‹ Mélanges d'histoire littéraireChapitre 23 sur 85 · DATES DU MANUSCRIT ET DATE» DE 1. KUIIKJN .JO · texte numérisé non relu

DATES DU MANUSCRIT ET DATE» DE 1. KUIIKJN .JO

Edition : au dolmen de la Tour Blanche, jour des morts, novembre iS5/i. Le jour des morts convenait admirablement pour une méditatation sur la mort.

y/. 6. 2/|. En frappant à une porte.

Manuscrit: 2g décembre i85/i.

Édition : fi septembre i855.

L'anniversaire de la mort deLéopoldine convenait parfaitement pour ce retour sur les tristesses et les deuils qui ont rempli la vie du poète et pour cette aspiration h la mort qui termine la pièce : « Ouvre, tombeau. »

//. 6. 26. La Bouche d'ombre.

Manuscrit : i-i3 octobre i85/i.

Édition : i855.

C'est ici encore un credo de Victor Hug-o.

Par ces exemples, on voit bien le caractère commun des raisons pour lesquelles Victor Hugo posdateses pièces. Au lieu de la véritable date, qui ne convient pas particulièrement, ou qui même ne convient pas du tout au sujet de la pièce, il donne une date qui lui paraît mieux appropriée.

Si l'on examine les pièces antidatées, on voit que dans un certain nombre de cas l'altération de la date s'explique par des raisons analogues.

//. 4- 6. « Quand nous habitions tous ensemble... » Manuscrit: 16 octobre 18/16.

Édition : Villequier, 4 septembre i844.

Victor Hugo date sa pièce de l'anniversaire de la mort de sa fille.

//. 4. 8. « 0 souvenirs, printemps, aurore !... » Manuscrit : 25 avril i854- Édition : ^ septembre i8/i5.

— de même que précédemment.

//. 4- i4- « Demain, dès l'aube... »

Manuscrit: /j octobre iS'iy.

Edition : 3 septembre 18/17.

« Demain », c'est-à-dire le jour de l'anniversaire de la mort de sa fille.

//. 4. 17. Charles Vacquerie (Édition : 4 septembre 1802). H n'y a pas de date dans le manuscrit; mais il est probable que cette pièce a été antidatée comme les précédentes et pour les mêmes raisons. Il en est de même pour la pièce //. 5. i, h Au-

guste Yacquerie, qui, datée du 28 décembre i85/i dans le manuscril, porte la date de septembre i852 dans l'édition,

//. 5. 8. A Jules Janin.

Manuscrit : août i855.

Édition : décembre i854-

Hugo remercie Janin de l'envoi qu'il lui a fait de son « Histoire de la littérature dramatique. » Ce livre ayant paru en novembre i854, Hugo rapproche la date de sa pièce de celle de l'apparition du livre.

De même pour la pièce //. 5. i5, à Alexandre Dumas. Manuscrit : 3o juillet i855.

Édition : décembre i854.

La « Conscience » avait été jouée h l'Odéon en novembre i854, et Victor Hugo remercie réellement Dumas le 17 novembre i854 (Cf. correspondance).

//. 6. 8. Claire.

Manuscrit : 27 décembre i85/i.

Edition : décembre i846.

La poète rapproche la date de sa pièce de celle de la mort de Claire Pradier, qui eut lieu en i846.

Pour dater les autres pièces des Contemplations, il faut les étudier aux différents points de vue de fond et de forme où elles peuvent être examinées.

H est un premier ordre d'arguments qui permet de dater h peu près toutes les pièces amoureuses des premier et second livres: ce sont les arguments que peut fournir l'étude de l'évolution du sentiment de l'amour chez Victor Hugo, de 1820 à i865. Si l'on établit les caractères distinctifs de ce sentiment aux différents âges du poète, il sera facile de voir à quels moments précis de cette évolution se placent naturellement les pièces amoureuses des Contemplations. — Une étude analogue de la versification et du style du poète, aux différentes dates de i83o h i85'i, permettra tle dater le plus grand nombre des pièces qui resteront. Il sullira de voir si ces pièces offrent les caractères de rvtlime et de style de l'épt)que donnée pai- l'édition, ou si elles n'olfrent pas plutôt les caractères de l'époque donnée par le manuscrit. — l^nfin, il y auia lieu d'éludior à part certaines pièces plus importantes et pour lesquelles les arguments ordinaires ne sauraient sulllre.

Evolution du sentiment de l'amour, de 1820 a i865.

