LA SECRETAIRERIE D'ÉTAT ALLEMANDE AUX PAYS-BAS
8. Huart (Jean-Baptiste). Ce secrétaire, qui était d'origine luxembourgeoise ('), commença par remplir les fonctions d'assistant, en 1626, en vertu de patentes du 26 janvier de cette année (-'). Un décret, du 23 juillet 1632, le promut au grade de secrétaire (•^). Il mourut, à Bruxelles, le 29 octobre 1641 (^).
9. Voeller (Léonard). Admis à la secrétairerie, comme officiai, dès 1622 (■"), il devint secrétaire-assistant en 1640 C). Il succéda ensuite à Huart, en vertu de lettres-patentes du 17 janvier 1642, et prêta, le 5 février suivant, le serment de secrétaire ('). Le 1" décembre 1682 serait la date de son décès (').
D'après Coremans ce secrétaire aurait eu pour successeur don Juan Gilson (■'). C'est là une erreur manifeste. On voit, en effet, dans les Registres aux gages ('") que Gilson, qui était « commissaire ordinaire des monstres des gens de guerre », obtint en 1682 « la place et gages d'official de langues de la secrétairerie d'Estat et guerre». Cet emploi n'avait rien de commun avec la secrétairerie d'État allemande. Coremans semble, d'ailleurs, ne pas se douter qu'il y a eu trois secrétaires du nom de Voeller attachés à cette secrétairerie. Il ne parle que d'un seul, de Léonard Voeller.
10. Voeller (Jean-Herman), fils du précédent, devint secrétaireassistant en 1656, en vertu de patentes du 15 mars, et prêta serment, en cette qualité, le l*-'"" avril suivant (").
Il succéda à son père.
Lorsque, en 1706, les puissances alliées, victorieuses à Ramillies (23 mai), se furent emparées du gouvernement des Pays-Bas, Jean- Herman Voeller reçut, la même année, en date du 30 juillet, des lettres-patentes, qui le confirmèrent dans sa charge, et il renouvela son serment le 25 août suivant ('■).
Il mourut le 3 mai 1710 C^).
(1) BCRH, r^sér., t. V, p. 197.
(2) Registres aux gages, t. II, fol. 87.
(3) BCRH, V sér., t. V, p. 188.
(4) Registres aux gages, t. III, fol. 217.
(5) Voir les lettres-patentes délivrées à son fils Jean-Herman le 15 mars 1656. Acquits, etc., liasse n° 1261.
(6) BCRH, r^ sér., t. V, p. 189.
(7) Registres aux gages, t. III, fol. 221.
(8) BCRH, r<= sér., t. V, p. 193.
(9) Ibidem.
(10) T. VII, fol. 147.
(11) Registres aux gages, t. IV, foi. 55.
(12) Ibidem, t. VIII, fol. 222.
(13) Ibidem.
VoELLER (Martin-Léonard) obtint en 1675, par patentes du 19 janvier, la charge de secrétaire-assistant, et prêta le serment requis le 24 du même mois (')• On le trouve encore en fonctionsen 1697 (-).
11. Kempis (Jean-Pierre de). Il fut nommé secrétaire-adjoint en 1700, par patentes du 14 juillet de cette année, et prêta serment le 3 août suivant (•^).
En 1710, il succéda, comme secrétaire, à Voeller, dont sa femme était la fille (^). Kempis fut le dernier secrétaire d'État allemand.
Le traité d'Utrecht, du 11 avril 1712, ayant détaché les Pays- Bas de l'Espagne, pour les placer sous la domination de l'Autriche, le gouvernement central se trouva transporté à Vienne, et la secrétairerie d'État allemande, qui s'était maintenue jusqu'alors malgré tous les changements survenus depuis un siècle et demi dans l'organisation administrative des Pays-Bas, fut supprimée. Elle était devenue un rouage inutile. Ses archives, transférées dans une salle de l'ancienne porte de Namur, furent placées dans des armoires en chêne, travaillées avec art. La garde en fut confiée au baron de Lados, greffier du conseil des finances (^).
E. DE Marneffe,
Chef de section aux archives générales du rayaume
à Bruxelles.
(1) Ibidem, t. VI, fol. 43.
(2) Ibidem, t. VIII, fol. 42.
(3) Ibidem, t. VIII, fol. 221.
(4) Ibidem, t. VIII, fol. 222.
(5) Mémoire touchant les archives des Pays-Bas, 1750-1751. Documents pour servir à l'histoire des archives, carton I.
La pédagogie de Sturm
Les manuels d'histoire de la pédagogie, rédigés en langue française, ne consacrent que quelques lignes à Sturm, et ce qu'ils disent de lui, est en grande partie inexact. J'ai donc cru que, ayant à prendre un sujet de monographie dans l'histoire de la pédagogie, je devais de préférence exposer dans cette modeste étude la pédagogie du célèbre pédagogue de Strasbourg.
Jean Sturm naquit en 1507 à Schleiden, dans la Prusse rhénane. Sa première éducation se fit avec les fils du comte de Mancherscheid, dont son père, Guillaume Sturm, était l'intendant. Il fréquenta ensuite, à Liège, l'école des Jérômites, une des plus florissantes des Pays-Bas : l'organisation de cet établissement, l'enseignement éclairé des frères, leurs efforts de faire revivre une latinité plus pure firent sur le jeuneSturm une profonde impression.
De Liège, il vint à Louvain en 1524 : il cultiva surtout le latin et s'appliqua jour et nuit à l'étude de Cicéron. Pour se créer des ressources, il donna des leçons et s'associa avec Rudiger Rescius, qui avait établi une imprimerie destinée à la publication d'auteurs anciens.
(1) Ch. Schmidt, La vie et les travaux de Jean Sturm. Strasbourg, 1855; F.-E. EcKSTEiN, Vortrag iiber Jofi. Sturm auf der 24. Pliilologenversammlung zu Heidelberg. Leipzig, 1866; L. KUckelhahn, Johannes Sturm, Strassburgs ersterScfiulrektor. Leipzig, 1872; E. Laas, Die Pddagogik des Johannes Sturm. Berlin, 1872; K.-A. Schmiu, Gescfiicfite der Erziefiung vom Anfang an bis auf unsere Zeit, t. II. p. 2. Stuttgart, 1892; Veil. Zum Gedaclitnis Johannes Sturms, dans le Festschrift zur Feier des 350 jahrigen Bestehens des protestant ischen Gymnasiams zu Strassburg, Strasbourg, 1888, p. 3 et suiv. ; Engel, L'École de Strasbourg au XVP siècle, dans la Revue internationale de l'enseignement, 1896, t. XXXI, p. 112 et suiv. et t. XXXII, p. 30 et suiv.; K. von Raumer, Geschichte der Pddagogik, t. 1, Gutersloh, 1877; T. Zizgier, Geschichte der Padagogik, Munich, 3*= édit.; Le même, dans V Encyclopédie de Rein, t. 6, 2. Langensalza ; D.-H. Schiller, Lehrbuch der Geschichte der Pddagogik, 2^" édit. Leipzig; F. Paulsen, Geschichte des gelehrten Unterrichts auf den deutschen Schulen und Universitaten, 1896, etc., etc.
A Louvain, il se lia avec plusieurs compagnons d'études qui plus tard s'illustrèrent dans la carrière des lettres et lui conservèrent une amitié constante, tels que Jean Philipson, dit Sleidanus, Gunther d'Andernach, Christophe de Mons, Barthélémy Masson dit Latomus, André Vésale et autres.
En 1529, il se rendit à Paris dans l'intention d'écouler ses volumes; il s'y appliqua quelque temps à la médecine, et fit au Collège royal des cours libres sur Cicéron et sur la dialectique. Ses mérites lui valurent de grandes amitiés, et les étrangers qui affluaient à Paris portèrent au loin sa renommée. C'est ainsi qu'il fut connu d'Érasme, de Mélanchthon, de Bucer, etc.
En 1537, le Sénat de Strasbourg lui confia l'organisation d'un gymnase, qui fut ouvert solennellement en mars 1538 dans les bâtiments du couvent des Dominicains. Il le nomma en même temps Recteur.
En 1564, Sturm réorganisa l'école de Lauingen, dans le comté de Neubourg en Bavière. La progression des classes était analogue à celle du gymnase de Strasbourg, mais le programme était à la fois plus chargé et plus incomplet ; car on devait apprendre en cinq ans à parler et à écrire le latin et à lire le grec ; mais on n'y apprenait que ces deux langues {^).
Une épidémie ayant forcé les scolarques à fermer le gymnase de Strasbourg, Sturm en profita pour proposer un nouveau programme, qui fut appliqué à partir du printemps de 1565.
En 1566, il érigea l'Académie, une sorte de Faculté de philosophie isolée; car on ne peut tenir compte des quelques cours de théologie, de droit et de médecine qui y étaient professés.
A la suite de controverses théologiques — il était calviniste, — il fut destitué le 7 décembre 1581.
Il mourut à Strasbourg le 3 mars 1589.
Sturm, qui fut un des hommes d'école les plus remarquables du xvi^" siècle, déploya une grande activité littéraire.
(1) L'école de Memmingen fut organisée par Louis Rab, qui avait été inspecteur de l'école de Strasbourg; Claude Baduel fonda l'école de Nîmes sur le modèle de celle de Sturm ; Thomas Flatter, nommé maître d'école à Bâie, fit exprès le voyage de Strasbourg pour apprendre à connaître l'organisation du gymnase de cette ville ; le règlement scolaire du Wurtemberg adopta les principales idées de Jean Sturm. (Engel, L'École de Strasbourg au XVl^ siècle, dans la Revue internationale de l'enseignement, 1896, t. I, p. 215.)
Dans ses éditions d'auteurs latins et grecs, il n'eut en vue que les besoins des classes. Telles sont les éditions de Cicéron, de Plante, de Platon (Gorgias, Apologie, Criton), d'Aristote (La Morale, la Physique et la Rhétorique), Démosthène. Il commenta Cicéron, pro Plancio , la première Tusculane, l'art poétique d'Horace, les églogues de Virgile et surtout Hermogène.
Il publia quelques ouvrages scolaires : une grammaire latine (Educatio puerilis linguae latlnae), un livre d'exercices (Neanisci), un manuel de dialectique (Partitiones dialecticae), un manuel de rhétorique {In partitiones oratorias Ciceronis dialogi IV).
Dans certaines œuvres, il s'attacha à préparer à l'art de la parole : De amissa dicendi ratione libri duo, De periodis, De imitatione oratoria libri III, De exercifationibus rhetoricis,De universa ratione elocutionis rhetoricae libri III, Linguae latinae resolvendae ratio.
Enfin, dans une série d'ouvrages, il exposa sa pédagogie. Le De literarum ludis recte aper tendis, 1538, esquisse le programme qu'il se propose d'introduire à Strasbourg. Les Classicarum epistolarum lib. III s. Scholae Argentinenses restitutae, 1565, nous font connaître les développements qu'avait pris à cette époque le gymnase, et les changements qu'il convenait d'apporter à son programme. Les Academicae epistolae urbanae (1569) complètent les deux ouvrages précédents, en nous renseignant sur l'Académie. Enfin l'organisation scolaire de Lauingen, Scholae Lauinganae (1565) ne peut être oubliée ; car elle éclaire sur plus d'un point celle de Strasbourg.
Sturm distingue dans l'éducation trois degrés correspondant à trois institutions distinctes : la famille, le gymnase et l'Académie.
Jusqu'à sept ans, l'enfant doit demeurer dans la famille ; de 7 à 16 ans, il fréquente le gymnase ; de 16 à 21 ans, le jeune homme suit les leçons de l'Académie.
