UN DEMI-SIECLE D ENSEIGNEMENT HISTORIQUE A LOUVAIN. XXV
lances et souvent combattre les tentations de découragement. On s'y préoccupe moins des résultats que de la méthode. C'est un simple exercice, mais des plus féconds ».
Après ce travail collectif, l'élève peut aborder un travail personnel. Il a le libre choix du sujet. « Le directeur tout au plus subordonne le concours de son expérience à certaines convenances scientifiques. Il demande que ce travail ait le caractère d'une monographie, quil soit travaillé sur les sources et qu'il réalise sur un point ou l'autre un progrès pour la science. ».
Ici le rôle du directeur n'est pas moins délicat, mais il est souvent plus agréable Car, pour en revenir aux exercices en commun, s'ils ont été et s'ils restent fortement éducatifs, c'est en partie grâce à l'excellence des élèves et à un certain ensemble de circonstances qui, à Louvain, favorisent les études historiques, mais c'est en grande partie grâce à la valeur intellectuelle et au dévouement remarquable du maître. Son verbe est peu exubérant, mais dès les premières séances — je m'en souviens l'élève était séduit par la modestie et par la simplicité de M Moeller, par l'étendue de son savoir et par la clarté de ses vues générales sur la méthode. Ces qualités se manifestaient davantage à mesure que l'étude du sujet se poursuivait, tandis que nous nous félicitions les uns les autres de nos progrès et que nous admirions la patience de notre directeur à subir nos exposés, sa sagacité à relever nos défauts, et plus encore peut-être son inlassable abnégation.
Et vraiment, quel esprit de renoncement n'a t-il pas fallu à un maître habitué depuis plus de vingt ans à la solennité et au succès des grands cours, pour descendre de sa chaire et venir prendre familièrement place avec quelques jeunes gens imberbes devant une simple table de travail : à une époque où tant de professeurs encore se:
XXVI A. GAUCHIE.
plaisaient uniquement à dogmatiser, sinon à pontifier, devant un vaste auditoire; à une époque où plusieurs ne songeaient qu'à leurs propres travaux et auraient même considéré comme du temps perdu les heures employées à expliquer à des novices, dans un tête-à-tête familier, le mécanisme de leur science et l'art de devenir leurs égaux, sinon leurs émules!
Depuis près de trente ans que Charles Moeller donne, sans la moindre défaillance, ce noble exemple de désintéressement, bien des améliorations ont é.té apportées à l'enseignement pratique de l'histoire à Louvain. Ici encore l'université lui est redevable d'une partie de ces progrès.
Et tout d'abord, à peine la Conférence d'histoire était-elle née, que l'université, devançant la loi, organisa, en 1886, une licence et un doctorat en sciences morales et historiques. Ces titres, même depuis la loi de 1890, sont très recherchés, soit par des élèves de la Faculté de droit, soit par des jeunes prêtres ou de jeunes religieux belges et étrangers. Ce qui caractérise la licence, c'est qu'elle fournit aux étudiants l'outillage indispensable à quiconque veut entreprendre des recherches spéciales ; ce qui caractérise le doctorat et ce qui le rend précieux, c'est qu'il exige de la part du récipiendaire un effort personnel considérable : la composition et l'impression d'une dissertation originale, la soutenance solennelle de cette dissertation et de quatorze thèses d'histoire.
Bientôt après, la loi de 1890 donnait satisfaction au sentiment unanime des directeurs de cours pratiques : elle créait et elle organisait officiellement un doctorat en histoire dans les facultés de philosophie et lettres. Malgré ses imperfections, le régime nouveau, tout en