PONT • MAX- TR ■ TR • POT
XI • IMP • XXÏI ■ P ■ P • COS • V • Il n'est pas tout à fait exact de dire, comme le fait Brassac, o. c, p. 43, que la 22^' acclamation eut « lieu la 11'' année de la puissance tribunicienne qui court du 25 janvier 51 au 25 janvier 52 ». Elle peut avoir eu lieu avant la IP année de la puissance tribunicienne tout en étant restée la dernière jusqu'au début de cette année, après le 25 janvier 51.
seignement, est donc postérieure au 25 janvier 51 . La 24^ appartient probablement (') aussi à la même année de la puissance tribunicienne : elle serait donc antérieure au 25 janvier 52. La 25^^ salutation est toujours mentionnée sans date. Les documents établissent donc :
a) avec certitude, que cinq salutations impériales pour le moins (de la 23*^ à la 27') eurent lieu entre le 25 janvier 51 et le 1"' août 52 (-); que la 27^ eut lieu entre le 26 janvier 52 et le 1'^'' août 52;
b) avec probabilité, que la 24^ acclamation, donc aussi la 23% eurent lieu avant le 25 janvier 52.
Quant à la 26'' salutation, celle qui nous intéresse, elle peut être antérieure ou postérieure au 25 janvier 52, mais elle est certainement postérieure au 25 janvier 51 et antérieure au 1^'' août 52.
Voilà tout ce que les documents épigraphiques nous apprennent au sujet de la question qui nous occupe. Si nous voulons pousser plus loin nos investigations chronologiques, nous n'avons, pour nous guider, que l'histoire militaire de l'empire. Le P. Prat ('), qui a porté son attention sur ce côté de la question, conclut que l'an 51 fut peu fécond en succès militaires. «Nous sommes même assez embarrassés», ajoute-t-il, «pour y trouver des occasions de triomphe....» Or, c'est à cette année 51 que nous avons déjà à rapporter peut-être la 22^ acclamation et très probablement la 24'^ et donc la 23^ D'autre part, toujours d'après le P. Prat, «l'année
(1) Brassac, Dubowy, Goguel, Deissmann et Wohienberg l'affirment sans restriction ; Prat est plus prudent et avoue que l'on n'a de l'inscription qui mentionne la 24^^ acclamation qu'une mauvaise copie. Voici cette inscription :
CLAVDIO DRVST - CAESARI AVG CER M- PONTIFMAX TRIB OPE ■ XI • IMP • XIILIl • COS V
DEFENSORI PATRI PATRIE P • P • ANTIEiO ■ LEG (Corp. inscr. lat., t. III, parsl, n° 1977) Ce texte est ainsi rectifié par l'éditeur du Corpus : ti ÇLAVDIO • DRVs/ /• CAESARI (51 52 ap. J.-C) AVG ■ ^ERM • PONTIF MAX TRIB p^l ■ IMP • xxIIII COS ■ V CENSORI • p • p p ■ ANTEIO LEG.
Cfr Brassac, o. c, p. 43.
(2) Brassac, o. c, p. 44, écrit : <■• lis (les documents) établissent avec certitude — car c'est un fait désormais acquis — que du 25 janvier 51 au 1" août 52 eurent
lieu cinq acclamations impériales, la 22'', la 23^ la 24% la 25'^ et la 26" » Cela
non plus n'est pas tout à fait exact. 11 faut dire : « la 23% la 24% la 25% la 26^ et la 27"^ ».
122 AUG. BRUYNSEELS.
52 compte des avantages notables remportés sur les Clites de Cilicie et les Silures de la Bretagne méridionale». En outre, M. Brassac (0 rappelle que «selon toute probabilité c'est au début de cette même année que Cumanus, gouverneur de la Judée, réprime une sédition des zélotes dans des conditions telles qu'elle occasionne sa destitution et son bannissement. » Si l'on considère que Claude n'a été acclamé que 27 fois, il est moralement certain, que la 26*^ acclamation (et peut être aussi la 25^) tout aussi bien que la 27'^, date de la première moitié de l'an 52, et même plus probablement du printemps de cette année après la reprise des campagnes militaires interrompues par la mauvaise saison. La lettre de Claude daterait donc du printemps 52.
