LES HISTORIENS
DU
« Banquet des vœux du Faisan >>.
Le 17 février 1454, Philippe le Bon offrait à la noblesse bourguignonne, en son Hôtel de La Sale à Lille, le banquet resté célèbre sous le nom de Banquet des Vœux du Faisan. On sait quelle en était l'occasion : Constantinople venait de tomber aux mains des Turcs, et l'événement avait consterné l'Europe chrétienne. On sait sait aussi que, depuis le début de son règne, le duc pensait à une croisade contre l'Islam. Or, le moment lui paraissait arrivé de réaliser son projet (un projet qui fut plus sérieux qu'on ne le croit communément) (■'), niais le puissant prince voulut d'abord le « lancer », et c'est ce qu'il fit au Banquet du Faisan, en y mettant tout l'éclat et le faste « bourguignons » qu'il jugea propres à séduire et entraîner ses courtisans. La cérémonie fut entourée, en effet, d'une mise en scène des plus somptueuse, pour ne pas dire féerique. C'est ainsi, par exemple, que sur les trois tables autour desquelles les convives devaient prendre place, l'on avait érigé seize monumentales décorations où des artistes nombreux et divers avaient rassemblé leurs plus ingénieuses et leurs plus ravissantes inspira-
(1) C'est ce que, pour mon compte personnel, j'ai essayé de démontrer dans les publications suivantes : A la cour de Philippe le Bon, Le Banquet du Faisan et la littérature de Bourgogne, dans la Revue générale, décembre 1899, p. 787- 806 et janvier 1990, p. 99-1 18 ; Èpitre à la Maison de Bourgogne sur la Croisade Turque projetée par Philippe le Bon (1464i, dans les Analedes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, 1906, t. XXXII, p. 144-195; La littérature française à la cour des ducs de Bourgogne, passim et surtout p. 106-117, 236- 265. Paris, 1909.
Je ne puis pas mentionner ici la bibliographie complète du sujet, mais je signalerai toutefois les ouvrages de M. H. Pirenne, Histoire de Belgique, 2"" éd., t. II, p. 253-254. Bruxelles, 1908, et de J. Warichez, État bénéficiai de la Flandre et du Tournaisis au temps de Philippe le Bon (1455). (AHEB, 1909, t. XXXV et 1910, t. XXXVI. Extrait). Louvain, 1910. Ils établissent aussi que le « grand duc d'Occident >, fut réellement préoccupé de la guerre contre l'Infidèle ou, comme on disait autour de lui, du « saint voyage de Turquie ».
lions. C'étaient, pour parler le langage du xv^ siècle, des entremets et, pour parler celui du nôtre, des pièces montées, des surtouts de table à sujets historiques, légendaires, allégoriques et contemporains. On désignait aussi, par ce même nom d'entremets, des intermèdes plus ou moins scéniques qui s'exécutaient, qui se jouaient devant les assistants, dans l'intervalle des services. A Lille, il yen eut beaucoup, et ils furent dramatiques à souhait. L'un d'eux (c'était l'entremets de résistance, le numéro sensationnel et le plus important du programme) consistait en l'apparition d'un géant coiffé d'une « tresque » (turban) à la Sarrasin de Grenade et vêtu d'une longue robe de soie rayée ; il conduisait un éléphant porteur d'une tour aux créneaux de laquelle s'exhibait un personnage figurant Sainte-Église. Lorsque ce personnage se trouva devant la table de Philippe le Bon, il se mit à lui réciter une complainte rimée où il remémorait les infortunes de la chrétienté, les cruautés des ennemis de la foi et où il en appelait au bras vengeur du prince et de ses chevaliers. La récitation achevée, Toison d'or, le roi d'armes du fameux ordre créé en 1430 (c'était le mémorialiste Jean Le Fèvre, seigneur de Saint-Remy), pénétra dans la salle avec toute une suite de hauts personnages : il portait un faisan « vif et aorné d'un très riche collier d'or, très richement garni de pierreries et de perles » (')■ H le présente au duc en le priant de prononcer son vœu. Le prince lui remet un « brief » à lire à haute voix, brief contenant sa promesse solennelle d'aller bientôt défendre le nom chrétien. Toison d'or en donne lecture. Des engagements analogues (-) sont pris par les familiers de la cour, mais des engagements qui n'étaient pas, comme on pourrait le croire, des « toasts » improvisés sur l'heure. Il est à remarquer qu'ils ne furent pas tous prononcés au cours de la cérémonie, que Philippe le Bon en interrompit l'émission à un certain moment et qu'il chargea Toison d'or d'en recueillir le lendemain les copies.
