PROCÉDÉ DE L’AUTEUR POUR LE TRAITEMENT DE L’ECTROPION
COMMUNIQUÉE PAR M. PETREQUIN.
Cette méthode opératoire est restée jusqu’ici en dehors des traités de chirurgie; l’auteur lui-même a omis de la décrire dans ses Comptes-rendus. La mention que M. Lisfranc en faisait dans ses cours nous permettra de combler cette lacune ; le nouveau Traité d'ophthalmologie de M. Carron du Villards nous en fournit la description suivante :
« Procédé de M. Janson de Lyon. — Ce procédé est resté bien des années une tradition parmi les élèves de I hôpital de Lyon. C’est à cette source que l’a pris
M. Lisfranc, après l’avoir décrit avec soin, pendant longtemps, dans scs cours; ce ne fut qu’en 1832 que M. Boyer {Gazette médicale, 1832, p. ÔG8) la publia. J’ai tout lieu d’étre étonné que M. Malgaigne n’en ait pas parlé dans les deux premières éditions de son Manuel de médecine opératoire. Voici comment M. Lisfranc décrit le procédé de M. Janson :
« On saisit avec le pouce et le doigt indicateur de la « main gauche la peau qui couvre (1) la face anté- « rieure de la paupière, de manière à lui faire former « un pli vertical dont l’extrémité supérieure corres- « ponde au bord libre de la paupière, et dont la lon- « gucur égale l’espace qui sépare son bord libre. « L’opérateur et un aide saisissent alors, avec des « pinces à disséquer, les deux extrémités de ce pli, et « pendant qu’ils exercent sur lui de légères tractions, « pour le tendre le plus possible, l’opérateur, armé de « ciseaux de moyenne grandeur et courbes sur leur « plat, pratique la résection avec précaution , pour « que la plaie s’étende jusqu’au bord libre de la pau- « pière. On laisse le sang couler pendant quelques « instants, et lorsque tout suintement sanguin a cessé « soit spontanément, soit par l’application d uneéponge « fine imbibée d’eau froide, qu’on peut laisser séjour- « ncr sur la plaie pendant une demi-minute ou une « minute même , on réunit les bords de la plaie au
(i) Comme dans les autres cas, il faut enlever un pli de la peau. Il vaut mieux se servir de pinces spéciales. Garron du Villards.)
« moyen d’une suture entortillée, de manière à oble- « nir une cicatrice linéaire s’il est possible. M. Lis- « franc pense qu’on doit éviter d’enlever les épingles « le quatrième ou le cinquième jour, connue cela se « fait ordinairement; mais qu’il faut attendre que « celles-ci tombent d’elles-mêmes , en déchirant les « tissus ; de celte manière on a trois à quatre petites « plaies transversales, suivant le nombre de points de « suture que l’on a pratiqués, lesquels, en se cicatri- « sant, contribuent, en même temps que la section « verticale, à porter les paupières en dehors. Mais, « pour que l’effet soit le plus avantageux possible, il « importe d’en hâter la cicatrisation, et de réprimer « avec soin les bourgeons charnus qui se développent « à leur surface, et que la cicatrice se fasse par le « rapprochement des bords, et non de toute pièce. Ce « procédé, aussi ingénieux que facile, a constamment « réussi entre les mains de son auteur. »
« Je l’ai vu pratiquer plusieurs fois par M. Lisfranc, dans son service à l’hôpital de la Pitié. M. P. Boyer, ancien prosecteur de M. Lisfranc, auquel nous avons emprunté la description de ce procédé, l’a vu mettre en usage par le même chirurgien dans la pratique civile. Dans tous les cas, il avait été couronné d’un succès complet, excepté dans une circonstance où il fallut y recourir une seconde fois.
« M. Lisfranc lui donne une préférence exclusive. Il est surtout convenable pour combattre l’ectropion occasionné par le renversement du bord de la pau-
pière, provenant d’une contraction des angles externes des paupières. Dans les cas difficiles, on pourrait le combiner avec une incision de la commissure externe. Je l’ai mis moi-même plusieurs fois èn usage avec succès. »
Nous empruntons littéralement cette citation au Guide pratique pour V étude et le traitement des maladies des yeux , par Ch.-J.-F. Carron du Villards (1838, tom. I, page 326).
Petrequev.