‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 57 sur 149 · MAISON DE MONS · texte numérisé non relu

MAISON DE MONS

Gossuin F*"

épouse Ermengarde

t avant 1088

Gossuin II

épouse Ida

t avant 1126

Isembard vivait de 1114 à 1142

Gossuin IM Isaac épouse Béatrix vivait de de Rumigny 1122 à 1149 t avant 1177

Nicolas, Ermengarde

évêque de

Cambrai,

Gossuin IV Ide Mathiide Alix Rixa

(t jeune) mariée à mariée à mariée à mariée à

FSigerd'Enghien l°Walter de Ligne; Roger Etienne

Beatrix Agnès mariée à mariée à Baudry Hugues

2° Régnier de Jauciie 3° Baudouin dit Caron

2° Walter de Condé de Denain de Roisin d'Espinoy de Fontaine

Gérard (?)

en 1072 Folechinus

en 1084

Godefroid

de 1086-1089

isaac

de 1117-1142

épouse Gertrude

Baudouin de 1155-1195

Une fille

Henri de 1195-1218

Gérard

N. mariée à Ulbald de Harveng

Sara mariée k Henri Berthout

Julienne mariée à Engelbert d'Engiiien.

(1) Ces tableaux rectifient le tableau XVIII, inséré dans La chronique de Gislebcrt de Mons de L. Vanderkindere.

Le rôle militaire

des avoués liégeois.

Si l'on considère l'économie générale des États au temps de la féodalité, on est frappé de la place importante qu'y tenait l'organisation militaire. Les nécessités du recrutement de l'armée donnèrent à la féodalité un développement extraordinaire et lui assurèrent une existence longue et glorieuse. Depuis le haut jusqu'au bas de l'échelle féodale, depuis le souverain jusqu'aux simples barons en passant par les comtes, tous les détenteurs d'une puissance quelconque étaient étroitement rattachés les uns aux autres par l'obligation du service de l'ost, qui était souvent leur raison d'être et les rendait solidaires. Les rois laissèrent les comtes et les grands accaparer l'indépendance politique, et ils les gratifièrent même de fiefs nouveaux contre l'engagement solennel de les secourir contre leurs ennemis. A leur tour, les grands feudataires se constituèrent une armée en distribuant des terres aux vassaux de second ordre; enfin, il n'est pas jusqu'au moindre châtelain ou baron qui n'eût sa clientèle de fidèles pour les besoins de la guerre. Les immunistes ecclésiastiques n'échappèrent point à cette obligation. Les évêques de Liège donnèrent des terres en bénéfice à des hommes d'armes qui les représentaient à l'armée des Carolingiens ('). L'un d'eux, Francon, paya même de sa personne en combattant les Normands de façon si remarquable que l'empereur Arnould, en 888, lui fit don de l'abbaye de Lobbes en lui confiant le soin de défendre cette région contre les envahisseurs. L'évêque s'appropria la moitié des biens de l'abbaye et la forteresse de Thuin, mais il devait, en revanche, lever des troupes et servir dans les expéditions militaires (-). Le contingent que l'évêque de Liège fournissait à l'armée impériale était, en 980, de soixante

(1) L. Vanderkindere, Histoire de la formation territoriale des principautés belges au moyen âge, t. II, p. 184 svv. Bruxelles, 1902.

(2) Compendium historiae, dans Vos, Lobbes, pièces justifie, t. I, p. 374 svv. Louvain, 1865.

hommes (')• Les grandes abbayes étaient tenues au même devoir, et elles le faisaient remplir par leurs avoués (-), se conformant ainsi aux canons des conciles qui interdisaient aux clercs de se laisser absorber par les soucis d'ordre temporel, et à plus forte raison de se mêler aux luttes sanglantes. Cependant, cette interdiction resta souvent lettre morte pour les évêques de Liège devenus princes : en règle générale, ils se montrèrent beaucoup plus fidèles aux empereurs, leurs suzerains, que les vassaux laïcs du Lothier(^).

Ils ne négligèrent pas pour cela la défense de la principauté. Notger avait, dans ce but, inféodé une partie des biens qu'il avait reçus au nom de saint Lambert et, à côté des chevaliers vassaux, les avoués épiscopaux ainsi que ceux des abbayes et des églises secondaires venaient se grouper pour repousser l'ennemi. L'histoire militaire de la principauté ne comprend pour ainsi dire que des guerres défensives contre ses voisins, contre les soulèvements des villes, les tentatives ambitieuses de vassaux insubordonnés et les prétentions illégales de certains candidats à l'évêché. Avant de l'aborder, il me paraît indispensable de faire connaître l'organisation militaire du pays, qui reposait principalement sur les forteresses et sur l'armée de campagne.

L'état de guerre endémique qui caractérise le ix^' siècle et le x*^, ainsi que les incursions des Normands, eurent pour conséquence la construction de nombreuses forteresses où tous ceux qui avaient autorité, puissance ou audace, défendirent leur vie et leurs biens contre les pillards et où, dans la suite, ils abritèrent leur indépendance en défiant les souverains eux-mêmes. La politique impériale, heureusement pour elle et pour l'ordre public, fit passer ces châteaux-forts, avec les territoires qui en dépendaient, sous l'autorité des évêques devenus princes. Ceux-ci possédèrent ainsi les places fortes de Thuin, de Fosses, de Huy et de Dinant. Notger entoura de murailles non seulement Liège, mais encore les localités importantes de la principauté; il affermit sa puissance en détruisant

(1) Cartulaire de l'église saint Lambert de Liège, publié par Bormans et Schoolmeeste:îs, t. I, Introduction, p. m, note 1. Bruxelles, 1893.

