partie
préméditée d'une matrice renversée, unie à uns tumeur; cette opération fut pratiquée à Durn~ harlon, et suivie de succès. Après un accouchement naturel et facile, il survint à la malade une rétention d’urine et des douleurs utérines ; la mairie# se renversa et fut chassée aveç une tumeur au- de h ors de la vulve ; on eut beaucoup de peine à la faire rentrer dans la Vagin ; au bout de quelques jours , elle retomba de nouveau ; on la refoula une seconde fois* et elle demeura cachée environ huit jours , puis elle ressortit une troisième fois; quinze jours après , il survint un écoulement de sang qui provenait de la surface de Futérus renversé ; la malade fut saisie de fièvre. JIunter se décida à faire l'extirpation, de l’organe déplacé ; il le lia à sa base , puis l’emporta d’ui^ seul coup ; la malade guérit.
On trouve dans un recueil ( i ) Fliistoire (Finie extirpation de matrice , entreprise en i8o5, par le Doct. Joseph Clarke, à la suite d’une chute de cet organe: cette observation est tirée du, Journal de Médecine , Yoi. IX, an XIIL
(i) Sammlung auserlesener Abkandhmgen zum Gehrauch fur praktische Aerzte ; Vol. XXIV, n.° i. p. 5 q.
Apres avoir mis au mande son premier en* faut , une jeune dame fut atteinte d’une chute de matrice, qui fut en partie méconnue des médecins, et en partie traitée sans qu’on y apportât l’attention requise» Pendant long-temps la malade fut tourmentée d’une hémorrhagie et d’au- 1res fâcheux accidens. Clarke fut appelé onze jours après Paccouchement; il prit la tumeur, qui était située dans le vagin , pour un polype; aidé d’un autre chirurgien, il la serra dans une ligature, ce qui causa h la malade de violentes douleurs et des vpmissemens. La ligature fut serrée de temps en temps , mais on fut obligé de l’enlever sans qu’elle eût rempli le but qu’au se proposait. Aussitôt après, la malade fut délivrée de ses douleurs et des insomnies qui eu étaient îa conséquence , son état s’améliora ? et les hémorrhagies disparurent. Au moment ou la ligature fut fortement serrée, une tumeur considérable vint faire saillie jusqu’au dehors de la vulve ; ce fut alors que Clarke reconnut qu’il avait à faire a une matrice complètement renversée , et que c’était autour de cet organe que son confrère et lui avaient placé la ligature. Là-dessus il se décida à pratiquer l’extirpation de l’utérus , d’après l’exemple de 11 UN TER ; il plaça une ligature à peu près à
un ponce plus haut que la trace encore visible de la première , et il coupa la tumeur audessous ; l’opération fut pratiquée avec beaucoup de facilité et de promptitude. La femme se rétablit parfaitement , et vécut ensuite sans aucune incommodité.
Les uns et les autres de ces cas nous prouvent que l’extirpation de la matrice n’entraîne ni la perte de la vie , ni même un trouble notable dans les fonctions du corps, lorsque d’ailleurs celles-ci sont dans leur état naturel ; ces cas ne méritent pas d’être qualifiés du titre d’opération difficile , et n’offrent rien de comparable à l’importance , au danger dans l’exécution , a la difficulté même d’établir le diagnostic et le prognostic de l’extirpation d’une matrice cancéreuse, qui est toute entière dans le corps, et où le plus souvent la constitution générale participe a la maladie.
Ce ne sont donc que les observations que nous comprenons dans la seconde classe qui ont un rapport direct avec notre but.
On peut ranger sous deux chefs les ouvrages qui en font mention ; i .* ceux qui rapportent des opérations pratiquées sur le vivant; ceux qui renferment les idées particulières , les remarques critiques et les principes théo-
riques des auteurs qui ont parlé sur ce sujet;
Osiander est incontestablement le premier qui ait pratiqué cette opération. L'italien Lazzari dit , il est vrai , dans le Journal de la Société Médico- Chirurgicale de Parme, pour 181 3 , que la priorité de la proposition en appartient à Monteggia ; mais nous ne nous occupons point ici de proposition , il s’agit & exécution.
D’après ce qu’il a publié en 1808 (1), OsiAN- DER , quinze ans auparavant , à peu près en 1798, dans ses leçons sur les maladies des femmes, doit avoir fait la proposition de chercher à guérir le cancer de la matrice , par l 'extirpation de cet organe ; et cela à l'occasion de l’histoire de Wrisberg : il doit y avoir ensuite ajouté différentes propositions, entr’autre celle crue S T ru VE a donné comme étant la sienne propre (2).
