‹ Mélanges d'histoire littéraireChapitre 11 sur 51 · SLAVES · texte numérisé non relu

SLAVES

Les fables sur Alexandre parvinrent chez les nations slaves qui, de tout temps, eurent de fréquentes communications avec la Grèce. Il est question du magicien Nephtanaw^ de ses amours avec Olympias, dans une chronique slave, et il paraît que l'auteur a tiré ce qu'il en dit de la chronographie de rarchevèque Dorothée \ Quelques auteurs modernes ont pensé que les Slaves étaient les mêmes peuples que les Scythes avec lesquels Alexandre eut quelques rapports ; ils osent même affirmer qu'Alexandre leur accorda un diplôme qui constatait son amitié pour eux, et ils en citent le contenu ^. Mais il n'y a là, ainsi que dans certaines traditions analogues des Polonais ^, des Francs et des Allemands, qu'anachronismes et absurdités, sans rapport avec les traditions qui nous occupent".

* -Sainte-Croix, Exam. p. 1t36. Il renvoie à Alter (Mélang. philol. et critiq. p. 1 28) qui a donné une notice de cette chronique.

2 Georg. Ratkai, Memoriœ Regutn et Bnnorum Croatiœ (Vienuae 1651 fol.) lib. I, p. 10. — Schônleben, Carniola anliqua e! nova, t. I, p. 58, 59. — Math. Petr. Katanosieh, Spécimen Phllolog. et Geog. Pannoniorum, p. 1 et 2. — Matth. Belius, Prœfat. ad Grammat. Slavico-Bohemic. § 6. — Fabric. Bibl. Grœc. III, p. 31. — Petr. de Rêvai, De Monarch. Uungariœ (Francf. 1<)59, fol.) apud Gyarmathi, Affinitas linguœ Hangar, cuin linguis Fennicœ originis Gottiug. 1799, 8»), p. 298. — Pez, Thesaur. Anecdot. t. III, part, m, p. 475. Récit d'au moine de ïegernsée (X'^ siècle, mais vraisemblablement plus récent). Il parle d'anciennes chansons qui disent que tous les peuples occidentaux ayant envoyé des députés à Alexandre pour se soumettre à lui, les Bavarois seuls osèrent lui déclarer la guerre. (Du Buat, Hist. anc. des peuples del'Europe, t. XI. p. 7, 8.)

3 V. Eccard, De origine German. p. 1-13-146.

* Karamsin, Hist. de l'Empire Russe, t. I, p. 37, trad. franc. «. . Une an-

I ES AKABES.

Yll.

Les Arabes apprirent l'histoire en taisant des conquêtes; ils entendirent les récits de l'Égvpte et de la Perse ; les traditions fabuleuses de ces régions se retrouvent dans leurs écrits.

Le chrétien jacobite Eutychius, dont le véritable nom est Saïd-ebn-Batrik , dans V Histoire universelle qu'il écrivit au dixième siècle, rappelle qu'un roi d'Egypte, nommé Pharaôli Slianak., vaincu par Ochus, se déguisa pour échaj)per à son ennemi et se retira en Macédoine ^ . Il parle aussi de la mort d'Alexandre, à qui les astrologues avaient prédit qu'il cesserait de ^^vre dans un lieu où le ciel serait d'or et la terre de fer. Parvenu à Shahrazur, il tomba malade et on le plaça sur une cotte de mailles de fer, tandis qu'on garantissait sa tête avec un bouclier doré. Alors Alexandre vit que la prédiction allait s'accomplir; il écrivit à sa mère et mourut '-.

La version arabe qui fut faite du Schah-nameh, dans le trei-

cienne tradition des peuples slaves qui parleat des guerres soutenues par eux contre Alexandre le Grand, vainqueur des Gètes. » — (Il renvoie à Stanislas Sarnitski, Annales Polonorum, lib. H, p. 877. — MauroOrbini, Historioffraphie du peuple Slave, p. 3. — Raïsch, IIis(. des différents peuples slaves, édition de Vienne, t. I,p. 3.) — Les auteurs persans ont parlé de ces guerres. V. ci-dessus, p. 8, not. '2.

• Eutijch. Annal, p. 267. Edit. Oxon. I6S8, 4».

2 Eutych. Annal, p. 284-287. Cette ftible, d'origine arabe, fut adoptée plus tard par Firdousi , Mirkhond et plusieurs autres auteurs persans. On la lit encore dans un ouvrage français, écrit vers 1400 par Guill. de Tignonville, et intitulé : Lesdiciz moraux des Philosophes. Paris l.\)3l, petit in-8".

ziènic siècle *, dut donner [tins de vogue aux traditions sur Alexandre. Aussi, h cette époque, le célèbre Grégoire Abulfarage (dont je ferai mention ici parce qu'il ne se borna pas à écrire son grand ouvrage en syriaque, mais qu'il le traduisit lui-même en arabe) raconte que Nectahius, chassé d'Egypte par Ârtahshastus (surnommé le Noir et appelé Ochus par les Grecs), parcourut la Grèce sous le déguisement d'un astrologue, séduisit la reine Olympias et la rendit mère d'Alexandre Dhilkarnain'-.

Un peu plus tard (XIV'' siècle) un écrivain que l'on croit Égyptien, Nowdin, qui écrivit une sorte d'encyclopédie'', suivit la tradition des Persans et fit Alexandre fils de Darius I^"". Après ses victoires, Alexandre marche vers les Indes, et le roi de ce pays lui fait présent d'un habile philosophe, d'un savant médecin, d'une fille ravissante et d'une coupe inépuisable. Alexandre lui accorde son amitié et s'avance vers la Chine. Le roi de cette vaste région veut connaître son ennemi. Il se déguise en ambassadeur et se rend auprès d'Alexandre; mais il se fait bientôt reconnaître ; les deux souverains font la paix, et Alexandre meurt peu après avoir quitté la Chine. Lesphiloso-

' Assemann. Cat. Cod. Orient. Bibl. Medic. p. 148.

2 Greg.Abulphar. Chron. Syriacum ex éd. Kirsch. Lips. 1789, p. 35 : ■> Valida manu ^gyptum invasit (Ochus\ ejusque incolas Persis subjecit, rege .€gypti, cujus nomen erat Nectanebus, in .Ethiopiam fugiente.... Fertur fuisse pater illegitimus Alexandri. » — Greg. Abulphar. Hist. Compend. Dijnastiar. latine versa ab. Edw. Pocock. Oxon. 1663, in-l", p 89 : •■ Artahshashtus tertius, qui et appelatur Asudah, id est Niger, Grœcis autera Ochus vocatur, regnavit annos viginti septem. /Egypti regnum in potestatem iterum redegit, in fugam dato Nectabio ejus rege, qui Grœcorum regionem habitu astrologi peragravit, cum peritus esset astronomiœ et arcana motuum cœlestium perspecta haberet. Diciturque illum blanditiis sibi concubituni cum Olympiade Philippi régis Macedoniae uxore impetrasse, dum apud illara astronomi munere fungeretur, eamque ab eo gravidam factam Alexandre Dhilkarnain. » — On voit que l'auteur ajoute des détails en traduisant en arabe son propre ouvrage.

3 On peut prendre une idée de ce grand ouvrage dans Reiske, Prodidagmata ad Eladgi Chalif. tab. p. 232 à 23i. — G.-B, de Rossi, Dizion. dcgli aut. Arabi, p. 132, 153.

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plies entourent son cercueil et chacun d'eux exprime ses sentiments par une sentence *.

Un auteur, qui semble être persan, a placé à la tête de la version arabe des fables de Bidpaï "^ une introduction que M. Silv. de Sacy fait connaître. Il raconte qu'Alexandre, voulant aller à la Chine , lit la guerre à Four (Porus) , roi des Indes , et pour combattre avec avantage ses nombreux éléphants, le roi macédonien , par le conseil de ses astrologues, fit faire des figures de chevaux et de cavaliers en bronze, les remplit de naphte et de soufre, et au jour du combat les plaça en première ligne, après avoir fait allumer les matières combustibles qu'elles contenaient. Ces statues bridantes mirent en fuite les éléphants qui portèrent le désordre parmi les Indiens. Il y eut ensuite un combat singulier entre les deux rois. L'armée grecque fit entendre un grand cri ; Four se retourna, et aussitôt Alexandre le tua. Enfin, dans une bataille générale, les Grecs furent vainqueurs. Les Indiens, lorsque Alexandre eut quitté leur pays pour entrer en Chine, élurent Dabscheim pour roi, et c'est au temps de ce nouveau prince que vécut le brahmane Bidpaï^.

Quelques auteurs arabes se rapprochent des fables grecques, et disent qu'Alexandre était d'origine égyptienne. C'est sans doute une allusion à l'aventure de Nectanèbe. Il paraît même que, dans leur zèle, ils en font un mahométan*. D'autres se bor-

1 Sainte-Croix, Examen, p. 183-188. Il pense que les auteurs orientaux qui ont parlé du séjour en Chine d'Alexandre ont rapporté à ce prince l'expédition de Gengis-Khan.

2 Ces fables, d'origine indienne, furent traduites en pehlvi, et au huitième siècle du pehlvi en arabe, sous le titre de Calila et Dhnna. L'auteur de l'introduction est d'un temps beaucoup plus récent.

3 Silv. de Sacy, Mém. sur Calila et Dimna, p. 15-17.

* Catal. Bibl. Reg. Paris, t. I, p. 4o7, Cod. Arab. no UOi, A. .. Historia Alexandri M. sive potius fabula rionianensis de rébus ab illo gestis. In illo autem opère nihil ferme reperias (jacd non sit a veritate omninô alienum. Si auctori anonymo fides Alexander génère Coptus, Mahumedanos inter numerandus. » — Cod. XVII sa.'c.

•iO I-ES AIIABES.

iienl à leconnailre que Philippe n'était pas son père, et, comme Nowaïri, le font aller jusqu'à la Chine', et racontent ses conversations avec les sages de l'Inde ^.

Je viens de parler des traditions arabes qui ont quelque analogie soit entre elles , soit avec celles qui se trouvent dans les premiers romans alexandrins ou persans. Maintenant j'exposerai quelques fables sur Alexandre qui se hsent exclusivement dans des écrits arabes, et qui paraissent des inventions propres à cette littérature.

On trouve un ouvrage que les Arabes ont attribué à Aristote et qui porte le titre de Secret des Secrets (Secretum Secreti). En dépit des fables qu'on trouve dans cet ouvrage , son texte original est arabe, et il y en a deux manuscrits en cette langue''. On y raconte qu'un certain Jean, fds de Patrice, le traduisit, sur l'original grec, en arabe, qu'il fut ensuite traduit de l'arabe en latin, soit par Jean, fds de Patrice, soit par Philippe de Tripoli, qui le dédia à Guy de Valence, évêque de cette ville. On trouve dans les manuscrits et les éditions des variantes sur la suite de ces traductions et sur leurs auteurs. Dans l'édition de Bologne, on lit dans le prologue du translateur Jean qu'il alla à l'oracle du Soleil, et qu'il y obtint d'un solitaire ce livre si désiré, qu'il traduisit du grec en latin et ensuite en arabe.

* Catal. Bibl. reg. Paris, 1. 1, p. 237, Cod. Arab. n° 149i. Codex bombycinus,

olim G. Gaulmiui, ubi continetur Sairat al malek Eskander al roumi, sive

De Alex. M. rébus gestis, auctore Ibrahim Ebn el Moferag el Souri. Cf. Assenianu. Cat. Bibl. Medic. Cod. Orient, p. 220, n" 136. Cet auteur arabe vivait à la fin du quinzième siècle; il admet qu'Alexandre mourut empoisonné.

Abraham Aben Phareg Msuli Arabica linguà coutexuit Historiam Alexandri. Exstat ms. à-c'j;(?) in Bibl. Bavaricà. (Vid. Rader, Prolusion. ad {J. Curt. c. 4.) — Cat. Cod. Univers. Luf/d. Batav. p. 484, n» 1844 : Ibrahim ben Murigi Hourii Historia Alexandri Magni , sed fabulosa ex hypothesi Mahumedicà. (Arabicè.)

^ Cat. Cod. Univers. Lugd. Batav. p. 430, n" 994. Collectio adagiorum.... continet etiam historiam mortis Alexandri M. et ejus colloquia cum sapientibus. (Arabicè.)

5 Ms. arabes n»* 944 et 943 à la liibliotîièque royale de Taris, (.lourdain, Recherches sur les traductions d' Aristote, p. 200.)

LES AHABES. M

Philippe k' irouva en aral)e à Antioclie el le mil en lalinV Ce livre eut une célébrité assez grande au treizième et au quatorzième siècle, et le texte arabe nous est parvenu ^. Il a été traduit en vers français au douzième siècle par Pierre d'Abernon ou de Vernon % et en prose au treizième siècle"; en hébreu, et en pres(|ue toutes les langues ^ Dans certains exemplaires

' Aristotelis philosophorum maximi Secretum Secretorum ad Alexandrum de Regum reginnne, de sanitntis conservatione, de Physiognomonia, Bononiœ, 1501 ,i6oct. fol.— "Joannes qui transtulit istum librum... veni ad oraculun» Solis

quod construxit Esculapides in quo inveni queiudam virum solitarium, sup-

plicavi dévote ut mihi ostenderet sécréta scripta illius oraculi : qui libenter tradidit : inter quod opus desideratissiinum inveni... et ad petitionera régis illiistris-

simi transtuli ipsum de GrîEcà in Romanam, deinde in Arabicam...» Cette

version latine a été encore imprimée dans un recueil formé par Alex. Achillini, publié à Venise 1.^18, fol. et à Paris 1520, in-12 min., puis par les soins de Fr. Storella à Naples 1535, in-8o. Il y en a plusieurs autres éditions. (V. Fossi, Cat. Bibl. Magliub. t. I, p. 206. - Panzer, Ann. Typ. t. I, p. 336, 337.) — U en existe des ms. (Bandini, Bibl. Leopold. I, 458, 11, 68. — Sinner, Cat. Ms. Bibl. Bernens. t. I, p. 283. — Fabric. Bibl. Gr. t. III, p. 283, éd. Uarles.) Celui de la Bibliothèque du roi à Paris, n^ 8501, in-4o, écrit sur vélin au quatorzième siècle, dit qu'Aristote, précepteur d'Alexandre, qui dicitur duo cornuahuhuissv, composa cet ous'rage dans sa vieillesse, qu'il fit beaucoup de prodiges et de miracles qu'il serait trop long de raconter, et qu'il monta au ciel empyrée dans une colonne de feu.

2 Bibl. rey. Paris. Corf. 4 raè., n« 944, 945.

3 De la Rue, Recherch. sur les Bardes, 1834, t. Il, p. 359-362.

* Quetif et Echard, Script, ord. Prœdicat. p. 467, 468 : • Ceux qui cest

livre liront, prient por frère .Tofroi de Waterfordde et por Servais Copole, qui cest travail empristrent.... » Il y a d'autres versions françaises manuscrites et imprimées. V. Cat. des liv. du duc de la ValUère, t. I, p. 374. — Panzer, .inn. Typ. t. IV, p. 87. — Et le manuscrit n" 7062 de la Bibliothèque royale. On y lit : ■■ .lean

filz patrice sage en toutes manières trouva en la terre de Grèce repost en ung

temple du Soleil, que Eustapidus avait fait faire, le livre des .Secrets d'Aristote et le translata de grec en Calde, et puis à la requeste du Roy darabe le translata de Calde en Arabie et après longtemps ung grant clerc appelé Philippe le translata de Arabie en latin et l'envoya à très révérend.... Guy de Valence evesque de

Triple et depuis par ung vénérable il a esté translaté en françois. » (Van

Praet, Recherches sur T.. de la Grnihuyse, p. 137.)

5 Traduit en italien (Bandini, Cat. Bibl. Leopold. t. III, p 320. — Marsand, Ms. Itnliaiii dalle Bibl. rey- p. 75. — Mittarelli, Cat. Cad. S. Michel. Venet. col. 895. — En anglais, se trouve dans la bibliothèque d'Oxford. -Traduit en flamand et en vers par .laques Van-Maerlant au treizième siècle. (Siegenbcck, Prér. del'llist. liit. des Pays-Bus, ip. 25.)

(le la M'ision l'rançaisc', il est intitulé : Le Gouvernement des Rois et des Princes, et les préceptes d^Aristote à Alexandre. Ce livre renferme des règles de morale et de santé ^. Au milieu de SCS conseils , le philosophe rappelle à son royal élève le danger (pi'il avait couru , lorsqu'une reine de l'Inde, voulant le faire périr, lui avait envoyé une fdle brillante de beauté, mais qui, dès son enfance nourrie du venin des serpents, tuait par ses embrassements et même par ses regards''.

On lit encore dans cet ouvrage qu'Alexandre possédait un cor qui avait été construit par Themistius. Avec ce terrible instrument il pouvait faire parvenir ses ordres et se faire entendre à la distance de 60 milles \

' Paris, 1497, petit in fol.

2 V. Fabric. ibid. Ill, p. 284 (ii).

5 « 0 Alexander recolle facta Reginje ludorum quando tibi mandavit causa amicitiœ multa enceuia et dona venusta, inter quos missa fuit illa venustissima puella quœ ab infantiâ nutrita fuit et imbuta veneno serpentum : itaque sua natura versa erat in naturam serpentum. Et nisi illà horà sagaciter inspexissem in ipsam et arte magica judicassem : ideoque audacter, horribiliter , et incessanter et inverecundè suum figebat visum in faciès hominum, perpendi si quidem quod interficeret solo morsu, quod experimento postea didicisti et probasti, et nisi hoc certissimè ostendissem, mors tua fuisset in ardore coïtus consequuta... « (Secret. Secret. Aristotel. Napoli 1333, in-S».)