2. Année du proconsalat de Gallion. La charge de proconsul était légalement annuelle. Il est vrai que Marquardt (-) cite quelques cas de prorogation, d'ailleurs fort rares, mais il les mentionne expressément comme exceptions à la règle générale et les exceptions ne doivent pas être admises sans preuves positives. Pour le cas présent toute exception paraîtra d'autant moins vraisemblable que Gallion, dont la santé était faible, contracta en Achaïe une fièvre qu'il attribuait au climat. C'est ce que nous apprend son frère Sénèque (')•
D'autre part, l'entrée en fonctions des magistrats romains n'étant pas fixée au premier jour de l'année civile, le proconsulat comprenait régulièrement des fractions de deux années du calendrier (^). En admettant, par conséquent, que la lettre de Claude date du printemps 52, Gallion peut avoir été proconsul de l'Achaïe en 51-52 ou bien en 52-53. Quelle est l'hypothèse la plus vraisemblable?
M. Deissmann (■') et, avec quelque hésitation, M. Harnack ('^) opinent pour l'an 51-52. D'après eux Gallion serait entré en fonc-
(2) J. Marquardt, Organisation de l'empire romain, 2" éd., trad. franc, de P. Louis Lucas et A. Weiss. t. II, p. 567. Paris, 1892.
(3) SÉNÈQUE, Épitres à Lucilius, Epistola CIV, 1. L'hypothèse de M. Wohlen- BERG (o. c, p. 389 et 391), d'après laquelle Gallion aurait été proconsul de l'Achaïe à deux reprises différentes, est purement gratuite.
(4) Cfr Th. Mo.mksen, Le droit public romain, 3'^' éd., trad. franc, de P. F. Girard, t. Il, p. 264; t. III, p. 294. Paris, 1892.
(5) Paillas, p. 174.
(6) Chronologische Rerechnnng des < Tags von Damaskus % dans les Silzungsberichte der kôniglich prenssischen Akademic der Wissenscliaften, 1912, XXXVI, XXXVII p. 674.
tions vers le mois de juillet. Dans cette supposition, en plaçant le proconsulat de Gallion de juillet 52 à juillet 53, comme la lettre de l'empereur est certainement antérieure au U'' août 52, il ne reste pour l'envoi de la lettre et pour la 27'-' salutation impériale que le seul mois de juillet, ce qui est d'autant moins probable que la 21" acclamation peut fort bien être antérieure au U' juillet 52. Au contraire, en choisissant l'an 51-52, on a, pour placer la 26^' acclamation et la lettre de Claude, toute la première moitié de l'an 52. — Mais ce qui rend l'opinion de MM. Deissmann et Harnack infiniment peu probable, c'est que, d'après un texte certain de Dion Cassius, Claude avait décidé en l'an 43, que les magistrats des provinces devaient avoir quitté Rome avant le milieu d'avril (')• <■ Pour des personnages qui disposaient des ressources de l'État et des provinces, le voyage de Rome à Corinthe ne pouvait guère prendre plus de quinze jours, de sorte que le 1^'' mai, au plus tard, les trouvait à leur poste» ('')• Et nous savons que chaque magistrat entrait en fonctions dès son arrivée dans sa province (•').
Tout en admettant que l'entrée en fonctions de Gallion doit être fixée au début de mai, MM. Brassac (^) et Goguel (■') se prononcent également pour l'an 51-52. Voici leur raisonnement. La mention de Gallion dans une lettre par laquelle Claude accordait
(1) Dion Cassius, LX. xvii, 3 : -po; o'èti -ol; à'-y/o'jT'. toi; y.XTipto-co'?;, ppaoîcoç îT'. xal xo'~e tv. "?,.; tto'àeoj^ £;op;j.w;j.iVot;, "poslTTï tzrJbj (j.£aoijv xo' 'ATipiXiov àraipsiv. Voyez la décision de Tibère et la décision antérieure de Claude dans Dion Cassius, LVI, xiv, 5 ; LX, xi, 6.
(2) F. Prat, 0. c, p. 378.
(3) J. Marquardt, 0. c, t. II, p. 554-555; Mommsen, o. c, t. III, p. 293. Deissmann (o. c, p. 172-173), semble admettre un terme normal pour le changement des magistrats, et s'appuyer sur l'avis de Mommsen {o. c, t. III, p. 294) : « Un terme normal paraît donc avoir été fixé pour le changement des magistrats, probablement le F"" juillet. > Mais Marquardt semble être dans le vrai, quand il écrit : <^ Le jour de l'arrivée dans la province... fixait le point de départ et le terme de l'année pendant laquelle il exercerait ses fonctions. Mais ce jour différait sensiblement, paraît-ii, suivant l'éloignement de la province et les difficultés du voyage « (o. c, t. II, p. 554-555). Il cite plusieurs faits à l'appui de sa thèse, tandis qu'il réfute, en note, l'avis de Borghesi (Œuvres, t. I, p. 489) qui posa en règle que, sous l'empire, l'année proconsulaire se comptait du 1" juin au 31 mai. E. Brassac (/. c, p. 49) dit que la phrase de Mommsen, pour être exacte, doit s'entendre des provinces très éloignées de Rome.
