HÉBREUX
Les romans latins sur Alexandre, qui avaient été traduits ou imités du grec furent à leur tour traduits en d'autres langues. L'une des plus anciennes de ces versions est celle qui forme le 2me jjYj.g (|g Y Histoire judàique de Joseph ben Gorion. Ce Juif, qui a cherché à se faire passer pour Flavius Josèphe, qui a prétendu avoir vu César et Charlemagne, doit avoir vécu au dixième ou au onzième siècle \ On croit qu'il naquit ou qu'il vécut en Bretagne ou en Touraine. Il a rempli son histoire de faljles, et s'est servi pour composer son livre d'une traduction latine de Flavius Josèphe. Pour V Histoire d'Alexandre^ il n'a guère fait autre chose que mettre en hébreu VHistoria de Prœliis. Gagnier a mis ce fait en évidence, en imprimant sur deux colonnes la version latine qu'il avait faite de l'ouvrage hébreu et le texte deVHistoria de Prœliis que lui avait fourni un manuscrit de la bibliothèque Bodleienne dont j'ai précédemment parlé (p. 75). Déjà Casaubon et Scallger avaient reconnu cette ressemblance, et le Livre des générations et des actions d'Alexandre^ composé par les mages et les sages de l'Egypte l'année même de sa mort.
* On pourrait facilement croire que Josippon vécut au neuvième siècle, en voyant qu'il est cité par Saadias, écrivain du commencement du dixième siècle, mais il y a quelques raisons de penser que cette citation a été introduite dans la traduction hébraïque du commentaire sur Daniel de Saadias, et qu'elle n'existait pas dans l'original arabe qu'on n'a plus. Dès lors, ce n'est que vers le milieu du douzième siècle que les rabbins parlent de losippon. (V. Gagnier, Prœfat. ad Jos. ben Gorion, p. xxvii et xxviu.)
IIÉHKEUX. 89
que Josippon mel au nombre de ses autorités ', n'est que Vllîstoria de Prœliis avec (juelques variantes et quelques changements peu considérables. Ces Hdjles et ces impostures n'ont pas empèciié les rabbins de dire de Josippon que « ses paroles
sont justice et vérité que son livre est celui qui approche le
plus de ceux des Prophètes et que la main de Dieu était sur lui pendant qu'il le composait '". »
Ce serait tomber dans des redites fastidieuses que de donner une analyse du livre second de l'Histoire de Josippon. Ainsi que je l'ai dit d'après Gagnier, il suit Yllisloria de Prœliis^ mais c'est d'une manière libre. Quelquefois il ajoute à son guide, et il s'éloigne souvent de lui dans les noms géographiques, dans les noms propres et dans la description des monstres qui attaquent l'armée grecque"'. J'indiquerai ici quelques récits qui sont particuliers à Josippon ".
La reine de Macédoine, mère d'Alexandre, est nommée Nebiaras ^ ; elle a inspiré un violent amour à Crabonias, roi de Bretagne, qui vient attaquer la ville de Macédoine et campe avec son armée dans la province d'Aganie. Philippe, dont l'ar-
* Josippon cite encore comme autorités de ce qu'il écrit sur Alexandre les livres des Macédoniens et des Perses, Nicolas (de Damas), Tite-Live et Strabon.
^ V. Dreithaupt, Prœfat. ad Joseph ben Gorion, Gothac 1707, in-i". — Gagnier, Prcpfat. ad Jos. ben Gorion, Oxonii 1706, in-4o. — Bihlioth. choisie, t. XXV, p. 40, ann. 1712. — Ces. Oudin, Comment, de Script. Eccles. t. II, p. 1032- 1062. — Fabric. Bibl. Gr. t. V, p. 56-59, éd. Harles. — Wolf, Bibl. Hebr. t. I, p. 509, not. ff. — G. B. de Rossi, Dizionn. degli autor. Ebrei,t. I, p. 149, 150. — Basnage, Hist. des Juifs, liv. IX, chap. 6, t. IX, p. 150 et suiv. — Sainte- Croix, Exam. des Ilist. d' Alexandre, p. 550 et suiv.
5 Josippon parle de coqs qui lancent des flammes, d'hommes invisibles, d'onagres à six yeux, de crabes dont un seul dévore cinquante hommes, etc., etc.
4 Je me sers toujours de l'édition de Gagnier et de sa version latine. Le récit sur Alexandre commence ainsi (p. 40) ; u Atque etiam ut reperi in libro generationum Alexandri quem composuerunt Magi jEgypti et sapientes ejus qui operam dant scientiis firmament! et cognitionis naturarum entium creatorum, contemplationi stellarum » etc.
5 Plutarque {Des Oracles rendus en vers, § xxix) dit qu'Olympias avait eu plusieurs noms.
90 HÉBUEUX.
mée est trop faible, se retire, mais il est poursuivi et mortellement blessé par Osanias, officier du roi breton. Alexandre, revenant d'Arménie, délivre sa mère et son pays, et assiste à la mort de son père.
Page 70. Dans la fable des arbres qui chaque jour sortent de terre et y rentrent, l'auteur hébreu ajoute que leurs rameaux se nomment iscektins^ et que les mages persans en font usage pour les brûler devant leurs idoles.
Plus loin, page 71, il raconte qu'Alexandre étant arrivé aux monts Choschec, c'est-k-dire des Ténèbres^ voulut aller au delà et pénétrer dans le pays habité par le fds de Jonadab et les restes des dix tribus, mais des oiseaux à face humaine l'avertirent en grec de retourner sur ses pas, lui déclarèrent qu'il ne lui était pas permis de voir la région des Saints de Dieu et des descendants d'Abraham^ et lui prédirent sa victoire sur Porus.
Enfin, dans la lettre à Aristote dans laquelle Alexandre raconte ses aventures dans l'Inde, il parle entre autres merveilles d'une île où il trouve le sépulcre de Kainan, fils d'Enos, et les tables de marbre sur lesquelles le roi de l'Ile avait inscrit en hébreu sa prophétie sur le déluge \ Il ajoute qu'on ne peut approcher de ce tombeau sans mourir ^.
Il existe une autre histoire fabuleuse d'Alexandre en hébreu ; on dit même qu'elle renferme plus de détails que celle de Joseph fils de Gorion . Elle porte aussi le titre d'Histoire des générations d'Alexandre ; mais quelques rabbins la regardent comme la traduction d'un ouvrage grec, composé par Ptolémée fils de Lagus, successeur d'Alexandre au trône d'Egypte. Le traducteur se nomme à la tin de cette histoire, et c'est un
* Ce récit se rapproche de celui du poëte Ashref, qui raconte la visite d'Alexandre au tombeau d'Adam dans l'ile de Serendib. (V. ci-dessus, p. 9, not.)
2 II est nécessaire d'observer que plusieurs auteurs Juifs, partisans de Joseph fils de Gorion, soutiennent qu'il n'écrivit point ce qu'on lit dans le second livre de son histoire, mais que ces fables y ont été interpolées par un faussaire. Ce qui pourrait donner quelque force à cette opinion, c'est que Josippon, à la fin du livre \^^, dit expressément qu'Alexandre était fils de Philippe.
HÉBREIX. 91
Juif de Grenade, vivant au treizième siècle, Samuel ben Jehuda aben Tibbon V
» R. Azar. de Rubeis, npud Gagnier, Prœfat. ad Josipp. p. XLv. — Wolf, liihl. Hehr. t. I, n" 1821, 2075. — Groddeck, Pseitd. Hehr. ITexeront. apud Wolf, ibid. p. 1007. — .1. H. de Rossi, Ms. Cad. Ilebr. t. III, p. 55, 56. — Fabric. Bibl. Gr. t. III, p. 50, éd. Harles. — Fabric. Cod. Pseudcpigrapli. Veter. Testamenti, t. I, p. 1 164.