(2) Abbaye d^ Stavelot : voir les diplômes des empereurs Lothaire HI et Conrad III, de 1131, 1136, 1140, dans le Recueil des chartes de l'abbaye de Stavelot-Malmédy, publié par Halkin et Roland, t. I, p. 315, 323, 348. Bruxelles, 1909. — Abbaye de Gembloux : voir le diplôme de l'empereur Frédéric I, de 1153, dans les MGH, Diplomata, t. I, p. 592. — L'abbaye de Saint-Trond avait racheté ce service. Voir C. Lfxlère, Les avoués de Saint-Trond, p. 46 et 53. Louvain, 1902.

(3) PiRENNE, Histoire de Belgique, t. 1, p. 191. Bruxelles, 1900.

Chèvremont, repaire de brigands, et il empêcha la construction d'un donjon seigneurial sur les hauteurs de Liège (0-

Il était de bonne politique de se prémunir contre les attaques et les empiétements des voisins ambitieux. C'est pourquoi, dans le but de se protéger efficacement, les successeurs de Notger veillèrent attentivement à ce que les points les plus exposés des frontières fussent bien gardés (-')■ Baldéric il, vers 1015, voulut fortifier Hougaerde contre le Brabant; Huy, Beaufort et Dinant défendaient la principauté contre le comte de Namur; Thuin et Fosses la protégeaient contre le comte de Hainaut. L'acquisition de Couvin acheva de couvrir cette frontière, garantie auparavant déjà par la suzeraineté des évêques sur le Hainaut, tandis que l'achat du château de Bouillon la gardait du côté méridional, et qu'Argenteau était une sentinelle postée vers le Limbourg.

Ces forteresses étaient destinées à leur défense propre, et elles constituaient également des avant-postes pour soutenir le premier choc de l'assaillant. L'église protégée et l'avoué devaient pourvoir à leur entretien et les munir d'une garnison. Le château de Thuin était tenu en bon état par l'abbé de Lobbes et par les hommes à qui incombait, en outre, le soin de faire le guet, d'amener à pied d'oeuvre des bois et des pierres, d'élever des ouvrages de défense (")■ Le châtelain de Couvin, qui était avoué de la région, avait le droit d'habiter le château, d'occuper la tour et d'y entretenir six chevaux. Quand la châtellenie était menacée, les habitants devaient lui prêter assistance (^). Les habitants de Fosses, sous la direction du sire de Morialmé, leur avoué, veillaient à l'entretien des fortifications (■'). Le même avoué possédait à Fosses, en raison de sa charge, une tour dite « tour de Morialmé », joignant la forteresse de l'évêque et les cloîtres. L'avoué et ses hommes y avaient accès

(1) G. KusTH, Notger de Liège et la civilisation au x" siècle, t. I, p. 204 svv. Paris, 1905.

(2) Circa 1150. Henri 11. évèque de Liège, fit élever plusieurs forteresses et châteaux : « castrum de Scano, de Belmont(Beaumont ou Briaimont-lez-Esneux), de Havlange (Havelange), de Virves (Vierves), de Borne (près de Sittard) et de Ortimont». Chronique de 1402, éd. Bâcha, p. 133. Bruxelles, 1900, et Cartulaire de l'église Saint-Lambert, t. I, p. 72 svv. — 1203. Accord entre l'évêque Hugues et le comte de Looz au sujet des châteaux de Montenaeken, Brusthem, Halen, Tessenderloo et Lummen. Cartulaire de l'église Saint-Lambert, t. I, p. 130.

(3) Compendium historiae, dans Vos, Lobbes, t. I, p. 374 svv.

(4) 1218. Cartulaire de l'église Saint-Lambert, t. I, p. 185.

(5) PoNCELET, La guerre dite <■- de la vache de Ciney «, dans les Bulletins de la Commission royale d'histoire .= BCRH), 1893, 5'^ sér., t. 111, p. 501.

à toute heure, et elle servait de refuge aux habitants quand la ville était attaquée (')• La résistance de ces places intéressait l'arrièrepays : en 1465, lorsque les Bourguignons menaçaient la principauté, le magistrat de Dînant engagea l'avoué de Fosses à veiller à la sécurité de cette ville (-). — La terre de Saint-Hubert était protégée par le château de Bouillon, dont dépendait la forteresse de Mirwart-sur-Lomme ; mais celle-ci, loin de servir à la défense de l'abbaye, fut une « épine plantée dans son œil » (-).

Le commandement de ces places fortes fut donné à des châtelains recrutés dans la classe des ministériels, entièrement dévoués à l'évêque, et qui étaient en outre investis de l'avouerie des terres avoisinantes. Le châtelain de Thuin était avoué de Lobbes; celui de Morialmé l'était de Fosses et de l'Entre-Sambre-et-Meuse; celui de Rochefort l'était de Dinant; celui de Barse l'était de Huy et du Condroz, et le seigneur d'Argenteau l'était de Ciney. Si l'on y ajoute l'avoué de Hesbaye, primitivement châtelain dans les environs de Waremme, et le comte de Looz, avoué des biens ecclésiastiques situés dans son rayon, on se trouve devant une ligne continue où alternaient les châteaux-forts et les avoueries et qui constituait, avec l'armée, un admirable système de défense.

