‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 3)Chapitre 54 sur 93 · SLAVES · texte numérisé non relu

SLAVES

Les fables sur Alexandre parvinrent chez les nations slaves qui, de tout temps, eurent de fréquentes communications avec la Grèce. Il est question du magicien Nephianau)^ de ses amours avec Olympias, dans une chronique slave, et il parait qiie Fauteur a tiré ce qu'il en dit de la chronographie de l'archevêque Dorothée *. Quelques auteurs modernes ont pensé que les Slaves étaient les mêmes peuples que les Scythes avec lesquels Alexandre eut quelques rapports ; ils osent même affirmer qu'Alexandre leur accorda un diplôme qui constatait son amitié pour eux, et ils en citent le contenu *. Mais il n'y a Ik, ainsi que dans certaines traditions analogues des Polonais^, des Francs et des Allemands, qu'anachronismes et absurdités, sans rapport avec les traditions qui nous occupent*.

* Sainte-Croix, Exam, p. 166. W renvoie à Alter (Mclang. philol. et critiq. p. i>28) qui a donné une notice de cette chronique.

* Georg. Ratkai, Jffemoriœ Regum et Banorum Croatiœ (Viennœ 1651 fol.) lib. I, p. 10. — Schonleben, Carniola antiqua et nova, 1. 1, p. 58, 59. — Math. Petr. Katanosich, Spécimen Philolog. et Geog. Pannoniùrumf p. 1 et 2. — Matth. Belios, Prœfat. ad Grammat. Slavico-Bohemic. %Q, — Fabric. Bibl, Grœc. III, p. 31. — Petr. de Rêvai, De Monarch, Hungariœ (Francf. 1659, fol.) apad Gyarmathi, Affinitas linguœ Hungar. mm linguis Fennicœ originù (Gotting. 1799, 8o), p. 298. — Pez, Tkesaur. Anecdot t. III, part, m, p. 475. Récit d'un moine de Tegemsée (X« siècle, mais vraisemblablement plus récent}. II parie d'anciennes chansons qui disent que tous les peuples occidentaux ayant envoyé des députés à Alexandre pour se soumettre à lui, les Bavarois seuls osèrent lui déclarer la guerre. (Du Buat, Hùt, anc, des peuples de l* Europe , t. XI. p. 7, 8.)

3 V. Eccard, De origine German, p. 143-146.

* Karamsin, Hist, de V Empire Russe, t. I, p. 37, trad. franc. «... Une an-

Les Arabes apprirent l'histoire en faisant des conquêtes ; ils entendirent les récits de TÉgypte et de la Perse ; les traditions fabuleuses de ces régions se retrouvent dans leurs écrits.

Le chrétien jacobite Eutychius, dont le véritable nom est Saïd-ebn-Batrik , dans Y Histoire universelle qu'il écrivit au dixième siècle, rappelle qu'un roi d'Egypte, nommé Pharaôh Shanak^ vaincu par Ochus, se déguisa pour échapper à son ennemi et se retira en Macédoine V II parle aussi de la mort d'Alexandre, à qui les astrologues avaient prédit qu'il cesserait de vivre dans un heu où le ciel serait d'or et la terre de fer. Par\'enu à Shahrazur, il tomba malade et on le plaça sur une cotte de mailles de fer, tandis qu'on garantissait sa tète avec un boucher doré. Alors Alexandre vit que la prédiction allait s'accomplir ; il écrivit à sa mère et mourut *.

La version arabe qui fut faite du Schah-nameh, dans le trei-

cîenne tradition des peuples slaves qui parlent des- guerres soutenues par eux contre Alexandre le Grand , vainqueur des Gètes. » — ( U renvoie â Stanislas Samitski, Annales Pohnorum, lib. II, p. 877. — MauroOrbini, Historiographie du peuple Slave^ p. 3. — Raisch, Hitt. des différents peuples slaves^ édition de Vienne, t I, p. 3.) — Les auteurs persans ont parlé de ces guerres. V. ci-dessus, p. 8^ not. â.

< Eutych. Annal, p. 267. Edit. Oxon. 1658, ifi.

• Eutych, Annal, p. 284>â87. Cette fable, d'origine arabe, fîit adoptée plus tard par Firdousi , Mirkhond et plusieurs autres auteurs persans. On la lit encore dans un ouvrage français, écrit vers 1400 par Guill. de Tignon ville, et intitulé : Les dictz moraux des Philosophes. Paris 1531, petit in-8o.

zième siècle *, dut donner plus de vogue aux traditions sur Alexandre. Aussi, k cette époque, le célèbre Grégoire Abulfarage (dont je ferai mention ici parce qu'il ne se borna pas à écrire son grand ouvrage en syriaque, mais qu'il le traduisit lui-même en arabe) raconte que NectàbiiAS^ chassé d'Égj'pte par Arlahshaslus (surnommé le Noir et appelé Ochus par les Grecs), parcourut la Grèce sous le déguisement d'un astrologue, séduisit la reine Olympias et la rendit mère d'Alexandre Dhilkarnain ^.

Un peu plus tard (XIV* siècle) un écrivain que l'on croit Égyptien, Nowdiri^ qui écrivit une sorte d'encyclopédie', suivit la tradition des Persans et fit Alexandre fils de Darius I®''. Après ses victoires, Alexandre marche vers les Indes, et le roi de ce pays lui fait présent d'un habile philosophe, d'un savant médecin, d'une fille ravissante et d'une coupe inépuisable. Alexandre lui accorde son amitié et s'avance vers la Chine. Le roi de cette vaste région veut connaître son ennemi. Il se déguise en ambassadeur et se rend auprès d'Alexandre ; mais il se fait bientôt reconnaître ; les deux souverains font la paix, et Alexandre meurt peu après avoir quitté la Cliine. Les philoso-

t Assemann. Cai. Cod. Orient. Bibl. Medic, p. 148.

s Greg. Abulphar. Chron. Syriacum ex ed. Kirsch. Lips. i789, p. 35 : « Valida manu ^gyptam invasit (Ochas), ejasque incolas Persis subjecit, rege ^gypti, cujus Domen erat Nectanebus, in iCthiopiam fugiente.... Fertur fuisse pater illegitimus Alezandri. > — Greg. Abulphar. Hist. Compend. Dynctstiar, latine versa ab. Edw. Pocock. Oxon. 1663, in4o, p 89 : « Artahshashtus tertius, qui et appelât nr Asudah, id est Niger, Grœcis autem Ochus vocatur, regnavit annos yiginti septem. i£gypti regnum in potestatem iterum redegit, in fùgam dato Nectabio ejus rege, qui Grœcorum regionem habitu astrologi peragravit, cum peritus esset astronomisB et arcana motuum cœlestium perspecta haberet. Diciturque illum blanditiis sibi concubitum cum Olympiade Philippi régis Macedoniœ uxore impetrasse, dum apud illam astronomi munere fungeretur, eamque ab eo gravidam factam Alexandro Dhilkarnain. ■ — On voit que l'auteur ajoute des détails en traduisant en arabe son propre ouvrage.

s On peut prendre une idée de ce grand ouvrage dans Reiske, Prodidagmata ad HadgiChalif. tab. p. 332 à 234. — G.-B. de Rossi, Dixion. degli auî. Arabi, p. 152, 153.

phes entourent son cercueil et chacun d'eux exprime ses sentiments par une sentence ^

Un auteur, qui semble être persan, a placé à la tête de la version arabe des fables de Bidpaï * une introduction que M. Silv. de Sacy fait connaître. H raconte qu'Alexandre, voulant aUer à la Chine , fit la guerre à Four (Porus) , roi des Indes, et pour combattre avec avantage ses nombreux éléphants, le roi macédonien , par le conseil de ses astrologues, fit faire des figures de chevaux et de cavaliers en bronze, les remplit de naphte et de soufre, et au jour du combat les plaça en première ligne, après avoir fait allumer les matières combustibles qu'elles contenaient. Ces statues brûlantes mirent en fuite les éléphants qui portèrent le désordre parmi les Indiens. Il y eut ensuite un combat singulier entre les deux rois. L'armée grecque fit entendre un grand cri ; Four se retourna, et aussitôt Alexandre le tua. Enfin , dans une bataille générale, les Grecs furent vainqueurs. Les Indiens, lorsque Alexandre eut quitté leur pays pour entrer en Chine, élurent Dabschdim pour roi, et c'est au temps de ce nouveau prince que vécut le brahmane Bidpaï'.

Quelques auteurs arabes se rapprochent des fables grecques, et disent qu'Alexandre était d'origine égjptienne. C'est sans doute une allusion à l'aventure de Nectanèbe. Il parait même que, dans leur zèle, ils en font un mahométan*^. D'autres se bor-

^ Sainte-Croix, Examen, p. 183-188. il pense que les auteurs orientaux qui ont parlé du séjour en Chine d'Alexandre ont rapporté à ce prince l'expédition de Gengis-Khan.

* Ces fiibles, d'origine indienne, furent traduites en pehlvi, et au huitième siècle du pehlvi en arabe, sous le titre de Calila et Dimna. L'auteur de l'introduction est d'un temps beaucoup plus récent.

' Sily. de Sacy, Iffém. sur Calila et Dimna, p. 15-17.

* Caial. BibL Heg. Paris, t. I, p. 457, Cod, Arab. n» 1494, A. - Historia Alexaudri M. sive^tius fabula Romanensis de rébus ab illo gestis. In illo autem opère nihil ferme reperias quod non sit a veritate omninô alienum. Si auctori anonymo fides Alexander génère Coptus , Mahumedanos inter numerandus. * — Cod. xvu sœc.

nent à reconnaître que Philippe n'était pas son père, et, comme Nowaïri, le font aller jusqu'à la Chine*, et racontent ses conversations avec les sages de l'Inde ^.

Je viens de parler des traditions arabes qui ont quelque analogie soit entre elles, soit avec celles qui se trouvent dans les premiers romans alexandrins ou persans. Maintenant j'exposerai quelques fables sur Alexandre qui se lisent exclusivement dans des écrits arabes, et qui paraissent des inventions propres à cette littérature.

On trouve un ouvrage que les Arabes ont attribué à Aristote et qui porte le titre de Secret des Secrets (Secretum SecretI). En dépit des fables qu'on trouve dans cet ou^Tage , son texte original est arabe, et il y en a deux manuscrits en cette langue'. On y raconte qu'un certain Jean , fils de Patrice, le traduisit, sur l'original grec, en arabe, qu'il Ait ensuite traduit de l'arabe en latin, soit par Jean, fils de Patrice, soit par Philippe de Tripoli, qui le dédia à Guy de Valence, évéque de cette ville. On trouve dans les manuscrits et les éditions des variantes sur la suite de ces traductions et sur leurs auteurs. Dans l'édition de Bologne, on lit dans le prologue du translateur Jean qu'il alla à l'oracle du Soleil, et qu'il y obtint d'un solitaire ce livre si désiré , qu'il traduisit du grec en latin et ensuite en arabe.

* Caial. BibL reg. Paris, 1. 1, p. 257, Cod.Arab. n» 1494. Codez bombycinus, olim G. Gaulmiui, ubi continetiir.... Sairat al malek Eskander al roumi, sive De Alex. M. rebas gestis, auctore Ibrahim Ebn el Moferag el Souri. Cf. Assemann. Cat. Bibl, Medic. Cad. Orient, p. 320, qo 136. Cet auteur arabe viyait à la fin du quinzième siècle; il admet qu'Alexandre mourut empoisonné.

Abraham Aben Phareg MsuU Arabica linguà contexuit Historiam Alexandri. Exstat ms. ài7cu;(?) in Bibl. Bavaricà. (Vid. Rader, Proluaion. ad Q. Curt, c. À.) — Cat. Cod. Univers. Lugd. Batav, p. 484, n» 1844 : Ibrahim ben Murigi Hourii Uistoria Alexandri Magni , sed fabulosa ex hypothesi Mahumedicâ. (Arabicè.)

* Cat, Cod, Univers. Ltigd. Batav. p. 450, n» 994. Collectio adagiorum.... continet etiam historiam mortis Alexandri M. et ejus colIoquUk cnm sapientibus. (Arabicè.)

3 Ms. arabes n»» 944 et 945 à la Bibliothèque royale de Paris. (Jourdain, Recherches sur les traductions d'Aristote^ p. 200.)

Philippe le trouva en arabe à Antioche et ie mil en latin ^ Ce livre eut une célébrité assez grande au treizième et au quatorzième siècle, et le texte arabe nous est parvenu *. Il a été traduit en vers français au douzième siècle par Pierre d'Abernon ou de Vernon*, et en prose au treizième siècle*; en hébreu, et en presque toutes les langues ^ Dans certains exemplaires

* Aristotelit philotophorum tnaximi Secretum Secretorum ad Alexandrum de Regum regimine, desanitatis conservatUmet de Physiognonumia, Bonooiœ, 1501 ,i6oct.fol.— « Joannes qui traDstalit istum librum... venï ad oraculam Solis

qaod ooDStraxit Escalapides in qao inveni qaemdam viram solitarium, sup-

plicavi deyote ut mihi ostenderet sécréta scripta illias oracali : qui libenter tradidit : inter quod opus desideratissimum inyeni... et ad petitiouem régis illastris-

simi transtali ipsum de Grœcâ in Romanam, deinde in Arabicam...» Cette

Tersion latine a été encore imprimée dans un recueil formé par Alex. Acbillini, publié à Venise 1516, fol. et à Paris 1520, in- 12 min., puis par les soins de Fr. Storella à Naples 1555, in-8o. 11 y en a plusieurs autres éditions. (V. Fossi, Cat, Bibl. Magliab. t. I, p. 206. — Panzer, Ann, Typ. t. I, p. 336, 337.) — il en existe desms. (Bandini, Bibl. Leopold. I, 458, II, 68. — Sinner, Cat. M s. Bibl. Bemens. t. I,p. 283. — Fa})ric. Bibl. Gr. t. III, p. 283, éd. Harles.) Celui de la Bibliothèque du roi à ^aris, no 8501 , in-4o, écrit sur vélin au quatorzième siècle, dit qu'Aristote, précepteur d'Alexandre, qui dicitur duo comuahabuisse, composa cet ouvrage dans sa vieillesse, qu'il fit beaucoup de prodiges et de miracles qu'il serait trop long de raconter, et qu'il monta au ciel empyrée dans une colonne de feu.

• Bibl. reg. Paris. Cod. Arab.y no 944, 945.

s De la Rue, Recherch, sur le$ Bardes, 1834, t. H, p. 359-362.

« Quetif et Echard, Script, ard. Prœdicat. p. 467, 468 : Ceux qui cest

livre liront, prient por frère Jofroi de Waterfordde et por Servais Copole, qui cest travail empristrent.... •• Il y a d'autres versions françaises manuscrites et imprimées. V. Cat. des liv. du duc de la Vallière, 1. 1, p. 374. — Panzer, Ann. Typ. t. IV, p. 87. — Et le manuscrit n» 7062 de la Bibliothèque royale. Ony lit : « Jean

filz patrice sage en tontes manières trouva en la terre de Grèce repost en ung

temple du Soleil, que Eustapidus avait fait faire, le livre des Secrets d'Aristote et le translata de grec en Calde, et puis à larequeste du Roy darabe le translata de Calde en Arabie et après longtemps ung grant clerc appelé Philippe le translata de Arabie en latin et l'envoya à très révérend.... Guy de Valence evesque de

Triple et depuis par ung vénérable il a esté translaté en françois. • (Van

Praet, Recherches sur L. de la Gruthuyse, p. 137.)

s Traduit en italien (Bandini, Cat. Bibl. fjeopold. t. III, p. 320. — Marsand, Ms. Italiani délie Bibl. reg. p. 75. — Mittarelli, Cat. Cod. S. Michel. Venet. col. 895. — En anglais, se trouve dans la bibliothèque d'Oxford. —Traduit en flamand et en vers par Jaques Van-Maerlant au treizième siècle. (Siegenbeck, Préc. de l'Hist. litt. desPays-Bwt, p. 25.)

42 LES ABABES.

(le la version françaises il est intitulé : Le Gouvernement des Rois et des Princes^ et les préceptes d^Aristote à Alexandre. Ce livre renferme des règles de morale et de santé*. Au milieu de ses conseils , le philosophe rappelle à son royal élève le danger qu'il avait couru , lorsqu'une reine de l'Inde, voulant le faire périr, lui avait envoyé une fille brillante de beauté, mais qui, dès son enfance nourrie du venin des serpents, tuait par ses embrassements et même par ses regards^.

On lit encore dans cet ouvrage qu'Alexandre possédait un cor qui avait été construit par Themistius. Avec ce terrible instrument il pouvait faire parvenir ses ordres et se faire entendre à la distance de 60 milles'*.

* Paris, 1497, petit in fol.

» V. Fabric. ibid. III, p. 284 (ii),

s • 0 Alexander recolle facta Reginœ iDdorum quando tibi mandayit causa amicitise multa encenia et dona venusta, inter qaos missa fhit illa yenustissima paella qaœ ab infantià natrita fait et imbuta veneno serpentum : itaque sua natara versa erat in naturam serpentum. Et nisi illà horà sagaciter inspexisnem in ipsam et arte magica judicassem : ideoque audacter, horribiliter , et incessanter et inverecundè suum figebat visum in faciès hominum, perpendi si quidem quod interficeret solo morsu, quod experimento poBtea didicisti et probasti, et nisi hoc certissimè ostendissem, mors tua fuisset in ardore coltus consequuta... » {Secret. Secret. Aristotel. Napoli 1555, in-8o.)

^ M De Cornu. Oportet etiam tecum habere istud instrnmentum quod fecit Themistius ad opus exercitus et ad nocendum : et est instrnmentum terribile quod diyiditur modis multis, quià forte te oportebit visitare totam provinciam tuam et regnum tuum et congregare subditos et proceres tuos et bellatores in eàdem die vel citius vel alio modo prout indiget exercitus magnus et numérosus : hujus instrumenti sonus auditnr per miliaria sexaginta. •

Sur la première page et au-dessus du titre de l'édition de Bologne (1501 infol.), on voit la figure du cor d'Alexandre, au mUieu de laquelle on lit : • Hoc œneo cornu mirabili artificio fabricato Alexander rex Magnifions ex LX miliaribus exercitum suum conyocayit. Quod ob illius inextimabile artificium et excedentem magnitudinem LX yiris regebatur. Verum multa resonantium metallonim gênera inejus compositionem concurrebant. >• — Gonf . Kircher, Ars magna lueis et umbrcB, lib. II, part. 1, cap. 7. — Ejusd. Phonurgia. — Denys, Mémoires des Arts et des Sciences. 1672, 2 mai, p. 1 1 1 et i 12. — G. Paschii Inventa novantiqua, p. 103 et seq.— Journal des Saoants, 1713, II, p. 230. — Norhorf. Stentor hyaloelast. cap. 7 et 14. — Au commencement du quatorzième siècle, le poète anglais Adam Davie qui écrivit the life of Alexander, parla de ce cor. (Warton, The hist. of English poetry, I, p. 229.) On a prétendu bien à tort que

Une autre tradition arabe désigne Alexandre comme ayant construit un mur pour contenir les nations féroces de Gog et de Magog'. Dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, on attribuait un ouvrage de ce genre ii Alexandre, et on le plaçait dans le Caucase*, quoique ce conquérant n'ait jamais été dans ce pays. D'un autre côté l'Écriture sainte parle de Gog et de Magog ; les prophètes menacent de leur invasion et disent que ces nations seront massacrées sur les montagnes d'Israël'.

Mahomet recueillit et mêla ces récits. Il représente Dhukarnain (l'homme aux deux cornes) comme ayant parcouru le monde depuis l'extrémité de l'Occident, où le soleil se couche dans un étang de boue noire, jusqu'aux lieux où le soleil se lève; il parvint ensuite chez une nation qui se plaignit des invasions de Gog et de Magog , et pour la mettre k l'abri , le héros ferma un passage entre deux montagnes par une muraille de fer fondu recouverte de bronze. Ce n'est qu'au jour du jugement que Gog et Magog réduiront cet obstacle en poudre et s'échapperont de leur prison '^. Les auteurs ne sont point d'ac-

Samuel Morland et le père Kircher avaient inventé le porte-voix vers 1671. « Greg. Abalphar. Chr. Syriao. éd. Kirsch, p. 37 : « Fecit (Alexander) portas ferreas longas cubitorum 12, latas 8, ne Uunni exirent. »

* Joseph. De Bello Judaïc. VII, 7 : « Alanorum autem gens juxta flumen

Tanalm et paludem Mœotidem sedes habentes molientes in Mediam pêne-

trare Is enim est transitas illius dominas quem rex Alexander portis ferreis

munÎTit. » — iEgesîp. de Hieros. Excid. cap. 51 : « Per claastra ferreœ portas qaœ Alexander prseropto Taari montis jago imposait, cam cœteris gentibus

fuisse coercitos Alanos et velati quodam carcere illias arte et ing'enio incla-

sos, at sais se continerent terris.... » — Dexippos apud Syncellum, p. 264 A : « Ad Caacasam profectas (Alexander) Barbaros ad Mœotîn profligat. »

Un grand nombre d'historiens da moyen âge ont répété la même tradition. ' Ezech. XXXVIII etxxxix.— Apocal. xx, 8.

* Alcoran , sarat. xviii. t. II , p. 424, éd. Maracci : « Et interrogabant Ja-

dœi de Bicomi. Responde : Recitabo vobis de eo commemorationem Deinde

proseqaatas est iter, donec pervenit inter duos montes Dixerant : G Bicomis

certe Jaguget Magag sant dévastantes terram nostram Respondit:.... Po-

nam inter vos et inter illos manimentam validam. Afferte mihi frasta ferri, ut eequem duo latera horom montium. Dixit prœtereà : InsufiQate , donec efRciam illud ignem. Dixit rursum: Afferte mihi ut effundam super illud œs liquefkctum »

4i LES ARABES.

cord sur Torigine du nom, ni sur la personne de Dhukamain, Les uns y voient le fils de Philippe ^ ; les autres y reconnaissent un roi de rVémen, beaucoup plus ancien, de la race des Ben- Humeyr '. Plus tard, on crut que le monument qu'il avait bâti se trouvait à Torient de la mer Caspienne ; c'était une conséquence de la confusion qu'on avait si souvent faite du Caucase avec les montagnes du nord de l'Lide, et l'on associa à la tradition sur ce rempart des récits obscurs de certains passages fermés de murs existants dans la Bucharie' , dans les monts Belur, et peut-être encore quelques vagues notions de la grande muraille de la Chine. Au neuvième siècle , suivant une tradition conscr\'ée par l'Edrisi*, un kalife de Bagdad ordonna qu'on cherchât le rempart de Gog et Magog, et son envoyé le trouva à l'est de la mer Caspienne, après avoir fait le tour de cette mer par l'ouest et par le nord. Danville , qui a examiné en géographe cet itinéraire , place le prétendu rempart de Gog et Magog dans le voisinage du lac Palkati , et d'une résidence des anciens khans des Songares, qui portait le nom d'Harkas^ J'ai déjà remarqué (p. 24) que le moine Roger Bacon avait cité un fragment des Sophogrammii d'JEÙncm Ister®. Il ajoute que, suivant le même auteur, les nations renfermées par Alexandre devaient sortir au jour de l'Antéchrist et le reconnaître pour

< Nizâmi prétend qu'Alexandre fut ainsi surnommé à cause de la longueur de ses oreilles, et il lui applique la fable de Midas et de son barbier. (Charmovt Expéd. (VAlex, contre les Russe». Avant-propos, p. 94.)

* Hartmann, Edrisi Afriea, p. 313. — Quelques Persans prétendent qu'il s'agit de leur antique roi Djemschid.

s Malte-Brun, Précis de la Géog. I, p. 370. — Voyez sur la tradition des Tartares, Abulgasi, ffist.généalog. des Tatars, t. I, p. 129.

* Geogr, Nubiensis, 9* part. Clim. vi, p. 267 et seq.

8 Danville, Uist. de l'Acad. des Inscript, t. XXXI, p. 210-219. — Greg. Abulpharage, parlant d'une invasion des peuples orientaux d'après une lettre du métropolitain nestorien de Samarkand au onzième siècle , dit que pour arriver à Chascbgar, ils forcèrent le mont Tachtuchutan qu'Alexandre avait jadis fermé. — Assemann traduit : montem inter Thebel et Chutan

* R. Bacon, Opiis maj. p. 190: « Et Uicronymus hoc confirmât in libro quem transtulit de Sapientiis hujus philosophi (/Ethici) »

Dieu. Alexandre n'avait pu les vaincre, mais, k sa prière, la puissance divine excita un grand tremblement de terre , et deux montagnes se rapprochèrent à la distance d'un stade. Cet intervalle fut fermé par Alexandre au moyen d'énormes portes de fer qu'il enduisit d'un bitume inconnu que ni le fer, ni le feu, ni aucun autre agent ne pouvait dissoudre'. Il serait fort étonnant de trouver cette fable dans un auteur antérieur à la rédaction du Coran , comme parait l'avoir été ^ihicus ; mais cette objection est détruite par Bacon lui-même, qui déclare qu'il se sert de la traduction latine du prêtre Jérôme, et celuici, de beaucoup postérieur h iËthicus, parait avoir altéré l'original grec qu'il traduisait^. Bacon déclare que quelques auteurs ont assuré que les nations qu'Alexandre avaient enfermées au delk de cette muraille étaient composées des descendants des tribus d'Israël qui avaient abandonné le >Tai culte et avaient été transportées dans les environs de la mer Caspienne.