C'est le gymnase que nous allons étudier.
Quel but Sturm poursuivait-il en l'organisant ?
Le but de l'école, c'est, à ses yeux, la sapiens atque eloquens pietas. L'école doit se proposer trois choses : la piété, le savoir et l'éloquence. Par la piété, il faut entendre la piété protestante, et par l'éloquence, l'éloquence latine. La piété étant de tous, il en résulte que le savoir et l'éloquence seraient les caractères essentiels de l'homme lettré.
Combien de classes Sturm admettait-il?
Au début, le gymnase de Strasbourg n'avait que 9 classes (élèves de 7 à 16 ans) ; mais dans les Epistolae classicae, que Sturm écrivit pour ses professeurs, il comptait alors 10 classes (de 6 à 16 ans).
De ces 9 ou 10 années de gymnase, sept ou huit apprennent à parler le latin avec clarté et correction (latinitas pura), deux à parler avec élégance (latinitas ornata).
Pendant quatre ou cinq ans, on ne fait que du latin : on le lit, on le parle et on ré:rit.
Quel est le programme des dix classes ? Le voici.
Dixième. — Les élèves apprennent à lire et à écrire ; ils abordent les éléments des déclinaisons et des conjugaisons latines. Ils récitent le catéchisme en allemand, parce qu'ils ne sont pas encore en état de comprendre le catéchisme latin.
Neuvième. — Ils se fortifient dans les déclinaisons et les conjugaisons; ils nomment en latin toutes sortes de choses, surtout celles qu'ils ont sous les yeux.
Peut-être lisent-ils déjà quelques lettres deCicéron de peu d'étendue.
Huitième. — Tandis que dans les classes précédentes on a enseigné aux élèves, d'une manière pratique, par des causeries, les déclinaisons et les conjugaisons, on leur enseigne dans cette classe systématiquement les parties du discours, on développe l'étude du vocabulaire, on lit et l'on explique les lettres de Cicéron, en s'appuyant sur la grammaire, en insistant sur la construction et la formation des phrases et des périodes.
Dans les derniers mois de l'année, il y a chaque jour des exercices de style : ils sont précédés d'exercices oraux dans lesquels on compose de petites phrases ou l'on modifie des phrases données.
Septième. — On étudie les règles les plus simples de la syntaxe. Outre la syntaxe, on voit la périodologie.
On lit chaque jour des lettres de Cicéron.
Des exercices de style se font aussi chaque jour : les sujets sont tirés de ce que les élèves ont appris dans cette classe ou dans les classes précédentes. Le professeur aide l'élève de vive voix et par écrit au tableau ; il lui montre comment il doit développer le sujet : en un mot, il procède « comme le maître de chant qui chante d'abord ».
Sturm recommande de traduire en latin, le dimanche, le catéchisme allemand.
Sixième. — On traduit et commente un choix de lettres de Cicéron, VAndrienne de Térence et le premier volumen poeticum de Sturm.
Les bons élèves traduisent et expliquent une épigramme de Martial, une ode d'Horace, un hymne de S. Ambroise, et exigent à leur tour la même tâche de leurs condisciples.
L'étude du grec commence dans cette classe avec les fables d'Esope (')•
Les exercices de style se continuent et visent un style plus soigné.
Le samedi et le dimanche, on traduit encore en latin le catéchisme. On lit aussi quelques lettres de S. Jérôme.
Cinquième. — Le vocabulaire comprend les mots désignant des objets peu connus ou inconnus des élèves.
On commence à mettre des vers sur pieds ; les exercices de style deviennent plus fréquents ; on traduit en allemand quelques passages des discours de Cicéron et on les retraduit en latin en classe même, ex fempore.
En grec, le vocabulaire a pour objet les mots ayant trait aux vertus et aux vices, aux mœurs et à la vie humaine.
Le samedi et le dimanche, on interprète l'une des plus courtes épîtres de S. Paul.
Quatrième. — Comme les élèves connaissent la grammaire latine et la grammaire grecque et qu'ils possèdent un grand nombre de mots et un riche choix d'exemples tirés des poètes et des orateurs, il s'agit maintenant de leur faire lire, apprendre par cœur et expliquer beaucoup de textes, sans dépasser cependant leurs forces.
On lit la 6^^ Verrine, parce qu'elle renferme presque tous les genres de narration, d'autres discours de Cicéron, des épîtres et des satires d'Horace, les Adelphes de Térence.
Les exercices de style sont plus difficiles : on aborde des périodes plus longues.
En grec, on lit la chrestomathie de Sturm.
Le samedi et le dimanche, les élèves lisent et paraphrasent les petites épîtres de S. Paul.
Troisième. — Les élèves abordent l'étude de la rhétorique ; ils étudient les ornements du style et les tropes au moyen d'exemples fournis par l'ouvrage de Sturm : le volumen exemplorum.
Ils lisent VAuctor ad Herennium et le pro Cluenîio ; quelques discours de Démosthène, le premier chant de l'Iliade ou de l'Odyssée.
ils lisent des épîtres de S. Paul.
Les exercices de style, qui se multiplient, sont : 1'^ la traduction
(1) Sch'.ller fait commencer le grec en 5"; mais il résulte d'une lettre de Sturm et de la matière de l'examen que le grec s'apprend en 6*^.
en latin de passages d'orateurs grecs, d'historiens et de poètes ; 2'^ la composition d'un grand nombre de poésies et de lettres, ainsi que d'autres rédactions ; 3" le changement de rythme des odes de Pindare et d'Horace.
Concurremment avec les élèves des classes supérieures, on joue les comédies de Térence et de Plaute.
Seconde. — Les élèves lisent et interprètent eux-mêmes les poètes et les orateurs de Rome et de la Grèce, tandis que le professeur se borne à faire remarquer les particularités du style oratoire et du style poétique, et à faire inscrire par les élèves dans leur journal les passages les plus remarquables des auteurs classiques.
On continue l'étude de la rhétorique, en se servant de VAudor ad Herennium ou de Cicéron, VOrator et les Partitiones oratoriae, et en lisant des discours de Cicéron et de Démosthène. On aborde l'étude de la dialectique avec un dialogue de Cicéron ou de Platon.
Le choix des discours de Cicéron est abandonné aux professeurs, voire même aux élèves, auxquels « il convient de laisser une certaine initiative». Les discours de Démosthène prescrits sont les Olynthiennes et les Philippiques .
Les exercices de style se font tous les jours. Le maître devient plus exigeant : « Incredible enim, quantum homo possit, si nitatur, si imitetur, si aemuletur, si nihil negatum putabit arti atque industriae ».
Les élèves font déjà et débitent de petits discours.
Le dimanche, on lit, on apprend par cœur et on récite l'épître aux Romains.
On représente, avec plus de succès que dans les classes précédentes, les comédies de Plaute et de Térence. On peut aussi jouer une pièce d'Aristophane, d'Euripide ou de Sophocle que le maître a préalablement interprétée.
Première. — On termine la lecture de la rhétorique et de la dialectique. On montre, dans Démosthène et dans Cicéron, l'application des règles de ces deux arts. On achève la lecture de Virgile et d'Homère.
Les élèves lisent privatim, entre autres, Thucydide et Salluste : ils le traduisent par écrit, en se partageant les passages.
Une fois par semaine, on représente des pièces dramatiques.
Maintenant que le programme général nous est cotjnu, abordons l'enseignement des différentes branches.
Le latin. — La grammaire. — L'enseignement grammatical était négligé : Sturm chercha à le réformer.
Avant tout, il demande que l'étude de la grammaire précède l'expHcation des auteurs et les leçons sur la rhétorique, et il s'attache à simplifier la grammaire.
Trois années sont consacrées à la lexigraphie, les deux premières à un enseignement pratique, comprenant, en 10'', les déclinaisons et les conjugaisons régulières; en 9^ les irrégularités; la 3^' année est consacrée à l'enseignement systématique de ces notions acquises pratiquement.
En 7s Sturm commence la syntaxe. Il demande le moins de règles possible, des règles claires et expliquées par des exemples empruntés à Cicéron.
Vocabulaire. — « Sans la connaissance du vocabulaire, on ne sait ni parler ni écrire », dit-il. Aussi publia-t-il quelques ouvrages dans le but de faire acquérir un riche vocabulaire.
1° Il fit sous le titre de Neanisci une série de dialogues, adaptés aux classes du gymnase et contenant les termes et les formules dont on fait usage dans les conversations de tous les jours.
2» Persuadé que les proverbes aiguisent l'esprit et ajoutent à la conversation un charme particulier, il fit faire par un professeur une collection d'adages classiques.
3" Il fit une édition des distiques attribués à Caton, pour familiariser ses élèves avec les expressions relatives à la vie morale.
4'' Il publia, pour les six classes supérieures, quelques recueils gradués de poésies latines, qui devaient être apprises par cœur et souvent répétées, « moins dans le but de développer le sentiment du beau que dans celui d'enrichir le trésor de mots ».
5*^ Il fit un Onomasticon puérile, contenant, par ordre de matières, les expressions les plus usuelles relatives à la religion, aux choses extérieures, aux occupations de la vie.
Ce furent là ses travaux concernant le vocabulaire. Ajoutons-y quelques détails sur la méthode qu'il employait.
Sturm attache, dès la 9s une grande importance à l'étude du vocabulaire. Il la gradue fort bien : il commence par les noms des objets qui tombent chaque jour sous les sens ; il fait ensuite entrer ces mots dans des expressions ; il passe enfin aux choses peu connues ou inconnues des élèves.
Chaque élève apprend chez lui chaque jour un certain nombre de mots différents, mais appartenant à la même classe d'idées, afin que les élèves acquièrent à l'école des mots qu'ils entendent de la bouche de leurs condisciples. Ainsi, s'agit-il des mots qui se
groupent sous la rubrique : avis, un élève apprend alauda, passer, etc. ; un autre picus, anas, etc. En classe, chacun récite les mots qu'il a appris. Sturm veut que les enfants apprennent des mots comme dans les familles romaines, où chaque jour le vocabulaire s'enrichit grâce à la conversation.
Sturm introduisit dans son gymnase l'usage d'éphémérides, diaria, cahiers où les élèves, à partir de la Q'^ classe, inscrivaient, jour par jour, dans un groupement réel, les mots et les tournures qu'ils rencontraient pour la première fois.
Aussi longtemps que le maître était obligé de se servir, dans ses explications, de la langue maternelle, il ne devait prononcer aucun mot en cette langue sans ajouter le terme latin correspondant.
Par des répétitions fréquentes, Sturm demande qu'on s'assure que les élèves ont retenu les mots appris.
La lecture des auteurs. — Dans le choix des auteurs, Sturm se laisse guider par l'importance qu'ils peuvent avoir au point de vue de la formation du jeune orateur. En conséquence, Cicéron est son auteur favori : il le lit dans toutes les classes. Après Cicéron, il fait beaucoup de cas de Térence, à cause de la pureté de sa langue. « Terentio post Ciceronem nihil utilius est ; purus est sermo et vere romanus » (').
Le nombre des auteurs est extrêmement restreint ; car, outre Cicéron et Térence, il n'admet que Virgile et Horace. Tite-Live et Tacite sont exclus, par exemple, de son canon.
Dans les deux classes supérieures, Sturm laisse aux professeurs et aux élèves le choix des discours qu'ils lisent.
Il fait place à la lecture privée : c'est privatim que les élèves prennent connaissance de Salluste.
Comment interprète-t-W les auteurs? — Et tout d'abord, distingue-t-il la lecture approfondie et la lecture cursive? Nullement. Il défend une opinion qui a fait fortune et qui est devenue une règle de la méthodologie moderne : « Il faut lire assez vite pour ne rien omettre d'essentiel, et assez lentement pour n'expliquer que le nécessaire ».