L'armée des princes-évêques ne comprenait, dans le principe, que les vassaux de l'église, qui appartenaient généralement à la classe noble ou militaire, et qui devaient le service de l'ost en échange du fief qu'ils tenaient des évêques C\ Mais, pendant le cours du xi^' siècle, elle fut renforcée par les milices urbaines. On en trouve la preuve dans la charte accordée par l'évêque Théoduin

(1) 1444. Record des échevins de Fosses, dans le Cartulaire de la commune de Fosses, p. 79 svv., publié par J. Borgnet. Namur, 1886.

(2) Ibidem, préface, p. xli, note.

(3) Chartes de l'abbaye de Saint-Hubert en Ardenne, publ. par G. Kurth, t. I, p. 9 et 85, Bruxelles, 1903, et La chronique de Saint-Hubert dite Cantatorium, édition Hanquet, cap. 42, 43, 89. Bruxelles, 1906.

(4) En retour, l'évêque devait aide et protection à ses vassaux. Ainsi, l'évêque de Liège et le comte de Hainaut étaient obligés de se soutenir mutuellement, à partir de 1071, date de l'inféodation du comté de Hainaut à la principauté de Liège. Cartulaire de l'église Saint-Lambert, t. I, p. 87, et Hansay, L'inféodation du comté de Hainaut à l'église de Liège en 1071, dans le Bulletin de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, 1902, t. XII!, p. 13 (du tiré à part). En 1 127, Raymond, archevêque de Reims, donne à l'évêque de Liège le bénéfice que son église possédait à Bouillon, à condition que ce dernier lui vînt en aide en cas de guerre avec trois C3nts guerriers à cheval. Cartulaire de l'église Saint- Lambert, t. I, p. 56. — En 1209, un accord semblable fut conclu entre Hugues, évêqu2 de Liège, et Philippe, comti; de Namur. Ibidem, p. 156.

à la ville de Huy, en 1066, et où il est dit que les bourgeois de Huy ne devront entrer en campagne que huit jours après ceux de Liège ('). Ainsi les bourgeois des communes étaient, au même titre que les vassaux du prince, astreints au service militaire, et leur concours fut de la plus haute importance lorsque les gens des métiers, au xii^" siècle, entrèrent à leur tour dans les milices communales (-). De leur côté, les abbayes qui relevaient du princeévêque, les églises secondaires et nombre de villages spécialement désignés fournissaient tantôt des hommes d'armes, tantôt des charrois et des vivres [^).

La mobilisation de ces troupes était réglée par la qualité des combattants et par des dispositions qui variaient selon les localités. Quelques documents où le rôle des avoués est soigneusement défini, permettent d'en donner une idée. Voici d'abord la fameuse charte qu'Albert de Cuyck octroya, à la fin du xi^' siècle, à la cité de Liège, et dans laquelle sont énumérés les devoirs militaires des bourgeois. « Quand une place-forte est assiégée ou occupée par l'ennemi, l'évêque convoque d'abord ses alliés et ses vassaux, et il s'efforce, quinze jours durant, de repousser l'adversaire. Pendant ce temps, il mande aux bourgeois de Liège de se tenir prêts à

(1) Chapeaville, Qui gesta tungrensium, trajectensium et Icodiensium scripserunt autores, t. II, p. 4; Henquinez, Les origines de Huy. dans le Cercle hutois des sciences et beaux-arts. 1906, t. XIV, p. 61 svv.

(2) KuRTH, La cité de Liège au moyen âge, t. II, p. 184. Liège, 1910.

(3) Abbaye de Saint-Hubert : serment de l'avoué de Saint-Hubert, dans le Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, t. VII, p. 516. — Les églises secondaires : charte de l'évêque Jean d'Arkel, dans Wolters, Codex diplomaticus lossensis, p. 381. Gand, 1849. — Chartes concernant des localités particulières : 1201. Jumet, dépendance de l'abbaye de Lobbes, Chartes inédites de l'abbaye de Lobbes, éd. Hansay, dans les BCRH, 1900, 5*^ sér., t. X. charte n° 3. — 1213, Malines, Cartulaire de l'église Saint-Lambert, t. I, p. 169. — 1235 et 1244, Marcinelle, ibidem, p. 348 et 459. — 1236, Nivelle sur Meuse, ibidem, p. 366. — 1245, Bornai et Mont-saint-André, ibidem, p. 472. — 1310. Lens sur Geer, Bormans, Notice sur des cartulaires de la collégiale de Saint-Denis, dans les BCRH, 1872, 3^ sér., t. XIV, p. 95. — 1340. Couvin, Cartulaire de l'église Saint-Lambert, t. III, p. 574. — 1351, Momalle, dépendance de l'abbaye de Saint-Laurent, Bulletin de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, 1883, t. II, p. 227. — Mortroux, record du xiv^ siècle, publié par Ceyssens, dans Leodium, 1904, p. 5. — 1388, Les masuirs et les tenanciers de la mense épiscopale à Ans, à Ramioulle, à Tihange, ainsi que certains habitants de la mairie de Ciney. fournissaient les véhicules destinés au transport des bagages et des armes. Chartes de l'abbaye de Val-Saint-Lambert, chartes ms n"*" 453, 525, 526, aux Archives de l'État à Liège. Record de la cour d'ivoz du 23 décembre 1388. Ibidem, charte n" 770. Cfr Poncelet, Les maréchaux d'armée de l'évêchè de Liège, dans le Bulletin de r.'nstitut archéologique liégeois. 1902, t. XXXII, p. 115 svv.

