L. HiSSETTE, Attaché à la Bibliothèque royale de Belgique
LE LANGEMAN
ou GÉANT HASSELTOIS.
Morgen rijdt de yeuzcnivagen, Reuzenit-agen, hindertjes blij !
Eu dan dragen ice bonté kragen, Bonté hragen en hleeren vati zij.
(Chant populaire anversois.l
La grande famille des géants communaux ('), qui florissait dans nos contrées, principalement sous les nobles ducs de Bourgogne, comptait dans l'ancien pays de Looz un illustre représentant, non moins célèbre que ses cousins des plus fières cités flamandes. D'après l'opinion courante, il naquit et mourut à Hasselt, au xvi^ siècle. Cependant son origine est bien plus ancienne, comme nous le prouverons dans cet article.
Hasseltois de naissance et sédentaires par constitution, ses descendants n'abandonnèrent jamais leur ville natale pour faire souche ailleurs. Le dernier rejeton de la branche lossaine habite toujours la capitale limbourgeoise. Il y vit très retiré, ne faisant que de très rares apparitions, aux jours de liesse publique.
Deux historiens hasseltois ont consacré à leur gigantesque concitoyen une courte notice historique (-)•
De longues recherches dans nos archives, faites en vue d'une
(1) Fairholt, Gog and Magog. The giants in Guildhall... With an account of other civic giants, at home and abroad. Londres, 1859; Moke, Mœurs, usages, fêtes et solennités des Belges, p. 327. Bru.xelles, s. d. ; O. de Reinsberg-Dùrings- FELD, Calendrier belge, t. I, p. 123-127. Bruxelles, 1861 ; J. Ter Gouw, De Volksvermaken, p. 485-489. Haarlem, 1871.
(2) G. Bamps et Em. Geraets, Don Christophe, dit le Langeman, le géant de Hasselt, dans L'Ancien Pays de Looz, 1897, t. I, p. 27. — Citons, pour être complet, E. Gielkens, De Langeman. Bruxelles, 1896, poème en l'honneur du géant.
histoire de la Chambre de rhétorique à Hasselt ('), nous mettent en état de compléter et de corriger leur article. Nous offrons à notre ancien professeur et aux lecteurs des Mélanges le modeste résultat de nos patientes recherches.
Les biographes du géant hasseltois placent sa naissance en 1549, date de la première mention qu'ils ont trouvée de lui dans les archives communales (-). « Cette année nous donne probablement () la date de l'origine et celle de la première apparition du Langeman dans nos murs (^) ». L'hypothèse est doublement erronée : d'abord le texte cité ne se rapporte pas au géant de Hasselt, ensuite celui-ci est bien plus ancien. Ce dernier point se trouve établi dans un registre du métier de Fèvres, conservé aux archives de la ville. Le géant y est mentionné dès 1497.
Doemen onse lieve vrouwe om[droegli\ IIIJ st. ; van den kerssen te draghen IIIJ st. ; den speelman V st. ; die Go[liam] droegh IIIJ st. (■).
Il y réapparaît deux années plus tard, en 1499 :
Van den man Goliam te draghen V st. ; aen den man ghemaect ende verdient VI st. ; van lijnen laken aen Golias tessche V st. (").
A partir de ce moment, le géant est mentionné presque annuel-
(1) C. De Baere et J. Gessler, De Roode Roos. Geschiedenis der Hasselt sche Rederijkerskamer. Mémoire couronné par la société littéraire « Het Leesgezelschap », à Hasselt. (Paru dans le tome X des Limburgsche Bijdragen, Hasselt, 1913, et en tiré-à-part. Hasselt, St-Quintinus-Drukkerij, 1913.)
(2) « La première, extraite d'un petit registre contenant les comptes des régals et des vins offerts par le magistrat de 1509 à 1565 (lisez 1567) est ainsi conçue : Op neiiwemerck daech, sondagh (1549/, die ghesellen van Sinttriiyden die den langeman hier droeghen, geschenckt //// quaert ». Art. cité, p. 27. — Le dernier mot est mal copié. Cfr infra.
(3) Nous italiquons.
(5) Métier des forgerons. Registre n" 3 de annis 1490 a 1540.
(6) Ibidem. Les folios ne sont pas numérotés. Il en est de même pour toutes les sources dont nous n'indiquons pas le f.
LE LANGEMAN OU UÉANT HASSELTOIS.
LE LANGEMAN OU QÉANT HASSELTOIS. 23
leinent, jusqu'en 1513 (')• Après cette date, il n'en est plus question dans les registres de la corporation (-').
Voilà un premier fait clairement établi : vers la fin du xv^ siècle, les forgerons de Hasselt possédaient un géant. Nous apprenons en outre — par des annotations postérieures, tirées du même registre — que l'important personnage était logé aux Halles, qu'il était soigneusement dévêtu après chaque «ommeganck» et équipé avec pompe lors d'une nouvelle sortie. Ceci ressort des comptes suivants :
Doen men Gholias bonden JII k. biers ; noch een elle saecklackens, eenen braspenninc ; noch Jan Screymeker van Gholiam te maken III st. (^).
Aen Gholyam te naeyen, I blanck ; noch einen stuver doenOholiam opdie hael gedragen waert{^).
11 est donc prouvé que l'origine du géant hasseltois remonte au xv-^ siècle ; dès 1497, sa présence est certaine dans notre cité. Quant au document rapporté par Bamps et Geraets (■), il ne concerne pas le géant hasseltois.
En voici d'abord une transcription rigoureusement exacte.
Op neuwemerck daegh, sondaechs, den gesellen van Sint truyden, die den langenman hier droeghen, gheschenckt vier potten ten selve prijse
XXII st. C).
Ce texte renferme un détail assez inattendu et passablement énigmatique. Cette année-là, des gens de Saint-Trond seraient
(1) Ibidem. Cfr sub annis 1500, 1501, 1502, 1503, 1505, 1506, 1509, 1510, 1511, 1512, 1513. La régularité de ces annotations nous autorise à conclure que les sorties du géant étaient annuelles à cette époque.
(2) Voir, sur le métier des fèvres, A. Habets, De oudste stukken en bescheiden over het smedenambacht te Hasselt, dans le Bulletin des Mélophiles, 1900, t. XXXVI, p. 104 et en tiré-à-part. Hasselt, Klock, 1901.
(3) Métier des forgerons. Registre cité. Sub anno 1505.
(4) Ibidem. A" 1506.
(5) Art. cité, p. 27. — Cfr p. 22, note 2.
(6) Ce texte se trouve deux fois dans les sources. II figure d'abord dans le registre contenant les comptes des régais et des vins offerts par les magistrats, où nos prédécesseurs l'ont découvert. Nous l'avons trouvé également dans le registre des Bouwmeesters pour 1548-49, f° 32 v°.
venus à Hasselt pour y porter le géant de cette ville, alors qu'un seul porteur suffisait habituellement à la tâche (0-
Ce point ne laissait pas que de nous intriguer et, malgré toutes nos recherches, nous ne parvenions pas à l'élucider. Enfin, une ancienne chanson flamande, découverte pas un de nos collègues, M. Aug. Kempeneers, et obligeamment communiquée par lui, nous fournit l'explication vainement cherchée. Cette chanson nous apprend en effet qu'il ne s'agit pas du Langeman hasseltois, mais d'un géant de Saint-Trond. En 1549, le 21 septembre (sinte Matheus dach), les gesellen van sinttruyden sont venus avec leur géant participer à la procession de Hasselt, probablement parce que l'ancien géant hasseltois n'était plus en état de prendre part à la cérémonie et que son descendant n'était pas encore né (-)•
Le voyage fut désastreux pour le gigantesque Sainttronnaire, comme nous l'apprend la vieille chanson flamande, composée à l'occasion de cet événement.
En raison de son intérêt folklorique, nous croyons intéressant de publier ce « reuzenlied » inédit. En voici le texte, allégé des refrains (").
Dliedeken vanden groote man van Sinttruyden dy te hasselt ghesonden was om hun processie te vercieren (^).
Wy wilt hooren een nieu liedt
Dat vanden grooten man es gheschiedt.
Het vlel op Sinte Matheus dach Dat men hem onder weghen sach.
De kinderen waren heel confuys Sy liepen met grooten hoopen thuys.
(1) Voir plus loin, p. 26.
(2) Aucun des anciens géants, faibles « mannequins d'osier », n'a eu la vie très longue. Les sorties étaient fréquentes, très probablement annuelles (cfr p. 23, n. 1). Déjà en 1499, puis en 1505, on s'occupe à restaurer le Goliath.
(3) L'ordonnance des couplets est la suivante :
« Wy wilt hooren een nieu liedt, Compt te hasselt grooten man, Dat vanden grooten man es gheschiet, Compt te hasselt, groote, groote, Compt te hasselt, groote man. »
Dans le ms., le refrain est reproduit intégralement à chaque couplet.
(4) Archives générales du Royaume. Ms. 391b. (Registre au contenu très varié, espèce de compilation, sans date, probablement du xvi'' siècle, donc contemporain de l'événement.)
LE LANGEMAN OU GÉANT HASSELTOIS. 25
Doen hy te hasselt binnen quam Sy gaven hem eenen boterham.
Sy sadtten hem daer op eenen block Sy deden hem aen eenen gheelen rock.
Doen hy sou inde processie gaen Daer heeft hy eenen steeck ontfaen.
Doen Wouter myn oudste soen dit vernam Hy was van hertten al zoe gram.
De grooten man was soo zeer ghewont Hy es gestorven ter selver stont.
Doen nien duysent \'>^XL!X'"'' screeff
Doen was dat Vaes Lantmeeters dit bedreeff.
Hier me soo laet ick dit liedeken varen Godt wil ons grootemans ziele bewaren.
La présence d'un géant à Saint-Trond n'est connue que par les couplets que nous venons de reproduire ; les archives locales sont muettes à cet égard ('). Bien qu'éphémère, son existence nous paraît suffisamment prouvée ; nous ne pouvons donc plus admettre que le Langeman fût l'unique géant du pays de Looz, comme le croyaient ses historiens (•)•
Le texte de 1497 réduit à néant une autre assertion de ces auteurs, qui prétendent que « nous ne voyons jamais le Langeman participer à une réception des princes, ni assister à aucune des processions, dont les archives nous ont transmis des détails assez précis » (■').
En effet, la géant figure dès 1497 dans un cortège religieux, la procession en l'honneur de la Sainte Vierge, Virga Jesse :
Doemen onse liev3 vrouwe omdroegh.
Plus tard, nous trouvons la preuve de sa participation aux cérémonies religieuses dans les comptes de la ville, notamment en 1635 :
(1) Nous avons parcouru minutieusement les six volumes de l'inventaire dressé par Straven ; nous n'y avons pas trouvé la moindre trace de géant.
(2) « Le Langeman de Hasselt, ... c'est le seul, croyons-nous, qui ait pris naissance dans le pays de Looz et peut-être même dans la principauté de Liège ». Art. cité, p. 27.
(3) Ibidem, p. 27.
Betaelt aen Claes den Leeuw van den groofen man inde procès s ie op kermisdach te draegen, luytcedule Ig.Xst.{').
Une annotation semblable se retrouve au commencement du XVIII>^ siècle :
]9 Juny (1701) van den Langenman te draeghen 2 g. 0 {^).
La présence du géant aux joyeuses-entrées des princes-évêques n'est pas moins certaine. En 1640, il vint à la rencontre de Ferdinand de Bavière :
• lïem betaelt aen Wilhem Scoepen, van inden groofen man te gaen, syne Hoocheyt te gemoet XVI st. {').
Le colosse ne devait pas peser bien lourd, puisqu'il était en osier. Son porteur marchait sous lui. Il recevait de la part des magistrats une gratification, modeste d'abord, mais qui s'accrut graduellement. En 1497, la ville lui accorda quatre sous pour cette corvée; deux ans plus tard, elle en donna cinq. En 1635, le géant fut porté par Claes den Leeuw : il obtint un florin et dix sous. En 1640, Willem Scoepen reçut seize sous « van inden grooten man te gaen », à la rencontre de Ferdinand de Bavière. Enfin, le porteur anonyme de 1701 reçut deux florins pour sa peine (^).
Le géant de 1640 était un nouveau représentant de l'illustre famille. 11 était encore bien jeune, puisqu'il avait sept ans à peine, lors de l'entrée du prince. Il naquit en effet en 1633. Ainsi nous apprend son acte de naissance, un compte des dépenses extraordinaires, faites pour la construction et l'ornementation du nouveau géant. Nous publions en entier cette pièce intéressante, inédite et très probablement perdue (■).
(1) Registre des comptes communaux. Bouwmeester, 1634-35, f° 58.
(2) Bouwmeester, 1700-01, P 46. (Texte reproduit par Bamps et Qeraets.)
(3) Bouwmeester, 1639-40, f° 91. — Cfr E. Geraets, Hasselt sous les Princes- Èvêques de Liège, dans le Bulletin des Mélophiles, 1888, t. XXIV, p. 39. Une courte relation de cette entrée se trouve dans le registre de la Chambre de rhétorique. Cfr Bulletin des Mélophiles, 1866, t. III, p. 106; 1907, t. XXXIX, p. 27 et notre monographie de la Roode Roos.
(4) Pour ces années 1497, 1635, 1640 et 1701, voir supra le texte justificatif.
(5) Cette pièce nous fut communiquée par feu M. le député Djef Anten. Lors
LE LANGEMAN OU GÉANT HASSELTOIS. 27
Extraordinaris costen gedaen toteer der stadt en der gemeynte van Hasselt duer die camer der Rhetoryken op die algemeyn feest ende kerckwijinge des Jaers XVI'^ drijendartich, diewellicke tôt last van dieselve stadt moeten betaelt worden.
Item is daer een extraordinaris statue oft figure gemaeckt, dienende om jaerlycx den omganck te verciren, die weliicke gecost heeft :
eerst voor den mandenmaker voor 't corpus, vyf guiden, Ihien st. br. V g. X st. br.
't fatsoen der tronie ende handen, ses guiden brab. VI g. br.
syn cleedingtie cost tsamen twee entwintich guiden thien st. br. XXII g. X. st. br.
D' lywaet ende maeckloon van den farredon cost twea guiden twelf st. bb II g. XII st. br.
Mr. Thomas Morren voor die schilderye van die figure en der stadt van synen arbeyt vyfftien g. bb. XV g. bb.
Ende voor 't stellen ende rechten ses guiden achttien st. bb. aen den selven Morren VI g. XVIII st. bb.
Le nouveau colosse ne vécut pas longtemps ; il n'atteignit pas même sa trentième année. En 1662, maître Vanderlocht reçut 48 florins pour la construction d'un nouveau géant et Willem Vos, 3 florins 20 sous pour son habillement :
Den 13 ditto (octobris) aen Mr Steven Vanderlocht voer arbeyt ende toebehoorten voor het maecken vanden grooten man, luyt cedule ende specificatle 48 g.