* « De Cornu. Oportet etiam tecum habere istud instrumentum quod fecit Themistius ad opus exercitus et ad noceudum : et est instrumentum terribile (juod dividitur modis multis, quià forte te oportebit visitare totam provinciam tuam et regnum tuum et congregare subditos et proceres tuos et bellatores in eâdem die vel citius vel alio modo prout indiget exercitus magnus et numéro sus : hujus instrumenti sonus auditur per miliaria sexaginta. •>

Sur la première page et au-dessus du titre de l'édition de Bologne (1301 infol.), on voit la figure du cor d'Alexandi'e, au milieu de laquelle on lit : « Hoc œneo cornu mirabili artificio fabricato Alexander rex Magnificus ex LX miliaribus exercitum suum convoeavit. Quod ob illius inextimabile artificium et excedentem magnitudinem LX viris regebatur. Verum multa resonantium metallorum gênera inejus compositionem concurrebaut. " — Conf . Kircher, Ars magna lucis et innbrœ, lib.II,part. 1, cap. 7. — Ejusd. Plwntinjia. — Denys, Mémoires des Arts et des Sciences. 1672, 2 mai, p. 1 1 1 et 112. — G. Paschii Inventa novantiqua, p. 103 et seq. — Journal des Savants, 1713, II, p. 230. — Morhorf. Stentor liyaloclasl. cap.7et 14. — Au commencement du quatorzième siècle, le poète anglais Adam Davie qui écrivit the life of Alexander, parla de ce cor. (Warton, The hist. of Engtish poetry, I, p. 229.'! On a prétendu bien à tort que

Une autre tradition arabe désigne Alexandre comme ayant construit un mur pour contenir les nations féroces de Gog et de Magog ^ . Dès les premiers siècles de l'en; chrétienne , on attribuait un ouvrage de ce genre à Alexandre, et on le plaçait dans le Caucase", quoique ce conquérant n'ait jamais été dans ce pays. D'un autre côté l'Écriture sainte parle de Gog et de Magog; les prophètes menacent de leur invasion et disent que ces nations seront massacrées sur les montagnes d'IsraëP.

Mahomet recueillit et mêla ces récits. Il représente Dhulcarnain (l'homme aux deux cornes) comme ayant parcouru le monde depuis l'extrémité de l'Occident, où le soleil se couche dans un étang de boue noire, jusqu'aux lieux où le soleil se lève; il parvint ensuite chez une nation qui se plaignit des invasions de Gog et de Magog , et pour la mettre à l'abri , le héros ferma un passage entre deux montagnes par une muraille de fer fondu recouverte de bronze. Ce n'est qu'au jour du jugement que Gog et Magog réduiront cet obstacle en poudre et s'échapperont de leur prison**. Les auteurs ne sont point d'ac-

Samuel Morland et le père Kircher avaient inventé le porte-voix vers 1671.

* Greg. Abulphar. Chr. Sijriac. éd. Kirsch, p. 37 : « Fecit (Alexander) portas ferreas longas cubitorum 12, latas 8, ne Hunni exirent. »

- Joseph. De Bello Judaic. Vil, 7 : " Alauorum autem gens jiixta flumen

Tanaim et paludem Mœotidem sedes habentes molieutes in Mediam pene-

trare Is enim est transitas illius dominas quem rex Alexaader portis ferreis

niunivit. » — ^gesip. de Hieros. Excid. cap. 51 : « Per claustra ferreœ porttc quœ Alexander prœrupto Tauri mentis juge imposuit , cum cœteris gentibus fuisse coercitos Alanos et veluti quodam carcere illius arte et ingenio incluses, ut suis se continerent terris.... » — Dexippus ajmd Syncelliim, p. 264 A : « Ad Caucasum profectus (Alexander) Barbares ad Mœotin prefligat. »

Un grand nombre d'historiens du moyen âge ont répété la même tradition.

3 Ezech. xxxviii et xxxix— Apocal. xx, 8.

* Alcoran , surat. xviii. t. Il , p. 424, éd. Maracci : «Et interrogabunt .lu-

dœi de Bicorni. Responde : Recitabo vobis de eo commemorationem Deinde

prosequutus est iter, donec pcrvenit inter duos montes Dixerunt : O Bicornis

certe .lagug et Magug sunt dévastantes terram nostram Respondit :.... Pe-

nam inter vos et inter illos raunimentum validum. AfFerte mihi frusta ferri, ut icquem duo latera horum montium. Uixit prœtereà : Insufflate , donec efficiam illud ignem. Dixit rursura : Afferte mihi ut efFundam super illud œs liquefactum »

4i LES AUABES.

cord sur rorigine du nom, ni sur la personne de Dhulcarnain. Les uns y voient le fds de Philippe * ; les autres y reconnaissent un roi de l'Yénien, beaucoup plus ancien, de la race des Ben- Jfumeyr'K Plus tard, on crut que le monument qu'il avait bâti se trouvait à l'orient de la mer Caspienne ; c'était une conséquence de la confusion qu'on avait si souvent faite du Caucase avec les montagnes du nord de l'Inde, et l'on associa à la tradition sur ce rempart des récits obscurs de certains passages fermés de murs existants dans la Bucharie% dans les monts Belur, et peut-être encore quelques vagues notions de la grande muraille de la Chine. Au neuvième siècle , suivant une tradition conservée par l'Edrisi*, un kalife de Bagdad ordonna qu'on cherchât le rempart de Gog et Magog, et son envoyé le trouva à l'est de la mer Caspienne, après avoir fait le tour de cette mer par l'ouest et par le nord. Banville , qui a examiné en géograplie cet itinéraire , place le j)rétendu rempart de Gog et Magog dans le voisinage du lac Palkati , et d'une résidence des anciens khans des Songares, qui portait le nom d'Harkas^ J'ai déjà remarqué (p. 24) que le moine Roger Bacon avait cité un fragment des Sophogrammii d'^Ethicus Ister^ Il ajoute que, suivant le même auteur, les nations renfermées par Alexandre devaient sortir au jour de l'Antéchrist et le reconnaître pour

» Nizâmi prétend qu'Alexandre fut ainsi surnommé à cause de la longueur de ses oreilles, et il lui applique la fable de Midas et de son barbier. (Charmov, Expéd. d'Alex, contre les Russes. Avant-propos, p. 94.)

2 Hartmann, Edrid Africa, p. 313. — Quelques Persans prétendent qu'il s'agit de leur antique roi Djemschid.

5 Malte-Brun, Précis de la Géog. I, p; 370. — Voyez sur la tradition des Tartares, Abulgasi, Hist. généalog. des Tatars, t. I, p. 129.

* Geogr. Ntibiensis, 9^ part. Clim. vi, p. 267 et seq.

5 Danville, Hist. de l'Acad. des Inscript, t. XXXI, p. 210-219. — Greg. Abulpharage, parlant d'une invasion des peuples orientaux d'après une lettre du métropolitain nestorien de Samarkand au onzième siècle , dit que pour arriver à Chaschgar, ils forcèrent le mont Tachtitchutan qu'.Mexaudre avait jadis fermé. — Assemann traduit : montern inter Thehel et Chutun

<> H. Bacon, Opiis maj. p. !90: ■■ Et Hieronymus hoc confirmât in libro qiieni transtulit de Sapientiis hujus philosophi (^thici) »

r.ES AHAURS. 4.)

Dieu. Alexandre n'avait pu les vaincre, mais, à sa prière, la puissance divine excita un grand tremblement de terre , et deux montagnes se rapprochèrent à la distance d'un stade. Cet intervalle fut fermé par Alexandre au moyen d'énormes portes de fer qu'il enduisit d'un bitume inconnu que ni le fer, ni le feu, ni aucun autre agent ne pouvait dissoudre'. Il serait fort étonnant de trouver cette fable dans un auteur antérieur à la rédaction du Coran, comme paraît l'avoir été ^Elhicus; mais cette objection est détruite par Bacon lui-même, qui déclare qu'il se sert de la traduction latine du prêtre Jérôme, et celuici, de beaucoup postérieur à /Etliicus, paraît avoir altéré l'original grec qu'il traduisait ^ Bacon déclare que quelques auteurs ont assuré que les nations qu'Alexandre avaient enfermées au delà de cette muraille étaient composées des descendants des tribus d'Israël qui avaient abandonné le vrai culte et avaient été transportées dans les environs de la mer Caspienne.

Nous verrons plus loin que c'est là une opinion due aux rabbins.

Je ne puis entrer ici dans les détails que les auteurs arabes donnent sur les peuples de Gog et Magog, qu'ils appellent Yacijoudjes et Madjoudjes ; on peut les lire dans plusieurs auteurs, et je me bornerai à rappeler ce qu'un écrivain italien a dit de cette fable : « Vi entra di tutto, Apocalissi, Quinto Gurzio, « Talmud, e sopratutto ignoranza^. »

* f{. Bacon, Opus Mcj. p. 19(1, 191, 230. Les Révélations de Méthodius donnent à ce bitume le nom d'Assurim. V. ci-dessus, p. 29. — Un auteur qui « a mis en prose le roman françois rimé d'Alexandre » dit qu'Alexandre enferma un peuple anthropophage entre deux montagnes, dont l'une avait nom Promontoire, et l'autre Lairent <> et fist sa prière à notre Seigneur qu'il fist assembler les

deux montagnes ensemble : adonc fit Alexandre faire des portes de fer et

les fit couvrir d'astruction, afin qu'elles ne fussent entrebrisées ne arses en aucune manière ; car sa nature est telle qu'il brise le fer et le consomme tout et etaiuct le feu comme faict l'eaue. » (L'hystoire du noble et caillant roi Alixan- (Ire, Paris, Boitfonds, in-4o.)

2 V. Mannert, Introd. ad tabul. Peutinger. soct. I^.

'• Formaleoni, Illtistr. di due carte antiche,i>.o(i. — Y. d'Ohsson, Des peuples

Celte fable d' Alexandre et des peuples de Gog fut répandue par les Arabes en Orient et en Occident; on la trouve dans des auteurs persans tels que Firdousi et Mirkhond, comme aussi dans les romans sur Alexandre écrits par des Européens^ On ne peut avoir de doute sur son origine ; cependant un savant du nord, M. Gust. Geyer, ayant trouvé dans la mythologie Scandinave un récit qui a de la ressemblance avec ceux des Orientaux-, a pensé qu'elle appartenait proprement à Vancien Iran et à l'Asie centrale^. Ce serait croire que cette tradition serait parvenue dans la Scandinavie avec les peuples gothiques qui y arrivèrent de l'Asie. Mais il me semble que, sans remonter aussi haut, les relations des Scandinaves avec l'Orient '^ et l'empire de Constantinople, leurs pèlerinages, leurs guerres et leur commerce en Palestine et à Alexandrie % peuvent plus facilement expliquer comment, dès le moyen âge, une tradition arabe a pu être connue dans

du Caucase au X^ siècle, p. 131 et suiv. Il a réuni sur ce sujet tout ce qu'on trouve dans les écrits des Orientaux. — Humboldt, Asie centrale, 11, p. 92 et suivantes.

» V.plus loin Eistor. Alexandri Maçini régis Maced. de prwliis. — Tstoria Alexandri régis a Magistro Qualichino metricè édita. Ms. Bibl. reg.Paris. lat. 8501. — Chroitica Regia S. Pantaleonis. — Methodii revelationes (v. p. 29). — Une foule d'auteurs du moyen âge ont parlé des rois ou nations enfermées par Alexandre et des cartes du seizième siècle représentent ce prince devant la muraille qui les contient. Mart. Opitz, Nut. ad Rhgthm. de S. Annone apud Schiller, t. 1, p. 10, not. 9 : <■ Hujus farinœ suut quae de gentibus ab Alexandre inter altissimos montes in parte aquilonari conclusis , epistola Presbyteri Johanuis exbibet in peregrinatione Johannis Hesei, qui illa ex Histri compilatore depromsit quamvis in libro meo ista de Alexandre non extent, atque ex Bistro epistolcE assuta videantur ab Heseo. ■•

2 « Dans le nord demeurent les Rimtbourses ou les géants des frimats,

» les mauvais esprits, ennemis des dieux et des hommes. Un mur, qu'ils me- « nacent sans cesse de percer, les sépare de la partie centrale de la terre, où est .. situé Asgard, séjour des dieux." (Geyer, Scea Rikes Uafder. t. 1, p. 401, apud d'Ohsson, Des peuples du Caucase au X<^ siècle, p. 284.)

3 Je ne connais l'opinion de M. Geyer que par quelques lignes citées par d'Ohsson, ibid.

* V. Lassen-Rasmussen, De Oi ienlis commercio cum Russia et Scaudinavia medio cevo. Hauniae, i 825, in-4'\

■' Vid. Pontoppidan. Gesta et vestig. Danor. extra Daniam, t. I, cap. 1.

le nord do l'Europe, et s'introduire dans une mythologie dont la rédaction est d'une époque fort incertaine

La littérature arabe possède encore un ouvrage sur VArl militaire, qui est attribué à Alexandre, et qu'on dit traduit du grec \ mais il ne j)araît pas se rattacher à nos recherches. Je passerai aussi sous silence quelques fables qui n'y ont point un rapport direct ; telle est par exemple la découverte de l'aloës, faite dans l'Ile de Socotora^ par Alexandre, pendant son prétendu voyage de la mer des Indes à la mer Rouge " ; telle est encore l'arrivée de ce héros en Andalousie et le canal (Alzacac) qu'il fit creuser pour établir la communication entre les deux mers '. Je laisserai ces fables isolées, mais je remarquerai que les Arabes, par leurs conquêtes, par leur prosélytisme, par les dynasties mahométanes dont ils furent l'origine , répandirent dans l'Asie orientale, avec leur croyance, la renommée d'Alexandre, que les vicissitudes d'un grand nombre de siècles avaient dû effacer. Je crois pouvoir attribuer à leur influence le nom de Dliulcarnain que prenaient, au treizième siècle, les rois de Badaschan et leur prétention de descendre d'Alexandre et de la fille de Darius *, plutôt que de voir dans ces faits, avec

* Cat. Cod. Bibl. Lugd. Batav., p. 460. Cod. Arab. ccccxcix. — Fabric. Bibl. Gr. t. II, p. 28, éd. Harles.

* Geogr. Nubiensis, p. 23, 24.

3 Geogr. Nubiensis, p. 147, 118. — Nous avons remarqué que Cedrenus, Grec du onzième siècle, conduisait Alexandre à Cadix et chez les nations britanniques (Cedren. Compend. Hislor. p. 152). — L'auteur des Voyages de Macarius, patriarche d'Antioche, au milieu du dix -septième siècle, attribue à Alexandre la communication de la mer Noire avec la mer de Marmara {.Toiirn. des Savants, 1830, p. 492j. Quelques auteurs ont raconté qu'Alexandre avait séparé l'Espagne de l'Afrique et avait ainsi donné passage à l'Océan dans la mer Jléditerranée. Un manuscrit arabe du Musée Britannique dit au contraire qu'Alexandre construisit, sur le détroit qui sépare les deux continents, un pont de 1 300 arches, et qu'il fut aidé dans cette entreprise, comme dans beaucoup d'autres, par le prophète Elie (Rhizzer). [Revue Brilannique, 1840. Août, p. 188.)

* Marco Polo, Il milione, p. 29. ediz. del contn BaldelU. — « Unde forsan nata fabula de lialascia provineià cujus reges, qui jure hœreditario sibi invicem succedunt, ab Alexandre M. originem duxisse feruntur.» M. Paul. Venet I, 34. {Freinsh. ad Q. Curtitim.)

48 l-ES ARABES.

le conUc Baldelli ', un souvenir direct du prince macédonien et des rois grecs de la Baclriane^

On sait aussi que les sultans de Dehli et du Bengale tenaient à honneur le titre de second Alexandre^ jusqu'au quinzième siècle, époque à laquelle la renommée de Tamerlan vint effacer toute autre renommée'. Enfin, dans l'Inde orientale, les Malais apprirent les hauts faits d'Alexandre et le regardèrent comme la tige de la race de leurs rois '^. « Il arriva un jour, (< disent leurs annales, que radja Secander, tils du radja Darab, « de Boum, de la race de Makaduniah, dont l'empire portait le « nom de Zulcarneini, éprouva le désir de voir naître le soleil. « Il parvint dans cette vue jusqu'aux dernières limites de la « terre de Hind. » Il remporta la victoire sur le radja Kida- Iliiidi et l'obligea à embrasser la vraia foi, conformément à la loi d'Ibrahim^. Alexandre épousa Shaher-oul-Beriah, fille de Kida-Hindi, et après avoir passé quarante-cinq années dans l'Hindostan retourna à Makedouniah ".

» Plusieurs princes des régions situées entre Badaschan et le Cachemir se prétendent encore actuellement descendus d'Alexandre. (Burnes, Voy. en Boukharie,t. Il, p. 21 1 ; t. III, p. 169 et suiv.trad. franc. — Uphagen, Parerga historié. p. 528.) Les mahométans de l'Inde mettent Alexandre le Grand (Sikander) au rang des saints et lui offrent des chevaux d'argile. Les Indiens partagent la vénération des musulmans pour le roi de Macédoine. \Journ. des Savants, 1833, p. 343.)

