I. « O gouH'rc ! l'àiiio plonge cl rap|)orle le doute
Nous ontcndoiis sur nous les heures, goutte à goutte,
Tomber comme l'eau sur les plombs, L'homme est brumeux, le monde est noir, le ciel est sombre, Les formes de la nuit vont et viennent dans l'ombre,
Et nous, pAles, nous contemplons
Nous contemplons l'obscur, l'inconnu, l'invisible ; Nous sondons le réel, l'idéal, le possible,
L'être, spectre toujours présent ; Nous regardons trembler l'ombre indéterminée, Nous sommes accoudés sur noire deslinéo,
L'œil fixe et l'esprit frémissant »
(Conl,, 11. (i. l'i.)
LE STYLE DE VICTOR HUGO EN l83o-/|0 ET EN l85/|-55 'j']
née de deux vaisseaux et de deux matelots, et l'on oublierait qu'il s'agit en réalité de Lamartine et de Victor Hugo, si le poète n'avait senti par endroits la nécessité de la rappeler. En i854, au contraire, le symbole est une véritable métaphore : l'idée et l'image sont si harmonieusement londues qu'elles semblent vivre d'une vie commune ^ L'image ne paraît pas être un ornement étranger destiné à colorer et à animer la pièce ; le symbole semble être la forme instinctive et comme nécessaire de l'idée.
Enfin, il est un genre d'expressions que l'on ne trouve point avant i85/i, et qui ne sont que des exemples particulièrement originaux de cet emploi de la métaphore. Ce sont les doubles substantifs, expressions où, comme dans le « vautour aquilon », « le pâtre promontoire », « la bouche tombeau », deux substantifs, que l'on peut appeler objet et image, se suivent immédiatement. Sans doute, il y a avant i854 des expressions que l'on pourrait d'abord confondre avec celles-ci et qui sont, d'ailleurs, des expressions hardies, où l'image est étroitement unie à l'idée. Mais il ne faut point être dupe de cette analogie. Les prétendus doubles substantifs que l'on rencontre avant 1854 ne sont que des mots composés, qui désignent des êtres imaginaires, participant de deux natures :
L'homme esprit n'était plus dans l'orgue...
Et l'on croit voir passer un de ces anges vierges, Comme en rêvait Giotto, comme Dante en voyait.
Ou bien, le substantif image joue le rôle d'épithète et équivaut à un adjectif :
Laisse-toi conseiller par l'aiguille ouvrière... équivaut à peu près à « par l'aiguille diligente ».