Lorsque cette partie du programme fut exécutée, le matériel du festin disparut comme par enchantement et la réunion se termina par un bal splendide.
Les narrations contemporaines du Banquet du Faisan.
De ce Banquet, dont nous venons de rappeler sommairement « l'ordonnance », l'on connaît surtout les deux relations dues aux
(1) Olivier de la Marche.
(2) Sur leur nombre, voir ci-dessous p. 656.
chroniqueurs Mathieu d'Escouchy et OHvier de la Marche ('). Elles sont, quant au récit de la fête, étrangement ressemblantes, .... ressemblantes comme deux sœurs jumelles, et elles ne différent sensiblement que par le nombre des vœux et la place que chacune d'elles leur assigne. Chez d'Escouchy, ils sont intercalés dans le récit en question, c'est-à-dire qu'ils arrivent en cet endroit de la narration où il est dit que Toison d'or a reçu les engagements de Philippe de Bourgogne et des siens. Ces engagements ou vœux de croisade sont, d'après ses indications, au nombre de 102. Olivier de la Marche, lui, n'en cite que 23 et il les rejette à la fin de son récit. Mais il existe encore deux autres narrations qui ressemblent, de la même manière, à celles de nos deux mémorialistes : c'est d'abord la narration anonyme contenue dans le manuscrit no 5739 de la Bibliothèque nationale de Paris (provenant du fonds Baluze où il portait la cote 10319')- Elle a été utilisée par Du Fresne de Beaucourt qui en reproduit les variantes dans son édition de Mathieu d'Escouchy : il la désigne par le titre de Ms. Baluze. Elle a été décrite par Du Fresne, o. c, par M'^"^ Dupont, Mémoires de de Pierre de Fenin (Soc. Hist. Fr., 1837), p. vm, par Gachard, dans son édition de Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, 1838, t. II, p. 118-123 et dans son livre Bibliothèque nationale à Paris, Notices et extraits des manuscrits qui concernent l'histoire de Belgique t. I, p. 89-91, (Collection des Chroniques belges), 1875, Bruxelles, ainsi que par A. Coulon, École française de Rome, Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1895, xv^ année, p. 103. Le Banquet de Faisan y occupe les ff. 172'^-226\ Les vœux y sont à la même place que chez d'Escouchy, mais au nombre de 98, donc 4 de moins que chez ce chroniqueur et, comme on va le voir, 5 de moins que dans la quatrième rédaction à laquelle nous arrivons maintenant. Cette quatrième rédaction, également dépourvue de signature, nous est fournie par le manuscrit n" 11594 (supplément français 588) de la Nationale de Paris, manuscrit qui renferme des textes autres que le Banquet du Faisan et qui a fait partie de la Bibliothèque de Philippe le Bon ('). J'ai retracé l'histoire de ce
(1) Chronique de Mathieu d'Escouchy, p. p. G. Du Fresne de Beaucourt, t. Il, p. 116-237 (Société de l'histoire de France). Paris, 1863. — Mémoires d'Olivier de la Marche, p. p. H. Beaune et J. d'Arbaumont, t. Il, p. 340-394 (Société de l'histoire de France). Paris, 1884.