rejoindre l'armée et si, après quinze jours, les hostilités ne sont pas menées à bonne fin, il envoie à Liège l'avoué noble de l'église, à savoir l'avoué de Hesbaye, escorté de quarante chevaliers. Celui-ci, après avoir été revêtu de son armure à l'intérieur de l'église et après avoir reçu en mains propres l'étendard de saint Lambert, prête serment qu'il le portera fidèlement et qu'il ne l'abandonnera que mort ou captif. Il prend ensuite le commandement des milices liégeoises et les conduit à l'armée de l'évêque, où elles doivent rester jusqu'à ce que, avec la permission de Dieu, l'injure faite à l'église soit vengée » (').

Un record rendu en 1321 à la suite d'une plainte d'Arnould, avoué de Hesbaye, en présence de l'évêque, du chapitre, du magistrat de Liège et des conseils des cités, compléta ces dispositions par la réglementation minutieuse des multiples cérémonies qui, par leur apparat et leur solennité, prenaient une signification éminemment patriotique aux yeux de la population. En voici les principaux passages : « Quand la patrie est en danger, le Conseil du pays décide que l'étendard de saint Lambert soit tiré du trésor de l'église; l'évêque mande alors l'avoué de Hesbaye pour qu'il porte l'étendard sur ses fiefs, et il lui délivre de quoi subvenir à ses dépenses et à ses déplacements. L'avoué se présente dans l'église de saint Lambert, sous la grande couronne, où il est revêtu d'une armure blanche et gratifié d'une ceinture blanche renfermant cent sous liégeois. 11 s'avance ensuite devant le maître-autel pour y faire féauté aux seigneurs du chapitre et prêter le serment d'usage. Après avoir été conduit en cortège jusqu'à l'escalier qui donne accès à la place du Marché, l'avoué monte sur un cheval blanc et caparaçonné de blanc, don de l'évêque, puis il prend en mains l'étendard. Au moment du départ, l'évêque lui fait don d'une « cherrée » de vin pour le temps de son service et, à l'aller comme au retour, le prélat doit pourvoir à ses besoins et à ceux de ses gens. Une fois en possession de toutes ses droitures, l'avoué se met en marche vers l'endroit où l'évêque et le pays l'envoient de commun accord, et il est tenu d'y rester aussi longtemps qu'ils le jugent bon. Dès qu'il est de retour dans la Cité, l'avoué dépose l'étendard dans l'église de saint Lambert, et le même cérémonial s'accomplit chaque fois qu'une nouvelle expédition armée est

(1) Ordonnances de la principauté de Liège, publ. par Polain et Bormans, V sér., p. 30. Cette charte a été publiée à nouveau très soigneusement par KuRTH, Les origines de la commune de Liège, dans le Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, 1905, t. XXXV, p. 304.

décidée. Dans le cas où l'avoué serait empêché pour cause de captivité, de maladie ou d'occupation loyale, il peut déléguer un suppléant, et le chapitre doit procéder à l'égard de celui-ci et lui faire ses droitures comme à l'avoué lui-même » (').

La guerre, soutenue par les nobles et les vassaux durant les quinze premiers jours, prenait un caractère national par la sortie du drapeau de saint Lambert. Les milices communales, convoquées par un cri du perron, le suivaient, tandis que sonnait la bancloche de Liège à laquelle faisaient écho les cloches des églises secondaires appelant les habitants aux armes (-). A Fosses, sur l'invitation du magistrat, le sire de Morialmé, avoué, apportait la bannière de Morialmé dans la ville, et il conduisait à ses frais à l'armée de l'évêque le contingent auquel venaient se joindre les habitants de Nalines avec un pennonchief aux armes de Morialmé. L'avoué devait rester avec sa troupe jusqu'au licenciement de l'armée et la ramener dans la ville ("). Semblable obligation imcombait à l'abbaye de Saint-Hubert et en général à tous ceux qui ressortissaient à l'église de Liège ('). Les dispositions les plus méticuleuses étaient prises pour assurer la rapidité du recrutement, si l'on en juge par les prescriptions relatives à ceux qui dépendaient directement de l'évêque (■'). Enfin, notons que les dépenses entraînées par les expéditions militaires étaient en grande partie supportées par l'évêque ('').

(1) Cartulaire de l'église Saint-Lambert, t. III, p. 229.

(2) Jean d'Outremeuse, Ly niyreur des histors, édition St. Bormans, t. VI, p. 586. Bruxelles, 1880, Wolters, ('odex diplomaticiis lossensis, p. 381.

(3) 1442 et 1444, Records des échevins de Fosses, dans Borgnet, Cartulaire de la commune de Fosses, p. 70 et 82.

(4) Serment de l'avoué, dans le Bulletin de l 'Institut archéologique liégeois, t. VII, p. 516.

