JOANNES NAEVIUS AND THE DATE OF HIS DEATH
to the date in which the Catalogiis was said to hâve been written (')•
Notwithstanding thèse arguments, the question still remained uncertain, until by a happy chance a rich store of letters dating from 1522 to 1528 were entrusted to my colleague Prof. D' H. de Jongh and to me.
Thèse letters are written by some of the most prominent personages of the Netherlands to Franciscus Craenevelt (-), a member of the Great Council of Mechh'n. !n two of them mention is made of Naevius, which allays ail difficulties and doubts.
The first was written by Joannes Fevynus, a canon and scholaster of Bruges, who was acquainted intimately with Craenevelt and Curtius.
On December 4, 1522 — pridie Nonas Décembres — Fevynus writes to Craenevelt : — « Petrus Curtius si nescis in Nevii demortui locum suffectus est ». That sentence makes it certain that Naevius' death occurred in 1522, for though the year is not marked, the letter without doubt was written in 1522, as clearly appears from the allusions in it. The succession and co-ordination of this message with those that follow and précède te.stify to the date.
The second letter is more interesting, but has been badly dealt with, part of the top and right side having been torn or gnawed away. !t was written by a certain Roseus, who was a student and perhaps an inmate of the Lily. He relates to Craenevelt, evidently his acquaintance or patron, the élection of his friend Curtius as Regens.
The letter runs as follows : —
.... amicos bene valere prêter solum
... qui njudiustertius animam expiravit admodum
infeli[citer] vix... eo ipso die vespere post cenam
ascendens gradum a[d cubiciilum] tendentem cecidit infortunate retrorsum ita vt eum ferant suscepisse Q.o\\.[ionem d\ tergo et tune post illum casum mane circiter quintam obiit in plurim[or«OTl dominorum presentia. Sunt igitur in illius locum electi ille queni dominus regens [{cuius] anime Deus misereatur) sibi auxilio sumpserat, et preceptor meus facu [ncf/ss/mws] magister P. Cur-
(1) P. s. Allen, Opiis Epistolariim Des. Erasmi Roterodami, t. 1, p. 1, ff. Oxford, 1906.
(2) Cp. H. De Jongh's article in this collection.
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tius Bruganus cui admodum pervehementer gratulor vt ne [tibi] quidem depingere queam. Nihil autem nunc est reliqui quod scribam, [quam] cum huic congratuleris literis quemadmodum ille et tibi iamdudum [arnicas,] me! si visum fuerit aliquantisper meminisse velis.
The letter alludes further to a sum of inoney that had to be handed to Craenevelt's mother-in-law, also to the wine which he forwarded to her and for which she thanks him, adding that a quantity of apples will be sent by her. This letter is dated quinto Calendarum Decembrium ; it follows that Naevius was seized with the attack of apoplexy on the 24''', and died in the early morning of the nudiustertius before November 27''', i. e., November25, 1522.
This proves that Erasmus' letter to Gavere was written on March 1, 1523. When edited the year following with the Exomologesis the mention of Hutten was inserted — as appears moreover from the context — and the date changed.
Gavere's answer of March 27 to this letter, in Fôrstemann and Gunther,belongs tothe same year, 1522 being evidently understood in the old « stilo gallicano ». Roseus further corroborâtes the supposition that Heems had been enlisted as co-regens by Naevius in the last years of his life, the latter being visited more frequently and more acutely by the attacks of paralysis which proved fatal se unexpectedly.
H. De Vocht, Professer at the University of Louvain.
Le Prince » de Machiavel
dans les anciens Pays-Bas.
Machiavel symbolise et personnifie toute une période, un courant caractéristique de la vie politique; il a donné son nom point seulement à un système ce qui est sinon banal, au moins assez fréquent, mais même à un état intellectuel et moral, à un caractère, à un type. A part les personnages de l'antiquité, on ne connaît guère d'exemple de ces noms propres devenus communs par la célébrité du type dans le bien ou le mal. On est un Socrate, un Nestor, un Alexandre... Dans les temps modernes ce sort est bien plus facilement échu aux types littéraires, ce qui n'est pas surprenant puisqu'ils sont construits « sur » une idée. Don Quichotte, d'une part, comme Tartuffe ou Scapin de l'autre sont en somme dès leur naissance des noms de genre. Machiavel, tout vivant est devenu le type du Machiavel, il s'est répandu, ou comme on l'a prétendu, il a quintessencié dans son livre le type anonyme de la politique ambiante (').
Son influence, sa diffusion ont été extrêmes (-). Le machiavélisme dont il est moins le père que le patron (0 dans un baptême ultra-laïque, s'est infiltré partout, venin subtil de la politique déchristianisée.
