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n'est pas pour cela l'original. La Marche assistait à la îête (nous avons le vœu qu'il prononça). L'auteur anonyme est plus complet et plus circonstancié que la Marche et doit être aussi un témoin oculaire. Pour Mathieu d'Escouchy, je doute fort qu'il ait assisté à la fête qu'il décrit. Il a dû composer son récit pièces en mains, ayant sous les yeux les autres relations, copiées plus ou moins servilement sur une relation originale qui leur avait servi de type ; mais, selon son habitude, il ne se contente pas d'une simple copie, il utilise les données qu'il a pu recueillir auprès des seigneurs de la cour de Bourgogne, et surtout de certains des plus puissants, dans l'intimité desquels il paraît avoir été. Ce qui le prouve, ce sont les variantes qu'on trouvera minutieusement relevées [dans les notes de son édition] ; ce sont les quelques passages qui appartiennent en propre à Mathieu d'Escouchy ; c'est enfin que sa relation est la plus complète que l'on possède, et que seule elle donne textuellement et intégralement tous les vœux qui ont été prononcés» (/)• Il faut remarquer — ce que Du Fresne de Beaucourt ignorait — que le ms. 11594 donne 103 vœux, soit donc un vœu de plus que dans la liste de Mathieu d'Escouchy (-). Le détail que nous relevons n'est pas arrivé non plus à la connaissance des éditeurs d'O. de la Marche, MM. Beaune et d'Arbaumont. Ajoutons que, d'après eux, la rédaction de leur chroniqueur « paraît l'une des plus originales, quoiqu'elle se rapproche beaucoup des autres qui l'ont suivie souvent mot à mot » (•"). Enfin, voici encore (dernier avis que nous citerons), F. Morand, l'éditeur de la chronique de Le Fèvre de Saint-Remy, qui écrit : « Les relations de Mathieu d'Escouchy et d'O. de la Marche offrent, entre elles, de telles conformités qu'on peut dire que l'un des deux a copié l'autre, à moins que tous deux n'aient copié à la même source » (^).
(1) O. c, t.. II, p. 116-17. Il dit également, 1. 1, p. .xxxviii : « Son chapitre du Vœu du Faisan est emprunté à un récit contemporain et quasi officiel, dû aux ordonnateurs de la fête ».
(2) Je crois devoir faire observer que les 102 vœux ne sont pas tous les mêmes ou ne correspondent pas tous dans le ms. et chez le chroniqueur, il n'y en a que 97 qui soient identiques de part et d'autre. Mais d'Escouchy en a 5 qui lui sont propres, c'est-à-dire qu'on ne retrouve pas dans le ms. : ce sont les vœux de Simon de Lalain, Gaules du Fossé, Jacques de Harchies, Louis Morel et Martin Fraise (éd. Du Fresne, p. 175, 187, 204, 206 et 220). Par contre, il n'a pas ceux-ci qui n'appartiennent qu'au ms. : Martin d'Oliveyre, Arsy, Hovel, Dours, Baudouin de Noyelles, Aveluy (en tout 6).
(4) Chronique de Jean Le Fèvre, seigneur de Saint-Remy , t. 1, p. xxxvi (Société de l'histoire de France). Paris, 1876. Notons que ce chroniqueur ne parle pas du Banquet, et que c'est incidemment que son éditeur émet l'avis qu'on vient de lire.
Nous allons examiner séparément chacune des quatre rédactions et rechercher quels peuvent être ses titres d'originalité. Nous commencerons par :
La rédaction d'Olivier de la Marche. A-t-on de sérieuses raisons de croire qu'il est l'auteur de son texte ? Oui. Tout d'abord, il a fait partie du conseil chargé de l'organisation du Banquet (0- C'est ce qu'il a du reste eu soin de noter dans ses Mémoires, en même temps qu'il raconte que le « bon duc » lui a confié le rôle du « personnage de Saincte Eglise » : « Et voulut le duc que je fisse le personnage de Saincte Eglise, dont il se voulut aider à celle assemblée, et fut une solempnelle chose, et qui vault le ramentevoir et sert à nostre propos. Si ay enregistré avec ceste ledit banquect, le plus largement que j'ay peu, afin d'en avoir mémoire» (-). On l'entend : il parle en homme qui a vu. Au surplus, il redit ailleurs encore que, le jour du Banquet, il a cumulé, avec les fonctions d'organisateur et d'acteur, celles de reporter et même d'interviewer. D'après ses dires, la fête l'a vivement intéressé et il n'a pas eu assez de ses deux yeux pour tout observer : « Pour deviser la manière et du service et des viandes, ce seroit merveilleuse chose à racompter, et aussi j'avoye tant aultre part à regarder que deviser au vray n'en sçauroye... ». Après la scène des vœux, c'est-à-dire lorsque «le bancquet fut assouvy,que les nappes furent levées, et que chascun fut en pied par la salle », il se laisse aller à la rêverie : « Quand je ne veiz rien plus de nouveaul à quoy passer le temps, lors commença mon entendement à mettre devant mes yeulx plusieurs choses touchant ceste matière ». Mais il fait plus : il interroge, il interviewe un assistant, un « seigneur, conseiller et chambellan bien privé » de Philippe le Bon ( '). Vous le voyez : on dirait qu'il a pris des notes sur place. D'ailleurs, à la fin de son récit, il en garantit l'exactitude et l'originalité : il a demandé à qui de droit de le contresigner : « Et pour ce que je scay que plusieurs ont escript de celle teste, et que chascun ne peult avoir tout veu, et pourroit on dire que j'en parle bien largement, et affin que l'on saiche que la manière de mon récit et enregistrement est vray, je l'ai fait visiter par monseigneur de Lannoy [Jean II, seigneur de
(1) Édit. H. Beaune et J. d'Arbaumont, p. 339.