2 Note de Baldelli, ibid. p. 29. — Baldelli. Sloria délie relaz. delV Europa con l'Asia, p. 9.

3 Reinaud, Médailles des rois du Bengale, dans le Journ. Asiutiq. t. HI, p. 273, i86, 287.

^ Le petit ouvrage arabe intitulé : Sœlatu-halathin, et eu malais; Penœronan S^gala Radja, pour l'examen duquel l'Académie de Batavia a proposé un prix. (Revue Eitcydop. t. XXII, p. 720.)

s Bayer, Hist. rcgni grœc. Bactriani, cap. xii, p. 30. » Ceterum ludi ad hune diem Alexandri memoriam recolunt, nomine Scha Sehkandur Padascha, eumque Indo secundo in Oceanum devectum fuisse narrant. Addunt eum duodecim annos navigasse in Oceano et fontem aquœ undè immortalitem hauriret quœsisse. Ita ex ore Souhhara Multaniensis excepi. »

6 .John Leyden, Malay Annals (Journ. Asiatiq. t. I, p. 304, 305.} M. E. Jacquet [McUinges Malais., Javanais, etc., dans le Journ. Asiatiq. 1832 févr. t. IX) dit que Valentyn, M. Roorda Van-Eysingen dans son Dictionnaire malais

no.MA.vs i.vTi.vs. il)

Je reviens aux écrits des Oecidenlaux et aux récils plus ou moins fabuleux qui se trouvent sur Alexandre dans les ouvrages latins. Avant de parler du roman d'Alexandre écrit en latin, dont il existe tant de manuscrits et plusieurs recensions différentes , je m'arrêterai un instant sur un ouvrage qui , malgré une apparence tout historique, contient cependant quelques fables, et je le place à la tête de tous les autres, parce qu'il est le seul dont la date soit connue.

I, Vltinerarium Àlexandri a été publié par M. Angelo Mai \ d'après un manuscrit qui paraît être du neuvième siècle : Muratori en avait déjà fait im|)rimer une partie ^ tirée d'un autre manuscrit inconnu à M. Mai, ainsi que l'extrait de Muralori. L'auteur anonyme de cet ouvrage le rédigea Tan 345, et l'adressa à l'empereur Constance, au temps de sa seconde guerre

et Werndly dans sa Grammaire malaye, font mention de cet ouvrage, dont le titre est : Histoire d'Alexandre le Biconiu. Il ajoute : « Cette Hnl>nyat n'est que la

• traduction d'un de ces romans d'Alexandre si vulgaires dans l'Orient On

o sait que tous les faits y ont été systématiquement altérés, et que l'orgueil <> national des Orientaux, en adoptant Alexandre, a largement étendu ses con- « quêtes. H est vraisemblable que l'ouvrage indiqué sous le nO 28 des manus- " crits javanais de la collection Raffles (voy. VAppend. I ) est une traduction

• javanaise de VHahaijat malaye... Il doit aussi exister un roman d'Alexandre " en siamois. .. ■■

' Mediolani, 1817, in-S" et in-4" max.

* Antiq. Italie. Dissertât. XLiv. t. III, col. 937-962. Ce fragment répond aux 32 premiers chapitres de l'édition de M. Mai.

conlre les l*ersos. Je ne dois ce[)enclant poinl dissimuler qu'un Italien de beaucoup d'esprit, le prof. Sébastien Ciampi, a soutenu que cette dédicace était une supposition, et que l'auteur avait vécu, non point du temps de Constance, mais seulement au cinquième siècle*. 11 se fonde sur son style, et cette preuve est loin d'être convaincante ; mais il a raison de rabaisser la manière d'écrire de l'anonyme que M. Mai avait trop vantée, et il me fait l'honneur de citer le jugement que j'en ai porté dans la Bibliothèque Universelle (Mars 1818). J'ai donné dans ce recueil une idée de l'Itinéraire d'Alexandre. M. Letronne, dans le Journal des Savants^ ^ l'a examiné sous les rapports de l'histoire, de la géographie et de la philologie ; je dois donc me borner ici à parler de la partie romanesque. Elle serait peut-être plus considérable si l'ouvrage était complet, mais on n'en a pas la lin. J'avais eu l'espérance qu'il se trouverait tout entier à Paris dans la Bibliothèque du roi *.

Je ne m'arrêterai pas à ce que dit l'anonyme de la brève expédition d'Alexandre au delà du Palus Miieotide''; ce n'est qu'une exagération de celle qu'il lit au delà de l'Ister, mais je remarquerai le voyage de quatre-vingt-dix jours que le narrateur fait faire à ce héros pour parvenir aux colonnes d'Hercule : l'un de ces monuments était d'or, l'autre d'argent. Alexandre les fit sonder, et fit frapper 1500 pièces d'or du métal qu'il en tira". On lit ce récit en termes différents dans l'ouvrage de

* Seb. Ciampi, Feriœ Varsaviens. 1818, p. 15 et seq. 2 1818, p. 401-412.

5 Itin. Alexand. cap. xxi, p. 12. ■■ .... Exiraque ciim, mari dextro perque Euxinum railitans, Jlœoti transmissa, jam remeaus Gothos irruisset, eos quoque siiperat bello, die eadem régressas ad suos »

* Itin. Alex. cap. 119-120. L'anonyme exprime un doute sur la vérité de ce récit : Si quis aurem ad fidem dicentis indinet. — M. Mai rappelle qu'Annibal éprouva de même une colonne d'or du temple de Lacinium {Silcmts et Cœlius ap. Cicer. de Divinat., ï, 24). Les romanciers d'Alexandre ont peut-être imité ce récit. Philostrate {Vit. Apollon. V, 3) dit que dans le temple d'Hercule, à Cadix, il y avait des colonnes composées d'or et d'argent fondus ensemble.

' 11 est resté incomplet dans l'édition de C. ÎMiiller. — Éd.

Valerius*, qui esl annoncé comme étant la traduction tl "un roman grec composé par ^Esope. Ce dernier auteur avait donc fait mention de ces colonnes, dont il n'est pas parlé dans le roman grec qui porte le nom de Gallistliène'. On pourrait conclure de là que le Pseudo-Callislliène est plus ancien que Vllinerarium^ et si le style de l'auteur grec était un obstacle à une antiquité si grande, on pourrait croire que plus tard une sorte de translation en langage du temps lui aurait donné ce caractère plus moderne. Je rappelle ici que j'ai déjà signalé quehpie différence entre le livre d'rEsope et celui du faux Callistllène^

Les anciens n'avaient pas placé les colonnes d'Hercule seulement à l'entrée de la mer Méditerranée, ils les avaient aussi attribuées à l'Asie orientale", et encore au nord de l'Europe % et la flatterie ayant cherché sans cesse à rapprocher Alexandre des traces de Bacchus et d'Hercule % ses adulateurs lui firent trouver dans l'Orient les monuments qu'il avait, dit-on, le dessein de chercher dans l'Occident \ Les colonnes ou autels, élevés par Alexandre sur les l)ords de l'Hyphasis, ne furent pas plus stables que celles d'Hercule, et, dès le deuxième siècle de l'ère chrétienne , Ptolémée indiquait les AXô^avâpou arr'/.xt. comme étant dans la Sarmatie^. De nos jours une colonne fort ancienne, qui se trouve en Géorgie, est attribuée à Alexandre par les habitants du pays " .

• Jul. Valer. Res tjest. Alex. Maced. lib. III, cap. 81. ■■* Voyez cependant ci-dessus, page 22.

^ Voy. ibid.

* Plin. Hist. Nat., VI, 16 : ■■ Arse ibi (in Sogdianà) sunt ab Hercule ac Libero pâtre constitutœ, item Cyro et Semiramide, atque Alexandre : finis omnium eorum ductus ab illa parte terrarum << Cf. Solin. Polyh. cap. 49.

5 Tacit. Germ. cap. 3i. — Keysler, Antiq. Septentr. p. 183, 188.

6 Strab. XV, p. H88. — Freinshem. Not. ad Q. Curt. VII, vu, p. 500, édit. Snackenburg.

' Q. Curt. X, I, 17 : " Ipse animo infinita complexus statuerat, omni ad Orientem maritima regione perdomita, cursum Gadis dirigere, ibi namque Columnam Ilerculis esse fama vulgaverat. •

s Ptolem. III, o.

9 Mémoires de Van llalcn, 2 • part. p. 2;i7, 238.

52 HOMANS LATINS.

II. Julitis Valerius iraduisil, connue nous lavons déjà dit (p. 21], le roman grec composé par yËsope. Celle version, déjà connue par les catalogues de plusieurs bibliothèques, et par quelques citations, a été publiée par M^'" Angelo Mai, d'aju'ès un manuscrit qu'il croit du neuvième siècle , et qui fut jadis apporté d'Avignon à la Bibliothèque Ambrosienne * . Il conjecture d'après le style de J. Yalerius que ce traducteur était Africain, et qu'il écrivit au troisième ou quatrième siècle^. Cela s'accorderait avec l'opinion de Claude Chifflet, qui, dans sa vie d'Ammien Marcellin % place J. Valerius au nombre des contemporains de cet historien; mais M^"" Mai ne paraît pas avoir eu d'autre autorité que la réunion dans le même manuscrit de l'ouvrage de J. Yalerius avec VIlinerarium Alexandrie qui est dédié à Constance, ce qui assurément ne prouve rien. Du Cange, dans son Dictionnaire grec voc. 'E^Dliyoç), rapporte qu'^Esope fut le traducteur de Callisthène, et qu'il dédia son ouvrage à Constance ; mais il y a là une double confusion, et

• .lulii Valerii res gesta? Alexandri Macedoiiis trauslatœ ex ^Esopo Grœco, prodeunt nunc priraùni edente notisque illustrante Augelo Maio, Mediolani, (817, in-8" et in-i", p. xxil et 248. — Geier, Prolegom. p. xxxv, not.

« Le cours du temps fit un mélange inextricable de toutes ces représentations de l'Orient et de l'Occident, productions d'une imagination ardente qui était excitée par les objets les plus puissants et dirigée sur les idées les plus grandioses ; il en résulta une confusion des rapports des historiens. Cette tendance fut favorisée tout particulièrement par le siècle d'Adrien, et il surgit déjà alors des Alexandriades poétiques. Le Valerius que Mai a publié doit être considéré comme l'une des principales sources du mythe d'Alexandre dans le moyen âge : elle appartient au quatrième siècle. On n'a pas encore précisé, à ce qu'il semble, les rapports qui unissent Valerius (ou sa source grecque, ^sopus) au Pseudo-Callisthène. Il y avait, et il y a encore, une foule de différentes traductions latines de cet ouvrage, et on aurait désiré que Sainte- Croix eût essayé de faire ressortir brièvement leurs différences et leur époque ; il en serait résulté un grand gain pour toute la poésie du moyeu âge ; car probablement l'on pourrait , au moyen de ces ouvrages latins, suivre le changement successif du mythe d'Alexandre plus exactement que dans aucun autre cycle poétique, et par là peut-être obtenir les plus beaux résultats sur la marche de la poésie dans les différents cycles.»

(Gerviuus, Histoire de la poésie nationale des Allemands, t. l, p. 217.)

- Ang. Mai, Pro'jnt. ad J. Valer. p. xi.

'• Amni. Marcel!, ex edit. Erfurdt. Lips. 1808, pag. xcvi.

HOMANS LATINS. ô.'î

loii ne coiinait aucun manuscrit qui (iissc loi de celle dédicace '. Un cnli(|ue justenienl célèbre, M. Lelronne, eslime que Julius Valerius est un nom supposé, et que la version latine qui lui est atlrilmée ne remonte pas j)Ius liaul que le neuvième siècle*. Il remar<jue (pie l'écriture du manuscrit de J. Valerius, à en juger par le fac-similé donné par M. Mai, peut se rapporter au onzième ou au douzième siècle aussi bien qu'au neuvième. On peut appuyer l'opinion de M. Lelronne en observant que la première mention d'une histoire fabuleuse d'Alexandre, en langue latine^ se rapporte au dixième siècle. Elle existait à celle époque dans la célèbre abbaye de Bobbio'', et sans doute le manuscrit qui la contenait n'avait pas une grande ancienneté".

' V. Ang. Mai, Pnpf'at. ad Itin. Alec. p. xvi, xvii. — Ejiisd. Prœfat. ad ./. Valer. p. xvi.

* Journal des Savants, 1818, p. 619.

■^ Le Catalogue de la bibl. de Bobbio a été écrit au dixième siècle. On y trouve les ouvrages suivants ". Librum I, De Epislolis Alexandri et Dindimi. — Librum I, De situ Indice Alexandri ad Aristotelem magistnun. — De Historia Alexandri Jlagni Macedonis , librum unum. (V. Murator. A)iliq. Med. .livi, diss. 43, t III, col. 821.)

* Ou pourrait cependant croire avec probabilité que J. Valerius est plus ancien que ne le pense M. Letronne. S'il était prouvé que Joseph, fils de Gorion, vivait au neuvième siècle , comme il a imité dans ce qu'il dit d'Alexandre un roman latin rédigé en style populaire, et qu'on doit regarder comme postérieur à la version de J. Valerius, on conclurait avec certitude que ce dernier est au moins du huitième siècle. (V. ci-dessous, IX. Hébreux. y Je reconnais que l'induction tirée de l'âge de Joseph ben Gorion est loin d'être certaine. {Ibid. notes.) Mais il y a encore une preuve de la même espèce et qui a plus de certitude. On sait que les fables les plus absurdes sur Alexandre furent répandues chez les peuples d'Occident par le prêtre Jérôme, qui est cité par Ilraban Maur dont la vie finit au milieu du neuvième siècle. Cela place Jérôme au huitième siècle. .Si J. Valerius avait été postérieur à Jérôme, il aurait introduit dans son roman les fables adoptées par ce prêtre, et cela me fait croire (ju'il faut placer J. Valerius au septième siècle. Déjà au neuvième siècle l'es fables qui mamiuent dans J. Valerius devaient être fort répandues, et VHistoria de Prieliis avait été rédigée. Il me semble qu'on doit tenir J. Valerius pour plus ancien que VHisturia de Prœliis. Voici donc, selon moi, l'ordre chronologique de ces écrits : Roman grec original composé à Alexandrie.

345 — Itinei-ariuni Alexandri.

5'"'= siècle Témoignage de .Socrate. (V. p. 1 1 et suiv.) .\utres romans grecs, rallistbène. .l'.sope. Ister.

oV KOMANS I.All.NS.

Le inanuscril de Milan , que M. Mai a publié, n'est point complet. Le premier cahier manque, et une lacune pareille se trouve encore au milieu du livre second.

La biltliotlièque de Turin possédait un manuscrit de J. Valerius du onzième siècle, qui vraisemblablement avait jadis fait partie de la bibliothèque de Bobbio * ; il avait aussi des lacunes et portait pour titre : Julii Valerii Alexandri VCI Polemi: Alejcandrî Macedonis orlus : liber primus^. Les premiers mots étaient le titre de l'ouvrage entier, et Polemi était un grécisme pour Pnelia. Le traducteur, ou peut-être le copiste, avait donné à Alexandre le titre de VCI, viri clarissimi'\ Les dernières paroles formaient le titre du premier livre. Cette histoire d'Alexandre était écrite sur du parchemin et recouvrait une plus ancienne écriture, dont M. Peyron a tiré d'intéressants fragments du Code Théodosien, mais en cherchant à raviver par des moyens chimiques les traces du Droit romain , il a fait disparaître une grande partie de l'ouvrage du romancier'*.

Les bibhothèques d'Oxford ^ et de Lcyde*" ont des manu-

7™e siècle (?) Julius Valerius.

gme siècle Traduction d'Ister, par Jérôme. — ? Bic: 'A>.cçâv5'po'J. — ? Histoi'ia Alexandri de Prœliis. — Alexandri Epistola de situ Indiœ.

9""" siècle Hraban Maur parle de Jérôme.

Freculfe indique la lettre d'Alexandre.

10""^ siècle Témoignage du catalogue de Bobbio.

Il">e siècle Joseph ben Gorion.

J2me\

Cependant les griffons de VHistoria de Prceliis sont d'origine persane et apportés en Occident parles Arabes. (V. p. 7 : à examiner.)

• Am. PejTon, Fragm. codic. T/ieod. p. 13.

- Angel. Mai, Àppend ad prœfat. veter. Interp. Virgil. p. xxxviii.

5 Vir Clarissiinus était le titre donné aux sénateurs de l'empire d'Occident dès le quatrième siècle, mais appliqué à Alexandre, il ne peut nullement servir à déterminer l'époque à laquelle ce roman fut composé.

* Amed. Peyron, Cod. Theod. fragm. inedita,^. 10-12.

5 Cat. Codic Angliœ, t. I. — Cat. Cod. Colleg. Oxoniensis, n° 15-i9. 8:2 ; Julius Valerius, De Vita et obitu .ilexandri.

6 Cat. Bibl. Lugd. Bntnv. p. 378.

KOMANS LATINS. Ofi

scrits (le la même hisloire. Elle se trouve aussi à la Bibliothèque du roi de France, et ce manuscrit (n" i880) * est du quatorzième siècle ; il fourmille de f.inles , d'abréviations , et son écriture est dilïicile à lire. Le début manque, et il ne commence qu'après la mort de Nectanèl)e, mais il pourrait remplir la lacune qui se trouve au second livre de l'édition de M. Mai. En revanche, on trouve dans ce manuscrit une omission considérable au commencement du second livre sans qu'on Y aperçoive de lacune, et l'on a inséré dans le troisième l'article de l'historien Orose sur Alexandre le Grand.

