PREMIERE PARTIE
Les historiens ' nous apprennent qu'an quatrième siècle, Ulpliilas, évêque des Gotlis, inventa un alphabet à l'usage de ce peuple et traduisit l'Ecriture sainte en leur langue. Jusqu'au seizième siècle, cette version si ancienne a été absolument inconnue et la littérature des Goths semblait avoir péri tout entière. En 1569, Jean Van Gorp publia l'Oraison Dominicale en langue mœso-golhique '■ et annonça qu'elle lui avait été communiquée par Maximilien Morillon comme ayant été tirée des papiers d'Antoine Morillon, son frère, bibliothécaire du cardinal de Granvelle ^ Antoine Morillon parait avoir composé
• Socrat. Hist. Ëccles. IV, 33. — Niceph. Callist. XI, 48. — Jornandès, De rébus Gotk. 51. — Isidor. Hisp. Chron. Goth. ann. Hisp. œr. 413.
- Goropi Becanii Origin, Àntuerpian. lib. VIII, p. 739.
5 V. sur.\nt. Morillon Paul Colomiès, Bibliothèque choisie (Paris, 1731, in-12) pp. 223-2-25. — Id. XVIII, 336. — Just. Lips. De cruce, lib. III, cap. 5, net... « Viri summi futuri si diutiùs vixisset." — .lust. Lips. De rruce, not. ad lib. Il, cap. 10, cite Ant. Morillon comme ayant donne le sens d'un mot dans les Kvangiles gothiques. — Hanier, dans les Mi'inoin's de Vigncul-Marville. — Barbier, Dicl. des anonymes. — Hiog. vniv. ^ Vulcanius.
1 88 LITTÉllATL KE DES GOTHS.
|ioar ce carilinal un petit livre sur les lettres et la langue des Golhs ', qui fut publié en 1597 par Bonaventure Yulcanius ", et dans lequel les caractères des Goths parurent pour la première fois. L'auteur avait pris ses matériaux dans un manuscrit qu'il trouva ou qu'il découvrit à Werden, près de Cologne, dans une abbaye fondée par saint Liudger vers la tin du huitième siècle '% et ce n'est pas à l'époque de la publication faite par Vulcanius qu'il faut rapporter cette découverte, comme on le fait ordinairement. Le témoignage de Yan Gorp prouve qu'elle précéda de plusieurs années l'impression de son ouvrage. D reconnaît que l'échantillon qu'il en produit avait été extrait du manuscrit de \\erden. Vulcanius donne au manuscrit original le nom de Codex Argenteus et il ajoute : pictus magis quàm scriplus. Ce nom lui est resté, et le Manuscrit d'argent, après de nombreuses vicissitudes ", se trouve maintenant à
' Usser. Epist. ad .}\iuïum, Glossar. goth. p. lo.
* De literis et lingua Getarum sive Gothorum, Lugd. Batav. 1597, in-S». — Cet écrit a aussi été attribué à Ant. Schoonhovius.
3 Eccard, Franc, orient, t. I,p. 778.— Eccard, Hist. Stiidii Etymolog. ling. (icrmanic. cap. VI.
* J.-A.-I). Schinmeier a écrit en allemand (Rentsburg, 1782, 4") l'histoire de ce manuscrit. On peut aussi consulter Th. Mareschal, Observ. de vers, gotli. (ad calcem Evangel. Goth. et Anglo-Sax. 1684) p. 389, ^3. — 01. Celsii Bibl. Upsal. hist. pp. 116-123. — (And. Novelii) in Bibl. Upsal. hist. strictur. pp. 41-48. — 01. Celsii Hist. Bibl. Stockholm, pp. 63-63. — Ihre, Analect. Vlphilan. Dissert, prima, § \IV, pp. 194-193, CoUect. Busching. — J.-G. Eccard, Hist. Studii Etymolog. ling. germanic. cap. VI. — D. Clément, Bibl. curieuse, IX, p. 337.