Item aen Willem Vos voor frainien ende stoff verbruyckt aen den grooten man, luyt cedule
Au XVII^' siècle, les renseignements sont rares. Nous savons que le géant sortit en 1701 ; nous apprenons par un petit livre qu'il prit part à la procession de 1714 (-)•
Pendant les années de trouble qui terminèrent ce siècle, le
du classement des papiers laissés par le défunt et de leur transfert aux archives communales, le document doit malheureusement s'être égaré.
(1) Bouwmeester, 1662-63, \° 54 v°.
(2) Onze-Lieve-Vrouw van Hasselt, behelzende de geschiedenis van het mirakuleus beeld... door P. F. A. Vendrickx, fol. 142. Saint-Trond, 1867. — Dans sa description du cortèg? religieux, l'auteur cit? comme quatrième groupe : « Het Herf, daarna de reus Goliath, door David verslagen, etc. »
Langeman ne doit pas avoir fait de fréquentes sorties. Vers 1790, la chambre de rhétorique représenta une pièce intitulée : Jozef in Dothan. Le large manteau du géant dut servir à l'habillage des acteurs. Ce détail curieux nous est fourni par une chronique rimée, récemment retrouvée dans les archives de la rhétorique ('). Voici le passage qui y fait allusion :
Het praalkleed van den man dat hebben zijne Heeren Misschien, zoo ik wel denk, uit gunste gaan vereeren Aen vader Jacob zoons, in Dothan toen ter teid Waer de Egyptisch scheer uit een thien kleeren sneidt.
Or, la sortie d'un « ommeganck » est proche, et le géant ne pourra pas prendre part au cortège, faute d'habits:
« En bloot naeckt als een worm kan hij ter feest niet gaen »,
disent les bonnes gens, tandis que quelques esprits plus gaulois ont trouvé une solution passablement « jordaenesque » :
Dan roepen andre weer, daar is al raad geslagen, Hij gaat met bioote vot hem zetten op een wagen In een gesioten kas en steilen in 't fatsoen Als in het Akcas bad de sweetbehoevers doen ; Of op een kakkendoor kan hij te voorschijn komen Al net of hij gelap met pond had ingenomen. Hij kan tôt meer gemak ook een gordein omhangen, Waaronder neergebukt hij toont zijn achterwangen In form van vollemaan, thans zuiver ende net Juist of een laxatief, hem noodig, was gezet.
Tout nous porte à croire que le Langeman ne figura pas dans le cortège en question. Enfermé au local de la « Roode Roos », dédaigneusement relégué au grenier, le dernier géant de l'ancien régime mourut misérablement, en partie dévoré par les rats.
Sous l'Empire, l'ancienne chambre de rhétorique, qui avait, depuis des siècles (-), la garde du colosse, se reconstitua et résolut de refaire son Langeman. Elle s'adressa à Melchior Tieleman, élève de David et directeur de l'école de dessin. Une tuilerie servit
(1) Mince liasse de papiers, couverts d'amplifications rimées ayant pour objet le Langeman. Au dos d'un feuillet, on rencontre l'indication : Rhetoricas-biir en andere Reckeningen, et la date 1790.
[2) Probablement depuis sa fondation, en 1515. Auparavant ce privilège appartenait au Métier des fèvres. A partir ùi 1513, il n'est plus question du « Goliath » dans les registres de cette corporation.
LE LANGEMAN OU GÉANT HASSELTOIS. 29
d'atelier. Au lieu de reproduire l'ancien modèle, représentant le géant debout, l'artiste s'inspira de VAntigon d'Anvers et assit son personnage sur un char, qui devait être traîné par quatre chevaux.
C'est le dernier représentant de cette lignée de géants.
Nous n'essayerons pas d'énumérer toutes ses sorties ; nous nous bornerons à signaler les principaux événements auxquels il assista.
En 1829, il vit l'entrée de Guillaume I^-^^ (i) ; en 1847, il prit part à l'inauguration du premier chemin de fer limbourgeois (') ; l'année suivante, il participa au cortège des géants, organisé à Bruxelles (O; huit ans plus tard, il accueillit le roi Léopold I*^"" dans notre ville.
Très abîmé par ces sorties, il fut restauré, à la demande générale, par la rhétorique (^). il put ainsi prendre part à la cavalcade de 1865 — une sortie ignorée de ses biographes (■) — et, l'année suivante, à la joyeuse entrée de Léopold II. « Afin de permettre au géant, installé sur la Grand'Place, de suivre des yeux le cortège sur tout son parcours, on rendit sa tête mobile ("). »
Une dernière restauration eut lieu en 1888. Elle permit au Langeman de figurer dignement dans le cortège des géants , à Bruxelles. Il y retourna en 1905, pour célébrer le 75'-' anniversaire de notre indépendance nationale. Ce fut son dernier voyage.
A côté de ces sorties extraordinaires, l'illustre géant, dûment
(1) E. Geraets, Hasselt sous le règne de Guillaume F'', paru dans le Bulletin des Mélophiles, 1891, t. XXVII, p. 90.
(2) Cette sortie fut commémorée par le rimeur populaire P.-J. Thys, plus connu à Hasselt sous le sobriquet de Kromme Joseph, dont Bamps et Geraets nous ont conservé les vers {art. cité, p. 28,'. Nous en publions le début à la page suivante, note 2.
(3) E. Geraets, Hasselt sous Léopold l"', dans le Bulletin des Mélophiles, 1892, t. XXVIII, p. 36.
(4) «Séance du conseil du 18 mai 1863. — Le conseil, s'occupant de la restauration du Langeman, demandée par une foule d'habitants de la ville, décide de faire cette restauration et de solliciter un subside du conseil communal pour couvrir une partie des frais qu'entraînera cette restauration >. Société royale de musique et de rhétorique ; Registre aux procès-verbaux. (Registre in f° commencé le 22 janvier 1858, conservé aux archives de la société).
(5) « Séance du conseil du 16 février 1865. — Le conseil, répondant à une invitation lui adressée par le comité organisateur de la cavalcade de la mi-carême au profit des pauvres de la ville, décide de prendre part à cette œuvre de bienfaisance ; qu'à cette fin, le Langeman de la société figurera dans le cortège, que ce personnage historique sera restauré au moyen du produit d'une liste de souscription que MM. les commissaires présenteront à la signature des membres; que l'orchestre costumé accompagnera le char». Procès-verbaux... {Reg. cité).
(6) Bamps et Geraets, art. cité, p. 28.
30 J. QESSLER.
invité (0, assistait régulièrement aux fêtes septennales en l'honneur de la Sainte Vierge (-). Il y présidait la distribution de la soupe aux pois, préparée par les membres de l'antique confrérie de Virga Jesse.
Des vers composés vers 1790 en l'honneur du géant font allusion à cette coutume.
Het Hasselts lustrum teit een jaarteid net van zeven, Wanneer daar een legaat doet spek en erten geven, 't Welk scheint uw gild beroept met een beveelend'last Dat eenen Langenman de eer der sopkom past, Die deftigleik gekleed met al de gildeleeden D'uitdeeling dezer gift moet komen toi te treden En clausuleert daarbei dat zonder Langenman Rhetorica geen spek of ert bekomen kan.
La dernière sortie du géant à cette occasion date du 26 août 1912.
De nos jours, le Langeman porte, à côté de son nom bien flamand, l'appellation ronflante de don Christophe.
Ce nom ne se rencontre jamais dans les textes les plus anciens. Le géant y est appelé Goliath, coninck, reus, groote man, Lange-
Ci) « Séance du conseil d'administration, convoqué d'urgence le 12 aoiît 1870, afin de prendre une décision au sujet de la lettre suivante :
A Messieurs les Membres de la Société de Rhétorique. Messieurs, J'ai l'honneur de vous informer que cette année, comme cela se fait à chaque fête de la septième année, une distribution de soupe aux pois et au lard sera faite le mardi 16 août, dans la rue de la Chapelle, par les soins de MM. les membres de la Confrérie Virga Jesse, à onze heures du matin. J'ose espérer, Messieurs, que cette fois-ci, comme cela s'est fait de temps immémorial, Don Christophe voudra bien venir prendre sa part de cette distribution et par là rehausser la fête. Agréez, etc.
Le Révérend Père Gardien des Pères Récollets. Le Conseil décide que, l'invitation étant arrivée trop tard, il est impossible à ce que le Langenman soit restauré et mis en état de paraître en public pour la date indiquée. Il sera répondu en ce sens aux R. P. Récollets ». Procès-verbaux, ... (même registre).
(2) La poésie de P.-J. Thys, alias Kromme Joseph, débute par une allusion à ces sorties septennales.
» Don Christof is zeer verblijd, Dat hij heeft een verlof Van twee jaren voor zijn tijd, Te komen uit zijn hof ; Want hij mag aile zeven jaer Maar eenmael buyten trëen.
En zijn laetste keer, 't is waer, Is reeds vijf jaer gelëen ».
LE LANGEMAN OU GÉANT HASSELTOIS. 31
man et, dans le compte de 1633, farredon {-= Pharaon?). Cette appellation est donc relativement récente. On l'attribuait généralement à P.-J. Thys, dans une poésie de 1847 dont nous avons reproduit le début, mais elle remonte au siècle précédent. Nous l'avons retrouvée dans les vers que le rimeur inconnu de 1790 dédie à son gigantesque compatriote.
Gij maakt de eer der Roozen schaar, En ook den pronk van 't hazelaar.
Ja, zoodra men U ter straat komt zien Qaat Heer en boer U groeten bien.
En klein en groot en scheef en krom Roept : Don Christoph, wees willekom ! »
Pour expliquer cette dénomination, il n'est pas nécessaire de recourir — comme le font nos prédécesseurs — à une « tradition populaire » (née souvent pour les besoins de la cause) « consacrant le souvenir d'un noble espagnol, don Christophe, qui, pendant une année de disette, se distingua par ses largesses... » d'autant moins que « les archives communales n'ont malheureusement recueilli aucun document se rapportant à ce philantrope légendaire » (0-
Les distributions de vivres sont trop conformes aux mœurs du moyen âge pour qu'il faille créer de toutes pièces un « noble espagnol » ; quant au nom de Christophe appliqué au géant, il n'a pas de quoi nous étonner. C'est une appellation générique, tout aussi naturelle que celle de Goliath, Hercule', Titan, Antigon, etc. S. Christophe (ou Christophore) est le prototype chrétien du géant: ses représentations plastiques, tant artistiques que populaires, sont très nombreuses chez nous. Pour les premières, je rappellerai le S. Christophe de V Adoration de l'Agneau, dans le groupe des pèlerins, et les tableaux célèbres de Memlinc et de Q. Metsys, ainsi que le Th. Bouts cité par Fierens-Gevaert (-) ; pour les secondes, je renvoie au savant ouvrage du baron de Reinsberg- Diiringsfeld i(').
Nous terminons ici notre trop longue étude. A côté de son intérêt folklorique, l'ampleur du personnage justifiera l'étendue de sa notice biographique.
J. Gessler, Professeur à l'athénée royal de Hasselt.
(1) Bamps et Geraets, art. cité, p. 25.
(2) Fierens-Gevaert, Les primitifs flamands, t. I, p. 76. Bruxelles, 1909.
(3) DE Reinsberg-Dûringsfeld, Calendrier belge, t. Il, p. 62. Bruxelles, 1862.
Nederlanders in Tirol rond i5oo.
De reiziger die Tirol's hoofdstad, Innsbruck, ook maar terloops bezoekt, vergeet nooit, getrouw aan de aanwijzingen van zijnen «Reisgids», een oogenblik te gunnen aan de «Hofkirche», de Franciskanenkerk, en aan het grafmonurnent van keizer Maximiliaan I. Onuitwischbaar is de indruk bij 't zien van het léger bronzen geharnaste krijgers of stijf gekleede damen, 's keizers ware of gemeende voorouders, die rond zijn praalgraf de wacht houden. Welhaast echter wijdt de bezoeker gansch zijne aandacht aan het mausoleum zelf, aan het bronzen beeld des vorsten, geknield en in gebed verslonden, beeld, dat, naar 't schijnt, te Antwerpen vervaardigd is ('), aan de witmarmeren tafereelen vooral, die op den z.warten steen als zoovele lichtvlekken in de duisternis uitsteken. Uren en uren zou men in stille bewondering kunnen doorbrengen voor elk van deze schilderijen, en de heldendaden herdenken en medeleven van den «laatsten ridder », zoo nieesterlijk uitgebeiteld. Slechts dit kort opschrift : « Alex. Colins mechlin. fecit », Alexander Colins van Mechelen heeft dit werk gemaakt. Beschikt de reiziger over een paar dagen en nemen aile mogelijke uitstapjes zijnen tijd in beslag, dan gebeurt het, dat hij, op eene eenzame wandeling, den doodenakker betreedt : in eenen hoek vindt hij eenen ouden grafzerk, overblijfsel van het oude kerkhof. Onder een groot kruisbeeld staat volgende aanduiding gegrift :
Alexander Colin Maria Colinin
der ernvest vnd kvnstreiche biidhaver geborne Fiieshaverin
von Mechein, so anno MDCXII den die ehrentvgenthafte frav isden anderen
XVII tag Avgvsti hier in Gott entschiaf- Yvli MDXCIV hier in Gott seelicklich
fen ist. verschieden.
(1) Nog een der andere beelden komtuit Nederland. « Erwahnenswerth diJrfte es aber sein, dass zwei der Erzbiider in den Niederlanden hergestelU werden sollten und dass darunter wohl die Statue des kaiserlichen Slifters seiber war >. « Bei des Ziegiers Meister zu Antwerpen » soi! der Mante! zu des Kaisers « Bildnisz des Grabs » besteiit werden. Cfr H. Ulmann, Kaiser Maximilian I, b. II, bl. 758. Stuttgart, 1891.
De assche van den kunstenaar, die onze landgenoot was, wacht daar onder de gewijde aarde, den dag der verrijzenis af (').
Op de datums van Colins leven alleen gelet, zou zijn naam niet in deze bladzijden mogen voorkomen ; doch de beeldhouwer heeît het meesterwerk vervaardigd ter verheerlijking van den keizer, die in de jaren waarvan we gewagen, den schepter droeg in Duitschland, en heeft slechts het voorbeeld nagevolgd van vêle andere Nederlanders, die hun vaderland verlaten hebben om in den vreemde, ook in de Aipenstreken, arbeid, kost, geld en roem ook misschien te zoeken.