Il va dans le sentiment de l'amour chez Victor Hugo une décadence continue et régulière, de la gravité et de la pureté des « Lettres à la fiancée » à la gaîté et à la sensualité des « Chansons des rues et des bois^ ». On peut distinguer trois étapes dans cette évolution.

L'amour des « Lettres à la fiancée » et du cinquième livre des Odes (1819-1823) est un amour infiniment pur, un amour vierge, si l'on peut dire; c'est l'âme qui aime l'âme; et Victor Hugo revenant, dans les Feuilles d'automne (pièce i4), sur cette période de sa jeunesse, définit parfaitement lui-même cet amour :

0 mes lettres d'amour, de vertu, de jeunesse...

Etre pur, être fier, être sublime, et croire A toute pureté.

C'est un amour grave, sombre, fatal : il n'y a pas d'autre alternative que la possession de l'être aimé ou la mort :

Mais si ma jeune vie, à tant de flots livrée, Si mon destin douteux tinspire un juste effroi. Alors, fuis, toi qui fus mon épouse adorée,

Toi qui fus ma mère, attends-moi ! (odes 5. 4).

Dans les « Chants du crépuscule », les a Voix intérieures » et « Les rayons et les ombres » (i83o-i84ol, l'amour est encore très pur et a encore pour principal objet les qualités morales de l'être aimé, mais il est déjà beaucoup plus mêlé de passion physique^.

1. Ce sont les difTcTentes formes que revêt le sentiment de l'amour dans l'œuvre de Victor Hugo, que nous étudions ici, et non point l'évolution intime de ce sentiment. Il se peut fort bien que les circonstances, ou la mode, soient pour beaucoup dans cette évolution, peut-être plus extérieure que profonde.

2. Cf. Chants du Crépuscule 21. aS. 25. 28. V. I. 13 ; R. 0. 26. 27. ^i-

« Non, il lui faut (à l'àme) vois-tu, l'hymen de deux pensées.

Les soupirs étouirés, les mains longtemps pressées.

Le baiser, parfum pur, enivrante liqueur... » (Cti. du Crép. 31).

« Puis sur ma lèvre, où voltige une flamme.

Eclair d'amour que Dieu même épura.

Pose un baiser, cl d'ange deviens femme.

Soudain mon âme s'éveillera! » (Rayons et Ombres, 27).

Ce n'est déjà plus sa fiancée ou sa jeune femme que chante le poète-, c'est Juliette Douet qui est l'inspiratrice de cette nouvelle poésie. Il va sans dire que cet amour est encore le plus souvent sincère et vécu, malgré les descriptions et les réflexions philosophiques qui abondent dans les pièces de cette époque'. Il n'y a pas lieu, en effet, de distinguer entre le paysage, le cadre de l'amour, d'une part, et l'être aimé de l'autre. Tout cela est absolument confondu dans l'imagination du poète amoureux, et devient pour lui l'objet d'une seule et même adoration, la source d'une seule et même extase ^ Quant aux réflexions philosophiques, qui se mêlent à l'expression même de l'amour, on ne saurait les considérer comme des développements adventices et comme des lieux communs : toutes ces idées sur la légitimité, l'universalité et les bienfaits de l'amour, qui élève l'âme et lui révèle les énigmes de la vie et du monde, ont dû être suscitées par les critiques qu'attirait à Victor Hugo sa liaison avec Juliette, et peut-être aussi par le trouble de sa conscience qui avait besoin de se rassurer elle-même^. — H y ^ pourtant déjà à cette époque quelques pièces de fantaisie, imaginées plutôt que vécues^. Mais il faut noter qu'il n'y a pas la moindre sensualité dans ces pièces et que le ton en est encore relativement sérieux. Les « Chansons des rues et des bois » (i865) nous offrent des caractères absolument opposés à ceux que nous avons reiu^ontrés

1. Pour les descriptions, cf. Cli. du Crép. r^i, 3i ; VI, 8, l'i, al-

Pour les réflexions philosophiques, cf. chants du O. fin de 21 ; Rayons et O. fin de 26, 3o, 34.

2. Et je bénissais Dieu, dont la grâce infinie Sur la nuit et sur toi jeta tant d'harmonie.

Qui, pour me rendre calme et pour me rendre heureux. Vous fit, la nuit et toi, si belles et si pures. Si pleines de rayons, de parfums, de murmures.

Si douces toutes deux! » (Chants du Crép., 21.)

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