Parmi les ouvrages divers qui composent le manuscrit latin 5873, et à la suite de l'Histoire de Jornandès, M. Letronne a découvert un feuillet qui se joint exactement aux premiers mots du manuscrit 4880 et en diminue la lacune. Pour achever de la remplir on peut se servir d'un autre manuscrit (4877j, dont le titre Vila Alexandri Mayni Macedonis n'indique aucun nom d'auteur, mais qui a tous les caractères d'un abrégé de J. Valerius". En comparant ce dernier manuscrit avec le feuillet (n« 5873), le manuscrit n" 4880 et l'édition de M. Mai, on trouve que ce n'est point dans les premières portions que les retranchements et les changements ont eu lieu, et l'on peut avec confiance adopter son début pour compléter le récit de J. Valerius, jusqu'au point où le feuillet du n*' 5873 continue la narration.

Le roman de J. Valerius ayant été l'origine de mes recherches sur les traditions fal)uleuses relatives à Alexandre , j'en donnerai ici l'analyse telle qu'elle se trouve dans le premier essai que j'ai publié dans la Bibliothèque Universelle^ ^ et j'ajouterai à la fin de cet écrit, d'après les manuscrits de la Bibliothèque du roi (n°* 4877, 5873, 4880j, la portion du texte latin

' n était dans la bibliothèque de Colbert sous le n» 1334. - Vincent de Deauvais a fait usage d'un manuscrit fort semblable au n" i877, et l'a cité sous le titre de Ilisloria Alexandri. V. ci-dessous. 5 Hibl. Univ. 1818. Mars, Littérat. p. 2^20 et suiv.

nécessaire pour remplir la lacune que M. Mai a laissée en lètc (le son édition *.

Le roi d'Égvpte Nectanèbe excellait dans la magie. Il avait longtemps employé cet art avec succès pour se défendre de ses ennemis ; mais sa science même lui ayant appris qu'il ne pourrait résister à une grande confédération que les peuples d'Orient avaient formée contre lui , il se déguisa , quitta l'Egypte et se réfugia en Macédoine. Il y devint célèbre comme astrologue, et pendant (pie Pliilippe était à la guerre, Olympias voulut le consulter. Nectanèbe devint amoureux d'Olympias. Par ruse ou par magie , il lui persuada qu'elle avait plu au dieu Ammon, joua lui-même le personnage de ce dieu, et se déguisant ou se transformant en dragon , il pénétra dans l'appartement d'Olympias et devint père d'Alexandre. Le magicien fit ensuite avertir Pliilippe de cette aventure par un songe et par des apparitions effrayantes; il lui fit trouver bon d'avoir un fils d'origine divine. Nectanèbe fit naître Alexandre sous des constellations et des signes qui devaient le rendre maître du monde, et lui fit donner pour précepteurs les hommes les plus distingués de la Grèce. Alexandre profita de leurs leçons; il voulut même pénétrer dans les plus hautes sciences % et pria Nectanèbe de lui enseigner l'astrologie ; mais une nuit qu'ils étudiaient les astres depuis un lieu élevé, Alexandre poussa son maître dans le précipice. Nectanèbe, mortellement blessé, découvrit à Alexandre le secret de sa naissance , et expira après cette révélation. Alexandre, pour ne pas laisser le corps de son père en proie aux bêtes féroces % le rapporta sur ses épaules, raconta à sa

' Le feuillet du ms. 5873 appartient au ms. 4880.

(Comme ce fragment, inédit à l'époque où M. Favre-Bertrand rédigeait son travail, a été publié depuis lors — voyez l'édition du Pseudo-Callisthène de C. Millier — nous l'avons retranché. — Éd.)

2 Jusqu'ici j'ai extrait le ms. de la Bibl. du roi, n" 4877. Il est sur parchemin et du treizième siècle.

5 Jusqu'ici j'extrais le feuillet qui se trouve dans le n» 5873 de la Bibl. du roi de France.

KOMANS I.AïlNS. 57

mère ce qui élail arrivé, recul ses aveux el lit élever un loinbeau à Neclanèbe.

On lit ensuite dans Julius Valerius de longs et fastidieux détails sur l'éducation d'Alexandre', el l'auleur raconte comment il dompta le cheval Bucépliale '", exploit qui, d'après l'oracle de Delphes, lui assurait l'empire du monde. L'année suivante , il obtint de son père la permission d'aller disputer le prix aux jeux olympiques'; il y eut une querelle avec Nicolas, prince d'Âcarnanie (Acernania), et remporta la victoire sur lui et sur tous ses autres concurrents.

Le premier exploit militaire d'Alexandre fut la soumission de la ville de Mothane ou Molhone qui s'était révoltée. A son retour, il trouva à la cour de Philippe des satrapes persans qui, au nom de Darius leur maître, venaient exiger un tribut. Alexandre les renvoya fièrement et laissa sans réponse les lettres du grand roi. Peu après Philippe fut assassiné; son fils vengea sa mort et se prépara aux conquêtes qu'il méditait. Il fil d'abord une expédition dans la Thrace , passa en Lucanie , appelée alors Lycaonie, puis en Sicile. Revenant ensuite en Italie, il reçut les hommages des Romains, qui lui firent présenter par le consul yEmilius une couronne d'or ornée de perles. Ils y joignirent quatre cents talents d'argent, et s'excusèrent de ne pas faire une offrande plus riche eh alléguant les frais que leur occasionnait la guerre contre Carthage '^.

* Le ms. 4877 ne contient pas ces détails.

* Les chevaux portaient des marques imprimées au feu. Bucéphale était ainsi nommé parce qu'il était marqué d'une tête de bœuf. (Salmas. Plin. Dissert. p. 627.)— La tête large, telle que l'avaient les chevaux de Thessalie, pouvait leur donner quelque rapport avec un bœuf. (Dureau de la Malle, Mém. de l'Instit. Acad. des Inscrij)!., t. XIII, p. 480.) — Bucéphale avait été acheté d'un Thessalien. (Plutarch. Vit. Alexand. p. 11.) Bucéphale était un jumart. (Sainte- Croix, Exam. des hist. d'Alexandre, p. 213, note 1.) Le jumart n'existe pas.

5 Jusqu'ici j'ai suivi le ms. de Julius Valerius qui est à la Bibl. du roi sous le n" 4880, et c'est ici que commence le manuscrit de Milan et l'édition de M. .\ngelo Mai.

•* Les romans grecs contiennent le récit de l'hommage rendu par les Romains

Alexandre conduisit ensuile son armée en Egypte ; il pénétra jusqu'à Hammon dans la Libye ; il y bâtit ou embellit le temple du dieu qu'il reconnaissait pour son père, et l'oracle lui désigna remplacement de la grande ville qu'il avait le projet de fonder. De retour en Egypte, Alexandre reconnut ce site près du lieu nommé Taposiris, et c'est là qu'il lit construire par d'iiabiles arcliitectes la ville d'Alexandrie. Elle s'étendait en longueur depuis Taposiris jusqu'au lieu appelé Agatliodœmon, et en largeur depuis Canope jusqu'à l'endroit qui porte les noms d'Euryloque et de Melancliium.

L'auteur donne ici des détails assez précis sur Alexandrie, sa topograpliie, le temple de Sérapis' et les oracles qu'Alexandre y reçut en songea Ce prince alla ensuite à Mempliis, et

à Alexandre. Il se lit aussi dans l'Arabe Makrisi. Cette fable tire peut-être son origine de l'expédition d'Alexandre, roi d'Ëpire, oncle d'Alexandre le Grand. Memnon Ulstor. Heracl. Ponti excerpt. cap. 25.) raconte que les Romains envoyèrent à Alexandre une couronne d'or, et saint Jean Chrysostôme (Homil. XXVI, in II ad Corinlh.) prétend qu'un décret du sénat mit ce héros au nombre des dieux. D'autres historiens ont parlé des projets d'Alexandre sur l'Italie. (Aristus et Asclepiad. apud .\rrian. VII, 1 et lo.) Gautier de Châtillon (Alexandr. lib. VII, fol. 69 r"), poëte du douzième siècle, fait dire à Alexandre : Si mihi dent superi, trajectis Alpibus, unà Cum populis Ligurum, Romanas frangere vires. Tite-Live (lib. IX, c. 16 et seq. — Cf. Lydus, De Magistr. rom. I, 38, p. 68) examine les moyens de résistance que les Romains auraient pu opposer à Alexandre ;

il croit cependant que de son vivant ce prince leur a été inconnu Niebuhr

{Bist. rom. V, 229-231, trad. fr.) réfute Tite-Live, et pense que la renommée d'Alexandre avait dépassé l'Italie.

J. Malala {Chronic. p. 81, éd. Venet. 1733, fol.) prétend qu'Alexandre, après ses conquêtes, restitua aux Romains les pays qu'ils avaient perdus !

Ambassades des Lucaniens, Bruttiens, Tyrrhéniens à Alexandre à Babylone- (Arrian. VII, 15.)

Ambassades des Carthaginois, Ibères, Celtes, Éthiopiens, Scythes. (Arrian. VIT, lo.)

Ambassade des Romains. (Clitarch. apud Plin. Hist. natur. III, 9.) Clitarque vécut peu après Alexandre. (Diodore XVII, 1 13. — Q. Curt. VII, 95.)

Alexandre avait rendu la liberté à des pirates d'Antium. (Strab. V, p. 232.)

' J. Valerius, I, 3o. La statue de Sérapis était l'ouvrage de l'architecte Parménion. (Ottf. MuUer, Man. d'Aichéol. I, p. 206.)

? J. Valerius [Res gestœ Alexaiid. I, 27) parle d'un lieu à Alexandrie nommé

nOAIANS LATINS. 59

pailoul sur sa iouIl' il fut reçu comme un secoml Sesonchosis (Sésoslris). Arrivé dans la capitale de l'Egypte, il fut introduit dans le temple de Vulcain; il y fit la cérémonie de son couronnement suivant les rites égyptiens, et fut revêtu de la robe royale \ C'est dans ce temple (pi'Alexandre trouva une statue de pierre noire, qu'une inscription désignait comme celle d'un roi qui avait été obligé de fuir, mais qui devait reparaître après avoir recouvré sa jeunesse, et se venger de ses ennemis par ses

Mesonpodio. Il faut lire Mesomphalion. (V. Ottf. Millier, Anliq. Antiuchen.ç. 57, not. 10, où il rappelle les lieux qui portaient le nom d'Omphalos.)

* ■■ Quare ciim Memphiu venisset, inductum eum in œdem templumque Vulcani, ^gyptii regni veste dignati sunt et sella, ac sessibile Dei. » (Jul. Valer. I, 36.) Vincent de Deauvais et saint Antouin de Florence, qui ont eu sous les yeux un roman d'Alexandre un peu différent de celui de J. Valerius, donnent ce passage de cette manière : «.Egyptii quoque veste et sede regni dignum duxeruut, secundum Sesonchosim venisse dicentes."

Les rois d'Egypte prenaient possession de la royauté par une cérémonie religieuse dans le temple de Vulcain à Memphis. Ils y étaient intronisés et iniiiés. Le faux Callisthène, l'un des originaux grecs de J. Valerius, s'exprime ainsi : Kal êXôs'vtc; aÙTOÙ sî; Mc'u/jiv tt,v ~oÂiv, èvêÔp&vîaaxv ot At-j-6— Ttoi xùtov et; tÔv Toû 'HœaîaTcu 6povi(7Trptcv, wç Aî-j'Ûtîtiov PaatXs'a. (S'e-Croix, Exam. p. 164, not. 3. Ps.-Call. I, 34.) Le scholiaste de la version latine faite par Germanicus des Phénomènes d'Aratus (p. 71 , éd. Buhle) dit : ■< ... in templo /Egypti Memphis, ubi mos fuit solio regio decorari reges qui regnabant. Ibi enim sacris ini-

tiabantur primùm, ut dicitur, reges satis religiosè tunicati etc. » On peut

consulter encore sur la cérémonie de l'initiation de ces rois Synesius, De Provident. I, p. 96 .1. — Plutarch. De Is. et Osir. p. 354. — A ces cérémonies, on joignait une sorte de déification, et le titre de Meneh, Aîwvioç, Éternel, que prenaient les Pharaons semble le prouver pour les rois d'origine égyptienne (Hermappion apud Amm. Marcell. XVII , 4. — Des Vignoles , Chronologie sacrée t. II, p. 736 et 767), et nous en sommes assurés relativement aux Ptolémées. [Inscript, de Rosette. — Cousinery, Lettres dans le Magas. Encgclop. 1807, t. III et V, et 1808, t. III.) Ces cérémonies sont nommées par le monument de Rosette : Ta vcai'Coa;va -r, — a.saXr/ici zr,^ paa'./.cîa;, et saint Jérôme (Comment. in XI Daniel, t. III, p. 1 128, oper. éd. Martian.) les désigne en parlant d'Autiochus Ëpiphane par ces mots : •■ Ascendit Memphiu et ibi ex more vEgypti

regnum accipiens etc. » Cette initiation était une espèce de sacre qui avait

toujoiirs lieu à Memphis, et M. Cousinery la distingue d'une autre cérémonie qui pouvait avoir lieu ailleurs, et par laquelle le roi, parvenu à l'âge convenable, prenait possession de la couronne; on la nommait Anacleteria. Cette dernière cérémonie était le couronnement civil, tandis que l'autre était le couronnement religieux, le sacre, la déification. (V. Cousinery, 1. 1.)

conquêles. Apprenant que cette statue représentait Nectanèbe, Alexandre s'élança pour l'embrasser et s'avoua hautement pour son fils.

Après cela, l'auteur raconte la prise de ïyr, les lettres réciproques de Darius et d'Alexandre , et une bataille entre ces deux princes, à la suite de laquelle la famille du roi de Perse tombe au pouvoir du vainqueur. On sait qu'il s'agit de la bataille d'Issus. Le héros est ensuite ramené, je ne sais comment, dans la Piérie pour voir suer la statue d'Orphée * , puis il est conduit en Phrygie, à Troie sans doute, où il rend des honneurs aux mânes d'Hector et d'Achille'.

Bientôt on trouve Alexandre devant la ville d'Al)dère. De là il marche vers le Palus-Mœotide ; l'armée est réduite à manger ses chevaux , et un discours du roi apaise une sédition.

t Cf. Arrian. I, 11.

- 11 y a ici vingt -ciuq vers qu'Alexandre adresse à Achille pour le prier de favoriser ses conquêtes. Ils ue se trouvent dans aucune des rédactions grecques existantes, et forment un des caractères qui distinguent le roman d'.Esopede celui de Callisthène. Ces vers sont mauvais et ne sont pas même exactement mesurés. On dirait que le traducteur a été incapable de rendre en vers latins les vers grecs qu'il trouvait dans son texte. Néanmoins, ce morceau peut avoir quelque importance pour l'histoire. Les Grecs avaient reconnu, même avant la puissance de Philippe et d'Alexandre, que leur famille descendait d'Hercule et des Héraclides d'.Vrgos. (Hérodot. VIII, 137.) Olympias, mère d'Alexandre, tirait son origine d'Achille et des .Eacides d'Épire. (V. E. Q. Visconti, Explicat. d'un bas-relief en l'honneur d' Alexandre le Grand, Paris 1804, in-4", p. 10. — Pausanias, Attic, X.) La généalogie des rois d'Épire est fort mal connue : il y a un vide de quatorze générations, que quelques noms des rois des Molosses rapportés par Antoninus Liberalis et par Etienne de Byzance ne sauraient convenablement remplir. Les vers qu'on lit dans J. Yalerius donnent une généalogie complète des .Eacides, et s'accordent avec ce qu'on savait déjà, et avec Pausanias qui compte quinze générations entre Pyrrhus tils d'Achille, et Charopus ou Tharypus, bisaïeul d'Alexandre, f V. sur la généalogie et la succession des rois d'Épire, Hist. Unie. trad. de l'angl. t. YI, p. 6ti9 et suiv. et Nicolaï, Mém. de l'Acad. des Inscript, t. XII, p. 339 et suiv. in-40.) — Quant à ce que dit l'histoire sur les honneurs rendus à Achille par Alexandre, V. .Vrriau. I, 12. — .Elian, Var. Hist. XII, 7. — Plutarch. Vit. Alex. p. 22, et Sainte-Croix, Exam.

p. 238. J. Malala se rapproche de Yalerius: ■• Trojam venit : ubi sacra

fdciens ad Achillis tumulum, ex quo etiam oriundus erat, rogavit, uti geuiuni ejus habcret iu bellis suis auxiliatorcm.» Chron. lib. Vlll, p. 81.)

ItOM.VNS LATINS. (il

Les soldais se roposenl à Locres et arrivcnl à Agraganlo, où Alexandre force l'oracle et la prêtresse à prédire sa gloire. Vient ensuite la ruine de Tlièhes , qu'Alexandre consomme malgré les chants d'un poëte qui vient se jeter à ses pieds. Il assiste aux jeux gymniques de Corinthe, et un Thébain victorieux dans cette solennité obtient de lui le rétablissement de sa ville natale. C'est ainsi que se termine le premier li\Te de J. Valerius ; il est intitulé Ortus.