Nous verrons plus loin que c'est là une opinion due aux rabbins.

Je ne puis entrer ici dans les détails que les auteurs arabes donnent sur les peuples de Gog et Magog, qu'ils appellent Yadjoudjes et Madjoudjes ; on peut les lire dans plusieurs auteurs, et je me bornerai à rappeler ce qu'un écrivain italien a dit de cette fable : « Vi entra di tutto, Apocalissi, Quinto Curzio, « Tahnud, e sopratutto ignoranza^. »

« R. BacoD, Opfêê Maj. p. 190, 191, 230. Les Révélations de Méthodias donnent à ce bitume le nom d'A$surim. V. ci-dessus, p. 29. — Un auteur qui « a mis en prose le roman françois rimé d'Alexandre » dit qu'Alexandre enferma un peuple anthropophage entre deux montagnes, dont l'une avait nom Promontoire, et l'autre Lairent • et fist sa prière à notre Seigneur qu'il fist assembler les

deux montagnes ensemble : adonc fit Alexandre faire des portes de fer et

les fit couvrir d'astruction, afin qu'elles ne fussent entrebrisées ne arses en aucune manière ; car sa nature est telle qu'il brise le fer et le consomme tout et etainct le feu comme faict l'eaue. » (Lhystoire du noble et voUllant roi Alixan^ dre, Paris, Bonfonds, in-4o.)

* V. Mannert, Introd. ad tabuL Peutinger. sect. I>.

~* Formaleoni, lUuBtr, di due carte antiche, p. 56. — V. d'Ohsson, Des peuples

Celte fable d'Alexandre et des peuples de Gog fut répandue par les Arabes en Orient et en Occident; on la trouve dans des auteurs persans tels que Firdousi et Mirkhond, comme aussi dans les romans sur Alexandre écrits par des Européens*. On ne peut avoir de doute sur son origine ; cependant un savant du nord, M. Gust. Geyer, ayant trouvé dans la mythologie Scandinave un récit qui a de la ressemblance avec ceux des Orientaux', a pensé qu'elle appartenait proprement à Yancien Iran et à l'Asie cm- Irak^. Ce serait «roire que cette tradition serait parvenue dans la Scandinavie avec les peuples gothiques qui y arrivèrent de l'Asie. Mais il me semble aue, sans remonter aussi haut, les relations des Scandinaves avec l'Orient * et l'empire de Constantinople, leurs pèlerinages, leurs guerres et leur commerce en Palestine et à Alexandrie \ peuvent plus facilement expliquer comment, dès le moyen âge, une tradition arabe a pu être connue dans

du Cauca$eau X^ siècle^ p. 431 et suiv. Il a réuni sur ce sujet tout ce qu'on trouve dans les écrits des Orientaux. — Humboldt, Asie centrale, II, p. 9â et suivantes.

« V. plus loin Histor, Alexandri IHagni régis Maced. deprœliis. — Ystoria Alexandri régis a Magistro QualicfUno metricè édita, Ms, BibL reg. Paris, lat. 8501. — Chronica Regia S. Pantaleonis. — Methodii revelationes (v. p. 29). — Une foule d'auteurs du moyen âge ont parlé des rois ou nations enfermées par Alexandre et des cartes du seizième siècle représentent ce prince devant la muraille qui les contient. Mart. Opitz, Not, ad Rhythm, de S. Annone apud SchiUer, t. I, p. 10, not. 0 : « Hujns farinsB sunt quœ de gentibus ab Alexandre inter altissimos montes in parte aquilonari conclusis , epistola Presbyteri Johanuis exhibet in peregrinatione Johannis Hesei, qui illa ex Qistri compilatore depromsit quamvis in libro meo ista de Âlexandro non extent, atque ex Bistro epistolœ assuta videantur ab Heseo. •

• « Dans le nord demeurent les Rimthourses on les géants des frimats,

« les mauvais esprits , ennemis des dieux et des hommes. Un mur, qu'ils me- « nacent sans cesse de percer, les sépare de la partie centrale de la terre, où est « situé Asgard, séjour des dieux.* (Geyer^ Svea Rikes Hafder, t. I, p. 401, apud d'Ohsson, Des peuples du Caucase au X» siècle, p. 284.)

s Je ne connais l'opinion de M. Geyer que par quelques lignes citées par d'Ohsson» i6t(i.

^ V. Lassen-Rasmussen, De Orientis cotnmercio cum Russia et Scandinavia wedio avo. Haunise, 1 823, in-i^.

5 Vid. Pontoppidan. Gesta et vestig. Danor. extra Daniamy t. î, cap. 1.

le nord de l'Europe, et s'introduire dans une mythologie dont la rédaction est d'une époque fort incertaine

La littérature arabe possède encore un ouvrage sur Y Art mû litaire^ qui est attribué à Alexandre, et qu'on dit traduit du grec S mais il ne parait pas se rattacher k nos recherches. Je passerai aussi sous silence quelques fables qui n'y ont point un rapport direct; telle est par exemple la découverte de l'aloés, faite dans File de Socotara^ par Alexandre, pendant son prétendu voyage de la mer des Indes à la mer Rouge • ; telle est encore l'arrivée de ce héros en Andalousie et le canal (Alzacac) qu'il fit creuser pour établir la communication entre les deux mers '. Je laisserai ces fables isolées, mais je remarquerai que les Arabes, par leurs conquêtes, par leur prosélytisme, par les dynasties mahomélanes dont ils furent l'origine , répandirent dans l'Asie orientale, avec leur croyance, la renommée d'Alexandre, que les vicissitudes d'un grand nombre de siècles avaient dû effacer. Je crois pouvoir attribuer k leur influence le nom de DhtUcarnain que prenaient, au treizième siècle, les rois de Badaschan et lem* prétention de descendre d'Alexandre et de la fille de Darius '^, plutôt que de voir dans ces faits, avec

« Cat. Cod. Bibl. Lugd. Batav., p. 460. Cod. Arab. ccccxcix. — Fabric, Bibl. 6r. t. II, p. 28, éd. Harles.

■ Geo^. Nubiensùy p. 23, 24.

» Geogr, Nubiensis, p. 147, 148. —Nous avons remarqué que Cedrenus, Grec du onzième siècle, conduisait Alexandre à Cadix et chez les nations britanniques (Cedren. Campend. Histor, p. 152). — L'auteur des Voyages de Macarius, patriarche d'Antioche, au milieu du dix -septième siècle, attribue à Alexandre la communication de la mer Noire avec U mer de Marmara (Joum. des Savants, iSdO, p. 492). Quelques aateurs ont raconte qu'Alexandre a^ait séparé l'Espagne de l'Afrique et avait ainsi donné passage à l'Océan dans la mer Méditerranée. Un manuscrit arabe du Musée Britannique dit au contraire qu'Alexandre construisit, sur le détroit qui sépare les deux continents, un pont de 1 300 arches, et qu'il fut aidé dans cette entreprise, comme dans beaucoup d'autres, par le prophète Élie (Khizzer). {Revue Britannique, 1840. Août, p. 188.)

* Marco Polo, Il milione, p. 29. ediz. del conte BaldelU. — • Unde forsan nata fiibula de Balascia provincià cujus reges, qui jure hsereditario sibi invicem succédant, ab AlexandroM. originem duxisse feruntur.» M. Paul. Venet. I, 34. {Freinsh. ad Q. Curtium.)

le comte Baldelli \ un souvenir direct du prince macédonien et des rois grecs de la Bactriane *.

On sait aussi que les sultans de Dehli et du Bengale tenaient a honneur le titre de second Aleocandre^ jusqu'au quinzième siècle, époque k laquelle la renommée de Tamerlan vint effacer toute autre renommée^. Enfin, dans l'Inde orientale, les Malais apprirent les hauts faits d'Alexandre et le regardèrent comme la tige de la race de leurs rois '^. « Il arriva un jour, c( disent leurs annales, que radja Secander, fils du radja Darab, « de Roum, de la race de Makaduniah, dont l'empire portait le « nom de Zulcarneini, éprouva le désir de voir naître le soleil. « Il parvint dans cette vue jusqu'aux dernières limites de la « terre de Hind. » Il remporta la victoire sur le radja Kidon Hindi et l'obligea k embrasser la vraie foi^ œnformémenl à la loi d'Ibraliim^. Alexandre épousa Shaher-oul^Beriah^ fille de Kida-Hindi, et après avoir passé quarante-cinq années dans l'Hindostan retourna à Makedouniah ^.

> Plusieurs princes des régions situées entre Badaschap et le Cachemir se prétendent encore actuellement descendus d* Alexandre. (Bûmes, Voy. en Boukharie,t. Il, p. 2t 1 ; t. III, p. 169 et suiv.trad. fVanç. — Uphagen, Parerga historié, p. 5*28.) Les mahométans de l'Inde mettent Alexandre le Grand (Sikander) au rang des saints et lui offrent dés chevaux d'argile. Les Indiens partagent la vénération des musulmans pour le roi de Macédoine. {^Joum. des Savants^ 1833, p. 5i3.)

• Note de Baldelli, ibid. p. 39. — Baldelli. Storia délie relaz. delV Europa con VÀsia, p. 9.

s Reinaud, Médailles des rois du Bengale, dans le Journ, Aiiatiq. t. III, p. 373, i86, 287.

^ Le petit ouvrage arabe intitulé : Satlatu-lsalathin^ et en malais : Penœronan Segala Radja^ pour l'examen duquel l'Académie de Batavia a proposé un prix. {Revue Encyclop, t. XXII, p. 720.)

s Bayer, Hist. regni grœc, Bactrianij cap. Xii, p. 30. > Ceterum ludi ad hune diem Alexandri memoriam recolunt, nomine Scha Sehkandur Padcachu^ eum« que Indo secundo in Oceanum devectum fuisse narrant. Addunt eum duodecim annos navigasse in Oceano et fontem aquœ undè immortalitem hauriret quacsisse. Ita ex ore Souhhara Multaniensis excepi. »

6 John Leyden, Halay Annals (Joum. Asiatiq. t. I, p. 304, 305.) M. E. Jacquet (Mélanges Malais^ Javanais, etc, dans le Joum. Asiatiq. 1832 févr. t. K\) dit que Valentyn, M. Roorda Van-Eysingen dans son Dictionnaire malais

Je reviens aux écrits des Occidentaux et aux récits plus ou moins fabuleux qui se trouvent sur Alexandre dans les ouvrages latins. Avant de parler du roman d'Alexandre écrit en latin, dont il existe tant de manuscrits et plusieurs recensions différentes , je m'arrêterai un instant sur un ouvrage qui , malgré une apparence tout historique, contient cependant quelques fables, et je le place k la tète de tous les autres, parce qu'il est le seul dont la date soit connue.

I. VIttnerarium Alexandri a été publié par M. Angelo Mai \ d'après un manuscrit qui parait être du neuvième siècle : Muratori en avait déjk fait imprimer une partie' tirée d'un autre manuscrit inconnu à M. Mai, ainsi que l'extrait de Muratori. L'auteur anonyme de cet ouvrage le rédigea l'an 345, et l'adressa k l'empereur Constance, au temps de sa seconde guerre

et Werndly dans sa Grammaire malaye, font mention de cet ouvrage, dont le titre est : Hiêtoire d'Alexandre le Bicornu. l\ ajoote : « Cette Hakayat n'est que la « traduction d*un de ces romans d'Alexandre si vulgaires dans l'Orient On

• sait que tous les faits y ont été systématiquement altérés, et que l'orgueil

• national des Orientaux, en adoptant Alexandre, a largement étendu ses con- " quêtes. Il est vraisemblable que l'ouvrage indiqué sous le n® 28 des manus- - crits javanais de la collection Raffles (voy. VAppend, \ ) est une traduction

• javanaise de V Hakayat malaye... 11 doit aussi exister nu roman d'Alexandre « en siamois. .. •

< Mediolani, 1817, in-8oet in-4o max.

* Antiq. Italie, Diuertat. xliv. t. IH, col. 957-962. Ce fragment répond aux 32 premiers chapitres de l'édition de M. Mai.

contre les Perses. Je ne dois cependant point dissimuler qu'un Italien de beaucoup d'esprit, le prof. Sébastien Ciampi, a soutenu que cette dédicace était une supposition, et que Fauteur avait vécu, non point du temps de Constance, mais seulement au cinquième siècle ^ 11 se fonde sur son style, et cette preuve est loin d'être convaincante ; mais il a raison de rabaisser la manière d'écrire de l'anonyme que M. Mai avait trop vantée, et il me fait l'honneur de citer le jugement que j'en ai porté dans la Bibliothèque Universelle (Mars 1818). J'ai donné dans ce recueil une idée de l'Itinéraire d'Alexandre. M. Letronne, dans le Journal des Savants*^ l'a examiné sous les rapports de l'histoire, de la géographie et de la philologie ; je dois donc me borner ici à parler de la partie romanesque. Elle serait peut-être plus considérable si l'ouvrage était complet, mais on n'en a pas la fin. J'avais eu l'espérance qu'il se trouverait tout entier à Paris dans la Bibliothèque du roi *.

Je ne m'arrêterai pas à ce que dit l'anonyme de la brève expédition d'Alexandre au delà du Palus Max)tide'; ce n'est qu'une exagération de celle qu'il fit au delà de lister, mais je remarquerai le voyage de quatre-vingt-dix jours que le narrateur fait faire à ce héros pour parvenir aux colonnes d'Hercule : l'un de ces monuments était d'or, l'autre d'argent. Alexandre les fit sonder, et fit frapper 1500 pièces d'or du métal qu'il en tira*^. On lit ce récit en termes différents dans l'ouvrage de

* Seb. Ciampi, Feria Vanaviens. 1818, p. 15 et seq. « 1818, p. 401-413.

s Itin. Âlexand. cap. xxi, p. 12. « .... Eximque ciun, mari dextro perque Eoxinam militans, Mseoti transmbsa, jam remeans Gothos irruisset, eos quoque saperat bello, die eadem regressus ad suos »

* Itin, Alex. cap. 119-120. L'anonyme exprime an doute sur la yérité de ce récit : Si quis aurem ad fidem dicefitis tnc/in^r.-— M. Mai rappelle qu*Annibal éprouva de même une colonne d'or du temple de Lacinium {Silenus et Cœlius ap. Cicer. de Divinat., I, 24). Les romanciers d'Alexandre ont peut-être imité ce récit. Philostrate {Vit. Apollon. V, 5} dit que dans le temple d'Hercule, à Cadix, il y avait des colonnes composées d*or et d'argent fondus ensemble.

* Il est resté incomplet dans l'édition de C. Millier. — Éd.

ValeriusS qui esl annoncé comme étant la traduction d'un roman grec composé par iEsope. Ce dernier auteur avait donc fait mention de ces colonnes, dont il n'est pas parlé dans le roman grec qui porte le nom de Callistliène*. On pourrait conclure de là que le Pseudo-Callistliène est plus ancien que Vllinerarium^ et si le style de l'auteur grec était un obstacle k une antiquité si grande, on pourrait croire que plus tard une sorte de translation en langage du temps lui aurait donné ce caractère phis moderne. Je rappelle ici que j'ai déjà signalé quelque différence entre le livre d'iEsope et celui du faux Callisthène'^.

Les anciens n'avaient pas placé les colonnes d'Hercule seulement à l'entrée de la mer Méditerranée, ils les avaient aussi attribuées à l'Asie orientale*, et encore au nord de l'Europe **, et la flatterie ayant cherché sans cesse à rapprocher Alexandre des traces de Bacchus et d'Hercule*, ses adulateurs lui firent trouver dans l'Orient les monuments qu'il avait , dit-on , le dessein de chercher dans l'Occident ^ Les colonnes ou autels, élevés par Alexandre sur les bords de l'Hyphasis, ne furent pas plus stables que celles d'Hercule, et, dès le deuxième siècle de l'ère chrétienne , Ptolémée indiquait les A^ÇavSpou gtyjIou comme étant dans la Sarmatie^. De nos jours une colonne fort ancienne, qui se trouve en Géorgie, est attribuée à Alexandre par les habitants du pays^.

< Jol. Valer. Ret ge$U Alex. Maced. lib. III, cap. 81.

* Voyez cependant ci-dessus, page 22.

* Voy. ihid.

^ Plin. Hùt. Nat.j VI, 16 : ■ Arœ ibi (in Sogdianà) sunt ab Hercule ac Libero pâtre constitutee, item Cyro et Semiramide, atque Alexandre : finis omnium eorum dnctus ab illa parte terrarum • Cf. Solin. Polyh. cap. 49.

s Tacit. Germ. cap. 34. — Keysler, Antiq. Septentr. p. 183, 188.

« Strab. XV, p. «88. — Freinshem. Not. ad Q. Curt. VII, vu, p. 500, édit. Snackenburg.

^ Q. Curt. X, I, 17 : • Ipse animo infinita complexus statuerat, omni ad Orientem maritima regione perdomita, cursum Gadis dirigere, ibi namque Columnam Herculis esse fama vulgaverat. •

ft Ptolem. III, 5.

9 Mémoires de Van Halen, i« part. p. 237, 238.

52 ROMANS latins;.

II. Julius Valerius traduisit, comme nous Tavons déjà dh (p. 21), le roman grec composé par iËsope. Cette version, déjà connue par les catalogues de plusieurs bibliothèques, et par quelques citations, a été publiée par M^** Angelo Mai« d'après un manuscrit qu'il croit du neuvième siècle , et qui fut jadis apporté d'Avignon à la Bibliothèque Ambrosienne^ Il conjecture d'après le style de J. Valerius que ce traducteur était Africain, et qu'il écrivit au troisième ou quatrième siècle*. Cela s'accorderait avec l'opinion de Claude Chifflet, qui, dans sa vie d'Ammien Marcellin ^, place J. Valerius au nombre des contemporains de cet historien; mais M^'' Mai ne parait pas avoir eu d'autre autorité que la réunion dans le même manuscrit de l'ouvrage de J. Valerius avec VJtinerarium Alexandrie qui est dédié à Constance, ce qui assurément ne prouve rien. Du Cange, dans son Dictionnaire grec (voc. 'E/3£>^avo^), rapporte qu'/Esope fut le traducteur de Callisthène, et qu'il dédia son ouvrage à Constance ; mais il y a là une double confusion, et

> Jalii Valerii res gestœ Alexandri Macedonis translata ex JEaopo Gneco, prodeunt nunc primùm edente notisque illustrante Angelo Maio, Mediolani^ .i8l7, io-8o et m-4o, p. xxii et 5U8. — Geier, Prolegom. p. xxxv, not.

« Le cours du temps fit un mélange inextricable de toutes ces représentations de l'Orient et de l'Occident, productions d'une imagination ardente qui était excitée par les objets les plus puissants et dirigée sur les idées les plus grandioses ; il en résulta une confusion des rapports des historiens. Cette tendance fût fayorisée tout particulièrement par le siècle d'Adrien, et il surgit déjà alors des Alexandriades poétiques. Le Valerius que Mai a publié doit être considéré comme l'une des principales sources du mythe d'Alexandre dans le moyen âge : elle appartient au quatrième siècle. On n'a pas encore précisé, à ce qu'il semble, les rapports qui unissent Valerius (on sa source grecque, iEsopus) au Pseudo-Callisthène. U y avait, et U y a encore, une foule de différentes traductions latines de cet ouvrage, et on aurait désiré que Sainte- Croix eût essayé de taire ressortir brièvement leurs différences et leur époque ; il en serait résulté un grand gain pour toute la poésie du moyen âge ; car probablement l'on pourrait , au moyen de ces ouvrages latins, suivre le changement successif du mythe d'Alexandre plus exactement que dans aucun autre cycle poétique, et par là peut-être obtenir les plus beaux résultats sur la marche de la poésie dans les différents cycles.»

(Gervinns, Histoire de la poésie nationale des Allemands^ 1. 1, p. 217.)

* Ang. Mai, Prœfat. ad J, Valer, p. xi.

5 Amm. Marcell. ex edit. Erfurdt. Lips. 1808,pag. xcvi.

l'on ne connaît aucun manuscrit qui fasse foi de cette dédicace ^ Un critique justement célèbre, M. Letronne, estime que Julius Valerius est un nom supposé , et que la version latine qui lui est attribuée ne remonte pas plus haut que le neuvième siècle*. Il remarque que Récriture du manuscrit de J. Valerius, à en juger par le fac-similé donné par M. Mai, peut se rapporter au onzième ou au douzième siècle aussi bien qu'au neuvième. On peut appuyer l'opinion de M. Letronne en observant que la première mention d'une histoire fabuleuse d'Alexandre, en langue latine^ se rapporte au dixième siècle. Elle existait k cette époque dans la célèbre abbaye de Bobbio ', et sans doute le manuscrit qui la contenait n'avait pas une grande ancienneté'^.

» V. Ang. Mai, Prœfat. ad Itin, AUx. p. xvi, xvik — Ejusd. Prœfat. ad J, Valer. p. xvi.

• Journal des SavanU, 1818, p. 619.

s Le Catalogue de la bibl. de Bobbio a été écrit au dixième siècle. On y trouve les ouvrages suivants : Librum I, De EpistolU Alexandri et Dindimi, — Libmm I, De silu Indiœ Alexandri ad ArUtotelem magistrum. — De Historia Alexandri Mfagni Macedonis, librum unum. (V. Murator. Anh'q. Med. JSvi^ dûs. 43, t m, col. 821.)

^ On pourrait cependant croire avec probabilité que J. Valerius est plus ancien que ne le pense M. Letronne. S'il était prouvé que Joseph, fils de Gorionr vivait an neuvième siècle , comme il a imité dans ce qu'il dit d'Alexandre un roman latin rédigé en style populaire, et qu'on doit regarder comme postérieur à la version de J. Valerius, on conclurait avec certitude que ce dernier est au moins du huitième siècle. (V. ci-dessous, IX. Hébreux.) Je reconnais que rinduction tirée de Tàge de Joseph ben Gorion est loin d'être certaine. {Ibid, notes.) Mais il y a encore une preuve de la même espèce et qui a plus de certitude. On sait que les fables les plus absurdes sur Alexandre furent répandues ches les peuples d'Occident par le prêtre Jérôme, qui est cité par Hraban Maur dont la vie finit an milieu du neuvième siècle. Cela place Jérôme au huitième siècle. Si J. Valerius avait été postérieur à Jérôme , il aurait introduit dans son roman les fables adoptées par ce prêtre, et cela me Mi croire qu'il faut placer J. Valerius au septième siècle. Déjà au neuvième siècle tes fables qui manquent dans J. Valerius devaient être fort répandues, et V Historia de Prœliis avait été rédigée. Il me semble qu'on doit tenir J. Valerius pour plus ancien que V Historia de PrœUis. Voici donc, selon moi, l'ordre chronologique de ces écrits :

Roman grec original composé à Alexandrie.

345 — Itinerarium Alexandri.

5"« siècle Témoignage de Socrate. (V. p. H et suiv.) Autres romans grecs. Callisthène. ^sope. Ister.

5i ROMANS LATINS.

Le manuscrit de Milan , que M. Mai a publié, n'est point complet. Le premier cahier manque, et une lacune pareille se trouve encore au milieu du livre second.

La bibliothèque de Turin possédait un manuscrit de J. Valerius du onzième siècle, qui vraisemblablement avait jadis fait partie de la bibliothèque de Bobbio ^ ; il avait aussi des lacunes et portait pour titre : Julti Valerii Alexandri VCI Polemi: Alexandri Macedonis orltis : liber primus*. Les premiers mots étaient le titre de l'ouvrage entier, et Polemi était un grécisme pour Prœlia. Le traducteur , ou peut-être le copiste , avait donné à Alexandre le titre de VCI, viri clarissimi^. Les dernières paroles formaient le titre du premier livre. Celte histoire d'Alexandre était écrite sur du parchemin et recouvrait une plus ancienne écriture , dont M. Peyron a tiré d'intéressants fragments du Gode Théodosien, mais en cherchant à raviver par des moyens chimiques les traces du Droit romain , il a fait disparaître une grande partie de l'ouvrage du romancier'^.