Ces idées , qu’elles reconnaissent OsrANDER ou Struve pour leur auteur, appartiennent
(1) Y oy. Versammlung der Kônigl . Socielât der TVissensch af ten in Gôltingen.
(2) Yoy. Hufelandische Journal , i8o3, Vol. X n.° 3. p. i83»
à la seconde sous-division , vu qu'elles n’onf point de mérite pratique ; c’est donc là que bous en parlerons»
Le 5 Mai i8oi , Osiander pratiqua la pre^ mière extirpation de matrice; elle mérite d’être textuellement citée( ï }, parce qu’elle occasionna tous les débats , pour et contre , qui ont eu lieu dès ce moment.
L’opération fut pratiquée sur une veuve > atteinte d’un cancer de l’utérus , dont l’état , d’après la description d’OsiANDER x était des plus déplorables.
« Un fongus carcinomateux du col de Tu? « térus , de la grosseur de la tête d’un enfant, « extrêmement fétide et sanguinolent , rem- « plissait le vagin. Il fut saisi avec un forceps (c de Smellie et fortement tiré en embas. « Comme on allait placer un lacs autour du col « de l’uterus, le fongus se déchira , et il survint « une hémorrhagie eff ayante. Les jeunes me- « decins et chirurgiens qui servaient d’aides , 5) et quelques médecins expérimentés, parmi « lesquels le Doct. OsiANDER cite pour témoin « le Doct. Althof , vivant à Dresde , con-
(î) Yoy. Gôtlinger gelehrlen, Anzeigen , i8o3<
a seillèrenl de renoncer à l'entreprise , peii— « sant que la femme ne pourrait supporter l’o^ et pératïoii , à cause de la violence de celte « hémorrhagie ; mais la malade elle-même pria cc qu’on n’en restât point là , et encouragea a Osiander à continuer son travail, au grand « étonnement de tous les assislans. »
a Comme il n’existait plus dans le vagin à une portion suffisante du col pour pouvoir « tirer l’utérus en embas , la nécessité , mère « de l’invention , fournit à Osiander la pence sée d’exercer des tractions au moyen de fils , passés au travers de la matrice avec des ai-
a guides , et de l’assujettir ainsi jusqu’à ce & qu’elle fût complètement retranchée. On « garnit promptement des aiguilles courbes « de fils cirés , on les implanta au travers du « fond du vagin et du corps de la matrice , et et on les fit sortir par Forifice interne de l’un îérus 3 le col et Forifice externe ayant déjà « été détruits par le fongus cancéreux. On plate ça ainsi quatre fils , qui traversaient de de- « vant , de derrière, et des deux côtés juste qu’au centre de Tolérus, lequel fut peu à peu r> tiré dans le vagin , et fut maintenu fixe , dès « qu’il fut près de la vulve. Alors OsiANDER * introduisit sous l’index de la ma in droite un
« fort bistouri de Pott , et coupa entièrement « l’utérus au-delà de la partie squirrheuse , « aussi horizontalement que s’il l’eût fait au- » dehors du corps , avec l’aide de ses yeux. »
«c L’hémorrhagie fut un moment considé- < f rable, mais on l’arrêta avec une poudre stip- « tique, composée départies égales d’alun , de « gomme arabique et de colophane , et avec « une éponge introduite dans le vagin. »
La guérison fut prompte, et la malade sortit dans la quatrième semaine parfaitement rétablie.
On lit encore au même endroit : « Cette « première réussite donna à Osiander le coûte rage d’entreprendre bientôt après la même « opération , et maintenant (1808) il l’a pra- « liquée neuf fois avec le même succès ; enc( tr’autres sur une femme , chez laquelle , c< après un bien être de trois ans , le cancer a « reparu , ce qui a nécessité une seconde opé- « ration dont les suites ont été heureuses. »
Plus loin il est dit : « que Osiander a deux « manières d’opérer le cancer de l’uterus. »
D’après la première , décrite ci-dessus , on tire l’utérus dans le vagin, et même jusqu’à la vulve , après l’avoir traversé par des aiguiiies
el des fils dont l’introduction constitue la plus grande difficulté de l’opération.