(1) C'est l'opinion d'A. Sorel, L'Europeet la Révolution française. «Machiavel, dit-il, est moins un théoricien qu'un observateur et toute la force de son ouvrage vient du caractère qu'il a su lui donner ». Il cite des textes caractéristiques, t. l, p. 17 et svv. Mais il a bien tort de confondre le pouvoir absolu avec cet amora- Hsme et de citer Bossuet ! Qu'on relise la Politique tirée de l'Écriture Sainte! Mais en fait les gouvernements faisaient de la politique non d'après l'Ecriture Sainte !
(2) A. CouNSON, La pensée romane, p. 335. Louvain, 1911.
(3) Voir la note 1. Ce point de vue est soutenu dès le xvi^ siècle, notamment par le philosophe néo-Stoïcien Gaspar Scioppi, Machiavellicormn operae pretium écrit à Milan en 1595 où il plaide en faveur du Florentin. (Bibl. roy., ms. n"^ 3969, 3970, 3976.) — Est-il douteux que Machiavel ait aussi systématisé et enseigné ce qu'il décrit ?
88 V. BRANTS.
La littérature sur Machiavel est énorme (0 et il serait tout à fait vain d'y ajouter une unité s'il s'agissait d'examiner ou de critiquer le Prince. Notre intention n'est autre, tout simplement, que de signaler les infiltrations de cette littérature et de cet esprit dans les Provinces belges des xvr' et xvn'^ siècles.
Le nom de Machiavel, le terme de machiavellisfe y reviennent fréquemment. Mais ils y ont un synonyme courant, dont l'assimilation est catégorique chez les auteurs du temps : Ce sont les Politici. 11 ne faudrait pas traduire cela par hommes politiques, ce qui serait faux et injuste. Ce sont certains politiciens sceptiques qu'on qualifierait bien d'opportunistes et que d'ailleurs on appelait alors même en français les « politiques ».
Qu'ils procèdent de Machiavel et soient imbus de son esprit, c'est ce dont les affirmations abondent. Dans la littérature du temps, en divers pays, les réfutations du Prince, les anti-Machiavel sont nombreux. Nous en avons notre part, les uns portant le nom même en exergue, les autres se bornant à rompre lance contre lui dans des écrits consacrés, comme le sien, à l'éducation du chef de l'État. Tel est, on le sait, le caractère général de ces écrits nombreux sur le Prince, Véducation ou Vinstitution du prince, ce sont des manuels des devoirs du souverain, traités de morale politique pour lui et ses sujets, dont le titre s'explique par la forme monarchique du gouvernement.
Que Machiavel fut répandu au xvi*^ siècle, qu'il le fut encore au xvn*-', nos auteurs nous le disent, et c'est le motif pour lequel ils s'en prennent à lui. Et parmi ceux qui le combattent, se trouvent des noms en vedette de la défense religieuse et doctrinale : Ribadeneyra, de Cuyck, Stapleton, Lessius, Scribani, et aussi des publicistes moins qualifiés comme Vernulaeus, Beyerlynck, sans compter la personnalité flottante de Juste Lipse dont nous reparlerons.
C'est au début du xvn'^ siècle que nous voyons se multiplier les écrits de ce genre, où on s'en prend à l'écrivain florentin et à ses règles de conduite politique.
Le machiavélisme politique leur apparaît nettement d'abord comme une apostasie religieuse non seulement vis-à-vis du catholicisme ou du christianisme, mais vis-à-vis même du spiritualisme, de la religion naturelle. C'est la suppression de la loi morale dans la vie publique, la substitution d'une habileté et d'une audace guidées uniquement par l'intérêt de la conservation et de la prospérité temporelle de l'État. Voilà la signification de la raison d'État,
(1) Charles Benoist, Le machiavélisme, t. 1, introd. Paris, 1907.
comme de l'art de gouverner. Cet art exige une haute dose de capacité, de souplesse, d'énergie, d'intelligence, résumée on le sait, dans la virtu, qui est virtuosité, force et habiJeté, mais non vertu (0 ; c'est \a force humanitaire sans égard à aucune règle; c'est la théorie du surhomme avant la lettre (-i.
La finalité humaine de l'intérêt d'État, on le constate, supprime laqualificationmoralesupérieure ; cette finalité est utilitaire, comme le critère en est expérimental, historique, pragmatique (^). La politique est autre chose que la morale. On ne fait pas le mal moral par système, mais par intérêt bien calculé, comme on l'évite quand il est nuisible et parce qu'il l'est. Tour à tour sectaire ou hypocrite, la raison d'État s'en accommode, à condition que ce soit fait suivant les règles de cet art spécial.
Ces notes très générales sont justement le thème auquel se réfèrent les écrivains pour mettre en garde les esprits religieux et combattre les idées elles-mêmes.