(5) 1388. Lorsque les manants d'Ivoz étaient informés que l'étendard de Saint- Lambert sortait de la Cité, ils en prévenaient le seigneur d'Ivoz (à cette époque, c'était l'abbaye du Val-Saint-Lambert) qui leur fournissait, au lieu dit « aile Cachalle», un bateau capable de transporter à la Sauvenière à Liège (le port le plus proche du palais et de la cathédrale) leurs armes et leur attirail de guerre et, de plus, des pains pour la valeur d'un niuid d'épeautre, un quartier de bœuf, un cadenas et un pieu pour attacher leur bateau au rivage jusqu'à la rentrée dans la cité de l'étendard et de l'armée. Record ms de la cour d'Ivoz, dans les Cfjartes de l'abbaye de Val-Saint-Lambert , n" 770, aux Archives de l'État, à Liège. Cfr Poncelet, Les maréchaux d'armée de l'évéché de Liège, dans le Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, 1902, t. XXXII, p. 115 svv.

(6) Voir plus haut les droitures que l'évêque doit faire à l'avoué de Hesbaye, ainsi que les charges qui incombaient aux masuirs et aux tenanciers de la mense épiscopale.

Les chartes des évêques de Liège ainsi que les records scabinaux que nous avons cités entre beaucoup d'autres, démontrent clairement que, au pays de Liège, l'avouerie était une institution d'intérêt public et que, dans cet état ecclésiastique, son organisation répondait à des nécessités d'ordre militaire. Aussi, en récompense des services précieux qu'ils étaient appelés à rendre à la principauté, les avoués étaient-ils investis d'un apanage spécial. Outre le château-fort que chacun tenait en fief de l'évêque, ils avaient reçu des terres qu'ils inféodaient à leur tour à des hommes qui formaient leur clientèle particulière et les accompagnaient à la guerre.

De ce nombre était assurément le village de Fexhe en Hesbaye, qui, dans les documents datés de 1098 à 1452, est appelé « Fehe advocati » et « Fehe le Vouweit ». Il appartenait au moins en partie à l'avoué de Hesbaye, et ceux qui tenaient les biens de Fexhe les relevaient devant sa cour féodale ('). L'avouerie de Huy entraînait également la possession de plusieurs fiefs, parmi lesquels des domaines avec des maisons fortifiées (-), et l'avoué de Liège avait aussi des hommes de fiefs (^). Du reste, il semble bien qu'il fiit de règle d'investir les avoués d'un bénéfice en raison de leur avouerie (^).

A voir l'insistance que l'on met, dans les documents, à déterminer soigneusement les obligations militaires des avoués, on

(1) Ce nom se rencontre dans des actes de 1131 (Closon, Alexandre I de Juliers, évêque de Liège, dans le Bulletin de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, 1902, t. XIII, p. 471); de 1218 et 1298 (Cartulaire de l'église Saint-Lambert, 1. 1, p. 182, t. II, p. 547); de 1315, 1318, 1319 et 1323 (Poncelet, Le livre des fiefs de l'église de Liège sous Adolphe de la Marck, p. 152, 215, 47, 118 et 81. Bruxelles, 1898); de 1259 et 1668 {Cartulaire de Saint-Laurent à Liège, éd. Daris, dans les Notices sur les églises du diocèse de Liège, t. XI, p. 179. Liège, 1883) ; dans un acte du 12 décembre 1452, apparaît le nom moderne de Fexhe-le- Haut-Clocher {Abbaye de Robermont, stock n" 65, îol. 132, aux Archives de l'État à Liège); 1298, Reliefs de biens situés à Fexhe devant l'avoué et sa cour féodale {Cartulaire de l'église Saint -Lambert, t. II, p. 547); 1349 et 1354 (ScHOONBRooDT, Inventaire des chartes du Val-Saint-Lambert , t. I, p. 204 et 213).

(2) 1575, « Summarius statues alte advocatie hoyensis.... Item habet eadem advocatia quam plurima magna et plena feuda inter que majora feuda sunt duo vel tria dominia cum castellis seu domibus fortibus ». Publié par Balau, Modave, dans le Bulletin de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, 1894, t. VIII, p. 158.

(3) 1255, Cartulaire de l'église Saint-Lambert, t. II, p. 75 et suiv., note 3.

(4) Abbaye di Stavelot : 1137, diplôme de l'empereur Lothaire \U, Recueil des ordonnances de Stavelot, p. 25, publié par Polain. Bruxelles, 1864. Abbaye de Saint-Trond : 1119-1 138, lettre de l'abbé Rodolphe, C. Leclère, Les avoués de Saint-Trond, p. 122.

s'attendrait à trouver, dans les chroniques, le récit de leurs prouesses. En effet, les guerres qu'eut à soutenir la principauté de Liège sont fort nombreuses, et il est hors de doute que les avoués y aient pris part, sinon leur abstention leur eût été reprochée. Eh bien! malgré leur loyalisme, leurs exploits ne sont rapportés qu'exceptionnellement. L'avoué de Liège suivait l'armée ('), de même que celui de Momalle (-'). Celui de Fosses, dont l'appoint était si important, se distingua à la bataille de Steppes, en 1213, aux côtés de Thierry de Walcourt, avoué de Dinant (O- Le châtelain de Barse, avoué de Huy, conduisait ses hommes, au nombre desquels se trouvait le châtelain de Modave, et les milices hutoises à l'armée épiscopale. Au cours de la lutte qui éclata entre Adolphe de Waldeck, évêque de Liège, et la commune de Huy, l'avoué soutint le parti du prince et, en guise de représailles, son château de Barse fut détruit par les Hutois en 1315. Pendant la guerre des Awans et des Waroux, l'évêque s'était rangé du côté de ces derniers; forcé de se réfugier à Huy, il y fut assiégé en 1328 par les Awans et par la démocratie liégeoise conduite par Pierre Andricas. Un combat fut livré sur le thier de Nierbonne et les Hutois, sous les ordres de leur avoué, aidèrent l'évêque à vaincre ses ennemis (^). On dirait que les chroniqueurs n'aient considéré que le principal d'entre les avoués liégeois, savoir l'avoué de Saint-Lambert plus connu, à partir de la fin du xi*^ siècle, sous le nom d'avoué de Hesbaye. En sa qualité d'avoué de la cathédrale Saint-Lambert, il était spécialement préposé à la garde des terres que la grande église possédait en Hesbaye, et il commandait le contingent fourni par cette région (■)• En outre, comme il est dit plus haut, il avait

