Jérémie, cli. xliv
porte extérieure et les femmes retenues captives si elles n'avaient pas été, elles aussi, mises à mort. Dans le désordre général, les maisons avaient été pillées. Si je comprends bien les derniers mots, la lettre se termine ainsi : « L'ordre n'est pas encore rétabli; reste dans ta maison, toi et tes fils, jusqu'à ce que les dieux... »
Ainsi, c'est dans les dieux que cet Israélite mettait sa confiance, oublieux du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Il est vraisemblable que les dieux ne sont pas intervenus.
On était sans doute au temps où l'Egypte se souleva tout entière et, cette fois, avec succès. Grâce à l'appui des Perses, les Juifs avaient eu raison de l'hostilité des prêtres de Khnoum. Ils furent emportés dans la tempête nationaliste. Lorsque Artaxerxès III reconquit l'Egypte, une cinquantaine d'années plus tard, se soucia-t-il de rétablir la petite garnison étrangère? Cela est d'autant plus douteux que ce prince crut avoir à se plaindre des Juifs de Palestine.
N'accumulons pas les conjectures. Nous ne savons rien après l'an 400, parce que nous ne possédons aucun papyrus daté dune époque plus tardive. Mais si les Juifs étaient demeurés à Éléphantine, auraient-ils cessé d'écrire?
Après eux ce sont plutôt des Phéniciens qu'on serait tenté d'installer dans l'ile. Les débris de jarre portent des noms venus de Sidon. Les Sidoniens ont-ils établi une colonie à Éléphantine, comme ils en avaient une à Marésa, récemment
LA COLONIE JUIVE DE LILE D ÉLEPHA^T1^•E. 27
révélée dans l'hypogée de Beit-Djibrin, au sud de la Judée? Ou bien exportaient-ils par eau leur céramique à bon marché? Les inscriptions des cruches nous prouvent seulement l'admirable unité de l'administration perse, puisqu'elles portent les mêmes estampilles officielles qui avaient si fort étonné dans les fouilles de Palestine.
Tels sont les principaux faits que nous apprennent les documents. C'est l'honneur du peuple d'Israël que son histoire soit toujours un peu l'histoire de la religion. La colonie militaire des Juifs d'Éléphantine a partagé cette destinée. Ce n'est pas nous qui nous en plaindrons. Les péripéties de leur vie religieuse ont pour nous plus d'intérêt que leurs exercices militaires. Nous avons déjà laissé soupçonner, à propos de leur établissement, qu'ils ne se sont pas adonnés avec beaucoup d'entrain aux expéditions belliqueuses. Hérodote n'a pas même signalé leur présence quand il a parlé du poste important que les Perses avaient là contre la Nubie. On se demande même comment il leur restait du temps pour fourbir leurs armes, tant ils étaient absorbés par le négoce et la vie de famille. C'était d'ailleurs une vieille tradition chez les soldats égyptiens. De tout temps les miliciens avaient formé en Egypte une caste à part — ce qui aurait dû entretenir l'esprit guerrier, — mais de tout temps aussi on leur avait donné des terres à cultiver, pour se nour-
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nir eux et leurs familles. C'était attacher les soldats au sol et les intéresser à^ le défendre, et en même temps leur ôter le goût du service militaire. Aussi, nous dit M. Maspero, cette classe « se recrutait un peu partout, chez les fellahs, chez les Bédouins du voisinage, chez les nègres, chez les Nubiens, même chez les prisonniers de guerre ou les aventuriers venus d'au delà les mers^ ». Le maître dirait aujourd'hui : même parmi les Juifs.
Les Perses comprirent que ces colons militaires avaient besoin d'être encadrés. On les répartit en un certain nombre de bataillons, ou plutôt de fanions, commandés par des officiers étrangers. Des six noms parvenus jusqu'à nous, quatre sont perses, deux sont babyloniens. Quoiqu'on distinguât entre les simples citoyens et les militaires, toute la colonie se faisait gloire de se nommer « l'armée juive ».
Mais, encore une fois, nous sommes mieux informés de leurs petites affaires de famille que de leurs faits d'armes, et les seules batailles dont ils nous parlent sont les assauts que leur ont livrés les gens du pays. Après tout, cette lacune est peut-être l'efïet du hasard.
Ce n'est pas le lieu de donner des détails techniques sur les transactions de toutes sortes passées entre ces braves gardes nationaux. Le principal lot de titres contient les archives dune