Séparation absolue de la religion et de la politique, voilà ce qu'ils soulignent tout d'abord avec insistance et ils en concluent que les politiques ne méritent pas le nom de catholiques quand ils le prennent encore et sont plus dangereux que les ennemis déclarés et ouverts.
Quelques écrits du xvii"-" siècle méritent d'attirer un instant l'attention parce qu'ils fixent bien la pensée doctrinale de l'époque sur le problème de la raison d'État.
Comme rédaction, le premier en date est celui de Ribadeneyra, mais il ne parut pas aussitôt dans nos provinces (^). L'auteur, jésuite espagnol, fut l'introducteur de son ordre dans nos Pays-Bas, mais ce ne fut que dans les premières années du xvir' siècle que son écrit contre Machiavel y parut en traduction latine. Celle-ci était l'œuvre du P. Oran, un de ses confrères, mais l'édition en fut résolue par don F. de Mendoza, l'amiral d'Aragon, qui fut pendant plusieurs années le ministre représentant de l'Espagne près des archiducs souverains à Bruxelles. Il nous explique comment, la guerre l'en ayant empêché longtemps, il réalise enfin en 1604, la
(1) Ch. Benoist. o. c, p. 11 ; Counson, o. c, p. 337; E. W. Meyer, Machiavellis Geschichtsauffassiing iind sein Begriff Virtu Berlin, 1912 : etc. .
(2) Le développement de cette idée nous entraînerait trop loin ici, à toute la critique de l'humanisme et de ses excès.
(3) Brunetière {Histoire de la littérature framaise classique, 1515-1830, t. I, p. 58) signale aussi comme trait caractéristique la superstition du succès.
(4) Princeps christianus, adversus Nicolautn Machiavel'um ceterosque. hujus temporis politicos, éd. Cologne, Gualther, 1604.
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publication de cet ouvrage qui, avec la gloire à l'auteur, a procuré à l'Espagne la force des principes jointe à celle des armes ('). Dès la préface au lecteur, il place la question en vedette et se met au cœur du sujet : la science du gouvernement qu'on appelle la raison d'État, aété traitée par Machiavel dans un esprit impie et pernicieux, car il pose comme principe et fondement, but et intentions auxquels tout le reste soit rapporté, la conservation de l'État, de l'empire ; pour cela tous les moyens, fussent-ils honnêtes ou non, justes ou non, peuvent être employés dès qu'ils sont utiles, sans choix ni distinction. Parmi ces moyens figure la religion chrétienne, dont il enseigne que le prince doit tenir compte dans la mesure seulement où il l'estimera convenir à l'État ; il devra donc simuler parfois la piété, comme parfois aussi adhérer à des religions quelconques, fussent-elles absurdes... et il développe les conséquences funestes de ces prémisses. Or toutes ces erreurs sont fort répandues ; on ne pourrait croire combien grand est le nombre des adeptes du citoyen de Florence. Et quand l'hérésie a éclaté, envahissant tout ce pays et y semant tant de ruines, encore plus désastreuses furent celles causées par le dogme machiavélique . Les hérétiques, dans leur erreur, ont au moins une religion ; ceux-ci en rejettent toute notion; sous le nom de chrétiens, ces politiques sont des ennemis plus dangereux, par le masque de l'amitié, que des adversaires sectaires, car ils donnent le baiser de Judas.
Cette préface explique assez l'importance et le caractère d'un traité des devoirs du prince écrit en opposition avec les théories du florentin. Sans doute, il existe un certain nombre de traités de politique et d'instruction du prince chrétien, mais celui-ci a particulièrement le caractère d'une réfutation de l'œuvre et des idées de Machiavel. Chacun de ses principes est disséqué, en lui opposant ensuite la pratique recommandable du bon prince ('). Au point de vue de la conduite, un des points les plus marquants, est assurément la dissimulation, l'hypocrisie, recommandée, en dépit de la vérité, et l'auteur (-) en s'en occupant, constate son importance. Ce point, dit-il, est si grave, Machiavel et ses sectateurs y insistent tant.
(1) Don Mendoza. fi!s du duc d'infantado avait étudié aux université d'Alcala et de Saiamanqu; ; pendant la captivité d'une dure disgrâce, a grand seigneur, général et diplomate, fit des livres de scie ice religieuse, et à sa libération, entra dans les ordres ecclésiastiques et fut reçu docteur à Alcala. Cfr Ant. Rodriguez Villa, D. Fr. de Mendoza, almirante de Arragon. Madrid, s. d.
i2) Sur la composition du livre et l'histoire da l'édition espagnole de 1595, cfr Prat, Histoire du P. Ribadeneyra, p. 583 et svv. Paris, 1862.
qu'ils considèrent cette règle de la simulation comme la principale force, l'appui le plus solide sur lequel s'étaye la fausse raison d'État et prudence civile. Aussi reprennent-ils fréquemment en paroles et en actes le précepte qu'avait sans cesse à la bouche le roi Louis XI : Nescit regnare qui nescit simalare... etc. (').