In dit opstel willen we slechts eenige gegevens nopens het vertoeven van Nederlanders in Tirol rond 1500 verzamelen ; de meeste bijzonderheden danken we aan de archieven van Innsbruck en Weenen. Let wel dat we noodzakelijker wijze landgenooten overslaan : voor vêle personen wordt geen nationaliteit opgegeven, en hoe dan onze voorouders herkend ?
De reizen der vorsten en hun gevolg stippen we slechts aan in in 't voorbijgaan. Zoo verbleef Filips de Schoone in Tirol in 1496 (0 en in 1503 (0-
Toonzetters en kunstenaarsontmoeten we, zooals Heinrich Isaak, uit Vlaanderen afkomstig, kapelmeester van keizer Maximiliaan (t 1517), en Arnolt van Bruch, rond 1480 te Brugge geboren, kapelmeester van Ferdinand I (t 1536 te Weenen). Noemen we nog eenen beeldhouwer, die even als Colin ook een praalgraf, dat van
(1) Een ander tafereeltje van Colins grafsteen, dat men meer op dit tijdperi< behandeid ziet, vertoont een half vergaan lijk, door wormen aangetast : daar boven ieest men :
« Aile die in fir yber ghet, gedenckht, bit ich, wies mit uns stehet ; was ir seit sein gewesen wir, was wir sein, wert aucti werden ir ; sich di ir suecht vil freidt auf erden, al! unsers gleiciien werden, ein totten corpi, wie wir eben, vielleicht morgen den geist aufgeben».
(2) « Dat icli by uwer genaden bevele aliiier in desen uwen lande van Tyrol gecommen ben ». Brief van aartshertog Filips aan zijn vader Maximiliaan, 26 Aug. 1496. Weenen, KK. Haus-, Hof- und Staats-Archiv. Maximiliana, 1496. Cfr Das Jagdbuch Kaiser Maximilian's I, herausg. von Mayr, Einleitung, p. XV; aangeiiaald door Max Straganz, Hall in Tirol, b. I, bl. 160, 161. Innsbruck, 1903.
(3) Gachard, Collection des voyages des souverains des Pays-Bas, (Commission royale d'histoire, in-4°), b. I, bl. 304, 308, 324. Bruxelles, 1876.
Den 14 November 1504 schrijft aartshertog Filips aan den kanselier van Tirol dat hij hem zijnen trouwen dienaar, Willem Pinson zendt. Weenen, KK. Haus-, Hof- und Staats-Archiv. Maximiliana, 1510.
34 J.-B. GOETSTOUWERS.
Frederik III in den Stefansdom te Weenen, ten minste gedeeltelijk gebeiteld heeft : Nikolaas Lerch van Leiden, in 1493 te Weenen overleden.
Onder de ontelbare scharen krijgslieden, die in den loop der tijden door Tirol naar Italie, vooral door den Brennerpas, afgezakt zijn, waren gewis meer dan eens Nederlanders, zelden toch kan men het met zekerheid aanwijzen. Den 23 Februari 1493 bekennen Willem Grawert van Haarlem in HoUand en Peter Weiszweber, hoofdlieden, op bevel van den Roomschen Koning Maximiliaan, uit het tuighuis te Innsbruck ontvangen te hebben twee honderd spiesen en spiesijzers om er twee honderd krijgslieden mede uit te rusten. Dat volk moeten ze ten strijde voeren naar Napels. Zij beloven « nach unserem vermugen », voor zooveel het in hunne macht is, te zullen beletten dat de bende al roovend en plunderend door het land trekke('). Wat werd er van den Nederlander? Van waar kwamen de manschappen waarover hij kommando voerde? Wat is er van hem geworden ? Wij weten het niet ; slechts de doortocht van onzen landgenoot vinden we vermeld.
Den 17 September van 't zelfde jaar 1496 bekent de meester van het tuighuis te Innsbruck ontvangen te hebben van « Perswal Pognmacher awsz Flandernn », twee duizend pijlijzers voor de handbogen met platten punt en twee duizend met ronden punt, en vijf honderd « mit schwanfedern » om op de harnassen te schieten, en nog eene menigte andere kleine zaken (-).
Ëenige jaren later, in 1503, schreef Maximiliaan aan zijnen zoon Filips den Schoone om hem te vragen het geschut, waarover hij in de Nederlanden beschikt, naar Duitschland en Oostenrijk te zenden; het moet dienen tegen de Turken en tegen Italie ; later zal het naar Nederland teruggevoerd worden (•').
Niet alleen krijgslieden, niet alleen kunstenaars kwamen over naar de Alpenlanden. Zou het te veel gewaagd zijn te zeggen dat de meeste bezoekers kooplui waren, die naar Venetië togen of er van daan kwamen, of pelgrims, die naar het Heilige Land of in de Eeuwige Stad hunne godsvrucht gingen voldoen ? Voor de eersten was de baan door het Beiersche Hoogland wel de kortste en gemakkelijkste, voor de laatsten, wegens de onzekerheid der tijden en de menigvuldige oorlogen tusschen Frankrijk en het Keizerrijk, de weg die het minste bezwaren opleverde.
(1) Innsbruck, KK. Statthalterei-Archiv, Schatzarchiv, n° 8597.
(2) Weenen, KK. Haus-, Hof- und Staats-Archiv, Maximiliana, 1496.
(3) Ibid., 1503.
NEDERLANDERS IN TJROL ROND 1500. 35
Aartshertog Sigismond van Tirol (') heeft drie mannen, waaronder zekeren Servaas van Brussel in Brabant, doen gevangen nemen. Wat de reizigers of kooplui misdaan hadden, wordt niet vermeld. Na eenigen tijd werden ze weder op vrije voeten gesteld, doch moesten, volgens het toenmalige gebruik « Urfehde » zweren, dat is, bij God en zijne Heiligen plechtig beloven geene schadevergoeding voor de gevangenneming te zullen eischen of nemen, noch te zullen gedoogen dat iemand anders dusdanige aanspraken in hunnen naam zou doen gelden. Verslag hiervan werd opgesteld en bezegeld op zondag voor Valentini (11 Februari) 1487 (').
Heel aardig is het na te gaan welke steden en vlekken deze reizigers op hunnen tocht aandeden. Natuurlijk kan men verschillende wegen uitdenken, vooral waar 't er op aan komt het vlakke land door te trekken, — en dan nog volgen pelgrims en kooplui gewisse banen, — maar heeft men met eene bergstreek te doen, dan schiet er dikwijls al heel weinig keuze over : de straten volgen de valleien en om van het eene dal naar het andere over te steken bieden de bergpassen de geschikte gelegenheid. Eene goede, duidelijke kaart nu van de Aipen toont dat de gemakkelijke en bruikbare passen tusschen Duitschland en Italie erg dun gezaaid zijn. De groote weg van het Zuiden naar het Noorden, van ouds af gevolgd, is de Brennerbaan, die van Trente over Bozen, Brixen en Stertzing, haar hoogste punt bereikt in de Brennerengte(1370 M.) en te Innsbruk in het Inndal uitkomt. Een andere weg, tôt Bozen toe identisch met den voorgaanden, slaat daar eene westelijke richting in, volgt den bovenloop van de Etsch tusschen de Ortleren de Oetztaler Alpen en loopt ongeveer te Finstermiinz in het Inndal uit (Finstermiinz-Pass). Om de bergketen op den linker Innoever over te trekken beschikt men ten Oosten van Innsbruck over de Innvallei zelf, een weinig ten Westen der stad over den pas, die van Zirl uit naar de Porta Claudia te Scharnitz stijgt, en nog wat verder op, bij Imst, over den Fernpass.
Zijn « dévote manière om gheestelijck Pelgrimagie te trecken tôt den heilighen lande... » (') deelt Jan van Paesschen in365dagen
(1) Sigismond, aartshertog van Oostenriji<, graaf van Tirol, geboren in 1427, deed in 1490 afstand van zijne bezittingen ten gunste van Maximiiiaan, en stierf in 1496.
(2) Innsbruck, KK. Statthaiterei-Archiv, Schatzarchiv, n'' 7058.
(3) Jan van Paesschen, Paschasius, Pasqua of de Malinis, carmeiiet (f 1532). De eerste druk van zijn werk verscheen in 1563, dus lang na zijnen dood. Schrijver heeft, volgens de voorrede, gebruik gemaakt van de reisverhalen van pelgrims die Palestina bezocht hebben. Jan Wa»t, Holiandsch dominikaan,
36 J--B. GOETSTOUWERS.
in. De eerste dagreis gaat van Leuven naar Thienen, de negende brengt den pelgrim tôt Mainz, de negentiende tôt Innsbruck, de dertigste tôt Venetië, van waar de vaart ter zee begint. Tirol schijnt dus op den gewonen weg gelegen te hebben. In 1481 gaat Josse van Ghistele, burger van Gent, naar Rome en Palestina, door Beieren en Lombardije, en Pieter de Smet, genaamd van Steebroeck, burger van Brussel, vertrekt in 1505 over Thienen, Duitschland en Venetië naar het Heilig Land ('). Jan van Sciiorel reist in 1520 met een groot gezelschap Nederlanders, meest uit Utrecht, over Venetië naar het Oosten (■')•
In het Staatsarchief te Weenen troffen wij ook een stuk aan dat ons heel nauwkurieg over den weg inlicht. Het is een enkel blad papier, dat vroeger in vier gevouwen geweest is en door een paar zwart-bruine plekken getuigt meer dan eens ter hand genomen geweest te zijn, en verkeerd te hebben in jas- of broekzak. Wie 't geschreven heeft is onmogelijk te weten te komen oî ook maar te gissen ; genauw het jaartal bepalen is eveneens moeihjk, doch en papier en geschrift wijzen het stuk terug op de laatste jaren der vijîtiende eeuw of op de eerste der zestiende (•^). Als titel voert het papier : « Le voiage de Rome commenchant à Louvain. » Meent echter niet met een eigenlijk reisverhaal te doen te hebben. 't Is een droge wegwijzer met den naam van dorpen en steden en hunnen onderlingen afstand in mijien aangeduid. Ook is deze laatste opgave niet streng mathematisch : onze leidsman rekent maar met voile mijien, kleinere afstanden komen nietinaanmerking.
Onze reiziger (moeten we zeggen misschien, koopman oî pelgrim ?) vertrekt dus uit Leuven ; achtereenvolgens trekt hij over Thienen, Sint-Truiden, Tongeren, Maastricht, Gulpen, Aken, Langerwehe, Duren, Sinsig, Andernach, Coblenz, Boppard, Bingen
bezocht het H. Land in 1519; Meester Arent Willemsz van Delft, in 1525. De uitfjever van de « Pelgrimagie ... tôt den heiligen lant ... > draagt liet werk op aa 1 Katharina Brussaert. abdis van 't cisterciënser klooster Binderen bij Helmond, wier broeder 't Heilig Land bezoclit had in 1527.
(1) J. DE Saint-Geko;s, Les voyageurs belges du xnf au xvi^ siècle, bl. 158, 199. Bruxelles, 1846. — Pater Bernardinus Surius die in 1644-47 het Heilig Land bezocht, vertrekt over F.ankrijk, hij komt terug per schip tôt Livorno en reist over Innsbruck, Mûnchen en Keulen naar Brussel. Cfr « Den godvruchtigen Pelgrim ofte Jerusalemsche Reyse ... door den E. P. Bernardinus Surius, tninderbroeder recollect ... 1649 » (meermaals herdrukt'.
(2) N. DE RoovER en G.-J. Dozy, Het leven van onze voorouders, b. III, bl. 139. Amsterdam, z. j.
(3j Weenen, KK. Haus-, Hof- und Staats-Archiv. Undatirte Maximiliana.
Worms, Spiers. Deze afstand beloopt vijf en vijftig mijlen. Hier onderbreekt schrijver een oogenblik zijne opsomming om ons te zeggen dat nien een halve uur voorbij Spiers den Rijn oversteken moet, wat eenieder zes Rijnsche duiten te staan komt. Dan gaat de tocht verder over Bruchsal, Bretten, Fahingen, Cannstatt, Esslingen. Gôppingen, Geislingen, Ulm, Memmingen, Kempten, Nesselwang, Vils, Heiterwang, Bichelbach, Lermoos ; afstand: zes en dertig mijlen. Hier nogmaals eene opmerking : « De là montés au Mont Vernard qui dure 2 lieuwe. » Is het een uitstapje, waar hier spraak van is, of is het de tocht die verder gaat over den Fernpass, naam geheel verkeerd verstaan ? Men zou geneigd zijn het eerste aan te nemen, want de opsomming gaat voort : « De Laryns (Lermoos) à Nazareth (Nassareit) 2 lieuwe. » En nochtans slechts twee mijlen rekenen van Lermoos tôt Nassereit is misschien wel een beetje kras. Daarna gaat de opsomming weer eentonig voort : Imst, Landeck (Landijck zegt de schrijver cens ; was 't misschien een Vlaming ?), Prutz, Pfunds, « Sevenkerke », Schlanders, Naturns, Meraan, Terlan, Tramin, S' Michèle, Trente. De afstand bedraagt drie en dertig mijlen. Hier houdt de wegwijzer tôt ons groot spijt op : 't was wel niet veel wat hij ons te kennen gaf, maar 't was toch iets. Op de keerzijde van het blad lezen we nog : « Le premyer dépensse de bouche. Premyèrement ledyenneur à Mastret, LX gro. Le Deyemenche à Galop XVIII gr. » En 't is ailes. Op te merken valt vooral dat de reiziger over den Fernpass en door de Vintschgau trok.
Ook de kooplui schijnen deze baan gekend te hebben. In 1487, ter gelegenheid van de vijandeiijkheden tusschen Oostenrijk en Venetië, deed aartshertog Sigismond van Tirol beslag leggen op de koopwaren van eenige Nederlanders, die op dat oogenblik door zijn land vervoerd werden. Alzoo werden vier balen koopwaren, uit Vlaanderen en Brabant naar Venetië verzonden, door heer Gaspard von Laubenberg aangehouden en op het slot Wagegg in veiligheid gebracht. Zeven balen, insgelijks op weg naar het Zuiden, werden door de kooplui zelf te Kempten ondergebracht, en negen balen Venetiaansche waren voerden de kooplui in de richting van Vils tôt den heer von Hogenegg. Ook op deze goederen werd beslag gelegd.
Nu hebben we Vils en Kempten al op den weg van den reiziger naar Rome aangetroîfen. Wagegg ligt iets noord-oostelijk van Kempten, dus ook daar oî omtrent op den aangeduiden overtocht der Alpen.
