‹ Mélanges d'histoire littéraireChapitre 28 sur 51 · I.ITTÉHATUUE l'UOFANK · texte numérisé non relu

I.ITTÉHATUUE l'UOFANK

on peut croire que la Wilkina Saga fut traduite vers la lin du treizième siècle, sur les écrits en langue allemande dont elle |)arle en plusieurs endroits V

Le champ des aventures racontées dans la Wilkina Saga comprend l'Europe tout entière , depuis l'Espagne et l'Italie jusqu'aux régions qui entourent la mer Baltique. Le traducteur, dans sa préface , dit que cette histoire , dont l'original était en allemand, a pour sources les poèmes qui étaient autrefois chantés pour charmer les loisirs des princes. Elle commence par l'histoire de Samson, qui enleva la fdle du comte de Salerne et qui fut le grand-père de Théodoric. Les aventures de Théodoric et des guerriers qui lui sont attachés y occupent la principale place. Attila, Sigurd, Chrimilde, Gunnar, etc., y jouent aussi de grands rôles, mais les récits qui correspondent au poème des Nibclungen forment une narration à part sous le titre de Niflunga Saga ^ qui la distingue du reste de l'ouvrage". C'est de cette partie que nous avons principalement à nous occuper.

Dans la Niflunga Saga^ la ville de Gunnar, roi des Niflungs, est appelée Verniza. Sigurd est tué par Hôgni, et Chrimilde, sa veuve, se remarie avec Attila. Sept années après cette union elle fait inviter ses frères à venir à Susat, capitale du Ilunnaland. A peine Gunnar et les Niflungs ont-ils passé le Rhin, qu'ils se trouvent sur les terres de Rodingeir^ margrave de Bakalar : ce seigneur les accueille , se joint à eux , et hientôt ils arrivent à la cour d'Attila. Les récits du festin, de la querelle et du combat ressemblent à ceux qu'on trouve dans les Nibelungen. Gunnar, blessé et fait prisonnier dès le commencement de la bataille, est jeté dans une aflreuse prison où il

* Wilkina Sarj. proœm. « Ilaecce prœsens historia. . . reliquarum omnium germanico idiomate (Thystri tungu) conscriptarum maxime luculenta est. »

- Uistoria VVilkinensium, Theodorici Veronensis ac Niflungorum. . . ex mss. codicibiis lingusc veteris scandicœ, iu hodiernam sueiscam atque latinam translata, operà .loh. Peringskiold, Stockholm 1715, fol. — La ]\'iflinn/ a S fitja commence au chap. .^19, p. 431.

292 LITTÉUATURE DES GOTHS.

trouve la mort. Gernot tue Blodlin ; Hôgni tue Irung : le lieu du combat est nommé Holmgard , et « Ion voit encore, est-il dit, la paroi qui porte le nom d'Irung et la marque de la lance de Hôgni. » La mort de Blodlin entraine Rodingeir au combat ; il tombe sous les coups du jeune Ghiseler. Alors parait Tliidrikur (Tliéodoric) accompagné de Hildebrand. Il veut venger son ami, et « les poëmes allemands, dit la saga, célèbrent ce combat, et la bonté de son épée, qui était appelée Eckisax*. » Hildebrand tue Gernot et Ghiseler. Cependant la rage de Chrimilde est au comble ; elle saisit un tison ardent et en frappe ses frères pour s'assurer qu'ils sont sans vie. Cette féroce action indigne Attila autant queThéodoric, et celui-ci, d'un coup de sa fameuse épée, coupe cette cruelle reine par le milieu du corps. Théodoric, voyant Hôgni dangereusement blessé, lui accorde la vie, le fait porter chez lui et charge une de ses parentes de le soigner. Cette femme devient enceinte, et Hôgni en mourant lui recommande de nommer leur fils Aldrian^ et lui indique les moyens de le mettre en possession du trésor desNiflungs. Théodoric prend ensuite congé d'Attila et retourne en Italie avec son fidèle Hildebrand. Ses aventures dans ce voyage, ses succès contre l'usurpateur de Vérone, sa conversion au christianisme, forment le sujet de plusieurs chapitres. Cependant Aldrian a grandi , et pour venger sa famille il profite du désir qui possède toujours Attila de voir le trésor des Niflungs. Par une route souterraine, il le conduit au heu qui le recèle , il l'y enferme, et malgré ses prières il le laisse périr au milieu des richesses qu'il a tant convoitées.

' Sax, chez les nations du nord de l'Europe, désigne une sorte d'épée. (Schiller, Glossar. teut. p. 693. — Schei-z , Glossar. germanic. col. 1366. — Wittichind. Corbeiens. I, p. S. — Rhote, de gladio veter. p. 184-218.) — Un manuscrit de l'Arsenal, qui contient le roman de Lirut, voulant donner l'étymologie des noms Essex, Middlesex, etc., dit :

Sexe, ce disent les Anglais Plusieurs couteaux est en français (Raynouard, Journal des Savants, 1830, p. 568.)