Ces idées ne sont pas spéciales à Ribadeneyra. La qualification si sévère qu'il prononce contre les Politiques, on la retrouve, et avec les mêmes notes, chez bien des auteurs. Il faut d'ailleurs admettre que son livre, même avant sa traduction, était connu des savants de nos provinces. Bien entendu, quoiqu'il ne le cite point, le livre était connu du célèbre professeur du même ordre, L. Lessius qui écrit bien plus tard. Au milieu du trouble des esprits de cette période, le théologien apologiste cherche à éclairer les esprits sur le choix d'une religion (-) ; il veut non seulement convaincre ceux qui se trompent, mais guider ceux qui ne voient pas, qui souffrent, qui hésitent au milieu du désordre, ceux qui flottent comme des roseaux, changent et finissent par l'incroyance, après avoir abandonné l'autorité (;'). Mais dans ses préoccupations, il y a une place à part pour les politiques, ces soi-disant catholiques, qui tout en voulant passer pour tels, prétendent en savoir plus long que les théologiens, et dont le chef de ce temps fut Nicolas Machiavel. Il y revient à plusieurs fois et leur inflige la même note et les mêmes caractères. Pour eux, les considérations temporelles priment tout, ils y rapportent même la religion et ne l'estiment qu'à ce point de vue, et ceux-là d'ailleurs, il les range nettement parmi les hérétiques (inter haereticos sunt prudentiores). Sans doute il n'attribue pas à Machiavel la paternité de cette secte, mais il en est le guide, son livre en condense les idées et ce livre est aux mains d'un grand nombre (^). Puis il aborde les arguments tirés contre la Providence divine du succès et de la force des impies, du règne de l'injustice, qui seraient, dit-on, en rapport avec l'habileté et les ressources et non point avec le droit.
Dans la préface du livre sur le pouvoir du pape, il indique les deux adversaires de ce pouvoir : les hérétiques qui se déclarent
(2) Quaefides et religio sit capessenda, préface, éd. Anvers, Plantin, 1610.
(3) Defensio potestatis summi pontificis, préface. Augsbourg, 1611 (imprimé mais non publié).
(4) Lessius, De Providendia Numinis et animi immortalitate libri duo, adversus atheos et polit icos, préface et liv. I, ch. I, n° 3, éd. Anvers, Plantin, 1613. — Cfr notre étude sur Le droit naturel et les théories politiques chez L. Lessius, dans la Revue néo-scolastique de philosophie, 1912, t. XIX, p. 42-85.
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ennemis jurés de l'Église, et quelques politiques qui le combattent sous le nom de catholiques... Ces derniers y vont moins furieusement en lui accordant une ombre de pouvoir spirituel, mais lui enlèvent tout droit par lequel il puisse défendre le bien spirituel et la cause religieuse contre ses aggresseurs, en niant toute autorité qui s'étende au temporel. Le but de cette manœuvre est d'enlever toute crainte aux ennemis de l'Église, car la seule arme qui demeure en ses mains est l'excommunication qui n'opère pas contre les ennemis puisqu'ils sont déjà séparés de leur propre volonté. Telle est l'œuvre des politiques et de catholiques trompés par eux, qui sont ainsi l'instrument du mal, et dépouillent le pontife au profit du roi.
Un des élèves de Lessius, appartenant comme lui à la compagnie de Jésus, Ch. Scribani, écrira, de son style incisif, ardent et orné, un traité des devoirs du prince qui certes est le contrepied de celui de Machiavel, sans en être une réfutation directe ('). Il met en garde le prince contre les gens qui parlent contrairement à leur pensée, « quos vulgo politicos vocamus » (-), mais ce n'est point là une réfutation proprement dite de Machiavel, dont le nom n'y paraît guère (''), mais où la fidélité et la sincérité sont proposées au prince et le blâme infligé aux fraudes de Louis XI (')•
Faut-il d'ailleurs faire remarquer qu'on ne doit pas, selon lui, pousser la chose à l'extrême, que le droit n'exclut pas l'adresse, et que l'honneur n'oblige pas à tout dire, .à raconter les secrets d'État aux ennemis ! Ce sont là des choses d'appréciation morale, d'application, que n'altèrent pas les principes, mais dont ils donnent le vrai sens.
Le caractère anti-religieux, particulièrement dangereux des politiques, ces fils d'esprit de Machiavel, est noté aussi avec une vigueur particulière par un des maîtres célèbres des facultés de Louvain et de Douai, Thomas Stapleton.