(4) Une inscription de Delphes et la chronologie de Saint Paul, dans la Revue biblique, 1913, nouv. sér., t. X, p. 49.
(5) Essai sur la chronologie paulini^nne, dans la Revue de l'histoire des religions, 1912, t. LXV, p. 317 s.
124 AUG. BRUYNSEELS.
OU reconnaissait certains privilèges aux Delphiens rend assez vraisemblable la participation du proconsul aux négociations qui ont précédé la décision impériale. La restitution de M. Deissmann y.'jhloq, è'ycy.'l/cv TaÀAÙov (lignes 5 et 6) est séduisante et peut-être trouve-t-elle un confirmatur dans la dernière ligne du deuxième groupe de fragments : l"^'^'''] ^''' a'jTw[y]£vpau[;j.Évwv]. Dans cette supposition, quelques mois doivent s'être écoulés entre l'arrivée du proconsul en Achaïe et l'arrivée de la lettre de l'empereur dans la ville de Delphes : il faut laisser à Galiion le temps de s'installer, de se mettre au courant des affaires de sa province et de la ville de Delphes, de rédiger et d'envoyer son rapport à Rome, comme il faut laisser à l'empereur le temps de faire parvenir sa réponse. Dans ces conditions, la lettre de Claude ne peut dater que des derniers mois du proconsulat de Galiion. — A notre avis, cette hypothèse, tout séduisante qu'elle paraisse, n'est pas sans prêter le flanc à plusieurs critiques :
1' rien ne prouve que Galiion n'est pas mentionné simplement en raison de son titre de proconsul ;
2'- la restitution de M. Deissmann (1. 5 et 6) ne repose sur aucune donnée de l'inscription ;
3'J rien ne permet d'affirmer que la restitution ['wv] èv aJTw [y]eypay.[f;.£vwv] est exacte, et même si elle était exacte, rien n'autorise à voir dans ces mots une allusion à un rapport de Galiion ;
4" pour autant que nous savons, les proconsuls n'avaient pas l'habitude de remettre un rapport régulier à Rome; que s'il s'agit ici d'un rapport en raison de circonstances spéciales, pas n'est besoin d'un laps de temps considérable pour trouver une occasion d'envoyer un rapport pareil. Du reste, ce rapport concernant une province sénatoriale, n'aurait-il pas dû être adressé au Sénat, et non à l'empereur?
5" si le proconsulat de Galiion prend fin au 1^' mai 52 (et peutêtre Galiion a-t-il quitté l'Achaïe encore plus tôt à raison de l'état précaire de sa santé), la lettre de Claude est nécessairement antérieure à cette date. La 26'^ acclamation ayant eu lieu selon toutes les probabilités dans le cours du printemps, après le repos de l'hiver, il ne reste plus que très peu de temps pour placer la lettre de l'empereur.
Aussi bien la très grande majorité des critiques qui ont étudié l'inscription de Delphes s'est-elle prononcée pour l'an 52-53 (').
(1) Une erreur typographique fait dire à M. Goguel le contraire : la note 1 de la p. 317 de son étude a pris la place de la note 2 et vice-versa.
