HTÉUATLKE SACKIŒ
colonne le même nombre de lignes, me paraît avoir très-peu tie force. Les copistes ou calligraphes n'étaient pas assez savants pour cela ; rarement ils savaient bien les deux langues , et ils pouvaient bien faire des fautes, mais non pas corriger une version par une autre.
Il est une autre source d'altérations dont Ilug a parlé et que j'admets comme lui : ce sont les scholies qui, d'abord écrites à la marge, ont passé dans le texte lorsqu'on a de nouveau copié le manuscrit. J'ai déjà remarqué que, dans l'espace de temps qui s'écoula entre Ulphilas et l'écrivain du Manuscrit d'argent , la succession des copies ne dut pas être rapide , ni ces copies bien nombreuses. Mais, quoi qu'il en soit, des altérations de cette espèce ont eu lieu , et il faut examiner leur nature, après avoir averti de nouveau que je ne saurais regarder comme des notes passées de la marge dans le texte les leçons occidentales que j'ai attribuées ci-dessus au travail critique d'Ulphilas. Ainsi Benzelius a pris pour une note marginale les mots : Quod sic bene dixil illi qui, dans le gothique, terminent Luc I, 29 ; mais cette addition se trouvant dans les manuscrits latins de Brescia et de Saint-Germain , je lui crois une toute autre origine.
Avant de rechercher dans la version gothique, telle qu'elle nous est parvenue , les notes marginales que les copistes ont pu y faire entrer, voyons quelles altérations elle aurait reçues, si, en la copiant encore une fois, on y avait inséré les scholies qui existent maintenant à la marge des manuscrits. En les examinant , on trouvera qu'elles ne sont que des exj)lications de quelques mots peut-être peu connus, et nullement des variantes acquises par la collation d'autres manuscrits. Si on les introduisait dans la version d'Ulphilas, elles y produiraient bien moins des leçons nouvelles que des répétitions dont l'origine serait facile à recoimaître. Voici quelques exemples :
Luc m, \ï. Jah waldaith annom izvaraim. Et dominatnini slipendiis veslris. Le gr(M' : ào/.da^e rofç ô'|wv£otç -jaw.
230 LITTÉKAILKE DES GOIUS.
En marge du Manuscrit d'argent on lit : Gauohidai sijuth — contenu estole. Ce passage est un de ceux qui prouvent que le traducteur goth a travaillé sur le texte grec, car le mot waldait/i, que Benzelius et Ihre n'ont pu d'abord expliquer, vient de ce qu'Llpliilas a lu dans le grec xpype, au lieu de dp-ma^z {âpytii^ dpy.ioïKxi) ^ et le dérivant du verbe xpyjx)', imper o^ il l'a traduit par waldailh qui vient du verbe waldan , dominant Un Goth, qui s'est aperçu de la méprise, a rétabli la leçon en mettant en marge : ganohidai sijuth, conlenti estote. Ganohidai vient du verbe ganohan , sufficere. Cette scholie est donc la traduction exacte du grec , et il n'est point nécessaire de la faire dériver, comme Hug le veut, des versions italiques.
Marc 1,6. Haidiivisk, silveslre^ est expliqué à la marge par viltlii qui a le même sens.
Marc xii, 2i. Mêla, scripta. En marge : bokos, libros.
Luc V, 28. Iddja afar imma , Ibal pone illum. En marge : laislida, seqiwbatur .
Luc VI, 27. Fijandam, inimicis. En marge : hatjandam, udienlibus.
Luc VII, 22. Gaunodedum , lamentabamur . En marge: hufum , du verbe hufan , qui a la même signification dans Matlh. XI, 17.
Tit. I, 16. Uskusanai, reprobi. En marge : ungakusanai, mot de même sens qui ne se trouve ni dans le Manuscrit d'argent, ni dans les fragments de Wolfenbuttel.
Philem. 12. Meinos brusts, mea pectora. En marge : meina bailhra, mea viscera^ qui rend exactement le grec a-nAxyyyac.
Philem. 14. Ak us lustum , sed ex desidertis. En marge : gabaurjaba, tibenter.
On voit que, si ces notes marginales passaient dans le corps de la version gothique , comme en effet quelques-unes y ont
» V. Marshall, Observ. p. 150. — Ihre, Additam. ad Gordon. Specim. p. 58, Collect. Buschiug.