Les bibliothèques d'Oxford ' et de Leyde® ont des manu-

7mo siècle (7) Jolius Valerius.

8™« siècle Traduction d'Ister, par Jérôme. — ? Bîo; *AXeÇ«v^poy. —

7 Historia Alexandri de Praeliis. — Alexandri Epistola de situ Indiœ.

Orne siècle Uraban Maur parle de Jérôme.

Freculfe indique la lettre d'Alexandre.

iOm«> siècle Témoignage du catalogue de Bobbio.

1 1mej siècle Joseph ben Gorion.

Cependant les griffons de VHistoria de Prœliis sont d'origine persane et apportés en Occident par les Arabes. (V. p. 7 : à examiner.)

* Am. Peyron, Fragtn. codic. Theod. p. 13.

« Angel. Mw, Append ad prœfat, veter, Interp. Virgil. p. xxxviii.

s Vir CUtrissimus était le titre donné aux sénateurs de l'empire d'Occident dès le quatrième siècle, mais appliqué à Alexandre, il ne peut nullement servir à déterminer l'époque à laquelle ce roman fut composé.

* Amed. Peyron, Cod. Theod. fragm, inedita^ p. 10-12.

« Cat. Codic Angliœ, t. I.— Cal. Cod, CoUeg. OxoniensU, n^ 1549. 82 ; Julius Valerius, De Vita et obitu Alexandri, « Vat. Bibl, Lugd. Batav. p. 378.

ROitfANS LATINS. 55

scrits de la même hisloire. Elle se trouve aussi à la Bibliothèque (lu roi de France, et ce manuscrit (n® 4880) * est du quatorzième siècle ; il fourmille de fautes , d'abréviations , et son écriture est difiicile à lire. Le début manque , et il ne commence qu'après la mort de Nectanèbe, mais il pourrait remplir la lacune qui se trouve au second livre de l'édition de M. Mai. En revanche, on trouve dans ce manuscrit une omission considérable au commencement du second Uvre sans qu'on y aperçoive de lacune, et l'on a inséré dans le trofsième l'article de l'historien Orose sur Alexandre le Grand.

Parmi les ouvrages divers qui composent le manuscrit latin 5873, et à la suite de l'Histoire de Jornandès, M. Lelronne a découvert un feuillet qui se joint exactement aux premiers mots du manuscrit 4880 et en diminue la lacune. Pour achever de la remplir on peut se servir d'un autre manuscrit (4877), dont le titre Vita Àlexandri Magni Ifacedonîs n'indique aucun nom d'auteur, mais qui a tous les caractères d'un abrégé de J. Valerius*. En comparant ce dernier manuscrit avec le feuillet (n*^ 5873), le manuscrit n® 4880 et l'édition de M. Mai, on trouve que ce n'est point dans les premières portions que les retranchements et les changements ont eu Heu, et l'on peut avec confiance adopter son début pour compléter le récit de J. Yalerius, jusqu'au point où le feuillet du n® 5873 continue la narration.

Le roman de J. Yalerius ayant été l'origine de mes recherches sur les traditions fabuleuses relatives à Alexandre , j'en donnerai ici l'analyse telle qu'elle se trouve dans le premier essai que j'ai publié dans la Bibliothèque Universelle^ ^ et j'ajouterai à la fin de cet écrit, d'après les manuscrits de la Bibliothèque du roi (n^«4877, 5873, 4880), la portion du texte latin

* 11 était dans la bibliothèque de Colbert sous le no 1334.

* Vincent de Beanvais a fait usage d'un manuscrit fort semblable au n» 4877, et Ta cité sons le titre de Historia Alexandri. V. ci-dessous.

3 BibL Univ. 1818. Mars, Littérat. p. 220 et suiv.

56 noMANS LATINS.

nécessaire pour remplir la lacune -que M. Mai a laissée en télé de son édition*.

Le roi d'Egypte Nectanèbe excellait dans la magie. Il avait longtemps employé cet art avec succès pour se défendre de ses ennemis ; mais sa science même lui ayant appris qu'il ne pour* rait résister à une grande confédération que les peuples d'Orient avaient formée contre lui , il se déguisa , quitta l'Egypte et se réfugia en Macédoine. H y devint célèbre comme astrologue, et pendant que Philippe était k la guerre, Olympias voulut le consulter. Nectanèbe devint amoureux d'Olympias. Par ruse ou par magie , il lui persuada qu'elle avait plu au dieu Ammon, joua lui-même le personnage de ce dieu, et se déguisant ou se transformant en dragon , il pénétra dans l'appartement d'Olympias et devint père d'Alexandre. Le magicien fit ensuite avertir Philippe de cette aventure par un songe et par des apparitions effrayantes; il lui fit trouver bon d'avoir un fils d'origine divine. Nectanèbe fit naître Alexandre sous des constellations et des signes qui devaient le rendre maître du monde, et lui fit donner pour précepteurs les hommes les plus distingués de la Grèce. Alexandre profita de leurs leçons; il voulut même pénétrer dans les plus hautes sciences ', et pria Nectanèbe de lui enseigner l'astrologie ; mais une nuit qu'ils étudiaient les astres depuis un lieu élevé, Alexandre poussa son maître dans le précipice. Nectanèbe, mortellement blessé, découvrit k Alexandre le secret de sa naissance , et expira après cette révélation. Alexandre, pour ne pas laisser le corps de son père en proie aux bêtes féroces', le rapporta sur ses épaules, raconta à sa

* Le feuillet du ms. 5873 appartient au ms. 4880.

(Comme ce fragment, inédit i Tépoque où M. Favre-Bertrand rédigeait son travail, a été publié depuis lors — voyez l'édition du Pseudo-CalUsthène de C. Millier — nous Tavons retranché. — Éd.)

* Jusqnlci j'ai extrait le ms. de la Bibl. du roi, no 4877. 11 est sur parchemin et du treixième siècle.

s Jusqu'ici j'extrais le feuillet qui se trouve dans le no 5873 de la Bibl. du roi de France.

mère ce qui était arrivé, reçut ses aveux et fit élever un tombeau k Nectanèbe.

On lit ensuite dans Julius Valerius de longs et fastidieux détails sur l'éducation d'Alexandre*, et l'auteur raconte comment il dompta le cheval Bucéphale ', exploit qui, d'après l'oracle de Delphes, lui assurait l'empire du monde. L'année suivante , il obtint de son père la permission d'aller disputer le prix aux jeux olympiques'; il y eut une querelle avec Nicolas, prince d'Acarnanie (Acernania), et remporta la victoire sur lui et sur tous ses autres concurrents.

Le premier exploit militaire d'Alexandre fut la soumission de la ville de Mothane ou Mothone qui s'était révoltée. A son retour, il trouva k la cour de Philippe des satrapes persans qui, au nom de Darius leur maître, venaient exiger un tribut. Alexandre les renvoya fièrement et laissa sans réponse les lettres du grand roi. Peu après Philippe fut assassiné; son fils vengea sa mort et se prépara aux conquêtes qu'il méditait. U fit d'abord une expédition dans la Thrace , passa en Lucanie , appelée alors Lycaonie^ puis en Sicile. Revenant ensuite en Italie, il reçut les hommages des Romains, qui lui firent présenter par le consul i£milius une couronne d'or ornée de perles. Ds y joignirent quatre cents talents d'argent, et s'excusèrent de ne pas faire une oflrande plus riche en aUéguant les frais que leur occasionnait la guerre contre Carthage*.

* Le ms. 4877 ne contient pas ces détails.

* Les chevaux portaient des marques imprimées an feu. Bucéphale était ainsi nommé parce qu'il était marqué d'une tête de bœuf. (Salmas. Plin. DUsert, p. 627.)— La tête large, telle que l'avaient les chevaux de Thessalie, pouvait leur donner quelque rapport avec un bœuf. (Dureau de la Malle, Mém. de VJnsiit. Acad. de* intcrtfyt,, t. XIII, p. 480.) — Bucéphale avait été acheté d'un Thessalien. (Plutarch. VU. Alexand, p. 11.) Bucéphale était un jumart. (Sainte- Croix, Exam, dcM hist. ^Alexandre^ p. 215, note 1.) Le jumart n'existe pas.

' Jusqu'ici j'ai suivi le ms. de Julius Valerius qui est à la Bibl. du roi sous le no 4880, et c'est ici que commence le manuscrit de Milan et l'édition de M. Angelo Mai.

* Les romans grecs contiennent le récit de l'hommage rendu par les Romains

Alexandre cooduisit eosuile son armée en Egypte ; it pénélra jusqu'à Hammon dans la Libye ; il y bâtit ou embellit le temple du dieu qu'il reconnaissait pour son père, et l'oracle lui désigna l'emplacement de la grande ville qu'il avait le projet de fonder. De retour en Egypte, Alexandre reconnut ce site près du lieu nommé Taposiris, et c'est là qu'il fit construire par d'habiles architectes la ville d'Alexandrie. Elle s'étendait en longueur depuis Taposiris jusqu'au lieu appelé Agathoddemon, et en largeur depuis Canope jusqu'à l'endroit qui porte les noms d'Euryloque et de Melanchium.

L'auteur donne ici des détails assez précis sur Alexandrie, sa topographie, le temple de Sérapis^ et les oracles qu'Alexandre y reçut en songe '. Ce prince alla ensuite à Memphis, et

à Alexandre. Il se lit aussi dans 1* Arabe Makrisi. Cette fable tire peut-être son origine de l'expédition d'Alexandre, roi d'Épire, oncle d'Alexandre le Grand. Memnon ÇHistor. Heracl. Ponti excerpt. cap. 25.) raconte que les Romains envoyèrent à Alexandre une couronne d'or, et saint Jean Cbrysostôme (Homil, XX VI^ in II ad Corinth,) prétend qu*un décret du sénat mit ce héros au nombre des dieux. D'autres historiens ont parlé des projets d'Alexandre sur l'Italie. (Aristus et Asclepiad. apud Arrian. VII, 1 et 15.) Gautier de Chàtillon {Alexandr. Hb. VII, fol. 69 ro), poëte du douzième siècle, fait dire à Alexandre : Si mihi dent superi, trajectis Alpibus, unà Cum populis Ligurum, Romanas Arangere vires. Tite-Live (lib. IX, c. 16 et seq. — Cf. Lydus, De lHagistr. rom. I, 38, p. 68) examine les moyens de résistance que les Romains auraient pu opposer à Alexandre ;

il croit cependant que de son vivant ce prince leur a été inconnu Niebuhr

(Hiit. rom. V, 229-231, trad. fr.) réfute Tite-Live, et pense que la renommée d'Alexandre avait dépassé l'Italie.

J. Malala (Chronic. p. 81, éd. Venet. 1733, fol.) prétend qu'Alexandre, après ses conquêtes, restitua aux Romains les pays qu'ils avaient perdus !

Ambassades des Lucaniens, Bruttiens, Tyrrhéniens à Alexandre à Babylone. (Arrian. VII, 15.)

Ambassades des Carthaginois, Ibères, Celtes, Éthiopiens, Scythes. (Arrian. VU, 15.)

Ambassade des Romains. (Clitarch. apud Plin. Hist. natur. III, 9.) Clitarque vécut peu après Alexandre. (Diodore XVII, 1 13. — Q. Curt. VII, 95.)

Alexandre avait rendu la liberté à des pirates d'Antium. (Strab. V, p. 232.)

1 J. Valerius, I, 35. La statue de Sérapis était l'ouvrage de l'architecte Parménion. (Ottf. MuUer, Man. d'Archéol. I, p. 206.)

* J. Valerius (Res gestœ Alexand. I, 27) parle d'un lieu a Alexandrie nommé

partout sur sa route il iîit reçu comme un second Sesoncliosis (Sésostris). Arrivé dans la capitale de l'Egypte, il fut introduit dans le temple de Yulcain ; il y fit la cérémonie de son couronnement suivant les rites égyptiens, et fut revêtu de la robe royale \ C'est dans ce temple qu'Alexandre trouva une statue de pierre noire, qu'une inscription désignait comme celle d'un roi qui avait été obligé de fuir, mais qui devait reparaître après avoir recouvré sa jeunesse, et se venger de ses ennemis par ses

èiesonpodio. l\ fiiat lire J^esomphalUm. (V.Ottf. MûUer, Antiq. Ântioeken. p. 57, not. 10, où il rappelle les lieux qui portaient le nom d'OmpkcUos.)

* • Quare cùm Memphin venisset, indactum eam in œdem templumqae Valcani, iËgyptii regni veste dignati snnt et sella, ac sessibile Dei. » (Jul. Valer. I, 36.) Vincent de Beaavais et saint Antonin de Florence, qui ont eu sous les yeux un roman d'Alexandre un peu différent de celui de J. Valerius, donnent ce passage de cette manière : «^gyptii quoque veste et sede regni dignum duzerunt, secnndum Sesonchosim venisse dicentes. •

Les rois d*Égypte prenaient possession de la royauté par une cérémonie religieuse dans le temple de Vulcain à Memphis. Ils y étaient intronisés et iniiiés. Le faux Callisthène, l'un des originaux grecs de J. Valerius, s'exprime ainsi : Kai iXOcvTOç «ÙTCÛ ilç Mcp.^iv tt)v itgXiv, iveSpovîaaav et Aî'YÛirTioi aÙTÔv ai; tÔv Toû m^aioTOU BpovtaTii^icv, àç Ai'yÛTrTtov paaiXia. (S^"-Croix, Exam. p. 164, not. 3. Pi^^Call. l, 34.) Le scholiaste de la version latine faite par Germanicus des Phénomènes d'Aratus (p. 71 , éd. Buhle) dit : «... in templo i£gypti Memphis, ubi mos fuit solio regio decorari reges qui regnabant. Ibi enim sacris ioi-

tiabantur primùm, ut dicitur, reges satis religiosè tunicati etc. » On peut

consulter encore sur la cérémonie de l'initiation de ces rois Synesius, De Provident, I, p. 9Q A. — Plutaroh. De U. et Omît. p. 354. — A ces cérémonies, on joignait une sorte de déification, et le titre de Meneh, Aiuvicç, Étemel, que prenaient les Pharaons semble le prouver pour les rois d'origine égyptienne (Hermappion apud Amm. Harcell. XVII , 4. — Des Vignoles , Chronologie aacrie t II, p. 736 et 767), et nous en sommes assurés relativement aux Ptolémées. {Imcript. de Rosette. — Cousinery, Lettres dans le Magas. Encyclop, 1807, t. III et V, et 1808, t. III.) Ces cérémonies sont nommées par le monument de Rosette : rà voai^oji.tva -ni TrofxXni^J^ci rri; ^aoiXeia;, et saint Jérôme (Comment» in XI Daniel, t. III, p. 1128, oper. éd. Martian.) les désigne en parlant d'Autiochus Épiphane par ces mots : ■ Ascendit Memphin et ibi ex more ^gypti

regnum accipiens etc. » Cette initiation était une espèce de sacre qui avait

toujours lien à Memphis, et M. Cousinery la distingue d'une autre cérémonie qui pouvait, avoir lieu ailleurs, et par laquelle le roi^ parvenu à l'âge convenable, prenait possession de la couronne ; on la nommait Anacleteria. Cette dernière cérémonie était le couronnement civil, tandis que l'autre était le couronnement religieux, le sacre, la déification. (V. Consmery, 1. 1.)

conquêtes. Apprenant que cette statue représentait Nectanèbe, Alexandre s'élança pour Tembrasser et s'avoua hautement pour son fils.

Après cela, l'auteur raconte la prise de Tjt, les lettres réciproques de Darius et d'Alexandre , et une bataille entre ces deux princes, k la suite de laquelle la famille du roi de Perse tombe au pouvoir du vainqueur. On sait qu'il s'agit de la bataille d'Issus. Le héros est ensuite ramené, je ne sais comment, dans la Piérie pour voir suer la statue d'Orphée * , puis il est conduit en Phrygie, à Troie sans doute, où il rend des honneurs aux mânes d'Hector et d'Achille*.

Bientôt on trouve Alexandre devant la ville d'Abdère. De Ik il marche vers le Palus-Maeotide ; l'armée est réduite à manger ses chevaux, et un discours du roi apaise une sédition.

* Cf. Arrian. I, 11.

* n y a ici TiDgtcinq vers qu'Alexandre adresse à Achille pour le prier de favoriser ses conquêtes. Ils ne se trouvent dans aucune des rédactions grecques existantes, et forment un des caractères qui distinguent le roman d'Jîisope de celui de Callisthène. Ces vers sont mauvais et ne sont pas même exactement mesurés. On dirait que le traducteur a été incapable de rendre en vers latins les vers grecs qu il trouvait dans son texte. Néanmoins, ce morceau peut avoir quelque importance pour l'histoire. Les Grecs avaient reconnu, même avant la puissance de Philippe et d'Alexandre, que leur famille descendait d'Hercule et des Héraclides d'Argos. (Hérodot. VIII, 137.) Olympias, mère d'Alexandre, tirait son origine d'Achille et des iËacides d'Épire. (V. E. Q. Visconti, ExpUeai, d*un baM-reliefen l'honneur d'Alexandre le Grande Paris 1804, in-4«>, p. 10. — Pausanias, Attic. X.) La généalogie des rois d'Épire est fhrt mal connue : il y a un vide de quatorze générations , que quelques noms des rois des Molosses rapportés par Antoninus Liberalis et par Etienne de Byzance ne sauraient convenablement remplir. Les vers qu'on lit dans J. Valerius donnent une généalogie complète des iEacides, et s'accordent avec ce qu'on savait déjà, et avec Paosanias qui compte quinze générations entre Pyrrhus lils d'Achille, et Charopus ou Tharypus, bisaïeul d'Alexandre. (V. sur la généalogie et la succession des rois d'Épire, Hist. Unio, trad. de Tangl. t. VI, p. 669 et suiv. et Nicolaî, Mém. de VAcad. des Inscript, t. XII, p. 339 et suiv. iu-i».) — Quant à ce que dit l'histoire sur les honneurs rendus à Achille par Alexandre, V. Arrian. 1, 13. — i£lian, Var. Hist. XII, 7. — Plutarch. Vit. Alex, p. iî, et Sainte-Croix, Exam.

p. 238. J. Malala se rapproche de Valerius: •• Trojam venit : ubi sacra

faciens ad Achillis tumulum, ex qno etiam oriundus erat, rogavit, uti genium cjus haberet in bcllis suis auxiliatorem.» [Chron. lib. VIII, p. 81.)

nOMANS LATINS. 61

Les soldais se reposent à Locres et arrivent à Agragantc, où Alexandre force l'oracle et la prétresse à prédire sa gloire. Vient ensuite la ruine de Thèbes, qu'Alexandre consomme malgré les chants d'un poète qui vient se jeter à ses pieds. Il assiste aux jeux gymniques de Gorinthe, et un Thébain victorieux dans cette solennité obtient de lui le rétablissement de sa ville natale. C'est ainsi que se termine le premier livre de J. Yalerius ; il est intitulé Ortus.

Le second livre porte le titre de Actus (actions). Il commence par les querelles d'Alexandre avec les Athéniens. Le héros veut leur imposer un tribut, les républicains le refusent d'une manière insultante, et Alexandre demande qu'on lui livre les dix orateurs. On lit ensuite les discours d'Ëschine, de Démade et de Démosthène ; ils sont longs et renferment des choses contraires k l'histoire. Après s'être réconcilié avec les Athéniens, le roi de Macédoine marche contre Lacédémone , et ce n'est qu'après avoir eu leur flotte brûlée et avoir perdu un combat qui dure deux jours, que les Lacédémoniens font des soumissions qui apaisent Alexandre.

n parait que l'auteur fabuleux a appliqué à Alexandre les démêlés des Lacédémoniens avec Antipater.

J. Yalerius nous transporte de nouveau en Asie, et nous montre Darius délibérant avec son frère Oxyathre sur les moyens de résister aux Grecs. Ils prennent le parti de lever de nouvelles troupes. Cependant Alexandre traverse la Gilicie; il se jette dans le fleuve Gydnus , tombe malade ; Philippe est

son médecin (Il manque un cahier dans le manuscrit de

Milan ^) On lit ensuite un fragment d'une lettre de Darius à Porus, puis le récit de la fuite et de la mort du roi de Perse. Alexandre arrive auprès de Darius peu de moments avant sa mort, et ce malheureux monarque, après quelques moralités, lui recommande sa famille et le prie d'épouser sa fille.

* Plasieura ma., et entre autres celui de la Bibl. du roi de France (Ms. latins, no 4880), peuvent remplir cette lacune. — C. Huiler Ta remplie à Taide de ce ma.— J^(/.

62 ROMAXS LATINS.

Le troisième livre, Obitus^ débute par la marche d'Alexandre contre Tlnde et le roi Porus. L'armée indienne avait des éléphants en grand nombre , et Alexandre Ait obligé d'avoir recours à la ruse. Il fit rougir des statues d'airain et les fit placer derrière le premier rang de ses troupes^. Au moment de l'attaque, on les opposa aux éléphants, qui, blessés, brûlés, effrayés , prirent la fuite *. Alors, les deux rois commencèrent un combat singulier, et pendant que Porus tournait la tête, Alexandre le tua. Les Indiens voulurent le venger, mais un discours d'Alexandre les apaisa, et ils conclurent un traité.

Les conversations entre Alexandre et les GymnosoplitsteS" Brachmanes occupent plusieurs chapitres. On trouve ensuite une longue lettre dans laquelle Alexandre rend compte à Aristole des merveilles de l'Inde et de sa marche vers la ville de Prasiaca. Il raconte sa navigation vers une ile magique, dans laquelle on l'avait assuré qu'il trouverait un tombeau d'or et de grandes richesses, mais k son approche l'ile disparut dans les flots, qui engloutirent avec elle quelques-uns des compagnons d'Alexandre. En revenant vers Prasiaca , il rencontra d'horribles bêtes féroces, entre autres Y llebdomadarion , qui pourrait porter des éléphants sur son dos.

L'armée d'Alexandre, chargée du plus riche butin, revient par la Perse et campe près d'un étang qui jadis avait fourni de l'eau au roi Sesonchosis. Pendant la nuit elle est entourée par des monstres de grandeur et de formes tout k fait extraordinaires. Le plus redoutable est Y Odontolyrannus qui ressemble à un éléphant immense \ Après que cet animal eut été tué, il

* Ce stratagème se lit dans les romans persans, dans le faux Callisthène, dans Joseph fils de Gorion, etc., etc. Le moine Jean du Plan de Carpin attribue un stratagème assez semblable au prêtre Jean, roi des chrétiens de Tlnde, dans sa guerre contre les Tartares. (V. art. 5, col. 42, dans le Recueil de Bergeron.)

< Curius Dentatus, à la bataille de Uén^vcnt, vainquit Pyrrhus en repoussant ses éléphants avec des torches ardentes.

' Palladius, De Bragmanii^ éd. Bis8œi,p. 10. «Fluvium (Gangem) verà diffi-

fallut trois cents hommes pour le retirer de la rivière. En revenant à Prasiaca , Tarmée essuya une violente tempête ; elle demeura cinq jours dans Tobscurité, et une grande quantité de neige la fit beaucoup souifrir. Alexandre raconte ensuite dans sa lettre qu'il fut conduit dans un lieu entouré d'arbres qu'on appelait le Paradis^ et qui était consacré au Soleil et à la Lune. On n'y voyait point de temples, mais deux arbres qui s'élevaient presque jusqu'au ciel, et qui ressemblaient aux cyprès de l'espèce qu'on nomme Myrobalani. On lui dit qu'un de ces arbres, qui était mâle, était consacré au Soleil, et l'autre, qui était femelle, était consacré k la Lune*.

eUè pervinm dicant propter odontolyranntim (o^cvTCTÛpawcv). Animal est oppido maximum, in fluTio degens, elephantem integram et intactum abeorbere yaleiiB. » — Le traité sur les Brachmaoes, publié par Bissœus sous le nom de Saint- Ambroise, dit à peu près la même chose, et nomme le monstre du fleuve ondoniton tyrannum. Il faut remarquer que ce traité (p. 63) semble donner le nom de Mu$au9 à l'auteur de l'ouvrage attribué à Palladius. — Cedrenub (p. 135] raconte que les odontotyranni peuplaient le Gange qui séparait les Brachmanes de leurs femmes. M.Grœfe, dans un mémoire sur le mammouth, prétend reconnaître dans cet animal l'odontotyrannus des anciens : « Sub mammoute nostro fabulosum antiquorum odontotyrannum latere conjicitur. » Addit. obset^. critic, in Julium Valerinm, auctore Frid. Grœfe. (Mém, de VAcad. des Se. de Pélersbourg,\l^ série, 1. 1, 1832, p. 74 et suiv. - J. des SavanU, 1831. Cet. p. 040. — V. Berger deXivrey, Traditions tératologiques, p. 268 et suiv.) — Cedrenus, Glycas, Hamartolus, Vincent de Beauvais ont parlé de cet animaL Phranza (III, 1) en parle, ainsi que des autres monstres de Tlnde, d'après le récit qui loi fut fait par un vieillard qui avait été dans l'Inde.