A cette occasion , OsIANDER dit : «. Les clii- « rurgiens qui croient nécessaire de tirer l’uté- « rus hors du corps , et de l’amener àl’état de « chute complète , se forment une fausse idée et de l’opération ; il en est de même de ceux « qui pensent que , dans l’extirpation , cet or- « gane est retranché en entier, qui , en con- « séquence , nient qu’elle soit possible , ou qui « la rejettent. »
« Au moyen des fils, on se contentera de fixer « i’utérus entier dans le bas du vagin, pour l’y « retrancher. »
« Dernièrement un utérus ainsi tiré par des « fils ne pouvant suivre celte direction , les fils « ayant ensuite été coupés par le bistouri in- « troduit sans précaution , le Doct. Osiandep^ « saisit promptement , avec une tenette à cales cul , l’utérus près de son orifice , et retrancha « le col de cet organe» »
« L’état de squirrhe ou de cancer n’exige cc autre chose , si non que la section soit faite « dans la partie saine. On distingue celle-ci à « sa surface lisse et à sa consistance élastique, « tandis que la partie squirrheuse est rude et « dure connue du Dois.
« Le bistouri convexe doit être étroit et so- « lide , bien affilé et obtus à son extrémité ; ou « ie conduit sur le coi aussi haut que possible * a tandis qu'un aide écarte les lèvres de la « vulve.-— La section doit elfe pratiquée cir- « culaifement , d’abord en V employant de la
« force , puis avec lenteur, pour ne pas b les** « ser le va^in. >s
La seconde üiéthode d’OsiANDER est celleci : « Lorsque le col de l’utérus , fort dilaté 9 « est déjà en grande partie détruit par le ion- « gus cancéreux , et que la cavité de cet or- « gane est remplie de fongosités raboteuses* « carcinomateuses ; l’utérus ne peut plus être « saisi , traversé par des aiguilles et abaissé ; « alors Osiander place la malade dans une a situation presque horizontale , fait déprimer « la matrice par un aide , qui presse avec le « poing sur le fond de cet organe , tandis que « lui-même le fixant dans îa cavité du sacrum « avec l’index gauche , introduit le médius et ec l’annulaire gauches dans la matrice , et avec a ces doigts dirige les lames de ciseaux courbes a sur leur plat , dont il se sert , ainsi que de cc son extirpateûr, pour retrancher par nioret ceaux toutes les parties fongueuses, inégales « et squirrheuses. Dès que cela est fait, il rem-
* pïit la cavité avec une éponge imbibée de « vin et saupoudrée de poudre styplique ; if a traite ensuite la plaie jusqu’à la guérison « de la manière déjà indiquée, (i) »
Toute la méthode opératoire du Boct. OsîAnder est contenue dans ce qui précède; et excepté quelques apologies renfermées dans des écrits polémiques et de circonstance, qui n’y ont ajouté aucun perfectionnement, je ne confiais rien autre de lui sur ce sujet.
Dans î’histoire d’une extirpation de tumeur cancéreuse à l’orifice de l’utérus, pratiquée selon la méthode d’OsiANDER par le Prof. Pust,
(i) Cette manière, que Fauteur a passé sous silence, consiste à substituer à t’éponge chargée de poudre stypiique, d’autres éponges imbibées d’eau de Saturne et de vinaigre ; et aussitôt que la suppuration s’annonce, de la favoriser avec un mélange d’extrait de brou de noix, de miel et d’oxide de mercure rouge. On doit augmenter ou diminuer les proportions de celte dernière substance, selon que la suppuration est faible ou forte. Mais il faut avoir l’attention de diriger les éponges, qui portent ce mélange, jusque sur la partie coupée, sans presque toucher le vagin en devant. Voy. Bibiiot. Méd. 2LXV11. p. 399.
{Note du Trad. ) t 7
premier Chirurgien à l’hospice général de Vienne , on lit ce qui suit : (i)
« On tenta l’extirpation du col de l’uté- « rus, d’après la méthode d’OsiANDER , sur « une femme de 5o ans, qui portait à l’orifice a de la matrice une tumeur cancéreuse de la « grosseur du poing d’un homme, et dont le « reste de cet organe paraissait sain. L’hémor- « rhagie fut énorme , et aucun des moyens inet diqués par Osiander ne put l’arrêter. Cette « femme aurait vraisemblablement pu être « sauvée, quoiqu’elle fût déjà très-cachecli- « que, si, dès le commencement, on se fût sé- « rieusemenl occupé d’arrêter l’hémorrhagie, « et qu’on n’eût pas perdu du temps, à essayer chacun des moyens que l’inventeur de cette « opération a recommandés comme les plus « convenables et les plus efficaces. Elle mou- « rut huit jours après l’opération , et à l’ins- « pection cadavérique l’utérus fut trouvé spha- « celé. »
Le Prof. Langenbeck , à Gôttingue, décrit dans sa nouvelle Bibliothèque (2) l'extir-
(1) Saltzburger Med. Chir. Zeitung , iSi3, Vol III.