IITIKUATIUK SACKKE. 231
déjà été ))lacéos dans les éditions imprimées du Manuscrit d'argent*, elles n'y introduiraient aucune variante (ju'on pût rapporter à l'usage des manuscrits latins. Il en est une seule sur la(pielle on pourrait être en doute; Hug l'a citée, et je n'ai point l'intention de la dissimuler. La voici :
Lue i\, 34. Quenuin in tliamma millnnin, venerunt in illam nubem. En marge : jali at im in milhman atgagandam, el ad illis (sic) m nubibus accedentibus. Hug ' croit reconnaître dans cette scholie la version italique des manuscrits de Vérone et de Brescia : El intranlibus illis in nubem. J'ai cité ce passage tel qu'il est dans le Manuscrit d'argent^; Junius et Benzelius l'ont mêlé dans leurs éditions avec la note marginale.
Si maintenant on cherche dans la version gothique quelles sont les altérations qu'on peut ra[»porler a l'introduction des gloses marginales, semblables à celles que je viens de citer, on en trouvera plusieurs. J'en citerai quelques-unes :
Matth. IX, 23. Svigijans jah haurnjans haurnjandans, tibicines, buccinatores buccinantes. Le grec et le latin n'ont que le premier mot ; les deux autres viennent d'une explication qui de la marge est passée dans la version.
Marc I, 27. Al'slauthnodedun allai , sildaleikjandans, obslupebant omnes, mirati.
Marc II, 12. Jah haudidedun mikiljandans Gotli, el exlollerenl laudibus, magnifkanles Deum. Le grec : -/.où âola'Çetv tôv
0£ÔV.
Luc II, 2. Yisandin kindina Surias , raginondin Saurim, exislenle prœfeclo Sijriœ, procuranli Syros.
Luc XIX, 27. Aththan svetauh. Vero, verumlamen.
Toutes ces répétitions furent d'abord des explications marginales. Dans l'épitre aux Philippiens ii, 28, la version gothique
» Ihre, Ulphil Uluslr. Luc. VI, 40, 49, etc.
^ Uug, S 13S.
■• Ihre, L'Iphil. ilhi.str. prœf. et p. \'A0.
2)52 lutératcue des gotiis.
ajoute : Utïnuiinands hwa bi izvis ist, recogitans quœ circa vos sunt^ el celte addition ne peut être qu'une note originairement écrite dans la marge.
Si donc on entreprenait un travail critique destiné à rétablir la version gothique , comme elle était en sortant des mains de son auteur, il faudrait sans doute faire disparaître les répétitions que je viens d'indiquer et toutes les interpolations du même genre, mais je crois que Ton irait beaucoup trop loin si l'on en ôtait toutes les leçons occidentales, ou tout ce qui s'accorde avec les versions latines. C'est cependant cette dernière façon de procéder qui semble prescrite par Hug : « Une critic( que sur ce sujet n'offre pas , dit-il, de grandes difficultés. « Tout ce qu'on peut exiger à cet égard de la traduction gothi- « que, considérée dans son état primitif, c'est qu'elle fournisse « des témoignages de ce qui a été autrefois reconnu comme « authentique dans la version de Constantinople. Elle est alors « regardée comme un témoin appuyé de preuves respectables. « Pour obtenir une traduction gothique sans altération, on n'a « qu'à en séparer et en rejeter tout ce qui lui a été ajouté du (( latin, et qui, au moyen de la comparaison, est si reconnais- « sable et si facile à ôter qu'on ne peut guère s'y tromper ^ . » Je crois au contraire que si, eu comparant la version gothique avec la récension de Constantinople, on rejetait tout ce qui s'en éloigne et se rapproche de la récension occidentale, on dénaturerait beaucoup le travail primitif d'Ulphilas. Je crois avoir prouvé que cet évêque a connu la langue latine ; je crois avoir rendu probable qu'il a consulté des manuscrits latins et qu'il en a quelquefois préféré les leçons. Cette opinion n'est pas tout a fait nouvelle ; Bengel et Wetstein l'ont précédemment indiquée^.
Ce fut donc un travail critique fondé sur le texte grec et les
' Hug, 2 138, p. 488.