Les Samaritains eurent aussi leurs traditions fabuleuses sur Alexandre et l'on en trouve des traces dans leurs chroniques. La plus ancienne, nommée le Livre de Josué *, est en langue arabe, écrite en caractères samaritains, et paraît être une traduction falsifiée, faite après le temps de Mahomet sur un texte rédigé vers le troisième siècle. Il y est fait mention du Voyage d'Alexandre dans les airs ^, et cette fable se lie, dans toutes les histoires fabuleuses qui l'énoncent, avec le récit de la descente d'Alexandre au fond de la mer. On raconte aussi dans le prétendu Livre de Josué comment Alexandre, après ses vastes conquêtes, voulut voir le pays de Seïr, et comment, traversant en trois jours la Région ténébreuse, il parvint avec une troupe de Macédoniens dans un lieu où il vit de grandes merveilles, des montagnes d'or, de perles et de pierres précieuses ^ Une autre chronique des Samaritains, écrite en langue et en caractères arabes par Aboulfatah, est plus récente que le Livre de Josué dont elle est en partie tirée. Elle renferme encore des fables sur Alexandre ".
' Chronicon Samaritanum, arabicè conscriptum, cui titulus est Liber Josuae
latine vertit, anuotatione instruxit , et dissertationem de codice... . praemisit Th. Guil. Joh. Juynboll, Lugd.Batav. 1848, in-4". {Juurn. des Sav. 1848, p. 539 et suiv.)
^ Reland, Dissert. VII, p. 14. — Silvestre de Sacy, Chrestomat. arabe, II, p. 208-212.
5 V. Baver, Dissert, de muro Caucaseo, p. 113.
* On trouve un extrait de cette chronique, rédigée par Aboulfatah l'an 135S
Les auteurs hébreux ont aussi parlé de l'iiommage rendu k leur grand-prêtre et de la visite qu'Alexandre fit à leur capitale. Les Juifs ont rapporté tout cela à Jérusalem *, tandis que les Samaritains ont voulu en faire honneur à Sichem et au mont Garizim. M. de Sainte-Croix a discuté à fond tout ce qui se rapporte à l'arrivée d'Alexandre en Palestine ^.
de .I.-C. dans les Acta Eruditor. 1691, p. 167 et seq. — V. aussi Silv. de Sacy, Chrestom. arabe, t. IF, p. 208-212, et les fragments publiés par Schnurrer dans Paitlus, Nettes Repertorium, t. I, p. i, p. 117 et seq. — Memorabilien, II, p 54 et seq. — McoU, Bibl. Bodiei. Cod. Ms. Orient. Cat. p. 2.
* Flav. Joseph. Antiq. Jitd. lib. XI. — Jos. ben Gorion, lib. 1, cap. 5. — Conf. Q. Curt. IV, 8.
* Examen deshist. d'Alexandre, p. 547-S63.
Ce n'est pas seulement l'Orient et la littérature ancienne qui s'occupèrent des fables d'Alexandre ; ce sujet fut adopté par les nations de l'Occident et célébré dans les idiomes qui succédèrent à la langue latine. Les troubadours provençaux connurent le roman d'Alexandre, et Pierre de Corbiac place l'histoire de ce conquérant * parmi celles dont il a connaissance, et qui composent une partie de sa science qu'il appelle son Trésor ^. Le roi de Macédoine est souvent loué par les troubadours pour sa générosité, et cette qualité leur semble l'unique cause de
* « Et celle d'Alexandre qui, en mourant, partagea ses conquêtes entre ses douze pairs.»
Qu'ieu sai com Aiixaudres lo fortz e"l conquerens Conques doze regismes en doz ans solamens ; E qant saup que sa mortz séria propdenamens Partie els doze parts totz ses conqueremens Car l'avian servit mot honorablemens.
Le Grand d'Aussy {.\ut. des Ms. t. V, p. 106) prétend que ce ne fat qu'après l'an 1:204 que les pairs furent au nombre de douze; mais dans le poëme du Brut, écrit en 1155, il est fait mention de douze pairs. (V. Roquefort, De la Poésie franc, dans les Xll^ et XIII^ siècles, p. 158, 159.) — Crescembcni [Istor. délia volgar. poes. t. I, lib. v, p. 332) affirme que les Provençaux avaient un roman sur Alexandre. Dans le roman provençal de Flamenca, on énumère les récits qui se firent à une fête donnée par Archambault comte de Bourbon-les-Bains,
Luns contet del rei Alixandri L'autre d'Ero et de Leandri.
(Not. des Ms. t. XIII, part, a-'s p. 90.)
s Millot, Hisl. litt.fles Troubadmtr.i,t. III, p. 230.
tous ses succès V Q. Curce et Plutarque parlent de la munificence d'Alexandre, mais il n'est pas vraisemblable que leurs éloges sur ce point aient été l'origine de ceux des troubadours, et il paraît que les Provençaux avaient dans leur langue quelque roman analogue à ceux dont nous avons parlé. Il en existe des traces dans leurs poésies, et je me bornerai à indiquer les vers de Guillaume de la Tour, qui raconte qu'Alexandre trouva dans un bois des femmes dont la nature était de n'en pouvoir sortir sans cesser de vivre ^.
M. Marc-Antoine Parenti a fait connaître ^ un fragment d'un poème provençal * sur Alexandre, retrouvé dans la bibliothèque de Lugo. Il y est question d'une excursion qu'un détachement de l'armée d'Alexandre fait dans la vallée de Josaphat, pendant le siège de Tyr. Le sire de Gadres % irrité de cette attaque, entreprend de secourir la ville assiégée ^.
' Alixandres vos laisser sou donar.
(Rambaud de Vaqueiras.) Per dar conquis Alixandres roays, E per tener perdet Daire lo ros La batalhe.... (P. de la Mula.)
One DO crée de pretz ni d'onor Alexandres, segon qu'aug dir Per trop tener thesaur en tor ; Mas quar vole ben dar et partir
Lo sieu de gran coratge. (G. Fabrk de Narbonne.) Je dois à M. Raynouard la connaissance de dix-buit passages des Troubadours relatifs à Alexandre. Il me les avait indiqués avant la publication de son bel ouvrage.
=* Plus que las domnas que aug dir
C Alixandres trobet al bruoill Qu'erau totas da tal escuoill Que non podian, ses morir.
Outra l'ombrai del bruoill anar.
(Raynouard, Choix des poés. des Troubad. t. V, p. 212.)
* A la fin des OEuvres du comte Perticari, t. III, p. 624-634.
* " E scritto in quel provenzale che si puo dire moderno, e si confonde in gran parte col francese antico... la scrittura sembra de secolo XIV... >■
" Gadres, Gaza ?
'• Les fuerres de Gadres (l'attaque des soldats d'Alexandre par le sire de
Li Gre sen tornereiit ver l'ost isnellement : Mais aiiceis qil scit nuit seront-il tuit dolent : Car li sire de Gadres a mandé sa gent Tant qil furent bien XXXM et sete cent.
Il en jure lo ciel e lo mer e lo vent
Que fols est Alexander se a bataile l'atent.
Eumée, le chef du détachement grec, aperçoit les ennemis et veut envoyer demander du secours à Alexandre, mais aucun de ses soldats ne veut quitter le combat et chacun s'excuse à sa manière. Le fragment ne va pas plus loin. M. Parenti, d'après l'indication de M. Cavedoni, compare ce récit avec celui qu'on trouve dans VHistoria de Prœliis^.
Gadresj se lisent dans le poëme d'Alex, de Bernay, et il paraît que les jongleurs récitaient souvent cet épisode et en avaient fait en quelque sorte un ouvrage à à part. (V. Paulin Paris, Les Ms. franc. III, p. 102.)