Peut-on les ranger au nombre des chrétiens ? Tel est le titre {■'), suggestif déjà, du thème qu'il développe dans un discours acadé-
(1) Politico-christianiis. Anvers, Apud Mart. Niitium, 1624.
(3) Il leur décoche cependant ce trait perçant : <^ Edocti ab aliquo saeculi nostri Machiavelio qui prudentiam Christum doceret et aulae'mores... Sunt fere quiconque saeculi prudentiA magni plus aulam quam Christum in Evangelio docenlem secuti, plus Machiavellum quam Deum {2^ partie, ch. 2).
(5) Oratio academica an politici horiim tcmporum in numéro christianonim sint habendi, V éd. Munich, 1608.
mique. Il les en exclut bien résolument et formule contre eux un long acte d'accusation ; ce sont les fauteurs de l'erreur, les négateurs et contempteurs de la vérité divine. On les appelle du titre de politiques dont ils professent les manières polies, élégantes, souriant du zèle de ceux qui s'émeuvent aux atteintes portées à la religion. A leur avis il faut beaucoup concéder au temps présent, avoir toujours en vue la paix publique ; les efforts ne doivent pas être si grands contre des hérésies qu'on ne pourrait pas vaincre ou qui ne portent que sur des détails, et puis, après tout, le soin de la religion, n'exige pas qu'on mette en péril la paix et la fortune publique ; c'est au clergé, c'est à la Providence même à combattre ces ennemis. En somme il faut veiller à ce que l'État ne subisse aucun dommage. Tel est leur langage profane qui laisse détruire la religion de Dieu (')•
Parmi les auteurs contemporains coupables d'approuver ces tendances, il s'en prend vivement à Bodin, l'auteur des six livres de la République et qui en effet appartient au parti politique de France ; il le critique pour la préoccupation exclusive de la paix publique, réalisée aux dépens de la vérité, de la protection qu'on lui doit (- .
Ici cependant une remarque s'impose ; Bodin certes mérite à bien des égards les reproches de Stapleton et sa condamnation doctrinale est juste, mais s'il méconnaît les devoirs du prince vis-à-vis de la vérité religieuse dont lui-même n'était pas pénétré, on ne peut voir en lui un disciple des théories amoralistes de Machiavel qu'il combat au contraire avec énergie. Il y a donc des catégories parmi les politici ; tous ne le sont point au même degré. Si répréhensible que soit Bodin, pour son indifférence religieuse, pour son scepticisme, son laïcisme politique, il ne va pas aux outrances machiavéliques qu'il condamne. Il n'en est pas moins un docteur des politiques p).
(1) « In summa id agendum ne quid res vel pubiica vel privata détriment! capiat : Suam sibi cujusque conscientiam, absque istis certaminibus, sanam ac salvam esse posse. Habetis poiiticorum hodie liominum voces... » Cette définition est textuellement donnée par Bexerlinck, dans sa compilation Theatntm vitae humanae, x" politici. Cologne, 1631. Cfr l'article : Religio.
(2) P. 20 ss. Politicus Bodinus... Magnus ille nugator... Politicum agens, hostem se christianitatis prodit... etc.
(3) RiBADENEiRA, (o. c, préface), le dit rempli d'erreurs, et très consulté par des politiques « erroribus et opinionibus falsis respersum »... « Macliiavellus impius consiliarius ; Bodinus, ut de eo modeste loquar, nec theologus nec plus » .
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Au surplus la politique de la raison d'Etat, temporelle et laïque, était alors assez répandue dans les sphères officielles. C'était le cas du chancelier de l'Hôpital qui lui aussi, sans être un vrai machiavéliste, faisait de la politique temporelle, et certes tombait sous les reproches de nos auteurs (')■
C'était l'attitude que préconisait à certains moments le prince d'Orange aux Pays-Bas, espérant ainsi se rallier les flottants au nom de la tranquillité et de la paix publique.
Mais le machiavélisme amoraliste proprement dit avait répandu sou venin dans la politique et l'on sait le caractère que Catherine de Médicis, une princesse de Florence, donna au gouvernement de la France et qui devait soulever contre la royauté elle-même, de la part des divers partis, de si violentes et excessives réactions, ellesmêmes souvent dépourvues de scrupule et de frein.
On voit qu'en somme la notion du machiavélisme est un peu fuyante ; il y en a de diverses sortes, de divers degrés. Il y a des politiques qui ne nient pas en théorie la loi morale et qui sont blâmables cependant dans leurs fausses doctrines ou applications, leurs faiblesses. Le mot politique, comme le moi , machiavélique n'a pas toujours compris la même notion ; elle s'est étendue atout le scepticisme politique, au naturalisme, et même à tout l'opportunisme pratique {-).