■i Bengel, Defens. 7V. T p. 27. — Wetsteiu, Proli';/. ad .V. T. p. H6. Bonzelii prœf. ad Evanij. (joth. p. xx.xiii. — V. Gabelentz, Prole</. p. xviil.
f-IÏTÉllAirRE SACKÉli:. !2ÎÎ3
versions laliiu'S (m'UIpliilas entreprit, et les soins (jiiil donna à sa traduction en firent un chef-d'œuvre d'autant plus précieux qu'elle ne le cède en ancienneté qu'aux versions italiques et à la version syriaque. On est étonné, et à juste titre, qu'un tel ouvrage ait été exécuté au milieu des nations qui, au (juatrième siècle, habitaient les l)ords du Danube, et l'on a besoin de trouver dans l'histoire les causes de ce phénomène. C'est pour l'expHquer que j'ai tâché d'établir qu'Ulphilas était instruit dans la langue et la littérature des Romains. Son origine grecque, ses relations et ses voyages à Gonstantinoi)le ^ rendent suffisamment compte de sa connaissance de la langue des Grecs, dont le voisinage avait une si grande influence sur la culture des Goths.
La position géographique des Goths sur les bords du Danube était éminemment favorable au travail que leur primat avait entrepris d'après le texte grec et les versions latines. Il dut être puissamment facilité par les rapports qui existaient entre la langue mœso-gothique, le grec et le latin -.
On ne peut plus nommer les Goths barbares, quand on sait qu'ils suivirent l'exemple de leur évêque, qu'ils s'adonnèrent aux études, qu'ils s'occupèrent de la critique sacrée, et qu'au
* Ulphilas se rendit à Constantinople, sous Constance, en 359, et pendant le règne de Valens. Hist. Miscell. XII, 12. — Jacob. Gothofred. ad Philostorg. — Sozomen. IV, 24. VI, 37. — Socrat. II, i\. — Niceph. Callist. IX, 4i. — Cassiod. Hist. Trip. V, 38.
* Junius, Prcp/". ad Glossar. Goth. p. 3. — Ihre, Gloss. Suio-Goth. proœmium, p. XV, XIX. — Ihre, Specim. Gloss. iJlphil. part. 2^ et 3», prœfat. — Ihre, Vlphil. illustr.prœf. — Benzelius, Evang. goth. prœf. p. xii. — Benzelius, Pericul. runic. p. 23. — Nie. de Clewberg, Diss. de Ilarrnun. ling. lat. et snio-goth. Upsal \l'n, i". — N. F. Funck, Dissert, de Harmon. ling. grœc. et snio-goth. Upsal 1770, 40. — Sv. Ulgrund, Dissert, de dialect. ling. suio-goth. '^ 8. — .F. Borghsted, De Dialect. ling. suio-goth. ^ 19, 20. — Wachter, Çlossar. germ. p. 1996, 1997. — J. Boeth, Dissert, de mutât, ling. suio-goth. part. 1^, p. 9. — Junius a dit qu'il n'y avait qu'une différence de dialecte entre le grec et le gothique. — Rudbeck prétendait {Atlant. III, p. 120) qu'un Valaque comprendrait le Manuscrit d'argent en l'entendant lire, et que les caractères d'Uiphilas étaient encoie de son temps tu usage en Valachie. Il n'y a pas d'exactitude dans ces assertions.
23'»^ LITTÉKATUUE DES GOTHS.
commencement du cinquième siècle, longtemps avant qu'ils devinssent les maîtres de Tllalie, quelques-uns d'entre eux correspondaient, du fond de la Germanie, avec saint Jérôme, dans le but de comparer les versions grecques et latines avec la vérité hébraïque. On ne peut s'empêcher de partager l'admiration que témoigne ce Père de l'Eglise, lorsqu'on voit qu'il place les études des Goths au-dessus de celles des Grecs V
Il faut remarquer ici la différence essentielle qui existe entre les travaux d'Ulphilas et ceux que saint Jérôme termina quelques années plus tard. Ce dernier, pour corriger la version latine du Nouveau Testament, lit usage des manuscrits grecs qui s'éloignaient le moins des versions latines usitées^, c'est-a-dire des manuscrits grecs de la récension occidentale d'après lesquels ces versions avaient été faites. Il ne sortit donc point du cercle de cette récension occidentale. La critique d'Ulphilas eut un champ plus vaste, et sa position le conduisit a consulter et à comparer deux recensions différentes, celle de Constantinople et celle de l'Occident. Il trouva cette dernière dans les manuscrits latins des pays voisins du Danube, et il composa son alphabet de caractères grecs et de caractères latins pour qu'il répondit mieux à une version faite sur des manuscrits des deux langues.