En cela, il a eu raison ; mais il s'est trompé sur le but de la lecture. Il n'explique pas les auteurs, comme nous, au double point de vue du fond et de la forme. Tout en disciplinant les esprits, tout en développant chez nos élèves le sens et le goût du vrai, nous voulons leur donner une instruction historique, littéraire et morale. En d'autres termes, nous cherchons à les initier à la vie
(1) De ut. lud. 118(Hj.
intellectuelle et à la civilisation de Rome et d'Athènes, et à dégager d'une œuvre une synthèse de la société antique sous ses faces multiples, et cela sans jamais négliger d'éclairer le passé par le présent ; nous avons aussi soin de donner un commentaire littéraire qui, se gardant de tout louer, parle à l'esprit et au cœur des élèves, forme leur goût et leur style; enfin nous n'oublions pas un commentaire moral qui sait approuver et critiquer à bon escient.
Chez Sturm, il s'agit moins de faire comprendre aux élèves des idées ou des faits que d'enrichir leur collection de vocables et de phrases, pour les former à l'éloquence latine.
A cet effet, les ouvrages des anciens sont soumis à une analyse que Sturm appelle resolutio. Ce n'est ni une analyse grammaticale, ni une analyse logique, mais une opération qui a pour objet de déterminer la valeur précise des termes et leur usage dans les différents genres de style. Toutes les expressions dont se compose une langue, peuvent être ramenées à quatre catégories : les choses divines, les choses naturelles, les sciences et les arts, l'homme par rapport à son corps et à son âme, aussi bien que par rapport à ses devoirs comme membre de la société. C'est sous ces quatre points de vue que les anciens doivent être analysés. Même dans les dernières classes, l'explication portait toujours sur les mots ; c'est ainsi que Sturm publia sur VArt poétique d'Horace un commentaire où il s'occupe uniquement du sens des mots sans apprécier le moins du monde ni les préceptes ni les beautés du poète.
Tous les mots et les tours dont les jeunes gens enrichissent leur fonds latin, sont inscrits par eux dans des cahiers.
Style. — Les exercices de style se font d'une façon méthodique; ils ne commencent que dans la troisième année, après des exercices préliminaires, telles que la composition orale de phrases ou modifications de phrases données ; ils consistent en rédactions d'une difficulté progressive et se rattachent étroitement aux mots et aux idées dont on a fait l'acquisition dans la lecture.
Ces exercices de style ont pour couronnement dans les classes supérieures la composition de discours.
Sturm demande que le discours soit l'objet des principaux efforts du professeur. Cet enseignement est théorique et pratique.
Dans ses traités sur l'éloquence et dans ses commentaires sur les anciens rhéteurs, Sturm reproduit sans critique les préceptes de l'antiquité; il dit lui-même que quiconque sait les livres d'Aristote sur la rhétorique, les dialogues de Cicéron sur l'orateur et les ouvrages d'Hermogène, n'a plus rien à apprendre. Il n'est donc pas ici original.
Avec son enseignement théorique, il mène de front la lecture des discours et des exercices multipliés. Il fait composer par ses élèves des discours; il leur fait aussi improviser sur des thèmes donnés; il institue de fréquents exercices de déclamation, qui se font non seulement en classe, mais encore dans les solennités scolaires : ainsi il faisait réciter publiquement des discours de Cicéron avec tout l'appareil de la procédure romaine, avec les plaideurs, les juges, les licteurs, le peuple. Un élève figurait l'adversaire de l'orateur, l'interpellait, lui répliquait ; l'orateur devait lui répondre « comme l'eût fait Cicéron vivant (') ». Enfin, il avait organisé des représentations dramatiques, dont je parlerai plus loin.
Imitation de Cicéron. — Le but de tous ces exercices, et, en général, de toute cette instruction, c'est {'imitation des anciens et, en particulier, de Cicéron, « le plus grand, le plus accompli des modèles ». V imitation, telle que la pratique Sturm, est un vrai pillage de l'auteur {-)• H enseigne à l'élève à rendre méconnaissables les phrases de Cicéron et d'autres écrivains, afin que le lecteur ou l'auditeur ne s'aperçoive pas de leur origine. Il recommande à l'élève de faire en sorte que la ressemblance ne frappe pas; il l'oblige à cacher les emprunts par l'un ou l'autre des trois procédés qui consistent à ajouter, à supprimer ou à modifier.
Cependant Sturm connaît une autre imitation qui ne consiste pas dans une copie littérale et servile : « vera imitandi ratio, quae libertatis suae utitur jure et eloquentiae omnibus nititur privilegiis », En théorie donc, l'imitation doit être « une application énergique d'acquérir les mêmes qualités qu'on voit briller dans un orateur, afin de lui devenir égal, si on ne le peut surpasser ». En d'autres termes, l'imitation doit être une noble émulation, se proposant pour modèle ce qu'il y a de plus accompli. Mais, en pratique, il ne pouvait en être question, car les élèves du gymnase n'avaient pas la liberté d'esprit nécessaire à une telle imitation. Sturm luimême ne croit pas pouvoir recommander pour eux une imitation libre : « Volumus imitatorem hoc tempore esse non liberum, non
(\) ScHMiDT, 0. c, p. 274 : * L'avantage que Sturm trouvait à ces représentations, était que les élèves, en entendant réciter les œuvres de Cicéron avec toute l'action extérieure, en retirent un tout autre fruit qu'en se bornant à les lire : ils se forment l'oreille et se préparent à rester calmes au milieu des agitations de la vie publique ».
(2) « Oportet imitatorem esse Xr/Ao'/.ÀïrTov, oportet x>.£-t£'.v. furari, fureni esse Irîhjx» i. e. iniitationis, sed ita tamen ut ipsum furtum non appareat, ne ipsa scilicet cornjcula in furto deprehendatur et risum moveat et suis notetur coloribus. » Sturm, De imitatione oratorio, 1574.
solutum, sed vinculis adstrictum imitationis » ('). Et même avec les étudiants de l'Académie, on ne procédait pas autrement, comme le prouve une lettre du professeur Leonhard Hertel, qui écrit à Sturm : « Orationem refercimus îurtis et compilationibus non secus ac corvus ille Aesopicus qui speciosarum avium plumis sese depictum ostentabat » .
Les résultats ne répondirent pas à son attente. Les travaux des élèves révélaient le vide des idées et l'incapacité de se servir de la langue latine d'une manière correcte et élégante. Malgré tout, Sturm ne cessait de caresser ce rêve chimérique, et dans une lettre adressée à Marbach, il dit : « Il me semble que nos maîtres pourront parvenir, dans l'art d'écrire, de déclamer et d'argumenter, à ce degré d'habileté qui avait été atteint aux époques les plus brillantes de Rome et d'Athènes. Si vous riez, laissez-moi espérer. Que dis-je, espérer? Laissez-moi contempler le spectacle de grands efforts et d'une noble activité. Mais si vous craignez que nous ne puissions atteindre notre but, rassurez-vous : nous obtiendrons des résultats bien supérieurs à ceux de toutes les années écoulées »(-).
Métrique. — Sturm attache peu d'importance aux exercices de versification. « Pour ceux qui veulent comprendre les poètes, il suffit, dit-il, de ne pas ignorer absolument les règles de la prosodie, sans qu'il soit besoin de leur apprendre à faire eux-mêmes des vers » (^).
Telle était la façon dont l'enseignement du latin était organisé à Strasbourg. Dans la lettre à Marbach rappelée plus haut, Sturm a précisé les améliorations qu'il avait apportées dans le gymnase : « Je crois, écrit-il, avoir réalisé dans notre école un quadruple progrès, en y introduisant un choix abondant de mots, une connaissance plus approfondie de la grammaire, de la dialectique et de la rhétorique, une interprétation plus détaillée des orateurs, des historiens et des poètes, et enfin la pratique journalière de la langue latine (^) ».
Le grec. — Les éléments de la langue grecque sont enseignés en sixième, une heure par jour. Les élèves apprennent à lire, à décliner et à conjuguer. En 5^, on répète et on complète les exercices de déclinaison et de conjugaison, de manière que tout ce qui mérite d'être appris y soit étudié à fond. En 4^ on répète la gram-
(1) De imitatione oratorio.
(2) Engel, art. cité, p. 456.
(3) SCHMIDT, 0. c, p. 272.
(4., Engel, art. cité, p. 456.
maire grecque, et comme exercices de traduction, on emploie les fables d'Ésope. En 3% on lit les dialogues de Lucien, les plus spirituels et les moins longs. En seconde, on explique les discours de Démosthène. En première, on lit Démosthène; parfois un épisode de l'un des poèmes homériques interrompt l'explication du grand orateur ('). En somme, le rôle du grec était secondaire; les orateurs grecs étaient étudiés de préférence; car les élèves y trouvaient la confirmation des préceptes de rhétorique et de dialectique puisés dans la littérature latine (-). Homère même n'était lu qu'en raison des avantages qu'il présente au point de vue oratoire.
Langue maternelle. — A six ans, les élèves entrent au gymnase. Chose étrange, le programme ne parle pas d'un enseignement spécial de la langue allemande, lecture et orthographe; nulle part, il n'est question d'un enseignement élémentaire de la langue maternelle. Plus tard, les élèves des classes supérieures ne s'exercent pas non plus à la rédaction allemande ; ils se contentent de traduire en allemand les classiques latins. La langue maternelle n'a donc aucune place dans le programme ; si l'on excepte le début de l'enseignement du catéchisme, qui est en allemand, certaines traductions qui se font en allemand, l'une ou l'autre explication donnée dans cette langue, la récitation, avec toute la solennité du Forum romain, des discours de Cicéron traduits en allemand, elle est impitoyablement proscrite. 11 y a plus. Il est même défendu aux maîtres et aux élèves de parler l'allemand : « Qui sermone utuntur alio quam latino, ratione bona puniantur. Sermones juventutis latinos esse volumus, omnium, etiam eorum qui in extremis latent classibus. Praeceptorem patrio sermone uti nolumus (0- — Cum in scholas ingrediuntur pueri et cum domum redeunt, cum colludunt, cum simul ambulant, cum obviam veniunt, sermo sit latinus — aut graecus. Nullus veniae locus, si quis hic peccet petulanter » (^).
Arithmétique. — Dans le premier programme du gymnase, le calcul ne figure pas pendant les huit premières années : il n'y est porté que dans les deux classes supérieures; mais Sturm, dans ses lettres aux professeurs des différentes classes, n'en dit mot, et, dans une lettre de 1539, trente et un ans après la fondation du gymnase, il parle de cet enseignement comme s'il se proposait de
(1) Engel, art. cité, p. 430.
(2) Engel, art. cité, p. 214.
(3) Class. epist. 246 (H).
(4J Class. epist. 246 (H).
l'introduire dans son établissement. Cet enseignement a donc été nul ou tout au moins négligé. Quand on n'a vu en seconde que les éléments de l'arithmétique et, en première, que quelques théorèmes d'Euclide, peut-on comprendre en première les éléments de l'astronomie? Il est vrai que d'après l'examen que nous avons sous les yeux, l'astronomie est réduite à bien peu de chose.
Autres sciences. — L'histoire, la géographie, les sciences naturelles et la physique sont oubliées. Sturm ne les connaît pas plus que les langues vivantes et le dessin, que comportent nos programmes. On le voit : tout l'effort se concentre sur le latin et le grec.
