FIG. 2. — LE CHRIST EN CROIX
Een devoet boexken van den seven ween van onser vrouwen Maria.
Anvers, Michel van Hoochstraten, 1517.
plusieurs fois par des copies notamment, dans : Dleven ons Heeren, de 1510.
La copie du portement de croix a en plus été retaillée ; beaucoup de ses hachures ont été supprimées; la gravure a été éclaircie comme on s'en aperçoit dans l'épreuve de 1518 (voir fig. 1).
La scène de VEcce homo dans Dleven ons Heeren de 1510, diffère totalement de celle des autres exemplaires.
Le Christ apparait seul à mi-corps dans l'embrasure d'une fenêtre à arc surbaissé ayant au-dessus de lui une banderole avec les mots « Ecce homo », le fond est garni d'une tapisserie. Une gravure semblable existe au cabinet des estampes de Belgique.
La production de Henri Eckert van Homberch fut donc grande et précieuse; cependant cet éditeur et typographe ne fut pas seul à Anvers à produire des scènes de la Passion Delbecq-Schreiber. Un autre imprimeur, Michel van Hoochstraten nous en donne également dans : Een devoet boexken van den seven ween van onser vrouwen Maria ('), imprimé vers 1517 et orné de gravures que l'atelier de van Homberch n'a pas possédées (-).
Elles complètent la série déjà établie par la fuite en Egypte et Jésus au milieu des docteurs, mais s'en distinguent par l'allure courbe des traits et par les variantes de délail dans les encadrements architecturaux. La gravure du Christ en croix est en outre supérieure aux autres gravures de ce sujet déjà vues : l'ombre des plis des vêtements y est distribuée avec plus d'habileté; l'armure du centurion romain qui s'écrie à la vue du Christ « Vere filius Dei erat» est également plein de détails et présente une netteté qui manque aux autres répétitions de la même scène (voir fig. 2).
Un autre imprimeur, Willem Vorsterman, qui avait été deux fois doyen de la Gilde de Saint-Luc à Anvers pour les années 1527 et 1542, ne posséda pas des séries de bois de la Passion. On ne rencontre dans ses ouvrages que des gravures isolées empruntées
(1) Cet ouvrage possède en frontispice une gravure représentant la Vierge des Sept Douleurs, dont Heitz et Schreiber, Einblattdrucke des Funfzehnten Jahrhunderts, t. II, 2'^ partie, n° 173 {Strasbourg, 1912), reproduisent une copie ornant un Breviarium Secundum chorum Bremensem ordinatum, publié à Cologne en 1481 par Heinrich Quentell.
(2) Ce petit ouvrage contient : La présentation de Jésus au temple, la fuite en Egypte, Jésus au milieu des docteurs, le Christ portant sa croix, le Christ en croix, le Christ sur les genoux de sa mère, la mise au tombeau.
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a l'atelier de van Homberch (^), service que se rendaient fréquemment les imprimeurs. Une de ces planches empruntées, la plus intéressante figure dans : Den gheestelycken boomgaert der vruchten, s. d. (-) représentant Pilate se lavant les mains, bois qui avait servi en 1510 dans : Dleven ons heeren, mais que nous retrouvons ici retaillé. Les traits formant le fond derrière Pilate ont été enlevés ainsi que beaucoup d'autres (voir fig. 3).
Une autre gravure représentant le Christ chassant les marchands du temple se voit dans : Dleven ons Heeren Jhesu Christi, (-) s. d. imprimé également avec un bois emprunté : seulement l'épreuve est fort postérieure car elle marque au bois des piqiàres de vers.
Une dernière planche : le jugement général, se voit dans : Dit is die rechte consfe oin alderhande wateren te distilleren (s. d.). Elle n'a pas été en possession de van Homberch. Elle diffère de la gravure du : Dleven ons Heeren, de 1510, dont un exemplaire se retrouve dans : Een seer profitelie boexken van der biechten ende van die seven doot sonden, de 1517, édité également par van Homberch. Ces gravures diffèrent à leur tour de celles de l'impression de 1521. Le bois en est usé et beaucoup de ses hachures ont disparu. Des deux autres gravures, celle de Vorsterman est la moins large : le manteau de la Vierge y est emputé d'une partie de draperie, le torse du Christ y est dessiné plus simplement tandis que la gravure de 1521 se rapproche davantage du modelé du Christ déposé sur les genoux de sa mère.