Le manuscrit de Wolfenbuttel offre la version gothique en regard avec une des versions latines antérieures à celle de saint Jérôme que nous avons citée, et prouve qu'au sixième
• Hieroiiym. Epist. ad Sunniam et Fretellam, Oper. t. II, p. 626 : ... « Quis hoc crederet ut barbara Getarum lingua hebraïcam quœreret veritatem, et dormitantibus, imo contendentibus Grœcis, ipsa Germania spiritus sancti eloquia scriitaretur ? . . Dudum callosa tenendo capulum manus et digiti tractandis sagittis aptiores ad stylum calamumque mollescunt, et bellicosa pectora vertuntur in mansuetudinem Christianam. . . Quœritis a me rem magni operis.... et in opéra Psalterii juxla digestionem schedulœ vestra? ubicuraque inter latinos grœcosque coutentio est, quid magis hebrœis conveniat, significera, etc.. »
* Ilieronym. Prœfat. ad Damasum : •< Igitur haec prœsens prsefatiuncula poUicetur quatuor tantum Evangelia . . . codicum grœcorum emendata collatione, sed et veterum nec quse multum a lectionis latinse consuetudine discreparent. •
LITTÉKATIKE SACUÉK. 23.")
siècle il y avait des Golhs qui aimaient à éliulior la liiMe dans leur idiome en la comparant avec les autres versions, et qui, dans ce but, la faisaient transcrire en deux langues', méthode que le célèbre manuscrit de Cambridge et plusieurs autres nous montrent avoir été en usage vers le cinqnième siècle pour le grec et le latin.
Sans doute, il a existé un assez grand nombre d'exemplaires de la Bible ou de ses parties en langue gothique, et il est resté quelques souvenirs de ceux qui se sont perdus^. Le manuscrit d'Upsal contenait au moins les Évangiles ; celui de Wolfenbuttel paraît avoir renfermé une fois les épîtres de saint PauP, et ceux de la Bibliothèque Ambrosienne offrent deux exemplaires des mêmes épîtres , et de plus des fragments de l'Ancien Testament et de l'Évangile de saint Matthieu. La différence des écritures atteste que ces restes appartiennent à des exemplaires différents. Lorsqu'on aura publié tous les manuscrits gothiques de Milan, on pourra peut-être faire des remarques intéressantes, en comparant entre eux les deux exemj)laires de saint Paul et l'épître aux Bomains avec les fragments de Wolfenbuttel. Jusqu'à présent on n'a pu confronter avec le
* Dans le manuscrit de Brescia, qui contient une version italique, on trouve un feuillet dont on ignore l'origine ; il offre, en latin barbare et presque inintelligible, une sorte de préface. On y lit : ... « Aliud in grseca lingua, aliud in latiua vel gothica, designata esse conscripta... etc. » (Blanchini, Evangel. quadrupl. t. I, p. 8, proleg.) Le passage est obscur, mais il prouve que la version gothique était connue en Italie. Semler a regardé le contenu de ce feuillet, qu'il faut lire en entier dans l'ouvrage de Blanchini, comme ayant été le préliminaire d'une confrontation de la version gothique avec le grec et le latin. (Michaelis, Introd. t. II, p. 40, éd. franc.)
* V. Philippe Marnix apud Sibrand. Lubbert, De prinripiis Christ, dogmut. lib. III, cap. 7. — Suffrid. Pétri, De Script. Frisicp, prœf. — Usser. De Script, et Sacris vernacul. p. :2I-2, 213. — Magn. 0. Celsii JJiat. Biblioth. Stockholm. p. 64. — Ihre, Anal. L'iphil. dis.s. I, S xxvi, not. pag. 203, in toUect. Busching. — Ihre, F/w/Hi. vers. Ulphil. prœf. — Hieron. Roman. Hespublicas del niundo, Medinœ lo7o, cap. III. De Rep. septentr. — (And. Norrel) In Hist. Bibl. l'p.sat. stricturce, p. 43, 46. — Lye, Pra'f. ad Evang. goth. — Aug. Kocca, Append. Bibl. Vuticç. 396. — Bjoernstaëhl, Lett. IX. — Castillion. Specim. prœfat. p. V.