Dans cette hypothèse il resterait toute la première moitié de l'an 52 pour la 26^^^ et la 27*^ salutation impériale et les mois de mai et de juin et une partie de juillet pour l'envoi de la lettre de Claude. Même en admettant, avec MM. Brassac et Goguel, que la lettre impériale serait une réponse à une missive de Gallion, l'espace de deux à trois mois suffit pour tout expliquer. Car cette missive peut avoir eu trait à un fait spécial, peut-être à une demande des Delphiens. Et serait-il téméraire de regarder la lettre de Claude comme une réponse à une missive que lui adressèrent les habitants de Delphes avant l'arrivée de Gallion? Dans sa lettre aux Delphiens l'empereur aurait alors mentionné, parmi d'autres faveurs, celle de la nomination d'un homme de valeur comme l'était Gallion. Quoi qu'il en soit, tout en reconnaissant qu'il est possible d'assigner au proconsulat de Gallion l'an 51-52, nous maintenons nos préférences pour l'an 52-53. 3. Moment de la comparution de saint Paul devant Gallion. Nous lisons dans les Actes des Apôtres, XVIII, 12 : « Or Gallion étant proconsul de l'Achaïe (i'aAAÙovo; oï y.-^h'j-y-o'j ô'vto; t?.; 'A'/aia;i, les Juifs se soulevèrent unanimement contre Pau! et le conduisirent devant le tribunal.... » A quel moment du proconsulat de Gallion faut-il placer cette comparution de l'Apôtre devant le tribunal du magistrat romain? Nous connaissons déjà les motifs pour lesquels MM. Brassac et Goguel placent l'incident quelques mois après l'arrivée du gouverneur à Corinthe. Par contre, pour MM. Deissmann et Harnack il est manifeste que l'auteur des Actes veut parler du début du proconsulat de Gallion ('). Dubowy (-') et Goguel (•') contestent la conclusion de Deissmann : pour marquer le début du proconsulat, l'auteur des Actes n'aurait-il pas choisi
(!) Pour toute preuve Deissmann en appelle au contexte et renvoie au parallèle Actes, XXIV, 27-XXV, 2 (Pûh/us, p. 173). Harnack (o. c, p. 674, note 2) dit : « die Môglichkeit, dasz Gallio schon monatelang itn Amte war, als ihn die Juden gegen Paulus scharf zu machen versuchten, scheint mir sehr fern zu liegen. >> La même interprétation avait déjà été donnée par Lietzmann, Ein neiier Fiind ziir Chronologie des Paulus, dans la Zeitschriftfiir wissenschaftliche Théologie, 1911, t. Lin, p. 345 s., Lehmann (Claudius und Nero und ihre Zeit, 1, p. 354. Gotha, 1858) et 0. HoLTZMANN, {Neutestamentliche Zeitgeschichte, p. ;i32. Leipzig, 1895.)
L'hypothèse de Wohlenberg qui admet pour Gallion une prorogation de sa charge et place la rencontre au début d'une deuxième année proconsulaire, après un voyage entrepris par le magistrat romain pour se remettre de la fièvre, nous paraît invraisemblable.
126 AUG. BRUYNSEELS.
un autre verbe que ovtoç? Plus prudente et moins catégorique que celle de Deissniann est l'opinion du P. Prat : « Saint Luc n'a rien de décisif puisqu'il se contente de dire que ce fut sous le proconsulat de Gallion. Peut-être, cependant, est-il plus naturel de penser au début qu'à la fin de son gouvernement. Les ennemis de l'Apôtre durent mettre à profit l'arrivée d'un nouveau magistrat pour tenter de le perdre et le temps considérable que Paul passa à Corinthe après la sentence se comprend mieux si Gallion était toujours là pour le protéger. Mais ce n'est là qu'une conjecture et il faut laisser ouverte l'hypothèse contraire » (')■
A notre avis aussi, le texte des Actes ne nous donne aucune indication précise et certaine, et le mot o'vto;, comme le dit encore le P. Prat, se borne à mettre le fait sous le proconsulat de Gallion. Ce qui nous fait opiner pour le début du gouvernement de Gallion, c'est moins le récit des Actes que le texte d'Orose dont nous aurons à parler bientôt.
4. Arrivée de saint Paul à Corinthe. Depuis combien de temps saint Paul séjournait-il à Corinthe lors de sa comparution devant le magistrat romain? Voici, d'après le livre des Actes, la succession des événements :
a) Arrivée de saint Paul à Corinthe (XVIIÎ, 1).
b) Activité apostolique de saint Paul (XVIII, 2-10).
c) « Paul demeura un an et six mois à Corinthe, y enseignant la parole de Dieu» (XVIII, 11).
d) Épisode relatif à la plainte déposée par les Juifs contre saint Paul devant le tribunal de Gallion (XVIII, 12-17).
e) « Paul resta encore Y.i^épaç Ixavâ; à Corinthe; puis ... il s'embarqua pour la Syrie » (XVIII, 18).
La durée d'un an et six mois mentionnée au verset 11, au lieu de se rapporter uniquement au séjour de l'Apôtre à Corinthe avant la comparution devant le gouverneur de l'Achaïe, comprend-elle également les 'f,[J-iç^y-^ Ixavàç du verset 18? Dubowy (-), Felten ('*) et Goguel (^) l'affirment; Deissmann ('), Harnack ('") et Prat (") le nient ; et si l'on tient compte des habitudes littéraires de saint Luc, cette dernière opinion est la seule probable. En effet, ainsi que le
(1) F. Prat, o. c, p. 378.