< Les Indiens, selon Q. Curce (VIII, 9.) : > Deos putant quidquid colère cœperunt : arbores maxime, quas violare capital est. • — Les livres Zends parlent de « l'arbre Barsom sur lequel veille le Soleil. « (Anquetil, II, p. 16.) — Les Persans modernes rendent une sorte de culte à certains arbres, qu'ils ornent avec des morceaux d'étoffe, et auxquels ils donnent le titre de dirakht-i-fazel, c'est-à-dire arbre excellent, et de dir-dar, arbre génie. (W<n Ouseley, Travels in varions

eountries of the East 1. 1, append. n© 9, p. 3S9 401. Sacred Trees.—Bibl

Univ. 1821. litt., t. XVIII, p. 190. — Joum. des SavanU, 1819, p. 585). H &ut en particulier remarquer ce que W» Ouseley dit de la vénération pour certains cyprès (ibid. p. 374, 375, 387-389); les arbres du Soleil et de la Lune ressemblaient à des cyprès selon J. Valerius. Xerxès obâssait à une semblable superstition lorsqu'il offrit des ornements d'or à un platane qui se trouva sur sa route, et les auteurs anciens ont eu tort de ne voir dans cet hommage qu'une passion insensée pour cet arbre. (V. Hérodot. VII, 31. — iClian. Var. Hist. II, 14.—

Le premier était doué de la parole pendant le jour ; il rendit un oracle en langtAe barbare qu'Alexandre força un prêtre d'interpréter, et qui lui prédisait une mort prochaine dont se» amis seraient les atUeurs. L'arbre de la Lune, au lever de cet astre, prédit aussi, en grec, k Alexandre quHl trouverail la mort à Babylone. Le lendemain, k la pointe du jour, Alexandre conjura l'arbre du Soleil de lui dire s'il reverrait sa mère et sa femme, et si les dieux permettraient que son corps fût transporté en Macédoine. Une voix subtile mais intelligible *, partant du sommet de l'arbre, lui confirma qu'il était près de sa fin.

Après avoir écrit cette lettre à Aristote, Alexandre marcha vers la ville de Sémiramis. La belle Candace, veuve, mère de trois fils, et anrière-petite-fille de Sémiramis en était reine.

Eustath. In Iliad. B. 307 *,) Selon J. Valerius, les offrandes aux arbres da Soleil et de la Lune consistaient en peaax d'animaux divers, et la raison qu'il en donne c'est que ^s métaux étaient inconnus dans ce pays. (Lib. III, cap. 39.) — Il est également question d*arbres merveilleux dans les traditions des Ouïgours : Deux arbres se trouvaient au confluent des rivières Tongola et Sélinga , dont l'un était semblable an cyprès et Tantre an bouleau. Ils s^enflèrent en rendant des sons harmonieux ; puis ils s'ouvrirent, et il en sortit cinq enfants dont l'un devint roi des Ouïgours. Les enfants, devenus grands, s'approchèrent avec respect des deux arbres , qui leur parlèrent en leur recommandant la sagesse et leur souhaitant une longue vie et une bonne renommée. {Eût, des Mongols dejmis Tchinguiz-Khan jusqu'à Timour-lane. Paris 1824, in-S», notes, p. 683.)

A Un arbre de l'Inde parla aussi à Apollonius de Thyane, et, suivant Philostrate (Vita Apollonii^ VI, 10, p. 239), sa voix (r. ^cavti ^s h é^vapdpo'c rt xat Hk^ç) ressemblait assez à la voix attribuée â l'arbre du Soleil. Le prophète Ésaie et les rabbins décrivent d'une manière toute pareille la voix des morts interrogés par l'Ob. (Esaie, XXIX, 4. — Dochart. Hieroz. II, p. 283. — Mos. Maimon. De idol. VI, § 2. — Gevart. ad Stat. Sylv. lib. II, p. 207, éd. Crucei.— Broukhus. ad Tibull. 1. 2, 47.) Tous ces prestiges étaient les résultats de l'art de parler sans ouvrir la bouche, et ceux qui le pratiquaient ont été connus en Orient et en Grèce sons les noms de Pythons^ Oh, Sachourim, Engastrimythes ^ Eurycléês, Stemomantes. L'historien Josèphe (Antiq. Jud. VI, 15) reconnaît que la Pythonisse d'Endor était ventriloque. (V. sur tout cela l'abbé de La Chapelle, Le Ventriloque. Londres [Paris] 1772, in-li, 2 vol. — Lespaguol, Dits, sur l'Engastrimysme. Paris 1811, in -4o. — Dict. des Scienc. médic, § Ettgastrimysme et Gastriloque.)

' Dans l'Asie Mineure, près du mont Tmolus, M. Ampère a tu un platane de quarante pieds de tour. {Revue de$ Deux-Mondes, 1842. 15 janvier, t. XXL\. p. 180.)

Candaule, un de ses fils, vint au camp d'Alexandre demander du secours contre le roi des Bébryces, qui avait enlevé sa femme. Il prit Ptolémée pour Alexandre, et cela donna l'idée à ce dernier d'aller comme ambassadeur et sous le nom d'Antigone k la cour de Candace. Cette reine s'était procuré un portrait du roi de Macédoine, et après lui avoir montré les merveilles et les richesses de son palais, elle lui mit cette peinture sous les yeux, en lui disant que toute sa prudence n'avait pu déjouer l'adresse d'une femme *. Bientôt elle rassura Alexandre, le protégea contre la violence de Charagos, le plus jeune de ses fils, et parvint k le faire sortir de ses États. En rejoignant son armée, Alexandre passa par un endroit nommé la Maison des Dieux. Il y sacrifia et les divinités lui apparurent. Il remarqua parmi elles Sérapis tel qu'il était adoré k Rhacotis, et Sesonchosis qui lui annonça qu'un jour il serait aussi placé au rang des dieux '.

Alexandre revenu k son armée détermina par ses lettres les Amazones k lui payer tribut, et prit ensuite le chemin de Babylone. Dans une lettre adressée k Olympias, il décrit les merveilles de cette route. D raconte son voyage aux colonnes d'Hercule, dont l'une était d'or et l'autre d'argent, son passage par les déserts et la région ténébreuse ', et son arrivée

< i. Malala (Chroniq, lib. VIII, p. Si) rapporte que Candace dit à Alexandre : « Tu, rex Alezander, mundum universum, te verô mulier una capit... > L'aventure avec Candace se trouve dans tous les romans sur Alexandre, avec quelques différences dans les détails et dans les noms. — Le nom ou le titre de Caivdace était propre aux reines de Méroé, royaume situé au midi de TÉgypte. (V. les auteurs cités par Fabricius, Cod, Apocryph, A'ov. Test, t. I, p. 639, not.) Le faux Callisthène, par une confusion de noms, dit que Candace régnait à Béroé, en Syrie, tandis que Firdousi la fait reine de Bahhreyn en Arabie et nomme ses fils Taynottsh et Cayderoush.

* La carte de Peutinger met à l'extrémité N.-E. de l'Asie : « Hic Alexander responsum accepit • (sans doute la réponse des arbres du Soleil et de la Lune) et au-dessous : • Usq : quo Alexander » avec le dessin de deux autels. Au bord de rOxus, à l'orient de la mer Caspienne, on lit : ■ Ara Alexandri » avec le dessin d'un autel.

> Q. Curce (VU, iii, 11), parlant du pays des Paropamisades qu'Alexandre

66 ROMANS LATIXS.

chez les Amazones du ThennodoD. U se dirigea ensuite vers la mer Rouge, où il vit les Acéphales et les Troglodytes, puis, s'embarquant, il aborda à Vile du Soleil * dans laquelle il vit un char d'émeraude au milieu d'une ville. Alexandre fit dans ce lieu des sacrifices sous la direction d'un prêtre éthiopien, et, par un secours divin, il arriva sur les bords du Tanaîs, qui se jette dans la mer Caspienne. Il traversa l'empire de Xerxès et de Gyrus. La description des richesses et des choses surnaturelles qu'il a vues dans le palais de ces rois termine sa lettre k sa mère.

Arrivé k Babylone sous de funestes auspices, Alexandre y meurt empoisonné par un échanson qu'Antipater avait gagné. Son corps est transporté en Egypte, et les prêtres de ce pays viennent k sa rencontre en portant les dieux et les choses sacrées. Son tombeau, semblable k un temple, fut élevé k Alexandrie. Enfin J. Yalerius termine son ouvrage par le testament du héros, l'énuméralion des nations qu'il avait soumises et celle des villes qu'il avait fondées '.

On voit que le roman de J. Yalerius a le plus grand rapport avec celui qui a été attribué k Gallisthène; souvent même il parait en être une simple traduction \ Ailleurs J. Yalerius abrège Gallisthène, supprime des détails et quelques aventures;

traversa : « Obscura cœli veriùs umbra qaam lux, nocti similis, premît terram, ▼iz ut quœ propè sunt conspici possint. » — Les romanciers et les poètes orientaux, Firdousi, Saadi, ont parlé de la région des ténèbres (Zoul-math) dans laquelle Alexandre passa plusieurs jours. 11 en est aussi parlé dans la Chronique^ que les Samaritains nomment le livre de Josné, et dans l'histoire de Josippon.

i V. Plin. Hùt. nat. Vf, 26, et Arrian. ind. 31, qui appellent cette ile Nosala. - P. Mêla, III, 7, et Voss. Observ.— Philostr. VU.Apoll. III, 56, la nomme Sciera. — iCthicns apud Dicuil de Mensur. orb, cap. VII, 3, 6 : • Insula Solii quœ appellatur Perusta, ubi Ganges iutrat in mare. • —Dicuil, VII, § 10 :

Solis est insula rubens, omni animantium generi inaccessa; qnippe qa»

omne animal inlatum penmit. ■

* V. sur les villes fondées par Alexandre, Raoul-Rochette, HUt des Colonies grecques, t. IV.

^ Letronne, Journ. des Sav. 1818, pp. 615 616.

d'autres fois, au contraire, ii contient des choses qui ne sont point dans l'auteur grec. Les manuscrits de J. Valerius ne sont pas tous semblables. Les éditeurs et les copistes, tout en conservant le fond de ce roman, y ont fait des changements, des additions et des retranchements. Quelquefois ils l'ont considérablement abrégé. Il serait long et inutile d'entrer dans les détails que pourrait fournir la comparaison des manuscrits les uns avec les autres, et il suffit d'indiquer d'une manière générale comment les rédacteurs successifs en ont agi avec cet ouvrage ; assurément ils l'ont traité sans conséquence ^ On reconnaît facilement cette branche du roman d'Alexandre dont les exemplaires commencent par ces mots : yEgypti sapienles sali génère divine primi feruntur^ etc.

IIL On a imprimé plusieurs fois, dans le quinzième siècle, une histoire fabuleuse d'Alexandre sous le titre de : Uistoria Akxandri Magni régis Macedoniœ de Prœliis^ et cet ouvrage a été mal k propos attribué k Radulphe de Saint-Alban et k Gualfred Hemlington, écrivains du douzième siècle ^ Gaspard Barthius l'a pris par inadvertance pour le roman de J. Valerius ^. Cette branche du roman d'Alexandre a en effet des rapports avec J. Valerius, mais elle est écrite en latin barbare et destinée k être tout k fait populaire. Elle est k J. Valerius ce que, dans les romans grecs, le BioçAhlacuipov tuxI izpcclsLç est au faux Callisthène; on peut même la regarder comme une traduction du Bloc ÀXfi^avSpou \ quoiqu'il y ait des différences

« Les ms. latins (no» 4877, 5062, 6831, 8518, 8519, 8520) de la Bibl. roy. de Paris dérivent de J. Valerius.

* Radulphe de Saint-Alban avait composé, d*après les anciens auteurs, une histoire d'Alexandre eu cinq livres et qui commençait : «> Macedonia anteà nomine Emathi .... > (Balœus, Script. Britann. p. 194. — Tanner, Biblioth, Britann. p. 614.)

s Barth. Àdversar. lib. II, cap. 10.

* V. Letronne, Joum, des SavantSy 1818, p. 615. — Ce savant me parait rapporter au Bîc; XXs^av^pou et à VHittoria de Prœliis plusieurs ms. latins qui me semblent des dérivés directs du roman de J. Valerius.

de phrases et de faits dans chacun des exemplaires manuscrits et même dans les éditions imprimées ^

Dans VUistoria de PrœliiSj la fuite de Nectanèbe {Anectana" bm) et son aventure avec Olympias, sont à peu près les mêmes que dans J. Yalerius, mais elles sont raconte.es en termes tout différents. C'est pendant qu'Alexandre va soumettre l'Arménie, quePausanias, fils de Cereuste, amoureux de la reine, assassine Philippe. Alexandre, après la mort de son père, veut passer en Italie pour punir l'orgueil des Romains, mais leurs hommages et leurs présents l'engagent à renoncer à cette expédition.

Tous les détails sur Alexandrie et la topographie des environs, qui se lisent dans J. Yalerius, sont supprimés dansl'^fîstoria de Prœlm. Elle passe rapidement de l'entrée en Egypte au récit de la statue de Nectanèbe et k l'expédition contre Tyr. On ne trouve que quelques mots sur le songe dans lequel Sérapis prédit k Alexandre sa gloire et sa mort. Je ne continuerai pas plus loin ce parallèle et j'indiquerai seulement les différences les plus marquantes entre J. Yalerius et VHistoria de Prœliis^ ainsi que les fables qui ne se trouvent que dans ce dernier ouvrage.

Pendant le siège de Tyr, Alexandre envoie Méléagre contre les Juifs de Josaphat et de Gad. Bitizius, qui commande k Gad, bat Méléagre, et Alexandre vient au secours de ses troupes. Après la prise de Tyr, il passe en Judée, où le grand prêtre Jadelus vient k sa rencontre. Alexandre adore le nom de Dieu écrit sur la tiare du grand prêtre et sacrifie dans le temple de Salomon *.

Les lettres de Darius et d'Alexandre ne sont point les mêmes

> Comparez VHistoria de Prœliis imprimée en 1490, in-io, sans nom de lien, avec le fac-similé donné par Meerman {Orig, Typogr, t. !I, tab. 7.) des premières lignes d'une édition sans date qu'il attribue à Laurent Coster de Harlem^ mais qui parait avoir été imprimée vers 1473 à Utrecht par Nicolas Ketelaer et Ger. de Leempt. (La Sema, Dict. Bibliogr, t. II, p. 41 .(?)

* V. Joseph. Antiq. Jud. lib. XI. — V. la longue dissertation que fait sur ce point Sainte-Croix, Exam. p. S47-563.

que celles qu'on lit dans Valerius, la géographie de la marche du roi de Macédoine est aussi toute diflerenle.

Avant de livrer k Darius la seconde bataille, Alexandre, assuré dans un songe de la protection de Mercure, se déguise, traverse un fleuve gelé et pénètre dans la ville où est Darius. Il se présente comme un envoyé du roi macédonien et soupe avec Darius. Un courtisan, nommé Anopolus, le reconnaît. Alexandre s'empare d'un flambeau, s'échappe k cheval, et repasse le fleuve Granciis * au moment où la glace commençait à fondre. La statue de Xerxès, qui ornait la demeure de Darius, tombe. Cette narration n'a pas d'analogue dans le J. Yalerius imprimé k Milan : une lacune dans le livre second l'a fait perdre.

Dans la guerre contre Porus, on trouve les élé[)hants repoussés par des statues ardentes, la description du palais de Porus, une lettre d'Alexandre k Talistris, reine des Amazones, et des combats sans cesse renouvelés contre des animaux monstrueux. Il arrive ensuite dans un pays riche en or (in patribus (partibus) Latrimariis qua3 auro et divitiis aflluebant). Ces peuples portaient le nom de Serones : leurs arbres avaient folia ut laiiam^ quœ gentes ipsœ colligebant et ex eâ vestimenta faciebant.

Après la mort de Porus, l'armée trouve les statues d'or et d'argent qu'Hercule avait élevées ; elle parvient aux forêts de l'Inde les plus reculées et met en fuite des éléphants avec des porcs et des trompettes. Elle rencontre des femmes barbues, et le froid, la neige et l'obscurité la menacent pendant trois

* Le ms. no 1416 f. Saint-Germain appeUe ce fleuve Tygre. Dans l'abrégé de J. Valeriiu (Ms. n*» 4S7T et 8515), on loi donne le nom de Stranga , nom inconnu, si ce n*e6t dans les Actes d*ArehelaHs , qui racontent que l'hérésiarque Manès, pour se sauver, traversa le fleuve Stranga. (Beausobre, Hist. de Manichéen t. I, p. 16.) Serait-ce une altération de Saraugès, fleuve nommé par Arrien, et qui parait être \eSetledge (V. Vincent, Voy. de Néarq. 1. 1, p. 194, trad. Aranç.), ou plutôt une rivière dont le nom moderne est inconnu? (Lasseu, De Pentapotamid Indicd, p. 12, 13.) — Le ms. n» 8514, qui se rapporte à Vllist. de Prœliisj ne parle pas de fleuve congelé pendant la nuit.

70 KOMANS LATINS.

jours. A ces iléaux succède une pluie de feu qu'Alexandre arrête par des sacrifices *.

Alexandre entre en correspondance avec Didime et les Bragmanes, et parvient ensuite k un lieu où des arbres sortaient de terre au lever du soleil, grandissaient à mesure que cet astre s'élevait et rentraient dans la terre à son coucher^. Ceux qui voulaient les toucher étaient frappés de mort, et des oiseaux, qui volaient autour de ces arbres, lançaient des flammes lorsqu'on voulait les saisir.

Les Macédoniens marchèrent huit jours dans une vallée obscure et parvinrent à un lieu situé entre deux montagnes que le déluge avait séparées. Alexandre trouva là un basilic, monstre horrible qui tuait par ses regards ^; il le tua en lui présentant un miroir ^. II parvint ensuite à une montagne de diamant, de

* « CeperuDtque de cœlo cadere ardentes faculœ ita ut omnîa urerentur. Statimque Alezauder cœpit victimas immolare Diis suis et orante eo aer fuit omni caligÎDe depurgatus. » — Un autre écrit latin, intitulé : Alexandri .Vf. JSpislola de iitu Indiœ (Gissœ, 1706, in-8o), raconte le même phénomène (p. 42, 43). • ...Visseque nubes aliœ de cœlo ardentes tanquàm faces decidere, at incendio earum lotus campus arderet. Verebantur dicere Deorum me preroi ira quôd homo Herculis Liberique vestigia transgredi conatus essem : jussi autem milites suas vestes opponere ignibus. Nox serena continuô nobis orantibus redditaest.» — Dante se rappelait Tun de ces récits lorsqu*il écrivait {In fera. XIV, v. 31) : Quali Alessandro in quelle parti calde D'India vide sovra lo suo stuolo Fiamme cadere infino a terra salde ; Perch* ei proyide e scalpitar lo suolo Con le sue schiere

s Y a-t-il quelque rapport entre ce récit et le tour, du reste fort peu croyable, attribué à des jongleurs indiens, dans les « Memoirs of the emperor Jahangueir,

written by himself and translated by major D. Price. » London, 1829, iii-4«.

(V. Joum, des Savants, 1830, p. 438, 439.)

s Pline et Galien ont parlé du basilic. Bodin (Theat, naL lib. III, p. 306) demandait : « Cui visus unquam si solo necat adspectu? > (V. Luigi Bossi, Dei BasiUscM, Dragoniy Milano, 1792, in-S», p. 24. — GoUin de Plancy, Diction, in* femal, 1. 1, p. 327, 328.)

« Brunetto Latini {Trésor, liv. V, chap. 3) décrit le basilic, et dit que les soldats d'Alexandre s'enfermaient dans des vases de verre, qui leur permettaient de voir le monstre sans en être vus, et que par ce moyen ils purent tuer les basilics à coups de flèches.

laquelle pendait une chaîne d'or, et il y monta par quinze cents degrés de saphir. Il y trouva un palais et un temple d'or et de pierres précieuses, puis un vieillard qui lui demanda s'il désirait visiter les arbres du Soleil et de la Lune. Ce vieillard guida Alexandre et deux de ses officiers dans une forêt où ils découvrirent d'abord un arbre très-élevé, sans fruits ni feuilles, au sommet duquel était un oiseau brillant des plus belles couleurs; c'était le phénix ^ Ils parvinrent ensuite aux arbres du Soleil et de la Lune qui prédirent à Alexandre sa mort '.

L'histoire anonyme raconte ensuite l'aventure qui eut lieu chez la reine Candace : elle est fort en abrégé. Alexandre visite ensuite la caverne des Dieux, et celui des Immortels qui lui parle est nommé Thintisus (Sesonchosis dans J. Valerius).

L'année macédonienne trouve ensuite des lieux remplis de serpents, de griffons et d'autres bétes extraordinaires ; elle traverse un grand fleuve et arrive chez des peuples qui offi^ent des éponges blanches et pourpres et des animaux du fleuve et de la mer. Dans le fleuve il y avait de belles femmes aux beaux

* ■ VideruDt uoam arborem nîmis excelsam et sedebat super eam avis magna. Ipsa eDÎm arbor nec folia nec fractus habebat et avis gerebat in capite cristam similem pavoni et faaces cristatas et circa eoUam circalum aareum fulgentem.... Hœc avis quam vides fenix est »

< «... Erant aatem ipsœ arbores ezcelsœ valdè. Et arbor solis habebat folia ut argentum. Dixit Alexander : Quà linguà mihi responsum dabunt. Gui senex respondit : Arbor solis iudico sermone incipit responsum, grœco sermone diffinit. Arbor vero Innse grœco sermone incipit et indicà linguâ déterminât. Tune Alexander osculatus est arbores et in corde suo cogitare cepit, si cum triumpho Macedoniam remearet. Tune arbor sotTs indico sermone respondit : Tu devictor orbis dominus simul et pater extas : sed patrium regnum per tempora nulla videbis. Anno completo et mensibus octo vives : de quo confidis tibi mortis pocnla dabit. Tune incepit Alexander in mente sua dicere : Die mihi , sacratissima arbor, quis me débet occidere? Arbor respondit : Si tibi panderetur vir qui tua fiita resolvit, illum confringeres et sic mea carmina fallerent. Interea dixit ille senex qui ducebat Alexandrum : Noli ampliùs molestare bas arbores interrogationibùs futurorum, sed post tergum revertamur. Itaque reversus Alexander post tergum plorabat amarltôîme propter brève spatium vitœ sus et principes cum eo

plombant Comp. cette narration avec celle de X. Valerius (Itv. III, cap. 3&-

42), oh. elle fidt partie de hi lettre qu'Alexandre adresse à Aristote. (Nous avens laisse tels quels les grossiers hexamètres de cette citation. — Éd.)

cheveux, qui enlevaient les hommes, les conduisaient parmi les joncs et les faisaient mourir dans les plaisirs. Les Macédoniens ayant pris deux de ces femmes virent qu'elles avaient dix pieds de haut, qu'elles étaient blanches comme la neige et avaient des dents comme celles des chiens. Alexandre quitta ces lieux et alla dans un pays où il enferma douze rois tartares avec leurs armées. Vllistoria de Prœliis au heu de douze noms en donne vingt-quatre, et les premiers sont Gog et Magog *.

Après être parvenu aux bornes de la terre, Alexandre revint vers la mer Rouge et conçut l'idée de s'élever au ciel. Il fit construire une machine dans laquelle il fut enlevé par des griffons à une immense hauteur ' ; la protection divine le fit descendre dans une plaine k quinze journées de son année ^. Non content de cette belle expédition, il voulut examiner les profondeurs de l'Océan. Il y descendit dans une sorte de tonneau fait en verre, examina les animaux, les végétaux et toutes les choses admirables qu'offre la mer '^.

I " Post hœc abiit Alexander et inclusit doodecim reges cum eorom exercitibus qui et Tartarim dicebaiitur. i. Gog et Magog, Agatan, Mageon....> etc. (V. ci-dessus, p. 43 et 45.)

s Le moine Planude (XIV« siècle), dans la vie d*Ésope, raconte que ce fabuliste, étant en Egypte à la cour de Nectanèbe, fit élever des jeunes gens dans les airs en les attachant à des aigles. (Planud. VU. jEaopi^ p. 70, infabuL var. auetorum a Neveleto edit, Francof. 1660.)

II avait pris ce trait de l'histoire &buleuse d'Alexandre.