(2) Ibid., p. 340. Remarquons à ce propos que Du Fresne de Beaucourt (édit. d'Escouchy, p. 153) s'étonne à tort de voir Miciieiet et Vallet de Viriville affirmer qu'Olivier fut chargé du personnage de l'Église. Il est évidemment lui-même dans l'erreur.
(3) Ibid., p. 353 et 369.
Lannoy] et par Jehan Boudault, principaulx gouverneurs des choses dessus escriptes, et par les maistres d'hostel de mondit seigneur le duc ; et après leur visitacion faicte, seelée de mondit seigneur de Lannoy, je l'ay osé communiquer » ('). La même attestation se trouve dans les deux versions anonymes : c'est un détail qu'il n'est pas inutile de signaler dès maintenant.
Il y a donc de sérieuses raisons de ne pas retirer à Olivier la paternité de son récit. Mais contre cette paternité les objections ne manquent pas et ce sont des objections sérieuses aussi : Comment, lui acteur, a-t-il pu tout voir ou déclaré qu'il avait tout vu puisque, jouant Sainte-Église, il a dû, très probablement, rester « dans les coulisses » durant une partie du spectacle ? Et puis, dans le passage de sa narration relatif à cet intermède, il ne dit pas qu'il tenait ce rôle. Il parle de l'acteur Sainte-Église, en le nommant à la troisième personne, tandis que partout ailleurs dans sa chronique il parle toujours de lui-même à la première personne. Remarquons en outre que ce n'est que dans le chapitre de la narration du Banquet qu'il déclare avoir joué Sainte-Église : il donne ce détail à la fin du chapitre précédent (-'). — Mais voici qui est plus étrange : ayant tenu cet emploi, ayant été l'acteur que nous savons, il relate l'entremets comme un spectateur qui l'a vu défiler sous ses yeux ; bien plus, il s'interroge, dans son récit, sur le sens qu'il faut prêter à cet entremets de Sainte-Église et du géant sarrasin ; il avoue même qu'il ne le comprend pas. Or, serait-il possible, qu'étant à la fois le rédacteur du récit et l'acteur du banquet, il s'exprime de la sorte? Est-ce que le duc lui aurait confié un rôle sans lui en indiquer la portée ? — Non moins étonnant est ce passage de sa narration où il dit qu'après le banquet il s'est mis à réfléchir et qu'il a trouvé « oultraigeuse et desraisonnable » la dépense occasionnée par la fête ; c'est alors qu'il entre en conversation avec le seigneur qui, nous l'avons vu, était un intime du duc et, chose plus forte encore, c'est par ce seigneur qu'il apprend la signification de l'entremets dont il a été l'un des principaux exécutants. — Autre argument à invoquer encore (c'est le quatrième) pour lui retirer la paternité de son récit. Ce récit, ou le chapitre qui le contient, débute dans un ton solennel ; c'est comme un mor-
(1) Ibid., p. 380. Les deux « gouverneurs » en question faisaient partie du comité d'organisation du Banquet.
(2i Le cliapitre de la narration du Banquet est le 29'"'= du livre I (t. Il de H. Beaune et J. d'Arbaumont). Le détail que nous indiquons se trouve à la fin du 28'"^ p. 340.