(2) Voir Barrois, Bibliothèque protypographique ou Librairie des Fils du roi Jean, Charles V, Jean de Bcrri, Philippe de Bourgogne et les siens. Paris, 1830. Il est mentionné, dans cet ouvrage, sous les n"** 1338, 1831 et 2242. Voir également le Catalogue général des manuscrits français de la Bibliothèque Nationale, par H. Omont et CouDERc, anc. supplément français, t. II, p. 343-344. Paris, 1896.
ms. et j'en ai donné une description détaillée dans mon édition de VÉpîire à la Maison de Bourgogne sur la Croisade turque. Il contient 1^ le récit du Banquet, 2" le Registre des veux qui furent fais en intention d'aler sur les Turs, l'an mil quatre cens chinquante trois [n. st. 1454], en la présence de très noble et très redouté prince Phelippe..., 3*^ une Coppie de la bulle donnée l'an Lxiii [1463] par le pape Pie [II], et translatée, cedit an, par solennel orateur l'evesque de Tournuy, G. Pilastre 4'^ VEpistre faitte en la contemplacion de saint voyage de Turquie, adreissant à la très crestienne et très heureuse maison de Bourgogne (^). On remarque que, dans ce manuscrit, les vœux suivent l'ordonnance du festin, comme chez la Marche ; au point de vue du texte, il se rapproche beaucoup de ce dernier, mais sans différer sensiblement de la rédaction de Mathieu d'Escouchy et du manuscrit Baluze. Détail important : il renferme 103 vœux, donc 1 de plus que d'Escouchy et 80 de plus que la Marche. Détail plus important : il donne (ce qu'on ne trouve dans aucune autre relation) 112 vœux qui ont été recueillis ailleurs qu'à Lille et après le 14 février 1454 : je veux dire que, par ce manuscrit, nous apprenons qu'en la ville d'Arras, le 15 mars de cette même année 1454, 27 nobles du comté d'Artois ont pris l'engagement d'accompagner ou d'aider leur prince dans son expédition de Turquie, que la même promesse a été faite à Bruges, le 18 mars, par 54 nobles de Flandre, en Hollande (ici, le jour ne nous est pas indiqué) par 4 seigneurs, à Mons, le 25 avril, par 27 personnages distingués du pays de Hainaut. En tout, comme on le voit, 112 vœux (-).
Telles sont donc les quatre principales rédactions du Banquet du Faisan : D'Escouchy, la Marche, Mss.5739 et 11594 de Paris. — Ce ne sont pas les seuls documents contemporains que l'on possède sur la fête de Lille. Il en existe d'autres que nous allons mentionner, mais ils n'offrent pas les mêmes traits de ressemblance que les précédents et sont loin d'avoir la même étendue ni la même valeur. Il y a d'abord la narration, mais très courte, du chroni-
(1) Je prie mes lecteurs qui seraient amenés à consulter mon édition de VÉpttre, dans les Analectes, de bien vouloir rectifier (p. 153) la date de 1464 qui est donnée deux fois, fautivement, au lieu de 1454.
(2) Je me propose de les publier. — MM. Beaune et d'Arbaumont, qui n'ont pas connu ce ms. de Paris, en signalent une copie datant du xvni'^ siècle, appartenant à la Bibliothèque royale de La Haye et due à un collectionneur nommé Gérard. Ils disent seulement que cette bibliothèque « possède un ms. n° 1344, copié sur un plus ancien, qui renferme l'ordonnance du banquet avec les vœux » (p. 340).