' « Et precepit currum mirabilem fabricari et colligari cathenis ferreis ut

posset ibi securius residere. Deinde fecit venire griffones et cum cathenis ferreis firmioribus fecit eos ligari currui et in summitate ipsius currus eorum cibaria prsparari. Tantam si quidem altitudinem ascenderunt griffones quod videbatur Alexandre orbis terraruro sicut area in qua fruges triturantur et conduntur : mare vero ut draco tortuosus in circuitu videbatur. ...»

* • Jussit vitrarios ante se venire et prsecepit eis ut facerent dolium ex

vitro clarissimo et splendidissimo, ut possent a foris omnia clarissimè conspici..... At ille intrans ipsum dolium, clausà porta expisce (leg. /)tce) composita, descendit in profundum maris. Viditque ibi di versas figuras piscium Viditque alia

mirabilia quœ nemini voluit enarrare • On trouve dans Aristote {ProbL $ect,

XXXII, 5. t IV, p. 249. edit. Du Val) la première mention de la cloche du plongeur... ôp.otb>ç -^àp «vairvoTjV Troioûffi toÎ; xc>.up.6riTaT; XéêtîTa xarx^évrc;. (M.Hitt. deVAcad. des Inscript. XL, p. il 7, 118. — Transact. philosophiq. 1736.)

Je supprime les combats que l'armée eul a soutenir vers la mer Rouge contre des serpents à cornes et des monstres qui jetèrent des flammes par la bouche. Je passe également l'arrivée d'Alexantlre dans le palais de Xerxès, où il trouve des oiseaux blancs qui prédisent par leurs regards l'issue des maladies ^ Le roi de Macédoine, parvenu k Babylone, tue le roi de cette ville et son général Nabuzardan, et après tant de succès et d'aventures, il écrit a Olympias et k Aristote des lettres de prœliis et angmtiis quas in Indià perpessus est. Il est enfin empoisonné par Antipater et ses deux fils Gassander et Roboas ', et lorsqu'il connaît son état, il veut pendant la nuit se jeter dans l'EupIirate, mais Roxane l'en empêche. Alors Alexandre fait appeler Simon le notaire et dicte son testament ; il donne mille talents d'or aux prêtres d'Egypte, partage ses États entre ses généraux et lègue à son notaire la Gappadoce et la Paphlagonie.

L'ouvrage est terminé par le portrait d'Alexandre, les noms des villes qu'il fit bâtir et les sentences que les philosophes prononcèrent sur son cercueil.

L'extrait et les citations que je viens de donner sont tirés d'une édition imprimée' et montrent à quel point cette branche du roman latin d'Alexandre diflère du récit de J. Valerius. On voit qu'elle a reçu de nouvelles fables d'origines diverses. J'ai déjà remarqué que les manuscrits de YHistoria de Prœliis différaient dans leurs récits et je donnerai quelques exemples de ces difierences. Le manuscrit 1416 (Saint-Germain-des-Prés) de

i Cette fable des oiseaux se troaye avec qaelqae différence dans VHUtoria Orietitatis de Jacques de Vitri. (V. ci-dessous.)

• Le poison qu'envoya Antipater « nallus poterat vascalus sastinere, sed eam in cantrellam ferream collocavit. • — Muratori a cru que dans d'autres auteurs canirella était une faute pour cantuUa ( Du Cange, Glossar. inf. latin, t. II, p. 109), mais notre Historia de Prœliis confirme la première leçon.

» Historia Alexandri JMfagni régis Macedoniœ de prœliis. — On lit a la fin : Historia Alexandri Hagni finit féliciter Anna salutis M.cccc. lxxxx, finita vero die XVI mentis novembris. In-4".

la Bibliothèque du roi est un de ceux qui se rapprochent le plus de l'édition de 1490, mais au lieu de se borner, comme cette édition, k faire une courte mention des douze rois tartares enfermés par Alexandre, il raconte que ce héros transporta dans le nord une nation de Scythes, race immonde, d'un aspect horrible, souillée par toute sorte de mauvaises actions et par l'usage de la magie. A la prière d'Alexandre, Dieu rapprocha deux montagnes, et Alexandre ferma le passage avec des portes. L'édition imprimée décrit en détail le trône magnifique que le roi de Macédoine fit construire à Babylone. On y voyait des figures sur lesquelles étaient tracés des vers grecs et latins indiquant les noms des provinces soumises. Le manuscrit 8514, écrit au quinzième siècle et intitulé : Liber de nativilatej actibus Magni Alexandrie ajoute k la description du trône vingt vers qu'il dit traduits du grec. Parmi les peuples soumis, dont ils rappellent les noms, on trouve les Anglais, les Écossais, les Islandais, les Espagnols, les Francs, les Gaulois, les Hongrois, etc. Le dernier vers est :

Onmia mihi subsunt : Jupiter imperat unus.

Ce manuscrit donne un portrait d'Alexandre qui ne se trouve point dans les autres, mais qui, k une phrase près (victor om^ nium, sed ira et luxuriâ victus)^ se lit dans l'histoire imprimée. Le manuscrit 8501, du quatorzième siècle, est k peu près le même que le manuscrit 1416, mais il a cependant quelques variantes. Le début des éditions et des manuscrits de VHistoria de Prœliis la distingue de toutes les autres rédactions latines du roman d'Alexandre ; en voici les premières paroles : Sapientissimi yEgyptii scientes mensuram terrœ iindmque marts^ et cœlestium ordinem cognoscentes id est Blellarum cursum.,. etc. En les comparant avec le commencement du Btoç AXeSavSpoL» *, on reconnaît l'origine de VHistoria de Prœliis. Il existe k Modène un manuscrit d'une histoire d'Alexan-

* V. ci-dessus, p. 23.

dre * ; le commencement manque, mais d'après les détails que j'ai reçus et que je dois à l'obligeance de M. Lombardi, savant distingué et bibliothécaire du duc de Modène, il contient VHistoria de Prœliis. Gagnier a encore trouvé un manuscrit semblable dans la bibliothèque Bodieienne ' et il en a publié une partie pour le comparer avec ce que Joseph fds de Gorion raconte d'Alexandre. J'indiquerais enfin un manuscrit de l'Académie Pauline de Leipzig, intitulé : Viia Alexandri Magni ^, si son début différent * de celui de VHistoria de Prœliis ne me

* Cod. Lat. XIV, no 2. — Muratori, Antiq, IlaL Med. jEvi, t. III, col. 962. A la auite de l'histoire d'Alexandre/ le même manascrit contient : Gesta Julii Gœsaris, a sciolo qoopiam barbarlcis temporibos digesta, maltisque fabulis mixta atque facata.» (Muratori, ihid,)

* De Gestis Alexandri liber. Le manascrit latin de la bibliothèque Bodieienne {NE, D. 2, 8), publié par Gagnier en regard du second livre de sa version latine de Joseph, fils de Gorion, est an exemplaire de VHistoria de Prœliis. En le comparant avec Tédition imprimée de 1490, on y trouve quelques différences de rédaction, et le manuscrit est en quelques endroits plus abrégé. Ainsi, lorsque Alexandre déguisé en ambassadeur a traversé le Tigre et cherché à pénétrer chez Darius, le ms. dit : • Cepît ire contra Persepolim in quà erat Darius imperator.» L'imprimé porte : « Cepit contra civitatem Darii proficisci.» Il n*y a rien sur les nations Tartares enfermées par Alexandre ; on ne trouve point le récit de la caverne des Dieux. L'enlèvement d'Alexandre dans les airs, sa descente dans la mer sont à peine indiqués. 11 y a des différences dans le récit qui concerne les arbres du Soleil et de la Lune. La reine Candace y porte le nom de Cléophilis Candacis *. On trouve encore dans le manuscrit des choses qui ne se lisent pas dans l'imprimé; par exemple, il est fait mention d'hommes sans têtCi, dont la bouche et les yeux sont placés dans la poitrine.

Voici quelques lignes de l'oracle des arbres du Soleil et de la Lune, d'après le manuscrit de Gagnier :

Tune subito arbor solis respondit indico sermone dicens : Sicut interro-

gasti nomen meum, Alexander, dominus orbis eris ; sed Macedoniam nullo modo videbis, eo quod fata sic definierunt de te. Deinde dixit arbor lunœ : Alexander, jam plenam finem œtatis habes et decipere te débet quem minime speras. Oui Alexander ait : Die mihi, sacratissima arbor, quis me decipere débet? Tune arbor respondit : Si dixero tibi quii te decipere débet, illum occides et jam mutares quœ de te ipsa fata ordinaverunt •> etc.

s Montfaucon, Bibl manusc. t. I, p. 598, A .

4 . iEgyptiorum gentem in mathematica magicaque arte fuisse valentem literœ tradunt.»

* Oïl trouve dans les lii^toricns une Cl^phi*;, reine d'un pays de l'Inde, dont Alexandre eut un fils (Justin. XII. 7. — Oros. III, 19. — Q. Gurt. VIII, x, ^}, qui porta le nom d'Alexandre cl régna après sa niérc. La Chronique de Cologne dit aussi que Clénphile racheta S4*s Etals par le dou de sa personne.

faisait pas croire qu'il contient une autre rédaction. Je suis cependant porté à penser qu'il appartient aussi k cette branche du roman latin d'Alexandre.

Quelques auteurs ont indiqué l'histoire fabuleuse dont je viens de parler comme étant l'original et le modèle du roman de Charlcmagne et de Roland, attribué k l'archevêque ïurpin ^ Ce ne serait pas ici te lieu d'entrer dans de longues confrontations ; mais je puis assurer que j'ai lu la chronique écrite dans le onzième ou douzième siècle qui porte le nom de Turpin^, et le roman qui porte le nom de Philomena^ et qui (ut composé au douzième ou au treizième siècle ^. J'ai parcouru les extraits qui ont été publiés des différents romans relatifs k Charlemagne et k ses paladins ^, et je n'y ai trouvé qu'un bien petit nombre de traits ayant quelque ressemblance ^ avec les histoires fabuleuses d'Alexandre, et absolument rien qui puisse prouver une imitation.

* SchœU (HisU de la litt. grecque, t. VII, pp. 194-195), en parlant de VHû' toria de PrœliiSf non-seulement exprime cette opinion, mais ajoute que les • exploits que l'Orient &baleax raconte d'Alexandre sont attribués à Charlemagne. ■ — Sébastien Ciampi, Prœfat. ad Turpin. de vit. Caroli M» p. x, cite on passage de M. d'Eichkor, (Eichhomj Hist, du moyen âge, et dit que « Tarpin a beaucoup puisé des contes orientaux. Charlemagne est entouré de douze pairs, comme Kaihon de douze seigneurs. Charlemagne avait une trompette longue de soixante lieues (!!) et Ahsender (Alexandre le Grand) en avùtune qui se fiûsait

entendre a soixante lieues • M. Raynouard remarque qu'il n'est pas question

des douze pairs dans le Turpin latin, mais seulement dans la yersion firançaise. {Journ. des Sav. 1832, p. 393.) — Sinner, Prœf. ad Long. Pastor. p. uxui : « Qui de re accuratiùs erit inquirendnm, omninôque fabulosam hanc Alexandri M. bistoriam cum Turpini Chronicis de Carolo M. quibus originem probabiliter dédit, accuratissimè conferre oportebit. •

* De vità Caroli M, et Rolandi, Historia J. Turpino archiep. vulgo tributa, édita à Sebast. Ciampi, Florent. 1822, 8o.

' Gesta Caroli M., ad Careassonam et Narbonam, edit. a Sebast. Ciampi, Florent. 1823, 8». C'est une version latine d'un original perdu, écrit en langue romane. V. Journ. des Sav, 1824, pp. 668-675.

« Hist. de l'Acad. des Inscript, t. XXI, p. 136 et suiv.— Bihl. des Romans, 1777 Juillet, t. I, p. 123 et suiv. — 1777, août, p. 116 et suiv. — 1777, oct. pp. 114-184. ~ Gaillard, Hist, de Charlemagne, t. III, pp. 332-497.

s C'est ainsi que Charlemagne se déguise en hérault et pénètre dans la ville qu'occupait Aigoland, son ennemi. (Turpin.)

rV. Vlltstoria de Prœlm eut assez de vogue au treizième siècle pour qu'un Italien tentât de la mettre en vers latins. Ce poète, nommé Qualichino ou Wilkino d'Arezzo^ écrivit son histoire d'Alexandre en vers élégiaques, l'an 1236, ainsi qu'il le dit lui-même à la fin de son ouvrage ^ On y trouve les mêmes traditions que dans YHistoria de Prœliis^ que l'auteur suit pas k pas, en l'abrégeant quelquefois. Il commence par ce vers : Slellarum curis ^Egyptus dedita quondam.

Je ferai connaître ici quelques fragments de ce poème ; ils sont extraits d'un manuscrit de la Bibliothèque du roi, à Paris ^ ; il en existe d'autres en-Italie ' et en Allemagne '^,

> Historiam dictam dictavit carminé qaidam

Qai Qaalichinu» nomine dictas erat :

Civis Spolenti dum esset apud Recanatam

llHc vereificans condidît ista metra.

Post Datum Christom sunt anni mille ducenti

Terque duodeni quum fit istud opus.

Et correxit opus anno durante secundo.

Et sic dictanti musa magistra dédit :

Gregorius nonos tanc Pétri sedem regebat * Romanua princeps tune Fredericus erat.

Après ces vers on en lit trente-un antres, intitulés : • Heec Epytafia sunt scripta saper tnmulum Alezandri régis. ••

* Ms. lat. no 8501, 4o, sur ycliu, du quatorzième siècle. {CataL cod, nu, Bibl. reg. Parient, t. IV, p. 465.) Il commence par un prologue (cujusdam Doctoris in commendatione Aristotelis et Alexandri régis) qui se rapporte au Seeretum Secret i d'Aristote. On trouve ensuite : Istoria Alexandri imperatoris Macedonum filii Olympiadis et Amon. . . . etc. C'est VHUtoria de Prœliis.

30 Item de Alexandro rege Macedonum.

4° Une courte lettre d'Alexandre à Aristote et la réponse de celui-ci.

5° Alia epistola de medlcinali scientia extracta de libro moralium de regimine dominorum condicta ab Aristotele philosopho et missa ad regem magnificum Alexandrum.

6» Enfin le poëme de Qualichino ayant pour titre : Incipit Ystoria Alexandri régis à magistro Qualichino metricè édita. Il est orné de dessins assez grossièrement exécutés.

s Bandini, Catal, cod. lai, bibl. Laurent III, 410. Ce ms. a de plus que celui de Paris un proemîum sur les quatre monarchies du monde, qui commence :

« Post Abrabœ legem quœ cîrcumcisus habetur •et finit : • De Macedum rege

persequar isto modo. ••

* Fabric. Bibl. inf, lat, cum annot. Mansi, t. III, p. SSo.

* Sedc sedebal? — A'rf.

Presens historia non narrât singula métro

Qiiae de Natanebo scripta referre soient : Régis Âlexandri tantum volo scribere gesta.

Natanebus dixit : Fili mi, nocte sequeris, Et tibi monstrabo sidéra nota mihi.

Inde foras pergunt ut sidéra cognita monstret : Herculeam stellam aspice, dixit ei.

Et fulget nimium splendida Stella Jovis. Ex bis cognosco quod nunc mea fata propinquant :

Filius ecce meus est homicida mei.

Inquit Âlexander : Falsè cœlestia tractas.

Gens iEgyptica régi nunc obvia venit :

Inde fit iEgyptus tota subacta sibi.

Rex statuam cernit nigro lapide fabricatam :

Quaerit ab ingeniis cur fabricata fuit.

Inquit ei turba : Rex Natanebus fuit ille

Pro cujus laude sic fabricata manet.

Dixit Âlexander : Genuit me Natanebus rex. Tune se prostravit osculans statuas.

Je termine ces citations par les vers qui décrivent la descente du roi au fond de la mer Rouge :

Ampulam claram fieri jussit ab illis

Ut claro vitro cemere possit aquas.

Mandat ut stringant vas rex ferrea vincla,

Ut teneant équités talia vincla jubet.

Ex ipsis statuit quantum vellet esse sub undis.

Intrat in ampulam : mox quoque clausa fuit : Ferventi pice sunt cuncta foramina clausa,

Ut maris unda (?) non penetrare queat : Sic rex inclusus petiit maris inde profundum.

Il y a dans ce poème un chapitre sur les nations de Gog et de Magog enfermées par Alexandre et retenues par art magique. On y trouve fort en abrégé les lettres d'Alexandre k Olyropias

et à Àristole^ et il se termine par l'empoisonnement, le testament el la mort du héros à Babylone. Outre les auteurs que j'ai cités dans les notes, Quadrio (t. VI, p. 478 et 479), Labbe {Bibl. nom ms. p. 68), Jacobilli {BibL script. Umbriœ^ p. 287), Fabricius {Bibl. grœc. t. III, p. 50, éd. Harles), et 01. Borrichius {DisserL de poët. p. 89), ont parlé de l'ouvrage de Qualichino.

V. Je trouve l'indication d'une autre rédaction du roman latin sur Alexandre dans les notes de Martin Opttz sur le Rhythme de Saint- Annon, morceau de poésie dont nous aurons encore k parler. Ici il ne peut être question que de ce que dit Martin Opitz. Il cite un manuscrit latin intitulé : Excerplum de vtlà Alexandri Magni^ eUen extrait certains passages *. En voici quelques-uns qui feront juger que l'histoire fabuleuse d'Alexandre, possédée par le savant Allemand, se rapportait, quant au fond, à YHistoria de Prœliis^ mais que la rédaction s'en éloignait beaucoup, au moins dans un grand nombre d'endroits.

P' Fragment. — Sur les arbres du Soleil et de la Lune :

« Cœpit Alexander cogitare in animo suo, si triumphans

reverti posset in patriam suam ad matrem et sorores carissimas. Gui |subito arbor indico sermone respondit : Sicut interrogasti nomen meum, Alexander, eris dominusorbis terrarum, sed vivens in patriam non reverteris ; quoniam fata sic definierunt de te. Gumque ille interrogaret Indos quos secum adduxit, interprétât! sunt ei sermonem. Tune très fidèles ejus amici, Perdicca, Gliton, Philotas cœperunt plangere super bac respon-

sione.... (Gonf. sup. p. 64) Vespere autem veniens ad

interrogandum arborem Lunae, cum stetisset juxta arborem, interrogavit ubi mori deberet. At ubi splendor lun» teligit arborem, respondit arbor gneco sermone : Plenam jam finem setatis habes, Alexander; sed isto anno, adveniente Maio, in Babylone morieris, deceptus a quo minime prsesumis. »

« Apud Schilter, Thêtaur. Antiq. Tevtonic, t. I.

II* Fragment. — Ascension dans les airs • « Divina

vero virtus obumbrans gryphos, dejecit eos in terram in loco campestri longé ab exercitu itinere dierum decem. Nullam tamen Isesionem sustinuit Alexander in cancellis istis. Cum magna vero angustia redditus est militibns suis quem videntes, laBtati sunt collaudantes eum * »

IIP Fragment. — Alexandre au fond de la mer. « Hoc

audiens Alexander, jussit talia fieri et hoc modo perquirens profundum mare, vidit diversas figuras diversi coloris piscinm et quasi terrestrium animalium profundum maris perambulantium, multaque quae dici non possunt. »

V Excerptum de viia Alexandri ne m'est connu que par les notes d'Opitz '.

Plusieurs Pères de TÉglisc et quelques auteurs ont parle d'une lettre d'Alexandre k sa mère. Mais cette prétendue lettre pariait de quelques mystères qu'il avait appris en Egypte et non dans l'Inde.

Yl. Les anciens auteurs ont fait souvent mention des lettres qu'Alexandre avait écrites', et parmi celles qui ont d'évidents caractères de supposition, on doit placer la lettre dans laquelle il rend compte à Aristote des merveilles de l'Inde. On la trouve dans des manuscrits; elle a été imprimée plusieurs fois, et comme elle n'existe qu'en latin, on a décoré cette traduction du nom de Cornélius Nepos'*. Cette lettre est un digne pen-

1 On voit que ce fhigment est presque identique avec le passage correspondant de VHût, de Prœliis,

* Un manuscrit de la bibliothèque de Bâle 'A. XI, 34) est intitulé : Excerpta de Alexandri M. vità. (Htenel, CcUal. lib. ms. p. î)46.) U contient peut-être la rédaction dont Opitz a fait usage.

» V. Fabric. Bibl grœc. éd. Harles. t. I, p. 683 et t. III, p. 27 et sq.

* Alexandri Magni Epistola de situ Indiœ et itinerum in ea vastitate ad Aristotelem. . . perscripta : ex interpretatione Cornelii Nepotis : denuô receusnit . . . Andréas Paulini, Gissœ, 1 706, in-8o. — L'honnête éditeur n'a pas le moindre doute sur l'auteur ni sur le traducteur. Fabricius n'est point si crédule ; mais il croit que cette lettre contient des extraiu des récits ou des mensonges qu'offraient les ouvrages d'Onésicrite, d'Orthagoras et des autres anciens écrivains

KOMANS LATINS. 81

dant de celle qu'on trouve sur le même sujet dans J. Valerius *; quelques-unes des merveilles que la première raconte se rencontrent dans la seconde, mais sur beaucoup de choses elles n'ont point de rapport, et les phrases sont absolument différentes. Cet écrit parait avoir été fabriqué dans le neuvième siècle ' ; on le trouve dans des manuscrits du onzième '; il est cité dans le Catalogue de la bibliothèque de Bobbio, qui a été rédigé au dixième siècle ^, et dans le siècle suivant Jean Tzetzès semble y faire allusion, en mettant Alexandre au rang des auteurs qui écrivirent des récits fabuleux ^

Alexandre raconte à son précepteur qu'après avoir vaincu Darius sur le Gange et Porus dans l'Inde Phasiaca (Prasiaca), il s'empara du palais de ce dernier roi. Il en décrit les inouïes

des gestes d'Alexandre. {Bibl. lat. t. I, p. 117, éd. Ernesti.) — La lettre d'Alexandre a été plnsieors fois imprimée ; elle fait aussi partie d'an recueil {Septi- »egment<Uum opus) publié par Alex. Achillini, Venise, 1516, fol. et Paris, 1520, in- 12 min. — Le texte grec de la lettre d'Alexandre sur l'Inde a été publié par M. Berger de Xivrej {Tradit. TércUol pp. 331-376) d'après les ms. du faux Calllsthène grec, n» 113, supplément, et 1685 de la Bibliothèque du roi de France. Parmi les travaux de la Société ashmoléenne d'Oxford, on trouve : « D'une lettre apocryphe d'Alexandre le Grand à Aristote, contenant une description de l'Inde, par J. Dancan. >

Il parut dans l'antiquité plusieurs lettres sur les merveilles de l'Inde, attribuées a des compagnons d'Alexandre. On peut citer celle de Cratère à sa mère Aristopatra, dont parle Strabon. (XV, p. 702.)

* J. Valerius, III, c. xxiii-XLiii, pp. 156-177.

> Muratori, Antiq. md.AUvL t. III, p. 281, diss. 43.

' Ou même avant, puisqu'on le trouve déjà cité dans Frecnlfe {Chronic, t. I, Ub. IV, cap. 23), auteur du neuvième siècle : • Qui verd plenius scire voluerit qusB in Indiâ Alexander pertulerit in inviis locis cum immanissimis belluis ac serpentibus, auream domum etiam Pori régis prœdicti, quœ aureis fulciebatur colunmis mirœ magnitudinis et cœteris mirabilibus ibi repertis, epistolam Alexandri ad matrem et ad magistrum directam legendo percurrat. »

^ A la suite du no 8518 ms. lat. de la Bibl. du roi de France, qui contient un abrégé de J. Valerius.