ceau de style indépendant de ce qui précède et de ce qui suit. Sans doute, dans les dernières lignes du chapitre antérieur, il est question du banquet. Olivier écrit : « Si ay enregistré avec ceste ledit banquect, le plus largement que j'ay peu, afin d'en avoir mémoire ». Mais cette annonce étant faite, le voilà qui entame le chapitre suivant par une phrase sans rapport avec le texte précédent: « Pour ce que grandes et honnorables œuvres désirent longtainne renommée et parpetuelle mémoire, et mesmement quant lesdictes œuvres sont faictes en bonne intencion, je me suis entremis de mectre par escript et enregistrer par ordre, au plus près de la vérité et selon mon petit sentiment, une feste faicte à l'Isle le dix septiesme jour de février l'an mil quatre cens cinquante trois [1454 n. st.], par très excellent, très hault et très puissant prince monseigneur le duc de Bourgoingne, de Brabant, etc. Et commença icelle feste... ». On voudra bien observer qu'Olivier parle ici « d'une feste faicte à risle » le 17 février 1454 et non de ceste fête qu'il vient d'annoncer dans les lignes finales du chapitre précédent. N'a-t-il pas l'air de commencer la relation d'un événement dont il n'a pas encore dit mot jusqu'alors ? Ensuite, notons que ce préambule a tout à fait l'allure d'une de ces introductions de livres, d'un de ces morceaux d'apparat tels qu'on les rédige souvent à cette époque. En effet, que d'auteurs du xv-" siècle avertissent leurs lecteurs, en entamant une narration, qu'ils l'ont entreprise «pour cequegrandes et honnorables œuvres désirent loingtainne renommée et parpetuelle mémoire» ! Ils ajoutent volontiers également qu'ils ont rempli leur tâche au mieux qu'ils ont pu et avec les très modestes ressources d'intelligence que Dieu leur a départies. Ainsi fait Olivier : « Je me suis entremis de mectre par escript et enregistrer par ordre, au plus près de la vérité et selon mon petit sentiment ». Mais ce qu'il fait aussi, c'est d'employer la formule : « très excellent, très hault et très puissant prince monseigneur le duc de Bourgoingne, de Brabant, etc.. », formule qui peut se rencontrer et qui se trouverait bien à sa place en tête d'un livre, d'un texte indépendant, d'un morceau d'apparat, mais non pas dans un chapitre des Mémoires d'un chroniqueur qui (c'est le cas pour la Marche) consacre une importante partie de ces Mémoires au dit Monseigneur. Je m'empresse d'ajouter toutefois que cet argument contre l'authenticité de son récit n'est pas sans réplique. Olivier l'a peut-être rédigé, après la fête, comme morceau indépendant, à la façon d'un compte rendu et, plus tard, lors de la confection de ses Mémoires, il l'aurait intercalé dans ceux-ci, sans y apporter de modification. Néanmoins, les objections précédentes subsistent : on pouri^ait
en formuler d'autres encore et on les tirerait de ce que sa narration présente des phrases obscures, même des non-sens et de ce qu'elle ne présente pas des détails qui sont dans les autres versions (0- Mais notre argumentation suffit à le priver, au moins provisoirement, du titre de rédacteur original. S'ensuit-il que son confrère d'Escouchy — narrateur plus complet et plus clair — a composé lui-même tout le texte qui figure dans sa chronique? Non, et voici pourquoi.
La rédaction de Mathieu d'Escouchy. Il n'a pas le début solennel d'Olivier. Il commence tout simplement en disant qu'il va raconter la fête de Lille, mais il se donne aussi pour un spectateur, pour un témoin oculaire. Il pourrait être dans le vrai lorsqu'il émet pareille affirmation : aussi nous commencerons de notre côté par indiquer les raisons qui nous semblent la justifier. En premier lieu, ses rapports avec la cour de Bourgogne lui permettaient de connaître les choses de v/sw, c'est-à-dire d'assister au banquet. De plus, il dit les avoir connues de la sorte, et cela non seulement dès ses premières lignes, mais à plusieurs reprises dans le cours de son récit. Il est même plus soucieux qu'Olivier de faire constater sa présence à Lille, et, notons-le bien, c'est une préoccupation qui l'apparente au narrateur du ms. Baluze. Joignez à cet argument le fait déjà signalé qu'il a de nombreux vœux qui manquent à la Marche, ainsi que de menus détails sur l'ordonnance du festin, lesquels lui appartiennent en propre.
Mais ce sont là, je le répète, de menus détails (tantôt une phrase ou une demi-phrase, tantôt deux ou trois mots) (-) et des détails qui, je l'ajoute, ne prouvent pas péremptoirement sa présence à la fête ; au surplus, certains d'entre eux, par la manière dont ils sont formulés, constituent plutôt des témoignages en sa défaveur {'■'). Il y a là une objection que nous discuterons plus loin et que nous prions nos lecteurs de bien vouloir admettre momentanément. En €mtre (seconde objection), il s'excuse de ne pas avoir rapporté les vœux dans l'ordre où ils furent émis et il s'en excuse en disant : « Se faulte y a, c'est par ignorance et peu savoir » (^). Enfin, il
(1) Ainsi, bien qu'il se donne comme un spectateur, il se met moins souvent en scène, il dit moins souventye et moi que d'Escouchy et l'auteur du ms. Baluze. Cette tendance à effacer ou à ne pas trop montrer sa personnalité le rapproche du ms. 11594.
(2) Voir les notes de l'édition Du Fresne.
(3) Voir ci-dessous, p. 669.
(4) Ed. Du Fresne, p. 164.
n'a pas la déclaration finale de la Marche et des deux versions anonymes, déclaration suivant laquelle ce chroniquenr et les rédacteurs de ces deux versions auraient été des témoins du Banquet.
