‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 89 sur 149 · UN DEMI-SIECLE D ENSEIGNEMENT HISTORIQUE A LOUVAIN. XXI · texte numérisé non relu

UN DEMI-SIECLE D ENSEIGNEMENT HISTORIQUE A LOUVAIN. XXI

y possède le mobilier requis à l'aménagement d'une bibliothèque spéciale et à l'organisation du travail.

Ce serait compter sans son hôte que de s'imaginer qu'il sutfit d'un local pour disposer de livres. A la différence des facultés de philosophie de Gand et de Liège, celle de Louvain ne jouit pas, pour ses cours pratiques, des plantureux subsides du gouvernement, bien que son enseignement ne rende pas moins de services à l'Etat. Pour obvieraux difficultés, Charles Moelleriitgénéreusementtransporter,dèsledébut, une partie considérable de sa bibliothèque personnelle à la salle de la Conférence d'histoire. Cet expédient eût été bien insuffisant, si le directeur n'avait pu emprunter à la bibliothèque académique voisine le complément voulu pour l'outillage bibliograpfiique de son cours pratique. Mais il ne faut pas à l'histoire une longue fréquentation des bibliothécaires, si aimables soient-ils, pour qu'elle doive se dire : « Mon royaume n'est pas de ce monde »! Les bibliothécaires aiment trop à jouer à l'égard de leurs livres le rôle des bonnes mamans à l'égard de leurs enfants : pas plus que les enfants, les livres ne peuvent guère sortir et, s'il leur arrive de s'échapper, vite, ils doivent rentrer au logis. A force de démarches, M. Moeller réussit cependant à obtenir que les collections historiques de la bibliothèque universitaire fissent la navette entre celle-ci et la salle de la conférence. Personnellement, je me souviens encore du temps où, appelé à diriger la section d'histoire moderne, il m'incombait de faire moi-même le service des livres : je gravissais et je descendais les superbes escaliers de la bibliothèque chargé, comme Moïse, des tables de la loi : les Monumenta Germaniae historica! Depuis lors, en ce qui concerne la bibliothèque même de l'université, la situation s'est notablement améliorée sous le régime de xM. le chanoine Maere, et, actuellement, son successeur, M. le professeur P. Delannoy,

XXII A. GAUCHIE.

sapplique généreusement à élargir les locaux et à développer l'outillage scientifique de ce vénérable dépôt. Néanmoins, comme l'écrivait M. Moeller luimême, au point de vue de notre branche, « l'installation matérielle des cours pratiques d'histoire à Louvain en est la partie la moins brillante... Pendant longtemps, les laboratoires des facultés de médecine et de sciences naturelles ont absorbé l'attention, comme les ressources, de la Direction [académique]. Les sciences historiques attendent leur tour. » Le discours rectoral du 21 octobre igi3 nous donne le ferme espoir que le vœu des historiens sera bientôt réalisé.

Il est pour le directeur d'un cours pratique des obstacles plus pénibles que les difficultés précédentes. Quoi de plus déconcertant que de se consacrer à une œuvre de relèvement intellectuel et de la savoir, même pour le public universitaire, un objet d'indifférence, voire une occasion de susceptibilités ! Et, de fait, dès le principe et surtout plus tard à l'occasion de la loi de 1890, les tenants de l'enseignement professionnel envisageaient d'un œil défiant le dessein arrêté de former des spécialistes, des savants, et la philologie classique se résignait difficilement à partager son empire avec l'histoire.

La jeunesse, elle, voulait apprendre et, avec la grandeur du butàatteindre, son ardeur était le meilleur réconfort du maître. La difficulté capitale était, dès lors, de répondre à son attente. Or, que de lacunes dans sa préparation aux recherches personnelles! Avant 1890, il n'existait officiellement aucun enseignement ni

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