Le second livre porte le titre de Actua (actions). Il commence par les querelles d'Alexandre avec les Athéniens. Le héros veut leur imposer un tribut, les républicains le refusent d'une manière insultante, et Alexandre demande qu'on lui livre les dix orateurs. On lit ensuite les discours d'Eschine, de Démade et de Démosthène ; ils sont longs et renferment des choses contraires à l'histoire. Après s'être réconcilié avec les Athéniens, le roi de Macédoine marche contre Lacédémone , et ce n'est qu'après avoir eu leur flotte brûlée et avoir perdu un combat qui dure deux jours, que» les Lacédémoniens font des soumissions qui apaisent Alexandre.

Il paraît que l'auteur fabuleux a appliqué à Alexandre les démêlés des Lacédémoniens avec Antipater.

J. Valerius nous transporte de nouveau en Asie, et nous montre Darius délibérant avec son frère Oxvathre sur les moyens de résister aux Grecs. Ils prennent le parti de lever de nouvelles troupes. Cependant Alexandre traverse la Cilicie; il se jette dans le fleuve Cydnus , tombe malade ; Philippe est

son médecin (Il manque un caliier dans le manuscrit de

Milan ^) On lit ensuite un fragment d'une lettre de Darius à Porus, puis le récit de la fuite et de la mort du roi de Perse. Alexandre arrive auprès de Darius peu de moments avant sa mort, et ce malheureux monarque, après quelques moralités, lui recommande sa famille et le j»rie d'épouser sa fdle.

' Plusieurs ms., et entre autres celui de la Bibl. du roi de France (Ms. latins, a° 4880), peuvent remplir cette lacune. — C. Millier l'a remplie à l'aide de ce ms. — /ÎV.

Le iroisième livre, Obitus^ débute par la marclie d'Alexandre contre l'Inde et le roi Porus. L'armée indienne avait des éléphants en grand nombre , et Alexandre fut obligé d'avoir recours à la ruse. Il fit rougir des statues d'airain et les fit placer derrière le premier rang de ses troupes*. Au moment de l'attaque, on les opposa aux éléphants, qui, blessés, brûlés, effrayés , prirent la fuite ^. Alors, les deux rois commencèrent un combat singulier, et pendant que Porus tournait la tête, Alexandre le tua. Les Indiens voulurent le venger, mais un discours d'Alexandre les apaisa, et ils conclurent un traité.

Les conversations entre Alexandre et les Gijmnosophistes- Rraclimanes occupent plusieurs chapitres. On trouve ensuite une longue lettre dans laquelle Alexandre rend compte à Aristote des merveilles de l'Inde et de sa marche vers la ville de Prasiaca. Il raconte sa navigation vers une île magique, dans laquelle on l'avait assuré qu'il trouverait un tombeau d'or et de grandes richesses, mais h son approche l'île disparut dans les flots, qui engloutirent avec elle quelques-uns des compagnons d'Alexandre. En revenant vers Prasiaca , il rencontra d'horribles bêtes féroces, entre autres V llebdomadarion ^ qui pourrait porter des éléphants sur son dos.

L'armée d'Alexandre, chargée du plus riche butin, revient par la Perse et campe près d'un étang qui jadis avait fourni de l'eau au roi Sesonchosis. Pendant la nuit elle est entourée par des monstres de grandeur et de formes tout à fait extraordinaires. Le plus redoutable est V OJontolyrannux qui ressemble à un éléphant immense ^ Après que cet animal eut été tué, il

• Ce stratagème se lit dans les romans persans, dans le faux Callisthèue, dans Joseph fils de Gorion, etc., etc. Le moine .Jean du Plan de Carpin attribue un stratagème assez semblable au prêtre Jean, roi des chrétiens de l'Inde, dans sa guerre contre les Tartares. (V. art. 5, col. 42, dans le Recueil de Bergeron.)

- Curius Dentatus, à la baiaille de Béuévent, vainquit Pyrrhus en repoussant ses éléphants avec des torches ardentes.

■< Palladius, De Brn()maiiis, éd. BisStci,p. 10. " Fluvium (Gaugeni) vero diffi-

nOMAXS LATINS. (>3

fallut trois cents hommes pour le retirer de la rivière. En revenant à Prasiaca , l'armée essuya une violente tempête ; elle demeura cinq jours dans l'obscurité, et une grande quantité de neige la fit beaucoup souffrir. Alexandre raconte ensuite dans sa lettre qu'il fut conduit dans un Heu entouré d'arl)res qu'on appelait le Paradis^ et qui était consacré au Soleil et à la Lune. On n'y voyait point de temples, mais deux arbres qui s'élevaient presque jusqu'au ciel, et qui ressemblaient aux cyprès de l'espèce qu'on nomme Mijrohalani. On lui dit qu'un de ces arbres, qui était mâle, était consacré au Soleil, et l'autre, qui était femelle, était consacré à la LuneV

cilè pervium dicunt propter odontotyranmim (ôfi'ovTCTÛoavvov). Animal est oppido maximum, in fluvio degens, elephantem integrura et intactiim absorbere valens. n — Le traité sur les Brachraaues, publié par Bissseus sous le nom de Saint- Ambroise, dit à peu près la même chose, et nomme le monstre du fleuve ondonilon tyrannttm. Il faut remarquer que ce traité (p. 63) semble donner le nom de Musœus à l'auteur de l'ouvrage attribué à Palladius. — Cedrenus (p. 135) raconte que ]es odontolyranni peuplaient le Gange qui séparait les Brachmanes de leurs femmes. M. Grsefe, dans un mémoire sur le mammouth, prétend reconnaître dans cet animal l'odontotyrannus des anciens : « Sub mammoute nostro fabulosum antiquorum odontotyrannum latere conjicitur. » Addit. obseï v. critic, in Julium Valerium, auctore Frid. Grœfe. (Méin. de l'Acad. des Se. de Pélersbourg,\l^ série, 1. 1, 1832, p. 74 et suiv. — J. des Savants, 1831. Oct. p. 640. — V, Berger deXivrey, Traditions tératologiques, p. 268 et suiv.) — Cedrenus, Glycas , Hamartolus , Vincent de Beauvais ont parlé de cet animal. Phranza (III, 1) en parle, ainsi que des autres monstres de l'Inde, d'après le récit qui lui fut fait par un vieillard qui avait été dans l'Inde.

' Les Indiens, selon Q. Curce (VIII, 9.) : « Deos putant quidquid colère cœperunt : arbores maxime, quas violare capital est.» — Les livres Zends parlent de « l'arbre Bnrsom sur lequel veille le Soleil. " (Anquetil, II, p. 16.) — Les Persans modernes rendent une sorte de culte à certains arbres, qu'ils ornent avec des morceaux d'étoffe, et auxquels ils donnent le titre de dirakht-i-fazel, c'est-à-dire arbre excellent, et de dir-dnr, arbre génie. (W"i Ouseley, Travels in varions

countries of the East t. I, append. n" 9, p. 359 401. Sacred Trees. — Bibl.

Univ. 1821. litt., t. XVIII, p. 190. — Journ. des Savants, 18)9, p. oSri). Il faut en particulier remarquer ce que VV"' Ouseley dit de la vénération pour certains cyprès fibid. p. 374, 373, 387-389); les arbres du Soleil et de la Lune ressemblaient à des cyprès selon .]. Valerius. Xerxès obéissait à une semblable superstition lorsqu'il offrit des ornements d'or à un platane qui se trouva sur sa route, et les auteurs anciens ont eu tort de ne voir dans cet hommage qu'une passion insensée pour cet arbre. (V. Hérodot. Vil, 31. — lllian. Var. Hist. II, 14. —

04 KOAI.VNS LATINS.

Le premier était cloué de la parole pendant le jour; il rendit un oracle en langue barbare qu'Alexandre força un prêtre d'interpréter, et (pii lui j)rédisait une mort prochaine dont ses amis seraient les auteurs. L'arbre de la Lune, au lever de cet astre, prédit aussi, en grec, à Alexandre qu^il trouverait la mort à liabylone. Le lendemain, h la pointe du jour, Alexandre conjura l'arbre du Soleil de lui dire s'il reverrait sa mère et sa femme, et si les dieux permettraient que son corps fût transporté en Macédoine. Une voix subtile mais intelligible \ partant du sommet de l'arbre, lui confirma qu'il était près de sa fin.

Après avoir écrit cette lettre à Aristote, Alexandre marcha vers la ville de Sémiramis. La belle Candace, veuve, mère de trois fils, et arrière-petite-fille de Sémiramis en était reine.

Eustath. /« Iliad. B. 307 *.) Selon J. Valerius, les offrandes aux arbres du Soleil et de la Lune consistaient en peaux d'animaux divers, et la raison qu'il en donne c'est que les métaux étaient inconnus dans ce pays. (Lib. III, cap. 39.) — Il est également question d'arbres merveilleux dans les traditions des Ouïgours : Deux arbres se trouvaient au confluent des rivières Tongola et Sélinga , dont l'un était semblable au cyprès et l'autre au bouleau. Ils s'enflèrent en rendant des sons harmonieux ; puis ils s'ouvrirent, et il en sortit cinq enfants dont l'un devint roi des Ouigours. Les enfants, devenus grands, s'approchèrent avec respect des deux ai'bres , qui leur parlèrent en leur recommandant la sagesse et leur souhaitant une longue vie et une bonne renommée. (Hist. des Mongols depuis Tchinguiz-Khan jusqu'à Timour-lane. Paris 1824, in-8°, notes, p. 683.)

* Un arbre de l'Inde parla aussi à Apollonius de Thyane, et, suivant Philostrate {Vita ApoUonii, VI, 10, p. 239), sa voix (r. ocovr, f^à rv i'vapôsoç ts •/.t.I ôtiX-j;) ressemblait assez à la voix attribuée à l'arbre du Soleil. Le prophète Ésaïe et les rabbius décrivent d'une manière toute pareille la voix des morts interrogés par rOb. (Esaïe, XXIX, 4. — Bochart. Hieroz. II, p. 283. — Mos. Maimon. De Jdol. VI, § 2. — Gevart. ad Stat. Sylv. lib. II, p. 207, éd. Crucei.— Broukhus. ad Tibull. 1. 2, 47.) Tous ces prestiges étaient les résultats de l'art de parler sans ouvrir la bouche, et ceux qui le pratiquaient ont été connus en Orient et en Grèce sous les noms de Pythons, Ob, Sachourim, Engasirimythes, Euryclées, Sternouiantes. L'historien Josèphe Antiq. Jud. VI, 15) reconnaît que la Pythonisse d'Endor était ventriloque. (V. sur tout cela l'abbé de La Chapelle, Le Ventriloque. Londres Paris" 1772, in-12, 2 vol. — Lespaguol, Diss. sur l'Engastriinysme. Paris 1811, in-4''. — Dict. des Scienc. niédic. § Engastritnysnie et Gastriloque.)

' Dans r.\sie Mineure, prés du niniU Tmolus, M. Anipère a vu un platane lip ipiai'anlr pieds île tour. iBenie ries Denx-ilotides, lSi2, lôjanvier, I. WIX, p. I^ifl.i

HOMWS 1 ATINS. 65

Candaule, un de ses lils, vint au camp d'Alexandre demander du secours contre le roi des Bébryces, qui avait enlevé sa femme. Il prit Ptolémée pour Alexandre, et cela donna l'idée à ce dernier d'aller comme ambassadeur et sous le nom d'Anligone à la cour de Candace. Cette reine s'était procuré un portrait du roi de Macédoine, et après lui avoir montré les merveilles et les richesses de son palais, elle lui mit cette peinture sous les yeux, en lui disant que toute sa prudence n'avait pu déjouer l'adresse d'une femme \ Bientôt elle rassura Alexandre, le protégea contre la violence de Charagos, le plus jeune de ses fils, et parvint à le faire sortir de ses États. En rejoignant son armée, Alexandre passa par. un endroit nommé la Maison dea Dieux. Il y sacrifia et les divinités lui apparurent. Il remarqua parmi elles Sérapis tel qu'il était adoré à Rliacotis, et Sesonchosis qui lui annonça qu'un jour il serait aussi placé au rano- des dieux ^.

Alexandre revenu à son armée détermina par ses lettres les Amazones à lui payer tribut, et prit ensuite le chemin de Babylone. Dans une lettre adressée à Olympias, il décrit les merveilles de cette route. Il raconte son voyage aux colonnes d'Hercule, dont l'une était d'or et l'autre d'argent, son passage par les déserts et la région ténébreuse % et son arrivée

• J. Malala [Chroniq. lib. VIII, p. 82) rapporte que Candace dit à Alexandre : i> Tu, rex Alexauder, mundum universum, te verô mulier una capit... » L'aventure avec Candace se trouve dans tous les romans sur Alexandre, avec quelques difi'érences dans les détails et dans les noms. — Le nom ou le titre de Candace était propre aux reines de Méroé, royaume situé au midi de l'Egypte. (V. les auteurs cités par Fabricius, Cod. Apocrijpli. Nov. Test. t. I, p. 639, not.) Le faux Callisthèae, par une confusion de noms, dit que Candace régnait à Béroé, en Syrie, tandis ([ue Firdousi la fait reine de Bahhreyn en Arabie et nomme ses fils Taynoush et Cayderoush.

* La carte de Peutinger met à l'extrémité N.-E. de l'Asie : " Ilic Alexander responsum accepit » (sans doute la réponse des arbres du Soleil et de la Lune) et au-dessous: "Usq: quo Alexander» avec le dessin de deux autels. Au bord de l'Oxus, à l'orient de la mer Caspienne, on lit : " Ara Alexandri » avec le dessin d'un autel.

^ Q. Curce (VII, m, llj, parlant du pays des l'aropamisades qu'Alexandre

06 IlOMANS I.VTINS.

chez les Amazones du Tliermodon . Il se dirigea ensuite vers la mer Rouge, où il vit les Acéphales et les Troglodytes, puis, s'embarquant, il aborda à Vile du Soleil ' dans laquelle il vit un char d'énieraude au milieu d'une ville. Alexandre fit dans ce lieu des sacrifices sous la direction d'un prêtre éthiopien, et, par un secours divin, il arriva sur les bords du Tanaïs, qui se jette dans la mer Caspienne. Il traversa l'empire de Xerxès et de Cyrus. La description des richesses et des choses surnaturelles qu'il a vues dans le palais de ces rois termine sa lettre à sa mère.

Arrivé a Babylone sous de funestes auspices, Alexandre y meurt empoisonné par un échanson qu'Antipaler avait gagné. Son corps est transporté en Egypte, et les prêtres de ce pays viennent à sa rencontre en portant les dieux et les choses sacrées. Son tombeau, semblable à un temple, fut élevé à Alexandrie. Enfin J. Valerius termine son ouvrage par le testament du héros, l'énumération des nations qu'il avait soumises et celle des villes qu'il avait fondées ".

On voit que le roman de J. Valerius a le plus grand rapport avec celui qui a été attribué à Callisthène; souvent même il parait en être une simple traduction ^. Ailleurs J. Valerius abrège CaUisthène, supprime des détails et quelques aventures;

traversa : « Obscura cœli veriîis umbra quara lux, nocti similis, premit terram, vix ut quœ propè sunt conspici possint. » — Les romanciers et les poètes orientaux, Firdousi, Saadi, ont parlé de la région des ténèbres (Zoul-math) dans laquelle Alexandre passa plusieurs jours. Il en est aussi parlé dans la Chronique, que les Samaritains nomment le livre de Josué, et dans l'histoire de Josippon.

• V. Plin. ///*/. nat. VI, 26, et Arrian. Ind. 31, qui appellent celte île Nosala. - P. Mêla, III, 7, et Voss. Observ.— Philostr. Vil.Àpoll. III, 56, la nomme Sciera. — ^thicus apnd Dicuil de Mensnr. orb. cap. VII, 3, 6 : " Insula .Solis quae appellatur Perusta, ubi Ganges intrat in mare. ■• — Dicuil, VII, § 10 :

I, Solis est insula rubens, omni animantium generi inaccessa; quippe quae

omne animal inlatum perimit. »

- V. sur les villes fondées par Alexandre, Raoul-Rochette, Hist. des Colonies grecques, t. IV.

•"• Letronne, Jotini. des Scir. 1818, pp. 615-616.

(raulres t'ois, au contraire, il contieiil des choses (jui ne sonl point dans l'auteur grec. Les manuscrits de J. Yalerius ne sont pas tous semblables. Les éditeurs et les copistes, tout en conservant le fond de ce roman, y ont fait des changements, des additions et des retranchements. Quelquefois ils l'ont considérablement abrégé. Il serait long et inutile d'entrer dans les détails que pourrait fournir la comparaison des manuscrits les uns avec les autres, et il suilit d'indiquer d'une manière générale comment les rédacteurs successifs en ont agi avec cet ouvrage ; assurément ils l'ont traité sans conséquence '. On reconnaît facilement cette branche du roman d'Alexandre dont les exemplaires commencent par ces mots : yEgypli sapientes sali génère dîviiw primi ferunlur, etc.

liï. On a imprimé plusieurs fois, dans le quinzième siècle, une histoire fabuleuse d'Alexandre sous le titre de : llistoria Alexandri Marpii régis Macedoniœ de Prœlus^ et cet ouvrage a été mal à propos attribué à Radulphe de Saint-Alban et à Gualfred Hemlinglon, écrivains du douzième siècle '. Gaspard Barthius l'a pris par inadvertance pour le roman de J. Yalerius ^. Cette branche du roman d'Alexandre a en effet des rapports avec J. Yalerius, mais elle est écrite en latin barbare et destinée à être tout à fait populaire. Elle est à J. Yalerius ce que, dans les romans grecs, le BlogAh'ixv^pov v.al -npx'isig est au faux Callisthèno; on peut même la regarder comme une traduction du Bîog Alelâv^pov ", quoiqu'il y ait des différences

« Les ms. latins (n"' 4877, 5062, 6831, 8518, 8SI9, 8520) de la FJihl. roy. de Paris dérivent de J. Valerius.