(3) Die AposielgeschicMe, p. 343 s. Fribourg, 1892.
dit à bon droit le P. Prat, « chaque fois que saint Luc donne une date, la limite inférieure de cette date est l'événement même qu'il va raconter » (')■ H en est ainsi, par exemple, au chapitre XI, 26, où « l'année entière » dont il est question au verset 26 trouve sa limite inférieure dans l'incident du verset 27, qui détermine le départ de Saul et Barnabe, il en est ainsi au chapitre XVII, où les « trois sabbats » du verset 2 prennent fin par suite des troubles racontés aux vv. 5 ss. Il en est encore ainsi du récit du séjour à Ephèse (XIX, 1-XX, 1), qui constitue un parallèle plus exact du cas qui nous occupe. Après l'arrivée de l'Apôtre à Éphèse (XIX, 1), nous avons d'abord un séjour de « trois mois > (prédication dans la synagogue : XIX, 8), qui a sa limite inférieure dans l'incident du verset 9 (abandon de la synagogue); ensuite un séjour de «deux ans», limité par les incidents des vv. 13-20 (histoire des exorcistes); « après cela », un troisième séjour, la période des préparatifs au départ (vv. 21-22), qui se termine par la révolte des orfèvres (vv. 23-40); et enfin, « lorsque le tumulte eut cessé », le départ de Paul pour la Macédoine (XX, 1) (-). En tenant compte de cette manière constante dans saint Luc d'indiquer les dates, nous devons conclure que saint Paul, après s'être installé à Corinthe (XVIII, 1), fit d'abord dans cette ville un séjour de dix-huit mois (XVIII, 2-11) dont la limite inférieure est la comparution devant Gallion (XVIII, 12-17) et que, par conséquent, après cette comparution, il resta encore v,;ji,-a; Uxvâ; à Corinthe.
Dès lors nous pouvons résumer, comme suit, les conclusions auxquelles ont abouti nos recherches : la lettre de Claude datant du printemps 52 (51 ?), Gallion fut proconsul de l'Achaïe de mai 52 à mai 53 (51-52?); Paul séjournait à Corinthe depuis dix-huit mois lorsqu'il comparut devant le gouverneur romain ; et, en plaçant cette comparution au commencement du proconsulat de Gallion, Paul est arrivé à Corinthe au commencement de 51 ou à la fin de 50.
Cette dernière conclusion est corroborée par un texte d'Orose (-r 418) : « Anno ejusdem (se. Claudii) nono, expulsos per Claudium Urbe Judaeos Josephus refert. » (■') En arrivant à Corinthe, Paul « y trouva un Juif, nommé Aquila, originaire du Pont, et récemment (-coT-jâTio;) arrivé d'Italie avec sa femme Priscille,
(1) O. c, p. 389, note 1.
(2) Ainsi s'explique le Tpi^-ixv du chap. XX, 31 : trois mois + deux ans + la durée du troisième séjour que l'on peut évaluer à quelques mois.
(3) Historiarum adversus paganos libri VII, Vil, 6, 15.
128 AUG. BRUYNSEELS.
parce que Claude avait enjoint à tous les Juifs de sortir de Rome » (Act. XVIII, 2). Cela donne matière à un nouveau synchronisme. La neuvième année de Claude va du 25 janvier 49 au 25 janvier 50. Par conséquent, si l'on compte le délai nécessaire pour l'application de redit et pour le voyage d'Italie à Corinthe, Aquila et Priscille pourraient avoir débarqué à Corinthe dans le courant ou vers la fin de 50. Or, d'après les déductions que nous avons exposées plus haut, Paul y serait arrivé précisément vers la fin de 50 ou au commencement de 51 ! Nous n'ignorons pas que l'on a vivement contesté la valeur de cette indication d'Orose, parce que, dans les ouvrages de Josèphe qui nous sont parvenus, il n'est pas question de cette injonction de l'empereur Claude. Mais Harnack, qui vient d'examiner à nouveau le problème (^), prétend avec raison qu'il n'est pas conforme aux principes d'une saine critique, de rejeter, sans plus, l'information d'Orose, parce qu'on n'en connaît pas la source. D'après le savant professeur de Berlin, Orose aurait puisé son renseignement dans la Chronique de saint Jérôme, qui l'aurait emprunté à son tour à Jules l'Africain. En tous cas, conclut-il, quelle que soit la source de cette information, celle-ci est trop précise, trop déterminée pour ne pas être authentique. A notre avis aussi, ne pas admettre la valeur de l'indication chronologique d'Orose jusqu'à preuve du contraire, serait faire preuve de légèreté dans le domaine critique.
