bio( XXe^av^pou, ce dernier écrit devra remonter au huitième siècle.
Ne serait-il pas possible que le Btoç XXc^av^pou fût une traduction deVHistoria de Prœliis, flûte eu Italie par quelque auteur calabrais, ou en Grèce, d'après le roman latin et peut-être au temps des Empereurs français de Gonstantinople ???
On aurait alors : Historia de Prœliis huitième ou neuvième siècle.
Joseph, fils de Gorion. . dixième siècle.
Bîcc XXe^àv^pcu onzième — treizième siècle.
nuscrit de ce temps * et le style paraît répondre k cette époque '. J'ai déjk dit que Fabricius l'avait confondu avec le faux Gallisthène et que Frédéric Spanheim, Scaliger, Saumaise et Casaubon en ont parlé. Berkelius et Fabricius en ont publié un long fragment '. Un manuscrit de la Bibliothèque bodleienne, cité par Gagnier **, me paraît devoir être indiqué ici, quoique le commencement présente une variante qui pourrait faire soupçonner une rédaction différente ^
V. Plusieurs historiens grecs ont eu connaissance des romans qui furent écrits sur Alexandre et en ont conservé des circonstances dans leurs ouvrages. Ces romans durent être lus avec avidité dans la Grèce, et quelques-unes de leurs fables se glissèrent dans des ouvrages sérieux. M. de Sainte-Croix ^ pense que dès le troisième siècle de notre ère Jules Africain avait parlé de l'aventure de Nectanèbe et d'Olympias; mais j'ignore quel fondement il pouvait donner k cette opinion ; et c'est par une conjecture tout aussi hasardée que Joseph Scaliger, en recomposant k sa manière la Chronique d'Eusèbe, y a fait entrer la même fable'. Maintenant que l'on connaît la version arménienne de cette Chronique®, et que l'on peut s'assurer
> Bibl. Reg. Paris, ms. gr. no 171 1. Il commence par ces motn et ao^ûrxToi Aî-YÔiTTioi, Osûv àitvYOvci, -^ç pksrpx xaraXaPoitEvoi, ôaXaaoTQ; )cu;j.«7a yiu.tp£u<Ta{A8voi, iroTa{xov NtIXov ^ia7r&pYi<Ta{ji.€voi, oùpavcû âarpoOeaiav ^(a<];v]^taau.svci '7rapgi^6^(d}caai Tf GtxoufxévT)... On trouve le même ouvrage dans la Bibl. Ambroisienne (0, 117, part, super.) et ailleurs. Les divers manuscrits présentent des différences.
* Ang. Mai, Prœf. ad J. Fa/^rtum, p. xx : Opus grœcum humili quidem stilo sed nondum barbaro. Id cum Julio Valerio sœpè cougruit, sœpè etiam ab eo discrepat.... auctoris nomine caret liber. Sed profecto non est ille Pseudo-Callisthenes quem dicit Sancticrncius, p. 168 et sq. uti mihi innotuit confèrent! ejusdem locos et x^pou^'r^p^ a Sancticrucio notatos.
s Berkel. Pfot, ad Steph. Byz. voce Bcuxe^aXeia. — Fabric. Bibl, gr. t. XIV, pp. U8-150.
♦ Prœf, ad Jotippon, p. xvi.
> Ce manuscrit commence : ol ao^ci tôv 'EXXyivûv, (je crois qu'il faut lire : Tû>v AquwTÎwv) dsot 0VT8Ç.... V. Gagu. Prœf, ad Jotippon, p. xvi.
« Eicamm.'p, 163.
' Page 55.
^ Euêébii Pamphili Chronicon biparUlum,.. exarmeniaco textu in latinum eonvertum,.. operà P.-Jo.-Bapt. Aucher... Venetiis, 1818, i», 2 vol.
qu'il n'y est nullement question du séjour de Nectanèbe en Macédoine, on est certain qu'Eusèbe n'en avait point parlé.
Ce fut au sixième et au septième siècle que les fables sur Alexandre commencent k se montrer dans les écrits des historiens grecs. La Chronique Pascale * rapporte que Nectanèbe s'enfuit d'Egypte sous un déguisement et se retira en Macédoine où régnait Philippe ; mais il faut dire que l'époque de la rédaction de cette Chronique est fort incertaine ; elle paraît l'ouvrage de plusieurs auteurs, et les conjectures de savants qui l'attribuent à Cosmas, écrivain du sixième siècle, ou k George d'Alexandrie, qui vécut dans le siècle suivant, présentent peu de certitude *.
Au huitième siècle, George le Syncelle, qui a tracé d'une manière si confuse la marche d'Alexandre, et qui, du Palus Méotide le conduit jusqu'au Gange ', parle de la fuite de Nectanèbe, et dit que selon les uns ce roi se réfugia en Ethiopie, mais que d'autres auteurs prétendent qu'il alla en Macédoine, où, par ses prestiges, il séduisit Olympias et devint père d'Alexandre '^.
Jean Malala, qui paraît avoir écrit un peu après le Syncelle ^ c'est-à-dire au neuvième siècle, mêle les romans k l'histoire d'Alexandre et raconte le premier comment ce héros, qui avait conquis le monde, fut un moment prisonnier de Candace, reine de l'Inde {zrjç ^aaihv(jr,q rwv evSôrepov Ivîwv). Il l'épousa et passa en Ethiopie ^. Suidas (voce À>i^av$.) raconte aussi la
* nourx^Xiov, êeu Chronicon PtuehcUe a mundo condito ad Heraclii imperatorts annum vigetimum.., cura Car. Du Fresne du Cange (Paris, 1688, fol.) p. 170.