Revenons à Machiavel. Le danger de son livre avait été perçu de bonne heure et de le combattre on s'était fait un devoir. A Louvain, centre d'étude et de doctrine, le doyen de Cuyck, chancelier de l'université, en avait pris l'initiative directe et énergique. En
(1) Proposant aussi de constituer l'État en deliors de la religion. « Non de constituenda religione, sed de constituenda repubiica». Cfr C"" de Meaux, Les luttes religieuses en France au XVF siècle, p. 82. Paris, 1879. — Sur Bodin, ibid., p. 185. — Henri Baud:?illart (/. Bodin et son temps. Paris, 1853) fait l'apologie de la politique qui est une sorte de libéralisme. C'est bien la même pensée qui fait dire au jésuite H. Samerius dans la lettre récemment publiée par le P. PoNCELET (Une lettre inédite du P. Henri Samerius, S. J., dans les AHEB, 1912, t. XXXVIll, p. 397-449) que le chancelier Michel de l'Ho, Ital <^ unus, scribendo et maie suadendo, plus Galliae nocuit quam alii pugnando obfuere », il fut le conseiller de l'édit de tolérance de 1562.
(2) Ch. Benoist, 0. c. Introd. : Le machiavélisme perpétuel; M. Vauthier, Macfiiavélisme et raison d'État (dans les Bull. Accd. roy. Belg., 1910, p. 291), s'efforce de distinguer ce qu'il faut mettre au compte du machiavélisme et de rechercher ce qu'est la « morale d'État », sans en donner une formule, tout en constatant le caractère d? plus en plus anarchique de l'amoralisme.
1596, dans une collection de discours ('), il en est un sur les livres dangereux qu'il faut proscrire, et un spécialement contre les politiques. Dans le premier, le traité de Machiavel a une place de choix, et il s'indigne contre ces chefs qui gouvernent les États chrétiens et n'ont pas honte d'aller là chercher des leçons ! Dans le second, il marque le joint entre le machiavélisme et le scepticisme des politiques qui dédaignant la considération religieuse, ne songent qu'à la paix temporelle de l'État ; c'est lui qui montre le caractère « politique » du tolérantisme annoncé par le prince d'Orange aux États. Il s'irrite aussi contre ceux qui veulent faire des concessions à l'hérésie pour garder la tranquillité publique et se laissent tromper à ces paroles de ruse (-).
La question du degré de tolérance est ici intimement mêlée au problème {■'). C'est la question d'hypothèse, de moindre mal, à supporter, non à approuver, sans méconnaître la thèse qui est celle du règne de la vérité. A quel moment concède-t-on trop aux nécessités plus fortes, aux dangers de troubles trop persistants ? C'est là question très délicate, et il n'est point douteux que dans les polémiques, la qualification de politique {*) injurieuse et lancée en anathème, pouvait avoir une portée plus large de !a part des esprits plus intégristes, estimant qu'on exagérait l'hypothèse et les nécessités (•■^). Mais assurément la théorie du temporalisme, de la raison d'État purement civile était à bon droit condamnée, comme négative des principes mêmes et de leur valeur souveraine. C'est ainsi que le libéralisme, niant la vérité religieuse en droit politique préconisait dès lors la théorie absolue de la tolérance. C'est cette négation de la domination de la conscience religieuse sur la politique qui fait grouper les politiques dans une même condamnation avec le Machiavélisme, et sous le même nom, bien qu'eux-mêmes s'y déclarent hostiles et répudient l'amoralisme du publiciste flo-
(1) Panegyricae orationes Sepiem. La Censura qs\. dn prûfess:îur J^itissenius, éd. Louvain, ap. P. L. Zangrium, 1596.
(3) Sur les arguments divers des théoriciens de la tolérance, de ce qu'il appelle le dogme de la tolérance à cette époque, voir un aperçu dans A. Ver- MEERSCH, La tolérance, p. 217 et svv. Louvain, 1912 et les documents publiés par A. DE ScHREVEL, cités plus loin.
(4) TuLDEN, De civili regimine, lib. I, cap. I. vitupère aussi les politiciens, c'est-à-dire les arrivistes, etc.
(5) Cfr note Étude sur la faculté de droit de Louvain à travers cinq siècles, p. 94. Louvain, 1906.
96 V. BRANTS.
rentin. Il y a là une série, une gamme de nuances d'opinions qui, dans les provinces belges, pendant les guerres religieuses, se partagent les esprits. Ce sont les partisans du libéralisme de l'époque qui soutiennent en principe la Religionsfriede {^),c'est-k-d\re le libre exercice public des cultes (-)• Elberrus Leoninus qui avait été d'abord professeur à Louvain, et qui devint le conseiller en vue du parti de Mathias d'Autriche et du duc d'Alençon, en fut un des théoriciens. Son discours, prononcé le 25 novembre 1579 aux États-Généraux d'Anvers en est l'expression systématique (•^). Mais ce serait dépasser notre cadre d'étudier ici ce problème qui est cependant d'un très puissant intérêt historique (^), il pénètre toutes les négociations et les débats pendant les troubles autour, de la pacification de Gand et de ses suites, comme des concessions faites par le gouverneur Farnèse ("') en vue du ralliement.
