‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 1 sur 10 · H INTRODUCTION · texte numérisé non relu

H INTRODUCTION

blianl ce volume : Adieu paniers, vendange est taite ! Ce qui me frappe le plus^ en mesurant du regard le chemin que j'ai parcouru, c'est de voir combien le mouvement général domine l'initiative personnelle. Qu'est-ce que nous sommes , et que pouvons-nous en comparaison de cette dialectique secrète qui pose les questions chacune à leur tour et les résout avec une autorité souveraine?

Tout se lient. L'histoire des idées n'est qu'un vaste syllogisme. Il n^est pas une recherche qui ne porte ses fruits ; pas une découverte qui n'en amène d'autres à sa "suite ; pas une conclusion qui, une fois établie, ne serve de prémisses à quelque conclusion nouvelle.

Ajoutons que cette loi du monde intellectuel ne se manifeste nulle part aussi clairement que dans les mouvements de la pensée religieuse.

La Renaissance a fondé l'étude des langues; la connaissance des langues a mis l'historien en état de consulter les documents originaux; enfin la lecture de ces documents a donné naissance à des procédés de comparaison et de critique. Une fois constituée, la critique historique s'est emparée de la théologie, qui, au fond, n'est autre chose que de l'histoire reUgieuse. Timide à

INTRODUCTION. m

Forigine, la critique religieuse a puisé dans ses travaux mêmes la conscience de ses droits. Elle a entassé les recherches, elle est arrivée à des résultats certains, elle a constaté une multitude de faits. Or, il s'est trouvé que ces faits étaient en désaccord avec les croyances traditionnelles, et qu'il fallait, ou que les croyances se modifiassent, ou que la science se déjugeât.

Le premier effet de la critique, et le plus décisif, a été de ruiner la foi d'autorité.

J'appelle foi d'autorité celle qui est déterminée par autre chose que Tévidence de la doctrine offerte à notre adhésion. On croit par autorité lorsqu'on admet tiii fait sut la simple assertion d'autrui, une opinion parce que tout le monde la partage, une dogme par cela seul que l'Église l'enseigne ou qu'il est contenu dans l'Écriture.

Il suit de là que l'autorité s'accorde mal avec l'examen. Examiner, c'est demander à chaque fait ses preùveâ, à chaque oi)inion ses titres; c'est ramener toutes choses aux règles de la raison et aux conditions de la certitude. Or, une autorité qui discute n'est plus une autorité. Croire à l'Église parce qu'elle dit vrai, et non plus par cela seul qu'elle a parlé, c'est prendre en-

iT INTRODUCTION.

vers elle une attitude dindépendance qui ressemble beaucoup à une attitude de révolte. Entre la religion conçue comme système d'autorité et Ja critique, dont l'essence est de mettre toute autorité en question , on peut dire quil y a incompatibilité.

La critique a détruit la foi d'autorité. Mais Fautorité est comme le fil qui tenait réunis tous les grains du chapelet : une fois le ûl rompu, ces grains n'ont plus de lien^ ils tombent à terre; en yain cherche- t-on à les ramasser; il faut en prendre son parti, on ne les retrouvera jamais tous.

Une autre image exprimerait encore mieux en quel état la critique a laissé les questions religieuses. Les croyances reposaient sur l'autorité comme sur leur base commune; ce fondement une fois ruiné, il s'est trouvé que beaucoup de croyances n'étaient pas en état de se tenir debout par elles-mêmes: l'autorité les a entraînées dans sa chute.

• C'est ce qui est arrivé, en particulier, à ce qu'on pourrait appeler le dogme des dogmes, la foi au surnaturel. Le surnaturel est Tessence de la religion teUe qu'elle a été comprise dans les temps passés, c'est-à-dire comme révélation de Dieu à des hommes devenus, par

INTRODUCTION. y

la chute ^ incapables de le connaître et de l'ainier. S'il n'y a pas de miracles , la révélation semble n'être plus qu'un écho du cœur de Thomme^ la religion qu'un sentiment sans objet déterminé. Malheureusement le surnaturel est difâcile à constater. De même qu'on ne saurait prouver Texistence de Dieu avec des arguments^ parce que Tinfini ne saurait sortir de prémisses nécessairement empruntées à la réalité finie^ de même on ne saurait prouver le miracle, parce que le miracle échappe par sa nature, par sa définition, à cet enchaînement de causes et d'effets sur lequel repose la preuve historique. Il faut bien le reconnaître aussi : à part ces considérations générales^ il est de fait que^ plus on serre de près les documents historiques, plus on voit le surnaturel s'évanouir de Thistoire.

Au surplus^ le surnaturel lui-même n'est qu'un ouvrage avancé dont la porte ouvre la place à l'ennemi. En renonçant au prestige d'une origine miraculeuse^ le caractère et l'enseignement de Jésus sont rentrés dans le droit commun, je veux dire qu'ils sont tombés dans le domaine de la discussion. Ai-je besoin d'ajouter qu'ils sont sortis intacts de cette épreuve? Ils ont^ en somme, infiniment plus gagné que perdu à être rame-

Page 1