* J. Txeuès, Chiliad. VII, v. 646. — Alexandre n'est pas le seul à qui on ait attribué une lettre sur les merveilles de l'Inde. On a trouvé en Russie une lettre du prêtre Jean â l'empereur grec Manuel qui renferme d'aussi beaux récits. V. Karamsin, Hist. de Russie, t. III, pp. 386, 387, note 26, traduction française. C'est le livre dont parle le Spéculum regale islandais, p. 76.

magnificences et parle de quatre cent quarante colonnes d'or massif de trente pieds de hauteur. H veut ensuite pénétrer dans rinde intérieure, en Bactriane et chez les Seres, quœ gens arborum foliis decerpendo lantiginem ex silvestri vellere vestes detexit, mais ses guides Tégarent, et son armée^ sur le point de mourir de soif, est attaquée par des monstres de toutes les espèces. Cette attaque dure k peu près tout le long de la lettre ; les bêtes féroces depuis l'immense odontotyrannus, les serpents gros comme des colonnes, les lions grands comme des taureaux, jusqu'aux scorpions et aux chauves-souris laissent à peine un moment de repos à l'armée macédonienne, et j'en avertis une fois pour toutes afin de n'en plus parler. Cependant Porus a rassemblé une nouvelle armée, et Alexandre, déguisé en marchand, s'introduit auprès de lui ; puis il le bat et lui laisse ses Ëtats. Il arrive ensuite aux extrémités de l'Orient, aux trophées d'Hercule et de Bacchus ; il trouve les statues d'or de ces dieux, les fait sonder et y ofire des sacrifices : il parvient au fleuve qu'Hercule et Bacchus n'avaient point dépassé, et prend le dessein de visiter la partie gauche de l'Inde. Sur le fleuve Buemar une immense troupe d'éléphants menace Alexandre, qui leur oppose des porcs dont le grognement aide k les mettre en fuite. Il rencontre les Ichthyophages velus et ensuite les Cynocéphales ; enfin le ciel semble se déclarer contre lui : une neige abondante est suivie d'une tempête aflreuse qui finit par une pluie de feu *. Cela ne l'empêche pas d'arriver k l'Océan éthiopien, aux montagnes de Dionysius et k l'antre de Liber. Alexandre raconte ensuite sa visite aux arbres du Soleil et de la Lune ; le récit en est plus long que dans aucun autre roman '. Ces arbres sont mâle et femelle ; leur prêtre est décrit : homo pedum amplius decem statura altior, nigro corpore^ denlibus caninis... perforatis auribus, ex quibus uniones dependebant annulique^ et erat pellibus ferinis vestitus. Les arbres pré-

I V. ci-dessus, p. 70, not. i.

« Il occupe pp. 45-54.

disent la mort d'Alexandre, mais dans tout cet épisode il y a plusieurs détails qu'on ne trouve pas ailleurs ^

Dans la vallée Jordea, il y a des serpents qui ont des colliers d'émeraudes ; ils se livrent des combats, périssent en grand nombre et les Macédoniens font provision de ces pierres précieuses. Les roseaux du fleuve Clujas sont si grands que trente hommes peuvent k peine en porter un. Les Macédoniens, après avoir passé ce fleuve sur des radeaux, trouvent des Indiens vêtus de peaux de baleines; ils sont hospitaliers et offrent aux soldats des éponges blanches et pourpres ', de grandes et belles coquilles et des vêtements de veaux marins. On pêche dans le fleuve des vers gros comme la cuisse, qui sont meilleurs à manger qu'aucun poisson. De belles femmes, à longue chevelure, y font aussi leur demeure ; elles enlèvent les hommes, les étouflent dans l'onde ou les font mourir de plaisir ^. Alexandre dit ensuite un mot du Gange, et, malgré de nouvelles attaques de la part des bêtes féroces, il revient dans

* p. 48. • In medio antem laci sacratœ arbores simillimœ cupressis frondium génère, pedum alts centenoram erant : quas Bebrionas Indi appeliant Eas cam mirarer, diceremque frequentibus imbribus ità excrevisse, affirmabat sacerdos se nonqnam in his locis pluviam, neque feram, aut uUam avem, aat nullum vidisse serpentem : terminos antem esse ab Indomm majoribus Soli et Lanœ consecrat06. Affirmabat idem quod in eclipsi Solis aut Luns uberrimis lacrymis sacne arbores oommoverentnr snoram numinum statui timentes. . . • P. 49. • Quod ego dum factums essem, iuterrogandam tamen sacerdotem ezistimavi indicé an grœoè mihi essent arbores responsune. Tum ille inqnit utràque solem eloqni lingaà et futnra pronunciare. Luna antem, dixit ille, indico sermone incipit, iudico finit *, Dùm hœc gemntnr, yidimus ab occidente jabare fulgentibus Phœbi radiis percussa arbornm cacumina.. . •» P. 50. «Cominus igitnr stantes, divina auribus aucupati fnimus oracula. . . . Tune subito indico sermone tenuissimè respondit arbor : Invicte bellis Alexander, ut consuluisti, unus eris terrarum orbis dominus, sed yivus in patriam non reverteris; ita enim fata de tuo capite statuerunt.. . • etc., etc. On peut comparer ce fragment avec les passages de VExcerptum cite ci-dessus, p. 79; de YHûtoria de Prœliis citée p. 7i et avec J. Valerius, lib. III, c. 38, 42.

* Historia de Prœliis.

s idem.

* Historia de Prœlii* : « gr^co scrnion<> inripit et iiidicà lini^iiA dnlenniuaL » Cf. p. Tt.

84 BOMANS LATINS.

le pays de Porus et termine sa lettre en disant qu'il a ordrané qu'on élevât des trophées en or sur lesquels seront inscrits des récits qui étonneront les siècles futurs.

Cet extrait semble prouver que vers le neuvième siècle, un écrivain voulut faire un ouvrage à part de la lettre d'Alexandre à Âristote, qui faisait partie des romans d'Alexandre, et que dans ce but il l'amplifia par de nouveaux détails, y fit intervenir tous les monstres que son imagination et ses lectures purent fournir, et en fit une rédaction toute nouvelle ^

J'ai dit précédemment (p. 76) qu'on avait désigné VHtstoria de Prœliis comme ayant été le modèle du roman de Charlemagne. J'ajoute maintenant qu'on a aussi prétendu qu'un religieux de l'abbaye de Saint-Gall avait tiré de la lettre d'Alexandre sur rinde le sujet d'un roman extrêmement répandu en Allemagne, sous le titre des Aventures du duc Ernest de Bœmère '. Cette dernière assertion ne me parait pas mieux prouvée que la première. Ernest, duc de Bavière, fut entraîné dans la révolte contre Louis roi de Germanie par son gendre Carloman, et les poètes et les romanciers qui l'ont célébré ont orné le récit de ses prétendues aventures d'une multitude de fables, n y a plusieurs écrits qui les racontent ; le plus ancien est un poème latin en huit chants, dédié au commencement du treizième siècle à un évéque de Magdebourg, par Odo, qui parait connaître Paris, mais que rien ne désigne comme un moine de

* Il semble, d'après ce que dit Le Grand d'Aassy, qu'un manuscrit de la Belgique renfermait une ▼ersion française de la lettre d'Alexandre ; Toid ses paroles : • L'ouvrage est divisé en deux parties, dont la seconde est supposée d'Alexandre lui-même, et forme une prétendue relation qu'il envoie à son maître Aristotesur ses conquêtes dans Tlnde.» (iVofice« des m», de la Bibl. du roi^ t V, p. i31.)

< Jean de Millier, Histoire des Suisses^ t. Il, p. 157, trad. franc. Il cite Fugger. Histoire d'Autriche* Je ne sais pourquoi il nomme la lettre d'Alexandre : Relation d' Aristotesur VInde, — Simond, Voyage en Suisse, t. II, p. 56, copie Millier : < Un religieux, dit-il, tira de la relation d'Aristote sur l'Inde le si^et du premier roman qui ait été probablement écrit depuis la renaissance des lettres : Les aventures du dttc Ernest de Souabe. -

Sainl'GaU. Les voyages et les aventures qu'il raconte de son héros et de son inséparable compagnon Wécelo, n'ont aucun rapport avec celles que contient la lettre d'Alexandre. Leur vaisseau qui s'attache à une montagne d'aimant \ la manière dont Ernest et Wécelo se sauvent en s'enveloppant dans des peaux de hœufs et se laissant enlever par des griffons, rappellent les contes de l'Orient que les Arabes firent connaître '. Ces fables, où il est question d'enlèvements par des oiseaux monstrueux, appartiennent aux Persans % et les Arabes les

< Sor les îles Maniolœ, dont les pierres d'aimant attiraient les clous des vaisseaux, V. Ptolem. Geog. VU, 2, p. 178, éd. Barth.— Pallad. de Braehman. p. Â. — Salmas. Plin, JBxercit, p. 775.

* Dans les Voyages de Sind-bad, conte arabe, ce marin est enlevé par un rokh (p. 25), puis, plus tard, il sort de la vallée des diamants en s'attachant à un morceau de viande qu'un aigle enlève (p. i9). {Lesvoyagei de Sind-bad ^ martn, traduits parLanglès, Paris, 1814, in-12.) D'autres auteurs, et en particulier Teisfaschi qui, au XI II* siècle, écrivit sur les pierres précieuses, font des récits analogues (Reinaud, Cab. de Blacas, 1, p. 18.) — Saint Epiphane raconte presque de la même manière que Sind-bad comment on se procurait les pierres précieuses dans la Scythie {De Gemmis, p. 30, éd. Foggini, Romœ, 1743; 4o), et il est bien plus ancien que tous les romans latins sur Alexandre. Il est vrai que cette belle histoire, qui se lit dans l'ancienne version latine tirée d*un manuscrit du onzième siècle, manque complètement dans le texte grec (Epiphanii oper, t. Il, p. 2i9, éd. Petav.) et qu'elle pourrait être une interpolation du traducteur. Cependant on assure que ce qui reste en grec n'est qu'un abrégé du traité d'Épipbane. Quoi qu'U en soit, voici quelques vers de cette aventure extraits du poëme d'Odo :

Actutum, si qnœ hic, quœramus tergora, et armis

Vestiti priùs, optatis volvamur in illis.

Ut nos toUentes mentita cadavera grifte

Pullîs objiciant, à quels facientibus armis

Et cute dissuta nos, si volet, ille Deorum

Optimus eripiet

.... Grifts consueta petentes

Prandia, distinguunt horrendo nubila tractu,

Visaque toUentes ad nidum corpora ponunt,

Nidentem longé et rursùm super aéra vadunt :

Hoc dux gavisus, nnllo violabile rostro

Ense secat corium et descendit ab arbore, sano

Sanus cum socio

Ce poëme a été publié par Martenne et Durand, Theiaur. nov, Aneedot. t. III, p. 308-376. — Voy. aussi Eckhart, Franc, orient, t. Il, p. 510-523. ' V. VHUtoire de Kai-Kaoue tirée du Schah-nameh, ci-dessus, p. 6.

ont apportées dans rOccideut. Elles s'introduisirent dans les romans du moyen âge et même dans les rédactions latines du roman d'Alexandre, tandis que l'on n'en trouve aucune trace dans les rédactions grecques anciennes, telles que celles du faux Callisthène et d'^Esope. Elles étaient déjà répandues lorsque les romans latins furent écrits, et ces romans ne se durent rien les uns aux autres, mais chacun d'eux puisa k la source commune.

Puisque j'ai été conduit à parler du roman d'Ernest de Bavière, j'indiquerai en deux mots les formes dans lesquelles il a été successivement rédigé. Henri de Yeldeck, minnesingcr de la basse Allemagne, fit des aventures du duc Ernest un poème de 5660 vers * ; il écrivit en allemand, mais il dit luimême qu'il imile un poème latin, sans doute celui d'Odo. Henri de Veldeck était ami de Wolfram d'Eschenbach et vivait au commencement du treizième siècle.

En 1500 on a publié à Erfurt un autre poème sur le même sujet. Enfin, il a été traité en prose d'une manière tout à fait populaire et réimprimé un grand nombre de fois *.

Je ne connais pas d'autres rédactions latines du roman d'Alexandre, et je termine ce qui les regarde en indiquant une espèce d'appendice que contient le manuscrit latin n** 8519 de la Bibliothèque royale de Paris. Ce manuscrit, écrit au treizième siècle, renferme un de ces nombreux abrégés de J. Valerius dans lesquels ce roman est réduit à un livre. A la fin on trouve un article séparé sous le titre : De itinere ad Paradisum. Il commence : Igitur Alexander Twbili ac multifarnii

< Le poëme de H. de Veldeck a été publié dans le Recaeil des Poètes allemands du moyen âge, par Vander Uagen et Busching, Berlin, 1808, 4o.

s J*ai sons les jeax une de ces rédactions populaires intitulée : « Eine leaenswilrdig^ Historié vom Herzog Ernst in Baiern und Oestreich, wie er durch wunderliche Unfall sich auf gefâhrliche Reise begeben, jedoch endlich vom Kaiser Otto, derihme nach dem Leben gestanden, iriederum begnadigtworden.» Reutlingen, in-S^, 93 pages.

HOMANS LATLNS. 87

prœda onustus... Le héros macédonien arrive au Gange; c'est le Physon dont la source est au Paradis ; il remonte ce fleuve avec de grandes fatigues, et k l'aide d'une pierre magique {miri fulgoris rarique coloris^ quœ quantitcUe et forma humani octdi speciem imilabat)^ il parvient à un lieu où un vieux Juif, nonmié Papas, lui explique les vertus de cette pierre, et lui donne des conseils de morale et des leçons de modération. Alexandre les met à profit, se corrige de ses défauts..., mais il est empoisonné *. Ce récit est pris des Rabbins ^, comme le Secrelam secreti^ attribué à Aristote, et dont j'ai parlé ci-dessus (p. 40), a été tiré des Arabes.

> • Camque omnî malorum sospicione poithabità, nobiU floreret magnificentiâ et regali jocundaretur gloriâ, ab uno domesticomm suorum quo minus sospicabatur mortifero infectus est poculo, sicut in responsis acceperat in Indià ab arboribus Solis et Lunœ. Comqae vim veneni in se grassantis vicinà jam morte sentiret, accitis javenibus, secom ab infantià nobiliter ut deoebatregià magnifi> centi& educatis, regnorum suorum jura divisit...» etc. Cette dernière phrase est

tirée de 1 Macchab. I, 7. c xat UoiXtat toùç izcù^olç aùroû robe év^oÇou; rcùç

ouvTpo^ouç aÙToO a7?b v£oty)toç >

s On trouve cette fable du voyage au Paradis dans le poëme allemand du prêtre Lambert, et dans la Chronica regia CoUmiens. {Aptid Eccard, Corpus Histor. Med. jEvi. 1. 1, col. 7i3 et seq.) J. Valerius (lib. III, 38), en parlant de l'endroit où étaient les arbres du Soleil et de la Lune, dit : «.... locum arboribus consitum amœnis : hune illi Paradisum vocitavere.»

88 IlÉBRECIX.

Les romans latins sur Alexandre, qui avaient été traduits ou imités du grec furent k leur tour traduits en d'autres langues. L'une des plus anciennes de ces versions est celle qui forme le 2"® livre de V Histoire jtidaïque de Joseph ben (îorion. Ce Juif, qui a cherché à se faire passer pour Flavius Josèphe, qui a prétendu avoir vu César et Charlemagne, doit avoir vécu au dixième ou au onzième siècle V On croit qu'il naquit ou qu'il vécut en Bretagne ou en Touraine. Il a rempli son histoire de fables, et s'est servi pour composer son livre d'une traduction latine de Flavius Josèphe. Pour V Histoire d'Alexandre^ il n'a guère fait autre chose que mettre en hébreu VHistoria de Prœliis. Gagnier a mis ce fait en évidence, en imprimant sur deux colonnes la version latine qu'il avait faite de l'ouvrage hébreu et le texte de VHistoria de Prœliis que lui avait fourni un manuscrit de la bibliothèque Bodleienne dont j'ai précédemment parlé (p. 75). Déjà Casaubon et Scaliger avaient reconnu cette ressemblance, et le Livre des générations et des actions d'Alexandre^ composé par les mages et les sages de l'Egypte l'année même de sa mort,

i Od pourrait facilement croire que Josippon vécat aa neavième âècle, en voyant qu'il est cité par Saadias, écrivain du commencement du dixième siècle, mais il y a quelques raisons de penser que cette citation a été introduite dans la traduction hébraïque du commentaire sur Daniel de Saadias, et qu'elle n'existait pas dans l'original arabe qu'on n'a plus. Dès lors, ce n'est que vers le milieu du douzième siècle que les rabbins parlent de Josippon. (V. Gagnier, Prœfai. ad Jos. ben Gorion, p. xxvii et xxviii.)

ilÉlIRBUX. 89

que Josippon met au nombre de ses autorités \ n'est que VHistaria de Prœliis avec quelques variantes et quelques changements peu considérables. Ces fables et ces impostures n'ont pas empêché les rabbins de dire de Josippon que c< ses paroles

sont justice et vérité que son livre est celui qui approche le

plus de ceux des Prophètes et que la main de Dieu était sur lui pendant qu'il le composait '. )>

Ce serait tomber dans des redites fastidieuses que de donner une analyse du livre second de l'Histoire de Josippon. Ainsi que je l'ai dit d'après Gagnier, il suit YHistaria de Prœliis^ mais c'est d'une manière libre. Quelquefois il ajoute h son guide, et il s'éloigne souvent de lui dans les noms géographiques, dans les noms propres et dans la description des monstres qui attaquent l'armée grecque^. J'indiquerai ici quelques récits qui sont particuliers k Josippon *.

La reine de Macédoine, mère d'Alexandre, est nommée Nebiaras ' ; elle a inspiré un violent amour k Grabonias, roi de Bretagne, qui vient attaquer la ville de Macédoine et campe avec son armée dans la province d'Aganie. Philippe, dont l'ar-

< Josippon cite encore comme aatorités de ce qa'il écrit sur Alexandre les livres des Macédoniens et des Perses , Nicolas ( de Damas ), Tite-Live et Strabon.

* V. Breithaupt, Prœfat ad Joseph ben Gorion, Gothœ 1707, in-4o. — Gagnier, Prfffàt, ad Jos. ben Gorion, Oxonii 1706, 'm-4o. — Biblioth. choisie^ t. XXV, p. 40, ann. 1712. — Ces. Oadin, Comment, de Script, Eccke. t. II, p. 1032- 1062. — Fabric. BihL Gr, t. V, p. 56-59, éd. Harles. — Wolf, Bibl. Hehr. t. I, p. 509, not. ff. — G. B. de Rossi, Disionn. degli autor. Ebrei^t. I, p. 149, 150. — Basnage, Hist. des Juifs, liv. IX, chap. 6, t IX, p. 150 et soiv. — Sainte- Croix, Exam. des Hist. d'Alexandre, p. 550 et suiv.

s Josippon parle de coqs qui lancent des flammes, d*hommes invisibles, d'onagres à six yeux, de crabes dont nn seul dévore cinquante hommes, etc., etc.

^ Je me sers toujours de l'édition de Gagnier et de sa version latine. Le récit sur Alexandre commence ainsi (p. 40) : • Atque etiam ut reperi in libro generatîonum Alexandri quem composuenint Magi /Egypti et sapientes ejtts qui operam dant scientiis firmamenti et cognitionis naturarum entium creatoram, contemplation! stellarum » etc.

s PluUrque (Des Oracles rendus en vers, § xxix) dit qu'Olympias avait eu plusieurs noms.

mée est trop faible, se retire, mais il est poursuivi et morteU lement blessé par Osanias, officier du roi breton. Alexandre, revenant d'Arménie, délivre sa mère et son pays, et assiste k la mort de son père.

Page 70. Dans la fable des arbres qui chaque jour sortent de terre et y rentrent, l'auteur hébreu ajoute que leurs rameaux se nomment iscektins^ et que les mages persans en font usage pour les brûler devant leurs idoles.

Plus loin, page 71, il raconte qu'Alexandre étant arrivé aux monts Choschec, c'est-k-dire des Ténèbres^ voulut aller au delà et pénétrer dans le pays habité par le fils de Jonadab et les restes des dix tribus, mais des oiseaux k face humaine l'avertirent en grec de retourner sur ses pas, lui déclarèrent qu'il ne lui était pas permis de voir la région des Saints de Dieu et des descendants d'Abraham^ et lui prédirent sa victoire sur Porus.

Enfin, dans la lettre à Aristote dans laquelle Alexandre raconte ses aventures dans l'Inde, il parle entre autres merveilles d'une ile où il trouve le sépulcre de Kainan, fils d'Enos, et les tables de marbre sur lesquelles le roi de l'ile avait inscrit en hébreu sa prophétie sur le déluge ^ Il ajoute qu'on ne peut approcher de ce tombeau sans mourir '.

Il existe une autre histoire fabuleuse d'Alexandre en hébreu ; on dit même qu'elle renferme plus de détails que celle de Joseph fils de Gorion. Elle porte aussi le titre d'Histoire des générations d'Alexandre; mais quelques rabbins la regardent comme la traduction d'un ouvrage grec, composé par Ptolémée fils de Lagus, successeur d'Alexandre au trône d'Egypte. Le traducteur se nomme à la fin de cette histoire, et c'est un

t Ce récit se rapproche de celai du poëte Ashref, qui raconte la visite d'Alexandre an tombeau d'Adam dans l*île de Serendib. (V. ci-dessus, p. 0« not.)

* Il est nécessaire d'observer que plusieurs auteurs Jui&, partisans de Joseph fils de Gorion, soutiennent qu'il n'écrivit point ce qu'on lit dans le second livre de son histoire, mais que ces fables y ont été interpolées par un faussaire. Ce qui pourrait donner quelque force à cette opinion, c'est que Josippon, à la fin du livre !«', dit expressément qu'Alexandre était fils de Philippe.

Juif de Grenade, vivant au treizième siècle, Samuel ben Jehuda aben Tibbon '.

1 R. Azar. de Rubeis, apud Gagnier, Prœfat, ad Jotipp, p. xlv. — Wolf, BibL Hebr. t. I. n» 1821, 2073. — Groddeck, Pseud. Hebr, Hexecont. apud Wolf, ibid, p. 1007. ~ J. n. de Rossi, Ms. Cod. Hebr, t. III, p. 55, 56. — Fabric. Bibl. Gr. t. III, p. 50, éd. Harles. — Fabric. Cod. Pteudepigrapk, Veter. Testamenti, t. I, p. 1164.

Les Samaritains eurent aussi leurs traditions fabuleuses sur Alexandre et l'on en trouve des traces dans leurs chroniques. La plus ancienne, nommée le Livre de Josué S est en langue arabe, écrite en caractères samaritains', et parait être une traduction falsifiée, faite après le temps de Mahomet sur un texte rédigé vers le troisième siècle. Il y est fait mention du Voyage d'Alexandre dans ks airs ^, et cette fable se lie, dans toutes les histoires fabuleuses qui l'énoncent, avec le récit de la descente d'Alexandre au fond de la mer. On raconte aussi dans le prétendu Livre de Josué comment Alexandre, après ses vastes conquêtes, voulut voir le pays de Seïr, et comment, traversant en trois jours la Région ténébreuse^ il parvint avec une troupe de Macédoniens dans un heu où il vit de grandes merveilles, des montagnes d'or, de perles et de pierres précieuses '. Une autre chronique des Samaritains, écrite en langue et en carac^ tères arabes par Aboulfatah, est plus récente que le Livre de Josué dont elle est en partie tirée. Elle renferme encore des fables sur Alexandre ^.

1 Chronicon Samaritaoam, arabicè oonscriptum, cui titulus est Liber Josuse.....

latine Tertit, annotatione instruxit, et dissertationem de codice pnemiât

Th. Guil. Joh. JaynboU, Lagd. Batay. 1848, m-Àfi, (Jowm, des Sav. 1848, p. 539 et Buiv.)

« Reland, Diuert VII, p. 14. — Silyestre de Sacy, Chrestomat, arabe^ 11, p. 208-212.

» V. Bayer, Dissert, de muro Caucaseo^ p. 115.

* On trouve on extrait de cette chronique, rédigée par Aboulfatah l'an 1355

Les auteurs hébreux ont aussi parlé de l'hommage rendu à leur grand-prêtre et de la visite qu'Alexandre fit à leur capitale. Les Juifs ont rapporté tout cela à Jérusalem ^ tandis que les Samaritains ont voulu en faire honneur k Sichem et au mont Garizim. M. de Sainte-Croix a discuté k fond tout ce qui se rapporte à l'arrivée d'Alexandre en Palestine '.

de J.-C. dans les Âeta Eruditor, 1691, p. i67 et seq. — V. ausû Sily. de Sacj, Chrettom. arabe, t. Il, p. 208-21^ et les fragments publiés par Schnnrrer dans Paulus, Neues Repertorium, t. 1, p. i, p. 117 et seq. — Memorabilieny II, p 54 et seq. — NicoU, Bibl. Bodlêi. Cod, M$. Orient. Cat, p. 2.

A FlaT. Joseph. Antiq. Jud. lib. XI. — Jos. ben Ck)rion, lib. 1, cap. 5. — Conf. Q. Cnrt. IV, 8.

• Examen deshUt. d'Alexandre, p. 547-563.

Ce n'est pas seulement l'Orient et la littérature ancienne qui s'occupèrent des fables d'Alexandre ; ce sujet fut adopté par les nations de l'Occident et célébré dans les idiomes qui succédèrent à la langue latine. Les troubadours provençaux connurent le roman d'Alexandre, et Pierre de Corbiac place l'histoire de ce conquérant * parmi celles dont il a connaissance, et qui composent une partie de sa science qu'il appelle son Trésor *. Le roi de Macédoine est souvent loué par les troubadours pour sa générosité, et cette qualité leur semble l'unique cause de

< « Et celle d'Alexandre qui, en mourant, partagea ses conquêtes entre ses douze pairs.»

