LA COLONIE JUIVE DE L'ILE DÉLÉPHANTINE
nement de M. Sachau quand il découvrit parmi les derniers papyrus retrouvés des indices de cette fôte! Malheureusement le document est dans un état déplorable. Il en reste assez pour que nous apprenions que l'an V de Darius II, donc avant la destruction du temple, le roi de Perse en personne s'occupa de la question. En souverain d'un empire bien organisé, il envoya sa décision à Arsam, gouverneur de la Thébaïde, qui la transmit, par l'intermédiaire d'un certain Hananiah, fonctionnaire persan d'origine juive, à ledoniah et à l'armée des Juifs. C'était un ordre, ou plutôt une autorisation en forme impérative, de célébrer les huit jours de la fête de Pàque. Le peu qui subsiste de ce texte ne permet pas de dire si le sacrifice de l'agneau était toléré. Le grand roi ajoute au rite l'obligation de ne pas boire de vin, il insiste sur l'obligation pour les Juifs de rester chez eux, et, à ce qu'il semble, pendant toute l'octave. Craignait-il quelque échauffourée? Le pouvoir civil, en pareil cas, se préoccupe plus de l'ordre public que de l'observation ponctuelle des cérémonies. Toute lacune irrite la curiosité; mais celles-là sont particulièrement désobligeantes.
Le grand roi prenait-il la peine de rendre chaque année un édit pour un si petit objet? Ou bien était-ce une décision rendue après l'opposition des prêtres de Khnoum? Fut-ce un succès momentané des Juifs qui précipita la crise? On ne saurait le dire.
D'ailleurs, les fouilles nous ont livré une autre preuve de la sollicitude de l'administration impériale pour ce petit goupe isolé. C'est une traduction en araméen de la grande inscription que Darius P"" fit graver sur les rochers de Behistoun en trois langues, perse, élamite et assyrien. On eut donc soin d'en envoyer une édition araméenne aux pays où cette langue était parlée. Les livres saints contiennent un certain nombre de pièces émanées delà chancellerie impériale, très favorables aux Juifs. Il était de mode de les regarder comme fabriquées pour la plus grande gloire de la nation. Gageons que la critique se montrera plus prudente à l'avenir.
Il faut tout dire. Les Juifs d'Éléphantine, si attachés au culte de lahô, si sincères dans leur douleur quand on eut abattu son temple, se permettaient des licences qui n'auraient pas trouvé de grâce devant les sévères monothéistes de Jérusalem. Pour les excuser, je me suis dit d'abord que ce n'étaient sans doute pas les mêmes personnes qui adoraient d'autres dieux. Il faut se rendre à l'évidence, sans cependant forcer les termes.
Cet Hananiah, dans la pièce officielle où il invite les Juifs à célébrer la Pâque, parle « des dieux ». Parmi les noms des Juifs, il en est plus d'un composé à l'aide d'un nom divin, comme « Béthel adonné », ou Béthelnathan. Enfin, voici une longue pièce assez suspecte. Le titre est irréprochable : « Ce sont les noms des personnes