Dans les écrits, la thèse de l'amoralisme et celle de l'irréligion politique sont souvent conjuguées ; les protestations contre le machiavélisme se répètent. Ils ont rendu le nom de politiques odieux par leur improbité et leur opportunisme sans principe, dit le juriste
(1) Ce n'était pas iiiêma de la tolérance philosophique, mais di l'indifférence dit un auteur allemand ; et parmi les protestants, il y en avait qui faisaient aux politiciens le même reproche sous la même épithète de machiavéliste. Cfr Elkan, Die Publizistik der Bartholoinaeiisnacht , p. 87-107 et svv. Fribourg en Br., 1905.
(2) C'est l'objet de l'édit de Mathias sur la religion, Anvers, 12 juillet 1578, reproduit par E. Hubert, Èiiide sur la condition des protestants en Belgique, p. 165.' Bruxelles, 1862.
(3) Centuria consiliorum. Anvers, Plantin, 1584. Le discours est en annexe : Orciio dé belle, religione et pace.
(4) Sur la théorie de la tolérance, il y a des allusions ou des thèses chez beaucoup de nos anciens juristes. Juste Lipse, comme d'habitude se montre faible philosophe dans ses Politiques et semble se fourvoyer dans la théorie de « l'unité morale ». Gudelin distingue la thèse et l'hypothèse quando nécessitas cogit. (De Jure novissimo, liv. VI, cap. 15, De Jure Pacis, cap. 9.) Tulden, De civile regimine, lib. IV, cap. 11, 12 et 13, est plus étendu mais nous ne pouvons ici examiner cette vaste question.
(5) Cfr notre £f;/rf^ sur un ministre belge au X VIF siècle, Jean Richardot, dans les Bull. Acad. roy. Belg., 1901, p. 849 ; De Schrevel, Notices et documents pour servir à la biographie de Rémi Drieux, évêque de Bruges, dans les Annales de la société d'émulation de Bruges, 1901, t. LI, p. 145 svv. et les articles du même auteur sur Rémi Drieux, évêque de Bruges et les troubles des Pays-Bas, dans la RHE, 1901, t. II, p. 828-839; 1902, t. III, p. 36-65 ; 349-369 ; 664-668 ; 1903, t. IV, p. 645-678. La politique de Farnèse était attaquée du chef de machiavélisme, avec tous les politiciens italiens dans un curieux papier de polémique cité par P. Fredericq, Nedcrlandsch proza in de zestiende eeuwsche pamphletten, p. 221 (Mém. Acad. Belg.). Bruxelles, 1907. Mais bien d'autres lui reprochaient, même le roi sous d'autres formes, sa trop grande facilité aux concessions.
monarchique Nicolas de Vernulz, professeur à Louvain ; leur doctrine suprême est de feindre et de tromper ; ils sont toujours les hommes du moment ; c'est bien l'opportunisme, « horarum omnium amici » (')•
Beyerlinck aussi dans sa courte mais énergique notice sur les politici leur donne toujours cette même note décisive : les intérêts civils primant les intérêts religieux (-).
Au milieu du trouble et des luttes des esprits à cette époque, est-il étonnant de constater l'attitude vague et mal définie du pauvre caractère et de l'esprit flottant qu'était Juste Lipse (^). Philologue d'une valeur que l'on proclame à l'envi, Lipse ne fut grand que par ce côté. Sa doctrine est hésitante ; et ce n'est pas sans raison qu'on l'a vivement critiqué. Dans ses livres sur la politique, ouvrage mal fait d'ailleurs et sans plan, il émet, tout en invectivant les machiavélistes, des idées sur la bonne foi politique qui l'ont fait ranger au moins parmi les semi-machiavélistes(^). Des passages de son traité durent être expurgés de ce chef. Analyser à cet égard les idées de Lipse serait d'un intérêt plutôt biographique ; cependant ses talents littéraires lui donnaient de l'influence. Le pauvre et faible grand philologue a eu des avocats dévoués, non de ses erreurs mais de ses excuses ('"j. C'est. qu'en réalité, éminent philologue, il n'avait pas de vocation philosophique ("), il ne mérite guère de voir son nom figurer dans l'histoire des doctrines poli- Ci) Nie. VER>iVLAEVs, Institutionum po/iticarum lib.IV, T*^ éd. Cologne, 1628. Prooemiuin et cap. IV, qui dicendus sit vere politicus ... < Eorum summa doctrina est simulare et dissimulare ^>.