La religion. — Les élèves les plus jeunes apprennent à connaître la religion, les jours fériés, par leur catéchisme; les plus âgés et les plus avancés, par la lecture des Évangiles et des épîtres aux apôtres. « Ceux qui ont établi ce gymnase avec beaucoup de peine et à grands frais, veulent, dit Dasypodius dans une lettre adressée à Michel Han en novembre 1556, élever une jeunesse non seulement lettrée, mais aussi pieuse » (')• Cependant Sturm n'attache pas une grande importance à l'enseignement de la religion, qui est, de bonne heure, l'humble servante du latin et du grec. Ziegler trouve que Sturm accentue en fait non pas la mission religieuse de l'école, mais sa mission éducative.
Importance du latin. — En résumé, le latin est la branche principale, presque unique ; le grec même est au service du latin, et les autres branches, les branches dites réelles, sont oubliées ou sacrifiées. Sturm veut que ses élèves puissent non seulement écrire le latin, mais encore le parler en toute occasion : il s'efforce de faire d'eux de jeunes Romains qui rivaliseraient avec le prince de l'éloquence latine. « Quel malheur, s'écrie-t-il, que nos élèves n'apprennent pas, comme jadis les enfants des Romains, à balbutier, sur le sein de leur nourrice, les premiers mots latins et n'entendent pas cette langue de la bouche ni de leurs parents, ni de leur entourage! »
On a vivement reproché à Sturm d'avoir exagéré l'importance du latin dans son programme. Mais le latin était alors la langue des savants et des diplomates, le moyen officiel et international de se comprendre entre gens cultivés. Voulait-on se distinguer comme savant ou comme homme politique, on devait savoir le latin. En
(1) Engel, art. cité, p. 431.
un mot, le gymnase était l'école des gens cultivés, et la langue des gens cultivés était le latin.
Principes généraux. — Sturm, en arrêtant son programme, impose à chaque professeur une tâche déterminée, spéciale ; mais cette tâche de chacun n'est qu'une partie de la tâche commune à laquelle tous doivent concourir. Chaque maître doit connaître le programme général, en tenir compte dans sa classe, s'appuyer sur l'enseignement qui a été donné dans la classe précédente, et ne pas anticiper sur le programme des classes supérieures. Tous doivent enseigner d'après une seule et même méthode, dans le même esprit, et ne jamais perdre de vue le but proposé.
Plus que personne, Sturm s'est préoccupé de la concentration de l'enseignement. Il veut atteindre à l'éloquence latine, personnifiée dans Cicéron. Pour y arriver, il n'a cure des autres branches, qu'il supprime ou réduit à la portion congrue, et il fait de Cicéron le centre de tout l'enseignement. Grammaire, vocabulaire, principes et règles de la rhétorique, tout vient de Cicéron; c'est lui qui fournit les mots, les expressions, les tournures, les idées dont les élèves ont besoin dans leurs divers exercices. On trouverait difficilement dans l'histoire de la pédagogie un exemple d'une concentration aussi rigoureuse. Et ce qui la renforçait encore, c'est qu'il n'y avait qu'un maître par classe.
Déjà Agricola et Érasme attachaient une grande importance à la confection de collectanea. Mais c'est Sturm, semble-t-il, qui le premier a introduit méthodiquement la chose dans l'enseignement. Les collectanea constituent, pour le latin et le grec, à travers toute l'école une des tâches principales. Tout ce qui mérite d'être remarqué au point de vue du fond et de la langue, est recueilli et noté : vocables, phrases, images, comparaisons, sentences et bons mots. Il est toutefois à noter que le fond se réduit à peu de chose.
Sturm s'attache à donner un enseignement progressif, qui va du facile au difficile, du simple au composé.
Il est persuadé qu'il n'y a pas moins d'art à conserver ce qui a été appris qu'à apprendre du neuf. Aussi fait-il répéter soigneusement au commencement de l'année le pensum de la classe précédente.
Il fait la guerre aux professeurs qui, « au lieu de s'entretenir avec leurs élèves, leur parlent ». II prône, en effet, la méthode socratique et insiste sur l'induction.
Il exige deux qualités de l'enseignement : la brièveté et la clarté. La brièveté vient en aide à la mémoire, et la chose enseignée est
claire, si les explications et les questions du maître sont brèves. La masse des matières écrase l'élève. Aussi le maître, en interprétant un auteur, doit-il s'en tenir aux choses essentielles, ne pas se perdre dans des digressions étrangères, ne pas faire montre de sa science, ne donner que ce qui est nécessaire à l'intelligeice du passage, mais complètement, pour que l'élève en saisisse entièrement le sens.
Partout le maître doit tenir compte des forces intellectuelles et physiques des élèves, leur rendre l'enseignement aussi facile que possible, en sorte qu'ils en éprouvent de la joie. Avant tout, dans les premières années, le maître n'exigera pas trop des élèves ; il laissera de côté ce qui est obscur et difficile ; plus tard, il exigera davantage ; il donnera d'abord le ot'. ; ensuite le o'.ot'..
Comme ses contemporains, Sturm s'efforce de développer la mémoire des élèves. Ses prescriptions à ce sujet sont excellentes ; de fait, les élèves emportaient de leurs classes un riche trésor de maximes, de sentences et de bons mots.
Représentations dramatiques. — Jusqu'en 1565, les élèves jouaient, sans la collaboration du directeur et des professeurs, des pièces latines assez régulièrement chaque année. En 1565, Sturm recommanda dans ses £p/7res classiques ces représentations comme un exercice scolaire habituant à la conversation latine : il voudrait que toutes les comédies de Plante et Térence fussent étudiées dans les quatre classes supérieures, une tragédie de Sophocle ou d'Euripide, ou une comédie d'Aristophane en seconde et en première. Le maître fera traduire une pièce en classe; mais, pour les autres, il se contentera de distribuer les rôles et d'expliquer les passages les plus difficiles. « Si chacune des vingt décuries, dont se composent les quatre classes supérieures, étudie, dit-il, une comédie latine, Plaute et Térence pourront être représentés entièrement en une seule année, voire même en six mois » (0- Sturm attend de ces représentations dramatiques le même effet que des exercices de vocabulaire. Chaque élève étudiera la pièce que le maître lui aura assignée; mais tous les élèves qui assisteront à la représentation, y trouveront leur profit en s'habituant à saisir rapidement le sens des textes latins qu'ils entendront.
(1 ) Sturm n'entendait cependant faire apprendre aux élèves que les six comédies de Plaute qu'il publia pour l'usage de son école. Voyez Engel, art. cité, p. 450; A. JUNDT, Die dramatischen Anffiihrungen im Gymnasiiim zii Strassburg, progr. de 1881 ; J. Criiger, Die Strasburger Schulkomôdie, dans le Festschrift, cité plus haut.
Ces pièces ne pouvaient être jouées en un jour ; deux ou même trois jours étaient souvent nécessaires. Ajoutez-y que les répétitions se multipliaient et absorbaient tout le temps toute l'attention des élèves. De bonne heure, on ne se contenta plus du répertoire de la comédie latine; on joua, en latin, dessujets bibliques, voire même des sujets historiques ; on introduisit dans les pièces classiques des transformations qui devaient plaire aux spectateurs ; enfin on n'employa plus qu'une troupe d'acteurs-amateurs. Ainsi ces représentations scolaires dégénérèrent.
Nous voyons dans les œuvres de Sturm les objections qu'elles provoquaient : elles étaient, disait-on, dangereuses pour la moralité des enfants qui jouaient des scènes grossières et immorales ; elles nuisaient aussi à leurs études, en prenant un temps considérable.
Il faut cependant reconnaître qu'elles étaient dans le goût de l'époque : elles existaient un peu partout. A Liège, chez les Hiéronymites, Sturm avait joué le rôle de Géta dans le Phormio de Térence.
L'engouement qui régnait autour de lui pour les représentations théâtrales, et le profit qu'il espérait en retirer au point de vue de la formation oratoire de ses élèves, firent taire chez lui toutes les objections morales et psychologiques.
Discipline. — Le code de discipline, publié en 1568, établit la punition corporelle comme principal moyen de correction. On frappait de verges les élèves qui arrivaient trop tard aux leçons, qui n'assistaient point à l'office, qui persévéraient dans leur inattention ou leur négligence malgré toutes les exhortations, qui parlaient mal de leurs maîtres. On punissait de la même manière ceux qui tenaient des propos inconvenants, qui se querellaient, se montraient peu respectueux envers les professeurs (').
Chaque semaine, les maîtres faisaient un classement des élèves des diverses décuries; le premier prenait le titre de décurion et était tenu, sous les peines les plus sévères, d'exercer une rigoureuse surveillance sur ses neuf camarades à l'école et à l'église, et de signaler au maître ceux qui s'étaient servis de la langue allemande.
Horaire. — Les heures de classe, bien qu'elles ne fussent pas nombreuses, prenaient cependant un temps considérable. En été, les enfants allaient à l'école à 6 heures du matin. A 7 heures, ils
(1) Strobel, Histoire du gymnase protestant de Strasbourg, p. 28. Strasbourg, 1838.
retournaient chez eux pour déjeuner. La seconde leçon se donnait de 9 à 10 h. Elle était suivie d'un nouvel intervalle de deux heures pour permettre aux enfants d'assister vers 11 heures au repas principal. A midi, les classes recommençaient et duraient deux heures consécutives. Enfin, après une nouvelle interruption d'une heure, se donnait la cinquième et dernière leçon, qui se terminait à 4 heures. Le jeudi, à l'exception de l'heure de 6 à 7, était congé, et le samedi après-midi, il n'y avait qu'une leçon d'une heure consacrée au chant et au catéchisme. Le dimanche, les élèves se rendaient dans les temples de leur paroisse, non seulement le matin, mais encore le soir. En hiver, la première leçon ne commençait qu'à 8 heures. Cette singulière distribution des heures n'était pas particulière au gymnase de Strasbourg.
Vacances. — Les vacances revenaient assez fréquemment. Il y avait dix jours de vacances à la Noël ; quinze jours à Pâques ; trois à la Pentecôte ; deux à la Saint-Adolphe ; trois semaines pendant la grande foire de la Saint-Jean et trois semaines pendant les vendanges en septembre.
Promotions. — Il y avait deux promotions par an, l'une à Pâques, l'autre vers la Saint-Michel. Les élèves particulièrement bien doués pouvaient être promus au bout de six mois de séjour dans une classe ; ce n'est qu'en seconde et en première qu'il fallait passer une année entière. Il y avait donc dans chaque classe deux catégories d'élèves, ceux qui y étaient entrés à Pâques et ceux qui avaient été promus en automne ; conséquemment aussi, les maîtres étaient tenus d'achever en six mois la tâche grammaticale qui leur était prescrite (')•
Des deux promotions, celle qui avait lieu au commencement du mois d'avril, se faisait avec une certaine solennité. En présence de quelques membres du Magistrat et particulièrement des autorités scolaires, devant tout le corps des professeurs et des précepteurs, le nom des élèves promus était proclamé publiquement, et les deux premiers recevaient des prix. Après quoi, l'un d'entre eux prononçait un discours. Pendant la fête, les élèves qui faisaient partie du chœur, exécutaient des chants (-).
Sturm ne fut pas seulement un grand humaniste : il fut encore
(1) Engel, art. cité, p. 433 et 434.
(2) Lettre de Dasypodius.
un grand pédagogue. Il fut l'un des principaux fondateurs de l'en seignement secondaire tel qu'il a été constitué dans les siècles suivants jusqu'à nos jours. Il sut dresser un plan des études humanitaires, distribuer l'enseignement en plusieurs classes déterminées, graduer les difficultés, imprimer l'unité dans l'ensemble des classes, en général régler d'une façon très habile l'organisation pédagogique de son gymnase.