La rédaction anonyme du ms. 5739 ou ms. Baluze. Elle a le préambule annonciateur et prometteur qui se rencontre chez Olivier. Elle raconte les divers épisodes du Banquet comme lui et comme d'Escouchy. Toutefois il y a entre ces trois versions, ainsi que nous l'avons fait observer, des divergences de détail. On peut voir en quoi elles consistent par les notes de Du Fresne de Beaucourt : d'après ces notes, on constate que les versions de d'Escouchy et de Baluze sont un peu plus circonstanciées que celle de la Marche (et ajoutons: que celle du ms. 11594, dont nous allons parler à l'instant). Ce même texte de Baluze n'a que 98 vœux (0 (et il en écourte un certain nombre), alors que d'Escouchy en a 102 et l'autre ms. parisien 103. Il a (ce que n'a pas d'Escouchy) des soustitres ou des divisions pour marquer divers épisodes du Banquet. Ces sous-titres se retrouvent dans Olivier et le ms. 11594 qui, eux, en possèdent d'autres encore que Baluze n'a pas (-'). L'auteur de ce ms. Baluze se donne également comme un assistant. Il réfléchit de la même façon que les autres sur le coût de la fête et, en terminant, il reproduit le certificat d'authenticité qui manque à d'Escouchy et qui appartient à la Marche ainsi qu'au ms. 11594.
L'autre rédaction anonyme : le ms. 11594. Nous la connaissons déjà en bonne partie. Elle entre en matière par le début solennel d'Olivier de la Marche et de Baluze ; elle se termine par l'attestation qu'on a chez eux (■^). C'est dire ou redire qu'elle s'offre comme l'œuvre d'un témoin, d'un spectateur qui, lui aussi, parle à la troisième personne. La version dont elle se rapproche le plus est celle d'Olivier. Disons même qu'elle présente avec la sienne une ressemblance très marquée : l'identité est presque complète entre elles, et il n'y a de réelles différences que des particularités orthographiques et, deci delà, la présence ou l'absence d'un mot. L'une et l'autre ne font rénumération des vœux qu'à la fin du récit, mais ceux de la version anonyme s'élèvent à 103 tandis que la narration d'Olivier
(1) Ils sont intercalés dans le corps du récit, comme chez d'Escouchy.
(2) Voir d'EscoucHY, t. II, p. 127, 130, 133, etc.; La Marche, t II, p. 345, 347, 348, 351, etc.
(3) On remarquera que cette attestation n'est pas de teneur absolument identique chez La Marche et Baluze. Voir Beaune et d'A^baumont, p. 3S0 et Du Fresne, p. 238.
n'en comprend que 23 (')• Mais, à cela près, une parenté très manifeste unit les deux textes, et c'est ce que nous allons mieux démontrer encore dans notre conclusion où nous devrons fournir d'autres explications qui n'ont pu trouver place dans l'examen particulier des quatre narrations.
Conclusion.
Quelle est, des quatre versions, la rédaction originale ? je crois devoir répondre à la question : aucune, ou plutôt je ferais peut-être mieux de dire qu'il a existé une rédaction officielle dont nos quatre versions se rapprochent l'une plus, l'autre moins. C'est là une hypothèse que Du Fresne de Beaucourt avait émise déjà ('). Elle se heurte pourtant à cette difficulté, dont lui ne parle pas : est-il possible qu'une rédaction officielle élaborée avec l'assentiment du pouvoir, et revêtue du visa gouvernemental, contienne des critiques à l'adresse de ce pouvoir ? Je pense que oui. Remarquez que ces critiques sont reproduites dans un ms. qui fait partie de la bibliothèque de Philippe le Bon, le ms. 11594 : elles ne devaient donc pas tant lui déplaire. Observez en outre que, d'une façon générale, les remontrances formulées par des livres contemporains à l'adresse de ce prince et de sa maison , n'étaient pas des raisons suffisantes pour que ces livres fussent exclus de la bibliothèque bourguignonne. J'en ai donné plus d'une preuve dans mon étude sur la Littérature française à la cour des ducs de Bourgogne. J'ai montré que, si les seigneurs de céans avaient été copieusement encensés par leurs écrivains, ils se sont parfois laissé dire de grosses « vérités » .
Pour en revenir au ms. 11594, il faut noter que c'est un recueil de documents officiels qui intéressaient spécialement Philippe le Bon : car, outre le récit du Banquet de Lille et les vœux inédits, il renferme la Bulle et VEpître. Ce sont donc là quatre textes relatifs au projet de croisade et dont, très vraisemblablement, le grand duc d'Occident aura exigé la consignation dans un volume destiné à ce qu'on pourrait appeler ses archives de famille. Mais il est une troisième remarque ou hypothèse à faire au sujet de ce volume, et c'est une hypothèse qui expliquerait sa présence dans la librairie
(1) Je ne dis rien ici des 112 vœux recueillis ou bien promis dans les assemblées d'Arras, de Bruges, de Hollande et de Mons, et dont l'énoncé dans le ms. 11594 constitue un morceau indépendant du récit de la fête de Lille.