1 <>.... Deditque sibi (MeleagroJ milites quingentos prœcipiens illis ut vallem peteret Josaphat, ubi armenta plurima pascebant ex civitate Gadii.... Bitirio....
de civitate Gadii exivit cum equitibus triginta millibus volebant igitur
Meleagrum mittere ad Alexandrum nullos tamen eorum voluit suscipere
Meleager. . . . " etc.
FHANCAIS.
La France septentrionale fournira davantage à nos recherches et nous y trouverons les fables sur Alexandre fort répandues dès le douzième siècle. Le plus ancien poète qui les prit pour sujet de ses vers paraît avoir été nommé Albéric (Elbcrich von Bizenzun, Meister Aelberich) ; malheureusement on ne sait rien de lui, on n'a aucun reste de son ouvrage, et il n'est connu que pour avoir été cité par un poète allemand du douzième siècle, qui déclare avoir imité le poème qu'Albéric avait écrit en français (Walisclien) \ Quelques auteurs ont dit qu'Albéric était de Vicence; il est plus probable qu'il était de Besançon '-.
Il faut nommer aussi Simon le Clerc qui, dans la première moitié du même siècle, écrivit aussi un roman d'Alexandre, et qui est peut-être le même que le traducteur connu sous le nom de Simon de Boulogne '\
' C'est Elberic de Bisenzun
Qui nous a transmis ce poënie :
Il l'a mis en vers français {Walischen)
Et moi je l'ai publié pour nous en allemand (Dutisclien)
Que personne ne m'accuse,
Ce que le livre dit je le répète.
(Schreiber, Comment, p. ! 1 . V. aussi p. 13, not.)
^ Schreiber, Comment, de G ermanorum quam Lambcrlus Clericus scripsit Alexandreide, l'riburg. 1828, in-l", p. 10-13.
'> lli.st. litfér. (le la France, t. VII, p. Lxxix; XV, p. 501, et t. XIX, p. 674,
Un dos poèmes latins les plus remarquables du douzième siècle fut V Alexandreis de Philippe Gautier de Chàlillon \ Sa réputation tut si grande qu'il était préféré aux autres classiques qui, à la vérité, étaient alors fort mal entendus, et elle s'étendit si rapidement que, dès la fin du siècle suivant, il était traduit en norwégien ^. Ce poëme, fort remarquable pour l'époque OiJ il fut composé, n'appartient pas aux romans sur Alexandre. Gautier suivit principalement Q. Curce, qu'il crut embellir en y mêlant des épisodes de son invention et un merveilleux tiré de la mythologie. Il connut cependant les traditions fabuleuses répandues sur Alexandre, et dans cet ouvrage, Alexandre, indigné de rester dans l'inaction, s'écrie :
.... Seinperne putabor Neptanabi proies ac degener arguar ? Absit.
mais c'est la seule trace qu'on y trouve des fables alexandrines'.
Deux poètes français en adoptèrent une grande partie dans le Roman d'Alexandre qu'ils composèrent vers l'an 1184. Lambert-li-Cors de Chasteaudun et Alexandre de Bernay réunirent leurs efforts pour composer ce grand ouvrage *, que Fauchet a fait trop ancien et Le Grand d'Aussy trop récent.
not. — Fauchet, De la lang. et poës. française, liv. I, ch. vin, p. 532, éd. de Paris, 1610, m-4'' « ...Un Simon autheur d'un romau d'Alexandre, composé en Poitevin ou Limosin, commençant :
Chançon voil dir per rj^me et per lëoin Del fil filipe le Roy de Maccdoin.
Le Grand d'Aussy (IVot. des Ms. t. S', p. 105) a remarqué avec raison que ces vers sont en français et non en poitevin ou limousin. — Fauchet [Ibid. p. 541 V») cite sept vers du poëme de Simon.
• Oudin, De Script. Eccles. t. II, p 16t>6.
2 Einari, Hist. litt. Island. p. 107, par Brandus, évêque en Islande.
^ Philippi Galtheri Alexandreidos lih. \. Lugduni, Rob. Granjon, 1358, in-4", fol. IV, v». — V. sur ce poëte, Hist. litt. de la France, t. XV, p. 100-119. — Année litt. 1759, t. VI, p. 313 etsuiv. — Oudin, Script. Eccl. t. II, p. 1666. — Raynouard, Journ. des Sav. 1820, p. 319-521.
* La vérité de l'istoire si com li roys la fist
Co poëmo contient une tradition toute particulière sur l'origine d'Alexandre ; il nie (jii'il fût lils de Nectanèbe. 11 dit qu'on avait calomnié sa mère en disant :
Qu'il estoit bastai's nés par enchanterie, d'un homme qui
Nataiiabiis ut non en la langhe arrabie. Il assure que Nectanèbe n'arriva en Macédoine que longtemps après qu'Alexandre fut né, et en cela il est conforme à l'histoire \
Une grant pièce après c'Alixandres fu nés, Vint un boni è 1' pais, de grand sens renomés, Natanaburs * ot à non, des arts ert bien fondés. Cil fu i)uis d'AlixanJres et mestres et privés ; Cil li moustra de l'air toutes les qualités. Et en quele manière est li solaus levés, Et si comme la lune remue ses clartés, Et de r cors des estoiles li moustra il ases. Cil sot tant d'ingremance, et si en fu usés, C'ainc si bons encanteres ne fu de mère nés. Quant eust devant vus ¥•= (cinq cents) homes armés, Vus sanlast que cescuns fut un arbres rames. Et par aighe corant qu'i disies vus un près. Et mesist en sa bourses les tors de XX cités. De lui fust Alixandres mecreus et blâmés, Por cou que de sa mère fu durement privés ; Dist-on k'ilert ses fius et de lui engenrés. Un jor le prist as mains sor un mont ù il ert. Si le bouta aval que il fu lues tués '.
Un clers de Casteldun, Lambert-li-Cors l'escrit
Qui de r latin le traist et en roman le mist...
Ci no dit l'Alixandre que de Bernay fu nés
Et de Paris refu ses sornons apiélés.
Qui or a les siens vers o les Lambert mellés. ' V. ci-dessus, p. 15, not. 1.
- Le ms. 7633 porte Meptanabus. — .\<i(aburs, éd. de Miehelant. Éfl. 5 Je me suis servi du ms. de la Bibliothèque du roi, n" 7190, intitulé : i Ci « commence li Roumans d'Alixandre le grant et les merveilles qu'il vit et qu'il « fit en son tans et les veux du Paon et les accomplissemens et les mariages, «
Mais au siège d'Athènes, Âristole, qui vient traiter pour cette ville avec Alexandre, lui apprend qu'il est le fils d'un sénéchal de Grèce. Alexandre tue celui qui avait procuré cet amant à sa mère, puis il marche contre Darius dont il a juré de se venger :
Il a juré ses Diex Jupiter et Cahuz.
Alexandre prend Carthage, puis Tyr, et assiège Cadres. Sa flotte fait usage du feu grégeois, mais elle est battue ; Alexandre même est blessé ; mais enfin le duc Bétis est tué et la ville prise V Le héros va ensuite à Jérusalem et gagne deux batailles contre Darius. Après la mort de ce roi de Perse, il arrive au bord de la mer ; il lui prend envie d'en visiter les profondeurs et d'en explorer les merveilles l II fait construire un grand tonneau de verre, il y fait ajuster des lampes et se fait descendre dans cet appareil au fond de la mer avec deux de ses officiers. Il y examine les poissons et les monstres marins :
Alixandre esgarde les granz el les pleniei's Qui les petiz engloteut, car tex est 11 métiers, Ensement corn au siècle estchacuns hom maniers. Autresi vit il là les prevos, les voiers ; Sor les petiz tornoit toz-dis li destorbiers ^.
et du ms. n» 7633, Saint-Germain, qui porte pour titre : ■■ Cy commence l'Es- " toire d' Alixandre Dallier et y sont toutes les batailles qu'il fit et les veux du " Poon et les achievemens. " — Ce dernier ms. contient aussi : •■ La vengeance '. Alixandre par Aliénor qu' Alixandre ot de la reine Caudace d'Inde qui fu famé ■• Porrus le roi d'Inde la majour, » dont on attribue la composition à Jean le Vénelais. Ces deux ms. ont des variantes et des difFérenccs très-marquées. — Nous avons suivi dans cette citation le texte de Michelant. — Éd.