(1) Cartulaire de l'église Saint-Lambert, t. II, p. 75 svv.

(2) 1351, record dans le Cartulaire de l'église Saint-Laurent, l. c, p. 227.

(3) Aegidius aureaevallensis, Gestapontificum leodiensium, dans Chapeaville, 0. c, t. II, p. 211 svv. ; Jean d'Outremeuse, Ly myreur, cité, t. V, p. 75 svv. ; Hem- Ricou^T, Miroir des nobles de Hesbaye, éd. Jalheau, p. 22. Liège, 1791 ; Kairis, Histoire de Fosses, p. 98 ; Roland, Rochefort, dans les Annales de la Société archéologique de Namur. 1892, t. XX, p. 349; Kurth, Les origines de la commune de Liège, dans le Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, 1905, t. XXXV, p. 311.

(4) J. HocsEMius, Historia et res gestae pontificum leodiensium, dans Chapeaville, 0. c, t. II, p. 369; Balau, Modave, art. cité, l. c, p. 46.

(5) Pendant la lutte entre saint Frédéric et Alexandre de Juliers, l'avoué de Hesbaye, avec les tenants de l'église, se rangea du côté de ce dernier, soutenu par le duc Godefroid de Brabant, par Gislebert de Duras et par Lambert de Montaigu : « Alexandri partes juvabat.... l eodiensis militiae signifer Reynerus, et pêne tota familia ecclesiae cum suis viribus >. Chronique de l'abbaye de Saint-

l'insigne honneur de porter l'étendard de Saint-Lambert et de conduire les milices liégeoises destinées à renforcer l'armée féodale de l'évêque. Cette situation éminente faisait de l'avoué de Hesbaye un personnage considérable et, ses fonctions militaires ayant prévalu sur les autres, certains historiens ont vu en lui uniquement le défenseur armé de saint Lambert, c'est-à-dire, un avoué exclusivement miHtaire ('). Erreur bien concevable si l'on considère que, à partir du xn*-' siècle, l'avoué de Saint-Lambert se signala spécialement sur les champs de bataille.

Pendant la lutte que se livrèrent saint Frédéric et Alexandre de Juliers pour l'évêché. Renier, avoué de Saint-Lambert et porteétendard des milices liégeoises, était à la tête du contingent levé sur les terres que la cathédrale possédait en Hesbaye. Avec une grande partie de la chevalerie du Brabant et de la Hesbaye, il soutenait Alexandre, mais celui-ci fut défait (1120-1121) ('). Quelques années plus tard, comme l'évêque Albéron H assiégeait le château de Bouillon, dont s'était emparé injustement Renaud de Bar (1 141), il fit appel au concours des milices liégeoises, et son frère Eustache, avoué de Hesbaye, porta l'étendard de Saint-Lambert sous les murs de la forteresse qui fut bientôt reprise ('■). Le commencement du xm*^ siècle fut marqué par une guerre fameuse qui éclata entre le prince-évêque de Liège et le duc de Brabant au sujet du comté de Moha que son dernier comte, privé de postérité, avait légué à l'église de Liège {*). Le duc de Brabant, fort marri de se voir écarté par son cousin, dont il escomptait l'héritage, réunit une brillante armée et pénétra en Hesbaye en proclamant son intention de détruire la ville de Liège. L'occasion était très favorable à l'offensive du duc : l'évêque était à Huy et l'avoué de Hesbaye était mort quelques années auparavant, ne laissant que deux filles en bas-âge. Surpris par l'imprévu de cette attaque, l'évêque

Trond, éd. de Borman, livre XI. — Cîr Closon, Alexandre I de Juliers, art. cité. l. c, p. 407. — 1366, « Lambertus de Upey cum Hasbaniensibus », Chronique de 1402, éd. Bâcha, p. 357.

(1) DE ViLLENFAGNE, RediBrchcs sur l'histoire delà ci-devant principauté de Liège, t. I, p. 396. Liège, 1817. — Cette erreur, qui consiste à ne voir en l'avoué de Hesbaye qu'un avoué militaire, est corrigée par Kurth, Notger de Liège, t. I, p. 210 et note 2.

(2) Cfr la note 1 , ci-dessus.

(3) « Cives et populus Legiae sua fixere tentoria, quibus praeesse jussus est Eustachius advocatus de Hasbania ». Triumphus sancti Lamberti de Castro Bullonio, n" 17, dans MGH. SS, t. XX, p. 497 svv.