■• Knittel, S 201, p. 283.
Manuscrit d'argent qu'un court fragment de saint Matthieu, et il n'a présenté pour variantes que la substitution de quelques mots synonvmes. Ainsi le fragment porte afaiaik à la place de laugnida et de invidis ; garuni au lieu de rima.
Les manuscrits de Milan contiennent encore un calendrier, dont j'ai déjà fait mention comme mettant le complément aux preuves qui attestent que le Manuscrit d'argent et les autres manuscrits des mêmes caractères appartiennent aux Goths. La Bibliothèque Ambrosienne possède encore un fragment d'une homélie ou commentaire sur TEvangile de saint Jean en langue gothique. MM. Mai et Castighone n'en ont publié que quelques lignes, mais cet écrit occupe dix pages dans le manuscrit palimpseste, et, par un hasard singuHer, le reste a été retrouvé dans la Bibliothèque du Vatican V Ce traité contient
• Mai', Script. Veter. Nova Collect. t. I, p. ultiin. — Publié en entier par Massmann, Auslegung des Evangelii Johannis in gothischer Sprache, Munchen 1834, 4°, avec une version latine et un travail critique très-étendu. C'est une sorte de commentaire sur une partie de l'Évangile de saiut Jean, dans lequel sont cités de nombreux passages du texte, comme il est facile de le voir par le tableau suivant des passages de l'Écriture qui y sont insérés. Ancien Testament : Pages 37. Psal. 53, 2, 3.— P. 42. Num. XIX, 9, 2, 3, 5. Nouv. Testament : — 37. Joli. I, 29.
— 39. Joh. III, 3.
— 39, 40. Joh. III, 4.
— 40. Joh. III, 5,
— 41. Joh. III, 23, 24, 23.
— 42. Act. II, 38. -Joh. I, 12, 27.— Luc III, 16.—
Matth. III, 11.— Marc I, 8.
— 43. Joh. III, 9; 111,26.
— 43, 47. Joh. III, 30.
— 43, 44. Joh. III, 31.
— 44. Joh. m, 32.
— 4o. Joh. V, 22, 29.
— 46. Joh. V, 23; XVII, 23.
— 47. Joh. V, 35, 36.
— 48. Joh. V, 37, 38. — Matth. V, 8.
— 49. Joh. VI, 9, 10. — Matth. XIV, 21.
— t)0. Joh. VI, 11, 12, 13.
— 51. Joh. Vil, 44. 43, 46, 47, 48, 49.
— 32. Joh. VII, 50, 31,32.
LIÏTÉUATUUE SACUÉE. 237
(les citations de l'Ecriture sainte , et fait ainsi connaître plusieurs passages qui manquent dans ce qu'on a de la version gotliique. Il est aussi d'un grand intérêt comme unique reste d'une littérature sans doute très-abondante autrefois. On sait que saint Clirysostôme fit lire la Bible gothique et prêcher aux Golhs en leur langue dans une église de Conslantinople\ et le morceau découvert par M. Mai atteste que ces homélies furent écrites. Une fois qu'il est certain qu'on écrivit en langue gothique sur des matières religieuses, on ne saurait douter du grand nombre de ces productions''.
La littérature des Goths eut donc bien plus d'étendue qu'on ne le pense, et le mépris des éludes ne fut pas aussi général chez cette nation que certains faits historiques pourraient le faire croire. Les Goths cultivèrent leur langue, l'embellirent, la rendirent régulière , et parvinrent à lui donner cette abondance Uibertas) dont Cassiodore rend témoignage ^ Ce n'est
Suivant Castiglione, le manuscrit gothique, qui se trouve en partie à Milan et en partie à Rome, est le plus difficile à lire de tous les palimpsestes gothiques : les caractères sont eflFacés, le manuscrit a été frotté à la pierre ponce, et la nouvelle écriture est fortement prononcée.