Les savants ont fait diverses conjectures sur son origine. On a cru qu'il avait été trouvé dans le palais d'Alaric, à Toulouse, lorsque Clovis s'en empara en 507, ou qu'il faisait partie des trésors d'.Vmalaric, pillés en 531 par Childebert. Cette dernière opinion s'appuie principalement sur le passage suivant de Grégoire de Tours (lib. III, cap. 10) : " ... Childebertus inter reliquos thesauros ministeria Ecclesiarum pretiosissima detulit. Nam sexaginta calices, quindecim patenas, viginti Evangeliorum capsas detulit, omnia ex auro puro ac gemmis pretiosis ornata...» Ces cassettes (capsœ) plus ou moins riches dans lesquelles on renfermait les Écritures saintes ou autres manuscrits précieux, ont été en usage dans divers pays, entre autres en Irlande oîi l'on eu a trouvé qui remontent, dit-on, au sixième ou au septième siècle. (W. Betham, Account of Irish antiq. reseurch. Dublin, 1826. — Férussac, Bullet. des sciences hist. 1829, février, t. iX, pp. 210 217 . .Sur le mot rop.sa'y. Du Caiige, G/o.vs inf. lot. t. Il, col. 276. —
MTTÉRATIUE SACRÉE. 1 S9
Upsal '. Il contient une grande partie des quatre Evangiles, tracés en caractères d'argent sur du vélin pourpre. On a donné plusieurs éditions de ce célèbre manuscrit.
En 1762, Kniltel publia cinq chapitres de l'épitre de saint Paul aux Romains, écrits avec les mêmes caractères et dans la même langue que les Évangiles du Manuscrit d'argent ^. Il les avait découverts dans un manuscrit palimpseste, qui, de l'abbaye de Weissenburg, était passé dans la bibliothèque de Wolfenbuttel '\ Dans ces fragments la version gothique est accompagnée de la version latine : elles forment deux colonnes et occupent quatre feuillets; d'autres feuillets, beaucoup plus nombreux, contiennent en grec et en latin plusieurs morceaux d'écrits sacrés et profanes. Ils sont tous recouverts par une seconde écriture qu'on peut rapporter au huitième ou au neuvième siècle, et qui présente des ouvrages d'Isidore de Séville.
A une époque récente, le célèbre abbé Mai trouva dans la bibliothèque Ambrosienne de Milan cinq manuscrits palimpsestes provenant du monastère de Bobbio. La première écriture offre des parties des Livres saints en langue gothique. M. Mai et M. le comte Ch.-Oct. Castiglione unirent leurs efforts pour exploiter ces richesses, et publièrent, en langue gothique, un fragment du second chapitre d'Esdras, plusieurs versets des chapitres V, Vï et VII de Néhémie, des morceaux de saint Matthieu qui manquent dans le Manuscrit d'argent et des parties assez considérables des épitres aux Philippiens, à Tite et à
Greg. Tur. De Glor. confess. cap. LXIII : ■ capsam ad saucta Evangelia recludenda . . . ■• On a aussi donné le nom de Codex anjenteus, à cause de sa couverture, à un volume du Cartulaire de l'abbaye de St-Père de Chartres. (Guérard, Cartiilaire de l'abbaye, etc. Paris, 1840, in-S", 2 vol.)
' Jean Ihre (Fragm. vers. Ulphil. prœf.) a soutenu que les fragments publiés par Vulcanius avaient été tirés d'un manuscrit différent de celui qui est à Upsal: mais queliiues variantes ne paraissent pas suffisantes pour faire admettre cette opinion.
* l'lplnl(P versionem gothicuni uonnidlonim ra])itinn epiililfr Di>-i Pauli nd Hnmanns... Guelferbyti, 4".
"• Burckliard, Tlistnr. bibliolli... Wnlfenhiitt. i. I, p.:256.
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Pliilémon '. On trouve encore dans cet ouvrage des fragments d'un commentaire et d'un calendrier en langue gothique. Les savants éditeurs ont ajouté à la version d'Ulphilas, pour en faciliter l'intelligence et comme point de comparaison, une traduction latine littérale accompagnée du texte grec. Des notes ornent le bas des pages et ce petit volume est terminé par un glossaire des mots gothiques jusqu'ici inconnus qui se rencontrent dans ces fragments. On trouve dans la préface la description des manuscrits, des recherches sur leur âge et un abrégé de l'histoire des Golhs.
Monsignor Angelo Mai ayant été appelé à Rome, le comte Castiglione continua seul l'élude des manuscrits gothiques de Milan; l'état de sa santé contraria longtemps ses travaux, et ce ne fut qu'au bout de dix années qu'il put donner une suite au Spécimen. D'après deux des palimpsestes de l'Ambrosienne, il publia la version gothique de la seconde épître aux Corinthiens. Il V a joint une traduction latine, un glossaire et une savante préface ^. Le comte Castiglione a encore publié plus tard : Gothkœ versionis epistolarum D. Pauli ad Romanos, ad Corinthios prima'., ad Ephesios quœ supersunt, ex Âmbros. Bibl.palimpsestis deprompta cum adnotalionibus., Mediolani, 1834, 4° (il n'y a dans ce volume ni préface, ni traduction, ni glossaire); et enfin : Golhicœ versionis epistolarum Divi Pauli ad Galalas, ad Philippenses, ad Colossenses, ad Tkessalonicenses primœ quœ supersunt, ex Âmbros. palimpseslis deprompla cum adnotatiombus, Mediolani, 1835, 4°.