(2) Voir ci-dessus, p. 660.
bourguignonne. On pourrait supposer que Philippe le Bon, connaissant les critiques auxquelles son projet donnait lieu et qui sont exprimées dans la narration du Banquet, n'a pas vu d'un mauvais œil que le narrateur les exprime avec les réflexions que nous savons : ces réflexions étaient un moyen détourné d'y répondre (')■
Après avoir risqué ces hypothèses sur le caractère officiel du récit, nous devons naturellement en formuler d'autres sur la personne même du rédacteur. Première hypothèse : c'est peut-être Olivier de la Marche. Nous l'avions provisoirement écarté. Mais la supposition qui vient d'être faite renverserait la principale objection élevée contre lui. En d'autres termes, l'on pourrait admettre, puisqu'il était rédacteur officiel, qu'il ait parlé comme il l'a fait du rôle de Sainte-Église et qu'il ait ajouté à sa narration des réflexions qui sont des critiques. Dès lors le morceau, composé en 1454, serait entré te! quel dans ses Mémoires qu'il n'a élaborés que beaucoup plus tard : je veux dire qu'Olivier l'aurait inséré ici, sans se donner la peine d'en modifier le début pour le raccorder au chapitre précédent. S'il en était ainsi, on serait alors tenté de le comparer à un écrivain d'aujourd'hui qui, ayant publié un article dans une Revue, le fait repasser dans un livre-recueil sans y joindre les points d'attache nécessaires pour le mettre en concordance avec l'ensemble du volume. Cette hypothèse est peut-être susceptible d'une addition que voici : ce serait de supposer qu'Olivier a rédigé son texte en collaboration avec les organisateurs d-u Banquet. Il aurait pu, dans ce cas, rapporter toutes les scènes sans les avoir vues toutes de ses propres yeux, il aurait complété ses informations personnelles par des notes de ses collègues du Comité.
Seconde hypothèse : La rédaction officielle est d'un inconnu. Dans ce cas, il faudrait admettre qu'Olivier aurait tout simplement pris chez lui le récit (sauf à y ajouter l'un ou l'autre petit détail), qu'il se serait cru en droit de l'y prendre parce qu'il avait été le témoin de la fête et que, pour cette dernière raison, il se serait fait décerner l'attestation finale. Quant au ms. 11594 qui lui est étroitement uni, ce serait une copie de la rédaction officielle : je ne crois pas qu'on puisse y voir l'original. Le ms. Baluze serait de même nature, soit donc une copie, mais avec des additions dues vraisemblablement à un assistant. Reste le texte de d'Escouchy qui se rapproche beaucoup de lui, mais sans pouvoir se
(1) Voir cette réponse dans d'EscoucHv, p. 224 et dans O. de la Marche, p. 370,
confondre avec lui. Qu'on nous permette encore une petite discussion à ce sujet. Nous terminerons par là et nous espérons ainsi établir une fois de plus l'existence d'une narration officielle. On sait, par des indications qui précèdent, que les versions d'Olivier et du ms. 11594 ont une tendance à ne pas mettre le narrateur trop en scène, à ne pas trop «l'individualiser», tandis que celles de d'Escouchy et de Baluze renferment plus de réflexions ou de renseignements de nature individuelle. Mais à ce que nous avons dit plus haut, nous ajouterons ici quelques remarques qui ne sont pas sans quelque importance. Tout d'abord, en dépit des ressemblances qui unissent d'Escouchy et Baluze, nous pensons que les trois textes de Baluze, d'Olivier et du ms. 11594 ont une parenté qui les groupe, en quelque sorte, contre d'Escouchy. C'est ce dont on peut s'assurer en lisant le texte de d'Escouchy avec les notes empruntées à la Marche et à Baluze : observez qu'en le lisant on doit songer que le ms. 11594 se rapproche très fort de la Marche et que, lorsque Du Fresne de Beaucourt donne une variante de ce dernier chroniqueur, c'est presque toujours comme s'il donnait une variante du ms. 11594. Qu'on veuille bien considérer en outre que, dans les passages où Baluze, la Marche (et le ms. 11594) usent des formules suivantes qui révèlent un homme attaché à la cour : mondit seigneur, mon très redoublé monseigneur le duc Philippe ou de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne, mondit seigneur d'Estampes, nous avons chez d'Escouchy : le duc, la duchesse de Bourgogne, ledit comte d'Estampes (')• De plus, il faut remarquer que ce dernier chroniqueur identifie tous les personnages de la cour qu'il cite, tandis que les trois autres versions les mentionnent par les titres vagues de Monseigneur de (-), ce qui prouverait qu'elles sont plus près du récit original et officiel. La particularité que nous relevons ici est à joindre à cette autre que nous avons déjà signalée : savoir que d'Escouchy ne possède pas les sous-titres et subdivisions qui appartiennent aux trois autres ('). Toutefois le récit de Baluze est, dans l'ensemble, plus circonstancié que les rédactions d'Olivier et du ms. 11594. Ces deux dernières sont donc les plus
(1) Voir, par exemple, dans Du Fresne, d'Escouchy, p. 121 et dans Beaune et d'Arbaumont, Olivier de la Marche, p. 343.