(2) Theatrum vitae humanae, aux mots Religio et Politici. Cfr notre Étude sur la faculté de droit de Louvain, p. 110.
(3) Voir aussi notre Étude sur la faculté de droit de Louvain, p. 1 10 et svv.
(4) Paul Janet, Histoire de la science politique, p. 561 ; Nys. Étude de droit international, 2"" sér., p. 282. Bruxelles, 1901 ; cfr Diltey, Anthropologie des 16. und n.Jhrh., chap. 2, dans les Sitzungsber. der Akad. v. Berlin, Philosonh. hist. Classe, 1904.
(5) Le P. Car. Scribani, Justi Lipsi defensio posthuma. Cet écrit est signé C. B. qui sont les initiales d'un pseudonyme de Scribani. Anvers, Plantin, 1608. En admettant des circonstances atténuantes, un autre de ses amis, Laevinus Torrentius, évêque d'Anvers, lui reprochait ses illusions stoïciennes dans la morale de Sénèque. Cfr Lettres de Laevinus Torrentius, évêque d'Anvers, publiées par P. DE Ram, dans les BCRH, 1854, 2^ sér., t. VI, n° 1. Sur le caractère rationaliste du stoïcisme, cfr V. Giraud, Maîtres d'autrefois et d'aujourd'hui. Paris, 1912, à propos de Montaigne, p. 40 à 45.
(6) Sur son peu d'importance à ce point de vue, cfr M. de Wulf, Histoire de la philosophie en Belgique, p. 158, 166 et svv. Bruxelles, 1910.
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tiques où les historiens, forcés de s'occuper de lui par la notoriété littéraire de son nom, et le titre de son livre, ne savent trop où le classer, et malgré ses protestations, le rattachent au moins aux collatéraux de Machiavel ('). L'incertitude de sa doctrine sur ce point délicat n'est pas de nature à surprendre ceux qui connaissent l'histoire de ses variations. La question était difficile, elle l'est de tout temps. La morale doit dominer la politique, c'est trop clair. Les principes souverains de la morale doivent avoir une fixité, une stabilité, sans lesquels on retombe forcément dans l'anarchie et l'arbitraire. L'affaiblissement de l'ordre chrétien enlevait dès l'époque de Nicolas Machiavel, la garantie suprême de l'ordre politique comme de l'ordre privé. Au xv^' siècle, les esprits étaient troublés par les grands bouleversements de la pensée, et ce trouble se reflète chez bien des esprits. Les plus vigoureux réagissaient avec force pour garder intacte la doctrine souveraine contre l'apostasie des uns, la prudence excessive des autres, les hésitations d'un grand nombre. Émanciper la politique des principes, pour y substituer l'art et l'opportunisme des faits, n'avoir en vue aue le développement de la vie, telle était bien la note caractéristique du machiavélisme (-).
Le principe du droit chrétien, les jurisconsultes belges le soutenaient dans leur doctrine de droit public. L'un des plus réputés, Ant. Ferez, professeur à Louvain et auteur du premier volume qui porte ce titre, l'exprime avec une netteté qui la résume et la condense (').
Cette vive polémique était la grande lutte des principes mêmes.
(\) Politicorum libri VI. Cfr les notes précédentes et Amiel, Un ptib/icisfe du XVF siècle, Juste Lipse, p. 177. Paris, 1884.
(2) C'était le contre-pied du moyen âge, comme le constate E. de Girard, Histoire de l'économie sociale, p. 39, 149 sv. Genève, 1900.
(3) Jus publicum, p. 9, éd. Amsterdam, 1657. Cum prima ratio principatus sit religione et divino jure populum devincire, veneretur princeps unum iilud aeternum neque mutabile, neque interiturum Numen, ut consilia sua rei publicae prosperet. Unicam et veram religionem sincère et rite colat, quae non est alla quam catholica ... Errant igitur et parum politice sentiunt qui docent posse principem pro libitu religionem dissimulare aut fingere. Qui eam fingit, nullam omnino crédit. Cfr sur A. Ferez, notre notice dans la Biographie nationale de Belgique, à son nom.
Thomas Bozius, prêtre de l'oratoire, qui dans l'épître dédicatoire à Clément VIII, se dit avoir été chargé de ce travail par Innocent IX, donne pour litre à son livre : De imperio virtutis, sive imperia pendere a veris virtutibus non a simulatis. Cologne, 1601.
Le naturalisme avait envahi les esprits, après avoir pénétré dans la vie. Le machiavélisme n'était qu'un aspect de ce grand conflit('). La raison d'État, l'intérêt bien calculé, sont la règle dominante de la politique « émancipée ».