(2) Vol. I. 11.0 3. p. 55 1.
f aS9 )
paîion d’une matrice cancéreuse totalement dégénérée, qui d’elle-même, et sans le secours de l’art , était dans un état de chute complète avant l’opération. Celle observation offre à plusieurs égards des particularités qui m’inposent le devoir de citer les propres expressions de l’auteur.
« J’appris , il y a quatre ans , par le Chirür- « gien général Ktrchmayer , à Cassel, qu’une « femme de cette ville était atteinte d’un car- « cinoine de l’utérus , et que cet organe dégé- « néré était dans l’état de chute complète -, ce « qui faisait croire à ce praticien que c’était « un cas favorable pour pratiquer l’extirpation. <i Cette femme , âgée de 5o ans, avait depuis « long- temps éprouvé des douleurs , des brû- « lemens et des élancemens dans la matrice. « Peu à peu cet organe était descendu. Il eu « suintait une sanie fétide, qui altérait la peau « des parties voisines. Les douleurs brûlantes « et lancinantes du carcinome acquirent une * telle violence, que la femme désira ardem- « ment d’en être débarrassée par une opéraor tion. L’examen de la malade me prouva « qu’elle était praticable. La portion vaginale a dépassait les grandies lèvres; l'orifice rouge « et ulcéré avait la dureté de la pierre; et
« au travers du vagin je sentais 1 utérus durcie « raboteux et très-volumineux. L’habitus géc< néral était assez bon pour cjue je pusse ente treprendre l’extirpation. Je l’arrêtai sur-le « champ avec le Doct. Kirchmayer, et la pra- « tiquai le lendemain de la manière suivante :
« La femme fut placée sur le bord de son cc lit, les deux pieds reposant sur deux chaises, cc et je me mis entre ses jambes ; avec un scal- « pel et des pinces , j’incisai le vagin poussé en tt avant, et le séparai de l’utérus; arrivé à la « partie de celui-ci qui reçoit une enveloppe « du péritoine, je l’en séparai aussi, évitant « d’entamer ce dernier , pour ne point courir cc la chance de voir passer les intestins par une « ouverture faite a cette membrane ; parvenu « au bord supérieur du fond de la matrice, je c< coupai celle-ci de manière qu’un morceau cc peu considérable , mais entièrement sain , cc resta attaché au péritoine ; ce qui faisait reset sembler cette portion, avec le vagin auquel cc elle tenait, h une bourse vide. Une hémor- « rhagie considérable nécessita des ligatures, cc dont l’application fut la partie la plus difficile cc de l'opération. M. Kirchmayer , atteint de a la goutte, ne pouvant m’aider , je serrai avec « la main gauche la surface d’où s’écoulait le
« sang, je la traversai d’aiguilles garnies de « fils , je formai les nœuds de la main droite, « et tirai l’un des bouts de chaque fil avec la a même main, tandis que je tenais l’autre avec « les dents ; c’est ainsi que je plaçai quatre li~ « gatures qui furent suffisantes. Après i’opé- « ration la malade se trouva très-faible, mais « elle se reprit bientôt. La cavité fut remplie de « charpie; la guérison marcha avec rapidité, « et , jusqu’à ce moment , la maladie n’a point « eu de récidive. Le péritoine et le vagin se « sont si bien réunis que, si l’on entrouvre les « grandes lèvres, on ne peut introduire le doigt, et l’on voit comme une membrane semblable « à une imperforalion de la vulve. Les ovaires « et les ligamens ronds, qui avaient été coupés, « se sont trouvés unis à l’utérus extirpé. »
Il s’est élevé contre celte extirpation des doutes et des contradictions , que M. Langen- /BECK a consignées dans sa nouvelle bibliothèque (i) et a cherché à réfuter.