Telles sont les portions de l'Écriture qui ont été publiées jusqu'à ce jour dans la langue des Golhs de Mœsie.
L'idiome du Manuscrit d'argent a été l'objet d'une grande
« riphilcp partium ineditarum in Ambrosia)i is Palimpsestis ab A ngelo Maio repertarum Spécimen, conjunctis curis ejusdem Mail et Car. Oet. Castillionsci editum, Mediolani, IS19, 4o, pp. xxiv et 36.
•' Ulphilœ gothica versio epistolœ Divi Pauli ad Corinthios secunda>... edidit Car.-Octav. Castillior.TUf;, Mediolani, 1819. i".
discussion entre les érudils. G. Hickes, La Croze, Welslein, Amas Magnaius, Moslieini, Upliagen, etc., ont soutenu qu'il fallait le ra[)})orter au saxon ou franc, plutôt qu'au gothi(|ue. Sperling est d'avis qu'il se rapproche de la langue des Lom* bards*. Mais Junius, Stiernlielm, Leilmitz, Thomas Maresclial, Wilkins, Laurent Arnell, Dietcric de Stade, Jean Frickius, Wachter, Michaelis, Benzelius, Edouard Lye et Jean Ihre ont cherché à réfuter leurs arguments et à établir que le manuscrit d'Upsal contenait la version d'Ulphilas. Pendant que ces grandes autorités balançaient l'opinion, on trouva en Italie, dans des actes écrits sur papyrus au sixième siècle, des souscriptions en langue et en caractères ostrogothiques, et le savant Ihre tira un grand parti de ces monuments pour établir l'identité de la langue des Goths avec celle du Manuscrit d'argent. C'est ainsi qu'il prouva que ce manuscrit nous avait conservé la version d'Ulphilas^. Cette démonstration s'étend aux palimpsestes de Wolfenbuttel et de Milan, et l'on voit quelle était l'erreur du marquis Maffei % lorsqu'il soutenait que les Goths d'Italie n'avaient point de caractères d'écriture que ceux qu'ils avaient reçus des Romains *.
• Sperling, Dissert, de Baptismo vet. Elhnic. cap. II. « .... Adeo, ut potiiis Langobardica aut Germanica, quam Ulphila-Gothica, Evangelia ha?c dici me-
reantur non nisi bas literas Langobardicas et linguam istam Langobardicam
esse promptiùs est affirmare quam Gothicam ab Ulphila profectam.»
2 V. Gori, Inscript. Donian. p. 496. — Ed. Lye, Prœfat. ad Evamj. Gotli. p. XXXV. — Knittel , Vlphil. vers, fragm. p. 402. — ftlarini, Papiri diplomat. n» H8, p. 344, tab. XV, et no 119, p. 343, tab. XVII. — Ihre, Monument, vet. ling. Ostrogoth. Neapoli repert. in t. III. Act. Acad. Upsal. - Ihre et Tbensted, Dissert, de ling Cod. Argent. ^ 16, Upsal 1754, et apud Dusching, p. 267
3 Maffei, Veron. illustr. part. I, p. 326 : « Egli è indubitato che se coteste genti avessero avuti caratteri, e usato di scrivere in lingua loro, qualche monumento se ne vedrebbe. ■>
* Anongm. Vales : » .... De qua re lamiuam auroam jussit interrasilem fieri, quatuor literas régis habentem : Theod. ut si subscribere voluisset, etc. » — La signature Theod en latin aurait cinq lettres et non pas quatre. Théodoric signait donc au moyen de la lame d'or découpée en gothique : i^£, A. à- ou en grec ftF.OA. L'empereur .lustin, qui ne savait pas non plus écrire, se servait d'une lame pareille, (Procope, Anecd.)
h)2 LITTÉRATURE DES GOTHS.