(4) 1204. Acte de donation par devant le haut clergé et de nombreux nobles, dans le Cartulaire de l'église Saint-Lambert, t. I, p. 146.

convoqua en hâte ses vassaux, et il manda à Raze de Pré de porter l'étendard de Saint-Lambert. Selon la coutume, Raze fut armé en l'église cathédrale et, muni du précieux drapeau, il conduisit les milices à Horion, où l'armée devait se réunir. Mais Raze n'y trouva qu'une dizaine de chevaliers hesbignons

— le reste faisait défection — et, plutôt que de s'exposer à un désastre certain, il refusa la bataille que l'ennemi lui offrait. La mort dans l'âme, il rentra dans la ville consternée, suivi de près par le farouche duc, qui y pénétra à sa suite et la livra au pillage. L'évêque prit une éclatante revanche l'année suivante, en 1213. Ayant touché l'armée du Brabançon à Steppes, il donna le signal du combat en faisant avancer ses troupes derrière l'étendard. Il remporta une victoire complète, due à la fougue chevaleresque du comte de Looz, de Thierry de Walcourt, d'Arnould de Morialmé et d'autres preux, mais surtout à l'héroïsme des milices liégeoises (').

Pendant le xiv-' siècle, le pays de Liège fut le théâtre de luttes sanglantes : guerres civiles, guerres contre l'étranger, guerre pour la possession du comté de Looz. En 1311, le comte de Hainaut, à la suite d'un différend qu'il avait eu avec l'évêque Thibaut au sujet de Mirwart, vint mettre le siège devant Thuin, où se trouvait une forte garnison. L'étendard fut confié à l'avoué de Hesbaye et l'armée se mettait en marche, lorsqu'une alerte fit suspendre l'expédition. L'étendard fut placé dans la tour de l'église Saint-André

— car il ne pouvait réintégrer la cathédrale qu'après être allé à destination ou que paix fût faite — , et, pendant quatre jours, l'avoué et ses hommes d'armes montèrent la garde jour et nuit, conformément à leur serment (■').

Au mois de mai 1332, l'évêque Adolphe de la Marck fit armer solennellement l'avoué de Hesbaye et sortit de la cité avec son armée pour marcher contre le duc de Brabant qui menaçait Saint- Trond (■'). Une guerre fut nécessaire pour faire triompher les droits de l'église de Liège sur le comté de Looz, qui lui avait été légué par testament. Le premier acte des hostilités fut la prise de Stokhem : Evrard de la Marck, avoué de Hesbaye, planta l'étendard sur les murs de la place (^), mais il ne prit point part à la

(1) Aegidius aureaevallensis, Gesta, dansCHAPEAViLLE, o. c. t. II, p. 205 et 211 ; Ren'ier DE SAINT JACQUES, Ibidem, t. U, p. 211 ; Kurth, La cité de Liège au moyen âge, t. I, p. 118 svv.

(2) Jean d'Outremeuse, Ly myreur, cité, t. VI, p. 117 svv.

(3) J. HocsEMius, Historia, dans Chapeaville, o. c, t. Il, p. 409.

(4) 1361. Radulphus de Rivo, Gesta poniificiim leodiensium, dans Chapeaville, o. c, t. in, p. 10.

continuation de la lutte. Le fait d'avoir engagé l'avouerie de Hesbaye à son parent Lambert d'Oupeye l'empêchait-il de remplir ses fonctions d'avoué? Toujours est-il que Lambert d'Oupeye, renommé pour sa vaillance, fut armé en l'église cathédrale et reçut la bannière sacrée de Saint-Lambert, lorsque partit l'expédition conduite contre Arnould de Rummen, prétendant au comté de Looz. Ce dernier ne se rendit qu'après un siège de neuf semaines et, sur ces entrefaites, Lambert d'Oupeye dut s'en aller à Bouillon, dont il était prévôt. Après son départ, l'étendard fut confié à Gauthier de Rochefort (')•

A partir de 1370, Evrard de la Marck, qui avait désintéressé Lambert d'Oupeye, se retrouva en possession de l'avouerie de Hesbaye, et celle-ci resta aux mains de sa famille jusqu'à la fin du moyen âge, c'est-à-dire aussi longtemps qu'elle conserva toute son importance. Mais la mission de défendre le patrimoine de Saint- Lambert fut bien mal remplie par les sires de la Marck ! Préoccupés avant tout de se créer une puissance solide par l'acquisition d'un grand nombre de places-fortes du pays de Liège (-), ces personnages furent plus sensibles à la voix de leur intérêt qu'à celle de leur devoir. Lors de la bataille d'Othée en 1408, où l'élu Jean de Bavière soutenu par ses parents, le comte de Hainaut et le duc de Bourgogne, infligea une défaite complète à ses sujets, l'étendard liégeois était dans les rangs de ceux-ci, porté, non par l'avoué de Hesbaye, mais par le damoiseau de Salm ( ■). Ce dernier fut tué et, de même qu'au combat de Waleffes en 1347, le fameux drapeau faillit rester aux mains de l'ennemi (^). Dès lors le pacte honorable

(1) 1366. Idem. p. 16. Cfr de Chestret de Haneffe, Histoire de la maison de la Marck, p. 96. Liège, 1898; Poncelet, Les maréchaux d'armée de l'évêché de Liège, dans le Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, t. XXXI 1, p. 240 svv. ; KuRTH. La cité de Liège au moyen âge, t. II. p. 96. — Lambert d'Oupeye avait épousé Alix de Lummen, dame de Chaumont et d'Hermalle, fille d'Arnould, seigneur de Lummen, Aigrement, etc., et avoué de Hesbaye. Le 14 novembre 1370, Lambert d'Oupeye reconnut devant la cour féodale de Liège qu'Evrard de la Marck avait complètement dégagé l'avouerie de Hesbaye des deux cents muids d'épeautre qu'il lui avait vendus sur ce fief. Cour féodale, registre n° 41, fol. 45 v'^, aux Archives de l'État à Liège. Cfr Poncelet, o. c, p. 240 svv.