* Comparez ce récit avec celui de l'Bistoria de Prœliis et du fragment provençal de Lugo ci-dessus, p. 93.
2 V. Dunlop, Histonj a f fiction, II, p. 120.
3 J'ai averti des variantes qui existent entre les manuscrits dont j'ai fait usage. (Le texte que donne M. Michelant, p. 263 de son édition, est en effet trèsdifférent. — Éd.) Ces vers sont tirés du n» 7190, d'un chapitre intitulé : « Ci " dist si com Alixandres fu mis en mer en un touniel de voile, » et un dessin représente la descente de ce prince dans la mer. L'autre ms. ne me parait pas contenir ce chapitre, mais à l'occasion des Dieuesses de la forest, on y lit :
Car c'est leur paradis ou doivent converser :
FUANÇAIS. 101
Après ces brllcs ohservations, Alexaiulie marclie contre Porus, tlont la fille venait d'épouser le fils de la reine Candace, et dans ce trajet l'armée souffre du manque d'eau et des attaques des bêles féroces. Alexandre, déguisé, s'introduit dans latente de Porus. Il lui livre ensuite bataille et le fait prisonnier. Il va ensuite à la reclierche des colonnes qu'Artus avait érigées, et le poëte raconte ici l'expédition du roi Artus en Asie. Ce roi des Bretons, parvenu à l'extrémité de cette partie du monde, y avait élevé deux statues d'or. Ce sont ces monuments qu'Alexandre veut voir.
Car véoir vuet les bones (bornes) se il na en combrier Que Artus * avoit fêtes en Oriant drécier.
Il y parvient et même les dépasse contre les conseils de Porus -. Il perd une partie de son armée. Après des aventures dans la Vallée périlleuse et avoir résisté à des monstres qui jetaient des flammes et à de séduisantes sirènes, Alexandre s'empare de quatre vieillards qui lui parlent de trois fontaines merveilleuses: la première rajeunit, la seconde rend immortel, et la troisième ressuscite. En voulant pénétrer jusqu'à ces
Il rois de Macédoine en a oi parler
Qui cercha les merveilles du mont et de la mer,
Et se fist-il mesmes ens al font avaler
En un vessel de voirre (ce ne puet nous fausser)
Qu'il fist faire a sa guise fort et roont et cler.
Et bien clorre de fer qu'il ne peust quasser
S'il lesteust a pierre ou a roche hurler :
Dinsi qu'il pooit permi outre esgarder
Et veoir les poissons tornoier et jouter
Et mettre en leur aguet et souvent cembeler.
' M. Paulin Pai'is {Manuscr. franc, t. III, p. 92), dans la crainte qu'on ne voie dans la mention d'Artus une preuve de l'antériorité du roman du Brut, pense gu'Artus, Arcu, Artu est une corruption d'Hercule.
* M. De la Rue (Recherches sur tes ouvrages des Bardes de la Bretagne Armorie. 1817, S'^^édit. p. 23) remarque qu'Alexandre de Bernay est le seul écrivain qui ait i-aconfé l'expédition du roi Artus en Asie, et ■■ qui ait fait un mérite • au fils de Philippe de Macédoine d'avoir cherché et trouve les statues d'Artus. ■■ Or, oîi pouvait-il avoir pris ces fables sinon dans les ouvrages des Armori- ■■ caius ? "
sources miraculeuses, les Grecs sont accueillis [tar une neige brûlante et attaqués par des géants. Enfin ils arrivent dans une forêt, et sous chaque arbre ils trouvent une belle damoiselle ; après cinq jours passés dans la volupté, l'armée quitte la forêt; Alexandre veut ennnener la reine des Dieuesses, mais elle lui apprend qu'elle et ses compagnes périraient si elles quittaient ce lieu, et qu'elles doivent leur jeunesse éternelle à ce qu'elles passent l'hiver en terre, à la manière des plantes, et que, comme elles, elles ne repoussent qu'au printemps:
Et quant esté revient, que 11 biau tans s'épure En guise de tleur blanche reviennent à nature '.
Alexandre, après avoir franchi beaucoup d'obstacles, arrive à la fontaine qui rajeunit ; les vieillards qui l'accompagnaient s'v baignent et reviennent à l'âge de trente ans. Il parvient ensuite aux arbres qui parlent ; ils lui prédisent qu'il mourra empoisonné peu de temps après s'être emparé de Babylone, et que sa mère sera punie de l'infidélité qu'elle a faite à son époux en devenant après sa mort la proie des oiseaux et des bêtes féroces. Arrivé à Babylone, le roi de Macédoine et du monde veut visiter le ciel comme il a visité la mer, et il se fait enlever dans un grand panier par des griffons qu'il dirige en leur présentant de la chair au bout d'une lance. 11 fait ensuite le siège de Babylone, défendue par Nabuzardan, qui périt dans le combat. Alexandre s'empare de cette capitale et fait con-
» Il semble que cette fable soit formée de la tradition des Troubadours, citée ci-dessus, p. 9o, unie à celle des arbres (liiirnes, qui se lit daus Josippon et dans VHist. de Prcrliis. V. ci-dessus, pp. 90 et 70. — On peut y voir encore sous une forme plus gracieuse la fable, fort en vogue au moyen âge, des arbres qui produisaient des êtres animés. V. sur les arbres anatifcres de l'Augleterre, des Oreades et de l'Anjou, Silv. Girald. Topog. Hibern. cap. xi. — .!. Gottl. Schneider, Animadv. ad Frederici II artem venandi cum avibus, p. 86, 87. — Fauris Saint-Vincent, Notice des sermons de Mcirini, Magas. Encycl. 1 81 3, t. III, p. 28. — Michel Maier, • Tractatus de volucri arboreà, absque pâtre et matre, in iusulis Orcadum, forma anserculorum proveniente, seu de ortu miraculoso potiîis quam naturali vegetabilium, animaliuni, hominum, etc., etc..» Fraucof. 1619, iu-8'J. {Calaloy. de ht VullUre, n" 1779.;
slruire à son défenseur un magnifique tombeau soutenu par des pierres d'aimant. Il reçoit une députation des Amazones, une visite de leur reine, et meurt empoisonné par Antipater, roi de Sydoine, et Divinus Pater, roi de Tyr *.
On voit par cette analyse que les auteurs de ce poëme ne suivirent pas les traces de Gautier de Cliâtillon - : ils préférèrent prendre pour guides les romanciers latins, et il faut suivre à la lettre le témoignage de Lambert-li-Cors :
Qui du latin la trest, et en roumant la llst.
Mais les auteurs français se sont livrés , en quelques endroits de ce poëme , à leur imagination et à quelques souvenirs d'érudition classique; c'est ainsi qu'ils font chanter par une Amazone l'histoire de Narcisse , et par Hélinant à la table d'Alexandre le combat des dieux contre les géants.