Op voorspraak van koning Maximiliaan, wiens onderdanen de
38 J.-B. GOETSTOUWERS.
kooplui waren, en onder eed dat de goederen niet aan Venetianen toebehoorden, werd het arrest opgeheven. Een verslag van het gansche verloop der zaak werd opgesteld en de negen kooplui zelten hunne naam met hun handteeken onder op de oorkonde. Het waren de volgende zes uit Brugge : Andries Houtmart, Steven de Greeff, Guidotto Strabant, Gautier Doiselart, Toemaes Goetscalc, Janciaen Janet, en uit Antwerpen : Cornelis van Bemberch, Lottin van Bemberch en Willem Liberme (0-
Rond denzelfden tijd, in 1494, wordt er in oorkonden gewag gemaakt van gewissen «Wilhelmus de Delfft, mercator alamanus ». Keizer Maximiliaan richt ten zijnen gunste een schrijven aan den paus. De koopman is benadeeld geweest en lastig gevallen door lieden uit Venetië, die van hem, gansch ten onrechte, eenige sommen gelds eischen. De keizer durft hopen dat de rechtbank der Rota, tôt wie de koopman zich gewend heeît, de beslissing van het geding niet aan andere rechters zal overlaten, en ook dat klager niet, zooals voorheen reeds voorgevallen is, zijne hâve en goed verbeurd zal hebben, zonder dat men ook maar den schijn van schuld aanbrengen kon. Waarschijnlijk kwam na zoo hoog eene voorspraak en tusschenkomst de koopman er goed af (-).
Personen ook uit de hoogere standen kunnen we in Tirol nawijzen. Onder de krijgsgevangenen voor welke de Hochstetters rond 1515 rantsoen betalen aan Venetië, wordt een heer de Croy genoemd (^). In 1496 had Filips de Schoone in 's keizers naam den rijksdag te Lindau plechtig geopend. Welhaast echter werd hij naar de Nederlanden teruggeroepen door de aankomst zijner vrouw, Johanna van Spanje, die hij door gevolmachtigden gehuwd had, en het vertrek zijner zuster Margaretha, gemalin van prins Jan van
(1) De kooplui beloven ook geene schadevergoeding te zullen eischen, noch wraak te zullen nemen. — Geen woord wordt er gerept van de natuur der koopwaren. In een Italiaansch stuk van 1504-1506 wordt vermeld de aankoop in Tirol van : « Item una alna e meza di tela di Olanda > en van « cendal nigro torto ». Weenen, KK. Haus-, Hof- und Staats-Archiv. Maximiliana, 1504.
Di handteekens van Andries Houtmart en Steven de Greeff, en die van Toemas Go2tscalc en Janciaen Janet zijn dezelfde ; Houtmart heeft waarschijnlijk voor de Greeff geteekend, zeker heeft het Goetscalc voor Janet gedaan.
Innsbruck, KK. Statthalterei-Archiv. Schatz-Archiv, n" 2327., orig. perkament met het welbewaard zegel van « Ritter Herr Jôrg Rottaler ».
(2) Weenen, KK. Haus-, Hof- und Staats-Archiv, Reichs-Registratur, t. II, fol. 137 r". Worms, den 17 Me! 1494.
(3) Jbid., QQ., fol. 363 u^ 't Losgeld beloopt 300 dukaten.
Spanje. Lodewijk Pynnock, ridder, meier van Leuven, zou hem verder vertegenwoordigen (\).
In 1506 zag Tirol de afgevaardigden der Staten-Generaal der Nederlanden bij den keizer. De wettige heer en vorst Filips de Schoone was den 22 September plotseling te Burgos overleden ; er moest beraadslaagd worden over de voogdij en het regentschap gedurende de minderjargheid van den wettigen vorst der Nederlandsche gouwen, aartshertog Karel, den lateren Karel den Vijfde. Zulke vergadering was niet overbodig. In 1482 immers, bij het afsterven zijner vrouw, Maria van Burgondië, had men aan Maximiliaan het recht betwist voogd over zijne eigen kinderen te zijn, recht dat, volgens zijne meening, hem als vader toekwam, en jaren had hij moeten strijden om dat recht van allen erkend te zien. Nu ook liep niet ailes vlot van stapel. Eindelijk op voorstel der Staten van Holland en Brabant werd er besloten een gezantschap te zenden naar den keizer : Maximiliaan zou voogd en régent zijn. Den 16 november 1596 begon de reis naar Duitschland. Henegouwen en Namen waren het niet gansch eens met het plan en zonden een afzonderlijk gezantschap, dat door den keizer den 30 Januari 1507 te Imst in gehoor werd ontvangen (-').
Moesten wij een weinig onze opzoekingen voortzetten, hoogst waarschijnlijk zouden we de lijst der Nederlanders in Tirol rond 1500 kunnen verlengen. Doch zoo iets lag eigenlijk niet in ons plan. Daarenboven 't zou uiterst eentonig kunnen worden, en in aile geval , naast de weinigen, wier tegenwoordigheid door een gelukkig toeval opgeteekend werd, zouden we er nog, zonder twijfel, honderden voorbijgaan, wijl nooit hun naam geboekt werd. 't Weze ons genoeg door eenige feiten en aanhalingen getoond te hebben dat de betrekkingen tusschen Nederland en Tirol rond 1500 en menigvuldig waren en van den verschillendsten aard.
J.-B. GOETSTOUWERS, Doktor in wijsbegeerte en letteren.
(1) H. Ulmann, Kaiser Maximilian I, b. I, bl. 523. Stuttgart, 1884. Weenen, KK. Haus-, Hof- und Staats-Archiv, Undatirte Maximiliana. — De meier van Leuven moet de zienswijze volgen van den aartsbisschop van Mainz. Filips overigens « sey geslossen zu hanndein umb den nutz des Kunings und des Reichs, sunderlich umb vermerung unseres heiiigen cristen glaubens, mit seinem leib und mit allem dem das im Got verlihen hab », en verzoekt de vergaderde vorsten « das ein jegelicher auch also tun welle ».
(2) H. Ulmann, Kaiser Maximilian l, b. II, bl. 295 vgg. Stuttgart, 1891.
Une résidence de Charles V.
Si le recul des années relègue notre vie universitaire dans un passé dont chaque jour nous éloigne davantage, il n'a point de prise sur le souvenir fidèlement gardé à des maîtres vénérés, à leur enseignement, voire même à leurs prédilections scientifiques. Ainsi nous rappelons-nous l'attirance qu'exerçaient sur M. Charles Moeller la figure de Charles V, son entourage, le début de son règne. La science historique a bénéficié de ces préférences : elle leur doit notamment le vivant tableau qui retrace l'existence de la sœur aînée de Charles, Éléonore d'Autriche ('). N'est-ce point sous la même inspiration que l'un des élèves d'antan débuta dans la carrière de l'historien et écrivit son étude sur La cour de Charles V (-) ? Nous engageant dans le sillage tracé par celui auquel nous dédions ces lignes, nous voudrions apporter notre modeste part dans la reconstitution du milieu où grandit le futur empereur d'Occident.
Jusqu'en 1515, la jeunesse de Charles s'écoula pourlaplusgrande partie dans les murs de la ville de Malines.
S'il fallait prouver que la cité en garda le souvenir, il suffirait de rappeler qu'en cette année même elle ressuscita ces jours glorieux dans un somptueux cortège historique et fit défiler sous nos yeux Maximilien d'Autriche et le cardinal de Sainte-Croix, visitant à Malines, en 1508, lagouvernante Marguerite, Charles et ses sœurs, pour aller en compagnie d'une brillante escorte, vénérer la madone d'Hanswijck.
A cette époque les Annales malinoises relataient des événements vieux de plusieurs siècles ; elles s'ouvrent avec l'évangélisation de la contrée au viii^ siècle par les soins de l'anglo-saxon Rombaut ou Rumold. La tombe de l'apôtre-martyr servirait de noyau à l'agglo-
(1) Ch. Moeller, Éléonore d'Autriche et de Bourgogne, reine de France. Paris, 1895.
(2) Gh. De Ridder, La cour de Charles V. Bruges, 1889.
mération malinoise. Auprès de ces restes vénérés des moines érigèrent une maison de prières signalée par le traité de Meersen dans la part assignée à Charles le Chauve (870). Aux premières années du siècle suivant, l'abbaye de Saint-Rombaut était une possession des évêques de Liège, domaine ecclésiastique ne groupant guère, en dehors de la famille religieuse, que des cultivateurs et travailleurs manuels de condition servile. Bientôt la communauté monastique fit place à un collège de chanoines séculiers. Mis en valeur par les progrès de la sécurité publique et du commerce, le portas de la Dyle devint un entrepôt florissant où les marchands se fixèrent à demeure. L'industrie prit son essor: les habitants du plat pays affluent et viennent échanger le travail de leurs bras contre la liberté personnelle et un salaire rémunérateur.
Avec le xm*^ siècle l'activité sociale et économique se fait plus intense et apporte une précision croissante aux données de l'histoire locale. Enclavés de toutes parts dans le Brabant et attachés à lui par leurs intérêts les plus vitaux, les Malinois ne se préoccupèrent pas outre mesure de garder la dépendance vis-à-vis des évêques liégeois. Ceux-ci ne trouvèrent pas un plus solide appui auprès de leurs avoués, les Berthout de la maison de Grimbergen. Gauthier Berthout témoigna nettement ses sentiments quand, à partir de 1251, il commença à s'appeler seigneur de Malines. Henri de Gueldre essaya de rétablir par la force l'autorité épiscopale, mais il échoua dans sa tentative de s'emparer de la ville. Ses successeurs aimèrent mieux se débarrasser de la gênante seigneurie : après une série de ventes à réméré, ils l'aliénèrent définitivement. Pendant la première moitié du xiv^ siècle les princes-évêques, les ducs de Brabant, les Berthout, le comte de Hainaut, le comte de Gueldre, les comtes de Flandre prirent successivement ou simultanément le titre de seigneur de Malines (')•
Les luttes communales fort violentes à cette époque contribuent pour leur part à rendre l'histoire malinoise singulièrement mouvementée. La charte brabançonne du 13 décembre 1301 et la charte octroyée le 18 mars 1305 par le prince-évêque Thibaut de Bar confirmèrent et étendirent des libertés urbaines déjà pratiquées en fait. En face de la gilde privilégiée des marchands, les gens de métier avaient organisé de bonne heure leurs groupements professionnels : dès 1254 l'association des forgerons jouissait d'une
(1) Voir notre étude sur les Aliénations de Malines au XIV- siècle, dans les Bulletins du Cercle archéologique, littéraire et artistique de Malines, t. XV, XVII, XVlll et XIX.
42 A. KEMPENEER.
reconnaissance légale. Aussi le monopole politique du patriciat subit-il de rudes assauts. A Malines comme à Liège, la victoire de Groeninghe remportée par les communiers flamands exaspéra les revendications populaires. Quelques mois plus tard éclata une insurrection dirigée à la fois contre la bourgeoisie de la ville et contre le duc Jean de Brabant. Les tisserands et les foulons, devenus fort nombreux par suite du prodigieux développement de l'industrie drapière, fournirent les contingents les plus actifs dans les soulèvements de l'âge suivant. En 1361, une révolution du commun réussit même à se maintenir pendant quinze jours à la tête de la cité ; un an plus tard, Louis de Maie eut à maîtriser de nouvelles mutineries. On signale encore une émeute au lendemain de la Joyeuse Entrée de Charles le Téméraire. Cependant la situation de la ville avait bien changé. Son sort avait été fixé par le traité d'Ath de 1357 qui l'avait attribuée à Louis de Maie. C'est, unie à la Flandre que la seigneurie entra dans la monarchie des ducs de Bourgogne. La vie municipale subsiste, elle a cessé d'être tumultueuse ; les métiers partagent désormais avec le patriciat les charges et les magistratures communales.
Le règne de Charles le Téméraire prépare et ouvre la brillante période de l'histoire malinoise qui atteint son apogée sous la minorité de Charles V. Deux actes exercèrent une influence décisive sur l'avenir de la cité.
Comparaissant en personne devant les échevins, le 5 août 1468, le duc Charles leur notifia sa volonté de constituer la seigneurie en douaire au profit de sa femme Marguerite d'York, au cas de sur/ivance de celle-ci.
Quelques années plus tard, l'édit de Thionville démembra le grand conseil de Bourgogne et conféra ses attributions financières et judiciaires à une chambre centrale des comptes et à un Parlement fixés à Malines. La tourmente particulariste que déchaîna le désastre de Nancy balaya les deux institutions. Tandis que les Gantois envoyaient au supplice le chancelier Hugonet et le sire d'Humbercourt, Malines ménageait un abri aux femmes et enfants des victimes, à Olivier de la Marche et à d'autres fidèles de la maison régnante.
Marie de Bourgogne avait fait sa joyeuse entrée dans la ville le 25 juin 1477. Marguerite d'York s'installa vers la fin de l'année dans l'immeuble qu'elle avait acquis de l'évêque Jean de Cambrai au prix de quatre mille florins d'or. Agrandi et aménagé en résidence princiére aux dépens de la commune, l'hôtel de Cambrai prit le nom de cour de Bourgogne, La présence de « Madame la Grande »
attirait de nombreux et illustres visiteurs. Les premières années surtout, des personnages princiers et des ambassades ne se lassaient pas de lui offrir les hommages de son pays d'origine. Marguerite témoignait un sympathique intérêt aux habitants de la ville ; dans ses déplacements mêmes, elle ne les perdait pas de vue, mais échangeait avec le magistrat une correspondance épistolaire dont sa santé et les événements du jour faisaient principalement les frais. On ne s'en tenait pas à une bienveillance platonique : si les Malinois accordaient sans lésiner des subsides à la princesse, lear commerce devait à son infuence de bénéficier d'un traitement de faveur sur les marchés anglais.
Le 9 janvier 1478, Maximilien fut reçu une première fois dans la ville où il reviendra fréquemment à l'avenir. La veuve du Téméraire étendit à Maximilien et à ses enfants la maternelle sollicitude qu'elle témoigna toujours à Marie de Boargogne; c'est avec un vif plaisir que, de Bruges où elle se trouvait en ce moment, Marguerite informait le magistrat de Malines de l'heureuse naissance de Philippe le Beau. L'enfant n'avait pas accompli sa deuxième année quand on vint le confier à ses soins, le 14 mai 1480. A cette heure un nouvel événement, la naissance de Marguerite d'Autriche ajouta encore aux joies de Maximilien et de Marie de Bourgogne. Bientôt survint une catastrophe : Marie de Bourgogne mourut à l'âge de vingt-cinq ans et son époux se vit aussitôt traité par les Flamands en étranger voire même en ennemi. On lui ravit ses deux enfants : Marguerite était par la volonté des Flamands livrée au roi de France tandis que Philippe le Beau devenait un otage aux mains des Gantois. C'est à Malines que Maximilien cherchait appui et réconfort : il n'y rencontrait pas uniquement l'affection dévouée de Marguerite d'York ; les Malinois. comme l'affirme Molinet, lui furent toujours particulièrement fidèles.