(2) DE Chestret de Haneffe, o. c, p. 103 svv. ; Kurth, La cité de Liège au moyen âge, t. Il, p. 80 svv.

(3) Jean d'Outremeuse, Ly myreur, cité, t. V, p. 346.

(4) 1347. La commune s'était emparée indûment de l'étendard pour combattre l'évêque Englebert de la Marck. J. Hocsemius, Historia dans Chapeaville, o. c, t. II, p. 493. Au premier choc, le porte-enseigne d'occasion fut fait captif. Le grand étendard aurait été relevé et sauvé par Wèry de Coir, seigneur de Ramioule et du Sart. Schoonbroodt, Inventaire des chartes de l'abbaye du Val-Saint-Lambert-lez-Liége, t. I, p. 249, note 2.

qui, dans les luttes soutenues par la principauté de Liège, avait uni l'étendard de Saint-Lambert et l'avoué de Hesbaye, était rompu : Guillaume de la Marck, en 1466, refusa de prendre le gonfanon sacré pour conduire les milices liégeoises au secours de Dinant, sous prétexte que ce soin revenait à son frère Evrard, avoué ('). Les de la Marck, d'ailleurs, se trouvaient aux côtés du Bourguignon, vainaueur des Liégeois. L'avouerie de Hesbaye fut englobée avec les autres dans l'avouerie générale du pays de Liège que s'attribua Charles le Téméraire (-), mais, en 1477, elle fut restituée par Marie de Bourgogne au trop célèbre Guillaume de la Marck, dit à la Barbe, enfin réconcilié avec l'évêque Louis de Bourbon. Mais l'entente ne fut pas de longue durée : l'évêque et Guillaume reprirent les hostilités et, détail à noter, l'étendard de Saint-Lambertfigurait dans l'armée qui combattait contre l'avoué (•■)• Singulier retour des choses! Et combien cette dernière sortie du célèbre drapeau nous reporte loin du temps où tous les avoués indistinctement venaient, à la tête du contingent de leurs églises, se ranger tous sous ses plis vénérés!

Si la présence des avoués n'est pas signalée chaque fois que la principauté eut à se défendre par les armes, leur loyalisme féodal n'en est pas moins hors de doute. La preuve en est dans la part qu'ils ont prise aux arbitrages (') et à la conclusion des paix nombreuses qui apaisèrent les conflits sans cesse renaissants. Peut-on supposer qu'ils eussent été admis à participer aux négociations, s'ils n'avaient pas été au nombre des combattants? Au contraire, le prince n'aurait pas manqué de les déclarer félons et de les traiter en ennemis. Or, si l'on parcourt les longues listes des témoins qui ont scellé les actes de réconciliation, depuis la convention avec le comte de Looz dans les premières années du xiir' siècle jusqu'aux traités si nombreux qui remplissent le xivs on constate que les avoués y figurent régulièrement (•').

(1) DE Chestret de Haneffe, 0. c, p. 193 svv. — En 1465, à Montenaeken, Guillaume de Berlo portait l'étendard qui fut lacéré. Kurth, La cité de Liège au moyen âge, t. III, p. 263 svv.

(2) Ordonnances de la principauté de Liège, V sér., p. 623 svv.

(3) PoLAiN, Le drapeau liégeois, dans le Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, 1905, t. XXXV, p. 190 et note 1.

(4) Par exemple, en 1334, Adolphe, évêque de Liège, et ses bonnes villes, chargèrent l'avoué de Hesbaye Arnould et d'autres délégués de chercher un remède aux maux qu'engendraient les guerres des lignages. Cartulaire de l'église Saint-Lambert, t. 111, p. 447.

(5) Ordonnances de la principauté de Liège, T*-' sér. passim, et Cartulaire de l'église Saint-Lambert, passim. Cfr notamment la paix de Fexhe, 1316.

On voit, par ce qui précède, combien l'avouerie liégeoise se distinguait de celle d'une église particulière. Celle-ci ne consistait le plus souvent qu'en une assistance occasionnelle apportée de l'extérieur par un protecteur étranger; à Liège, au contraire, l'avouerie était un instrument de gouvernement et de défense nationale. En organisant leur principauté selon l'esprit de la féodalité, les évêques de Liège substituèrent aux anciens comtes des châtelains dont ils firent les avoués des possessions de l'église Saint-Lambert. Cette mesure répondait à un besoin d'organisation politique, administrative et militaire. Ce dernier point seul a été exposé, mais il suffit à montrer comment l'avouerie concourut, dans les circonstances périlleuses, à sauver l'honneur et l'indépendance du pays.

Docteur en philosophie et lettres,

Professeur à l'athénée royal de Liège.

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