D'autres faits philosophiques et liistoriques appuient encore cette conséquence. 1° Les Goths ont habité entre le Don elle Dnieper ; la partie de ce peuple qui ne suivit pas Théodoric en Italie, s'établit en Crimée % et ce pays formait au quatrième ou cinquième siècle le diocèse de Gothie. Les Génois conservèrent cette dénomination, et l'évéque de Gaffa prenait encore au commencement du siècle passé le titre d'évèque de Gothie^. Les Goths habitèrent aussi les deux rives du Danube, même avant qu'une grande partie de leur nation passât ce fleuve au temps de Valens. Leur langue s'est longtemps conservée dans cette région, et, au neuvième siècle, elle y était encore en usage dans la célébration de l'office divin ^ Le moine Rubruquis au treizième siècle '*, Josaphat Barbaro au quinzième, et quelques autres voyageurs ont retrouvé dans la Crimée les descendants des Goths ^, et des mots de leur langue furent recueillis en assez grand nombre au seizième siècle par Busbeq, ambassadeur à Constantinople. Ils ont, comme d'autres mots cités par les anciens auteurs, une grande analogie avec la langue du Manuscrit d'argent ^ L'autre partie de la nation, qui
' Procop. De Aedif. III, 7.
2 Danville, dans les Mém. de l'Acad. des Inscript, t. XXX, p. 240. — Lequien, Orh-ns Christ, t. I, col. 1239 et seq.
5 Walafrid Strab. De rébus Ecoles, cap. 6 : « Et ut historiœ testantur, postraodura studiosi illius nationis (Gothicœ) divines libros in siiœ locutionis proprietatem transtulerunt; quorum adhuc monumenta apud nontinllos habentur... Et fidelium fratrum relatione didicimus, apud quasdam Scytharum gentes, maxime Tomitanos, eadem locutione divina liactenus celebrari officia. ■•
* V. col. S, Collect. de Bergeron.
s Viaggio di Josafa Barbaro alla Tana (Collect. de Ramusio, t. II, f. 98, \°.) — Danville, dans les Mémoires de l'Acad. des Inscript, t. XXX, p. 240. — Zurla, Di Marco Polo e degli viagg. Veneziani, t. II, p. 210, 211. — Villoison, dans le Magaz. Encyclop. 1804, t. V, p. 76, 78. — Peringskiold, Annot. in Vit. Theodor. p 348, 349. — Beckmann a eu l'idée bizarre que l'on avait pris des .luifs pour des Goths ! (Annal, des Voyages, t. IV, p. 37.)
6 Knittel, Ulphil.vers. twnnull. capit. y> 429-441. — Ihre, Vers. Vtph. fragm. p. 41-46. — Ihre, (îloss. Suio-Golh. p. vi. — Peringskiold, Ann.invil. Theodorici, p. 344, 349. — Scaliger, Canon. Isagog. lib. III, p. 347. — And. A. Malmeniiis, Diss. de reliq. ling. Golh. % X, XII, Upsal 1758, iu-4>\
LITTÉUATUUE SACRÉE. 193
pénétra en Italie avec Théodoric, y renonça si peu a sa langue qu'elle se répandit au contraire autour d'elle *.
2" Par un examen analytique on trouve dans la langue du Manuscrit d'argent un mélange ronianjuahle de mots dérivés du grec, du latin, de l'esclavon, qui semble indiquer d'une manière assez précise les bords du Danube comme le lieu où celte langue fut parlée ".
3" Dans un ouvrage du commencement du sixième siècle, mal à propos attribué à saint Augustin, et (pii, plus probablement, est de Vigile, évêque de Tapse % on lit qu'en langage barbare, c'est-à-dire gothique, Siliora armen signifie : Seigneur ayez pitié. Les bénédictins éditeurs du saint évêque d'Hippone indiquent en note qu'un manuscrit porte Flirota armes., mois légèrement altérés de Frauja armai qui en effet signifient : Seigneur ayez pitié, dans la langue du Manuscrit d'argent ". Ces mots étaient le cri de guerre des Goths ^
4° Enfin le calendrier publié par MM. Mai et Castiglione donne une force nouvelle aux arguments qui viennent d'être énoncés, puisqu'on y lit, en langue et en caractères semblables
• Cassiodor. Kar. VIII, 21 : ■< Pueri stirpis Roraanae nostra lingua loquuntur. ■•
— Les lettres de Théodoric aux rois Barbares sont, dans les Varies de Cassiodore, écrites en latin. Mais ces lettres, composées par ce ministre, pouvaient bien être traduites en gothique pour ceux qui entendaient cette langue. Eu écrivant au roi des Hérules, il dit d'ailleurs : ■> Reliqua per... legatos nostros patrio sermone mandamus. •• Un Romain, Cyprien, comte des largesses , savait les trois langues. [Variai- . V, 40 : Instructus enim trifariis linguis.) On lit enfin [Variar. X, 4) : " Hiuc est quod ejus (Amalasunthœ) doctrina mirabilis per multipliées linguas magna ubertate diffunditur. « — V. encore Procop. Bell. Goth., I, cap. 2. 3.