Les scènes de la Passion, conservées à la bibliothèque de Linz
(1) On retrouve dans les livres sortant des presses de W. Vorsterman, non seulement des emprunts de plusieurs bois de la Passion Delbecq-Schreiber, mais toute une série d'autres planches de van Homberch.
(2) Dans cet ouvrage nous retrouvons trois exemplaires d'une gravure représentant un jardin entouré de murs au milieu duquel se voient la fontaine de la vie spirituelle et la croix. Le Christ se tient debout devant une femme agenouillée : «Apparition à Madeleine ». Une gravure faisant partie de la même série représentant la foi dans un même entourage, se retrouve dans : Hoveken van devocien, imprimé en 1500 à Anvers chez Jan Lettersnijder.
(3) Cette vie du Christ est illustrée de quarante-six petites gravures de la Passion qui révèlent des influences de la Passion Delbecq-Schreiber. Ces mêmes gravures se retrouvent également dans : Hore de domina ad longuni ad usum ecclesie romane, de 1510, et dans Q. Rosemondt. Zeven bloedstortingen, de 1519, de la même imprimerie. Des planches analogues se retrouvent encore dans l'imprimerie anversoise de Jean van Doesborch dans : Oorsponck onser salicheyt, de 1517.
Cet ouvrage contient également d'autres gravures très proches aussi de celles de la Passion Delbecq-Schreiber.
Fia. 3. — PILATE SE LAVANT LES MAINS.
Den gheestelycken boomgaert der vruchten.
Anvers, Guillaume Vorsterman, s. d.
sont, à en juger par leur reproduction, de beaucoup inférieures à celles d'Anvers. Elles comprennent, en plus de celles-ci, le Christ aux injures, le Christ paraissant la première fois devant Pilate, le couronnement d'épines, le Christ à Emmaus, la Sainte Trinité, le couronnement de la Vierge et l'Homme des douleurs, autant de scènes qui, nous dit l'éditeur, ont la même facture de travail que les autres gravures de la série. Ce sont des pièces grossièrement taillées dont plusieurs sont inspirées de la Passion : elles en reproduisent les sujets souvent en contre-partie et toujours avec beaucoup de liberté. Elles offrent de plus, comme particularité, un encadrement architectural qui les rattache à une autre série.
Des gravures nombreuses de même style que celles de la Passion Delbecq-Schreiber se retrouvent dans toutes les productions brabançonnes de cette époque.
A Bruxelles, un ouvrage de 1516, imprimé par Thomas van Noot: Een schoone contemplacie op de psalm miserere meiDeus, contient une gravure représentant le Christ et la Vierge devant Dieu le Père bénissant, accompagné du Saint-Esprit et d'un ange portant les instruments de la Passion.
Die XV bloedstortinghe ons lieven Heren Jhesu Christi, imprimé à Anvers par Jan van Ghelen en 1524, nous montre un homme des douleurs pouvant, au même titre que les gravures de Linz, grossir la série de la Passion.
Mais faut-il chercher d'autres arguments encore et ne possédonsnous pas un groupe assez important de gravures pour déterminer les caractères de l'école à laquelle appartiennent toutes ces œuvres y compris les gravures de la Passion Delbecq-Schreiber.
Cette école se distingue par un sentiment décoratif profond qui laisse peu de place aux vides et par une expression réaliste et pathétique qui caractérise Van der Weyden. Ces caractères dominent dans de nombreuses gravures dont les personnages, aux contours fortement accusés, portent souvent la chevelure longue et ondulée. Le fond des gravures se marque de longs traits parallèles horizontaux ou arqués.
La Passion Delbecq-Schreiber suffit à elle seule pour mettre en valeur les qualités d'expression et de technique de la gravure xylographique brabançonne de la fin du xv^ siècle qui emprunte ses traditions à la Bible des Pauvres et dénote en même temps des influences du maître E. S. et de Martin Schongauer.
Les incunables sont pour l'étude de la gravure sur bois presque la seule source. Dès la première heure, en effet, à l'égal de la miniature, la gravure illustre le texte imprimé.
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Cette union à la typographie a le mérite d'avoir conservé beaucoup de gravures qui auraient souvent été perdues ; elle donne de plus à la gravure un certificat d'origine plus précis que ne peut le faire le seul caractère artistique.
La persistance des planches de la Passion chez les imprimeurs anversois nous en découvre manifestement le berceau.