Au lendemain de la mort de Marie de Bourgogne, la ville reçut Maximilien avec empressement et le reconnut comme tuteur de ses enfants. En 1484 le prince allemand passa une soixantaine de jours à Malines, l'année suivante au mois de septembre il présida un conseil du pays assemblé à la cour de Bourgogne. Arraché aux Gantois et ramené auprès de Marguerite d'York, Philippe le Beau se trouvait en lieu sûr. Un échevin malinois, Philippe Kerman, seigneur de Gestel veillait tout spécialement sur le jeune archiduc qu'il fallut protéger contre toute tentative d'enlèvement. Avant son départ pour l'Allemagne, Maximilien confia son fils et les provinces des Pays-Bas au gouvernement de Philippe de Clèves,
44 A. KEMPENEER.
du chancelier Carondelet et d'Engelbert de Nassau. Olivier de la Marche fut chargé des fonctions de maître d'hôtel ('), François de Busleyden, de celles de précepteur de l'archiduc. Devenu roi des Romains, Maximilien fit une entrée triomphale à Malines, le 9 juillet 1486.
« Peu de jours après, écrit Molinet, il entra à Malines où monseigneur Piiilippe son seul unique fils archiduc fils archiduc d'Autrice, et duc de Bourgogne, illecq accompagné de monseigneur de Ravestain, des chambellans, maistres d'hostel, chevaliers et gentils'hommes de son hostel allèrent au devant pour le révérender, ensemble les habitants de la ville, tant de l'église comme ceulx de la justice, bourgeois et marchands, habitués de la couleur et pareure du roi, aux quels ils présentèrent un riche palle, et avoient faict en plusieurs carfours des rues où il debvoit passer, histoire par personnaiges, tendu le front des maisons de tapisseries et chargé de luminaires de cire, en telle abondanne qu'il sembloit que ladite ville kisist quasi esprince en feu et en flambe » [-).
On constate à trois dates différentes de l'année 1486 la présence de Maximilien à Malines. L'empereur Frédéric fut à son tour l'objet de brillantes réceptions le 1 1 septembre 1486 et le 26 mai 1 488.
Pendant ce dernier séjour l'empereur créa chevaliers Philippe Kerman et le communemaître Gérard van den Dale. Les libertés et les privilèges malinois furent à nouveau confirmés par Frédéric qui éleva la seigneurie au rang de comté le 10 janvier 1490. Si l'avenir ne ratifia point cette érection, les traces en subsistèrent dans les armoiries de la ville chargées désormais en cœur d'un écusson à l'aigle éployée de sable.
Les chevaliers de la Toison d'or tinrent leur chapitre en l'église Saint-Rombaut sous la présidence de l'archiduc Philippe du 23 au 29 mai 1491. Au nombre des quinze chevaliers qui y furent créés se trouvaient l'empereur Frédéric, le roi d'Angleterre, le prince de Chimay et le seigneur de Chièvres. Quatre des nouveaux élus, présents à Malines prêtèrent le serment d'usage et reçurent en présence des chevaliers capitulairement réunis le collier de l'ordre (•').
(1) La mention de l'achat par Olivier de la Marche, chevalier et maître d'hôtel de Philippe le Beau d'une maison sise Marché au bétail à Malines, le 31 octobre 1488, a été publiée d'après le Registre aux adhéritances par H. Stein, Étude biographique, littéraire et bibliograpliique sur Olivier de la Marche, dans les Mémoires, in quarto, de l'Académie de Belgique, Bruxelles, 1888, p. 194.
(2) MoLiNET, Chroniques, édit. Buchon, t. III, p. 93.
(3) Ces quatre chevaliers étaient Pierre de Lannoy, \i seigneur de Cruninghen, le seigneur de Fiennes et le seigneur de Beerscl. Le chapitre de 1491, dont MoLiNET, 0. c, t. IV, p. 154, avait déjà donné une relation, a fait l'objet des
L'année suivante Philippe le Beau assista à la session des États- Généraux réunis à la cour de Malines en février et en mars. Le duc Albert de Saxe y fut reconnu comme lieutenant général et universel du roi des Romains en ses pays de par deçà.
Depuis les États-Généraux de 1488 réunis au moment de la captivité de Maximilien à Bruges, les députés dn pays tinrent à Malines de nombreuses assemblées. Après son émancipation Philippe le Beau fit sa Joyeuse Entrée à Malines entouré de son père, de plusieurs chevaliers de la Toison d'or et d'une brillante assistance. Un peu plus tard, le 5 novembre 1495, on conclut à Malines les contrats du double mariage espagnol. Personne à ce moment ne prévoyait le résultat de ces combinaisons. Marguerite d'Autriche épousait l'héritier présomptif de Castille et d'Aragon, tandis que l'union de Philippe avec une fille puinée des souverains catholiques ne paraissait guère lui ouvrir des perspectives sur la succession de Ferdinand et d'Isabelle. Après la célébration de leur mariage à Lierre, Philippe et Jeanne entrèrent solennellement à Malines le 10 décembre 1496. Les longs séjours de Philippe à la cour de Bourgogne avaient pris fin. Cependant celle-ci était devenue la propriété de l'archiduc : Marguerite d'York avait en 1486 revendu la résidence à la ville qui l'offrit à Maximilien et à son fils. « Madame la Grande » continua à l'occuper jusqu'en 1497, date à laquelle elle se retira dans une habitation plus modeste, sise non loin de là, rue Vooght. Cette demeure avait été achetée à Jérôme Lauwerin, chevalier, seigneur de Watervliet et trésorier général des finances. L'ancienne cour de Bourgogne avait changé de nom, on l'appelle dans la suite cour d'Autriche, Princenhof ou cour impériale. Le Princenhof ne demeura point désert. Les ébats d'une nouvelle génération princière, des arrière-petits-enfants du Téméraire, égayèrent d'un rayon de soleil les derniers jours de Marguerite d'York. Philippe le Beau prenait à ce moment ses dispositions en vue de son premier voyage en Espagne. Un cortège de porteurs de torches alla au devant des archiducs lorsqu'ils conduisirent à Malines leurs enfants Eléonore, Charles et Isabelle. L'année précédente, les Malinois avaient célébré par des réjouissances publiques la naissance à Gand du prince Charles, qui reçut aussitôt le titre de duc de Luxembourg ; Isabelle était à peine âgée de
recherches du baron de Reiffenberg, Histoire de la Toison d'or, p. 198 et du chanoine van Caster, Le chapitre de la Toison d'or tenu à Malines en 1491, dans le Bulletin du Cercle archéologique de Malines, t. XI, p. 241.
46 A. KEMPENEER.
quelques semaines quand elle arriva au Princenhof. On chargea Anne de Bourgogne, douairière de Clèves, de donner ses soins aux petits princes ; Henri de Wittem, seigneur de Beersel, commençait à remplir auprès du duc de Luxembourg les fonctions de chambellan, qu'il conserva jusqu'en 1506, à son remplacement par le prince de Chimay. Le 15 septembre 1501, Philippe le Beau pourvut au gouvernement du pays pour le temps de son absence ; le siège du gouvernement fut fixé à Malines. Engelbert, comte de Nassau, se vit confier la lieutenance générale et reçut, comme conseils, le chancelier Thomas de Plaine, l'évêque de Liège, Jean de Hornes, les seigneurs de Berghes et de Beersel. Le 31 octobre, les archiducs vinrent encore embrasser leurs enfants avant d'entreprendre leur voyage. Au commencement de l'année suivante, Maximilien se trouvait à Malines et les États-Généraux y tenaient leurs assises. Rentrant d'Espagne, Philippe le Beau passa par le Tyrol, eut une entrevue avec son père à Innsbriick, puis il vint se reposer au Princenhof, où il retrouva ses enfants, le 9 novembre 1503. C'est à ce moment qu'il fit à Marguerite d'York sa dernière visite. Les jours de « Madame la Grande» étaient comptés: «le vingt-huitiesme de novembre (en réalité c'était le 23), dit Molinet, rendit l'âme à son créateur, en la ville de Malines, Madame Marguerite d'Yorcq, espouse jadis de monseigneur le duc Charles de Bourgogne. Son corps fut enterré aux Cordelliers dudit Malines. Elle fut fort regrettée, plante et plorée des religions reformées et de plusieurs personnes dévotes auxquelles elle donna de ses biens largement, et fut mère des orphelins, nourrice des poures et refuge et soûlas des tristes cœurs dolens (')»• Bien des localités de notre pays, nombre d'églises et de couvents éprouvèrent les effets de la bienveillance de Marguerite d'York. A Malines, elle aida généreusement les frères- mineurs dans la reconstruction de leur couvent qu'un incendie avait gravement endommagé en 1497. L'épitaphe gravée jadis sur le monument funéraire de la princesse l'appelait justement religionis reformation is pietati mirum fautrix. En dépit des obstacles qu'elle rencontra, Marguerite réussit à faire admettre une réforme de la règle par les victorines de Blijdenberg. Quand la dame d'immerseel eut fondé en 1501, la communauté des clarisses de la stricte observance, Marguerite seconda efficacement ses efforts. Vers le même temps, l'austère Jean Standonck, exilé de France, profitait de son séjour dans sa ville natale pour y réformer les religieuses hospitalières. La duchesse intervint-elle à un titre
(1) Molinet, o. c, t. V, r- 211.
quelconque dans cette entreprise ainsi que dans la fondation du collège de Standonck à Malines ? Nous ne pourrions l'affirmer, nous constatons seulement que l'ancien recteur de l'université de Paris s'était ménagé à la cour un protecteur influent en la personne d'Engelbert de Nassau (').
Si Marguerite laissa à la charge de la commune malinoise les travaux d'embellissement qu'Antoine Keldermans le Vieux effectua à la cour de Bourgogne, ce fut plutôt à des constructions monastiques et religieuses que la duchesse s'intéressa personnellement. La chartreuse de Louvain, Saint-Ursmer à Binche, Notre-Dame d'Alsemberg et la collégiale de Lierre lui furent redevables de diverses œuvres d'art. Des fragments de comptes de l'église Saint- Jean à Malines renseignent sur un précieux ornement d'autel en étoffe bleue offert par Marguerite à son église paroissiale. Notre- Dame de Bruges, les églises d'Alost et de Termonde, Notre-Dame d'Hanswyck possédaient des vitraux dus à sa libéralité. Une verrière de vastes proportions la représentait avec son époux dans la grande nef de l'église Saint-Rombaut. Ces pieuses dispositions n'étouffaient pas chez elle les préoccupations des affaires de ce monde. Martin Dorpius a manifestement exagéré en écrivant à son propos :
.... Fuit anica cura Viros fovere sacros, sacrasque feminas.
De ses receveurs la duchesse exigeait une grande ponctualité dans la reddition de leurs comptes. Au début de son séjour à Malines, elle s'engagea dans un conflit avec la commune en réclamant le droit de nommer les magistrats. Elle ne réussit pas à obtenir gain de cause. La concession faite à Philippe le Bon de désigner les magistrats communaux avait été retirée à l'avènement de Marie de Bourgogne. Maximilien reconnut l'entière autonomie de la commune et son privilège d'établir elle-même les membres de la loi. — Davantage encore Marguerite d'York se passionna pour les querelles dynastiques qui désolaient l'Angleterre, il lui
(1) A. Renaudet, Jean Standonck. Un réformateur catholique avant la Réforme, dans le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, 1908, t. LVII, p. 1-81 ; M. Godet, Jean Standonck et les Frères-Mineurs, dans YArchivum franciscanum historicum, 1909, t. II, p. 398-406 ; le même, La congrégation de Montaigu (1490-1580). Paris, 1912; j. Laenen, Jan Standonck, een voorlooper der katholieke hervorniing, dans La vie diocésaine, t. VII, p. 94; Kan. VAN Caster, Jan Standonck en zijn kollegie te Mechelen, dans le Bulh i du Cercle archéologique de Malines, t. IV, p. 87.
48 A. KEMPENEER.
en coûta de pardonner aux Tudor leur avènement et du fond de sa retraite de Malines, elle encouragea mainte intrigue en vue de les détrôner.
A une année de distance, Isabelle la Catholique suivit Marguerite d'York dans la tombe. Proclamé roi de Castille en l'église Sainte-Gudule,à Bruxelles, le 14 janvier 1505, Philippe le Beau fut ensuite reconnu en cette qualité par les États-Généraux réunis à Malines. Il s'embarqua le 10 janvier 1506 pour prendre possession de l'héritage de sa belle-mère. Ce fut son dernier voyage; le 25 septembre, une mort prématurée emporta le roi de Castille à Burgos. Avant son départ, Philippe le Beau avait appelé à la charge de lieutenant-général des Pays-Bas, son conseiller favori, Guillaume de Croy, seigneur de Chièvres. Celui-ci convoqua à Malines les États-Généraux qui maintinrent en charge les conseillers du souverain défunt et offrirent la mambournie à Maximilien. Réunis dès le 15 octobre, les députés prolongèrent leur session dans la ville durant tout le mois de novembre. Les affaires de l'empire absorbaient trop Maximilien pour lui permettre d'exercer personnellement la tutelle, il s'en déchargea sur sa fille Marguerite, duchesse douairière de Savoie, que des lettres patentes du 18 mars 1507 établirent son « procureur général, espécial et irrévocable ».
Sans attendre cette nomination officielle, la sœur de Philippe le Beau, quittant la Bresse, s'était rapprochée des Pays-Bas. Déjà la ville de Malines, où les princes royaux Charles, Eléonore, Isabelle et Marie occupaient le Princenhof, avait été choisie comme résidence de la gouvernante (')• Soit spéculation de terrain, soit pour tout autre motif, l'avisé trésorier-général des finances, Jérôme Lauwerin, avait successivement acquis dans le voisinage immédiat de la cour, divers immeubles formant bloc entre la rue Vooght, la rue des Vierges et la rue de l'Empereur. La demeure où la veuve du Téméraire avait achevé ses jours en faisait partie. Le 27 janvier 1507, ces habitations et dépendances avaient été achetées à Jérôme Lauwerin pour le compte du roi des Romains et à l'usage de sa fille, Marguerite d'Autriche (-). D'autres fonds de moindre importance
(1) On affirme assez généralement qu'après la mort de Marguerite d'Yori<, en 1504, les princes furent transférés au château de Louvain. Quoiqu'il en soit, depuis le 1 septembre 1506, date initiale des Itinéraires de Charles V dressés par Gachard, nous trouvons Charles à Malines. Gachard, Collection des voyages des souverains des Pays-Bas, t. Il, p. 3.