Qu'ieu sai com Alixandres lo fortz e*l conquerens Conques doze regismes en doz ans solamens ; E qant saup que sa mortz séria propdenamens Partie els doze parts totz ses conqueremens Car Tavian servit mot honorablemens.

Le Grand d'Aussy (Aol. des Ms. t. V, p. 106) prétend que ce ne fut qu'après Tan 1204 que les pairs furent au nombre de douze ; mais dans le poëme du Brut, écrit en 1155, il est fait mention de douze pairs. (V. Roquefort, De la Poésie franc, dans les XW et XJW siècles^ p. 158, 150.) — Crescembeni (ijtor. délia volgar. pœs. 1. 1, lib. v, p. 332) affirme que les Provençaux avaient un roman sur Alexandre. Dans le roman provençal de Flamenca^ on énumère les récits qui se firent à une fête donnée par Archambault comte de Bourbon-les-Bains,

• L'uns contet del rei Alixandri L'autre d'Ero et de Leandri.

(iVor. des m. t. Xllï, part. 2««, p. 90.) « Millot, Hist lut. des Troubadmtrx.X. III, p. 230.

tous ses succès ^ Q. Gurce et Plutarque parlent de la munificence d'Alexandre, mais il n'est pas vraisemblable que leurs éloges sur ce point aient été Torigine de ceux des troubadours, et il parait que les Provençaux avaient dans leur langue quelque roman analogue à ceux dont nous avons parlé. Il en existe des traces dans leurs poésies, et je me bornerai à indiquer les vers de Guillaume de la Tour, qui raconte qu'Alexandre trouva dans un bois des femmes dont la nature était de n'en pouvoir sortir sans cesser de vivre *.

M. Marc-Antoine Parenti a fait connaître ' un fragment d'un poème provençal * sur Alexandre, retrouvé dans la bibliothèque de Lugo. Il y est question d'une excursion qu'un détachement de l'armée d'Alexandre fait dans la vallée de Josaphat, pendant le siège de Tyr. Le sire de Cadres *, irrité de cette attaque, entreprend de secourir la ville assiégée *.

> Alixandres vos laisser sou donar.

(Rambaud de Vaqueiras.)

Per dar conquis Alixandres roays,

E per tener perdet Daire lo ros

La batalhe.. . . (P. de la Mdla.)

Odc do crée de pretz ni d'onor

Alexandres, segon qu'ang dir

Per trop tener thesaur en tor ;

Mas quar vole ben dar et partir

Lo sieu de gran coratge. (G. Fabre de Narbonne.) Je dois à H. Raynouard la connaissance de dix-huit passages des Troubadours relatifs à Alexandre. Il me les avait indiqués avant la publication de son bel ouvrage.

* Plus que las domnas que aug dir C* Alixandres trobet al bruoill Qu*erau totas da tal escnoUl Que non podian, ses morir.

Outra Tombral del bruoill anar.

(Raynouard, Choix des poéi. des Troubad» t. V, p. 212.) s A la fin des Œuvres du comte Perticari, t. 111, p. 624-634. ^ • E scritto in quel provenzale che si puô dire modemo, e si confonde in gran parte col francese antico... la scrittura sembra de secolo XIV... ■ s Gadres.Gaza?

* Les fuerres de Gadres (l'attaque des soldats d'Alexandre par le sire de

Li Gre sen tornerent ver Tost isnellement : Mais anceis qil scit nuit seronMl tuit dolent : Car li sire de Gadres a mandé sa gent Tant qil furent bien XXXM et sete cent.

II en jure lo ciel e lo mev e lo vent

Que fols est Alexander se a bataile Tatent.

Eumée, le chef du détachement grec, aperçoit les ennemis et veut envoyer demander du secours à Alexandre, mais aucun de ses soldats ne veut quitter le combat et chacun s'excuse à sa manière. Le fragment ne va pas plus loin. M. Parenti, d'après l'indication de M. Cavedoni, compare ce récit avec celui qu'on trouve dans VHistoria de Prœli%s\

Gadresj se lisent dans le poème d'Alex, de Bernay, et il paraît que les jongleurs récitaient souvent cet épisode et en avaient fait en quelque sorte un ouvrage à â part. (V. Paulin Paris, Les Hîs. flranç. III, p. 102.)

* « .... Deditque sibi (MeleagroJ milites quingentos prsecipiens illis ut vallem peteret Josaphat, ubi armenta plurima pascebant ex civitate Gadii.... Billrio....

de civitate Gadii exivit cum equitibus triginta millibus volebant igitur

Meleagrura mittere ad Âlexandrum nullos tamen eorum voluit suscipere

er etc.

La France septentrionale fournira davantage à nos recherches et nous y trouverons les fables sur Alexandre fort répandues dès le douzième siècle. Le plus ancien poète qui les prit pour sujet de ses vers parait avoir été nommé Albéric (Elberich von Bizenzun, Meister Aelberich) ; malheureusement on ne sait rien de lui, on n'a aucun reste de son ouvrage, et U n'est connu que pour avoir été cité par un poète allemand du douzième siècle, qui déclare avoir imité le poème qu' Albéric avait écrit en français (Walischen) \ Quelques auteurs ont dit qu' Albéric était de Vicence; il est plus probable qu'il était de Besançon *.

n faut nommer aussi Simon le Clerc qui, dans la première moitié du même siècle, écrivit aussi un roman d'Alexandre, et qui est peut-être le même que le traducteur connu sous le nom de Simon de Boulogne ^.

1 C'est Elberic de Bisenzan

Qui nous a transmis ce poëme :

n l'a mis en vers français {Waliiohen)

Et moi je Tai pablié pour nous en aUemand (Dutisehen)

Que personne ne m'accuse,

Ce que le livre dit je le répète.

(Schreiber, Chmment. p. 11. V. aussi p. 13, not.)

• Schreil)«r, Comment, de Germanorum quam Lamberius Clericus teripni Alexandreide^ Friburg. 1828, in-4o, p. 10-13. » Hist. littér. de la France, t. VII, p. Lxxix; XV, p. 501, et t. XIX, p. 674,

Un (les poèmes lalins les plus remarquables du douzième siècle fui YAlexandreis de Philippe Gautier de Chàlillon \ Sa réputation fut si grande qu'il était préféré aux autres classiques qui, k la vérité, étaient alors fort mal entendus, et elle s'étendit si rapidement que, dès la fin du siècle suivant, il était traduit en norwégien '. Ce poème, fort remarquable pour l'époque où il fut composé, n'appartient pas aux romans sur Alexandre. Gautier suivit principalement Q. Curce, qu'il crut embellir en y mêlant des épisodes de son invention et un merveilleux tiré de la mythologie. Il connut cependant les traditions fabuleuses répandues sur Alexandre, et dans cet ouvrage, Alexandre, indigné de rester dans l'inaction, s'écrie :

.... Sempeme putabor Neptanabi pioles ac degener arguar ? Àbsit.

mais c'est la seule trace qu'on y trouve des fables alexandri-

nes^.

Deux poètes français en adoptèrent une grande partie dans le Roman d'Alexandre qu'ils composèrent vers l'an 1184. Lambert-li-Cors de Chasteaudun et Alexandre de Bemay réunirent leurs efforts pour composer ce grand ouvrage *, que Fauchet a fait trop ancien et Le Grand d'Aussy trop récent.

not. — Faachet, De la lang. et poës, française, liv. I, ch. viii, p. 552, éd. de Paris, 1610, iii-4o « ...Un Simon authenr d'an romau d'Alexandre, compose en Poitevin ou Limosin, commençant :

Chançon yoil dir per ryme et per lëoin . Del fil filipe le Roy de Macedoin.

Le Grand d'Aussy (Not, des Ms. t. V, p. 105) a remarqué avec raison qae ces vers sont en français et non en poitevin ou limousin. — Faachet (/6t(j. p. 541 V^) cite sept vers du poëdie de Simon.

1 Oudin, De Script. Eccles. t. II, p. 1666.

s Einari, Hist. litt, Island, p. 107, par Brandus, évcque en Islande.

^ Philippi Galtheri Alexandreidos lïb. \. Lugduni, Rob. Granjon, 155S, in-4o, fol. IV, vo. — V. sur ce poëte, Hist, litt. de la France, t. XV, p. 100-119. — Année litt, 1759, t. VI, p. 313 et suiv.— Oudin, Script. Eecl, t. II, p. 16Ô6. — Raynouard, Joum. des Sav. 1820, p. 510-521.

« La vérité de l'istoire si com li roys la fist

Ce poème contient une tradition toute particulière sur l'origine (l'Alexandre ; il nie qu'il fût fils de Nectanèbe. Il dit qu'on avait calomnié sa mère en disant :

Qn*il estoit bastars nés par enchanierie, d'un homme qui

Natanabus ot non en la langhe arrabie.

Il assure que Nectanèbe n'arriva en Macédoine que longtemps après qu'Alexandre fut né, et en cela il est conforme à l'histoire *.

Une grant pièce après c'Alixandres fu nés, Vint un hom è Y pais, de grand sens renomés, Natanabiirs * ot à non, des ai1s cri bien fondés. Cil fu puis d'Alixandres et mestres et privés ; Cil li moustra de Tair toutes les qualités, Et en quele manière est li solaus levés, Et si comme la lune remue ses clartés, El de r cors des estoiles li moustra il ases. Cil sot tant d'ingremance, et si en fu usés, C*ainc si bons encanteres ne fu de mère nés. Quant eust devant vus V<^ (cinq cents) homes armés, Vus sanlast que cescuns fut un arbres rames, •Et par aighe corant qu'i disies vus un près. Et mesist en sa bourses les tors de XX cités. De lui fust Âlixandres mecfeus et blâmés, Por cou que de sa mère fu durement privés ; Dist-on k*il ert ses fius et de lui engenrés. Un jor le prist as mains sor un mont ù il ert, Si le bouta aval que il fu lues tués '.

Un clen de Casteldun, Lambert-li-Cors Vescrit Qui de l' latin le traist et en roman le mist... Ci no dit l'Alixandre que de fiemay ta nés Et de Paris refu ses semons apiélés.

Qui or a les siens vers o les Lambert meilés. 1 V. ci-dessus, p. 15, not. I.

< Le ms. 7633 porte ^ptancibtu. — Matabun, éd. de Michelant. Éd. ' Je me suis servi du ms. de la Bibliothèque du roi, b9 7100, intitulé : - Ci . commence li Roumans d'Alixandre le grant et les merveiUes qu'il vit et qu'il • fit en son tans et les veux du Paon et les accomplissemens et les mariages, •

Mais au siège d'Athènes, Aristote, qui vient traiter pour cette ville avec Alexandre, lui apprend qu'U est le fils d'un sénédial de Grèce. Alexandre tue celui qui avait procuré cet amant }k sa mère, puis il marche contre Darius dont il a juré de se venger :

Il a juré ses Diex Jupiter et Cahuz.

Alexandre prend Carthage, puis Tyr, et assiège Gadres. Sa flotte fait usage du feu grégeois, mais elle est battue ; Alexandre même est blessé ; mais enfin le duc Bétis est tué et la ville prisée Le héros va ensuite à Jérusalem et gagne deux batailles contre Darius. Après la mort de ce roi de Perse, il arrive au bord de la mer ; il lui prend envie d'en visiter les profondeurs et d'en explorer les merveilles ^. U fait construire un grand tonneau de verre, il y fait ajuster des lampes et se fait descendre dans cet appareil au fond de la mer avec deux de ses officiers. U y examine les poissons et les monstres marins :

Alixandre esgarde les granz el les pleniers Qui les petiz englotent, car tex est li métiers, Ensement corn au siècle est chacuns hom maniers. Autresi vit il là les prevos, les voiers ; Sor les petiz tomoit toz--dis li destorbiers '.

et da ms. n^ 7633, Samt-G«rmain, qui porte pour titre : • Cy commence TEs-

• toire d' Alixandre Dallier et y sont toutes les bataiUes qu'il fit et les veux du

• Poon et les achievemens. ■ — Ce dernier ms. contient aussi : • La vengeance > Alixandre par Aliénor qu' Alixandre ot de la reine Candace d'Inde qui fu famé « Porrus le roi d'Inde la majour, • dont on attribue la composition à Jean le Vénelais. Ces deux ms. ont des variantes et des différences très-marquées. — Nous avons suivi dans cette citation le texte de Michelant. — Éd.

1 Compares ce récit avec celui de VHistoria de Prœliit et du fragment provençal de Lugo ci-dessus, p. 95.

* V. Dunlop, Hiitary of fiction, II, p. 129.

s J'ai averti des variantes qui existent entre les manuscrits dont J'ai tût usage. (Le texte que donne M. Michelant, p. 263 de son édition, est en effet trèsdifférent. — Éd.) Ces vers sont tirés du no 7190, d'un chapitre intitulé : • Ci « dist si com Alixandres fu mis en mer en un touniel de voile, » et un dessin représente la descente de ce prince dans la mer. L'autre ms. ne me parût pas contenir ce chapitre, mais à l'occasion des Dieueuea de la foresiy on y lit : Car c'est leur paradis ou doivent converser :

Après ces belles observations, Alexandre marebe contre Porus, dont la fille venait d'épouser le fils de la reine Candace, et dans ce trajet l'armée souffre du manque d'eau et des attaques des bétes féroces. Alexandre, déguisé, s'introduit dans la tente de Porus. Il lui livre ensuite bataille el le fait prisonnier. Il va ensuite à la recherche des colonnes qu'Artus avait érigées, et le poète raconte ici l'expédition du roi Artus en Asie. Ce roi des Bretons, parvenu à l'extrémité de cette partie du monde, y avait élevé deux statues d'or. Ce sont ces monuments qu'Alexandre veut voir. •

Car véoir vuet les bones (bornes) se il na en combrier Que Artus ' avoil fêtes en Oriant drécier.

n y parvient et même les dépasse contre les conseils de Porus '. Il perd une partie de son armée. Après des aventures dans la Vallée périlleuse el avoir résisté à des monstres qui jetaient des flammes et k de séduisantes sirènes, Alexandre s'empare de quatre vieillards qui lui parlent de trois fontaines merveilleuses: la première rajeunit, la seconde rend immortel, et la troisième ressuscite. En voulant pénétrer jusqu'à ces

n rois de Macédoine en a oi parler

Qui cercha les merreilles da mont et de la mer.

Et se fist-il mesmes ens al font avaler

En on vessel de Yoirre (ce ne puet nons faosser)

Qu'il fist fiûre a sa guise fort et roont et cler,

Et bien clorre de fer qu*il ne peust quasser

S*il lesteust a pierre ou a roche hnrter :

Dinsi qu*il pooit permi outre esgafder

Et veoir les poissons tornoier et jouter

Et mettre en leur aguet et souyent cembeler.

* M. Paulin Paris {Jlfanutcr. franc, t. III, p. 92), dans la crainte qu'on ne Toie dans la mention d'Ârtua une preuve de rantériorité du roman du Brut, pense qu'Artus, Arcu, Artu est une corruption d'Hercule.

* M. De la Rue (Recherches sur les ouvrages des Bardes de la Bretagne Armorie, 1817, 2>Boédit. p. 25) remarque qu'Alexandre de Bemay est le seul écrivain qui ait raconté l'expédition du roi Artus en Asie, et • qui ait fait un mérite • au fils de Philippe de Macédoine d'avoir cherché et trouvé les statues d'Artus. - Or, où pouvait-il avoir pris ces Cibles sinon dans les ouvrages des Armori- " cains ? »

sources miraculeuses, les Grecs sont accueillis ()ar une neige brûlanle et attaqués par des géants. Enfin ils arrivent dans une forêt, et sous chaque arbre ils trouvent une belle damoiselle ; après cinq jours passés dans la volupté, l'année quitte la forêt; Alexandre veut emmener la reine des Dieuesses^ mais elle lui apprend qu'elle et ses compagnes périraient si elles quittaient ce lieu, et qu'elles doivent leur jeunesse éternelle à ce qu'elles passent l'iiiver en terre, à la manière des plantes, et que, comme elles, elles ne repoussent qu'au printemps:

Et quant esté revient, que li biau tans s'épure En guise de fleur blanche reviennent à nature \

Alexandre, après avoir franchi beaucoup d'obstacles, arrive à la fontaine qui rajeunit ; les vieillards qui l'accompagnaient s'y baignent et reviennent à l'âge de trente ans. Il parvient ensuite aux arbres qui parlent ; ils lui prédisent qu'il mourra empoisonné peu de temps après s'être emparé de Babylone, et que sa mère sera punie de TinfidéUté qu'elle a faite à son époux en devenant après sa mort la proie des oiseaux et des bêtes féroces. Arrivé à Babylone, le roi de Macédoine et du monde veut visiter le ciel comme il a visité la mer, et il se fait enlever dans un grand panier par des griffons qu'il dirige en leur présentant de la chair au bout d'une lance. 11 fait ensuite le siège de Babylone, défendue par Nabuzardan, qui périt dans le combat. Alexandre s'empare de cette capitale et fait con-

* 11 semble que cette fable soit formée de la tradition des Troabadoure, citée ci-dessus, p. 95, unie à celle des arbres diurnes, qui se lit dans Josippon et dans Yflist, de Prœlm. V. ci-dessus, pp 90 et 70. — On peut y voir encore sous une forme plus gracieuse la fable, fort en vogue au moyen âge, des arbres qui produisaient des êtres animés. V. sur les arbres anatifh'es de TAugleterre, des Orcades et de l'Anjou, Silv. Girald. Topog. Uibern. cap. m. — J. Gottl. Schneider, Animadv, ad Frederici II arU^m venandi cum avibusy p. 86, 87. — Fauris Saint- Vincent, Notice des sermons de Mariniy Magas. Encycl. !813, t. III, p. 28. — Michel Maier, - Tractatns de volucri arboreà, absque pâtre et matre, in iusulis Orcaduro, forma anserculorum proveniente, seu de ortu miraculoso potiùs quam iiaturali vegetabilium, animalium, hominum, etc., etc..» Francof. 1619, in-8". {Catalog, de la Vallièrej n« I779.J

siruire k son défenseur un magnifique tombeau soutenu par des pierres d'aimant. Il reçoit une députation des Amazones, une visite de leur reine, et meurt empoisonné par Ântipater, roi de Sydoine, et Divinus Pater, roi de ïyr *.

On voit par cette analyse que les auteurs de ce poème ne suivirent pas les traces de G^tier de Châtillon ^ : ils préférèrent prendre pour guides les romanciers latins, et il faut suivre k la lettre le témoignage de Lambert-li-Gors :

Qui du latin la trest, et en rbumant la fist.

Mais les auteurs français se sont livrés , en quelques endroits de ce poème , k leur invagination et k quelques souvenirs d'érudition classique; c'est ainsi qu'ils font chanter par une Amazone l'histoire de Narcisse , et par Hélinant k la table d'Alexandre le combat des dieux contre les géants.

Le sujet d'Alexandre parut si beau dans le poème dont nous venons de parler, que plusieurs rimeurs s'empressèrent d'y ajouter des supplémenUi. Ce roman eut ainsi plusieurs branches comme quelque's écrits de ce genre'. Nous les indiquerons légèrement , parce que la plus grande partie des aventures qu'on y trouve sont de l'invention des auteurs, et n'ont

1 V. sur le roman d'Alexandre : Massieu, Hist. dt la poésie franc, p. 1 1 1 et SUIT. — Poésies du roi de Navarre. RévoL de la langtte franc, p. 158-166. — Le Grand d'Aussy, Notices des Ms. t. V, p. 101-1 17. — Roquefort, État de la poésie franc, p. 158. — Warton, The hist. of English poetr. t. l, p. 139-Ul. — Dibdin, Decamer. Bibliogr. 1. 1, p. 98. — hist. litt. de la France, t. W, p. 1 19- 123 et p. 160-179. — Raynonard, Journal des Sav. 1820, p. 607-609.— De la Rue, Recherches sur les Bardes et les Trouvères, 1834, t. Il, p. 341-350.— Paulin Paris, Les Ms. franc., t. III, p. 87-107.

* M. de Sismondi s'est trompe lorsqu'il a cru que Lambert-li-Cors et Alexandre de Paris avùent mis en vers français le pocmu que Gautier de Châtillon avait écrit en latin. Litt. du midi de l'Europe, t. 111, p. 159.)

' Onze poètes ft-ançais ont travaillé aux diverses branches de V Alcrandre , mais il est presque impossible de démêler avec précision ce qui appartient à chacun d'eux. ^Catal. du duc de la Vallière^ t. H, p. 158 et suiv. — De la Rue, Recherch. sur les Bardes et les Tiom^res, t. Il, p. 311-356. —/if«/. litt. de France, t. XIX, p. 674, uot.)

loi FRANÇAIS.

aucune relation avec les traditions fabuleuses dont nous nous efforçons de suivre la trace.

LeVœu du Paon contient trois branches : les Accomplisse^ ments, les Mariages, le Restor du Paon. On y lit l'aventure du Troyen Cassamus , qui veut venger son frère tué au service d'Alexandre , et ce qui arriva à des princesses que ce héros maria à sa cour. L'auteur d'une partie de ces vers est Jehan Brisebarre.

Le Testament d^ Alexandre fot rimé par Pierre de Saint-Goot, et Jean le Yénelois composa la Vengeance d'Alexandre. Ce dernier poème est le seul qui parle de l'aventure d'Alexandre avec Candace*. L'auteur suppose que cette-reine, veuve dePorus, eut du roi de Macédoine un fils nommé Âliénor, qui livra aux supplices les empoisonneurs de son père, et entre autres Antipater, qui est brûlé vif*.

Un ouvrage plus curieux est celui d'un Anglais nommé Thomas de Kent', dont l'époque est assez incertaine, qui donna à son poème le titre de Roman du tute Chevalerie'^. C'est

1 Ce poëte est aussi appelé Jean le Niveloù. Voici le commencement de son roman :

Seignears or âdtes pes, un petit vos t«isiez,

S*orrez bons vers nouTÎaux, car li autres sont vies.

Jehans 11 Nivelois fut moult bien afaitiez

A son bostel se sied : si fut jojans et liez.

Un chanterre H dit d'Alexandre a ses piez.

Et quand il la oî s'en ta grams et iriez.

Du âus qu'ot de Candace en a vers commenciez,

Bien fkis et bien rymez, bien diz et bien dictiez.

(Du Verdier, Bibl. franc, t. il, p. 479.) s Sur les branches du roman d'Alexandre, v. Faucbet, De l'origine de la langue el poéêie franc, p. 553-554. — Le Grand d'Aussy, Not, des Ms. t, V, p. H7-i21. — Van Praet, Caial. de la Vallière, t. II, p. «58-164. —Roquefort, dans la Biogr. Univ, t. I, p. 535. — De la Rue, Recherches sur les Bardes et les Trouvères^ t. II, p. 341-356. — Paulin Paris, lUs. franc, t III, p. 87-107.

' Ms. de la Biblioth. du roi, n» 270^.

* Thomas a connu le poëme de Lambert-li-Cors, mais il a eu d'autres sources et s'est servi des romans latins, ainsi qu'il le dit. Il diffère de Lambert sur

une sorte de translation ou de plagiat du poème d'Alexandre faite en mauvais vers, et en ce français corrompu que les Normands avaient introduit en Angleterre. On y fait Nectanèbe^ père d'Alexandre, et on y trouve la plus grande partie des fables grseco^gyptiennes. L'auteur prétend avoir traduit un « bon livre en latin, » et cite pour ses autres autorités, et d'une façon un peu hasardée , Solin , Denis , Megasthènes et Jérôme sur Ethike'. Le Grand d'Aussy a cru mal k propos que ces derniers noms désignaient Jérôme de Cardie , et il remarque que cet historien n'avait point écrit un livre de morale ou i^éthique. Il ne s'est pas aperçu qu'il s'agissait ici du travail que le prêtre Jérôme avait fait sur les ouvrages d'iEthicus Ister, avant le neuvième siècle'.

Outre les diverses branches du poème d'Alexandre, on connaît en manuscrit des translations en prose de ce roman et de celui de Thomas de Kent , ainsi que quelques autres compilations fabuleuses sur les aventures du roi de Macédoine '^. C'est

le père d'Alexandre. {HUt. Utt, de la France, t. XIX, p. 673.— De la Rue, Recherches sur les Bardes et les Trouvères.)

^ Nectanèbe, saivant Thomas, ayaît été chassé d'Egypte par trente-trois seigneurs qai s'étaient ligués. — Alexandre fait la guerre en Lombardie, et il est reçu dans Rome avec de grands honneurs. * Jerosme le dist^ et Solin l'alosée,

Li bons Megasthènes, et altres auctors assez. Qui por véoir merveilles furent en Ynde allés : Car des dix de lur livres est cestui translatés. Si TUS de coe que di, Seignors, ne me crées , Jérôme sur Ethike et jSolin reversez Et Trogue-Pompeie ; coe que di i troverez; Si le tenez pur mensonge, à ceux vous pemez.

