B.J., II, U
(5j Ib. — Cfr Ant., XIX, 8, 1 ; XX, 2, 3. (6) Ant., XX, 5, 2.
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l'ancienne tétrarchie de Philippe (') avec Abila. Josèphe ajoute que celle-ci avait jadis été gouvernée par Lysanias : -Vj^avia o v.'jTt, èyeyove TSTpapyla. Dans le texte parallèle de la Guerre juive Josèphe rappelle le même événement : « (Claude) promut Agrippa de la souveraineté de Chalcis à un royaume plus étendu, en lui donnant la tétrarchie que Philippe avait jadis gouvernée : c'était la Batanée, la Gaulanitide et la Trachonitide. Il y ajouta le royaume de Lysanias, et l'ancienne éparchie de Varus » (-). Plus tard sous Néron la principauté d'Agrippa II fut encore augmentée de certaines villes de la Galilée, notamment, Tibériade et Tarichée ('').
Ce sont les seuls textes par lesquels l'historien juir nous rapporte quelques fragments de l'histoire des principautés qui eurent comme capitales les villes de Chalcis, d'Abila et des régions voisines. Et les témoignages d'autres historiens ne contribuent guère à éclairer les points restés obscurs dans josèphe.
Après ce rapide examen des sources littéraires il est temps de se dem.ander si Josèphe connaît, vers l'an 30 de notre ère, un tétrarque d'Abila du nom de Lysanias, dont Saint Luc parlerait dans son Evangile. En d'autres mots', Lysanias qui sert à désigner vers le milieu du premier siècle après le Christ la principauté d'Abila, 'A,60va toO Aucravio'j, est-ce le même personnage que, Lysanias mis à mort par Antoine en 34 av. j.-C. et dont Josèphe appelle les états oixo; A-jo-aviou?
Nous croyons que Josèphe distingue deux Lysanias, le premier, fils de Ptolémée Mennée, qui régna sur Chalcis et les environs et dont l'accès au trône, la mort et la succession sont rapportés (^) ; l'autre qui est incidemment mis en rapport avec la ville d'Abila, vers le milieu du premier siècle de notre ère, comme étant son ancien souverain, mais dont Josèphe ne mentionne pas autrement
(1) Ant., XX, 7, 1. Il .y a toutefois ici quelques difficultés. Josèphe dit que Hérode Agrippa reçut de Claude « la tétrarchie de Philippe et la Batanée ainsi que la Trachonitude avec Abila ». Mais la Batanée et la Trachonitude faisaient partie de la tétrarchie de Philippe. 11 n'est cependant pas nécessaire de modifier le texte des manuscrits. Josèphe est loin de suivre une terminologie uniforme dans ses données géographiques. — Mais il est évident qu'ici, comme d'ailleurs B.J., II, 11, 5, la principauté de Chalcis et la tétrarchie de Lysanias ou le royaume de Lysanias sont nettement distincts. C'est donc à tort que E. Renan (/. c, p. 53) considère les expressions oT/.o; toj ZT,vooojpoj, -.z-.-jty/yx Aujav-oj, comme synonymes.
(2) B.J., II, 12, 8. Sur Varus voir B.J., II, 18, 6; II, 12, 8. Ant., XX, 7, 1 et la note de Schûrer, /. c, p. 587.
(3) Ant., XX, 8, 4.
(4) Voir les textes cités plus haut p. 103-104.
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la carrière (^). Si l'on examine attentivement les textes il semble bien qu'on doive arriver à cette distinction.
Tout d'abord on aura remarqué que Josèphe, racontant pour l'an 25 l'histoire de Zénodore rappelle que ce dynaste avait «loué la maison de Lysanias» — il désigne par cette expression sémitisante le royaume de Lysanias qui régna à Chalcis. Plus loin il exposera comment Hérode obtint la « maison de Zénodore » et ce sera encore cette dernière dénomination qui sera employée pour désigner les provinces que la munificence d'Auguste donna à Philippe. Il paraît dès lors peu probable qu'après la mort de Philippe, sous le règne de Caligula, Josèphe ait repris la première dénomination, le nom de Lysanias fils de Ptolémée, pour désigner un petit territoire donné par l'empereur, en l'an 37, à Hérode Agrippa L Pour cette époque la dénomination « tétrarchie de Lysanias » se comprend beaucoup mieux, si peu de temps auparavant, un tétrarque Lysanias a gouverné cette région.