Massmann a rendu très-probable que l'auteur de ce commentaire est Théodore d'Héraclée, qui mourut avant 333. Il était arien (et non pas semi-arien, comme le croit Massmann) et il attaqua violemment Marcellus d'Ancyre; il écrivit en grec, et l'on peut croire qu'Ulphilas traduisit en gothique son ouvr<.ge. V. sur cela Castiglione, De Vlphil. et Goth. Arianismo.
« Joh. Chrysost. Oper. t. XII, p. 371. — Theodoret, Hist. Ecdes. V, 50.— Benzel. Pra'f. p. xxviii : .... « Sed et cum aliquando in ecclesia S. Pauli convenissent Gothi jussit (.loh. Chrysostomus) e versione Gothica prœlegi loca quaedam S. Scripturae, et postea Gothum presbyterum Gothice concionari. Hinc ipsa facundissima homilia... habita anno 399 quam primus edidit, t. XII, p. 371.
Montfauconius " Ang. liai, Ulphil. part. ined. specim. p. xiv : «Magnus
ipse Chrysostomus Gothis in œde Divi Pauli congregatis libros divines ex eorum vernaculo volumine perlegi jussit, tum et Gothum presbyterum concionari. . . " (T. XII, p. 371.)— Theodoret, V, 30 : De Eccles. Gothorum ..... Ejusdem enim cum ipse linyuce presbyteros et diacouos ac lectores cum ordinasset (.Fo. Chrysostomus), unam illis ecclesiara adsignasset .. Nam et ipse eo sœpius veiiiens concionem habebat, utens interprète quopiam qui utramque linguam calleret...»
2 M. Favre-Bertrand a ajouté en note pour tout ce passage : n revoir et à changer d'après Massmann, Gabelentz et Casti(/Uoiie. — Éd.
3 Cassiod. Var. lib. XI, ep. 1. — Knittel, ^ 23G, 237.
qu'en écrivant que tout cela a pu se faire ; aussi l'anonyme de Ravonne et l'évêque golli Jornandès nomment plusieurs auteurs de leur nation. La destruction totale de leurs ouvrages est une présomption bien forte qu'ils avaient écrit dans leur langue.
En Italie, en Gaule, en Espagne , les Goths se trouvèrent mêlés à une population qui parlait la langue latine ; ils contribuèrent à la dégénérescence de cette langue, et la leur disparut dans la formation des idiomes modernes. Les prêtres orthodoxes s'attachèrent à détruire les ouvrages des Goths, qui, selon eux , devaient renfermer le levain de l'hérésie, et bientôt personne n'eut intérêt à conserver des livres qui n'étaient plus entendus , et qu'on aurait redouté d'entendre. Ils durent promplement être détruits , et sans l'usage, si funeste d'ailleurs, de récrire les manuscrits pour profiter du parchemin, sans le luxe éclatant du Manuscrit d'argent, qui en fit un objet particulier d'attention, nous naurions aucun monument d'une littérature qui présente des phénomènes d'un haut intérêt; nous aurions perdu une des plus anciennes versions de l'Ecriture sainte, et nous ignorerions jusqu'aux caractères avec lesquels on écrivait une langue qui fut la sœur ainée des langues germaniques, et qui lie les langues du nord de l'Europe avec celle d'Homère et de Démosthène.
Une des raisons que Hickes a alléguées pour prouver que le Manuscrit d'argent ne contenait pas la version d'I Iphilas, était qu'il n'y apercevait aucune trace d'arianisme. Mais saint Jean Chrvsostôme, cpii s'opposa avec tant de courage aux Goths ariens et à leur chef Gainas, lorsqu'ils demandèrent une église dans Constantinople \ n'aurait pas fait lire la Bible gothique si elle avait été entachée d'hérésie, et ce fait, rappelé par Benz.eliusetparM, Mai, constate la pureté de cette version, comme il fait tomber l'objection de Hickes. Il y avait beaucoup de
' Theodoret, FTist. EccL \\ 32. — Sozonieii Hisl. Eccl. VIH, 4.
