I. « Pourquoi dans ce sanctuaire
Sourd et béni, Pourquoi sous l'immense suaire
De l'infini Enfouir vos lois éternelles
Et vos clartés ?
Vous savez bien que j'ai des ailes,
O vérités !
Pourquoi vous cachez-vous dans l'ombre
Qui nous confond ?
Pourquoi fu)ez-\ous l'homme sombre
Au vol profond .>* »
(Cont., II. G. 2.)
n8 LA CHRONOLOGIE DES COÎNTEMPLATIONS
Enfin, quand le substantif épithète ne peut être assimilé à un adjectif, il faut noter qu'il est toujours placé en second lieu :
Qu'il éveille en passant cette cité momie.
Or, ces expressions, qu'on ne rencontre d'ailleurs que très rarement avant les Châtiments ', ne sont que des comparaisons, extrêmement rapides, il est vrai, où les deux termes sont accolés, où les mots qui expriment le rapport entre ces deux termes sont supprimés. C'est iDien, en effet, la même marche de la pensée que dans la comparaison : l'esprit conçoit l'idée, puis trouve l'image. Au contraire, quand l'image est placée entête, l'expression équivaut exactement à une métaphore ; il ne semble plus y avoir marche, même rapide, d'un terme à l'autre, mais simultanéité absolue de l'idée et de l'image. Le double substantif n'est qu'un cas particulier de ce que l'on pourrait appeler l'idéeimage, et c'est pourquoi il apparaît en même temps qu'elle dans l'œuvre de Victor Hugo.
Comme on s'en rendra compte par la lecture des citations qui suivent, les pièces des Contemplations datées de i83o à i8/|0 dans l'édition et de i85/i et i855 dans le manuscrit présentent éminemment un ou plusieurs des caractères distinctifs du style de i85/j. Il n'est donc pas possible d'accepter pour ces pièces les dates de l'édition ; au contraire, les dates du manuscrit sont tout à fait vraisemblables.
Comme pour l'étude de la versification, on n'a pas tenu compte lies passages écrits en marge, qui sont évidemment de la date du manuscrit.