(2) F. Steurs, Het keizershof en het hof van Margareîha van Oostenrijk te Mechelen, p. 37.
furent encore englobés les années suivantes. Les constructions nouvelles qui s'élevèrent sur cet emplacement reçurent le nom de Cour de Savoie. L'érection de cet édifice marque une date dans l'histoire de l'architecture en Belgique ; on y saisit sur le vif le passage de l'art gothique à celui de la renaissance. Les comptes communaux prouvent que les travaux de bâtisse et d'ornementation se poursuivirent à la cour de Savoie durant toute la vie de la gouvernante. On eut recours à des ouvriers de renom : les architectes Antoine et Rombaut Keldermans, les sculpteurs Guyot de Beaugrand et Conrad Meyt.
En attendant que les transformations les plus urgentes eussent rendu habitables les immeubles vendus par le seigneur de Watervliet, Marguerite se fit recevoir dans les principales villes du pays. Louvain, où étaient réunis les États-Généraux, eut l'honneur d'une première visite. La gouvernante promit de respecter les privilèges du Brabant ; les députés lui témoignèrent hautement la satisfaction que causait son élévation à ia régence.
Enfin, le 7 juillet, Marguerite faisait sa Joyeuse Entrée dans la résidence des princes. Une délégation malinoise à cheval se porta à sa rencontre sur la route de Louvain. Aux portes de la ville l'attendaient les membres du grand conseil, le magistrat de la commune, les cinq serments et les trente-six métiers en costume d'apparat. Au cortège qui conduisit jusqu'au palais l'archiduchesse et son escorte, figuraient, selon l'usage traditionnel, de nombreux porteurs de flambeaux. La commune offrit des cadeaux précieux et des dons en vin à Marguerite et aux personnages de sa suite. La gouvernante convoqua sans tarder les États-Généraux et les seigneurs du pays, qu'elle invitait à venir délibérer à Malines et y assister aux obsèques de Philippe le Beau et à la reconnaissance de son fils comme roi de Castille.
On n'avait jamais eu à Malines le spectacle d'aussi pompeuses funérailles (')• Le dimanche 18 juillet, vers 3 heures de l'après-midi,
(1) Ces funérailles avaient été précédées d'un service célébré en l'église Sainte- Gudule à Bruxelles par Josse Cloot, chanoine chantre de cette collégiale. — Frais des obsèques de l'archiduc Philippe le Beau, roi de Castille, célébrées dans l'église de Ste-Guduleà Bruxelles le 23 mars 1507, publication de Gachard dans les Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2" série, t. V, p. 310-2. Dans les mêmes Bulletins, ibid., p. 113-9, Cachet publia la Forme tenue aux vieilles et services de feu de très-noble mémoire Phelipes, le roy de Castille, de Léon, de Gernade etc., duc de Bourgongne, conte de Flandres, d'Artois, etc., faicte en la ville de Mallines, le dimenche XVI/F et lundi XIX' jour dejulletl'an mil V<: et sept. Les mêmes événements se trouvent relatés dans la chronique malinoise
50 A. KEMPENEER.
l'archiduc Charles se rendit à cheval, du Princenhof k l'église Saint- Rombaut où, deux heures durant, furent chantées les vigiles. Un imposant cortège suivait pédestrement le jeune souverain. Les chevaliers de la Toison d'or, les hauts fonctionnaires des finances, de l'administration et de la justice, des gentilshommes et officiers, les prélats en habits pontificaux et précédés de la croix, le clergé séculier et régulier, les députés des villes aux États-Généraux défilèrent par les rues tandis que des bailles les séparaient de la foule et que sur le parcours flambaient six cents torches ornées des armoiries du roi défunt.
Des tentures de velours et de drap noir où se détachaient des écussons, recouvraient tout l'intérieur de l'église qu'éclairait une infinité de cierges. Autour d'un catafalque élevé, surmonté d'un dais noir et or, brûlaient sept cents flambeaux. Des cercles de lumière avaient été dressés à une telle hauteur que, d'après une chronique locale, il fallut pratiquer une ouverture dans la voûte pour allumer les mèches.
L'archiduc Charles, sur un prie-Dieu voilé, avait pris la place la plus rapprochée du catafalque. Au service funèbre du lendemain, Nicolas de Rutter, évêque d'Arras, chanta la messe principale, assisté de seize prélats. L'évêque dominicain, Jean Lampier, confesseur de Philippe le Beau, prononça l'oraison funèbre. On vit figurer à l'offrande deux palefrois richement caparaçonnés et quantité d'objets, étendards, guidons, heaumes, épée et cotte d'armes, A l'issue de la messe, Toison d'or, roi des hérauts, cria par trois fois: « Le roi est mort», et les étendards et les guidons furent inclinés jusqu'à terre. Puis, l'archiduc ayant répondu à l'appel de son nom, le roi d'armes s'écria : « Monseigneur est en vie ; vive Monseigneur ! » Les guidons se relèvent, on apporte au jeune prince l'épée au fourreau d'or et, incontinent, Charles montra qu'il était prince du pays en créant un chevalier de l'épée qu'il avait à la main. Sortant de l'église, il retourna à cheval au Princenhof, assisté de douze hérauts revêtus de leurs cottes d'armes et précédé de deux huissiers portant de grosses masses d'argent.
Le lendemain, mardi, la gouvernante présenta son neveu à l'assemblée des États-Généraux.
manuscrite dite Chronique de Tongres et dans Azevedo, Chronycke van Mechelen ad anniim. Plus récemment le sujet fut longuement traité par Henné, Histoire de Cfiarles V, t. I, p. 139-142 et par Ch. Ruelens, Obsèques de Philippe le Beau célébrées à Malines les 18 et 19 juillet 1507, dans la Revue d'histoire et d'archéologie, t. II, 1870.
Sans être une étrangère pour les Malinois, Marguerite n'avait point grandi parmi eux comme son frère Philippe. Jouet de la diplomatie dès le berceau et destinée à devenir l'épouse du dauphin, elle avait été élevée en France, à la demande de Louis XI. Délaissée avant la conclusion du mariage, en vertu de combinaisons politiques nouvelles, la jeune princesse fut rapatriée, à la suite du traité de Senlis. Elle était venue se remettre de ses déceptions auprès de sa marraine, Marguerite d'York, et avait été honorablement reçue à Malines, le 22 juin 1493. Trois années plus tard, elle s'était rendue en grand apparat, vêtue de brocard et le diadème au front, à l'église Saint-Pierre, pour y donner sa foi de mariage à don Juan de Castille, représenté par son procureur, le chevalier de Rojas.
« Le cinquiesme jour du mois de novembre ensuivant, écrit Molinet, furent célébrez les solempnitez des noepces, de aultant qu'il s'en povoit faire par dechà, de madame Marguerite, unicque sœur de monseigneur l'archiduc, et monseigneur le prince de Castille, seul fils du roy et de la royne d'Espaigne. Icelle espousa en robbe d'or et couronne moult riche ; et fut menée de son hostel en l'esglise de sainct Pierre de Malines, à dextre de monseigneur l'archiduc et de monseigneur le marquis de Baden, et le chevalier qui représentoit ledit prince de Castille, estoit à dextre de monseigneur de Ravestein et de monseigneur le prince de Chimay » (')■
L'enthousiaste accueil qui lui fut fait en Espagne dissipa rapidement chez Marguerite les tristes impressions causées par d'émouvants adieux et une affreuse traversée. Hélas ! la joie ne dura guère, l'époux qu'elle aimait succomba après quelques mois à une maladie de langueur et le fruit de leur union, un fils né avant terme, mourut presque aussitôt. Ces vicissitudes de la fortune, Marguerite les éprouva non moins vivement dans la suite. De nouveaux liens contractés avec Philibert de Savoie lui avaient rendu le bonheur, quand son jeune époux fut ramené mourant d'une partie de chasse. C'était la troisième fois que l'infortune reconduisait Marguerite dans les Pays-Bas : jeune fille de neuf ans, lors de son premier retour, elle venait d'être répudiée par Charles VIII ; plus tard, à vingt ans, elle portait le deuil de son époux et de son unique enfant ; maintenant elle arrivait veuve pour la seconde fois, sans avoir laissé de descendance. Décidée désormais à ne plus s'engager dans une nouvelle union, elle resta insensible aux offres du roi d'Angleterre, gardant le souvenir de don Juan, fidèle surtout et jusque dans la mort au beau Philibert, aux côtés duquel elle dort son dernier sommeil, dans son magnifique mausolée de Brou.
(1) Molinet, o. c, t. V, p. 54.
52 A. KEMPENEER.
Marguerite venait d'achever sa vingt-septième année. Grâce à elle la ville de Malines devint un foyer intense de vie artistique, littéraire et intellectuelle; c'est ici que se rejoignirent bientôt les fils de la politique internationale. La gouvernante exerçait une influence souvent décisive dans la solution de tous les problèmes qui intéressent l'avenir des États et des dynasties.
Dès 1508 on constate la présence à Malines d'ambassades anglaises, françaises et espagnoles. Les préoccupations politiques n'étaient pas davantage étrangères aux visites que firent cette même année Maximilien et le légat pontifical Bernardin Carvajal. Ce dernier administra à cette occasion la confirmation au prince Charles et à ses sœurs.
A bien des égards la résidence de la gouvernante n'était pas la première ville des Pays-Bas. Sa population restait bien en-dessous de celle de Gand; Anvers, en plein épanouissement commercial, l'emportait par ses richesses ; Bruxelles avec son palais, ses environs pittoresques et giboyeux, offrait des attraits uniques à une cour princière. Malines, il est vrai, avait fourni ses preuves d'attachement à la dynastie et avait amplement justifié sa devise in fide constans.
Par l'établissement dans ses murs du parlement et d'institutions financières, Charles le Téméraire lui avait fait une situation centrale dans ses territoires. Diminuée à la mort du duc, cette importance avait été rendue à la ville par l'établissement du grand conseil de justice sous Philippe le Beau. Du reste la présence de Marguerite d'York avait grandement contribué à en faire un centre d'attraction pour tous les membres de la famille régnante et pour leurs serviteurs.
Ainsi Malines, devint-elle, la résidence des princes, de Philippe le Beau en premier lieu, puis de ses enfants. Itérativement les lieutenants-généraux y avaient fixé leur demeure et avec eux de nombreux membres du conseil princier et de l'aristocratie. Les députés des diverses provinces insensiblement s'accoutumaient à y tenir les réunions des États. Cet accroissement de lustre imposait d'autre part de lourdes charges à la ville. Il ne lui suffisait pas de se montrer inlassablement généreuse vis-à-vis des princes, bien d'autres personnages émargeaient au budget de ses largesses. La liste est longue des « gratuités » obligées offertes soit en argent, sous forme de présents soit en échange de services rendus. A partir de 1494 l'intervention de la commune dans les frais d'établissement des seigneurs et hauts fonctionnaires apparaît fréquemment. Le comte Engelbert de Nassau, le duc Albert de Saxe, le seigneur
de Berghes, Thomas de Plaines acquirent des iiôtels à ces avantageuses conditions. En 1506 le magistrat aidait à raison de 600 philippus d'or Guillaume de Croy, alors lieutenant-général dans le paiementde l'hôtel à lui vendu par le chevalier Louis Quarré.
Par suite de l'immigration de seigneurs et fonctionnaires venus de toutes les régions soumises à la maison de Bourgogne et même d'ailleurs, Malines se transforma en un milieu cosmopolite. Le changement qui s'opéra progressivement remonte à l'installation des conseillers du premier parlement. De bonne heure la Franche- Comté et les pays voisins fournirent un contingent nombreux. Parmi le personnel, restreint du reste, qui accompagne Marguerite d'York, figure déjà un de la Baulme, son chevalier d'honneur, Guillaume, seigneur d'Irlain et d'Estrelain. Les Carondelet, les de Plaine, les Marnix, les Perrenot de Granvelle appartiennent eux aussi à cette contrée. La langue française occupa dès lors une grande place dans les relations sociales ; langue de la cour et de l'entourage littéraire de Marguerite d'Autriche, elle était usitée la plupart du temps au prétoire du grand conseil ; le clergé à son tour lui fit, à côté de la langue flamande, une place dans les chaires des églises malinoises. Si la langue du midi établit un lien entre l'aristocratie de robe courte et longue que les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Italie avaient envoyée sur les bords de la Dyle, elle ne pénétrait pas dans le peuple malinois. Pour se mettre en rapport avec les gens du terroir, les étrangers devaient recourir à l'office de l'interprète. Les actes malinois contemporains mentionnent plusieurs taelsprekere, la multiplication de ceux-ci répondait à une nécessité sociale.
Cettre transformation eut sa répercussion sur d'autres terrains. Malines vit, comme toutes les capitales, prospérer les industries de luxe.
Les occasions ne manquaient pas d'offrir en don aux princes et aux personnages de marque, des corbeilles à oublies, des hanaps, des coupes de vermeil et d'autres produits de l'orfèvrerie locale. Les ambassadeurs étrangers, notamment des ambassadeurs français ne quittèrent point la ville sans emporter de la vaisselle d'argent de fabrication malinoise. Plus encore, les armes de prix, les arbalètes précieuses jouissaient d'une particulière renommée. Dans les comptes de la cour, Jean van Hoverst est mentionné comme fournisseur d'armes de Maximilien et des princes. C'est également cette spécialité malinoise qui paraît avoir davantage arrêté l'attention du cardinal Louis d'Aragon, au cours des deux visites qu'il fit à la ville en 1517.
54 A. KEMPENEER.
Le compagnon du cardinal qni a tenu le Journal de ce long voyage, parle de l'acquisition d'arbalètes pour le compte de son maître. Cette intéressante relation de voyage, publiée à deux reprises ces dernières années, permet aussi de conclure que grâce à des embellissements successifs, la physionomie extérieure de Malines s'était modifiée (').
De Beatis appelle Malines très grande et bien fortifiée, la plus belle de toutes les villes de la Flandre et du Brabant, tant au point de vue de sa situation que de l'aménagement des maisons et des rues et de l'abondance des biens nécessaires à la vie. La voirie publique intéressa singulièrement les voyageurs. C'est ici, écrit de Beatis, que nous vîmes les plus belles et les plus larges rues que nous avions jamais rencontrées, elles sont pavées de petites pierres et légèrement inclinées de façon à empêcher la stagnation des eaux et des boues. Au cours de sa description, l'écrivain relève, entre autres particularités, les dimensions de la Grand'Place, l'église S. Rombaut, le palais de la gouvernante, sa bibliothèque, les œuvres d'art qui s'y trouvent accumulées, l'alternance du flux et du jusant dans les canaux sillonnant l'intérieur de la ville. Si de Beatis ne parle guère des habitants, un autre Italien, qui écrivait cinquante ans plus tard, a comblé cette lacune.