On se tromperait grossièrement, si l'on prétendait voir une œuvre originale en tout point dans son système pédagogique, si l'on soutenait qu'il a découvert les vrais principes et les vraies méthodes de l'enseignement secondaire. Il s'inspira de tout ce qu'il avait vu autour de lui et de toutes les idées qui avaient cours chez les humanistes. Ce qui lui appartient en propre, c'est l'importance qu'il attache à l'étude de la rhétorique et aux exercices oratoires. Il s'est fait illusion : il a poursuivi un rêve chimérique, quand il a espéré que ses élèves pourraient disputer à Cicéron la palme de l'éloquence. Il a échoué : ses élèves ne sont jamais devenus, malgré tous ses efforts, des Cicérons. Les déclamations et surtout les argumentations manquaient d'idées, et la langue n'était ni correcte ni élégante .Sturm a dû reconnaître que les résultats ne répondaient pas à son attente.
Si son établissement fut prospère et compta à son apogée 1545 élèves, c'est que Sturm jouissait d'une grande réputation dans le monde savant et qu'il avait au plus haut point, non seulement le tact pédagogique, comme le prouvent nombre de fines remarques que nous lisons dans ses lettres, mais encore le don de distinguer les talents. Il savait mettre à la tête de ses classes des maîtres de valeur. C'était, du reste, pour lui une nécessité de pouvoir s'en rapporter au travail personnel de chacun ; car il se trouvait dans l'impossibilité de se consacrer tout entier à son gymnase. Il était professeur à l'Académie; diplomate, il se trouvait mêlé à la discussion des questions religieuses et politiques les plus graves, et il devait de ce chef s'absenter souvent pendant des semaines, des mois même. De là, des plaintes : ainsi, à la date du 17 août 1545, Georges Fabricius écrit que Sturm est absent « alterum quoque jam mensem, neque adhuc quando lectiones auspicaturus sit, certi sumus, quod sane nobis molestum est ». On comprend qu'en dépit des règlements, tout ne marchait pas à souhait dans son gymnase. En fait, il ne surveillait pas de près son établissement. Après son retour de Lauingen, il se rend en 9*^ et s'aperçoit que la méthode qu'il avait indiquée vingt-sept années auparavant, n'avait pas été comprise !
Il ne faisait pas de leçons; il avait seulement la haute direction; il donnait des conseils et chargeait ses inspecteurs de surveiller l'exécution de ses instructions('). Comme de nos jours, il rencontrait des difficultés quand il s'agissait de faire entre ses professeurs le partage des branches et des classes. Il en fait l'aveu : « Fateor sane in superioribus te curiis utilem et idoneum esse posse, et aliquando ex illis tibi aliqua conimittetur, brevi fortassis. »
Faut-il croire que les Jésuites aient subi l'influence de Sturm (-)? Ziegler l'admet, mais Pacht!er(-')le conteste.Cesontlà des questions délicates, quand, de part et d'autre, on n'a pas démoli de fond en comble, quand on n'a pas fait table rase de ce qui existait. Quoi qu'il en soit, Sturm apprécie très favorablement les collèges des Jésuites, qu'il connaissait probablement de visu; car Dillingen était situé près de Lauingen. Il est vrai qu'il modifia plus tard sa manière de voir; mais si en 1565 il portait sur eux un jugement favorable, c'est que, dit Ziegler, il pouvait croire que, bien que l'esprit fût différent, les résultats étaient les mêmes.
F. COLLARD, Professeur à l'université de Louvain.
(1) Trois inspecteurs ou visiteurs sont chargés, quand le recteur est absent ou occupé, d'examiner les élèves étrangers qui arrivent journellement ; ils doivent veiller à ce que la marche de l'enseignement se poursuive sans déviation et sans négligence. Les scolarques ont pour mission d'entretenir les bâtiments en bon état, de gérer les revenus, d'engager les maîtres et les professeurs. (Engel, art. cité, p. 427 et 433.)
(2) J.-B. Herman, s. J., La Pédagogie des Jésuites au XVI' siècle, ses sources, ses caractéristiques. Louvain, 1914, a repris l'examen de cette question, p. 45 et suiv.
(3) Pachtler, Monumenta Germaniae Paedagogica. Berlin, s. V, préf. p. vi.
Les rapports entre Tabbé et les chanoines du N eufmoustier.
L'abbaye du Neufmoustier, située en dehors des murs de Huy, appartenait à l'ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin. Elle fut fondée en 1101 par Pierre l'Ermite, au retour de la première croisade, avec le concours de Conon de Montaigu, de son fils Lambert de Clermont ainsi que de plusieurs bourgeois de Huy (0-
Simple prieuré d'abord, elle s'agrandit suffisamment, au cours du xii'^ siècle, pour que Hugues de Pierrepont, prince-évêque de Liège, conférât la dignité abbatiale au chanoine Alexandre de Horion (-) : celui-ci fut sacré le 16 août 1208. Les prieurs avaient d'ailleurs rang d'abbés aux synodes généraux, mais ne portaient pas la crosse abbatiale.
L'abbaye disparut avec l'ancien régime : ses bâtiments, vendus en 1798, furent convertis en habitation particulière.
La destinée du Neufmoustier fut sans éclat. Ses abbés ne jouèrent pas un rôle marquant dans l'histoire de la principauté de Liège ; ses moines ne se distinguèrent en aucune façon, ni dans les lettres ni dans les arts ; il ne s'est pas même trouvé dans son sein un chroniqueur pour raconter la vie de son fondateur et l'histoire de sa fondation, si ce n'est sous forme d'interpolations dans les chroniques de Gilles d'Orval et d'Albéric de Troisfontaines ('), et si le nom de Godefroid de Claire brille d'un vif éclat à la fin du xn^' siècle, il faut remarquer que ce n'est que dans sa vieillesse que l'orfèvre hutois prit l'habit des chanoines de Saint Augustin.
La vie du Neufmoustier s'écoule donc sans grande variété. Il eut des abbés qui furent de saints personnages, il en eut d'autres qui firent plutôt figure de grands seigneurs ; les uns, tels Théodore
(1) G. KuRTH, Documents historiques sur l'abbaye de Neufmoustier, dans les Bulletins de la Commission royale d'histoire, 1892, 5"^ sér., t. II, p. 54.
(2) G. KuRTH, art. cité, p. 61.
(3) G. KuRTH, Maurice de Neufmoustier, dans les Bulletins de l'Académie rjyale de Belgique, 1892, 3^ sér., 1. XXIII, p. 668-684.
l'abbé et les chanoines du neufmoustier. 169
Eustache de Ponty de Pontillas (1749-1771) et François-Joseph- Ignace de Lemède (1776) dilapidèrent les revenus du monastère ; d'autres, comme Léonard de Theux (1546-1569), s'attachèrent à mettre un peu d'ordre dans les finances, faisant rechercher, classer et transcrire les titres anciens, renouvelant les baux, acquérant des rentes, effectuant d'urgentes réparations aux bâtiments claustraux (1547-1550).
D'innombrables procès les occupèrent : procès contre des particuliers pour des questions de biens ou de rentes ; procès contre la ville de Huy qui empiétait sur les possessions du couvent ou les immunités de ses suppôts ; procès contre la collégiale de Notre- Dame pour de multiples futilités de préséance (ordre à observer dans les pro::essions, dans les sonneries de cloches, le samedisaint, etc.) ; procès, enfin, de l'abbé contre l'un ou l'autre de ses confrères ou encore du corps des chanoines contre leur prélat.
Les conflits touchant l'organisation interne ou l'attribution des biens du Neufmoustier furent assez nombreux : les chanoines incriminent la mauvaise gestion de l'abbé, déclarent qu'ils sont réduits à la portion congrue, se plaignent des rigueurs de la règle ; l'abbé, de son côté, prétend que ses inférieurs sont insubordonnés.
Dès le xni*-' siècle, des difficultés s'étaient déjà produites : pour y mettre fin, les abbés de Saint-Gilles-lez-Liége et de Malonne, qui étaient également soumis à la règle de Saint Augustin, procédèrent en 1287 au partage des biens entre l'abbé et les chanoines, mais nous n'avons à ce sujet qu'une brève mention d'un inventaire du xvni«^ siècle, qui ne donne aucun détail C).
Ce partage fut loin de mettre fin aux conflits.
Vers 1540, les chanoines adressèrent à Louis de Cortenbach (-), chanoine de Saint-Lambert et chancelier de Liège, une longue supplique où ils détaillaient les griefs qu'ils prétendaient avoir contre l'abbé. Celui-ci, Nicolas de Maves (1530-1546) répondit par un libelle où, point par point, mais sans beaucoup d'ordre, il reprenait les allégations des confrères. En voici une brève analyse : 1° Il y avait au couvent un matricularius, un sonneur : il y est encore et exerce son office comme du temps de l'abbé précédent. 2" l'abbé laisse au prieur le soin de réprimander, de punir les cha-
(1) Archives de l'État à Liège, Archives de Neufmoustier, n" 2, f° 156.
(2) Louis de Cortenbach, chanoine de la cathédrale Saint-Lambert, à Liège, et de Saint-Servais, à Maestricht, chancelier et membre du conseil ordinaire de l'évêque. De Theux, Le chapitre de Saint-Lambert à Liège, t. Ill, p. 26. Bruxelles, 1871.
170 A. TIHON.
noines, les autoriser à sortir du couvent en dehors des heures des offices ; l'abbé leur permet même de s'absenter en cas de maladie d'un proche. 3" Si des privilèges ont été accordés par ses prédécesseurs, ils leur seront laissés pour autant qu'ils ne soient pas contraires à la règle que les chanoines ont promis d'observer : c'est ainsi que l'abbé ne peut leur permettre d'aller, sans son autorisation, dans cette partie du couvent dite « le court », où se trouvent la brasserie, la cuisine, les appartements de l'abbé, la compterie et les chambres d'hôtes. Les confrères disent qu'ils sont tenus comme des chartreux : il n'en est rien, car dans l'église, les cloîtres, le réfectoire, le dortoir, ils ne font aucune pénitence comme les chartreux. 4" La qualité de la viande ne laisse rien à désirer : l'abbé et ses hôtes en ont mangé et il offre de manger en leur présence de la viande salée de la qualité de laquelle ils se plaignent. L'abbé ne peut permettre aux parents des chanoines d'entrer à l'abbaye sans sa permission. 5" Les confrères ont chacun leur part des biens du couvent et l'abbé ne croit pas devoir les aider, si ce n'est dans les maladies non acqulsitis, sed voluntate divina eis subvenientibus. Chaque confrère a sa portion de vin dont il peut disposer à sa volonté. &• Si l'abbé a emprisonné un d'entre eux, c'est que ce chanoine l'avait mérité ; quant aux recès du chapitre que l'abbé n'aurait pas observés, il faut remarquer qu'ils étaient nuisibles au bien de la communauté. 7" L'abbé a toujours accordé aux chanoines l'autorisation de quitter le monastère quand leurs affaires l'exigeaient. Enfin, 8", l'abbé croit bien que l'administration des biens appartient à lui seul, mais il déclare que, si les abbés de Saint- Jacques et de Flône rendent leurs comptes à leurs confrères, il veut bien en faire autant. D'ailleurs, les prieur et chanoines sont toujours appelés pour la confection des nouveaux stuits (').
Dans ce conflit, l'abbé l'emporta: ses ordonnances et ses défenses furent sanctionnées par l'official de Liège et les abbés de Saint- Jacques et du Val-Saint-Lambert. Puis il fut procédé à un nouveau partage de biens pour lequel les chanoines demandèrent l'approbation de Corneille de Berghes, évêque de Liège, le 31 décembre 1540(-).