Cette conclusion se trouvera singulièrement renforcée si l'on veut bien réfléchir que pour l'époque de Caligula et de Claude, Lysanias dont Josèphe rappelle le nom, est donné comme souverain de la seule région d'Abila, tandis que l'ancien Lysanias, fils de Ptolémée, est donné par Josèphe comme dynaste de Chalcis. Si l'on refuse de trouver dans Josèphe la mention de deux Lysanias parfaitement distincts, chronologiquement et politiquement, il faut attribuer à cet historien cette négligence invraisemblable qu'Agrippa II, le jour où il perdit le territoire de Chalcis, entra en possession de la tétrarchie de Lysanias parce qu'il reçut comme compensation, en dehors de la tétrarchie de Philippe, la ville et la contrée d'Abila. Renan (-) n'a pas hésité à attribuer à Josèphe une si «médiocre rigueur», mais Schiirer (*) a bien montré comment la seule ville d'Abila n'eût jamais pu être désignée du nom d'ApiXa AuTavio'j, s'il n'y avait eu d'autre souverain que Lysanias fils de Ptolémée, dynaste ou roi de Chalcis ou de l'Iturée.
On peut même se demander si Josèphe dans le cours de son histoire n'insinue nulle part la formation de cette principauté d'Abilène, en d'autres mots si le nom d''A,3rAx f, Au^aviou est l'unique indice de son existence dans l'œuvre de l'historiographe
(1) Voir les textes cités plus haut p. 106-107.
(2) C'est d'autant plus singulier que Renan admet dans la dynastie d'Abilène au moins deux souverains du nom de Lysanias.
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juif (')• En fût-il ainsi, cela ne devrait pas nous étonner. Josèphe ne s'intéresse aux peuples qui entourent la Palestine que pour autant que leur histoire se mêle à celle des Juifs. Or il est très bien possible que l'éphémère tétrarchie d'Abilène ait été sans contact aucun avec l'histoire juive d'alors. Ainsi la seule juxtaposition d'Abila et de Lysanias serait par un singulier hasard l'unique indice dans Josèphe d'une principauté d'Abila gouvernée par un souverain du nom de Lysanias.
Mais il semble bien qu'il faille rapprocher l'origine de cette principauté d'Abila d'une information que Josèphe rapporte quand il parle de la part que reçut Philippe dans l'héritage de son père Hérode : BaTavaia os tJv Tpàywv. xal Ai^pav^T-,; tÛv t-.v. {jlÉos'. O'ixoj TO'j ZrjVoSwpo'j Àeyouîvo'J, ^^OJ-tz-m TaAavra exaTov -pOTécpeps. Si une partie |J-£p^; "'• de la maison de Zénodore échut au tétrarque Philippe, bien sijrement une autre, apparemment plus grande, reçut une destination différente. Ce serait donc ici qu'il faudrait placer l'origine de cette tétrarchie d'Abilène que mentionne Saint Luc et que Josèphe suppose sous le gouvernement de Lysanias vers l'an trente de notre ère. Cette hypothèse nous semble être la plus probable (-). En tout cas elle s'emboîte fort bien dans la série des témoignages de Josèphe sur les dynastes du Nord-Est de la Palestine. Ainsi, à s'en tenir uniquement à Josèphe, serait-on fondé à conclure, avec une réelle probabilité, à l'existence d'un tétrarque d'Abila du nom de Lysanias, quelque temps avant le règne des Agrippa.
Le témoignage explicite de Saint Luc est donc loin d'être en opposition avec les récits de Josèphe. Nous allons montrer encore plus nettement dans la suite qu'il s'accorde avec d'autres documents historiques.