Pour se rendre compte des modifications importantes que l'étude de l'inscription de Delphes est de nature à apporter aux systèmes chronologiques de la vie de saint Paul en vogue jusqu'ici, il suffit de comparer la date que nous avons fixée pour l'arrivée de l'Apôtre à Corinthe avec celles proposées auparavant par différents auteurs. A titre d'exemple, citons : L. Duchesne (53) (-), Fouard (vers l'automne 53) ('), Th. Zahn (vers novembre 52) (^), C. Toussaint (vers le printemps 52) ("•), Cornely (en 52) (' ), A. Harnack dans sa Chronologie (automne 48) ("). Si, dans sa dernière étude sur la question C"), Harnack se prononce pour la fin de 49 ou le conimen-
(1) O. c, p. 674 ss.
(2) Histoire ancienne de l'Église, 3" éd., t. 1, p. 26. Paris, 1907.
(3) S. Paul, ses missions, 8" édition, p. 478. Paris, 1904.
(4) Einleitung in das N. T., 2"^ éd., t. U, p. 645.
(5) Épitres de saint Paul, t. I, p. 52. Paris, 1910.
(6) Introd. specialis in singulos N. T. libros, p. 343. Paris, 1886.
(1) Die Chronologie der altchristlichen Littéral ur bis Eusebius, t. I, p. 237. Leipzif,', 1897.
(8) Ciironologische Berechnung des « Tags von Damaskus », dans les Sitzungs-
cernent de 50, cela tient à ce qu'il place le proconsulat de Gallion en 51-52 et nous avons vu combien cette opinion est peu probable.
AuG. Bruynseels,
professeur au Collège Saint-Jean Berchmans
à Anvers.
berichte der kôniglich preussisdien Akademie der Wissenschaften, p. 676. Serait-il téméraire de supposer que. dans toute cette étude, le désir inconscient de sacrifier le moins possible de son ancien système ait entraîné M. Harnack à avancer outre mesure les dates de la chronologie paulinienne? Il est vrai qu'il a abandonné l'an 30 comme date de la conversion de l'Apôtre, ses préférences vont maintenant à l'an 31, bien qu'il accorde quelque probabilité à l'an 32 et laisse ouvert l'an 33. Malgré cette concession il ne reste pas seulement aux prises avec la difficulté classique suscitée par la seconde Épître aux Corinthiens (XI, 32-33) ; il est encore acculé à adopter l'an 48 comme date du concile de Jérusalem et à compter les trois années de Gai. I, 18 et les quatorze années de Gai. II, 1, comme des années entières. D'autre part, le savant professeur de Berlin veut-il maintenir l'an 53-54 comme date de l'arrestation de Paul à Jérusalem? Cela nous semble absolument impossible. Depuis l'incident à Corinthe jusqu'cà la captivité de Césarée, il faut compter un minimum de quatre à cinq ans. Par conséquent, même en fixant, avec Harnack, l'incident de Gallion en 51, on n'arrive pas à placer l'arrestation à Jérusalem avant 55-56.
D'ailleurs la plupart des dates adoptées jusqu'ici par les partisans de l'opinion traditionnelle (Cornely, Lightfoot, Jûlicher, Keim, B. Weiss, Zahn, etc.) aussi bien que les dates hâtives préconisées par une petite minorité résolue (Blass, Harnack, O. Holtzmann, Weber, etc.), devront être sensiblement modifiées par suite de la découverte de l'inscription de Gallion. Le lecteur s'en rendra facilement compte par l'inspection du tableau suivant, où nous mettons en regard des dates proposées par les deux systèmes jusqu'ici en présence, celles que nous considérons comme les plus vraisemblables (comparez Brassac, o. c, p. 216; Prat, o. c, p. 391-392). Pour éviter d'être trop subjectif, nous ne donnons que quelques points de repère :
Événements de la vie Dates de la majorité Dates de la de saint Paul. traditionnelle. minorité.
Conversion de saint Paul Concile de Jérusalem Arrivée à Corinthe Emprisonnement à Césarée Rappel de Félix
Nos dates.