LITTÉUATllRE PROFANE. 203

Ce court extrait montre que la Ni/hmga Saga a suivi un poème des Nibelungen qui n'était pas celui que nous avons maintenant , et qu'elle a eu encore d'autres sources. En rappelant les poëmes qui racontaient les événements de la cour d'Attila , cette saga s'exprime en ces termes : « Ainsi furent accomplis les malheurs que la reine Erka avait prédits en mourant à son époux , s'il s'alliait avec la race des Niflungs , et certes ils sont dignes d'être lus ces poëmes théolisques^ qui font connaître les récits des habitants de Susat. Ces hommes ont rendu témoignage de la mort de Hugni et d'Irung, et de l'affreux cachot où le roi Gunnar termina sa vie. On montre encore les ruines de la salle des Niflungs, la muraille occidentale où commença le combat, et le lieu cpie la vaillance de Hôgni a rendu si célèbre. Les monuments et les noms de ces choses demeurent encore. Nous avons aussi reçu des renseignements des hommes les plus estimés de Brème cl de Mumter^^ qui, sans aucune communication avec ceux dont nous venons de parler, se sont accordés avec eux, et l'on ne saurait douter de la vérité de ces traditions populaires, qui ont été écrites dans la langue théotisque^.» Dans un autre endroit la Wilkma Saga^, décrivant l'armure de Sigurd, dit qu'il portait un dragon sur ses armes, « parce qu'il s'était acquis une gloire immortelle en tuant un énorme serpent qui était appelé Fafni par les Waranges". » Elle ajoute que «les anciennes histoires assignent à Sigurd le premier rang parmi les héros , et que sa renommée, à jamais durable, est célébrée en langues étrangères, par tous les peuples qui habitent au nord de la mer de Grèce '. «

> Brimum eda .Mœnsterborg.

* Thyderstri tungu. — Nifluny. Sag. cap. 367, p. 494. 3 Cap. 166.

* W'aringi, les Scandinaves.

5 Sigurd est pour les hommes du Nord le type du courage. Dans un dialogue (du treizième siècle) entre un guerrier norwégien et un démon, celui-ci répond que de tous les personnages qui souffrent en enfer, Sigurd, vainqueur de Fafni, est celui qui supporte les tourments avec la fermeté la plus héroïque. (Script, hi.-ttor. Islandor. de rébus (/est is vetcr. Boreul. t. III, p. 198.)

294 LirrÉRATLRE DES GOTIIS.

Nous abandonnons la comparaison des faits contenus dans la Ni/lunga Saga avec ceux des autres récits ; mais nous examinerons un point de géographie. On a vu que le poëme des Nibelungen désigne clairement la résidence d'Attila comme étant située en Hongrie, et qu'il s'accorde fort bien là-dessus avec l'histoire. Les Scandinaves ne sont point aussi exacts : ils connaissent le Rhin, et ne placent pas fort loin de ce fleuve la demeure d'Attila. Dans l'Edda, le voyage de Gudruna, depuis Worms jusqu'à la capitale de son second époux, se fait dans l'espace de vingt-un jours *, mais celui de ses frères semble beaucoup plus court. Ils parlent par le Rhin, et peu après avoir pris terre ' ils voient le palais d'Attila. Dans un autre passage il est dit qu'ils traversèrent une sombre forêt ^ Toute cette géographie est très- vague ; mais lorsque les Scandinaves traduisirent les écrivains allemands, ils se permirent de bien plus graves altérations. La Niflunga Saga place la Hunnia ou Hunnaland dans les pays appelés maintenant Frise et Westphalie. La capitale d'Attila, qu'elle nomme Susat , est la ville actuelle de Sœst\ et par une conséquence de ces déterminalions, Rakalar (Pœchlarn), résidence de Rodingeir, doit être transportée à peu de distance du Rhin. Aussi nous avons vu que la même saga appelait en témoignage des aventures des Niflungs les habitants de Brème et de Munster. Ajoutons qu'elle raconte que, lorsque les rois de Worms quittèrent leur demeure, ils marchèrent jusqu'au confluent du Rhin avec la Duna. Assurément de toutes ces hcences géographiques , la

' Quida-Gudrunar, II, 36, p. 318.

* Atla-mal. 3o, p. 438 : " Parvo autem indè spatio. »

5 Atla-quida 13. — Mirkvidr, la forêt noire. V. Suhm. not. ad cale. Hervor. Sag. p. 2b8. — Dithmar. Merseburg. Chron. p. 142, éd. Wagner, cuiu not. Ursini, Norimberg. 1807,4''.

* Susat, Susatum, Civitas Susatensis (Godefrid. monach. ad ann. 1225, ap. Freher, Corpus hist. med. œvi. t. I, p. 394. — /Eneœ Sylv. de Stat. Europ. cap. 29. — Cluver. Introd. ad Geogr. p. 233}, aujourd'hui Sœst, dans le comté de la Mark, eu Westphalie, fut jadis distinguée parmi les villes auséatiques, et célèbre par ses lois.

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