2 Radulphe de Saint-Alban avait composé, d'après les anciens auteurs, une histoire d'Alexandre eu cinq livres et qui commençait : >■ Macedonia anteà nomine Emathi .... • (Balacus, Script. Biitann. p. 194. — Tanner, Bibliolli. Britann. p. 614.)

'■ Barth. Adversar. lib. II, cap. 10.

* V. Letronne, Journ. des Savants, 1818, p. 61o. — Ce savant me parait rapporter au Bîo; AXciâv^i'/j et à VHistorin de Prœliis plusieurs ms. latins qui me semblent des dérivés directs du romande J. Valerius.

de phrases et de faits dans cliacun des exemplaires manuscrits et même dans les éditions imprimées * .

Dans VHistoria de Prœliis, la fuite de Neetanèbe {Anectanabus) et son aventure avec Olympias, sont à peu près les mêmes que dans J. Yalerius, mais elles sont racontées en termes tout différents. C'est pendant qu'Alexandre va soumettre l'Arménie, quePausanias, fils de Cereuste, amoureux de la reine, assassine Philippe. Alexandre, après la mort de son père, veut passer en Itahe pour punir l'orgueil des Romains, mais leurs hommages et leurs présents l'engagent à renoncer à cette expédition.

Tous les détails sur Alexandrie et la topographie des environs, qui se lisent dans J. Yalerius, sont supprimés dansT/Z/storia de Prœliis. Elle passe rapidement de l'entrée en Egypte au récit de la statue de Neetanèbe et à l'expédition contre Tyr. On ne trouve que quelques mots sur le songe dans lequel Sérapis prédit à Alexandre sa gloire et sa mort. Je ne continuerai pas plus loin ce parallèle et j'indiquerai seulement les différences les plus marquantes entre J. Yalerius et VHisloria de Prœliis^ ainsi que les fables qui ne se trouvent que dans ce dernier ouvrage.

Pendant le siège de Tyr, Alexandre envoie Méléagre contre les Juifs de Josaphat et de Gad. Bitizius, qui commande à Gad, bat Méléagre, et Alexandre vient au secours de ses troupes. Après la prise de Tyr, il passe en Judée, où le grand prêtre Jadelus vient à sa rencontre. Alexandre adore le nom de Dieu écrit sur la tiare du grand prêtre et sacrifie dans le temple de Salomon ^.

Les lettres de Darius et d'Alexandre ne sont point les mêmes

' Comparez V Historia de Prœliis iimprimée en 1490, in- 4°, sans nom de lieu, avec le fac-similé donné par Meerman {Orig. Typogr. t. II, tab. 7.) des pi'emières lignes d'une édition sans date qu'il attribue à Laurent Coster de Harlem, mais qui paraît avoir été imprimée vers 1473 à Utrecht par Nicolas Ketelaer et Ger. de Leempt. (La Serna, Dict. Bibtiogr. t. H, p. 41.(?)

2 V. .Tofieph. Antiq. Jiid. lib. XI. — V. la longue dissertation que fait sur ce point Sainte- Croix, E.rnm. p. o47-?)63.

que celles qu'on lit clans Valerius, la géographie de la marche du roi de Macédoine est aussi toute différente.

Avant de livrer à Darius la seconde bataille , Alexandre , assuré dans un songe de la protection de Mercure, se déguise, traverse un fleuve gelé et pénètre dans la ville où est Darius. Il se présente comme un envoyé du roi macédonien et soupe avec Darius. Un courtisan, nommé Anopolus, le reconnaît. Alexandre s'empare d'un flambeau, s'échappe à cheval, et repasse le fleuve Grancus ' au moment où la glace commençait à fondre. La statue de Xerxès, qui ornait la demeure de Darius, tombe. Cette narration n'a pas d'analogue dans le J. Valerius imprimé à Milan : une lacune dans le livre second l'a fait perdre.

Dans la guerre contre Porus, on trouve les éléphants repoussés par des statues ardentes, la description du palais de Porus, une lettre d'Alexandre à Talistris, reine des Amazones, et des combats sans cesse renouvelés contre des animaux monstrueux. Il arrive ensuite dans un pays riche en or fin patribus (partibusj Latrimariis qua? auro et diviliis affluebantj. Ces peuples portaient le nom de Seroncs : leurs arbres avaient folia ut lanmn, quœ génies ipsœ collkjehant et ex eâ vestimenta faciebant.

Après la mort de Porus, l'armée trouve les statues d'or et d'argent qu'Hercule avait élevées ; elle parvient aux forêts de l'Inde les plus reculées et met en fuite des éléphants avec des porcs et des trompettes. Elle rencontre des femmes barbues, et le froid, la neige et l'obscurité la menacent pendant trois

• Le ms. u" 1 416 f. Saint-Germain appelle ce fleuve Tijyre. Dans l'abrégé de .1. Valerius iMs. xi<>^ 4877 et 8515), on lui donne le nom de Stranf/a , nom inconnu, si ce n'est dans les Actes d'Archplaiis , qui racontent que l'hérésiarque Manès, pour se sauver, traversa le fleuve S/ran^a. (Beausobre, Ilisf. de Manichée, t. I, p. 16.) Serait-ce une altération de Saraugès, fleuve nommé par Arrien, et qui parait être le Setled(je (V. Vincent, Voij. de Néarq. t. I, p. 19i, trad. franc.), ou plutôt une rivière dont le nom moderne est inconnu? (Lassen, De l'entapotamlâ Indicâ, p. 12, 13.) — Le ms. n» 8514, qui se rapporte à VUist. de Prœliis, ne parle pas de fleuve congelé pendant la nuit.

jours. A ces fléaux, succède uue pluie de l'eu qu'Alexandre arrête par des sacrifices * .

Alexandre entre en correspondance avec Didime et les Bragnianes, et parvient ensuite à un lieu où des arbres sortaient de terre au lever du soleil, grandissaient h mesure que cet astre s'élevait et rentraient dans la terre à son coucher ". Ceux qui voulaient les toucher étaient frappés de mort, et des oiseaux, qui volaient autour de ces arbres, lançaient des flammes lorsqu'on voulait les saisir.

Les Macédoniens marchèrent huit jours dans une vallée obscure et parvinrent à un lieu situé entre deux montagnes que le déluge avait séparées. Alexandre trouva là un basilic, monstre horrible qui tuait par ses regards '; il le tua en lui présentant un miroir '^. Il parvint ensuite à une montagne de diamant, de

' « Ceperuntque de cœlo cadere ardentes faculœ ita ut omuia urerentur. Statimque Alexauder cœpit victiinas inimolare Diis suis et oraute eo aer fuit omni caligine depurgatus.» — Un autre écrit latin, intitulé : Alexandri M. Epislola de situ Indiœ (Gissœ, 1706, in-S»), raconte le même phénomène (p. 42, 43). « ...Visseque nubes alise de cœlo ardentes tanquàm faces deeidere, ut incendio earum totus campus arderet. Verebantur dicere Deorum me premi ira quod homo Herculis Liberique vestigia transgredi conatus essem : jussi autem milites suas vestes opponere ignibus. Nox serena continué nobis orantibus redditaest." — Dante se rappelait l'un de ces récits lorsqu'il écrivait Inféra. XIV, v. 31) : Quali Alessandro in quelle parti calde DIndia vide sovra lo suo stuolo Fiamme cadere infino a terra salde ; Perch' ei provide e scalpitar lo suolo Con le sue schiere

' Y a-t-il quelque rapport entre ce récit et le tour, du reste fort peu croyable, attribué à des jongleurs indiens, dans les <■ Memoirs of the emperor Jahangueir,

written by himself and translated by major D. Price. -> London, 1829, in-4'^.

(V. Journ. des Savants, 1830, p. 438, 439.;

3 Pline et Galien ont parlé du basilic. Bodin (Theat. nat. lib. III, p. 306) demandait : « Gui visus unquam si solo necat adspectu? » (V. Luigi Bossi, Dei Basilischi, Di agoni, Milano, 1792, in-8o, p. 24. — CoUin de Plancy, Diction. Infernal, t. I,p. 327, 328.)

* Brunetto Latini [Trésor, liv. V, chap. 3) décrit le basilic, et dit que les soldats d'Alexandre s'enfermaient dans des vases de verre, qui leur permettaient de voir le monstre sans en être vus, et que par ce moyen ils purent tuer les basilics à coups dv flèches.

laquelle pendait une chaîne d'or, et il y monta par quinze cents degrés de saphir. Il y trouva un palais et un tem[)le d'or et de pierres précieuses, puis un vieillard qui lui demanda s'il désirait visiter lesarhresdu Soleil et de la Lune. Ce vieillard guida Alexandre et deux de ses ofticicrs dans une forêt où ils découvrirent d'ahord un arbre Irès-élevé, sans fruits ni feuilles, au sommet duquel était un oiseau brillant des plus belles couleurs; c'était le phénix \ Ils parvinrent ensuite aux arbres du Soleil et de la Lune (pii prédirent à Alexandre sa mort ^.

L'histoire anonyme raconte ensuite l'aventure qui eut lieu chez la reine Candace : elle est fort en abrégé. Alexandre visite ensuite la caverne des Dieux, et celui des Immortels qui lui parle est nommé Thinlisus (Sesonchosis dans J. Valerius).

L'armée macédonienne trouve ensuite des lieux remplis de serpents, de griffons et d'autres bêtes extraordinaires ; elle traverse un grand fleuve et arrive chez des peuples qui offrent des éponges blanches et pourpres et des animaux du fleuve et de la mer. Dans le fleuve il y avait de belles femmes aux beaux

1 X Videruut unain arborera nimisexcelsam etsedebat super eam avis magna. Ipsa enim arbor nec folia nec fructus habebat et avis gerebat in eapite cristam similem pavoni et fauces cristatas et circa collum circulum aureum fulgentem.... Hœe avis quam vides fenix est. »

- "... Erant autem ipsœ ai'bores excelsœ valdè. Et arbor solis habebat folia ut argentum. Dixit Alexander : Quà linguà mihi responsum dabunt. Cui senex respondit : Arbor solis iudico sermone incipit responsum, gra?co sermone diffinit. Arbor vero lunœ grseco sermone incipit et indicà linguâ déterminât. Tuuc .\lexander osculatus est arbores et in corde suo cogitare cepit, si cum triumplio Macedoiiiam remearet. Tuuc arbor solis indico sermone respoudit : Tu devictor orbis dominus simul et pater extas : sed patrium, regnum per tempora nulla videbis. Anno completo et mensibus octo vives : de quo confidis tibi mortis pocula dabit. Tuuc incepit Alexander in mente sua dicere : Die milii , sacratissima arbor, quis me débet occidere? Arbor respondit : Si tibi panderetur vir qui tua fata resolvit, illum confriugeres et sic mea carmina fallerent. Interea dixit ille senex qui ducebat Alexandrum : Noli ampliîis molestare bas arbores interrogationibus futurorum, sed post tergum revertamur. Itaque reversus Alexander post tergum plorabat amarissime propter brève spatium vitse suœ et principes cum eo

plorabant ('omp. cette narration avec celle de J. Valerius (liv. III, cap. 38-

4'2), oii elle fait partie de la lettre qu'Alexandre adresse à .Vristote. (Nous avons laissé tels quels les grossiers hexamètres de cette citation. — Éd.)

l'I UOM.V.VS LATINS.

cheveux, qui enlevaient les hommes, les concluisaienl parmi les joncs et les faisaient mourir dans les plaisirs. Les Macédoniens avant pris deux de ces femmes virent qu'elles avaient dix pieds de haut, qu'elles étaient blanches comme la neige et avaient des dents comme celles des chiens. Alexandre quitta ces lieux et alla dans un pays où il enferma douze rois tartares avec leurs armées. h'Historia de Prœliis au heu de douze noms en donne vingt-quatre, et les premiers sont Gog et Magog '.

Après être parvenu aux bornes de la terre, Alexandre revint vers la mer Rouge et conçut l'idée de s'élever au ciel. Il fit construire une machine dans laquelle il fut enlevé par des griffons à une immense hauteur ^ ; la protection divine le fit descendre dans une plaine à quinze journées de son armée '\ Non content de cette belle expédition, il voulut examiner les profondeurs de l'Océan. Il y descendit dans une sorte de tonneau fait en verre, examina les animaux, les végétaux et toutes les choses admirables qu'offre la mer \

• " Post hœc abiit Alexander et inclusit duodecim reges cum eorum exercitibus qui et Tartarim dicebaiitur. i. Gog et Magog, Agatan, Mageon....» etc. (V. ci-dessus, p. 43 et 45.)

2 Le moine Planude (XlVe siècle), dans la vie d'Ësope^ raconte que ce fabuliste, étant en Egypte à la cour de Nectanèbe, fit élever des jeunes gens dans les airs en les attachant à des aigles. (Planud. Vil. ^ILsopl, p. 70, in fabul. var. auctorum a Neveleto edit. Francof. 1660.)

Il avait pris ce trait de l'histoire fabuleuse d'Alexandre.

3 « Et precepit currum mirabilem fabricari et coUigari cathenis ferreis ut

posset ibi securius residere. Deinde fecit venire griifones et cum cathenis ferreis firmioribus fecit eos ligari currui et in summitate ipsius currus eorum cibaria prasparari. Tantam si quidem altitudinem ascenderunt griffones quod videbatur Alexandro orbis terrarum sicut area in qua fruges triturantur et conduntur : mare verô ut draco tortuosus in circuitu videbatur »

■4 « Jussit vitrarios ante se venire et prœcepit eis ut facerent dolium ex

vitro clarissimo et splendidissimo, ut possent a foris omnia clarissimè conspici

At ille intrans ipsum dolium, clausà porta ex pisce (leg. pice) composita, descendit in profundum maris. Viditque ibidiversas figuras piscium Viditque alia

mirabilia quœ nemini voluit enarrare « On trouve dans Aristote {Probl. sect.

XXXII, S. t. IV, p. 249. edit. Du Val) la première mention de la cloche du plongeur... caoïoiç -fàp àvaTTvOYiv iTOioùot Toï; xcAUfAêriTalî Xiè-f-x ;4«,7a9s'vT£;. (y.Hist. de l'Acad des Inscript. XL,p, 117, 118. — Transact. philvsophiq. 1736.)

KOMANS LATINS. 73

Je supprime les coiubals que l'armée eul à soutenir vers la mer Rouge contre des serpents à cornes et des monstres qui jetèrent des flammes par la bouche. Je passe également l'arrivée d'Alexandre dans le palais de Xerxès, oii il trouve des oiseaux blancs i[ui j)rédisent par leurs regards l'issue des maladies '. Le roi de Macédoine, parvenu à Babylone, tue le roi de cette ville et sou général Nabuzardan, et après tant de succès et d'aventures, il écrit a 01yni[)ias et à Aristote des lettres de prœUis et angustiis qiias in Indiâ perpesma est. Il est enfin empoisonné par Anlipater et ses deux lils Cassander et Roboas ", et lorsqu'il connaît son état, il veut pendant la nuit se jeter dans l'Euphrate, mais Roxane l'en empêche. Alors Alexandre fait appeler Simon le notaire et dicte son testament ; il donne mille talents d'or aux prêtres d'Égy[)te, [)artage ses Etals entre ses généraux et lègue à son notaire la Cappadoce et la Paphlagonie.

L'ouvrage est terminé })ar le portrait d'Alexandre, les noms des villes qu'il fit bâtir et les sentences que les philosophes prononcèrent sur son cercueil.

L'extrait et les citations que je viens de donner sont tirés d'une édition imprimée'' et montrent à quel point cette branche du roman latin d'Alexandre difl'ère du récit de J. Valerius. On voit ({u'elle a reçu de nouvelles fables d'origines diverses. J'ai déjà remarqué que les manuscrits de Vllistoria de PrœUis différaient dans leurs récits et je donnerai quelques exemples de ces différences. Le manuscrit 1416 ^Saint-Germain-des-Prés) de

* Cette fable des oiseaux se trouve avec quelque difFôrence dans VHistoria Oricntalis de Jacques de Vitri. (V. ci-dessous.)

- Le poison qu'envoya Antipater « nullus poterat vasculus sustinere, sed eara in cantrellam ferream collocavit.» — Muratori a cru que dans d'autres auteurs cantrélla était une faute pour cantulla (Du Gange, Glossur. inf. latin, t. II, p. 109), mais notre llisloria de Pni'iiis confirme la première leçon.

5 Historid Alexandri Magni reyis Macedonice de prœliis. — (.)n lit à la fin : llisloria Mrxundri Maf/nl pnit feliriler Aniio saluli') M.ticcc Lxxxx, finilu veru die XVI iiiensis norombris. iii-4".

74 UOMA.NS LATLNS.

la Bibliothèque du roi est un de ceux qui se rapproclieiit le plus de rédilioii de 1490, mais au lieu de se borner, comme cette édition, à faire une courte mention des douze rois tartares enfermés {>ar Alexandre, il raconte que ce héros transporta dans le nord une nation de Scythes, race immonde, d'un aspect horrible, souillée par toute sorte de mauvaises actions et par l'usage de la magie. A la prière d'Alexandre, Dieu rapprocha deux montagnes, et Alexandre ferma le passage avec des portes. L'édition imprimée décrit en détail le trône magnifique que le roi de Macédoine fit construire à Babylone. On y voyait des figures sur lesquelles étaient tracés des vers grecs et latins indiquant les noms des provinces soumises. Le manuscrit 8514, écrit au quinzième siècle et intitulé : Liber de naiivitale^ actibus Magni Alexandrie ajoute à la description du trône vingt vers qu'il dit traduits du grec. Parmi les peuples soumis, dont ils rappellent les noms, on trouve les Anglais, les Écossais, les Islandais, les Espagnols, les Francs, les Gaulois, les Hongrois, etc. Le dernier vers est :

Oninia mihi subsunt : Jupiter imperat iinus.