« En général, dit Guicciardini, les Malinois sont fort civils, accostables et traictables ssntant leur court laquelle y a résidé long temps : ayant (outre ce que nature les pousse à cette naïve courtoisie) une telle grâce, gentillesse, et façon de faire qu'il semble que toute leur vie ils ayent fréquenté les Palais des princes : et les femmes y sont fort belles et honnestes à merveille » (-).
Nous n'oserions garantir que cette caractéristique du peuple Malinois se soit conservée intacte à travers les siècles. Telle qu'elle est, l'appréciation de Guicciardini, émise trente ans après que Malines eut été délaissée à l'avantage de Bruxelles, permet de conclure que l'influence exercée à Malines par les gens de cour et les membres des conseils dut être profonde.
(1) Die Reise des Kardinals Luigi d'Aragona durch Deufschland, die Niederlande, Frankreich und Oberitalien 1517 bis 1518, éd. L. Pastor, p. 57. 63-64, 111, 115. (Erlauterungen und Erganzungen zu Janssens Geschichte des deutschen Volkes, 1. V.) Fribourg-en-Br., 1905. Plus récemment M"" Madeleine Havard de LA Montagne a fait paraître Don Antonio de Beatis. Voyage du cardinal d'Aragon en Allemagne, Hollande, Belgique, France et Italie (1517 et 1518), traduit de l'italien avec une introduction et des notes. Paris, 1913.
(2) Messire Loys Guicciardini, Description de tous les Pays-Bas, p. 160. Amsterdam, 1625.
Bibliographie : L. Galesloot, Marguerite d'York, duchesse douairière de Bourgogne. Bruges, 1879;
DE QuiNSONAS, Matériaux pour servir à l'histoire de Marguerite d'Autriche, 3 vol. Paris, 1860;
KooPERBERG, Margarethtt van Oostenrijk landvoogdes der Nederlanden tôt de n vrede van Kamerijk. Amsterdam, 1908;
A. Walther, Die burgundischen Zentralbehôrden unter Maximilian I und Karl V. Leipzig, 1909 et Le même, Die Anfange Karls V. Leipzig, 1911.
A. Kempeneer,
Professeur au grand séminaire de Malines.
Les ambitions de la faculté des arts de Louvain
au début du XVP siècle.
L'élection d'Adrien Floriszoon d'Utrecht au souverain pontificat, le 9 février 1522, mit l'université de Louvain en émoi. Celui qui venait de s'asseoir sur la chaire de Saint Pierre n'était-ce pas un de ses anciens professeurs, un de ses protecteurs assidus, et ne pouvait-elle pas attendre de sa munificence, maintenant qu'il était revêtu de la plénitude des pouvoirs, les faveurs les plus signalées ? Parmi les papes antérieurs, Sixte IV et Léon X s'étaient montrés pleins de bienveillance pour la haute école brabançonne : c'est d'eux que l'université d'une part ('), la faculté des arts de l'autre (-), avaient reçu le privilège de nommer aux bénéfices ecclésiastiques. Ce privilège, elles se proposèrent l'une et l'autre, à l'avènement d'Adrien VI, de le faire largement amplifier.
Dès le 21 mars 1522, le recteur proposa au conseil de nommer une commission, qui serait chargée de faire connaître au souverain pontife les vues du corps académique (O- Mais on ne parvint pas
(1) Bulle Urget nos du 28 avril 1483, confirmée par placet princier le 25 octobre 1484. Textes dans Privilégia nominationum Lovaniensium primo a Sixto IV, sumnio pontifice, deinde ab illius successoribus ... concessa, éd. G. De Smet, p. 1 et suiv. Gand, 1665; Privilégia academiae Lovaniensi per summos pontifices et supremos Belgii principes concessa, t. I, p. 85 et suiv. Louvain, 1752; Documents relatifs à l'histoire de l'université de Louvain, éd. E. Reusens, dans les Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, 1898, 2= sér., t. XI, p. 278 et suiv. Analyse claire et concise dans A. Van HovE, Étude sur les conflits de juridiction dans le diocèse de Liège à l'époque d'Érard de la Marck, 1506-1538, p. 58. Louvain, 1900.
(2) Bulle Admonet nos du 19 septembre 1513, confirmée par les placets du 4 avril 1514 et du 10 octobre 1515. Textes ûaw?, Privilégia nominationum ..., p. 8 et suiv.; Privilégia academiae ..., t. I, p. 92 et suiv. Analyse dans A. Van HovE, Les conflits de juridiction .... p. 60.
(3) Voir les extraits des actes de l'université, dans Puncta aliquoî seu quaestiones in quibus varii exponuntur et deteguntur excessus qui contra indulta et privilégia a Sancta Sede Universitati Lovaniensi et in èa facultati ariium gratiose concessa sensini irrepserunt, p. 302. Rome, 1671.
à se mettre d'accord, semble-t-il, sur une formule ; la faculté des arts, en particulier, se disait lésée par les propositions que l'on comptait faire. Aussi lorsque son doyen lui annonça, le 2 juin, que l'envoi d'une députation de la part de l'université était chose décidée, il ajouta immédiatement qu'il importait, à son avis, de confier les intérêts de la faculté à quelques délégués spéciaux, fort peu nombreux, qui veilleraient à ce que rien ne fut décidé contre elle. Et l'assemblée de désigner aussitôt quelques maîtres, s'obligeant à recueillir en hâte les griefs qu'on pouvait utilement exposer et acceptant d'agir en cour de Rome, dans le secret le plus absolu, au bien de la faculté (')•
Les résultats généraux de cette vigilance, on les connaît depuis longtemps, puisqu'on sait que seule la faculté des arts réussit à faire confirmer par le Saint-Siège, en le précisant sur plusieurs points, le « privilegium nominandi (-') ». Mais on ignore les considérations qu'elle a fait valoir et qui lui ont procuré son triomphe.
Or, voici que nous venons de retrouver ces considérations dans le ms Gesuitico 1038 de la bibliothèque Vittorio Emmanuele, à Rome. C'est un mémoire en deux parties, dont la première concerne la situation générale de la faculté des arts au sein de l'université, tandis que la seconde a trait aux difficultés d'application du privilège de nomination. Comme l'étude de la seconde donnerait lieu à des digressions d'ordre purement juridique, nous nous contenterons de publier et d'analyser brièvement la première.
On connaît l'importance de la faculté des arts dans les universités médiévales : elle était la plus fréquentée de toutes et comme
(1) Voir les extraits des actes de la faculté des arts, dans Puncta aliquot ..., p. 303-304. Le texte est curieux à citer : Die 2 junii refulit decanus universitatem missuram legatos ad Sanctissimum Dominum pro privilegiis universitatis confirmandis et etiain aliquibus novis impetrandis, an p'.aceat facultati dari aliqnos deputatos et paucos, qui ex parte facultatis et pro ea sollicitare et ordinare habeant ea quae pro confirmatione et approbatione privilegiorum impetratorum conducant, et etiam pro novorum privilegiorum impetratione ; faciant et tiaec quam secretissimo modo quo poterit. Facultas deputavit magistros NN., qui ut plenius de singulis informari passent, ordinavit quod singuli magistri facultatis, qui aliquam causam aut processum habent aut fiabuerunt in negotiis privilegii nominationum, in quibus privilegium ipsum vel contra aliquam clausulam fuit exceptum, exceptiones ipsas vel processus suos dictis deputatis exfiibeant vel copias earundem.
(2) Bulle Rationi congruit du 26 novembre 1523, modifiée par placet du 12 mai 1531. Textes dans Privilégia nominationum ..., p. 23 et suiv.; Privilégia academiae ..., t. I, p. 105 et suiv. Voir aussi l'exposé de A. Van Hove, Les conflits de Juridiction . . . , p . 71.
58 A. FIERENS.
l'antichambre obligée des autres. Celle de Louvain ne fit pas exception à la règle générale : elle groupa un nombre considérable de maîtres et d'élèves et recueillit de la bouche de Léon X le pompeux éloge récemment rappelé par M. Dejongh(') : «qu'elle était comme la source dont jaillissent les autres facultés, y compris celle de théologie qui est la confusion des hérétiques (-) ».
Toutefois, s'il fallait en croire le mémoire qui nous occupe, cette situation prépondérante aurait couru de graves dangers au début du xv!*-' siècle.
Un grand nombre de jeunes gens évitaient à cette époque de s'asseoir sur les bancs de la faculté et de recourir à son patronage. Us entreprenaient les études de leur choix, non seulement sans prendre les grades dans les arts, mais encore sans faire preuve des connaissances qui correspondaient à ces grades. A la faculté de droit, en particulier, ils avaient accès sans avoir passé par la philosophie et partant sans garantie de capacité. Il en était de même au collège des Trois Langues, dont ils pouvaient suivre les leçons sans être inscrits dans une faculté déterminée. Enfin, un grand nombre de cours privés et d'écoles particulières à l'usage des fils de nobles et de richards, faisaient une concurrence effrénée aux quatre pédagogies officiellement instituées pour les arts(^).
La situation était-elle vraiment alarmante ? Il est évident, au contraire, que la faculté a simplement voulu profiter des circonstances favorables qui se présentaient, pour pousser à l'introduction de nouveautés propres à augmenter le nombre de ses élèves, à étendre son influence et à grandir son prestige. Tout porte à croire, du reste, qu'il y avait lieu, pour elle, de compter à bon droit sur la bienveillance d'Adrien VI : elle lui attribue l'obtention du «privilegium nominandi » (M, le décore, dans les comptes rendus de ses séances, du titre de grand protecteur (•') et témoigne de sa confiance en demandant la forme du « motu proprio» ('^). Et d'autre part
(1) L'ancienne faculté de théologie de Louvain au premier siècle de son existence, 1432-1540, p. 55. Louvain, 1911.
(2) BuWe Admonet nos, dans Privilégia nominationum ..., p. 11 ; Privilégia academiae ..., t. I, p. 96.
(3) Voir à l'appendice les ??§ 1, 2, 3 et 5 de la première partie du Mémoire.
(4) Patronus et impetrator dicti privilegii. Seconde partie du Mémoire.
(5) In facultate nostra graduatus, maximusfautor facultatis. Extrait des actes de la faculté, dans Puncta aliquot .... p. 303.
(6) Item hec omnia concedantur motu proprio ex certa scientia et potestatis plenitudine et in vint pacti cum clausulis oportnnis fortioribus, efficacioribus et pregnantissimis. Seconde partie du Mémoire.
nous savons par la bulle Xationi congruit de Clément Vil que le pape Adrien lui-même se glorifiait volontiers de ses accointances avec la faculté (').
Puisque nous nous plaçons au point de vue du recrutement des auditeurs, nous n'avons pas à nous arrêter au droit demandé pour les régents des pédagogies d'absoudre ou de faire absoudre les suppôts ayant manqué de respect aux membres du clergé, ni à la réduction des prières dues par les maîtres ès-arts aux collègues défunts. C'étaient des mesures secondaires, dont la seconde ne pouvait intéresser que ceux qui avaient déjà reçu la maîtrise (')• Quant à la première — qui nous permettrait de conclure que le « suadente diabolo » était d'application plutôt fréquente parmi la jeunesse universitaire d'antan — , elle n'était apparemment destinée qu'à procurer certaines facilités d'ordre religieux aux élèves qui se rendaient dans les écoles communes.
Bien plus intéressant est le moyen direct et positif proposé pour procurer aux classes de philosophie leur maximum de population possible. Il était radical et infaillible, puisqu'il se résumait en un mot : l'obligation !
Obligation pour les jeunes gens de moins de vingt-cinq ans, obligation pour ceux qui aspirent aux études juridiques ou linguistiques, de suivre au préalable les cours de logique et de philosophie naturelle et d'acquérir le baccalauréat ès-arts, sauf à prouver, les uns et les autres, par un examen devant un jury dont la composition est minutieusement réglée, qu'ils possèdent des connaissances
(1) In qua facultate artium idem Adrianus predecessor a teneris annis tam studendo quam legendo diutissime versafus fueraf ac ex qua friidum iiberrime Ecclesiae Dei provenire noverat et quam propterea speciali affecta prosequebatur. Bulle Rationi congruit, dans Privilégia nominationum ..., p. 33; Privilégia academiae ..., t. I, p. 116.
(2) 11 s'agit de l'obligation de réciter le psautier à la mort d'un maître, obligation que les candidats à la maîtrise contractèrent, par serment, au moment de leur promotion. Elle est consignée en termes identiques dans les plus anciennes rédactions des statuts — celles de 1427 et de 1429 —, éd. E. Reusens, Statuts primitfs de la faculté des arts de Louvain, dans le Compte rendu des séances de la Commission royale d'histoire, 1867, 3^ série, t. IX, p. 161 et 181 : Item legetis psalterium in morte magistri presentis et congregationes conti/iue visitantis et precipue regentis, dummodo moram feceritis in oppido. La distinction faite, dans notre mémoire, entre priores et posteriores montre que l'usage du psautier était aboli déjà en 1522 23. La formule du serment, inscrite dans les statuts de 1639, ressemble de très près au Forma novi juramenti du Mémoire. Voir P. de Ram, Les quatorze livres sur l'histoire de la ville de Louvain du docteur et professeur en théologie Jean Molanus, t. II, p. 1106. Bruxelles, 1861.
60 A. FIERENS.
pour le moins équivalentes ; obligation, enfin, pour tous ceux qui relèvent des arts, de fréquenter les pédagogies (0-
Le désir de voir diriger par les autorités académiques le > débuts des jeunes gens en-dessous d'un certain âge, ne doit pas nojs surprendre : depuis les origines de l'université, les « minorennes » avaient été soumis à des mesures de protection et de tutelle qu'il serait oiseux de rappeler (-').
L'obligation imposée aux aspirants-juristes se justifiait, comme le mémoire lui-même le rappelle, par les procédés en usage dans les facultés de médecine et de théologie : personne n'y avait accès au grade de bachelier sans avoir acquis, non seulement le baccalauréat, mais encore la maîtrise es -arts (^). Quant aux exigences
(1) Voir à l'appendice les SS 1, 2, 3 et 5 de la première partie du Mémoire. Il s'agit dans le dernier paragraphe des pédagogies du Cliâteau, du Porc, du Lis et du Faucon. Voir à. leur sujet E. Reusens, Documents relatifs à l'histoire de l'université de Louvain, 1425- 1797. III. Collèges et pédagogies. Observations sur les quatre pédagogies de la faculté des arts, dans les Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, 1886, t. XX, p. 49-124 et 193-414, et 1888, t. XXI, p. 17-160.
(2) Voir, entre autres, les titres Vill et IX des additions aux anciens statuts de l'université, éd. A. Van Hove, Statuts de l'université de Louvain antérieurs à l'année 1459, dans le Bulletin de la Commission royale d'histoire, 1907, t. LXXVl, p. 657 et suiv., et le titre XXXIII des Statuta nova de 1565, éd. P. De Ram, Les quatorze livres..., t. II, p. 929-930. Nulle allusion n'y est faite au choix des études.