(Le Grand d'Aussy, Not, des Ms. t. V, p. 126.) s V. ci-dessus, p. 22 à 25.

« V. U Grand d'Aussy, NoU des Ms. t. V, p. 121, 130, 131. —On peut croire qu'il faut rapporter ici un Ms. qui , suivant Quadrio (Stor, di ogni poes. t. VI, 479), se conservait dans l'abbaye de St-Vincent de Besançon et dont le titre était : « Histoire des fiûts et conquêtes du noble roi Alexandre le Grand.* Il comprenait sept livres, commençait par le siège de Tyr et finissait par la vengeance qu'Aliénor tira des empoisonneurs de son père.

donc ajuste titre que Vasquez de Lucène, littérateur portugais ' , dans la traduction française qu'il fit de Q. Curce en 1468, dit que V Histoire cC Alexandre se trouvait de son temps «en François en rime et en prose en six ou sept manières, mais corrompues, changées, fausses et pleines de évidens mensonges. » D parle aussi de Vincent de Beauvais, et de VHîstoria Alexandrie de laquelle ce moine avait tiré une partie de ses récits* : «Vrai est, dit Vasquez de Lucène, que une histoire sans nom que ycelui Vincent allègue en tous les faits d'Alexandre raconte ces choses, laquelle histoire Vincent historial a extrait les faits d'Alexandre vint en mes mains en la destruction de Dinant' et l'ay vue tout du long, si ne l'ay voulu en rien suivre*. »

* 11 était gentilhomme d'Isabelle, femme du duc Philippe le Bon.

* « Ce que Vincent listorial esoript de la conception d'Alexandre, ce qu'il raconte de Neptanabus, quil dit être père di celui, est expressément contre la Sainte Escripture... pareillement ce que ycelui Vincent dist de plusieurs enchantements dimages de cire noyées en ung bachin, on ne le trouve point en histoire autentique. »

s En 14-66 Dinant fut pris, pillé et brûlé par Philippe le Bon et son fils le duc de Charolais, qui fut ensuite nommé Charles le Téméraire. V. Sismondi, Hist, de* FrançaiSy t. XIV, p. 216. — Barante, ilùt. des ducs de Bourgogne, t. VIII, p. 576 et suiv.

* Le Grand d'Aussy (ibid, p. 121) fait parler Vasquez de Lucène un peu différemment; je le cite d'après un très-beau manuscrit de la bibliothèque de Genève. V. sur les ms. de cette version CatcU. de la Bibl. du duc de la Ko/- Hère, t. 111, p. 136 et Suppl. p. 69. — Bandini, Bibl. Leopold, Laurent, t. ill, p. 390. — Van Praet, Recherches sur L. de la Gruthuyse, p. 220.

M. Paulin Paris {Les Ms. franc, de la Bibl du roi, t. II, p. 283) cite un long passage de la préface de Vasquez de Lucène (traduct. deQ. Curce, n» 6896) dont voici un fragment :

Après avoir comparé Charles le Téméraire a Alexandre, etc « Si ne trouvères pas ici, mon très redoublé Seigneur, que Alexandre ait volé en air à tous quartiers de mouton, ni vagué par dessoubs en mer en tonneaux de voirre, ni parlé aux arbres du Soleil, ni autres fables faintes par hommes ignorans la nature des choses, non congnoissans tout à estres faulx et impossible.... moult doncques est utile ceste histoire qui nous aprent au vray comment Alexandre conquist tout Orient et comment un autre prince le peut arrière conquester, sans voler en Tair, sans aler soubs mer, sans enchantcmens , sans gayaus (géants) et sans estre si fort comme Regnault de Montalb^, comme Lancelot, comme Tristan , comme Raynoard qui tuait cinquante hommes cop-à-cop. Alexandre ne fut onques si vaillant et si conqucsta tout Orient, avec gens de

Une Iraduction de rime en prose du roman d'Alexandre a été imprimée sous le titre de Histoire du noble et très vaillant roy ÀUxandre-le-Grand jadis roy et seigneur de tout le monde^ avec ks grandes prouesses qu'il a faictz en son temps^.

Le Grand d'Aussy dit que c'est un abrégé du poème ; l'abbé de Marolles prétend que c'est une traduction de YHistoria de Prœliis *.

Les fables sur Alexandre furent fort répandues en France dans le moyen âge, et on les trouve dans les grands ouvrages historiques composés au douzième et au treizième siècle. Je citerai pour la première époque la célèbre Histoire scholastique composée par Pierre Comestor. E y parle des merveilles qu'Alexandre vit dans l'Inde, des questions qu'il adressa aux arbres du Soleil et de la Lune, et il cite k ce sujet la lettre d'Alexandre k Aristote". Au treizième siècle, Vincent de Beau vais composa par ordre de saint Louis , et avec les moyens littéraires que ce roi mit à sa disposition , l'étonnante encyclopédie qu'il

telle force qae nous sommes aujourd'hui — Il peut y avoir des différences

entre les ms. de la traduction de Vasquez de Lucèue. Il faudrait comparer les citations de M. Paulin Paris avec le ms. de la bibliothèque de Genève.

* Paris, Jehan Bonfonds, sans date, caractères gothiques, 4», ou Lyon, Olivier AmouUet, 1552, 4o.

M. Berger de Xivrey ( Tradit. tératologique, p. 54) dit que le livre public chez Bonfonds est • une vieille traduction française imprimée du faux Callisthène. • Puis il donne une partie des Merveilles cTInde^ par Jehan Wanquelin, diaprés le manuscrit de la Bibliothèque du roi, n^ VIIMDXVIII (7518). Il semble donc que ce soit deux ouvrages différents; cependant M. de Xivrey (p. xliv) traite le livre imprimé chez Bonfonds comme le texte imprime du ms. 7518. Dans ce manuscrit, l'auteur annonce qu'il a écrit d'après • ung livre rimet, dont je ne sais pas le nom de l'acteur fors qu'il est intitulé histoire Alixandre.t (B. de Xivrey, p. xui.) Le manuscrit de Belgique, dont parle Le Grand d'Aussy, qui fht fait par ordre de Jean de Bourgogne, paraît fort semblable an n» 7518. — Ce n'est pas d'après Wauquelin, mais d'après J. de Vignay, que Bonfonds a imprimé. Ce livre commence : « Premièrement la terre de Macedone fut appelée Macy d'un roi qui eut nom Emacius.... •

• Le Grand d'Aussy, ibid, p. il7 — Hùt. litt. de la France, t. XV, p. «63. — Brunet. Manuel du libr. et de Vamai. s. v. Alex, le Grand.

5 Pétri Comestor is SchoUut. Historia. Argent. 1515, iu-4«>. Hist, lib. Esther^ cap. 4.

nomma Spéculum majm. Dans la partie historiques il met au rang des ouvrages dont il donne des extraits la lettre d'Alexandre à Aristote et VHtstoria Alexandri. En examinant les récits qu'il en tire, et qu'il transcrit presque textuellement , on voit que l'écrit qu'il désigne par ce dernier titre n'est point l'ffistoria de Prœliis , mais une histoire d'Alexandre ressemblant tout à fait à celle de Julius Valerius, et vraisemblablement un extrait de ce roman, pareil à celui que contient le ms. n** 4877 de la Bibliothèque du roi à Paris*. Jacques de Vitry, dans son Hisloria Orientalis (lib. I), écrite au commencement du treizième siècle , rappelle plusieurs fables sur Alexandre, qu'il a prises dans X Hisloria de Prœliis. Il parle des arbres diurnes, des arbres qui prédirent k Alexandre sa mort , des statues de bronze remplies de charbons ardents, des oiseaux qu'Alexandre vit en Perse « qui rendaient la santé aux malades qu'ils regardaient, tandis que ceux sur lesquels ils ne tournaient pas leurs regards mouraient*.»

Vers le milieu du treizième siècle, Gautier de Metz composa le poème français intitulé : la Mappemonde ou Vïmage du monde*^. Le Grand d'Aussy, qui en a donné un extrait, nomme cet auteur

* spéculum hittoriale, lib. V. — - Cy commence le Table de ce présent Uvre qui est dîct le miroer historial. »

(A la fin) «• Cy finist ong compendieox extraict du mireur historial auquel sont eu bref et clairement recitées les hystoires de la bible Et les preexcelentes gestes des grecz et des troyens, de alixandre monarche de tout le monde Et des merveilleux fais des romains »

Lyon, Bartholomyeu Buyer, Juillet 1479, fol. Goth. 2 col. de 28 lignes. (Bmnet, Nouv. Rechercha t. II, p. 434; on Manuel, t. III, p. 403.)

Ce n'est ni la traduction du Faseiculus temporutriy comme Ta cm Panzer, ni celle du Spéculum vitœ humanœ de Roderic de Zamora, comme le croit Bréghot du Lut (Brunet, ibid.) Serait-ce un extrait de Vincent de Beauvais?

s V. ci -dessus, p. 55, not. 2.

' V. ci-dessus, p. 73.

* Sur le poëme de Gautier de Metz, ▼. une notice par l'abbé Lebeuf, Diseer' tations tur l'Hist. ecclés.et cimle de Paris ^ 1739, in-12, 3 toL— Une des translations en prose de ce poëme parait avoir pour auteur maître Gossouin. (Paulin Paris, Hanuscr. franc, du roi, t. V, p. 31 et suiv.)

Ornons, mais c'est le résultât d'une méprise ^ On doit trouver dans ce poëme quelques traits fabuleux sur Alexandre ; au moins est-il certain qu'on les lit dans un poème du commencement du seizième siècle , qu'on regarde comme une imitation ou plutôt comme un vrai plagiat de celui de Gautier'.

Ce dernier poëme fut mis en prose au quatorzième siècle \ Le célèbre imprimeur Gaxton trouva k Bruges un exemplaire de cette translation, le traduisit en anglais et l'imprima à Westminster en 1480, et encore en 1481 sous le titre de The Myrrour ofthe World '^. On trouve dans ce livre divers détails sur Alexandre, et entre autres l'invention des statues de métal qui mirent en fuite les éléphants qui attaquaient son armée \ Vers la fin du quinzième siècle, la translation en prose française du poème de Gautier de Metz fut imprimée à Paris ^. Après ces préliminaires, j'arilve au poème qu'un savant bibliographe'' a

« Notices des Ms. t. V, p. 243-266. — Hist. litt, de la Francs^ t. XVI, p. 220. — Roquefort, De la poésie franc, aux 4^ et 1S^ siècles, p. 259.

* Dans le poëme de Reuard le Contrefait, du treizième siècle, Renard raconte au Lion Thistoire d'Alexandre en sept mille vers, et Ton y trouve toutes les fables du roman de Prœliis. V. Robert, Notices sur les fabulistes, p. exil -cxliij à la tète des Fables inédites des XII«, XIII* et XIV* siècles, et Fables de la Fontaine. Paris 1825, in 8°, 2 vol.

s Ms. no 7595 de la Bibl. du roi. — Roquefort, ibid., p. 256. ~~ V. un extrait de cet ouvrage : Mélanges tirés d'une grande bibliothèque, t. IV, p. 59.

« V. Dibdin, Bibliothec. Spencer, t. IV, p. 231-244. — On Ut à la fin du prologue : «... Whiche mas engrossed and in aile poyntes ordeyneb by chapitres and figures in flfrensche in the toun of Brugis the yere of thyncamacion of our Lord M.cccc. Ixiiij. in the moneth of Juyn... etc. >•

B 1 Ring Alexandre which was a good clerke and prynce of grete recommandacion ....he dyde do make vessels of copper in fourme of men, and dyde do fylle them wyth fyre brennyng, and sette them to fore hym to fyght ayenst themthat were upon tholyphauntes... etc.» (Dibdin, ibid. p. 239.)

* Le livre de Clergie nommé lymage du monde, translaté de latin en fhinçois, in-4o goth. sans date. — Paris, Michel Lenoir, in-4o sans date. — Lymage du monde contenant en soi tout le monde mis en III parties Paris,

Jehan Trepperel, in-4o goth. sans date. — C'est à tort que le Catal. de la Bibl. du roi (D. 3782) attribue cet ouvrage à Saint-Pierre de Luxembourg. (Brunet, Mfanuel.t II, p. 361.)

f M. Van Praet, Cat. de la Vallière, n<» 2721, 2722. —Addit. au CaU de la Bibl. du duc de la Vallière, p. 62. - L. Vaucher, Bibl. Vniv. sept. 1847.

IIQ FRANÇAIS.

reconnu pour être « Touvrage de Gautier de Metz déguisé par quelques légers changements. » Il porte le litre de Mirouer du Monde^ et a été imprimé ^ Genève, 1517, Jaques Vivian, petit in4**. Mais Texemplaire que M. Van Praet avait examiné étant imparfait, il n'a pu connaître le nom de Fauteur. La feuille qui porte le prologue existe dans un précieux exemplaire imprimé sur vélin que possède la bibliothèque de Genève ; l'auteur s'y nonune, et c'est Françoys Buffeteau, natif de Vendôme, secrétaire ducal. U conoimença cet ouvrage en 1514, dans le château de Divonne, appartenant alors à Antoine de Gingins, premier président de Savoie, et il l'acheva en 1516. Voici

comment il s'exprime : « Ne voulant vivre ne demeurer

en oysiveté me voulu mettre à veoir et visiter plusieurs beaux et exquis Uvres traictant de plusieurs belles et grandes sciences et matières, tant en latin comme en françoys que ledit Seigneur avoit en sa bibliothèque au dit lieu de Divonne, come Strabon, Tholomée, l'Especule naturel de Vincent, Pline, Albumasar et autres. Et après que jeuz par certain temps vacqué à estudier en iceulx moyennant l'ayde de Dieu, me disposay de me mectre à extraire et composer en langue Galique et Françoyse et rédiger en rimes ce présent livre intitulé le Mirouer du Monde. » J'en extrairai ce qui regarde mes recherches. Buffeteau (2"* partie) fait une grande description de l'Inde , des animaux et des monstres qu'elle renferme ; on y retrouve la tradition de Gog et Magog *, et on y remarque ces deux vers :

Les arbres secz • sont celle part Qui parlèrent à Alexandre.

1 En Ynde est le mons Caspieux

Qui est grand et spacieux

Ou furent dedens enfermes

Certaines gens qui sont nommés

Gots et Magots par Alexandre,

Selon ce que jay peu comprendre,

Gens sont de mauvaise nature, etc.

« Nous verrons que Marco Polo donne aussi ce nom à l'arbre du Soleil (V-

n cite en marge Vincent de Beauvais, et il dit en parlant des

éléphants :

Ils ont long museau par devant

Dont ils mangussent, large et grant,

Lequel saisist, dévore et prent

Ung homme tout soudainement.

Quant Alexandre sen alla

Pour batailler contre ceux la

Qui dessus les dits elephans

Combattoient contre toutes gens,

Pour les vaincre plus aiséement,

Fit faire bien subtilement

Vaisseaux d*arain en forme dôme (d'hommes)

Tous pleins de feu et ainsi corne

Ses gens pour batailler alloient

Devant eux les vaisseaux menoient

Pour se garder des elephans

Qui cuydoient que ce fussent gens :

Et ainsi comme ils les happoient

De leurs museaux, ils se bruloient,

Tant que plus napprochoient les homes

Pour les semblances de leurs formes,

Mais tenoient leurs museaux tous haulx

Cuidans que tous fussent si chaulx

Questoient les dessus dits vaisseaux :

Pourquoy furent ces gens conquis

Par Alexandre et desconfiz •.

p. 1 19), qaoiqa'il dise qae cet arbre a des feuilles. Dans YHistoria de Praliùt l'arbre sur lequel on voit le phénix n*a m feuillet ni fruits^ mais Tarbre du Soleil a des feuilles qui semblent d'argent. (V. ci- dessus, p. 71.) — Dans la seconde partie du recueil des prophéties, intitulé : Hirabilit liber^ feuillet I recto, on lit : «... Sa renommée s'espandera jusques a larbre seiche. »

^ Je n'ai pas à ma portée le poëme de Gautier de Meta, mais je possède la translation en prose que j'ai indiquée, et qui est intitulée : Le Livre de Clergye nommé lymage du monde (in-4o sine loc. et ann.), et j'en extrais les passages suivants que l'on pourra comparer avec l'imitateur Bnffeteau.

• En ceste région de Ynde sont les arbres qai parlèrent à Alixandre, et si y a des formis aussi grans et si fors que ung chat...

- En Cappadoce sont les Oliflans qui sont moult grants bètes et fors.... et gettent de leur gorge ung boyau dont ils hument et engloutissent bien ung homme tout armé. Mais le roy Alixandre qui tant fut vaiUant comme on scet,

Ailleurs, le poêle de Divoooe, en parlant des singularilés des eaux, dit encore d'après la même autorité :

Il y a ung grant fleuve en Perse Qui de nature est bien diverse, Car la nuit est bien fort gelé Et tout le jour est dégelé.

U s'agit dans ce passage du fleuve que traversa Alexandre, quand , déguisé en ambassadeur , il pénétra dans la tente de Darius.

Dans un ouvrage intitulé : Le$ diz moraulx des Philosophes^ annoncé par Tauteur, Guillaume de Tignonville, prévôt de Paris sous Charles YI, conune étant traduit du latin, on trouve quelques-unes des traditions fabuleuses sur Alexandre. Il existe de ce livre des manuscrits et plusieurs éditions imprimées. La plus ancienne fut faite au quinzième siècle , à Bruges, par le célèbre Colard Mansion \ On y trouve un chapitre fort court sur Alexandre , dans lequel on raconte que Philippe fut tué (c par un des grands seigneurs du pays appelé Cahus ou Pausanias selon les anciens, lequel fut amoureux de la mère d'Alexandre. » On trouve ensuite un discours d'Alexandre «k ses hommes » et leur réponse : « Plusieurs bons enseignemens et doctrines donna Alexandre, mais enfin il fut deceu par haine et mondaine gloire, car il se soufTri adorer comme Dieu et filz de Jupiter Hammon. »

Une autre édition de cet ouvrage ' donne beaucoup plus de

fit faire des hommes d'arain qui étaient tons plains de feu et les tusoïi mener devant en bataUle contre ceux de Ynde. Et quant les Oliflans gettûent leur boyaux encontre ces hommes d'arain ils estoient plains de feu et se brnsloient leurs boyaux tellement que oncques depuis ne les osèrent traire contre homme. - (Partie seconde, chap. 2.)

< •> Cy commence un petit trattic moult prouffitable intitulé les dicts morauls des Philosophes... " Impressum Brugù per Colardum MaruioniSy in-4o.*— Plusieurs bibliographes ont cru cette édition datée de 1473, mais elle ne porte aucune date. CV. Van Praet, Notice su$' Colard Mansion^ p. 44, 45.) — G*est un livre d'une grande rareté; je l'ai vu à la Bibl. du roi de France.

* « Les dictz moraux des Philosophes translatés de latin en françois par noble

détails. Lie meurtrier du roi Philippe y est nommé Cachus^ On lit ensuite une lettre d'Alexandre à ses peuples contre le culte des images; il y parle de la Trinité. La correspondance d'Alexandre et de Darius vient après, puis on raconte la victoire d'Alexandre sur Daire^ qui fut chassé jusqu'à un fleuve gelé ei passa par dessus la^lace. Pour combattre les éléphants de Porus, le roi de Macédoine fit « faire xxiiii ymaiges darain toutes creuses, et les fist mettre sur chariots de fer et emplir de bois et les fist mettre par ordre ou front de bataille et fist mettre le

feu dedans quant les enemis approuchèrent » Après avoir

tué Porus et conquis l'Inde, Alexandre passa a oultre la terre de Tigue » dont le roi lui envoya la couronne et de grands présents.

« Et dist-on que Alexandre avoit sceu par astrologiens la ou il avoit esté qu'il devoit mourir sur pavement de fer et soubz couverture d'or. Si advint tantost après que par une grande chaleur que tant de sang luy sailloit hors par le nez, qu'il fut moult foyble et convint le descendre de dessus son cheval enmy les champs et tantost un chevalier geita sa cotte de fer et descendit à terre et tantost le roy Alexandre se coucha dessus cette cotte, et les autres mettoient beaulx draps d'or par dessus luy* ...»

Alexandre connaissant qu'il allait mourir écrivit sa dernière lettre à sa mère. Nous verrons qu'un illustre traducteur mit en anglais l'ouvrage de Tignonville.

Vers le milieu du quinzième siècle Sébastien Mamerot traduisit en français et augmenta beaucoup la Chronique du dominicain Martin le Polonais'; il y inséra l'histoire d'Alexandre

homme Messire Goillaume de Tignonville, chevalier, conseiller et chambellan dn Roi. -^ Les dictz des Saiges. — Le Secret des Secretz de Aristote. — Paris, Pierre Vidove, 1531, et se vend par Galliot, S» min.» (à la Bibl. du roi de France). — Le Ms. latin n» 6652 de la Bibl. du roi de France contient le texte latin : Dicta philotophorum, (Paulin Paris, J!f«. franc, t. V, p. 7.)

* Les Persans lui donnent le nom de Kelous.

* Tradition orientale. (V. ci-^lessus p. 1 1 et 37.)

^ V. Lebeuf dans les Mémoirei de l'Acad. des itiscript. et Betles-JjBttres^ t. XX, p. 2i4 et suiv.

qu'il tira du poème de Gautier de Châtillon et d'autres livres aussi bien authentiques tant par nietres quen prose ^ Il y avait sans doute parmi ces autorités une des histoires fabuleuses d'Alexandre, puisqu'il parle des projets de ce conquérant contre Rome, des présents que les Romains lui offrirent et des arbres du Soleil et de la Lune- Il passe sous silence d'autres aventures, parce que, dit-il, « elles ne seroient pas creûes par la moitié de ceux qui cy les liroient ou orroient. » On trouve au chapitre LXXV™* l'énumération des villes qu'Alexandre avait fondées et auxquelles il avait donné son nom. J. Valerius et plusieurs des romans que j'ai indiqués nomment ces villes, mais dans aucun de ces auteurs leurs noms ne sont aussi étrangement défigurés que dans la Chronique martinienne.

1 Chroniques marliniennes, avec les additions de plasiears chroniques, Paris, Verard, in-fol., chap. 57, fol. 22, verso.

Les romanciers espagnols s'emparèrent des aventures d'Alexandre immédiatement après les poètes français; aussi le marquis de Santillane* compte-t-il parmi les premières productions de la poésie castillane El libro de Akxandro et Los votos del Paon. L'Alexandre espagnol a été longtemps fort peu connu. On l'a attribué à Alphonse le Sage, roi de Castille, à Gfonzalès Berceo, et enfin avec plus d'apparence à Juan Lorenzo Segura de Astorga, qui est nommé à la fin d'un manuscrit. El libro de Alexandro a été publié dans le troisième volume de la collection de Sanchez, d'après un manuscrit du duc de l'Infantado ; on en cite un autre comme ayant appartenu au couvent de Buxedo, près de Burgos, et François de Bivar en a transcrit quelques vers qui, comparés avec l'édition de Sanchez, offrent de nombreuses variantes. L'auteur de ce poème mêle l'érudition classique aux traditions romanesques; il imite souvent et copie quelquefois Gautier de Chàtillon, qu'il cite sous le nom de Galter ; il en agit de même avec le poème d'Alexandre de Bernay. Ailleurs il parle de l'histoire d'Hélène et de la destruction de Troie ; il cite Homère et nous apprend que la mère d'Achille, pour l'empêcher d'aller k la guerre, le cacha dans un couvent de Bénédictines '.

• Saochez, Coleccion de pœsioê Castell.^ 1. 1, p. lvii.

* Stanc. 386. La madré de Achilles era mogier artera,

Ca era grant deviDa, è era sortera ;

Dès le commencemeDt du poëme, l'auteur parie de la tradition qui faisait Nectanèbe père d'Alexandre :

Stanc. 19. A maestro Nataneo decian que semeiaba Et que su fijo era grant ruido andaba.

et Tun des premiers exploits de ce prince est sa victoire sur Nicolas.

On trouve dans ce poème la descente d'Alexandre au fond de la mer. (Stanc. 2142 k 2158.)

Oicen que por saber que facen los pescados , Corne viven los chicos entre los mas granados, Flzo cuba di vidrio conpuntos bien cerrados, Metios en ella dentro con dos de sus criados.

St. 21 52. Otra faciana vio en essos pobladores

Vio que los maores comien à los raenores Los cbicos a los grandes tenienos per sennores Maltraen los mas fuertes à los que son menores *.

Le poëme parle ensuite du Phénix (st. 231 1), des arbres du Soleil et de la Lune ', et de l'ascension d'Alexandre dans les airs par le moyen des griffons (st. 2332).

Sopô que si su fijo fues en esta carrera, Avria y à morir por alguna manera.

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