LITTÉRATUKE SACREE. 239
Gollis qui élaienl orthodoxes. Saint Amijroise, saint Jérôme, saint Clirysostôme ' font l'éloge de la foi, de la doctrine des Golhs et de leurs évèques. L'examen de tout ce que nous possédons du Nouveau Testament gothique ne fait rien découvrir qui sente l'hérésie ; mais il faut avouer que , comme le dit Michaelis", « l'orthodoxie et l'hétérodoxie ont peu de liaison avec les points de critique.» Cependant on doit remarquer que dans l'Evangile de saint Marc (i, 3 on lit : « Slaùjos Goths unsaris, semitas Dei nostri, » et que ces mots , tirés d'Esaïe, sont traduits d'après la leçon la plus orthodoxe, qui ne se trouve que dans la récension occidentale. On a ac(juis dernièrement une preuve encore plus positive de l'orthodoxie de la version gothique par la publication de l'Épitre aux Romains (Milan 1834, 4**j. Le célèbre passage (ix, 5) sur la divinité de Jésus-Christ, qui s'y trouve, ne nous semble devoir laisser aucun doute sur ce point. La seule trace d'arianisme parait dans l'Épitre aux Philippiens 11,6: «... Esse se similiier Deo (galeiko gujoaj. « Le grec porte : ro ehxL hoc Serô : galeiko signifie semblable et non pas ér/ar'. Les Ariens ont été accusés", mais n'ont jamais été convaincus, d'avoir altéré les Livres saints '; et, comme nous l'avons déjà dit, il n'y a aucune trace d'arianisme dans ce qui nous reste de la Bible des Goths '^, à moins qu'on ne veuille en voir dans l'absence de l'Epitre aux Hébreux , qui , seule des Épitres de saint Paul, ne se trouve pas dans les manuscrits de Milan. Les
« Ambros. //( Evang. Luc. lib. I, 26. — Uieroiiym. Kpist. 7 nd Lœlam. — .loh. Chrysost. Episl. 14.
- Michaelis, Inirod. t. IF, 390, trad. franc.
5 Y. Castillion. Epimelr. ad Philipp. p. 63.— Massmann, p. 73. — Gabelentz, Prolegom. p. xv. — Philipp. H, 6 et not. Gabelentz.
* Flieronym. Roman. (De Republ. Sept. c. III) : " Ulphilas. . . traslado la F>iblia eu su lengua, merclando mil errores eu los sacrados libros. " — .lo. Magnus a dit la mime chose. Ces auteurs n'avaient jamais vu la version d'Ulphilas.
5 Michaelis, Inirod. t. I, p. 450 et suiv.
6 i.ViaXmawn^ De Arianismo Gothorum, l'psal 1757, i" pense qu'Ulphilas écrivit sa version avant d'avoir adopté les dogmes semi-ariens; il a traité brièvement l'histoire de l'Arianisme chez les (joths.
240 LITTÉHAÏLRE DliS GOTHS.
Ariens , il est vrai , rejetaient cette Épitre ; mais ils n'étaient pas les seuls , et de tout temps des doutes très-graves se sont élevés sur son authenticité , son auteur et la langue dans laquelle elle fut écrite.
La version gothique est utile à la critique bibhque, et peut contribuer a la correction des textes sacrés. Elle partage, sous ce rapport, tous les avantages des plus anciennes traductions, et elle a de plus celui d'être d'un auteur connu. Ulphilas fut guidé par une grande connaissance des langues ; son zèle et sa science le mirent en relation avec les principaux docteurs de l'Église du quatrième siècle. Les manuscrits de sa version sont tous d'une très -grande antiquité; ils sont exempts de cette foule de fautes qu'une succession de copistes n'aurait pas manqué d'y introduire, et l'écriture majuscule, qui parait avoir été la seule en usage chez les Goths pour la transcription des Livres saints, a contribué encore à les en préserver*.
Cette version a une importance peut-être encore plus grande sous les rapports philologiques. Des monuments de quinze siècles d'antiquité, qui font connaître une langue, source de plusieurs idiomes modernes, et dont la plupart de ceux qu'on parle en Europe ont conservé des dérivés, présentent un très-grand intérêt, et ne sauraient être assez étudiés.
" Les souscriptions du Contrat de Naples sur papyrus, dont Gaët. Marini a donné le fac-similé, prouvent que pour l'usage ordinaire, outre les caractères majuscules, les Goths avaient aussi des caractères penchés et cursifs. Th. Mareschal {Observ. de Vers. Goth. p. 386) cite un rabbin célèbre qui dit qu'Ulphilas inventa un alphabet majuscule et un alphabet minuscule.