queur Jacques Du Clercq ; elle ne comprend que quatre pages (')• De dimensions également restreintes est la relation de Jean de Molesme, secrétaire du duc de Bourgogne, dans une lettre qu'il envoie aux maire et échevins de Dijon, cinq jours après le 17 février 1454 ("). C'est, sans nul doute, la première mise par écrit, le premier compte rendu de la fête : on sent qu'il a été rédigé sous l'impression de la première heure, comme en toute hâte, à la façon d'un article de journal. Le rédacteur a d'ailleurs soin de revendiquer le mérite d'avoir devancé les autres « narrés » de la fête, car il termine sa lettre en disant : « Je me deppourte de vous en escripre plus avant, car je ne pourroye ne sçauroye tout comprendre et du demeurant je me rappourte à ceulx qui en feront les narrés et qui meystront les choses par escript plus au long, mais je vous signifie ce que j'en ai veu et sceu ». Troisième document ou texte à citer : un passage de la Chronique de l'abbaye de Florefje, chronique rédigée en octosyllabes en 1462 et 1463 par un rimeur zélé dont le nom est inconnu. Cet écrivain professe une vive admiration pour Philippe le Bon et sa famille. 11 paraît prendre un particulier intérêt aux efforts tentés par ce prince en vue de l'organisation d'une croisade contre les Turcs. De là le récit qu'il nous donne du Banquet du Faisan. Mais, pour le donner, il change de style : il renonce à la rime et décrit en prose la fête lilloise (^). Une quatrième source de renseignements nous est fournie par l'ouvrage bien connu du marquis de Laborde, Les Ducs de Bourgogne^ Etudes sur les lettres, les arts et l'industrie pendant le XV^ siècle {*). On y trouve des indications très circonstanciées, c'est-à-dire des comptes minutieux et précis, sur les préparatifs et le coût du festin. Ce sont les infiniment petits de l'histoire, mais on n'ignore pas de quel prix ils peuvent être en des matières de l'espèce. Ils
(1) DE Reiffenberg, Mémoires de J\acq:ies] Du Clercq, 2" édit., t. Il, p. 195-99. Bruxelles, 1835.
(2) Champollion-Figeac, Documents inédits sur l'histoire de France. Paris,
1848, t. IV, p. 457-62 : Lettre relative à un entremets (ou fête à table) donné
par le Duc à Lille (Vœu du Faisan).
(3) De cette Chronique de l'abbaye de Floreffe (de l'ordre des Prémonlrés, dans l'ancien comté de Namur), de Reiffenberg a publié les deux derniers tiers, soit 3750 vers dans les Monuments pour servir à l'histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxembourg, t. VIII, p. 65-188. Le Banquet est décrit p. 170-172. Sur la dite Chronique, voir ma Littérature française à la cour des Ducs de Bourgogne, p. 103-104.
(4) T. I, p. 419-29. Paris, 1849. Pour les mêmes comptes, voir VInventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Nord, archives civiles, série B, Lille, t. IV (188n, p. 195-97 et Vlll (1895), p. 26.
renferment les éléments d'une annotation extrêmement précieuse pour les chroniques de Mathieu d'Escouchy et d'Olivier de la Marche. Les éditeurs de ce dernier en ont déjà tiré quelque chose, mais ce n'est pas assez. Sous bien des lignes relatives aux costumes portés par les « acteurs ;> de la fête, et aux ornements et décors de la salle, ils auraient pu transcrire tels ou tels comptes qui s'y rapportent. Peut-être ont-ils craint de grossir démesurément leur publication et peut-être se sont-ils dit qu'une annotation de ce genre devrait être réservée à celui qui voudrait se faire l'historien spécial du Banquet du Faisan. Nous souhaitons à cet historien d'être assez heureux pour découvrir le texte signalé dans un compte reproduit par Laborde : « A maistre Estienne le Goût, secrétaire de MdS, que icellui S lui a ordonné estre baillié et délivré comptant, pour certains livres et escriptures qu'il a faits, pour icellui S, pour le fait du banquet qu'il a dernièrement tenu en sa ville de Lille XL livres » ('). Nous formulons le même vœu pour un autre compte d'après lequel un clerc de Dijon, Droin du Cret, a reçu en 1455 une somme de 5 francs et demi pour avoir « doublé et escript en parchemin l'istoire et dictié du banquet de mondit seigneur fait à Lille le XVII^' jour de février MCCCCLIII, contenant LXVI feuillets de parchemin en volume commun » (-).
Toutes les sources que nous avons énumérées jusqu'ici dispenseraient évidemment l'historien dont nous avons parlé d'utiliser des versions postérieures au règne de Philippe le Bon et d'ailleurs rédigées d'après les chroniqueurs précités, comme la version de Pontus Heuterus (Rerum burgundicarum libri sex) ( ') ou celle de L. Gollut (Mémoires historiques de la République sequanoise) {*).