Le sujet d'Alexandre parut si beau dans le poëme dont nous venons de parler, que plusieurs rimeurs s'empressèrent d'y ajouter des suppléments. Ce roman eut ainsi plusieurs branches comme quelques écrits de ce genre ^. Nous les indiquerons légèrement , parce que la plus grande partie des aventures qu'on y trouve sont de l'invention des auteurs, et n'ont
' V. sur le roman d'Alexandre : Hlassitu, Hist. du In poésie franc, p. III et suiv. — Poésies du roi de Nacarre. RévoL de la langue franc, p. 158-166. — Le Grand d'Aussy, Notices des Ms. t. V, p. 101-117. — Roquefort, État de lu poésie franc, p. 158. — Warton, The hist. of English poetr t. I , p. 139-141. — Dibdin, Decamer. Bibliogr. 1. 1, p. 98. — Hist. litt. de lu France, t. XV, p. 119- 123 et p. 160-179. — Raynouard, Journal des Sav. 1820, p. 607-609.— De la Rue, Recherches sur les Bardes tt les Trouvi'res, 1834, t. II, p. 341-350. — Paulin Paris, Les Ms. franc., t. III, p. 87-107.
- M. de Sismondi s'est trompé lorscia'il a cru que Lambert-li-Cors et Alexandre de Paris avaient mis en vers français le poëme que Gautier de Chàtilloii avait écrit en latin. Litt. du midi de l' Europe, t. III, p. 159.)
3 Onze poëtes français ont travaillé aux. diverses branches de V Alexandre, mais il est presque impossible de démêler avec précision ce qui appartient à chacun d'eux. ^Catal. du duc de la Vallière, t. II, p. 158 et suiv. — De la Hue, Recherch. sur les Bardes et les Trourèrcs, t. Il, p. ;}il-35(>. — Jlist. litt. de France, t. \\\, ji. 671, not.)
loi FRANÇAIS.
aucune relation avec les traditions fabuleuses dont nous nous efforçons de suivre la trace.
LeVœu du Paon contient trois branches : les Accomplissements, les Mariages, le Restor du Paon. On y lit l'aventure du Troyen Cassamus, qui veut venger son frère tué au service d'Alexandre , et ce qui arriva à des princesses que ce héros maria à sa cour. L'auteur d'une partie de ces vers est Jehan Brisebarre.
Le Testament d'Alexandre fut rimé par Pierre de Saint-Gloot, et Jean le Vénelois composa la Vengeance d'Alexandre. Ce dernier poëme est le seul qui parle de l'aventure d'Alexandre avec Candace\ L'auteur suppose que cette reine, veuve de Porus, eut du roi de Macédoine un fds nommé Aliénor, qui livra aux supplices les empoisonneurs de son père, et entre autres Antipater, qui est brûlé vif^.
Un ouvrage plus curieux est celui d'un Anglais nommé Thomas de Kent ^, dont l'époque est assez incertaine , qui donna à son poème le titre de Roman du tute Chevalerie'^. C'est
> Ce poëte est aussi appelé Jean le Nivelais. Voici le commencement de son roman :
Seigneurs or faites pes, un petit vos taisiez,
S'orrez bons vers nouviaux, car li autres sont viez.
Jehans li Nivelois fut moult bien afaitiez
A son hostel se sied : si fut joyans et liez,
Un chanterre li dit d'Alexandre a ses piez.
Et quand il la oi s'en fu grams et iriez.
Du fins qu'ot de Candace en a vers commenciez,
Bien fais et bien rymez, bien diz et bien dictiez.
(Du Verdier, Bibl. franc, t. 11, p. 479.) - Sur les branches du roman d'Alexandre, v. Fauchet, De l'oriyine de la langue et poésie franc, p. SoS-obi. — Le Grand d'Aussy, Not. des M.i. t. V, p. 117-121. — Van Praet , Catal. de la Vallière , t. II, p. 158-164. —Roquefort, daus la Biogr. Univ. t. I, p. 535. — De la Rue, Recherches sur les Bardes et les Trouvères, t. II, p. 341-356. — Paulin Paris, Ms. franc, t. III, p. 87-107.
3 Ms. de la Biblioth. du roi, n» 2702.
* Thomas a connu le poëme de Lambert-li-Cors, mais il a eu d'autres sources et s'est servi des romans latins, ainsi qu'il le dit. Il diffère de Lambert sur
une sorte de translation ou de plagiat du poëine d'Alexandre (iùte en mauvais vers, et en ce français corrompu que les Normands avaient introduit en Angleterre. On y fait Nectanèhc' père d'Alexandre, et on y trouve la plus grande partie des fables grœco-égvptiennes. L'auteur prétend avoir traduit un « bon livre en latin, » et cite pour ses autres autorités, et d'une façon un peu hasardée , Solin , Denis , Megasthènes et Jérôme sur Ethike\ Le Grand d'Aussy a cru mal à propos que ces derniers noms désignaient Jérôme de Cardie, et il remarque que cet historien n'avait point écrit un livre de morale ou à' éthique. Il ne s'est pas aperçu qu'il s'agissait ici du travail que le prêtre Jérôme avait fait sur les ouvrages d'iEthicus Ister, avant le neuvième siècle".
Outre les diverses branches du poème d'Alexandre, on connaît en manuscrit des translations en prose de ce roman et de celui de Thomas de Kent , ainsi que quelques autres compilations fabuleuses sur les aventures du roi de Macédoine'*. C'est
le père d'Alexandre. [Hist. litl. de la France, t. XIX, p. 673. — De la Rue, Recherches sur les Bardes et les Trouvères.)
* Neetanèbe, suivant Thomas, avait été chassé d'Egypte par trente-trois seigneurs qui s'étaient ligués. — Alexandre fait la guerre en Lombardie, et il est reçu dans Rome avec de grands honneurs.
* Jerosme le dist, et Solin l'alosée,
Li bons Megasthènes, et altres auctors assez. Qui por véoir merveilles furent en Ynde allés : Car des dix de lur livres est cestui translatés. Si vus de coe que di, .Scignors, ne me créez, Jérôme sur Ethike et Solin reversez lit Trogue-Pompeie ; coe que di i troverez ; Si le tenez pur mensonge, à ceux vous pernez.
(Le Grand d'Aussy, Nol. des Ms. t. V, p. 126.) 5 V. ci-dessus, p. 22 à 25.
* V. Le Grand d'Aussy, Not. des Ms. t. V, p. 121, 130, 131. —On peut croire qu'il faut rapporter ici un Ms. qui, suivant Quadrio (Stor. di oyni poes. t. VI, 479), se conservait dans l'abbaye de St-Vincent de Besançon et dont le titre était : « Histoire des faits et conquêtes du noble roi Alexandre le Grand.» Il comprenait sept livres, commençait par le siège de Tyr et finissait par la vengeance (lu'Aliénor tira des empoisonneurs de son père.
donc ajuste titre que Vasquez de Lucène, littérateur portugais ^ , dans la traduction française qu'il fit de Q. Curce en 1468, dit que l'Histoire (T Alexandre se trouvait de son temps «en François en rime et en prose en six ou sept manières, mais corrompues, changées, fausses et pleines de évidens mensonges. » Il parle aussi de Vincent de Beauvais, et de VHistoria Alexandrie de laquelle ce moine avait tiré une partie de ses récits^ : «Vrai est, dit Vasquez de Lucène, que une histoire sans nom que ycelui Vincent allègue en tous les faits d'Alexandre raconte ces choses, laquelle histoire Vincent historial a extrait les faits d'Alexandre vint en mes mains en la destruction de Dinant^ et l'ay vue tout du long, si ne l'ay voulu en rien suivre'*. »
' Il était gentilhomme d'Isabelle, femme du duc Philippe le Bon.
* « Ce que Vincent listorial escript de la conception d'Alexandre, ce qu'il raconte de Neptanabus, quil dit être père dicelui, est expressément contre la Sainte Escripture... pareillement ce que ycelui Vincent dist de plusieurs enchantements dimages de cire noyées en ung bachin, on ne le trouve point en histoire autentique. »
3 En 1466 Dinant fut pris, pillé et brûlé par Philippe le Bon et son fils le duc de Charolais, qui fut ensuite nommé Charles le Téméraire. V. Sismondi, Hist. des Français, t. XIV, p. 216. — Barante, Hist. des ducs de Bourgogne, t. Vlll, p. 576 et suiv.