(2) D'Escouchy dira : Messire Jehan de Coimbre, le seigneur de Fiesnes, frère au comte de Saint-Pol, tandis que les autres se contentent de : Monseigneur de Coimbre, Monseigneur de Fiesnes.
(3) Voir ci-dessus, p. 66(3.
courtes. Néanmoins, j'estime que d'Escouchy n'a pas assisté à la fête, bien qu'il nous ait donné le texte le plus développé. C'est un chroniqueur qui aura travaillé d'après le récit officiel ou un dérivé et qui l'aura complété par des indications prises à droite et à gauche.
En résumé, notre seconde hypothèse (celle à laquelle nous tenons et qui, du reste, ne nous appartient pas complètement) revient à dire qu'il a été fait un compte rendu officiel du Banquet par un inconnu. Le texte original de ce compte rendu, on ne le possède dans aucune des quatre versions examinées plus haut, mais ces quatre versions remontent à ce texte, peut-être par des intermédiaires perdus.
G. DoUTREPONT, Professeur à l'université de Louvain.
Une élection abbatiale
au XV® siècle.
Thierry de Thulden, abbé du Parc lez Louvain (1462)
Gautier de Beringen, élu abbé du Parc, le 8 mai 1434, n'avait cessé, pendant un règne de près de trente années, de travailler avec un grand zèle, non seulement au bien matériel de sa communauté, mais encore, et surtout, au relèvement et au développement moral de ses religieux (')•
A cettç époque, l'prdre de Prémontré, pour des raisons qui sont connues et qui étaient communes à toutes les institutions religieuses nées depuis quelques siècles, éprouvait lui aussi un sérieux besoin de réforme ; l'abbaye du Parc n'échappait pas à cette nécessité, et je dirai même que dans son sein la réforme s'imposait plus qu'ailleurs, si nous nous en rapportons à VEpistola reformatoria, écrite dans ce but probablement par Henri van der Heyden (de Merica), prieur du couvent de Bethléem (-).
Ce projet de réforme était depuis longtemps dans les vœux du digne abbé du Parc, mais il était convaincu que son grand âge et l'épuisement de ses forces le rendaient incapable d'y travailler efficacement par lui-même. 11 fit des ouvertures de cœur à ce sujet à son ami, le célèbre prieur de Bethléem, homme savant, de bon
(1) Sur cet a'bbé, voyez R. Van Waefelghem, Le catalogue des abbés du Parc, dans les Analectes de l'ordre de Prémontré, mars 1911, t. VII et où j'indique les sources à consulter.
(2) VEpistola reformatoria {w" s.) se trouve à Bruxelles dans le manuscrit n° 11.444-445 [\°^ 74 à 85), provenant de l'abbaye du Parc ^cfr Van den Gheyn, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale de Belgique, t. 11, p. 186. Bruxelles, 1902). — Sur Henri de Merica, voyez Molanus, Les quatorze livres sur l'histoire de la vil.'e de Louvain, édit. de Ram, t. 1, p. 283. Bruxelles, 1861 ; S. Balau, Les sources de l'histoire de Liège au moyen âge, p. 636 suiv. Bruxelles, 1903, et J. Daris, Histoire du diocèse et de la principauté de Liège pendant le XV^ siècle, p. 521. Liège, 1887.
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conseil et de grande prudence, et lui fit comprendre qu'il était disposé à renoncer à la dignité abbatiale, à condition qu'il piît trouver soit dans son ordre soit ailleurs, quelqu'un en état d'entreprendre avec succès la réforme disciplinaire si vivement désirée.
Il alla jusqu'à solliciter de son ami l'acceptation de cette charge et de cette mission, lui promettant de négocier la chose auprès du Saint-Siège ; mais le prieur de Bethléem, tout en remerciant l'abbé du Parc de l'estime dont il daignait l'entourer et de la confiance qu'il mettait en lui, déclina cette offre, lui faisant comprendre que rien ne pourrait l'amener à abandonner la communauté et l'ordre auxquels l'attachaient des liens si étroits et si profonds. Il fit remarquer à l'abbé Gautier de Beringen que l'ordre de Prémontré possédait d'ailleurs dans son sein un homme, qu'il était d'autant mieux à même d'apprécier, l'ayant connu dès son enfance et ayant vécu avec lui pendant plusieurs années, un homme capable d'entreprendre et de mener à bonne fin l'affaire d'une nécessité si , urgente de la réforme norbertine.