Ce manuscrit donne un portrait d'Alexandre qui ne se trouve point dans les autres, mais qui, a une phrase près (victor omnium, sed ira et luxuriâ victus), se lit dans l'histoire imprimée. Le manuscrit 8501, du quatorzième siècle, est à peu près le même que le manuscrit 1416, mais il a cependant quelques variantes. Le début des éditions et des manuscrits de VHisloria de Prœliis la distingue de toutes les autres rédactions latines du roman d'Alexandre ; en voici les premières paroles : Sapienlissimi /EgyplH mentes mensuram terrœ undasque maris, et cœlestiwn ordinem cognoscentes id est steUarum. cursum... etc. En les comparant avec le commencement du Btoç AAeçacv^pov \ on reconnaît l'origine de VHisloria de Prœliis. Il existe à Modène un manuscrit d'une histoire d'AlexaU-

' V. ci-dessus, p. 2j.

ROMANS LATIXS. 75

(.Ire ' ; le coininencemenl niaïujue, mais d'a|)rès les détails que j'ai reçus et que je dois à j'ubligeance de M. Lombardi, savant distingué et bibliothécaire du duc de Modène, il contient VUistoria de Prœliis. Gagnier a encore trouvé un manuscrit semblable dans la bibliothèque Bodleienne ' et il en a publié une partie pour le comparer avec ce que Joseph fils de Gorion raconte d'Alexandre. J'indiquerais enfin un manuscrit de l'Académie Pauline de Leij)zig, intitulé : Vila Alexandri Magni ', si son début différent '* de celui de V Hisloria de Prœliis ne me

i Cod. Lnt. XIV, n"2. — Muiatori, Antiq. liai. Med.^Uvi, t. III, col. 962. A la suite de l'iiistoire d'Alexaudre, le même manuscrit contient : Gesta Julii Csesaris, a sciolo quopiam barbaricis temporibus digesta , multisque fabulis mixta atque fucata." (Muratori, ibid.)

* De Gestis Alextndri liber. Le manuscrit latin de la bibliothèque Dodleienne (yE. D. 2, 8;, publié par Gagnier en regard du second livre de sa version latine de Joseph, fils de Gorion, est un exemplaire de V Hisloria de Prœliis. En le comparant avec l'édition imprimée de 1490, on y trouve quelques différences de rédaction, et le manuscrit est en quelques endroits plus abrégé. Ainsi, lorsque Alexandre déguisé en ambassadeur a traversé le Tigre et cherché à pénétrer chez Darius, le ms. dit : •• Cepit ire contra Persepolim in quà erat Darius imperator.» L'imprimé porte : « Cepit contra ci vitatemDarii proficisci.» Il n'y a rien sur les nations Tartares enfermées par Alexandre ; on ne trouve point le récit de la caverne des Dieux. L'enlèvement d'Alexandre dans les airs, sa descente dans la mer sont à peine indiqués. Il y a des différences dans le récit qui concerne les arbres du Soleil et de la Lune. La reine Candace y porte le nom de Cléophilis Caudacis ', On trouve encore dans le manuscrit des choses qui ne se lisent pas dans l'imprimé; par exemple, il est fait mention d'hommes sans tête, dont la bouche et les veux sont placés dans la poitrine.

Voici quelques lignes de l'oracle des arbres du Soleil et de la Lune, d'après le manuscrit de Gagnier :

• Tune subito arbor solis respondit indico sermone dicens : Sicut interro-

gasti nomen meum, Alexander, dominus orbis eris; sed Macedoniam nuUo modo videbis, eo quod fata sic definierunt de te. Deinde dixit arbor lunœ : Alexander, jara plenam finem œtatis habes et decipere te débet quem minime speras. Cui Alexander ait : Die mihi, sacratissima arbor, quis me decipere débet? Tune arbor respondit : Si dixero tibi quis te decipere débet, illum occides et jam mutares quœ de te ipsa fata ordinaverunt " etc.

'^ Montfaucou, Bibl. maniisc. t. I, p. b98, .-1.

* « /Egyptiorum gentem in matheraatica magicaque arte fuisse valentem literœ tradunt.»

■ On Iroiive flans l»i> liistorifiis une Clcopliis, reine d'uii p.iys Hc l'Inde, rinni Alexandre cnl un fil- (Juslin. XII, 1. — Unis. III, li). — Q. Cnrt. VIII, X, -H), (|nl porta le noni d'Alexandre et régna après sa incre. La Chronique de Cologne dit aussi que Cléopliile laehela ses Elals par le ilini do w personne.

laisail [las croire qu'il contient une autre rédaction. Je suis cependant porté à penser qu'il appartient aussi à cette branche du roman latin d'Alexandre.

Quelques auteurs ont indiqué l'histoire fabuleuse dont je viens de parler comme étant l'original et le modèle du roman de Cliarlemagne et de Roland, attribué à l'archevêque Turpin*. Ce ne serait pas ici le lieu d'entrer dans de longues confrontations ; mais je puis assurer que j'ai lu la chronique écrite dans le onzième ou douzième siècle qui porte le nom de Turpin^, et le roman qui porte le nom de Pliilomena^ et qui fut composé au douzième ou au treizième siècle ^. J'ai parcouru les extraits qui ont été publiés des différents romans relatifs à Charlemagne et à ses paladins", et je n'y ai trouvé qu'un bien petit nombre de traits ayant quelque ressemblance ^ avec les histoires fabuleuses d'Alexandre, et absolument rien qui puisse prouver une imitation.

' Schœll (jfffif. de la litt. grecque, t. VII, pp. 19-i-19o), en parlant de ÏHistoria de Prœliis, non-seulement exprime cette opinion, mais ajoute que les >> exploits que l'Orient fabuleux racoute d'Alexandre sont attribués à Charlemagne. " — Sébastien Ciampi, Prœfat ad Turpin. de vit. Caroli M. p. X, cite un passage de M. d'Eichkor, (EichhornJ Hist. du moyen âge, et dit que • Turpin a beaucoup puisé des contes orientaux. Charlemagne est entouré de douze pairs, comme Kaihon de douze seigneurs. Charlemagne avait une trompette longue de soixante lieues (!l) et Ahsender (Alexandre le Grand) en avait une qui se faisait

entendre à soixante lieues "M. Raynouard remarque qu'il n'est pas question

des douze pairs dans le Turpin latin, mais seulement dans la version française. {Jouin. des Sav. 1832, p. 393.) — Sinner, Prœf. ad Long. Pastor. p. xxxui : « Quà de re accuratiùs erit inquirendum, omninoque fabulosam hanc Alexandri M. historiara cum Turpini Chronicis de Carolo M. quibus originem probabiliter dédit, accuratissimè conferre oportebit. ■■

* De vitâ Caroli M. et Rolandi, Historia J. Turpino archiep. vulgo tributa, édita à Sebast. Ciampi, Florent. 1822, 8».

3 Gesta Caroli M. ad Carcassonam et Narbonam, edit. a .Sebast. Ciampi, Florent. 1823, 8». C'est une version latine d'un original perdu, écrit eu langue romane. V. 7oMr/i. des Sav. 1824, pp. 668-675.

* Uist. de l'Acad. des Inscript, t. XXI, p. 136 et suiv. — Bibl. des Romans, 1777, juillet, t. I, p. 123 et suiv. — 1777, août, p. 116 et suiv. — 1777, cet. pp. 114-184. - Gaillard, Hist. de Charlemagne, t. III, pp. 332-497.

s C'est ainsi que Charlemagne se déguise eu hérault et pénètre dans la villf qu'occupait Aigoland, scm ennemi. i^Turpin )

UOMANS LATINS. 77

IV. Vllistoria de Prœliis eut assez de vogue au Ireizième siècle pour qu'un Italien tcnlât de la mettre en vers latins. Ce poêle, nommé Qualicliino ou Wiikino d'Arezzo^ écrivit son histoire d'Alexandre en vers élégiaques, l'an 1236, ainsi qu'il le dit lui-même à la fin de son ouvrage V On y trouve les mêmes traditions que dans V lllsloria de Prœliis, que l'auteur suit pas a pas, en l'abrégeant quelquefois. Il commence par ce vers : Stellarum ciiris .Egyptus dedita (juonclani.

Je ferai connaître ici quelques fragments de ce jtoëme ; ils sont extraits d'un manuscrit de la Bibliothèque du roi, h Paris ■ ; il en existe d'autres en Italie ^ et en Allemagne ".

* Historiam dictam dictavit carminé quidam

Qui Qualichinus nomine dictus erat :

Civis Spolenti dum esset apud Recanatum

Illic versificans condidit ista metra.

Post natum Christum suut anni mille dueenli

Terque duodeni quum fit istud opus, Et correxit opus auno durante secundo,

Et sic dictanti musa magistra dédit :

Cregorius nonus tune Pétri sedem regebat * Romanus princeps tune Fredericus erat.

Après ces vers on en lit trente-un autres, intituk's : " Hœc Epytafia sunt scripta super tumulum Alexandri régis. "

2 Ms. lat. n" 8501 , 4", sur vélin, du quatorzième siècle. {Catal. cod. uis. Bihl. rp(j. Pariens.t. IV, p. 4(33.) Il commence par un prologue (cujusdam Doctoris in commeudatione Aristotelis et Alexandri régis) qui se rapporte au Secreliim Secreti d'.Vristote. On trouve ensuite : Istoria Alexandri imperatoris Macedouum filii Olympiadis et Amon. . . . etc. C'est Vllistoriu de Prcpliis. 3° Item de Alexandro rege Macedonum.

■4" Une courte lettre d'Alexandre à Aristote et la réponse de celui-ci. 5" Alia epistola de medicinali scientia extracta de libro moralium de regimine domiuorum condicta ab Aristotele philosopho et missa ad regem magnificum Alexaudrum.

6" Enfin le poëme de Qualichino ayant pour titre : Incipit Ystoria Alexandri régis à magistro Qualichino metricè édita. Il est orné de dessins assez grossièrement exécutés.

s Bandini, Catal. cod. lat. bihl. Laurent. III, 410. Ce ms. a de plus que celui de Paris un proemium sur les quatre monarchies du monde, qui commence: <■ Post Abrahœ legem quse circumcisus habetiir. ..." et finit : ■ Ue Macedum rege persequar isto modo. "

'• Fabric. Bibl. inf. lat. cum annot. Mansi, t. (Il, p. 32"i. • S.mIp sc'.l.'l.at?-/i(/.

78 ROMANS I.MINS.

Presens historia non narrât singula métro

Qiiae de Natanebo scripta referre soient : Régis Alexandri tanUim volo scribere gesta.

Natanebus dixit : Fili mi, nocte sequeris,

Et tibi monstrabo sidéra nota inihi.

Inde foras pergunt ut sidéra cognita monstret :

Herculeam stellam aspice, dixit ei.

El fiilget niminm siilendida Stella Jovis. Ex bis cognosco quod mine mea fata propinquant :

Filins ecce meus est homicida mei.

Inquit Alexander : Falsè cœlestia tractas.

Gens /Egyptiea régi nunc obvia venit :

Inde fit .-Egyptus tota subacta sibi.

Rex statuam cernit nigro lapide fabricatani :

Quserit ab ingeniis cur fabricata fuit.

Inquit ei turba : Rex Natanebus fuit ille

Pro cujus laude sic fabricata manet.

Dixit Alexander : Genuit me Natanebus rex. Tune se prostravit osculans statua'.

Je termine ces citations par les vers qui décrivent la descente du roi au fond de la mer Rouge :

Ampulam clarain fieri jussit ab illis

Ut claro vitro cernere possit aquas.

Mandat ut stringant vas rex ferrca vincla,

Ut teneant équités talia vincla jubet.

Ex ipsis statuit quantum vellet esse sub undis.

Intrat in ampulam : mox quoque clausa fuit : Ferventi pice sunt cuncta foramina clausa,

Ut maris unda (?) non penctrare queal : Sic rex inclusus petiit maris inde profundum.

11 V a dans ce poème un chapitre sur les nations de Gog et de Magog enfermées par Alexandre et retenues par art mayique. On V trouve fort en abrégé les lettres d'Alexandre à Olympias

hOMANS LATINS. 79

et a Arislole, et il se termine par rempoisonnement, le testament et la mort du héros à Babylone. Outre les auteurs que j'ai cités dans les notes, Quadrio (t. VI, p. 478 et 479), Labbe (liihl. nova ma. p. 68), Jacobilli (Bibl. script. Umbriœ, p. 287 , Fabricius [Bibl. grœc. t. IIF, p. 50, éd. Harles), et 01. Borricbius {DisserL de poët. p. 89), ont parlé de l'ouvrage de Qualichino.

V. Je trouve l'indication d'une autre rédaction du roman latin sur Alexandre dans les notes de Martin Opitz sur le Rhylhme de Saint-Annon, morceau de poésie dont nous aurons encore à parler. Ici il ne peut être question que de ce que dit Martin Opitz. Il cite un manuscrit latin intitulé : Excerplum de vitâ Alexandri Magni, et en extrait certains passages *. En voici quelques-uns qui feront juger que l'histoire fabuleuse d'Alexandre, possédée par le savant Allemand, se rapportait, quant au fond, à VHistoria de Prœliis., mais que la rédaction s'en éloignait beaucoup, au moins dans un grand nombre d'endroits.

pr Fragment. — Sur les arbres du Soleil et de la Lune :

« Cœpit Alexander cogitare in animo suo, si triumphans

reverti posset in patriam suam ad matrem et sorores carissimas. Cui -subito arbor indico sermone respondit : Sicut interrogasti nomen meum, Alexander, eris dominusorbis terrarum, sed vivens in patriam non reverteris ; quoniam fata sic delinierunt de te. Cumque ille interrogaret Indos quos secum adduxit, interpretati sunt ei sermonem. Tune ires fidèles ejus amici^ Perdicca, Cliton, Philotas cœperunt plangere super bac respon-

sione.... Conf. sup. p. 64) Vespere autem venions ad

interrogandum arborem Lunœ, cum stetisset juxta arborem, interrogavit ubi mori deberet. At ubi splendor lunœ teligit arborem, respondit arbor grœco sermone : Plenam jam finem setatis habes, Alexander; sed isto anno, adveniente Maio, in Babylone morieris, deceptus a quo minime pnesumis. »

* Apud Schilter, Thesaur. Antiq. Tentonic. t. I.

11^ Fragment. — Ascension dans les airs • « Divina

vero virtus obnmbrans gryphos, dejecit eos in terrain in loco campestri longé al) exercitu itinere dieriim decem. Nullam lamen hrsionem sustinnit Alexander in cancellis istis. Ciim magna vero angnstia redditus est militibus suis quem videntes, Isetati sunt collaudantes eum ^ »

IIP Fragment. — Alexandre au fond de la mer. « Hoc

audiens Alexander, jussit talia fieri et hoc modo perquirens profundum mare, vidit diversas figuras diversi coloris piscium et quasi terrestrium animalium profundum maris perambulantium, multaque quae dici non possunt. »

\J Excerpium de vila Alexandri ne m'est connu que par les notes d'Opitz ^.

Plusieurs Pères de l'Église et quelques auteurs ont parlé d'une lettre d'Alexandre à sa mère. Mais cette prétendue lettre parlait de quelques mystères qu'il avait appris en Egypte et non dans l'Inde.

Yl. Les anciens auteurs ont fait souvent mention des lettres qu'Alexandre avait écrites % et parmi celles qui ont d'évidents caractères de supposition, on doit placer la lettre dans laquelle il rend compte à Aristote des merveilles de l'Inde. On la trouve dans des manuscrits; elle a été imprimée plusieurs fois, et comme elle n'existe qu'en latin, on a décoré celte traduction du nom de Cornélius Nepos". Cette lettre est un digne pen-

• On voit que ce fragment est presque identique avec le passage correspondant de VHist. de Prœliis.

- Un manuscrit de la bibliothèque de Bàle 'A. xi, 34) est intitulé : Excerpta de Alexandri M. vità. (Hœnel, Catal. lit. ms. ç. S46.) Il contient peut-être la rédaction dont Opitz a fait usage.