(1) Au milieu du second siècle, le géographe Ptolémée (V, 14) se sert encore de la même terminologie. La persistance de cette dénomination nous paraît confirmer l'opinion de ceux qui admettent un Lysanias postérieur, tétrarque de la seule région d'Abila.
(2) Elle n'est pas neuve, mais elle semble bien oubliée de nos jours. C'est pourquoi il vaut la peine de reproduire la note d'HAVERCAMP dans son édition de Josèphe, Antiq., XVIi, 11.4. « Cum dicat partem aliquam oV/.oj Zt/^o-îoiscj Philippo attributam, eo ipso indicat partem ejus potiorem pênes alium fuisse. Is autem fuit Lysanias cujus Lucas meminit, ex posteritate iliius Lysaniae qui eamdem regionem, Antonio per Orientem passim imperante, obtinuit post patrem Ptolemaeum Mennaei filium : a quo Lysania regio ista Ajaavioj dici cœperat. Et sicut post prioris Lysaniae mortem dicta e'st Zenodori Tetrarchia, ita post Zenodori mortem, aut conductione ejus finita, cum alter Lysanias priori cognominis eamdem regionem tenuit, dici iterum cœpit Tetrarchia Lysaniae. » Cette note elle-même vient de Grotius.
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Après avoir interrogé les sources littéraires sur l'existence d'un tétrarque d'Abilène du nom de Lysanias vers l'an 30 de notre ère, il nous reste à examiner les sources non -littéraires, savoir, les monnaies et les inscriptions.
Les monnaies nous apprennent peu de choses. Nous possédons des monnaies avec l'inscription Yl-o^z'^.y.io'j Tcrpâpyo'j xal àpy'.£p(£w;) qu'on attribue généralement au fils de Mennée. On en connaît d'autres avec l'inscription A'j<7yyiou TSTpàpyou xal àpy.spéojç que Renan attribue sans hésitation à Lysanias, fils de Ptolémée qui fut tué l'an 34 av. J.-C. (0 mais que par contre M. Schurer estime d'une identification incertaine, puisque Lysanias, fils de Ptolémée, n'est jamais appelé tétrarque dans les sources littéraires (-). Enfin nous possédons encore plusieurs monnaies datées ZT.voowpou TîTpàpyo'j xal à.oy.epkoq ; à cause de la date leur attribution est certaine. Ces quelques données montrent que les monnaies ne fournissent pas une solution définitive sur la question qui nous occupe. Il serait superflu d'y insister.
Il en est tout autrement des inscriptions. Celles-ci éclairent le problème et permettent de le résoudre dans le sens des indications fournies par l'étude de Josèphe.
Signalons d'abord l'inscription découverte et copiée par Pococke (^) et dont on a trouvé récemment un second exemplaire sur un rocher à Souq-Ouady-Barada, l'ancienne Abila. Cette dernière inscription est très bien conservée : les quelques fautes d'orthographe qu'on y trouve peuvent être facilement corrigées {*).
Nous reproduisons les deux textes, que nous faisons suivre des corrections et de la traduction du P. Savignac qui a, le premier, publié la seconde inscription.
(1) L. c, p. 64 sv. 11 se base surtout sur l'absence de l'effigie de l'empereur. Celle-ci ne s'expliquerait pas si les pièces dataient après l'avènement de l'empire. Si les monnaies d'Hérode, d'Archélaus d'Antipas n'offrent pas l'effigie de l'empereur, cela tient uniquement à ce qu'on voulait donner satisfaction aux scrupules juifs. Pour Lysanias, le même motif ne pourrait être invoquée, d'où l'on conclurait que ces monnaies datent d'avant l'empire. — En sens contraire et en faveur d'un Lysanias postérieur, d'autres critiques se basent sur l'appellation de « tétrarque ».
(3) Elle est publiée dans le Corpus, n" 4521 (cfr Addenda, p. 1174). Elle présentait des lacunes notables. Aujourd'hui elle a disparu.
(4) Elle a été publiée, corrigée et commentée dans la Revue biblique (1912, p. 532-540), par le R. P. Savignac.
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