(1) Ibidem, t. I, p. 417 (années 1453-1454).
(2) H. Beaune et J. d'Arbaumont, Olivier de la Marche, t. II, p. 341, donnent ce compte et ajoutent : « Il s'agissait probablement d'une simple copie et non d'une relation originale ».
(3) Anvers, Ch. Plantin, 1584, I. p. 140-141.
(4) Dôle, 1592, p. 803 et suiv. Voir ces mêmes Mémoires avec notes par Du Vernoy et Bousson de Maret, col. 1170-1174. Besançon. 1846.
Sur le Banquet du Faisan, il a dû exister un te.xte qui est perdu et qui, vraisemblablement, aurait été un élément précieux de notre documentation : c'est celui de George Chastellain qui s'est occupé de la fête dans une partie de ses Chroniques que l'on n'a point conservée. 11 y renvoie à deux reprises en parlant de la croisade turque : édit. Kervyn de Lettenhove, t. III, p. 7 et 118.
Peut-être faut-il rappeler encore à propos de cette documentation que, d'une part, Jean de Molesme dit que des narrations du Banquet seront certainement faites, et que, d'autre part, Olivier de la Marche, le ms. Baluze et le ms. 11594 prétendent, dans leur certificat d'authenticité, ne pas être confondus avec « plusieurs qui en [de la fête] ont escript ». Voir ci-dessous, p. 662 et 666.
Pour nous en tenir aux documents originaux et pour résumer ce qui a été dit plus haut à leur sujet, on voit qu'ils peuvent se diviser en deux groupes : le groupe des grandes rédactions (au nombre de quatre : d'Escouchy, la Marche, et les deux mss. anonymes de Paris) et celui des petites rédactions ou des menus renseignements que l'on trouve dans les Mémoires de Jacques Du Clercq, la lettre de Jean de Molesme, la Chronique de Floreffe et les comptes de la Maison de Bourgogne. Il y a dans ces renseignements de quoi rectifier ou compléter les récits bien connus des deux mémorialistes d'Escouchy et la Marche. Notre intention n'est pas de spécifier, dans le détail, l'emploi que l'on pourrait en faire. Nous laissons à d'autres le soin d'en extraire un travail qui, d'ailleurs, ne saurait trouver place ici, étant donné le nombre de pages dont nous disposons. C'est uniquement des grandes versions ou du premier groupe que nous voudrions nous occuper.
La valeur respective des récits de Mathieu d'Escouchy, d'Olivier de la Marche et des deux manuscrits anonymes de Paris.
Déjà nous avons vu qu'à part le chiffre et la place des vœux de croisade, ainsi qu'à la réserve de certaines divergences de rédaction, ces quatre textes se ressemblent étrangement. Disons même tout de suite, bien que ce soit anticiper sur notre conclusion, qu'ils se ressemblent au point qu'ils paraissent provenir d'un seul texte qui se serait légèrement diversifié sous quatre plumics différentes. Seulement, comment se fait-il — et voilà le problème qui serait à résoudre — que la Marche donne son récit à titre de propriété ou de version personnelle, que d'Escouchy présente aussi le sien comme son bien propre, et que les deux versions de la Nationale ne portent pas de nom d'auteur et néanmioins se prétendent originales? A cette question, des réponses ont été données déjà par des érudits d'une sérieuse compétence. Ainsi, M'élis Dupont dans la préface de son édition des Mémoires de Pierre de Fenin dit que le « morceau » du ms. 5739 ou Baluze, contenant l'ordonnance du Banquet, « a été jugé de bonne prise par 0. de la Marche et par Mathieu d'Escouchy » ('). Voici, après elle, Du Fresne de Beaucourt qui croit aussi que d'Escouchy n'est pas l'auteur de sa narration, mais il ajoute : « Ce chroniqueur a pu connaître certaines particularités qui avaient échappé à Olivier de la Marche et même à l'auteur anonyme de la relation du ms. Baluze, mais il