* Le Grand d'Aussy {ibid. p. 121) fait parler Vasquez de Lucène un peu différemment ; je le cite d'après un très-beau manuscrit de la bibliothèque de Genève. V. sur les ms. de cette version Catal. de la Bibl. du diic de la Vallière, t. III, p. 136 et Suppl. p. 69. — Bandini, Bibl. Leopold. Laurent, t. III, p. 390. — Van Praet, Recherches sur L. de la Gruthuyse, p. 220.
M. Paulin Paris {Les Ms. franc, de la Bibl. du roi, t. II, p. 283) cite un long passage de la préface de Vasquez de Lucène (traduct. de Q. Curce, n" 6896) dont voici un fragment :
Après avoir comparé Charles le Téméraire à Alexandre, etc « Si ne trouvères pas ici, mon très redoublé Seigneur, que Alexandre ait volé en air à tous quartiers de mouton, ni vagué par dessoubs en mer en tonneaux de voirre, ni parlé aux arbres du Soleil, ni autres fables faintes par hommes ignorans la nature des choses, non congnoissans tout à estres faulx et impossible.... moult doncques est utile ceste histoire qui nous aprent au vray comment Alexandre conquist tout Orient et comment un autre prince le peut arrière conquester, sans voler en l'air, sans aler soubs mer, sans enchantemens, sans gayans (géants) et sans estre si fort comme Regnault de Montalbau, comme Lancelot, comme Tristan , comme Rayiioard qui tuait cinquante hommes cop-à-cop. Alexandre ne fut oiiques si vaillant et si conquesta tout Orient, avec gens de
I UAXjAIS. 107
Une iraduclion de rime en prose du roman d'Alexandre a été imprimée sous le titre de Histoire du noble et très vaillant roy Alexandre-k-Grand jadis roy et seigneur de tout le monde, avec les grandes prouesses qu'il a faictz en son tetnps^.
Le Grand d'Aussy dit que c'est un abrégé du poëme ; l'abbé de Marolles prétend que c'est une traduction de Yllisloria de Prœliis ^.
Les fables sur Alexandre furent fort répandues en France dans le moyen âge, et on les trouve dans les grands ouvrages bistoriques composés au douzième et au treizième siècle. Je citerai pour la première époque la célèbre Hislpire scholastique composée par Pierre Comestor. Il y parle des merveilles qu'Alexandre vit dans l'Inde, des questions qu'il adressa aux arbres du Soleil et de la Lune, et il cite à ce sujet la lettre d'Alexandre à Aristote^. Au treizième siècle, Vincent de Beauvais composa par ordre de saint Louis , et avec les moyens littéraires que ce roi mit à sa disposition , l'étonnante encyclopédie qu'il
telle force que nous sommes aujourd'hui » — Il peut y avoir des différences
entre les ms. de la traduction de Vasquez de Lucèae. Il faudrait comparer les citations de BI. Paulin Paris avec le ms. de la bibliothèque de Genève.
• Paris, Jehan Bonfonds, sans date, caractères gothiques, 4», ou Lyon, Olivier Arnoullet, 155-, 4°.
M. Berger de Xivrey (Tradit. tératologique, p. 54) dit que le livre publié chez Bonfonds est " une vieille traduction française imprimée du faux Callisthène. ■> Puis il donne une partie des Merveilles d'Inde, par Jehan Wauquelin, d'après le manuscrit de la Bibliothèque du roi, n" VIIMDXVIII (7518). Il semble donc que ce soit deux ouvrages différents; cependant M. de Xivrey (p. XLiv) traite le livre imprimé chez Bonfonds comme le texte imprimé du ms. 7518. Dans ce manuscrit, l'auteur annonce qu'il a écrit d'après " ung livre rimet, dont je ne sais pas le nom de l'acteur fors qu'il est intitulé histoire Alixandre.» (B. de Xivrey, p. xui.) Le manuscrit de Belgique, dont parle Le Grand d'Aussy, qui fut fait par ordre de Jean de Bourgogne, paraît fort semblable au n" 7518. — Ce n'est pas d'après Wauquelin, mais d'après J. de Vignay, que Bonfonds a imprimé. Ce livre commence : '■ Premièrement la terre de Macedone fut appelée Macy d'un roi qui eut nom Emacius... ■■
- Le Grand d'Aussy, ihid. p. 117. — Hisl. lilt. de la France, t. XV, p. 1G3. — Hrunet, Manuel du lihr. et de l'amat. s. v. Alex, le (jrand.
5 Pétri (Jomestoris Scholast. Histuria. .argent. 1515, in-4". Jlist. lih. Kslhvr^ cap. 4.
nomma Spéculum majus. Dans la partie historique ' , il met au rang des ouvrages dont il donne des extraits la lettre d'Alexandre à Aristote et VHistoria Alexandri. En examinant les récits qu'il en tire, et qu'il transcrit presque textuellement, on voit que l'écrit qu'il désigne par ce dernier titre n'est point VHistoria de Prœliis , mais une histoire d'Alexandre ressemblant tout à fait à celle de Julius Valerius, et vraisemblablement un extrait de ce roman, pareil à celui que contient le ms. n° 4877 de la Bibliothèque du roi à Paris". Jacques de Yitry, dans son Hisloria Orientalis (lib. I), écrite au commencement du treizième siècle , rQj)pelle plusieurs fables sur Alexandre, qu'il a prises dans VHistoria de Prœliis. Il parle des arbres diurnes, des arbres qui prédirent à Alexandre sa mort , des statues de bronze remplies de charbons ardents, des oiseaux qu'Alexandre vit en Perse « qui rendaient la santé aux malades qu'ils regardaient, tandis que ceux sur lesquels ils ne tournaient pas leurs regards mouraient^.»
Vers le milieu du treizième siècle, Gautier de Metz composa le poëme français intitulé : la Mappemonde ou V Image du monde'^. Le Grand d'Aussy, qui en a donné un extrait, nomme cet auteur
• Spéculum historiale, lib. V. — ■• Cy commence le Table de ce présent livre qui est dict le miroer historial. »
(A la fin) " Cy finist ung comptndieux extraict du mireur historial auquel sont eu bref et clairement recitées les hystoires de la bible Et les preexcelentes gestes des grecz et des troyens, de alixandre monarche de tout le monde Et des merveilleux fais des romains ■•
Lyon, Dartholomyeu Huyer, Juillet 1479, fol. Goth. 2 col de 28 lignes. (Brunet, Nouv. Recherch. t. II, p. 434; ou Manuel, t. III, p. 403.)
Ce n'est ni la traduction du Fasciculus temporum, comme l'a cru Panzer, ni celle du Spéculum vitœ humanœ de Roderic de Zamora, comme le croit Bréghot du Lut. (Brunet, ihid.) Serait-ce un extrait de Vincent de Beauvais?
2 V. ci -dessus, p. 55, not. 2.
5 V. ci-dessus, p. 73.
■* Sur le poëme de Gautier de Metz, v. une notice par l'abbé Lebeuf, Dinsertations surl'IIist. erclés.et civile de Paris, 1739, in- 12, 3 vol. — Une des translations en prose de ce poëme paraît avoir pour auteur maître Gossouin. (Paulin Paris, Manuscr. fnmç. du roi, t. V, p. 31 et suiv.)
Onions, mais c'est le résultat d'une méprise*. On doit trouver dans ce poëme quelques traits fabuleux sur Alexandre ; au moins est-il certain qu'on les lit dans un poëme du commencement du seizième siècle , qu'on regarde comme une imitation ou plutôt comme un vrai ])lagiat de celui de Gautier-.