(1) Archives du Neufrnoustler, n'^ 23 (liasse). Sauf indication contraire, les documents qui ont servi à la rédaction de cet article, sont contenus dans la liasse susdite.
(2) Charte du Neufmonstier. Le chapitre comprenait alors, outre l'abbé Nicolas de Maves, le prieur Jean Comitis, Guillaume d'Ombret, Jean d'Oha, Henri
l'abbé et les chanoines du neufmoustier. 171
Force fut aux moines de s'incliner, mais ils n'étaient guère satisfaits et n'attendaient que l'occasion de prendre leur revanche. Elle se présenta à la mort de l'abbé, le 21 février 1546 (')■ Le soir même, à six heures, l'assemblée capitulaire annula les ordonnances édictées à la demande de Nicolas de Maves et fit le concordat suivant : Le futur abbé sera tenu de donner annuellement à chaque confrère vingt florins de Brabant et au prieur trente florins pour leur garde-robe ; il donnera chaque année trente florins de Huy pour l'entretien du vignoble des chanoines; ceux-ci pourront aller dans « le court », la cuisine et les jardins et y conduire leurs hôtes et amis comme ils pouvaient le faire avant la prélature de Nicolas de Maves; pour plus de facilité, l'abbé devra, à ses frais, faire percer une ouverture dans le mur du cloître pour aller à la cuisine; les vêtements et meubles des défunts seront distribués entre tous les confrères; l'abbé, pour sa part, aura l'or et l'argent du défunt, mais devra faire ses obsèques; de même on partagera les legs, à moins que le testateur n'en ait spécifié la destination. L'abbé devra aménager une chambre d'hôte et une chambre pour les chanoines malades et leur fera donner les soins nécessaires <; bon feu, servante, serviteur et viande ». En été, du 1'-'' mai à la Saint-Gilles (l'^'' septembre), les chanoines pourront rester audehors jusqu'à huit heures du soir; lorsque l'abbé chantera messe, il devra donner du vin au dîner et au souper ; enfin tous les chanoines seront convoqués lorsqu'on donnera à bail les terres de la maison et le vin de stuit sera partagé entre eux. Tel fut l'accord que « par leur foid corporelle » les chanoines s'engagèrent à scrupuleusement respecter.
Le lendemain, à midi, les chanoines élurent comme abbé leur confrère Léonard de Theux qui renouvela solennellement sa promesse de se conformer au contrat.
Léonard de Theux fut un excellent administrateur : il sut réorganiser les finances qui étaient dans un beau désordre, et accroître les revenus de l'abbatialité. D'autre part, je ne sais trop s'il tint ses promesses électorales : en tous cas, il édicta un règlement
de Chesne, Jean de Vierset, Léonard de Theux, Nicolas de Longpré, Thomas de Seny et Thierri d'Amay.
Il y avait d'ordinaire dix chanoines au Neufmoustier sans compter ceux qui desservaient les cures de Saint-Étienne à Huy et d'Eneilles-lez-Durbuy.
(1) Obituaire de Neufmoustier au Musée de l'Institut archéologique liégeois. Toutes les dates de décès des abbés en ont été tirées : nous y renvoyons une fois pour toutes.
172 A. TIHON.
d'ordre intérieur que, pour plus de sûreté, il fit approuver par !e chancelier de l'évêque de Liège. Malheureusement, les chanoines n'ont pas trouvé bon, et pour cause ! de nous conserver cette pièce. Aussi, quand l'abbé mourut, le 5 juillet 1569, éprouvèrent-ils le besoin de faire un nouveau concordat par lequel ils augmentaient leurs revenus et rappelaient leurs privilèges. Le 8 juillet, Ambroise de Villers, prieur, Thierri d'Amay, prévôt, Nicolas de Longpré, Bertrand de Perwez, Josse d'Orjo, Walter de Warnant, Léonard de Seraing, Jean d'Oupie et Sébastien Courtejoie concluent l'accord suivant : chaque religieux aura désormais pour son vestiaire, trente florins par an, et le prieur, quarante; le vignoble des chanoines qui se trouve dans l'enclos du Neufmoustier sera agrandi de quatre verges de vignes jeunes plantées par Nicolas de Maves et Léonard de Theux; l'abbé devra payer quarante florins par an pour l'entretien de la vigne et de plus aura à sa charge la réfection des tonneaux à mettre le vin ; les chanoines auront, en carême et avent, une portion double de celle qui leur avait été assignée, et, tous les jours gras de l'année, une viande rôtie le soir; ils rappellent qu'ils pourront aller à la cuisine et auront une chambre pour les m.alades à qui on donnera vin, cervoise, viande, serviteur et servante. En cas de décès d'un confrère, l'abbé devra mettre sur sa sépulture un drap de laine noire <■< pour l'honneur dudit seigneur abbé, des confrères et dédit décédé.^. Enfin les dons qui seront faits à la réception d'un novice devront être employés uniquement à la décoration de l'église.
Josse d'Orjo, qui fut élu à la suite de cet accord, mourut le 6 août 1602 et fut remplacé par Jean Ryckman.
L'élection de cet abbé fut également précédé d'un concordat que je n'ai pas retrouvé et qui, en 1781 , avait déjà disparu des archives du couvent : on sait seulement qu'il attribuait à chaque confrère quarante florins annuels pour sa garderobe.
Lorsque J. Ryckman mourut, le 13 septembre 1604, les chanoines s'aperçurent, déjà ! de la cherté croissante de la vie : du moins, c'est le prétexte qu'ils invoquent pour rédiger de nouveaux statuts qu'ils soumirent, le 14 septembre 1604 ('), à l'approbation d'Ernest de Bavière, évêque de Liège. Il est stipulé que les cha-
(1) Archives du Neufmoustier, Cartons aux chartes. A cette époque, le chapitre se composait d'Ambroise de Villers, prieur, Léonard de Serainp, Sébastien Courtejoie, Gilles de Rorive, Winand Périlleux, curé d'Éneilles, Jean de Hosd?n, Pierre Piersotte, Érasme de Xhenceval, Alphonse de Vaulx, Jean Lhoëst, Pierre Bellamy.
l'abbé et les chanoines du neufmoustier. 173
noines auront, non plus quarante, mais quarante-cinq florins pour leur vestiaire ; il sera ajouté six verges à leur vignoble et l'abbé en aura soin comme du sien propre ; aussitôt que la prévôté de Saint-Nicolas dans l'église du Neufmoustier sera vacante, les revenus en seront partagés entre tous les confrères qui, à tour de rôle, en rempliront les charges ('). Dans chaque brassin de bière, il entrera trois muids d'épeautre et six setiers de froment ou d'orge; le jardin claustral ou un autre de même étendue sera mis à la disposition des chanoines. Enfin, il y aura désormais au couvent un domestique laïc qui s'occupera des feux et des nettoyages, ce que jusqu'à présent les novices devaient faire contra decorem sui ordinis.
Winand Périlleux fut élu. Dès ce moment les chanoines paraissent assez satisfaits, du moins je n'ai pas trouvé de documents permettant d'établir que les élections d'Érasme de Xhenceval, successeur de Winand Périlleux (t 5 octobre 1627), et de Pierre Bellamy, élu le 25 octobre 1635 (-), aient été précédées d'un accord préalable.
Bellamy mourut le 25 juin 1636 et le siège abbatial resta vacant jusqu'au 20 octobre. Les confrères en profitèrent et,lel'^' octobre (■'), avant l'élection de Louis de Nihoul, ils procédèrent à un échange de rentes avec les biens de l'abbatialité, puis, sous prétexte que l'échange leur était défavorable, ils ajoutèrent six petites verges à leur vignoble et eurent soin de bien spécifier que l'abbé devrait fournir les échalas nécessaires.
Il faut croire que ce système de capitulations favorisait beaucoup les chanoines : ils le continuèrent. En 1660, à la mort de Cassien de la Ruelle, ils décident d'attribuer à leurs prébendes quinze muids de rente qu'ils enlèvent aux revenus généraux de la maison; en 1682, avant d'élire Nicolas d'Avin, ils portent cette rente à vingt muids. A la mort d'Henri de Noiron, ils avaient stipulé que l'abbé devrait fournir annuellement vingt tombereaux de fumier pour leurs vignes.
Si bien libellés qu'ils fussent, ces contrats ne parvinrent pas
(1) Le prévôt, Sébastien Courtejoie, resta en fonctions. A sa mort, les chanoines renoncèrent au droit qu'ils s'étaient réservé et rendirent à l'abbé la collation de la prévôté, mais ils s'attribuèrent huit muids des revenus (Charte du 10 mai 1618).
(2) Voir la charte d'approbation de l'évêque de Liège, Ferdinand de Bavière, le 7 novembre 1735.
(3) Archives du Neufmoustier, Cartons aux chartes.
174 A. TIHON.
toujours à écarter toutes les causes de conflits. C'est ainsi qu'en 1684, une contestation s'éleva à propos d'une coutume qui s'était introduite au Neufmoustier. L'abbaye devait dire vingt-trois messes d'obligation par semaine, de sorte que les chanoines, alors au nombre de huit, avaient à s'acquitter chacun de vingt-trois messes en huit semaines. A la réception d'un novice, il était de coutume que les parents missent un chapelain pour dire les messes avec les chanoines « in turno » en attendant que le novice reçût la prêtrise, et le chapelain recev^ait pour ce faire une somme de soixante florins. Dès 1656 les chanoines résolurent de dire eux-mêmes les messes des novices et de se partager les soixante florins. Or, à la réception du dernier novice, l'abbé, trouvant la coutume abusive, prétendit interdire aux chanoines de réclamer cet argent. La question fut soumise à deux théologiens, Jacques Mascault, S. J., et Jérôme Paulus, frère mineur, qui déclarèrent que la coutume était légitime, que les confrères pouvaient remplir eux-mêmes les fonctions de chapelain et que l'abbé n'y pouvait rien changer sans le consentement du chapitre tout entier. Somme toute, il n'y eut pas de grandes luttes intestines au monastère de Pierre l'Ermite : ce sont plutôt des questions de ménage, « de cuisine », qui provoquèrent les difficultés ; prudemment, les chanoines lièrent leurs abbés par des contrats qui peut-être n'étaient pas toujours scrupuleusement observés, mais au moins mettaient quelque borne à l'arbitraire des prélats. Il faut aborder la seconde moitié de xvni^' siècle pour voir les conflits prendre un caractère de sérieuse gravité : on en arrive à une situation lamentable qui force les chanoines à demander la déposition de leur abbé. Mais ces événements pitoyables ont été racontés par M. R. Dubois (^). C'est à lui que je renvoie le lecteur désireux de s'édifier sur la décadence et la ruine de l'abbaye du Neufmoustier, de l'ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin.
A. TlHON,
Archiviste aux archives générales du royaume
à Bruxelles.
(1) R. Dubois, Les deux derniers abbés du Neufmoustier, dans les Annales du Cercle hulois des sciences et beaux-arts, 1903, t. XIV, p. 121-144.
The English Catholic Refugees
at Louvain, 1559-1575.