Il s'agissait de Thierry de Thulden, alors procureur général des prémontrés à Rome. L'abbé du Parc obtempéra au conseil du prieur de Bethléem et tous deux écrivirent à Thierry pour lui exposer les vues qu'ils avaient sur lui, lui faisant part des motifs qui les avaient guidés dans leur choix, et ils terminaient en lui demandant de hâter son retour de la Ville éternelle.
Sachant que l'abbé Gautier de Beringen avait déjà demandé au Saint-Siège la démission de sa charge, et que son désir était de le voir succéder lui-même dans cette dignité, Thierry de Thulden ne mit aucune difficulté à accepter de devenir abbé du Parc (^).
Thierry de Thulden était né en 1419, à Hilvarenbeek, en Hollande (Brabant septentrional) ; entré à l'abbaye de Tongerloo, il avait été envoyé à l'université de Paris, où il avait conquis le grade de licencié en droit. Dans la suite, investi de Nispen, de Rosendael et de Waalwyck (-), il avait été promu à la dignité de pro-
(1) Ces détails sont extraits du Chronkon Masii (ad annos 1461 et 1462), qui renvoie à la chronique du monastère de Bethléem, faite par Pierre Impens, prieur de ce couvent. (Voyez à ce sujet le manuscrit n" 1278-79, de la Bibliothèque royale de Belgique (Van den Gheyn, o. c, t. VI, p. 64), et Daris, o. c, p. 643.)
(2) C\x Le catalogue des abbés du Parc, o. c. ; W. Van Spilbeeck, Necrologium abbatiae B. M. V. de Tongerloo, p. 210. Tongerloo, 1902. — Je n'ai pu découvrir à quelle époque Thierry fut en fonction dans ces différents endroits et les recherches faites par le chanoine Hugues Lamy, archiviste de l'abbaye de Tongerloo, n'ont pu aboutir jusqu'à présent, les listes curiales n'étant pas complètes ou fourmillant d'erreurs.
cureur général de son ordre, à Rome, et n'avait pas tardé à attirer sur lui l'attention de tous par sa grande prudence et sa science profonde des affaires.
Pie II nomma Thierry de Thulden en qualité d'abbé du Parc, le 5 juillet 1462, par une bulle donnée au monastère de Saint-Sauveur de Monte-Amiata, au diocèse de Chiusi ('). Le même jour, le pape en adressa une autre à la communauté du Parc, par laquelle il lui demandait d'agréer son choix (-)• Une troisième, expédiée à la même date, faisait savoir que Thierry était relevé de toute peine ecclésiastique qu'il aurait pu encourir du chef d'avoir consenti à son élection sans l'assentiment et la permission de l'abbé de Tongerloo, entre les mains duquel il avait fait profession ( ■).
Il n'entre pas dans le cadre de cet article de retracer, même brièvement, la carrière si remplie de l'abbé Thierry de Thulden. Personne n'ignore, entre autres choses, le rôle tout à fait marquant que l'abbé du Parc joua dans la question si grave et si importante de la commende dans les Pays-Bas ('). Ce que j'ai voulu, c'est simplement attirer l'attention sur les détails d'une élection abbatiale faite en cour de Rome et sur les dépenses qu'elle entraînait. Ace point de vue, les extraits des comptes de 1463, que je publie d'après les registres des archives du Parc, me paraissent fort intéressants, parce qu'ils jettent une lumière plus vive sur l'organisation de la chancellerie pontificale au xv^' siècle (■).
Thierry de Thulden reçut la bénédiction à Orvieto, des mains du célèbre cardinal de Cusa, évêque de Brixen ('0, et fit son entrée
(1) Annexe I. — Sur le monastère de Saint-Sauveur, voyez Kehr, Italia pontificia, t. m, p. 237. Berlin, 1908.
(2) Annexe II.
(3) Annexe 111.
(4) A ce sujet, je renvoie à l'article de Dom U. Berlière, O. S. B., La commende aux Pays-Bas, dans les Mélanges Godefroid Kurth, p. 185-201. — Je suis étonné de ce que L. Pastor ne dise mot de cette affaire dans l'histoire du pontificat de Pie II.
(5) Ces comptes sont publiés k l'annexe IV.
(6) Nicolas Krebs, né à Cues (Trêves), archidiacre de Liège (1445-1449) {Fondation du couvent des carmélites déchaussées ù Matines, dans les Analectes pour servir ù t'fiistoire ecclésiastique de la Belgique, 1892, t. XXIII, p. 470et E. de Marneffe, Tableau chronologique des dignitaires du chapitre de Saint-Lambert ù Liège, dans les AHEB, 1896, t. XXVI, p. 334\ évêque de Brixen, en 1450 (L. Pastor, Histoire des papes, t. II, p. 103), avait été nommé cardnal du titre de Saint-Pierre-aux-Liens par Martin V, le 20 décembre 1448 (de Mas Latrie. Trésor de chronologie, col. 1207 et 2245), et mourut le 11 août 1464 (Pastor, o. c, t. III, p. 199). Ce cardinal ne devait pas être un inconnu pour Thierry de Thulden, puisqu'en 1450 il avait été envoyé en qualité de légat apostolique dans nos pays. — Voyez aussi U. Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen âge, Bio-bibliographie, col. 3328-20. Paris, 1907. 43
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à l'abbaye du Parc le 27 août, jour de la fête de Saint Bernard. On voit que la plupart des personnages mêlés à cette élection, à un titre quelconque, étaient en relation d'amitié avec Thierry, appartenaient au corps enseignant de l'université de Louvain et étaient de nationalité belge ; entre autres, citons Michel Amici ('), Jean Gronselt (-), Jean van Beringen (^) et Henri van Zomeren (^). Ces deux derniers surtout eurent des relations étroites avec l'abbaye du Parc.