3 V. Fabric. Bibl. grcpc éd. Harles. t. I, p. 683 et t. III, p. 27 et sq.

* Alexandri Magni Epistola de situ Indice et itinerum in ea vastitate ad Aristotelem.. . perscripta : ex interpretatione Cornelii Nepotis : denuô recensait . . . Andréas Paulini, Gissae, 1706, in-8t>. — L'honnête éditeur n'a pas le moindre doute sur l'auteur ni sur le traducteur. Fabricius n'est point si crédule; mais il croit que cette lettre contient des extraits des récits ou des mensonges qu'offraient les ouvrages d'Onésicrite, d'Orthagoras et des autres anciens écrivains

liant de celle qu'on trouve sur le même sujet dans J. Yalerius '; quelques-unes des merveilles que la première raconte se rencontrent dans la seconde, mais sur beaucoup de choses elles n'ont point de rapport, et les phrases sont absolument différentes. Cet écrit paraît avoir été fabriqué dans le neuvième siècle - ; on le trouve dans des manuscrits du onziènie ' ; il est cité dans le Catalogue de la bibliothèque de Bobbio, qui a été rédigé au dixième siècle ", et dans le siècle suivant Jean Tzetzès semble y faire allusion, en mettant Alexandre au rang des auteurs qui écrivirent des récits fabuleux ^

Alexandre raconte à son précepteur qu'après avoir vaincu Darius sur le Gange et Porus dans l'Inde Phasiaca (Prasiaca), il s'empara du palais de ce dernier roi. Il en décrit les inouïes

des gestes d'Alexandre. (Bibl. lat. t. I, p. 117, éd. Ernesti.) — La lettre d'Alexandre a été plusieurs fois imprimée; elle fait aussi partie d'un recueil {Septisegmentatum opus) publié par Alex, .\chillini, Venise, 1516, fol. et Paris, 1520, in- 12 min. — Le texte grec de la lettre dWlexandre sur l'Inde a été publié par M. Berger de Xivrey {Tradit. Tératol. pp. 331-376) d'après les ms. du faux Callisthène grec, n» 1 1 3, supplément, et 168o de la Bibliothèque durci de France. Parmi les travaux de la Société ashmoléenne d'Oxford, on trouve : « D'une lettre apocryphe d'Alexandre le Grand à Aristote, contenant une description de l'Inde, par J. Duncan. »

Il parut dans l'antiquité plusieurs lettres sur les merveilles de l'Inde, attribuées à des compagnons d'Alexandre. On peut citer celle de Cratère à sa mère Aristopatra, dont parle Strabon. (XV, p. 702.)

» J. Valerius, III, c. .\xiii-XLiii, pp. 136-177.

* Muratori, Anliq. Mcd. /Evi. t. III, p. 281, diss. 43.

5 Ou même avant, puisqu'on le trouve déjà cité dans Freculfe {Chronic. t. I, lib. IV, cap. 23), auteur du neuvième siècle : » Qui verô plenius scire voluerit quse in Indià Alexander pertulerit in inviis locis cum immanissimis belluis ac serpentibus, auream domum etiam Pori régis prœdicti, quœ aureis fulciebatur columuis mirse magnitudinis et caeteris mirabilibus ibi repertis, epistolam Alexandri ad matrem et ad magistrum directam legendo percurrat. »

* A la suite du n« 8318 m^. lat. de la Bibl. du roi de France, qui contient un abrégé de J. Valerius.

^ J. Tzetzès, Chiliad. VII, v. 646. — Alexandre n'est pas le seul à qui ou ait attribué une lettre sur les merveilles de l'Inde. On a trouvé en Russie une lettre du prêtre Jean à l'empereur grec Manuel qui renferme d'aussi beaux récits. V. Karamsin, Hist. de Russie, t. III, pp. 386, 387, note 26, traduction française. C'est le livre dont parle le Spéculum rngale islandais, p. 76.

magiiiliceiices et parle de quatre cent quarante colonnes d'or massif de trente pieds de hauteur. Il veut ensuite pénétrer dans l'Inde Intérieure, en Bactriane et chez les Seres, quœ gens arborum foliis decerpendo lanuginem ex sUvestri vellere vestes detexit, mais ses guides l'égarent, et son armée, sur le point de mourir de soif, est attaquée par des monstres de toutes les espèces. Cette attaque dure à peu près tout le long de la lettre; les bétes féroces depuis l'immense odontotyrannus, les serpents gros comme des colonnes, les lions grands comme des taureaux, jusqu'aux scorpions et aux chauves-souris laissent à peine un moment de repos à l'armée macédonienne, et j'en avertis une fois pour toutes afin de n'en plus parler. Cependant Porus a rassemblé une nouvelle armée, et Alexandre, déguisé en marchand, s'introduit auprès de lui ; puis il le bat et lui laisse ses Etats. Il arrive ensuite aux extrémités de l'Orient, aux trophées d'Hercule et de Bacchus ; il trouve les statues d'or de ces dieux, les fait sonder et y ofTre des sacrifices : il parvient au fleuve qu'Hercule et Bacchus n'avaient point dépassé, et prend le dessein de visiter la partie gauche de l'Inde. Sur le fleuve Buemar une immense troupe d'éléphants menace Alexandre, qui leur oppose des porcs dont le grognement aide à les mettre en fuite. Il rencontre les Ichthyophages velus et ensuite les Cynocéphales ; enfin le ciel semble se déclarer contre lui : une neige abondante est suivie d'une tempête affreuse qui finit par une pluie de feu '. Cela ne l'empêche pas d'arriver à l'Océan éthiopien, aux montagnes de Dionysius et à l'antre de Liber. Alexandre raconte ensuite sa visite aux arbres du Soleil et de la Lune ; le récit en est plus long que dans aucun autre roman ^. Ces arbres sont mâle et femelle; leur prêtre est décrit : liomo pedum amplius decem statura allior, nigro corpore^ denlibus caninis... perforatis auribus, ex quibus uniones dependebant annuHque^ et eratpellibus ferinis vestitus. Les arbres pré-

• V. ci-dessus, p. 70, not. 1.

^ Il occupe pp. 45-Si.

disent la mort d'Alexandre, mais dans tout cet épisode il y a plusieurs détails qu'on ne trouve pas ailleurs ^

Dans la vallée Jordea, il y a des serpents qui ont des colliers d'émeraudes ; ils se livrent des combats, périssent en grand nombre et les Macédoniens font provision de ces pierres précieuses. Les roseaux du lleuve Clujas sont si grands que trente hommes peuvent à peine en porter un. Les Macédoniens, après avoir passé ce fleuve sur des radeaux, trouvent des Indiens vêtus de peaux de baleines; ils sont hospitaliers et offrent aux soldats des éponges blanches et pourpres ^, de grandes et belles coquilles et des vêtements de veaux marins. On pêche dans le fleuve des vers gros comme la cuisse, qui sont meilleurs à manger qu'aucun poisson. De belles femmes, à longue chevelure, y font aussi leur demeure ; elles enlèvent les hommes, les étouffent dans l'onde ou les font mourir de plaisir^. Alexandre dit ensuite un mot du Gange, et, malgré de nouvelles attaques de la part des bêtes féroces, il revient dans

' p. 48. • In medio autem luci sacratœ arbores simillimœ cupressis frondium génère, pedum altœ centenorum erant : quas Bebrionas Indi appellant. Eas cum mirarer, diceremque frequeutibus imbribus ità excrevisse, aflirmabat sacerdos se nunquam in his locis pluviam, neque feram, aut ullam avem, aut nullum vidisse serpentem : termines autem esse ab Indorum majoribus Soli et Lunœ consceratos. Affirmabat idem quod in eclipsi Solis aut Lunae uberrimis lacrymis sacrse arbores commoverentur suorum numinum statui timentes. . .•> P. 49. " Quod ego dum facturus essem, iuterrogandum tamen sacerdotem existimavi indicé an grœcè mihi essent arbores responsurœ. Tum ille inquit utràque solem eloqui linguà et futura pronunciare. Luna autem, dixit ille, iudico sermone iucipit, iiidico finit *. Dùm hœc geruntur, vidimus ab occidente jubare fulgentibus Phœbi radiis percussa arborum cacumina. . . " P. oO. "Cominus igitur stantes, divina auribus aucupaii fuimus oracula. . . , Tune subito indico sermone tenuissimè respondit arbor : Invicte bellis Alexander, ut consuluisti, unus eris terrarum orbis dominus, sed vivus in patriam non reverteris ; ita enim fata de tuo capite statue-

runt etc., etc. On peut comparer ce fragment avec les passages de VExcerp-

tum cité ci-dessus, p. 79 ; de VHistoria de Prœliis citée p. 71 et avec J. Valerius, lib. III, c. 38, 42.

* Uistoria de Prœliis.

5 Idem.

■ Histnria de Prœliis : " grseco sermone iiicipil et indicé lin;.nià ileterminal. » CF. p. 71.

le pays de Porus et termine sa lettre en disant qu'il a ordonné qu'on élevât des trophées en or sur lesquels seront inscrits des récils qui étonneront les siècles futurs.

Cet extrait semble prouver que vers le neuvième siècle, un écrivain voulut faire un ouvrage à part de la lettre d'Alexandre à Aristote, qui faisait partie des romans d'Alexandre, et que dans ce but il l'amplifia par de nouveaux détails, y fit intervenir tous les monstres que son imagination et ses lectures purent fournir, et en fit une rédaction toute nouvelle \

J'ai dit précédemment (p. 76) qu'on avait désigné VHistoria de Prœliis comme ayant été le modèle du roman de Charlemagne. J'ajoute maintenant qu'on a aussi prétendu qu'un religieux de l'abbaye de Saint-Gall avait tiré de la lettre d'Alexandre sur l'Inde le sujet d'un roman extrêmement répandu en Allemagne, sous le titre des Aventures du duc Ernest de Bavière ^. Cette dernière assertion ne me paraît pas mieux prouvée que la première. Ernest, duc de Bavière, fut entraîné dans la révolte contre Louis roi de Germanie par son gendre Carloman, et les poètes et les romanciers qui l'ont célébré ont orné le récit de ses prétendues aventures d'une multitude de fables. Il y a plusieurs écrits qui les racontent ; le plus ancien est un poème latin en huit chants, dédié au commencement du treizième siècle à un évéque de Magdebourg, par Odo, qui paraît connaître Paris, mais que rien ne désigne comme un moine de

* Il semble, d'après ce que dit Le Grand d'Aussy, qu'un manuscrit de la Belgique renfermait une version française de la lettre d'Alexandre ; voici ses paroles : • L'ouvrage est divisé en deux parties, dont la seconde est supposée d'Alexandre lui-même, et forme une prétendue relation qu'il envoie à son maître Aristote sur ses conquêtes dans l'Inde." {Notices des ms. de la Bibl. du roi, t. V, p. 131.)

* Jean de Millier, Histoire des Suisses, t. II, p. 157, trad. franc. Il cite Fugger, Histoire d'Autriche. .le ne sais pourquoi il nomme la lettre d'Alexandre : Relation d' Aristote sur l'Inde. — Simond, Voyage en Suisse, t. II, p. 56, copie Millier : « Un religieux, dit-il, tira de la relation d' Aristote sur l'Inde le sujet du premier roman qui ait été probablement écrit depuis la renaissance des lettres ; F^es aventures du duc Ernest de Souabe. •<

KOAIANS LATINS. 85

Sainl-Gall. Les voyages et les aventures qu'il raconle de sou héros et de son inséparable compagnon Wécelo, n'ont aucun rapport avec celles que contient la lettre d'Alexandre. Leur vaisseau qui s'attache à une montagne d'aimant \ la manière dont Ernest et Wécelo se sauvent en s'enveloppant dans des peaux de bœufs et se laissant enlever par des griffons, rappellent les contes de l'Orient (|ue les Arabes firent connaître ^. Ces fables, où il est question d'enlèvements par des oiseaux monstrueux, appartiennent aux Persans % et les Arabes les

' Sur les îles Maniolae, dont les pierres d'aimant attiraient les clous des vaisseaux, V. Ptolem. Geog. VII, 2, p. 178, éd. Barth. — Pallad. de Brachman. p. i. — Salmas. Plin.Exercit. p. 775.

* Dans les Voyages de Sind-bad, conte arabe, ce marin est enlevé par un rokh (p. 23), puis, plus tard, il sort de la vallée des diamants en s'attacliant à un morceau de viande qu'un aigle enlève (p. :29). {Les voyages de Sindbcid h marin, traduits parLanglès, Paris, 181i, in-12.) D'autres auteurs, et en particulier Teisfaschi qui, auXIIIe siècle, écrivit sur les pierres précieuses, font des récits analogues (Reinaud, Cab. de Bldcas, I, p. 18.) — Saint Epiphane raconte presque de la même manière que Sind-bad comment on se procurait les pierres précieuses dans la Scythie {De Gemmis, p. 30, éd. Foggini, Romœ, 1743, i"), et il est bien plus ancien que tous les romans latins sur Alexandre. 11 est vrai que cette belle histoire, qui se lit dans l'ancienne version latine tirée d'un manuscrit du onzième siècle, manque complètement dans le texte grec {Epiplianii oper. t. II, p. 2'29, éd. Petav.) et qu'elle pourrait être une interpolation du traducteur. Cependant on assure que ce qui reste en grec n'est qu'un abrégé du traité d'Épiphane. Quoi qu'il en soit, voici quelques vers de cette aventure extraits du poëme d'Odo :

Actutum, si quœ hic, quaeramus tergora, et armis

Vestiti priîis, optatis volvamur in illis.

Ut nos tollentes mentita cadavera grifae

Pullis objiciant, à queis facientibus armis

Et cute dissuta nos, si volet, ille Deorum

Optimus eripiet

.... GrifiB consueta petentes

Prandia, distinguunt horrendo nubila tractu,

Visaque tollentes ad nidiim corpora ponunt,

Nidentem longé et rursùm super aéra vaduut :

Hoc dux gavisus, nullo violabile rostro

Ense secat corium et descendit ab arbore, sano

Sanus cum socio

Ce poëme a été publié par î\Iartenne et Durand, Thesaur. nov. Anecdot. t. Ifl, p. 308-376. — Voy. aussi Eckhart, Franc, orient, t. II, p. 510-523. ^ V. VHisloire de Kai-Kaous tirée du Schah-nameh, ci-dessus, p. 6.

oui apportées dans i'Occidenl. Elles s'introduisirenl dans les romans du moyen âge et même dans les rédactions latines du roman d'Alexandre, tandis que l'on n'en trouve aucune trace dans les rédactions grecques anciennes, telles que celles du faux Callisthène et d'/Ësope. Elles étaient déjà répandues lorsque les romans lalins furent écrits, et ces romans ne se durent rien les uns aux autres, mais chacun d'eux puisa à la source commune.

Puisque j'ai été conduit à parler du roman d'Ernest de Bavière, j'indiquerai en deux mots les formes dans lesquelles il a été successivement rédigé. Henri de Veldeck, minnesinger de la basse Allemagne, fit des aventures du duc Ernest un poëme de 5660 vers ^ ; il écrivit en allemand, mais il dit luimême qu'il imite un poëme latin, sans doute celui d'Odo. Henri de Veldeck était ami de Wolfram d'Esclienbach et vivait au commencement du treizième siècle.

En 1500 on a publié à Erfurt un autre poëme sur le même sujet. Enfin, il a été traité en prose d'une manière tout à fait populaire et réimprimé un grand nombre de fois ^.

Je ne connais pas d'autres rédactions latines du roman d'Alexandre, et je termine ce qui les regarde en indiquant une espèce d'appendice que contient le manuscrit latin n" 8519 de la Bibliothèque royale de Paris. Ce manuscrit, écrit au treizième siècle, renferme un de ces nombreux abrégés de J. Valerius dans lesquels ce roman est réduit h un livre. A la fin on trouve un article séparé sous le titre : De itinere ad Paradisum. Il commence : Igitur Alexander nobili ac multiformi

• Le poëme de H. de Veldeck a été publié dans le Recueil des Poètes allemands du moyen âge, par Vander Hagen et Busching, Berlin, 1808, 4».

2 J'ai sous les yeux une de ces rédactions populaires intitulée : « Eine lesenswiirdige Historié vom Herzog Ernst in Baiern und Oestreich, wie er durch wunderliche Unfall sich auf gefâhrliche Reise begeben, jedoch endlich vom Kaiser Otto, der ihme nach dem Leben gestanden, wiederum begnadigt worden.» Reutlingen, in-S», 93 pages.

prœda onustus... Le héros macédonien arrive au Gange; c'est le Physon dont la source est au Paradis ; il remonte ce fleuve avec de grandes fatigues, et à l'aide d'une pierre magique (miri fulgoris rarique coloris^ quœ quantîtate et forma liumani oculi speciem imilabat), il parvient à un lieu où un vieux Juif, nommé Papas, lui explique les vertus de cette pierre, et lui donne des conseils de morale et des leçons de modération. Alexandre les met à profit, se corrige de ses défauts..., mais il est empoisonné ^ Ce récit est pris des Rabbins ■', comme le Secretam secreti., attribué à Aristote, et dont j'ai parlé ci-dessus (p. 40), a été tiré des Arabes.

*■ » Cumque omni malorum suspicione posthabità, uobili floreret magnificentià et regali jocuudaretur glorià, ab uno domesticorum suorum quo minus suspicabatur mortifero infectus est poculo, sicut in responsis accjperat in Indià ab arboribus Solis et Lunœ. Cumque vim veneni in se grassantis viciuà jam morte sentiret, accitis juvenibus, secum ab infantià nobiliter ut decebat regià magnificentiL educatis, regnorum suorum jura divisit...». etc. Cette dernière phrase est

tirée de 1 Macchab. I, 7. « jcat èjcâXeffs toùc Traïâ'a; kùtcù t-Jj; èvâ'o^cu; tc-ù;

ff'jvTpoQou; aÙTCÙ à—o v£o'tyitoç »

^ On trouve cette fable du voyage au Paradis dans le poëme allemand du prêtre Lambert, et dans la Chronica regia Coloniens. [Apud Eccard, Corpus Histor. Med. Mvi. t. I, col. 713 et seq.) J. Valerius (lib. III, 38), en parlant de l'endroit oîi étaient les arbres du Soleil et de la Lune, dit : «.... locum arboribus consitum amœnis : hune illi Paradisum vocitavere.»

88 iiÉBIlElIX.

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