(3) Elle était requise à la faculté de théologie en vertu du titre [II] Statuta specialia cnrsorum, des statuts de cette faculté, éd. E. Reusens, Statuts primitifs de la faculté de théologie de l'ancienne université de Louvain, dans V Annuaire de l'université catholique de Louvain, 1882, p. 384 : Statuimus... nullum sacre pagine scolarem ad lecturam biblie admitti passe nisi... constiterit ipsum per sex intégras annos post ejus magisterium in artibus si sit secularius, vel post suam idoneitatem illi gradui equivalentem si sit religiosus,... lecturam biblie... audivisse. L'exception stipulée pour les religieux s'explique par la défense qui leur était faite de prendre des grades à la faculté des arts (statuts de 1427 et de 1429, éd. E. Reusens, Statuts primitifs..., dans le Compte rendu des séances de la Commission royale d'histoire, 1867, S'user., t. IX, p. 161 et 181). Sur les différentes recensions d^s statuts de la faculté de théologie, voir H. De Jongh, o. c, p. 53 et suiv. — Dans les statuts de la faculté di médecine on ne trouve aucune stipulation analogue. Le siul texte que nous en possédons date, il est vrai, du xvn^ siècle et contraste par sa brièveté avec l'étendue des règlements des autres facultés (éd. de Ram, Anciens statuts de la faculté de médecine de Louvain, dans le Compte rendu des séances de la Commission royale d'histoire, 1863, 3'' série, t. V, p. 291 et suiv.) Peut-être la rédaction primitive était-elle plus explicite. Plusieurs des premiers docteurs en médecine de Louvain furent d'ailleurs maîtres ès-ar ts, t^ls, pgr exemple, Jean Stockelpot {Actes ou prccès-verbanx des
de la faculté vis-à-vis des étudiants du collège des Trois Langues, elles constituent un épisode de la longue série des hostilités que provoqua la fondation de Jérôme Busleiden de la part de l'université ('). La faculté des arts avait été, dès le début, très âpre à la lutte. Mue par la jalousie et la crainte de la concurrence plus peutêtre que par la méfiance à l'égard des doctrines et des méthodes, elle avait vivement insisté, en 1518, pour avoir la haute main sur l'enseignement philologique qui s'y donnerait (-). En 1519, cependant, l'existence autonome de la nouvelle institution au sein de l'université avait été définitivement reconnue et les prétentions de la faculté pouvaient paraître à jamais écartées {'). Néanmoins, les aspirations qui se font jour dans le mémoire rappellent d'assez près ces vues primitives. Que si la faculté réclame, au surplus, l'affiliation des linguistes à l'une des quatre facultés, c'est qu'elle espère grandir sa cause, j'imagine, en affectant de se faire l'interprète au moins en partie désintéressée d'un désir commun aux divers éléments de l'université.
A part cette minime digression du reste, la faculté est restée entièrement, dans les points que nous avons examinés jusqu'ici, dans les choses de son domaine qui est celui des arts. Il peut paraître étrange de la voir empiéter sur un domaine voisin (^), en exigeant que les bacheliers en droit soient soumis à l'épreuve de la discussion publique en usage aux autres facultés ('•), et qu'on en
séances tenues par le conseil de l'université de Louvain, éd. E. Reusens, t. I, p. 33, note. Bruxelles, 1903), Jean Spierinc {Matricule de l'université de Louvain, éd. E. Reusens, t. I, p. 1. Bruxelles, 1903), etc.
(1) Sur le collège des Trois Langues, fondé le F"" septembre 1518, voir F. NÈVE, Mémoire historique et littéraire sur le collège des Trois Langues, dans les Mémoires couronnés par l'Académie, série in 4", t. XXVIH. Bruxelles, 1857, et E. Reusens, Documents relatifs à l'histoire de l'université de Louvain, 1425- 1797, dans les Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, 1888, t. XX, p. 211-270.
(2) Voir F. NÈVE, o. c, p. 55.
(3) F. NÈVE, 0. c, p. 56.
(4) Voir à l'appendice le S 4 de la première partie du Mémoire.
(5) Le règlement de la faculté de théologie stipule au titre [IIJ, Statuta specialia cursorum, éd. E. Reusens, Statuts primitifs ..., dans V Annuaire de l'université catholique de Louvain, 1882, p. 386: ... quemlibet baccalarium biblicum debere semel in vacantiis respondere infra annuni sue lecture ..., et au titre [III |, Statuta sententiariorum, loc. cit., p. 387 : ... nullum sacre pagine scolurem ... promoveri posse sine ... responsione testât iva sub uno magistrorum vel vacantiarum tempore ... Pour l'interprétation de ces textes et l'enchaînement des épreuves par lesquelles le jeune théologien doit passer pour obtenir le titre de bacca'arius formatas, c'est-à-dire, en so.nme, de bachelier tout court, voir
62 A. FJERENS.
revienne pour eux aux stipulations des anciens statuts fixant à trois ans la durée des études préparatoires à leur grade (')• On trouvera l'explication de cette immixion à première vue surprenante, dans la phrase finale du paragraphe qui s'y rapporte : « si secus factum fuerit, declaretur actus (c'est-à-dire l'admission au baccalauréat) prorsus invalidas secludanturque taies ab usu privilegii nominationis universitati concessi ». La faculté s'efforce de réduire autant que possible, à son profit, le nombre de ceux qui pourraient être nommés aux bénéfices, en dehors de son sein, par le recteur et le conseil général de l'université. Qu'on veuille bien le remarquer : comme sanction à toutes les innovations qu'elle voudrait voir introduire, elle propose l'exclusion de la participation au « privilegium nominandi » dont dispose l'administration supérieure (-).
Il importe, en effet, de s'en souvenir : à Louvain le privilège de nommer aux bénéfices était double : « Primum nominandi privilegium — c'est ainsi que s'exprime une plaquette imprimée à Louvain en 1758 (') — Sixtus IV. concessit universitati seu rectori ejusdem, qui nominat de assensu deputatorum universitatis (^)... Alterum vero Léo X. concessit facultati artium seu decano ejusdem, qui nominat de assensu deputatorum ejus {^)... » La bulle sixtine s'étendait à tous les gradués de l'université ("). Or, un traité manuscrit du xvn'^ siècle, conservé au fonds de l'université aux archives
H. De Jongh, o. c, p. 63-65. — Les statuts de la faculté de médecine, éd. P. De Ram, Anciens statuts ..., dans le Compte rendu des séances de la Commission royale d'histoire, 1863, 3"^ sér., t. V, p. 291 et suiv. ne contiennent pas de stipulation de ce genre. Voir sur leur brièveté, plus haut, p. 60, note 3.
(1) Titre [V], De examine baccalaureatus, ^ 3 des statuts de la faculté de droit de 1431, éd. P. De Ram, Les quatorze livres ..., t. H, p. 1056 : In primis statutmus et ordinamus quod nullus admittatur ad examen baccalaureatus in altero jurium, nisi ... audiverit ... alterum Jus, scilicet jus canonicum per triennium, jus vero civile per triennium cum dimidio.
(2) La spécification est répétée à chaque paragraphe : non passe uti aut gaudere privilegiis universitatis (?; 3); secludantur ... ab usu privilegii nominationis universitati concessi (S 4); neque ... sunt idonei ad utendum privilegiis universitatis (S 5).
(3) Expositio privilegii nominandi universitati, item facultati artium studii Lovaniensis per summos pontifices concessi et Belgii principes conjirmati, p. 1 , n. 5 et 6. Louvain, 1758.
(4) Bulle Urget nos. Voir ci-dessus, p. 56, note 1.
(5) Bulle Admonet nos. Voir ci-dessus, p. 56, note 2.
(6) Nominandi ...ex studentibus et graduatis dicte universitatis et in illa résident ibus facultatem ... concedimus. Bulle Urget nos, dans Privilégia nominationum..., p. 3; Privilégia academiae..., t. I, p. 87.
générales du royaume, à Bruxelles ('), explique le sens que l'on a donné de tout temps à ce terme : « Non solet universitas habere pro graduato nisi eum qui adeptus sit summum gradum in facultate artium vel aliquem in facultate superiori (-) ». La faculté des arts participait donc à la fois à la concession sixtine et à la concession léonine. Plus elle parvint à réduire le nombre des participants étrangers à la concession sixtine, plus elle se réservait des bénéfices attribuables à ses propres membres et plus elle avait de chance de voir les maîtrises se multiplier : car l'obtention des bénéfices était le grand appât des études (^)! D'autre part, la bulle sixtine mettait au même rang le maître ès-arts et les bacheliers des autres facultés. La concession léonine avait, certes, stipulé qu'en cas de concurrence le maître ès-arts nommé par la faculté avait le pas sur le bachelier nommé par l'université {*). Il n'en restait pas moins vrai que le bachelier en droit, obtenant son titre avec beaucoup plus de célérité et à des conditions moins onéreuses que les bacheliers des autres facultés, jouissait d'un régime de faveur que rien ne semblait justifier : c'est ce régime de faveur que le mémoire veut faire disparaître.
Il serait hautement intéressant de savoir jusqu'à quel point les modifications réclamées oar la faculté des arts ont été réalisées.
(1) C'est un traité d'une centaine de pages, procédant par questions et réponses et portant comme titre : Tractatus nominationum Lovaniensium. — A rapprocher d'un autre traité du xviii'' siècle, sans titre, faisant suite aux statuts universitaires de 1565, dans le ms n° 3 du même fonds au même dépôt. A l'index du ms il est signalé par les mots : Seqmintiir capitula qiiindecim quae tradunt prirra privilegiorum elemenfa.
(2) Tractatus nominationum, .§ 1, dubium 5, n° 4.
(3) Voir les considérants de la bulle Urget nos, dans Privilégia nominationum..., p. 2; Privilégia academiae..., t. I, p. 85 : Si universitati concederetur faculfas nominandi personas in ea studentes, habentibus beneficiorum ecclesiasticorum dispositionem, non solum qui studere ceperant continuarent, sed alii qui ... destudendo minime cogitabant, ad studia litterarum in dicta universitate sub spe hujusmodi plurimum allicerentur, et de la bulle Admonet nos, o. c , p. 1 1 et 96 : Passent et deberent merito plures in et ex illa [facultate] graduait.. . diutius in ipsa universitate ... immorari, si eis abondant lus provisum foret... allicerenturque plures ad ipsam facultaiem et in illa quae principium est omnium aliarum scient iarum studendum, si in eis de alicujus majoris subvent ionis auxilio provideretur.
(4) Si contingat per universitatem baccalaureum in jure medicina, per prefatam vero facultatem artium ... aliquem magistrum artium nominari eodefi tempore vel diversis temporibus ad eandem collât ionem, ... nominatus per ipsam facultatem ... tamquam magis méritas et qualificatus praeferatur. Voir Privilégia nominationum..., p. 15, et Privilégia academiae..., t. I, p. 107.
64 A. FIERENS.
D'après la bulle Rationi congruit du pape Clément VII, Adrien VI aurait confirmé les induits de Sixte IV et de Léon X dès le 16 juin 1522 : « sub datum videlicet XVI" kalendis julii pontiîicatus sui anno primo » (')• Remarquons cependant que le mémoire qui nous occupe fut rédigé en vertu d'une décision prise le 2 juin de la même année : si la date donnée par la bulle est exacte, il serait difficile d'admettre que le mémoire ait été la cause déterminante de la confirmation des faveurs sixtine et léonine. Nous apprenons, au surplus, par un des bribes des Actes de la faculté des arts qui nous restent, qu'au mois de juillet 1523, les délégués de la faculté à la cour pontificale n'avaient pas encore cessé leurs démarches ("j. Il semble donc qu'il y ait erreur dans le texte de Clément VII et qu'il faille lire « anno secundo » — 16 juin 1523 (^) — au lieu de lire « anno primo » : on comprendrait difficilement du reste qu'une grâce accordée par Adrien VI dès les premiers mois de son pontificat ait traîné en cour de Rome jusqu'à l'avènement de son' successeur.
Quoiqu'il en soit, il ne semble pas qu'il y ait jamais eu un acte pontifical réglant spécialement les points que nous avons examinés (') : la bulle Rationi congruit du 27 novembre 1523, traitant exclusivement du « privilegium nominationis », ne mentionne pas les exclusions demandées. Quant aux autres éléments de vérification, ils nous font singulièrement défaut : les règlements d'ordre intérieur des pédagogies et du collège des Trois Langues, s'ils subsistent, n'ont pas été publiés ; pour les « minorennes », nous l'avons fait observer déjà, les statuts postérieurs à notre époque ne parlent pas du choix des études ; à la faculté de droit il paraît bien que rien n'ait été innové, car au xvii^ siècle la durée
(1) Voir Privilégia nominationnm..., p. 34 ; Privilégia academiae..., 1. 1, p. 1 17 ; le texte du ms. Gesuit. 1038, foi. 40'", est ie même.
(2) Die 3 atigusti 1523 retulit magister Cor. de Waret sese récépissé lifteras ex M. Nicolao de Mervilla qui in negotio nominationnm in Urbe apud Sanctissimiim Dominiim Nostrum quotidie sollicitât ; ex quibiis litteris constat Ipsum hujusmodi negotia ita sollicitasse ut supplicationes sint signatae et niliil restaret nisi ut mittatur pecunia ad expeditionem bullarum necessaria. Extrait des Actes de la faculté des arts, dans Puncta aliquot..., p. 308.
(3) C'est la date donnée pour la signature de la supplique par les Actes de la faculté, dans Puncta aliquot..., p. 210-211; cfr A. Van Hove, Les conflits de juridiction..., p. 71.
(4) L'emploi des mots supplicationes et bullarum au pluriel, dans les Actes de la faculté du 3 août 1523 (voir note précédente), ne doit d'ailleurs pas s'enîendre nécessairement de plusieurs suppliques ou de plusieurs bulles.
des études pour le baccalauréat était à peine de dix-huit mois (') ; enfin, nous ignorons si la commutation du serment du psautier a été accordée : il ne devait pas être difficile, en tout cas, de l'obtenir. Il n'en restera pas moins vrai que la faculté des arts de Louvain a fait, sous le pontificat d'Adrien VI, un effort considérable pour grandir sa situation, déjà si enviable, au sein de la grande université brabançonne. Encore qu'il n'ait abouti qu'en partie — la confirmation du « privilegium nominandi » constitue, en effet, un succès appréciable — , cet effort méritait d'être signalé.
A. FlERENS, Professeur à l'Athénée royal et à l'École normale moyenne de l'État à Bruxelles, Membre de l'Institut historique belge à Rome.