Ce dernier poëme fut mis en prose au quatorzième siècle ^ Le célèbre imj)rimeur Caxton trouva à Bruges un exemplaire de cette translation, le traduisit en anglais et l'imprima à Westminster en 1480, et encore en 1481 sous le titre de The Mijrrour of tlie World'*. On trouve dans ce livre divers détails sur Alexandre, et entre autres l'invention des statues de métal qui mirent en fuite les éléphants qui attaquaient son armée \ Vers la fin du quinzième siècle, la translation en prose française du poëme de Gautier de Metz fut imprimée à Paris''. Après ces préliminaires, j'arrrve au poëme qu'un savant bibliographe^ a
« Notices (les Ms. t. V, p. 243-266. — Hist. Utt. di la France, t. XVI, p. 220. — Roquefort, De la poésie franc, aux 12" et 15^ siècles, p. 253.
* Dans le poëme de Reuard le Contrefait, du treizième siècle. Renard raconte au Lion l'histoire d'Alexandre en sept mille vers, et l'on y trouve toutes les fables du roman de Prœliis. V. Robert, Notices sur 1rs fubulisles, p. cxli -cxliij à la tête des Fables inédites des XII", XIII» et XlVe siècles, et Fables de la Fontaine. Paris 1825, in 8", 2 vol.
5 Ms. n» 7595 de la Dibl. du roi. — Roquefort, ibid., p. 256. — V. un extrait de cet ouvrage : Mélanges tirés d'une (/rande bibliothèque, t. IV, p. 59.
4 V. Dibdin, Bibliothec. Spencer, t. IV, p. 231-244. — On lit à la fin du prologue : "... Whiche mas engrossed and in aile poyntes ordeyneb by chapitres and figures in ffrensche in the toun of Brugis the yere of thyacarnacion of our Lord M.cccc. Ixiiij. in the moneth of Juyn... etc. »
* " King Alexandre which was a good clerke and prynce of grete recommandacion ....he dyde do make vessels of copper in fourme of men, and dyde do fylle them vryth fyre brennyng, and sette them to fore hym to fyght ayenst them that were upon tholyphauntes... etc.» (Dibdin, ibid. p. 239.)
6 Le livre de Clergie nomme lymage du monde, translaté de latin en françois, in-4f goth. sans date. — Paris, Michel Lenoir, in-i» sans date. — Lymage du monde contenant en soi tout le monde mis en III parties Paris,
Jehan Trepperel, in-4" goth. sans date. - C'est à tort que le Catal. de la Bibl. du roi [D. 3782) attribue cet ouvrage à Saint-Pierre de Luxembourg. (lîrunet. Manuel, t. H, p. 361.)
" M. Van Praet, Cat. de la Vallière, n'>^ 2721, 2722. —.Iddit. au Cat. de la Bibl. du iluc de la Vallière, \>. 62. — L. Vaucber, Hibl. i'niv. sept. 1847.
110 FUANÇAIS.
reconnu pour èlre « Touvrage de Gautier de Metz déguisé par quelques légers changements. » 11 porte le titre de Mirouer du Monde, et a été imprimé à Genève, 1517, Jaques Vivian, petit in-4-". Mais l'exemplaire que M. Van Praet avait examiné étant im})arfait, il n'a pu connaître le nom de l'auteur. La feuille qui porte le prologue existe dans un précieux exemplaire imprimé sur vélin que possède la bibliothèque de Genève ; l'auteur s'y nomme, et c'est Françoys Buffeteau, natif de Vendôme, secrétaire ducal. D commença cet ouvrage en 1514, dans le château de Divonne, appartenant alors à Antoine de Gingins, premier président de Savoie, et il l'acheva en 1516. Voici
comment il s'exprime : « Ne voulant vivre ne demeurer
en oysiveté me voulu mettre à veoir et visiter plusieurs beaux et exquis livres traictant de plusieurs belles et grandes sciences et matières, tant en latin comme en françoys que ledit Seigneur avoit en sa bibliothèque au dit lieu de Divonne, come Strabon, Tholomée, l'Especule naturel de Vincent, Pline, Albumasar et autres. Et après que jeuz par certain temps vacqué à estudier en iceulx moyennant l'ayde de Dieu, me disposay de me mectre à extraire et composer en langue Galique et Françoyse et rédiger en rimes ce présent livre intitulé le Mirouer du Monde. » J'en extrairai ce qui regarde mes recherches. Buffeteau (2'"^ partie) fait une grande description de l'Inde, des animaux et des monstres qu'elle renferme ; on y retrouve la tradition de Gog et Magog ^ , et on y remarque ces deux vers :
Les arbres secz - sont celle part Qui parlèrent à Alexandre.
• En Ynde est le mons Caspieux Qui est grand et spacieux
Ou furent dedens enfermés Certaines gens qui sont nommés Gots et Magots par Alexandre, Selon ce que jay peu comprendre, (jens sont de mauvaise nature, etc.
* Nous verrons que Marco Polo donne aussi ce nom à l'arbre du Soleil [V.
FRANÇAIS. 1 l l
11 clic en marge Vincent de Beauvais, et il dit en parlant des
éléphants :
Ils ont long museau par devant
Dont ils manii,ussent, lari>'e et 2;rant,
Lequel saisist, dévore et prent
Ung homme tout soudainement.
Quant Alexandre sen alla
Pour batailler contre ceux la
Qui dessus les dits elephans
Combattoient contre toutes gens,
Pour les vaincre plus aiséement,
Fit faire bien subtilement
Vaisseaux d'arain en forme dôme (d'hommes)
Tous pleins de feu et ainsi corne
Ses gens pour batailler alloient
Devant eux les vaisseaux menoient
Pour se garder des elephans
Qui cuydoient que ce fussent gens :
Et ainsi comme ils les happoient
De leurs museaux, ils se bruloient.
Tant que plus napprochoient les homes
Pour les semblances de leurs formes,
Mais tenoient leurs museaux tous haulx
Cuidans que tous fussent si chaulx
Questoient les dessus dits vaisseaux :
Pourquoy furent ces gens conquis
Par Alexandre et desconfiz ' .
p. 1 19), quoiqu'il dise que cet arbre a des feuilles. Dans Vllistoria de Prœliis, l'arbre sur lequel on voit le phénix n'a ni feuilles ni fruits, mais l'arbre du Soleil a des feuilles qui semblent d'argeut. (V. ci-dessus, p. 71.) — Dans la seconde partie du recueil des prophéties, intitulé : Mirabilis liber, feuillet 1 recto, on lit : " ... Sa renommée s'espandera jusques a larbre seiche. >•
• Je n'ai pas à ma portée le poëme de Gautier de Metz, mais je possède la translation en prose que j'ai indiquée, et qui est intitulée : Le Livre de Clergije nommé hjmage du monde (in-4" sine loc. et ann.), et j'en extrais les passages suivants que l'on pourra comparer avec l'imitateur Buffeteau.
■<< Ea ceste région de Ynde sont les arbres qui parlèrent à Alixandre, et si y a des formis aussi grans et si fors que ung chat...
" En Cappadoce sont les Oliflans qui sont moult grants bètes et fors.... et gettent de leur gorge ung boyau dont ils hument et engloutissent bien ung homme tout armé. Mais le roy Alixandre qui tant fut vaillant comme on scet,
Ailleurs, le poêle de Divonne, en parlant des singularités des eaux, dit encore d'après la même autorité :
Il y a uiig grant fleuve en Perse Oui de nature est bien diverse, Car la nuit est bien fort gelé Et tout le jonr est dégelé.
Il s'agit dans ce passage du fleuve que traversa Alexandre, quand , déguisé en ambassadeur , il pénétra dans la tente de Darius.