■^ Wachter, De liiuj. Cod. argent, in MisceWin. Bcrolin. t. III, 1723, p. 40- 47. — Hug, Einleilunij in die Schriften des N. T., % 132, éd. J821. 5 S. Augustini opéra, t. II, append. Epist, 178, p. 39 et 44.
* Steph. Not. in Saxon. Grammulic. p. 210. — Junii Gloss. Gothic. p. 6S.
— Goldast, Rer.Aleman, S. t. I, p. 392. — Ihre, Gloss. Suio-Goth. p. 138. — W. .F. NVeterling, Fragm. ling. Goth. ex Augustin. Upsal 1736, in-S". — .Malmenius, De reliq. ling. Goth. § V.
^ Snor. Sturles, Heimskring, t. II, p. 419.
lî)i LITTÉRATURE DES GOTHS.
à ceux (lu Manuscrit d'argent, la commémoration des martyrs et des événements de la nation des Gotbs.
Telles sont les principales preuves de l'identité de la version d'Ulphilas avec le Manuscrit d'argent, les fragments publiés par Knittel et ceux découverts par Monsig"" Mai.
Cette version de l'Ecriture sainte est le plus ancien monument qui reste de la langue germanique, et l'on peut juger par elle de la perfection à laquelle les Goths de la Mœsie avaient porté leur langage. On voit que dès le quatrième siècle il était fixé *, qu'il avait une grammaire, une orthographe réguhères, tandis que cinq siècles plus tard le dialecte francique ou théotisque était encore un jargon sans règles, sans précision, et qu'on pouvait a peine écrire. Les monuments de la littérature des Francs, et le témoignage d'Olfrid -^ attestent la grossièreté
' Le clergé des Goths officiait en goth à la fia du quatrième siècle. (Théodoret, V, 30-32.) Les Vandales parlaient la même langue au témoignage de Procope, et Marcus (Hist . des Vandales, p. 410) pense que Gélimer, retiré dans les monts Pappua, chantait ses malheurs dans cette langue nationale. Le patriarche arien Cyrilla prétendit qu'il ne savait pas le latin. (Vict. Vitens. II, 18 : " Nescio latine.») Il fallait donc que la version d'Ulphilas fût répandue en Afrique. Sur sa communauté aux deux peuples, v. Castiglione, De Arianism. llphil. p. 65, not. 1. — Marcus [Hist. des Vandales, f. 189) dit que Victor Cartennensis (ap. Mientras, p. 23) appelle taihunlntndafath les Chiliarques Vandales que Victor Vitensis (I, 10) nomme en latin Millcnarii. Il ajoute en note (p. 37, not. 34) que ce mot gothique se trouve dans Ulphilas (Jean XIII, 12), et qu'il vient de taihun, dix ; hunda, cent ; fath, conducteur, chef.
Dans les éditions de la version goth. de Junius, Benzelius, Zahn, je lis (Marc, VI, 21 ; Jean, XVIII, 12) thusitndifatlts. ianii Gloss. Gothic. p. 3o6 : " Tliusund, mille, per multiplicem contractionem videri factum ex taihtins vel tigoshund, decies centum.» Id. p. 329. Taihun, decem. — taihuHtaihund,taihuntehund, eentum. — Vid. et p. 204, voc. hund, centum. — P. 151, 157, faths, fads, in compositione nomiuibus suppositum, significat : Siivimam totiiis rei, dispositionem, procurationem, curam. Hunda f ads, centuvio (Luc, VII, 6) mtndafaths chiliarchus, etc. »
2 Otfrid, Prœfat. ad Liutbert. in Schiller. Thesaur. t. I, p. M, 12 : . Hujus enim linguœ (Theotiscsc) barbaries ut est inculta et indisciplinabilis, atque iusueta capi regulari freno grammaticœ artis, sic etiam in multis dictis scriptu est propter literarum aut congeriem aut incognitam sonoritatem difficilis.... Liugua enim hscc velut agrestis habetur dum a propriis nec scriptura nec arte aliqua uUis est temporibus expolita.... Res mira, tam magnos viros.... cuncta