Il est intéressant aussi de constater le faste dont était entourée une bénédiction abbatiale à la cour romaine, puisque les frais s'élevèrent à plus de 380 livres, monnaie de Brabant. Il m'est impossible d'entrer dans le détail de chacune des rubriques des comptes, pour la raison que si les ouvrages sur la chancellerie au
(1) J'ai trouvé Michel Amici de 1432 à 1457, avec les titres suivants : abbreviator et scriptor des lettres apostoliques ; curé de Sainte-Croix, près de Bruges ; chanoine de Saint-Hermès de Renaix, de Saint-Sauveur d'Harlebeke, de Cambrai ; secrétaire du vice-camérier, et enfin chanoine de Liège. (H. Dubrulle, Les bénéficier s des diocèses d'Arras, Cambrai, Thérouanne, Tournai sous le pontificat d'Eugène IV, d'après les documents conservés aux Archives d'État, à Rome, dans les AHEB, 1906, t. XXXII, passim ; U. Berlière, Diversa cameralia, p. 83 et 122; Le même, Libri obligationum, p. 181 et 187). — Il avait un neveu des mêmes nom et prénom, cité le 2 septembre 1440. (H. Dubrulle, art. cité, dans les AHEB, 1907, t. XXXIII, p. 320).
(2) Licencié es lois, le 17 octobre 1433; docteur, le 11 octobre 1436; professeur de droit civil à l'université de Louvain, cité en 1445; chanoine de l'église collégiale de Saint-Pierre de Oirschot, mourut le 9 juin 1473 (Valère André, Fasti academici, p. 170. Louvain, 1650 ; Denifle, Rotulus ou liste de professeurs et de suppôts de l'université de Louvain demandant des bénéfices au Saint-Siège, en 1449. Reusens, Documents relatifs ù l'histoire de l'université de Louvain, dans les AHEB, 1895. t. XXV, p. 355; 1896, t. XXVI. p. 300; Daris, o. c, p. 525 ; Molanus, o. c, t. I, p. 470 suiv.
(3) Jean van Beringen, probablement parent de Gautier, abbé du Parc, était chanoine de Saint-Pierre de Louvain, et testa le 20 novembre 1479 (Cartul. de Parc, H 19, f" 49^"). Il était fils de Christophore de Beringen, rnaïeur de Vilvorde et d'Ode van den Hornicke (Alph. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, t. III, p. 413. Bruxelles, 1857 ; Bibliothèque héraldique, n" 7, t. I, p. 248, au Ministère des affaires étrangères). Sa mémoire se lit le 23 novembre (R. Van Waefelghem, Le nécrologe de l'abbaye du Parc, p. 464. Bruxelles, 1908).
(4) Henri de Zomeren, maître es arts, docteur en théologie de l'université de Paris, recteur pendant huit ans de la faculté des arts de l'université de Louvain, doyen de la cathédrale d'Anvers, mourut le 14 aoiît 1472 (Denifle, art. cité, dans les AHEB, 1896, t. XXVI, p. 305-306; R. Van Waefelghem, Le nécrologe de l'abbaye du Parc, p. 329. Voyez aussi Daris, o. c, p. 525-526). Une note sur la feuille de garde d'un manuscrit du British Muséum, add. n" 17215 nous apprend qu'il avait été chapelain du célèbre cardinal Bessarion, légat apostolique en Allemagne et en Belgique (f 18 nov. 1472).
xv^ siècle ne sont pas rares, aucun d'eux cependant ne donne un tableau exact des multiples rouages dont se composait cette organisation. A ce point de vue, bien des questions sont encore à traiter. Je laisse aux spécialistes le soin de dégager des comptes que je publie les détails concernant la question monétaire, mon but, je le répète, étant uniquement de faire connaître un document qui, j'en suis persuadé, n'est pas sans présenter quelque intérêt pour l'histoire ecclésiastique et pour les branches auxiliaires qu'elle comporte, il mettra aussi mieux en relief la personnalité de Thierry de Thulden, dont la vie mériterait d'être étudiée en détail et qui fut incontestablement une des plus pures gloires de l'ordre de Prémontré et de l'abbaye du Parc.
Raphaël Van Waefelqhem, Archiviste-bibliothécaire de l'abbaye du Parc (Louvain).