L\ COLONIE JUIVE DE L ILE DELÉPIIANTLNE
de l'armée juive qui ont donné de l'argent pour le dieu lahô, chacun 2 sicles. » Si l'on songe que les Israélites n'étaient tenus par la loi qu'à une contribution religieuse d'un demi-sicle, on admirera le zèle généreux de l'armée juive, armée très pacifique d'ailleurs, puisque la première personne qui souscrit est une femme. Suivent, après le titre, environ cent vingt-deux noms, avec l'indication des 2 sicles versés.
Mais voici la trahison du bordereau. Au début de la septième colonne on lit : « Cet argent s'est trouvé ce propre jour dans la main de ledoniah, fils de Gemariah, au mois Pamenhotep. Argent, 31 kerech '. Là-dessus, pour lahô 12 kerech, 9 sicles; pour Imsbéthel, 7 kerech; pour Anathbéthel, 12 kerech. »
Voilà donc ledoniah, le même sans doute ([ui écrivait à Bagoas la lettre émue sur la ruine du temple, ledoniah, l'ethnarque ou le chef de la communauté, qui centralise dans sa main les offrandes destinées à lahô et celles destinées à d'autres individualités qui paraissent bien être divines! Imsbéthel pourrait, à la rigueur, se traduire « Nom de Béthel », et on pourrait encore l'entendre pieusement du Dieu de Béthel, qui a apparu à Jacob à Béthel. Mais que faire d'Anathbéthel, qui ne peut être qu'une déesse? Puis ils sont trop, car voici ailleurs un Haram-
1. Le licrech équivaut ;i la célèbre pièce d'or, connue sous le nom de darique. qui remporta plus de victoires sur les Grecs que les armées du grand roi.
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béthel, qualifié expressément de divinité. On jure par lui pour terminer les litiges, on le nomme « notre Dieu ». Enfin, scandale suprême ! deux Juifs se disputent la propriété d'une ànesse, ou plutôt de la moitié d'une ânesse. Ae riez pas; aujourd'hui encore en Orient on peut être propriétaire de la moitié d'une ânesse, non seulement par succession indivise, mais parce quon en a fait l'acquisition. A qui attribuer cette moitié ? Les preuves font défaut de part et d'autre. On convient de s'en rapporter au serment. Et on jurera par Anathiâhô... Anath est bien connue; les Grecs l'ont assimilée à Athéné, la déesse du Parthénon, c'est toujours mieux quWphrodite. Mais Anath, associée à lahô pour former le même nom, comme si elle était l'épouse du Dieu du ciel, ou titulaire d'une chapelle dans son sanctuaire?
Hâtons-nous de dire que ces déportements n'allaient pas plus loin. Les Juifs d'Éléphantine se sont montrés réfractaires aux cultes égyptiens. Peut-être l'adoration du bélier leur parutelle décidément trop brutale. Le seul indice qu'on ait relevé d'une concession aux mœurs religieuses du pays, c'est le cas d'une Juive qui jure par la déesse Sati. Ce doit être une exception. Le procès était intenté par un Égyptien, selon la procédure égyptienne, aucun témoin ne porte un nom juif. Cette dame pensait peutêtre que le serment prêté par une divinité étrangère valait une restriction mentale et ne l'obli-
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seait pas beaucoup. On la vit même épouser un Égyptien.
La communauté n'est évidemment pas responsable de ce laxisme. Fermée aux dieux de l'Egypte, elle ne connaît pas non plus ces divinités cananéennes que les premiers prophètes avaient si rudement combattues. Aucun Baal, aucune Astarté ne figurent dans les noms propres. C'est que nos Israélites n'appartiennent pas au royaume du nord, plus exposé aux influences phéniciennes; ce sont des Judéens, déjà des Juifs. Tous les noms divins dont on retrouve la trace sont ou lahô, le Dieu du ciel, et normalement le Dieu de la communauté, ou Béthel, ou des noms composés dans lesquels entre lahô ou Béthel. C'est un phénomène étrange qu'on ne peut encore s'expliquer. iMais on se rappelle involourtairement que la ville de Béthel n'est qu'à trois heures de Jérusalem, et que ce lieu fut longtemps le centre d'un culte florissant où lahô lui-même était adoré sous la forme d'un veau d'or. Amos et Osée surtout accablèrent de leurs sarcasmes cet objet indigne, mais enfin il représentait l'ancien dieu national, encore que défiguré par l'idolâtrie. Et la déesse Anath a donné sonnom à 'Anathoth, la patrie de Jérémie, sise à une heure de Jérusalem.
La religion des Juifs d'Éléphantine était donc concentrée dans un petit cercle, fermé sur les anciens souvenirs religieux de leur pays d'origine. Mais, pour la cause du monothéisme, il
importait peu qu'ils se tinssent à un nombre restreint de divinités devenues nationales ou qu'ils sacriliassent aux dieux étrangers.
On constate une fois de plus, sur un nouveau théâtre, combien fut nécessaire la mission des hommes inspirés pour faire prévaloir Tidée de l'unité de Dieu. On a dit que les Hébreux sont parvenus au monothéisme par orgueil national, pour mettre leur Dieu au-dessus de tous les aulres. Mais cela ne les eût pas empêchés de lui donner une compagne et, dès lors, la religion d'Israël sombrait dans le paganisme universel. Nos colons s'y enfonçaient sans doute de plus en plus. La ruine de Jérusalem par Nabuchodonosor ne leur avait rien appris. C'était précisément ce que reprochait Jérémie à ceux de ses compatriotes qui s'étaient réfugiés en Egypte et jusque dans l'Egypte du sud. Sa protestation indignée répare le scandale qui aura sans doute pénétré dans plus d'un esprit. En avouant tout net Tinfidélité des Juifs, nous n'avons pas accusé nos Livres saints de mensonge ni même de réticences calculées. Jérémie a vu, dans le polythéisme de son peuple, la cause du désastre qui coupa en deux parties toute l'histoire ancienne des Hébreux, avant et après la captivité de Babylone. Si encore la chute du temple avait été le signal du repentir! Mais, en Egypte comme à Jérusalem, on offrait encore de l'encens à la reine du ciel. Et comme on avait un instant, devant l'imminence du danger, sus-