L'AUTEUR
Jérusalem, mai 1914.
LA COLONIE JUIVE DE LILE DÉLÉPHANTLN'E
{Le Correspondant, 10 mai 1912)
Carnéade? Qui est-ce? demandait avec candeur le don Abbondio de Manzoni dans les Fiancés. Plus d'un abonné du Correspondant aura fait une réflexion semblable en lisant le titre de cet article. Ne cherchez pas, cher lecteur, vous ne trouveriez rien dans les livres, s'ils datent de plus de cinq ou six ans. C'est la chance de notre temps que d'heureuses fouilles mettent tout à coup en lumière des petits coins parfaitement ignorés. Quand il s'agit des grands Empires, de l'Assyrie ou de l'Egypte, — depuis vingt ans on peut ajouter la Perse, et depuis trois ans la Chine, — l'attention publique est éveillée par toutes les voix de la presse. Monarques, législateurs, hommes de guerre occupent
une fois de plus la scène de riiumanité ; c'est le soleil qui se lève sur les pyramides ou sur la tour de Rabylone. Mais il n'est pas non plus sans charme de recomposer la vie d'un petit groupe social, hier absolument inconnu. Vous ignoriez jusqu'à l'existence des Juifs dans cette lie charmante que visitent tous les touristes fidèles à Baedeker. Aujourd'hui, vous en connaissez beaucoup par leurs noms, vous savez leurs relations de famille, de commerce, leurs préoccupations religieuses, leurs rapports avec le gouvernement. Les contrats de mariage, les divorces, les transactions diverses concernant la propriété, les testaments, les pièces des procès, des lettres officielles ou privées, la littérature elle-même passent sous vos yeux. Comme un roman, c'est une image de la vie, et cette image est fidèle. Seulement, les documents sont très anciens, et le hasard ne nous les a pas tous rendus. Notre roman se compose de feuilletons dont il ne resterait que quelques numéros, et encore lacérés par tous les bouts.
Quelques mots sur leur découverte.
L'Ile d'Éléphantine, située au-dessous du barrage du Nil, n'est pas exposée à disparaître, comme Philé, dont Loti vient de dire la mort. Elle est seulement condamnée à s'enlaidir. Les savants de Bonaparte qui découvrirent l'Egypte n'eurent pas le désagrément de voir ce site enchanteur écrasé par des hôieh iiiodern style, mais ils remarquèrent fort bien, au sud de l'Ile, une
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butte de décombres formée par les débris de l'ancienne ville. En Syrie, cela se nomme un tell; en Egypte, on dit un kùm. « C'est, disait rillustre Jomard, comme un plateau élevé qui domine tout le reste, et qui a pour noyau... un ancien îlot de granit. Du rivage de Syène, on le voit se détacher en brun sur le rideau élevé de la chaîne libyque, toute recouverte de sables blanchâtres, et percée, çà et là, par des aiguilles de granit ^ . )>
Sur un rocher de granit, près de l'anse où l'on aborde dans l'île en venant de Syène, Jomard a pu voir de grands cartouches que la science n'avait pas encore déchiffrés et où l'on reconnaît aujourd'hui le nom de Psammétique. Mais les maîtres d'alors, qui savaient tout ce qu'on pouvait savoir de leur temps, n'ont pas manqué de citer les textes classiques qui marquaient l'importance militaire de cette position. Manifestement, la butte de décombres couvrait les ruines d'une forteresse qui avait été la clef de l'Egypte du côté du Sud.
Il est étrange qu'on ne se soit pas occupé plus tôt d'y faire des fouilles. Mais, en Egypte, tant de gigantesques monuments absorbaient l'attention ! Ce n'est qu'à la fin du siècle dernier que les recherches prirent une orientation nouvelle. Au Caire, il pleut assez rarement ; on compte les pluies à Thèbes dans l'intervalle d'un siècle; f"i