* Scucii Onomast, I[, i3... quig in tanta opinantium discordia judex sedebit? ? Georg. monachi SyncelH Chronograph. cura Jac. Goar. (Paris, 1632, fol.)
« Ibid, p. 256.
* H. Hodii Proleg, ad Joa. Matai. % xiv-xxix. — OacUn, De Script eccUs, II, p. 408 — Reiskeet Dindorf ont soutenu que J. Malala appartenait au sixième ou au septième siècle. (J. Malala Chrùnog. Bonn, 1831, S». Dindorf. Prœfat.)
«Joa. Antiocheni cognomento Malalœ Aû^ chronic. (Venet. 1733, fol.) p. 83.
même fable, mais son ouvrage a été si souvent interpolé qu^on ne saurait le rapporter à un temps déterminé.
Les fables s'étendent dans Gedrenus, auteur du onzième siècle. Il raconte celles de Nectanèbe et de Gandace : il .conduit Alexandre du palais de cette reine par le Phase, Cadix et les nations britanniques jusqu'à l'Indus, puis à l'Océan et au pays des Braclimanes ou Macrobii, Alexandre y fit élever une colonne. Gedrenus parle des animaux de l'Inde, de dragons de soixante-dix coudées, de scorpions d'une coudée, de fourmis d'une palme, et de l'immense Odontotyrannus qui peut engloutir un éléphant \
Michel Glycas, écrivain postérieur k Gedrenus *, a répété les mêmes traditions fabuleuses % et J. Tzetzès, k la fin du douzième siècle, cite plusieurs fois Gallisthène et particulièrement dans les vers où il rappelle l'aventure d'Alexandre chez Gandace *.
Telles sont les traces du roman d'Alexandre que l'on trouve dans les historiens byzantins ; elles se rapportent aux traditions d'Alexandrie.
VI. Il existe dans un ouvrage grec de date incertaine des débris de fables pour le moins aussi absurdes et d'une origine absolument différente. Gel ouvrage porte le titre de /îdrélations ^ et le nom de Methodius ; mais malgré quelques manuscrits qui l'attribuent k l'évêque de Patare et de Tyr, il ne peut appartenir qu'k un écrivain beaucoup plus récent et peut-être
< Georg. Cedreni Compendium historiarum (Paris, 1647, fol.) pp. 150-153.
* Il est iDcertain si Glycas vécut au douzième ou au quinzième siècle. La première opinion est plus probable. (Harles. Introd, in ling» grœc. t. II, p. 554. ~ SuppL t. II, p. 68. — G.-F. Walch, m Commmt. soc, Gotting. t. V, p. 18.— Morelli, BibU ms, gr. et lat. 1. 1, p. 266.)
s Mich. GlycBO AnnaUs (Paris, 1660, fol.) p. lil.
^ Jo. Tzetzis €hUiad, lïl, v. 885-889. V. encore Chil, I, 323. — Chil VII, 405 et 418. — V. Geier, Alex. M. HUt, script, p. 230, not.
s On le trouve en grec et en latin dans Grinœi Orthodoxogr, t. I, et en latin dans Maxim, Bihl. Patrum. t. III. Sur les autres éditions V. Fabric. Bibl, grœea, t. VII, p. 269 éd. Harles.
GUECS BYZANTINS. 29
à ce Methodius qui, en 12i0, fut pendant quelques mois patriarche de Constantinople ^ Quoi qu'il en soit, l'auteur a puisé une partie de ses traditions chez les écrivains arabes, et voici ce qu'il raconte sur le héros macédonien. Philippe épousa Chuseth, fille de Phool, roi d'Ethiopie, et en eut Alexandre. Ce prince ayant succédé à Philippe, vainquit et tua Darius, et, après la victoire, il descendit jusqu'à la mer qu'on appelle Regio solîs, et il vit des nations immondes et horribles. Il les enferma aux extrémités de l'Aquilon, et, k sa prière, les montagnes appelées Ubera Aquilonts se rapprochèrent à la distance de douze coudées. Alexandre fit fermer cet espace par des portes d'airain qu'il enduisit de Assurim^ drogue qui résiste au fer et au feu. En revenant, Alexandre fut empoisonné par ses serviteurs. Après Alexandre, quatre de ses serviteurs régnèrent. Sa mère, Chuseth, retourna en Ethiopie ; mais Bùios^ fondateur de Byzance, envoya le général Germanicus pour la demander en mariage à Phool son père, qui fut si joyeux de cette alliance, qu'il conduisit lui-même sa fille à Byzance. La fille de Bisas et de Chuseth épousa Romulus, roi de Rome, qui était surnommé Armelœus. Il en eut trois fils : Armœltis^ qui régna k Rome ; Urbanus^ qui régna à Byzance, et Claudius^ qui régna à Alexandrie. Tout cela n'était que l'accomplissement d'une prophétie de David, qui, prévoyant que Chuseth susciterait le royaume des Romains, avait dit : Ab jEihiopia prcBveniet manus ejus Deo *.
Le ménologe grec au 10 juillet vante la clarté et la sagacité de Methodius dans ses prophéties et semble faire allusion à ses Révélations. Il faut donc espérer qu'il connaissait l'avenir mieux que le passé, et se rappeler que le saint évéque de Patare et de Tyr n'est pour rien dans ces sottises qui ne furent écrites que dix siècles après sa mort.
* Fabric. Bibl grœc. t. VÏI, pp. 269, 271 . 274. — Cave, Script. Ercl Fiixt. Huer. p. 106. — Schilter, Thesaur. ling. septent. t. III, p. XLi, et sq. « .Hax. Bibl. patrum.t. III, p. 729.