Dans un ouvrage intitulé : Les diz moraulx des Philosophes, annoncé par l'auteur , Guillaume de Tignon\ille , prévôt de Paris sous Charles Yl, comme étant traduit du latin, on trouve quelques-unes des traditions fabuleuses sur Alexandre. Il existe de ce livre des manuscrits et plusieurs éditions imprimées. La plus ancienne fut faite au quinzième siècle , à Bruges, par le célèbre Colard Mansion ' . On y trouve un chapitre fort court sur Alexandre , dans lequel on raconte que Philippe fut tué « par un des grands seigneurs du pays appelé Cahus ou Pausanias selon les anciens , lequel fut amoureux de la mère d'Alexandre. » On trouve ensuite un discours d'Alexandre «à ses hommes » et leur réponse : « Plusieurs bons enseignemens et doctrines donna Alexandre, mais enfin il fut deceu par haine et mondaine gloire, car il se souffri adorer comme Dieu et fdz de Jupiter Hammon. »
Une autre édition de cet ouvrage ^ donne beaucoup plus de
fit faire des hommes d'arain qui étaient tous plains de feu et les faisoit mener devant en bataille contre ceux de Ynde. Et quant les Oliflans gettaient leur boj-aux encontre ces hommes d'arain ils estoient plains de feu et se brusloient leurs boyaux tellement que oncques depuis ne les osèrent traire contre homme." (Partie seconde, chap. 2.)
' " Cy commence un petit trattié moult prouffitable intitulé les dictz moraulz des Philosophes... « Impressiim Brugis per Colardum Mansionis, ïn-i". — Plusieurs bibliographes ont cru cette édition datée de 1473, mais elle ne porte aucune date. (V. Van Praet, Notice sur Colard Mansion, p. 44, 45.) — C'est un livre d'une grande rareté; je l'ai vu à la Bibl. du roi de France.
^ " Les dictz moraux des Philosophes translatés de latin en françois par noble
détails. Le meurtrier du roi Pliilippe y est nommé Cachus*. On lit ensuite une lettre d'Alexandre à ses peuples contre le culte des images; il y parle de la Trinité. La correspondance d'Alexandre et de Darius vient après, puis on raconte la victoire d'Alexandre sur Daire^ qui fut chassé jusqu'à un fleuve gelé et passa par dessus la glace. Pour combattre les éléphants de Porus, le roi de Macédoine fit « faire xxiiii ymaiges darain toutes creuses, et les fist mettre sur chariots de fer et emplir de bois et les fist mettre par ordre ou front de bataille et fist mettre le
feu dedans quant les enemis approuchèrent » Après avoir
tué Porus et conquis l'Inde, Alexandre passa « oultre la terre de Tigue » dont le roi lui envoya la couronne et de grands présents.
« Et dist-on que Alexandre avoit sceu par astrologiens la ou il avoit esté qu'il devoit mourir sur pavement de fer et soubz couverture d'or. Si advint tantost après que par une grande chaleur que tant de sang luy sailloit hors par le nez, qu'il fut moult foyble et convint le descendre de dessus son cheval enmy les champs et tantost un chevalier getta sa cotte de fer et descendit à terre et tantost le roy Alexandre se coucha dessus cette cotte, et les autres mettoient beaulx draps d'or par dessus luy- ...»
Alexandre connaissant qu'il allait mourir écrivit sa dernière lettre à sa mère. Nous verrons qu'un illustre traducteur mit en anglais l'ouvrage de Tignon ville.
Vers le milieu du quinzième siècle Sébastien Mamerot traduisit en français et augmenta beaucoup la Chronique du dominicain Martin le Polonais^; il y inséra l'histoire d'Alexandre
homme Messire Guillaume de Tignonville, chevalier, conseiller et chambellan du Roi. — Les dictz des Saiges. — Le Secret des Secretz de Aristote. — Paris, Pierre Vidove, 1531, et se vend par Galliot, 8° min.» (à la Bibl. du roi de France). — Le Ms. latin n^ 6652 de la Bibl. du roi de France contient le texte latin : Dicta philosophorutn. 'Paulin Paris, Ms. paiiç. t. V, p. l.j
' Les Persans lui donnent le nom de Kelous.
- Tradition orientale. (V. ci-dessus p. 1 1 et 37.)
'' V. Lebeuf dans les Mémoires de l'Acad. des Inscripl. et Belles-Lettres, t. XX, p. 2:24 et suiv.
qu'il lira ilu poëme du Gautier de Cliâtillon et d'autres livres aussi bien authentiques tant par mètres quen prose '• Il y avait sans doute parmi ces autorités une des histoires fabuleuses d'Alexandre, puisqu'il parle des projets de ce conquérant contre Rome, des présents que les Romains lui offrirent et des arbres du Soleil et de la Lune. Il passe sous silence d'autres aventures, parce que, dit-il, « elles ne seroient pas creûes par la moitié de ceux qui cy les broient ou orroient. » On trouve au cbapitre LXXV"*'' l'énumération des villes qu'Alexandre avait fondées et auxquelles il avait donné son nom. J. Valerius et plusieurs des romans que j'ai indiqués nomment ces villes, mais dans aucun de ces auteurs leurs noms ne sont aussi étrangement défigurés que dans la Chronique martinienne.
• Chroniques martiniennes , avec les additions de plusieurs chroniques, Paris, Verard, in-fol., chap. 57, fol. 22, verso.
Les romanciers espagnols s'emparèrent des aventures d'Alexandre immédiatement après les poètes français ; aussi le marquis de Santillane* compte-t-il parmi les premières productions de la poésie castillane El libro de Alexandro et Los volos del Paon. L'Alexandre espagnol a été longtemps fort peu connu. On l'a attribué à Alphonse le Sage, roi de Castille, h Gonzalès Berceo, et enfin avec plus d'apparence à Juan Lorenzo Segura de Astorga, qui est nommé à la fin d'un manuscrit. El libro de Alexandro a été publié dans le troisième volume de la collection de Sancbez, d'après un manuscrit du duc de l'Infantado ; on en cite un autre comme ayant appartenu au couvent de Buxedo, près de Burgos, et François de Bivar en a transcrit quelques vers qui, comparés avec l'édition de Sanchez, offrent de nombreuses variantes. L'auteur de ce poëme mêle l'érudition classique aux traditions romanesques; il imite souvent et copie quelquefois Gautier de Châtillon, qu'il cite sous le nom de Galter ; il en agit de même avec le poème d'Alexandre de Bernay. Ailleurs il parle de l'histoire d'Hélène et de la destruction de Troie; il cite Homère et nous apprend que la mère d'Achille, pour l'empêcher d'aller à la guerre, le cacha dans un couvent de Bénédictines "^
• Sanchez, Coleccion de poexias Castell., t. I, p. lvii.
* Stanc. 386. La madré de Achilles era mogier artera,
Ca era grant devina, è era sortera ;
Dès le commencement du poëme, l'auteur parle de la tradition qui faisait Nectanèbe père d'Alexandre :
Stanc. 19. A maestro Nataneo decian que seraeiaba Et que su fijo era grant ruido andaba.
et l'un des premiers exploits de ce prince est sa victoire sur Nicolas.
On trouve dans ce poëme la descente d'Alexandre au fond de la mer. (Stanc. 2142 à 2158.)
Dicen que por saber que facen los pescados , Come viven los chicos entre los mas granados, Fizo cuba di vidrio conpuntos bien cerrados, Metios en eila dentro con dos de sus criados.
St. 2152. Otra faciana vio en essos pobladores
Vio que los maores comien à los menores Los chicos a los grandes tenienos per sennores Maltraen los mas fuertes à los que son menores ' .
Le poëme parle ensuite du Phénix (st. 2311), des arbres du Soleil et de la Lune % et de l'ascension d'Alexandre dans les airs parle moyen des griffons (st. 2332).
Sopô que si su fijo fues en esta carrera, Avria y à morir por alguna manera.