(Vatican Library, MS. Regina, 2020, f. 445=446)
Elizabeth's accession to the throne of England on November 17, 1558, marked the low ebb of Catholic fortunes not only in her own dominions but wherever the doctrines of the Reformers had taken root and flourished. The Venetian ambassador at Rome, Luigi Mocenigo, in his report (') to the Signoria states that in many countries obédience to the pope had almost ceased, and matters were becoming so critical that soon they would be desperate. In Germany there was little hope of winningthepeople back-totheFaith. Roland was helpiess in the gras pof the Reformers, while France and Spain were torn with religions wars ; and England, after returning a short time under Mary Tudor (1553-1558), to her old obédience to the Holy See. had again fallen into heresy. At Rome, the situation was regarded with profond discouragement (-')• The work of the true reformation of the Church, — a movement since known, though somewhat inaccurately, as the Counter-Reformation, was just beginning to assume a systematic organization in the publication of the decrees of the Council of Trent, and froni 1560 down to 1618, the Church was strengthened and purified by this dominant influence. Perhaps in no other way does the high spirit of the times show itself more manifestly than in the theological literature of the period. It was not alone in the numerous reforms from within.such as the revision of theVulgate, the Breviary.the Missal, the Martyrology, and Canon Law, nor in the numerous theologians Divine Providence raised up to défend the Church in that critical moment, that we are to find the whole character of the Counter-
(1) E. Alberi, Relazioni degli ambasciafori veneii al Senato, II, IV, p. 22. Florence, 1839-1862.
(2) J.-H. Pollen, S. J., art. Coiinfer-Reformaiion in the Catholic Encyclopedia, vo'. IV, p. 437 ss.
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Reformation ; the chieî îeature oî the period is the important apologetical literature which grew out of the attack and counterattack of the leaders of both sides, and which formed, especially in England, one of the strongest bulwarks against the ever-increasing foes of the Church.
The history of the English Counter-Reformation has not yet been written. Neither the martyrdoms under Henry VIII nor the restoration of the Faith under Mary Tudor (1553-1558) are strictly speaking facts with which to begin the story of the gallant résistance English Catholics made for over two centuries against a persécution and an oppression, which, the more we learn of it, rivaled the early history of the Church in pagan Rome. The Catholic Church in England had begun her long agony in Henry VIII's time, and from the martyrdom of Blessed Thomas More and the Carthusian Priors, the voices of its defenders were never silent. During Mary's reign the learned members of the clergy were ail unconsciously preparing the field for the splendid fight they were to make during the first décade of years (1559-1568), when, without leaders and scattered to ail parts of Europe, the English Catholic divines held their own against a foe which never gave quarter. When the story of the English Counter-Reformation comes to be written, the Louvain school of English Catholic apologists will be restored into its rightful place, for it was hère that the real fight against Anglicanisni began.
The Acts of Supremacy and Uniformity, passed by Elizabeth's first Parliament, in January, 1559, affected, as they were intended to, the two Universities of Oxford and Cambridge, both oî which had been practically restored to the Church in Mary's short reign. The imprisonment of the Bishops, the expulsion of the beneficed clergy who would not conform, and the suppression of the seven religions houses which had been restored under Cardinal Pole's protection, were succeeded by the voluntary exile of the leading professors of the two Universities as well as by many students (0-
(1) « Parliament will rise this week, the two Houses having enacted that ail the convents and monasteries of friars, monks, nuns, and Hospittallers of St. John of Jeriisalein are to be suppressed as heretofore, and ail thèse religions are to be expelled. Such of them who will take the oath against the Pontifical authority, and approve the new laws, abjuring their own professions, are to receive pensions for their maintenance ; but the greater part of them hâve left the Kingdom in order not to take such oath ». Calendar of State Papers, Venice, vol. Vil, n. 68. Il Schifanoya to the Castellan of Mantua, London, May 2. 1559. Cfraiso, Sander, Rise of the Anglican Schism, p. 261. London, 1877.
THE ENQLISH CATHOLIC REFUQEES AT LOUVAIN, 1559-1575. 177
There were but two outlets : the Continent and the New World. No serions attempt however seems to hâve been made to settle in America before the close oî James l's reign ; for, although the weight of persécution was bearing down heavily on the Catholics in England, the leaders, especially Father Persons, were opposed to the migration of the afflicted Catholics to the Colonies ('). The Continent afforded the easiest and surest place of refuge and enabled the exiles, even though absent from England itself, to make their influence felt against the persécution at home.
It was natural that while Rome would attract the last of the Catholic bishops of the old Hierarchy, the exiled students and professors of the two Universities would be drawn to learned centres like Louvain and Paris. « Louvain was the nearest harbour of the faith to which Englishmen driven out for the Faith might run for refuge » (-) ; and shortly after the passing of the Act of Uniformity a numerous colony grew up around the University. The more noteworthy among the « Louvanists», as their enemies in England called them, were : D' John Clément and his wife, Margaret Riggs, the adopted daughter of Blessed Thomas More ; D^ John Story ; « that great light of ail England » Nicholas Harpsfield ; William Rastall, a nephew of Blessed Thomas More ; and Bishop Goldwell (3).
The Northern Rising in 1569, with its subséquent supression caused the second of the exile-movements of Elizabeth's reign. Thèse exiles were a différent class of men and women from those who had come in the first period (1559-1569). Fresh from the scènes of battlefields where they fought the soldiers of their Queen, not indeed as traitors, but as men who placed their Faith above ail else in this world, their présence in Belgium and chiefly at Brussels changed the whole aspect of the exiles' existence.
(1) Thomas Hughes, S. J., History of the Society of Jésus in North America Colonial and Fédéral, Text, vol. I, p. 153-155. London, 1907.
(2j Nicholas Sander, De origine ac progressa schismatis anglicani, with a continuation by Edward Rishton, published at Cologne, 1581, and translated by D. Lewis, The Rise of the Anglican Schism. London, 1877; Knox, Letters and Memorials of William Cardinal Allen (1532-1594), p. 5. London, 1882.
(3) Calendar of State Papers, Foreign, Elizabeth, vol. 111 (1560-1561), p. 480: English Ecclesiastics abroad. A list of twenty-seven names of Englishmen chiefly priests and deacons, with sums of thirty and twenty florins placed after their names, being the amount of the alms awarded to them by King Philip. This list is printed by Kervyn de Lettenhove (more accurately under date of November 1568), Relations politiques des Pays-Bas et de l'Angleterre, t. V, p. 178. Brussels, 1889.
178 p. GUILDAY.
Intrigues began, and the Catholic situation in England from this time assumes a wider international character.
Elizabeth's Government at once took the aggressive and the next six years show her détermination to drive the English Catholics out of the Low Countries (')• The pensions granted them by Philip, — pensions which, by the way, were small and very irregularly paid, formed the pivot upon which she was to turn the Spanish Government against the exiles. Diplomatie négociations which were to continue ail through her reign and that of James I, occupy a large share in the English agents' correspondence published by Baron Kervyn de Lettenhove (-).
We are taking as a terminus ad quem the successful efforts of Elizabeth in 1575, when the English political exiles were expelled from the Low Countries. For, it must not be thought that, while Elizabeth's anti-Catholic policy gave rise to émigration, she was to look on it with the same unconcern as Mary 4id on the Protestant refugees, English and alien, who fled to Frankfurt, Geneva, and elsewhere during her short reign. The présence of thèse English heretics on the Continent could do no appréciable harm to England, but the présence of English Catholic exiles in Spanish or Italian territory, supported by pensions from England's foremost rival at the time, — this was différent. « To let the Catholic escape to France or Spain... would be dangerous, as he would be sure to find friends there to aid and abet any hostile plan or expédition he might conceive against his native land (^) ». It was well known that the Catholic exiles and the Catholic party in England had frequently represented to the king of Spain, as early as 1569, that he should undertake such an expédition, under the guise of revenging himself for the property and goods which had been confiscated from the merchants of Flanders; and it was Elizabeth's constant policy to keep the exiles completely out of touch with the Catholics at home.
(1> R. LECHAT, S. J., Les réfugiés anglais dans les Pays-Bas espagnals durant le rè^ne d'Elisabeth (1558-1603), p. 115. Louvain, 1914; L. Willaert, S. J., Négociations politico-religieuses entre l'Angleterre et les Pays-Bas catholiques (1598-1625), in Ihe Revue d'histoire ecclésiastique, 1905, t. VI. n^'^ 1, 3, 4; 1906, 1. VII, n'-S; 1907, t. VIII, n"^ 1, 2, 3; 1908, t. IX, n°^ 1, 4.
(2) Baron Kervyn de Lettenhove, Relations politiques des Pays-Bas et de l'Angleterre, 11 vol. (vol. XI published by M. Gilliodts-van Severen.) Brussels, 1882-1900.
(3) Roger B. Merriman, Some Notes on the Treatment of the English Catholics in the Reign of Elizabeth, in ihe American Historical Review, Apn\ 1908, vol. XIII, n°3, p. 482.
The first list we hâve oî thèse exiles for the Faith is probably that contained in D' Sander's Report to Cardinal Moroni {May, 1561)('). Hère we find mention of the Carthusians, who left for Fianders under their prior Chauncy, « a remarkable man » ; the Franciscans, who went to Antwerp; the monks and nuns of the Order of S* Bridget, who were received into a house of their Order at Termonde; the nuns of the Order of S* Dominic, who crossed over also to Fianders, though some of them had attained the âge of eighty years, and among whom was a sister of Blessed Cardinal Fisher; and one Dom Langton, a Bénédictine monk who escaped to a monastery in Belgium. From Oxford fourteen students and professors had already crossed in 1560, and an equal number from Cambridge. Lady Jane Dormer was also in exile at Louvain. Mrs Clément was at Antwerp with her six children, of v/hom Thomas, the author of the following letter to Cardinal Sirleto, was the eldest. The list contains many more names. Sanders, Harding, Rastall, Fox, Taylor, Burnford,Story, Clenock, Bristow, Stapleton, Allen and others were to be îound in the Low Countries, particularly at Louvain, where Cuthbert Scott, the last Catholic Bishop of Chester, and Richard Pâte, the last Catholic Bishop of Worcester, had died, the one in 1564, the other in 1565. Other printed and unprinted lists of exiles before 1575 exist ('), but so far as our researches show, the list contained in the MS. Regina, 2020, fol. 445-446, remains unpublished.
That Louvain (^), the Catholic Oxford from 1559 to the founda-
(1) Publications of the Catfiolic Record Society, vol. 1, Miscellanea, p. 1-47 (Latin and English\ London, 1904.
(2) Knox, Doitay Diaries, p. 270 (Names of Englishmen who took the degree of doctor of theology or law at the University of Douay, or who being already doctors in law taught in that University, Taken from ms. 17,594, Archives du royaume, Brussels) ; p. 272 {A list af English, Irish and Scotch who took degrees in theology at the University of Douay from 1564-1587, ms. Archbishop's Archives Westminster, vol. IV, p. 53) ; p. 275 {A list of Englishmen who matriculated at the University of Douay before 1612); p. 298 (A list of English exiles, about the year 1575, Public Record Office, State Papers, Domestic, Eltzabeth, vol. CV, n° 10); p. 301 (i4 list of certain English Catholics sent by an agent or spy to the English Government, State Papers, Domestic, Elizabeth, vol. CXLVI, n° 18).
(3) At Louvain, Allen and the others opened two houses of study, one called Oxford and the other Cambridge, and thèse tw^o houses formed the nucleus with which Allen began the Collège at Douay. Cfr W. Maziere Brady, Annals of the Catholic H ierarchy in England and Scotland (1585-1876), p. 56. Rome, 1883; Knox, Letters and Memorials of Cardina' Allen, p. 53. London, 1882.
180 p. GUILDAY.
tion of the English Collège et Douay in 1568, was looked upon by the protagonists oî the Reformation in England as a centre of intellectual and political activity which strongly menaced the success of their efforts, is well brought out in the correspondence, published by the Parker Society, in the Zurich Letters (') as well as in the officiai reports which are now preserved in the Public Record Office (-).
