UN DEMI-SIECLE D ENSEIGNEMENT HISTORIQUE A LOUVAIN. XXIII
des sciences auxiliaires de l'histoire, ni de rencyclopédie de l'histoire, ni de la critique historique. Sous ce rapport cependant, les membres de la Conférence furent des privilégiés. Car M. le chanoine Reusens, dont Godefroid Kurth a dit que «comme paléographe, comme diplomatiste, comme archéologue, il n'avait pas de maître chez nous », M. le chanoine Reusens avait inauguré, en 1864. des leçons sur l'archéologie et, dès 1881, il avait ouvert un cours de paléographie, de diplomatique et de chronologie. De ce chef, il a considérablement contribué au succès de la Conférence d'histoire.
D'autre part, pour parer au défaut d'un cours d'encyclopédie et d'un cours de méthode, Charles Moeller ne tarda pas à reviser et à compléter les leçons anciennes de Jean Moeller à l'Institut philologique et il les publia sous le titre de Traité des études historiques (1887-1892). Au reste, sur ses conseils, les Principes de critique historique, publiés par le R. P. Ch. De Smedt, l'éminent réformateur du bollandisme, devinrent le vade-mecum de toutes les jeunes recrues de la Conférence, cependant qu'elles ne se lassaient pas de consulter les articles si suggestifs de MM. G. Kurth et P. Fredericq sur l'enseignement pratique de l'histoire dans les divers pays de l'Europe, principalement en Allemagne et à Paris.
Des élèves munis de ces divers secours et venus spontanément — après s'être d'ailleurs distingués à leurs premiers examens académiques — pour perfectionner leur éducation intellectuelle, constituaient certes une équipe d'élite pour entreprendre des fouilles scientifiques. Faut-il le rappeler ? Dès le premier jour, Charles Moeller réussit à conduire les opérations avec autant de talent que de succès.
XXIV A. GAUCHIE.
Je ne sais pas bien si les choses ont beaucoup changé depuis les premières années. Je sais cependant que l'un des exercices favoris de la Conférence d'histoire (section moderne) est aujourd'hui la lecture des textes choisis parmi les principaux recueils scolaires : les Scriptores renim germanicarum ad iisum scholarum, la Collection des textes pour servir à l'étude et à renseignement de l'histoire, édités par la maison Picard de Paris, le Recueil des textes pour servir à l'histoii'e de Belgique, publié sous les auspices de la Commission royale d'histoire.
Je sais aussi que l'étude, en commun, d'une question spéciale est toujours en honneur à la Conférence d'histoire. Or, d'après mes souvenirs et au témoignage même de M. Moeller, voici sommairement comment se fait cette étude. Réunis dans leur local, une dizaine de lidèles de l'histoire attendent le premier discours de leur sympathique hiérarque. Ce discours est bien simple. Le directeur rappelle les conditions générales d'une œuvre historique et il indique lui-même le sujet à examiner au cours du nouvel exercice académique. On peut retrouver dans Y Annuaire de l'université catholique les diverses questions étudiées depuis i885. Ainsi j'ai vu, la première année, dresser les Regestes de Philippe le Beau ; en 1886-1887, la Conférence étudia Les Origines et la première organisation de l'ancienne université de Louvain ; en 1887-1888, elle eut à examiner L historiographie de Froissart.
Le sujet choisi. M. Moeller « a soin de le découper en cinq ou six questions, qu'il répartit en tenant compte du nombre et de la force relative de ses collaborateurs. La solution doit être cherchée, non pas dans les travaux modernes, mais dans les sources, ce qui ne va pas sans tâtonnements ni mécomptes, mais où l'on ne cesse pas d'être aidé par l'expérience du maître, qui doit corriger les erreurs, relever les défail-