UN DEMI-SIECLE D ENSEIGNEMENT HISTORIQUE A LOUVAIN. XVII
avait pris l'initiative aussi hardie que féconde d'ouvrir, en marge de la loi, un cours pratique d'histoire; et malgré tous les obstacles, la science et l'enthousiaste dévouement de cette âme créatrice triomphaient; ce cours était suivi, il donnait des résultats merveilleux (ij! Aussi les autres universités de Belgique n'hésitèrent pas à tenter à leur tour un enseignement pratique de l'histoire (2). Mais, si à Liège ce fut une éminente personnalité, à l'esprit génial et au tempérament chevaleresque, qui fit un coup d'Etat contre la routine, à Louvain l'avènement des cours pratiques d'histoire fut en quelque sorte l'aboutissement naturel d'une évolution tranquille et normale (5).
Par une rare fortune, il s'est fait que les recteurs qui se sont succédé jusqu'ici au gouvernail de la nef académique, ont tous été des adeptes fervents de l'histoire.
Il y a plus. L'université de Louvain a cette insigne faveur de posséder une faculté de théologie autonome, indépendante de la loi; dans cette faculté l'histoire ecclésiastique a toujours revêtu le caractère d'un enseignement approfondi, soit au temps de M. le chanoine Wouters (1834-1871), soit à l'époque M. le chanoine Jungmann (1871-1895). Et même jusqu'à un certain point il y existait, depuis le début, un correctif au défaut de cours pratique : les sabbatines ou, si l'on veut, la discussion d'une thèse le samedi de chaque semaine, la soutenance publique de thèses aux examens, l'obligation de présenter lors de l'épreuve doctorale une dissertation imprimée ont toujours incité les élèves d'élite à l'étude personnelle de diverses questions, dont beaucoup étaient empruntées ou du moins appa-
(1) Cfr A Godefroid Kurtfi, etc., cité plus haut.
(2) Cfr ibidem. Cfr P. Fredericq, L'enseignement supérieur de l'histoire, p. 195 sv. Gand-Paris, 1899.
(3) A. Gauchie, The teaching of history at the university of Louvain, dans The catholic University Bulletin, 1907, t. XIH, p. 515 svv.
XVIII A. GAUCHIE.
rentées à l'histoire. Plus peut-être que ces exercices, l'exégèse biblique a constamment contribué à initier les esprits aux principes de critique historique. Dans le même ordre d'idées, l'enseignement des langues et de l'histoire orientales s'était progressivement développé à cette faculté, comme à celle de philosophie et lettres ; or, par le fait même que cet enseignement comportait l'étude des sources et qu'il s'adressait à quelques auditeurs choisis, il avait pris forcément une tournure moins solennelle, plus pratique, et des rapports plus aisés et plus fréquents s'étaient établis entre élèves et professeurs. Aussi, loin de tomber dans le marasme où la loi de 1857 avait plongé et où la loi de 1876 avait laissé l'enseignement de l'histoire dans les facultés de philosophie et lettres, la faculté de théologie maintenait et développait ses traditions de progrès, et son influence ne manquait pas de rayonner jusqu'à la faculté de philosophie et lettres.
Dans celle-ci, d'ailleurs, les esprits distingués ne manquaient pas qui voulaient sauver de l'enlisement l'enseignement universitaire, témoin L de Monge; P. Willems, organisateur de la Societas philologa (1873); Edmond PouUet; F. CoUard; Mgr de Harlez, créateur du Muséon (1882); S. É. le cardinal Mercier, restaurateur de la philosophie scolasîique (1882) et fondateur de l'École Saint-Thomas d'Aquin ; V. Brants, promoteur de la Conférence d'économie sociale (i885); bien d'autres encore. De multiples cercles s'établissaient dans lesquels les meilleurs élèves se réunissaient pour exposer et discuter, sous la présidence d'un professeur, diverses questions scientifiques, dont bon nombre relevaient de l'histoire : la Taal- en letterlieuend Studentengenootschap Met Tijden Vlijt, fondée en i836 par le chanoine David ; la Société littéraire, en 1839 ; la Société d'Émulation, en i853; la Societas philologa, déjà mentionnée, en 1 873 ; le Genootschap gesticht in 1883 ter beoefening der