To carry on this defence of the true Faith, — a defence which must be ranked among the foremost schools of apologetic literature
(1) The Zurich Letters, comprising the correspondence of several English Bishops and others, with some of the Helvetian Reformers, during the early part of the reign of Qiieen Elizobeth. Translated from authenticated copies of the autographs preserved in the Archives at Zurich, and edited for the Parker Society, by the Rev. H. Robinson, 2 vol. Cambridge, 1842. Vol. 1, p. 146-150, Bishop Jewe! to Henry Bullinger and Lewis Lavater, Salisbury, Feb. 8, 1566 : « For our fugitives at Louvaine began during the last year to be in violent commotion, and to Write with the greatest asperity against us ail. Me alone they hâve attacked by name .... they began to bark in their holes and corners, and to call me an impudent, bold, insolent, and frantic boaster. Four years after (1564) one Harding unexpectedly came forward ... I replied to him last year, as well as 1 could ... I had scarce finished my work when there suddenly flies abroad a Confutation of my Apology ; an immense and elaborate work, and filled with abuse, contumely, falsehoods and flatteries ... He must be answered ... those countrymen of ours at Louvain disturb us as much as they can » ; vol. 1, p. 281, Bishop Cox to Rodolph Gualter, Ely, Feb. 4, 1573 : « There came out last summer an immense volume by one Nicholas Saunders, who is, they say a countryman of ours ; the title of which is « The Monarchy of the Church » ... Our friend Jewel is dead, and has left among us but few equal to him. It is therefore both your concern and mine, to eut off the heads of this hydra ».
(2) Calendar of Letters and State Papers, relating to English affairs of the reign ofElizabeth. Preserved principally in the Archives of Simancas. Edited by M. A.-J. Hume, vol. 1, 1558-1567, n" 294, p. 418. London, 1892 : Guzman de Silva to Philip II, London, 14 April 1565, says that the books sent from Louvain had done incalculable good in spreading the growth of the Faith. In reply, Madrid, 6 June 1565, vol. 1, n° 300, p. 432, Philip tells his ambassador, how delighted he is with the apologetical school of Louvain and urges de Silva to miss no opportunity of encouraging and strengthening the English exiles there by ail means in his power, though with prudence and adroitness, so as not to offend the English government. Cfr also, Kervyn de Lettenhove, Relations, vol. VII, p. 325-328, Edward Woodshaw (the spy) to Lord Burleigh, Antwerp, Sept. 3, 1534. The English government even used the intense interest the work at Louvain had aroused among the Catholics at home as a means of putting pursuivants on their track. Cfr Calendar of Letters and State Papers, Spanish, vol. 1, p. 419, n" 295, Guzman de Silva to Philip II, London 21 April 1565, where an account is given of the duplicity of the government spies who sent agents around in England to collect funds for the books being written by the exiles at Louvain, in order to ascertain the names af Catholics in hiding.
in the history of the Church ('), in those early days of printing, demandée! means as weli as men ; and so it is of interest to know something about the économie side of tiie life of the exiles. From the first arrivai of the exiled relfgious communities, the Governess of the Low Couniries, Margaret, Duchess of Parma, ordered that help should be given them, « because it was such a good, holy and pious work, seeing that they were persecuted for upholding the Catholic Faith » (-). On ail sides the spirit of generosity and hospitality for which even modem Belgium is well known, showed itself in donations of money and food from secular priests and religions, and from the magistrates of the différent towns in which they lived. The very abundance of that generosity caused petty jealousies and enmities, in which perhaps the rival houses Oxford and Cambridge were the first to take a part (•^) ; and in order to put this assistance on an organised footing, Philip II ordered the Duke of Alva to establish the Spanish pensions in a more business-like way. His letter, dated, 18 Feb. 1571, was the resuit of the many complaints sent to the governor at Brussels by the exiles. The Spanish pensions were never regularly paid, because the authorities at Brussels found it impossible to keep pace with the generosity of Philip (^). The number of exiles kept constantly increasing, and the déplorable State of the Spanish finances rendered adéquate help beyond ail practical possibility. The French king, Charles IX, in a letter to his ambassador in London, 2nd May, 1572, speaks of five to six hundred English Catholic refugees being in the Low Countries (■'). Louvain alone, which was, according tothecouncil of the
1) Karl Werner, Geschichte der apologetischen iind polemischen Literatur der Christ lichen Théologie, vol. 4, p. 313. Schaffhausen, 1861-1867.
(2) Gachard, Correspondance de Marguerite d'Autriche, vol. 2, p. 50. Brussels, 1870.
(3) Knox, Allen, p. 53. note : « Et quum partiin in Oxoniensi Academia partim in Cantabrigiensi studuissent. binas fundarunt doinos quos iis ipsis nominibus nuncupaverunt, domum videlicet Oxoniensem et donium Cantabrigiensem. Qua ex distinctione domorum tametsi coepta est nonnulla existere aemulatio et contentio tam interipsas veluti competitricesacademias, qiiam illarum cum coenobiis virorum ac mulierum (qui in eadem causa fuerunt patriamque post habuerant exilio ob fidem catholicum) orta quidem ex distributione eleemosynae quam ex Anglia et aliunde missam dispertiendam acceperant >. Historia earum rerumquae Anglicana causa Catholica ejusquedefensores fecerunt, etc., by Father Persons, ms, p. 200, Stonyhurst Archives.
(4) Em. Cachet. Catholiques anglais et écossais pensionnés par le duc d'Albe aux Pays-Bas, in the Compte-rendu des séances de la Commission royale d'histoire, Brussels, 1850, IP sér., t. XVI, p. 19-21.
(5) Calendar, Foreign, Elizabeth, vol. X, p. 330.
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queen « an open réceptacle for ail fugitives and rebels coming out of England, contained 200 English men and women » (')• The sources from which the exiles received alms were the king of Spain's Government in the Low Countries, donations and collections made in England among Catholics, gifts from the richer ones among the exiles, and grants from the Holy See.
When Philip II failed them, as indeed he was obliged often to do for lack of nioney, and when pénal laws and enactments made it well-nigh impossible for them to receive help from England, they naturally turned towards the Holy See. From 1559 down to the French Révolution the history of the exiles is replète with marks of generosity from the différent popes. The papal foundation of the English collèges of Douay, Valladolid, and Rome, the help given to ail the other religious houses on the Continent, especially in time of great stress, are too well known to need répétition (-). The first mention of any papal subsidy to Ihe English exiles occurs in a report sent from Venice by Guido Giannetti to Elizabeth, September 7th, 1560, wherein he states that at an assembly of twelve cardinals in the présence to Pius IV, on the subjectof religion, it was proposed to provide for the maintenance of those English who had betaken themselves to Flanders in order to live according to their Faith in the Church of Rome, and the pope assured them that would not fail in this matter ('). It may hâve been in accordance with this décision that Vicenzo Parpaglia, Abbot in commendam of San Solutore, in Turin, who was sent from Rome to England in May, 1560, in order to open up négociations with the Queen on the subject of an English représentative at the Council ol Trent, distributed 500 crowns as papal alms among the pooresi of the English exiles in the Low Countries (')•
The distribution of this subsidy, which seems to hâve become an annual one, was given usually to an agent at Brussels or Louvain. The letter of Thomas Clément to Cardinal Sirleto, which we publish below, is an account of one of the annual distributions of
(1) Meyer, England und die Katholische Kirche unter Elizabeth, p. 195, note 3. Rome, 1911.
(2, P. GuiLDAY, Les fondations religieuses anglaises aux Pays-Bas catholiques, 1558-1795, in the Rapport du Séminaire historique, 191 1-1912, p. 71-98, published in the Annuaire de l'université de Louvain, 1913, p. 439-466.
(3) Calendar of State Papers, Foreign, Elizabeth, vol. III, 1560-1561, n" 494 ; ibid., n" 496, John Shers to Cecil, Venice, September 7th. 1560.
[4) Calendar of State Papers, Foreign, Elizabeth, vol. III, 1560-1561, n°^ 507, 815, 0. c, p. 33.
this pension. It is undated, but from internai évidence appears to hâve been written between 1572-1575. It is addressed to Cardinal Guglielmo Sirleto, who was appointed Librarian of the Vatican Library in 1570, and known ail over the Catholic world at that time as one of the greatest Greek and Hebrew scholars in the Church('). It is a pétition very cringing in tone and extremely vague, in which Thomas Clément, the son of Dr. John Clément and the father of Dr. Caesar Clément, explains the reduced state of circumstances in which he and his family found themselves, and begs the payment of an annuity which Gregory XIII had promised him. He does not want the money to be taken from the annual papal alms given to the English exiles because the religious and the laymen who profit by thèse alms need them so badly. Lest the Holy Father consider the help given a useless waste of money, he pétitions Sirleto, who was then the foremost collector of Greek and Latin manuscripts in Europe, to allow him to translate into Latin some of the Greek codices which Clément at that time had in his possession (-). The letter has two appendices : one, containing the distribution of the 500 crowns for that year, and the other, a catalogue of the manu-
(1) Hurter, Nomcnclator Litterarius Récent loris Theologiae CathoUcae, t. I, p. 1^8. Innsbruck, 1871-1873.
(2) Clément was not alone in petitioning Sirleto. Regina ms. Lat., 2020, fol. 444-445 contains also a letter from Owen Lewis, from Milan, asking the Cardinal for 100 golden crowns to print the treatises : De Ecclesia et Primatu Romani Pontificis, De Sacramcnto et de Missae Sacrificio, and the Catechismus Canisii. He tells him they will be printed by Robert Griffith, who was confessor to St. Charles Borromeo at Milan, and points out the great necessity of publishing books in Welsh. Thirteen provinces of Great Britain, he adds, speak a language utterly différent from English, and the English heretics are now writing books in Welsh to seduce the people. They should be answered in the Welsh tongue. Vatican Library, Regina, 2020, f. 444. <•■ Illustrissime et Reverendissime Domine : Pro antidoto, ne per varios libros haereticos niiper ex lingua Anglica in Britannicam versos animae Britannorum, qui plerique puriores in fide orthodoxa in Anglia propter innovationem Anglici idiomatis hactenus permanserunt, corrumpantur, digne'.ur Illustrissima D. V. impetrare a Sua Sanctitate centum aut ducentos aureos nummos ad sumptus impressiojjis tractatum de Ecclesia et primatu romani pontificis, de sacramento et sacrificio altarls, et Catechlsml P. Canicii versorum in linguam Brittanicam, in qua nihil (nisi libellus P. Polanci de Doctrlna Chrlstlana) de talibus rébus est hodie impressum. Et haec imprimentur Mediolani, ubi D. Doctor Rubertus Grifridius Britannus, Canonicus Mediolanensis (linguae Britannicae et theologiae peritus, Illnstrissimi Cardinalis Boromaei confessarius) moratur, et hanc rem curabit bene. Haec enim in lingua Britannica non impriment suis expensis ulli typographi, nec nos sumptibus impressionis sufficimus et ideo secundum modum liberalitatis Suae Sanctitatis plura vel pauciora hujusmodi opéra imprimi curabimus, et in Angliam dextre
184 p. GUILDAY.
scripts and codices, from which list Cardinal Sirleto wasto choose one for translation.
Oî Thomas Clément himselî very little is known. This is curious, because his îather Dr. John Clément, as the son-in-law of Blessed Thomas More, was one of the best known among the early exiles of Elizabeth's reign, while Dr. Caesar Clément, Thomas's son, who was ordained at the English collège, Rome, in 1587, died as Dean oî St. Gudule. Brussels, in 1626 {').
Peter Guilday, Instructor at the Catholic University of Washington.