‹ Mélanges d'histoire littéraireChapitre 59 sur 85 · DATK DE QUELQUES PIECES Q'J · texte numérisé non relu

DATK DE QUELQUES PIECES Q'J

ticité de cette lettre. Cette prétendue lettre, transcrite de la main même de Victor Hugo dans le manuscrit des Contemplations, est raturée en plusieurs endroits; elle est « travaillée» il est probable qu'elle a été inventée de toutes pièces '. D'ailleurs il serait étonnant que le discours sur la question polonaise eût ému ce marquis de C... d'E — D'après deux journaux d'opinions très différentes, la Gazette de France et le National, Victor Hugo parla au milieu de l'inattention et de l'indifférence de la Chambre. Les autres journaux se bornent à donner quelques extraits du discours, sans commentaires. Enfin, le discours lui-même ne contient rien qui puisse choquer les idées du monarchiste le plus intransigeant. La thèse qui y est développée est exactement, et presque dans les termes, celle de Montalembert, de la Rochejaquelin et des journaux légitimistes. Donc, en admettant même que la lettre du marquis de C... d'E... fût authentique, on ne comprendrait pas que Victor Hugo y eût fait une réponse de cette importance. Il y a une disproportion singulière entre l'ampleur de la pièce et les circonstances qui l'auraient provoquée. Au contraire, il est fort possible qu'en i854, Victor Hugo, voulant paraître avoir écrit cette pièce avant i848, et cherchant à la rattacher à quelque circonstance de sa vie publique, l'ait datée de l'époque de son intervention dans la question polonaise.

I. Voici cette lettre telle qu'elle se trouve à la page 28C du manuscrit des Contemplations : « . . Je vous ai vu (^) tout enfant, Monsieur, chez votre respectable mère, et nous sommes même un peu parents, je crois. J'ai applaudi à vos premières odes, la Vendée, Louis XVII... Dès 1827, dans votre Ode dite à la Colonne, vous désertiez les saines doctrines, vous adjuriez la lôgilimitc, la faction libérale ('') battait des mains à voire apostasie. J'en gémissais... Vous êtes aujourd'hui, Monsieur, en démagogie pure, en plein jacobinisme ! Votre discours anarchiste sur les aflaircs de Gallicic est plus digne du tréleau d'une Convention que de la tribune d'une Chambre des Pairs. Vous en êtes à la Carmagnole... Quelle est donc vulre anihitionQ^). Depuis ces beaux jours de votre adolescence royaliste, qu'avezvous fait.'' où allez- vous ?... »

On voit d'habitude dans ce marquis de C. d'E. le marquis de Coriolis d'Espinousc, mort à Bu/enval en 1871. Il ne s'agit certainement pas de ce personnage. N iclor Ilugo n'aurait pu dire : « Vous élioz vieux, j'étais enfant... », « Riche, pauvre, écuyer de Marie- Anioinelte. » Il s'agirait plutôt du marquis Charles- Louis -.Vlexandrc de Coriolis d'Espinouse, littérateur distingué, né à Marseille en 1772. Mais ce marquis étant mort en i8'|i, n'aurait évidemment pas écrit la lettre que Victor Hugo, ignorant l'événement, lui aurait attribuée.

{f) Victor Hugo avait d'abord écrit « connu ».

C*) Mclor Hugo avait d'aliord écrit « le parti libéral ».

('■) Cette phrase est ajoutée dans l'interligne.

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