M. La zzAPa a publié (2) une observation
(1) Yol. ïi , n.° 1 , p. 669
(2) Journal de la Société médico - chirurgicale de Parme, Yol. IX, n.° 1.
qu’il qualifie à' extirpation cle la matrice ; il lia sur le coi une tumeur cancéreuse , au moyen cle cinq ligatures ; une pareille opération fut nécessaire au bout de trois mois , et au bout cle six mois, la malade étant morte d’une péripneumonie, l’utérus ne fut pas trouvé malade; est- ce là une extirpation de la matrice ( i ) .9
Parmi ces cas, les seuls à moi connus, il n’en est aucun qui offre une extirpation complète sans chute préalable de la matrice. Quant à celle de Langenbeck, qui appartient à la première classe, il y a loin d’une séparation de l’utérus accompagné des ovaires et des hgamens , sans ouvrir le péritoine , (a) et sans avoir à redouter le passage des intestins dans le bassin , avec l’extirpation telle que je l’ai pratiquée , en courant ce dernier danger ; ce qui donne , à mes yeux , à celle-ci une importance majeure.
La seconde sous- division, qui ne renferme
(1) N’est-il pas permis d’élever des doutes sur l’exactitude de celle observation ?
( Note cia Trad, )
(2) J’ai peine à comprendre qu’il soit possible de faire,
même parle vagin , l’extraction des ovaires, qui sont enveloppés du péritoine , sans blesser et ouvrir celle membrane. [Note du Trad.)
que des opinions , est plus considérable que la première , car la critique est bien plus facile que l'exécution.
Déjà en 1787 , à l’occasion du cas cité , p0 246, Wrisberg avait proposé la question , T extirpation de V utérus ne pourrait- elle pas être pratiquée lorsqu elle est indiquée ?
Osiander n’ayant émis en chaire la meme proposition qu’en 1 798 , doit donc être considéré comme n’ayant fait que la renouveller.
Struve , reprenant la chose où Osiander l’avait laissée > écrivit en 1802 , pour le Journal d’Hufcland , une dissertation sous ce titre : Idées sur V extirpation de V utérus considérée comme Tunique moyen probable de guérir le cancer de la matrice ; elle fut imprimée en i8o5, avec le dessin d’un instrument (1).
Il suffit de comparer cet instrument avec les parties sur lesquelles il est destiné à agir, pour voir qu’il ne saurait atteindre son but.
En Mai i8o5 , Osiander donna connaissance au public de son opération du cancer de la matrice. Dès ce montent l'attention fut généralement éveillée sur ce sujet.
(1) Voy. Vol. XVI. n.° 3, p„
C’est à cette occasion que Hufeland s'écrie en ])arlant deSï’RUVE, Osiander, etc. (juifs méritent une statue à côté de celle ülenner.
En 1804, au sujet d’une opération pratiquée dans les Grisons , M. de Siebold donna quelques remarques sur T extirpation de la matrice, moyen récemment recommandé contre le cancer de cet organe. Il y élève un grand nombre de doutes , plus ou moins fondés , sur sa possibilité ; je les réunirai à ceux qu’ont proposé d’autres auteurs.
En 1810 ; l’Académie Impériale et Royale Médico chirurgicale de Vienne donna ce sujet, pour un prix extraordinaire de 200 florins ; j’exposerai plus bas les sept questions du programme , qui me paraissent faire le plus grand honneur aux vues savantes de celte célèbre Académie. J’ignore s'il s’est présenté des concurrens , et si le prix a été adjugé.
Immédiatement après, le premier-chirurgien Rust pratiqua cette opération , dont le défaut de succès dut influer défavorablement sur le jugement que portèrent les chirurgiens de Vienne au sujet de cette méthode.
E11 181 1 , M. de Siebold , dans un Manuel des maladies clés femmes , au chapitre du
squirrhe et du cancer de T utérus (x), décrivit les deux méthodes d’OsiANDER , sans y joindre ou son expérience , ou son opinion.
L’extirpation de la matrice a donc déjà reçu mie place dans les Manuels , quoicpi’elle n’ait pas encore été fréquemment pratiquée , qu’elle n’ait pas été faite d’une manière complète , et qu’elle ait été fortement attaquée.
Dans un mémoire de M. Wachter sur le Cancer de la matrice , publié dans le magasin hollandais de Sander , Walop et Wachter (2)3 vol. I ^ pour 1814 > ü affirme qu’OsiANDER n’a jamais guéri par son opération un véritable cancer; et il cite quelques cas, dont OsiANDER lui a fait part de bouche , où l’opération avait été pratiquée avec succès, mais où les malades, pour la plupart, avaient fini misera» blement ; d’où il conclut que, dans les cas de guérison, l’opérateur n’avait eu à faire ni à un squirrhe, ni à un cancer.
Dans le journald’accouchemens de Siebqld (5) , le docieur Gütberlat propose une méthode qui lui est propre.
(1) Vol. IV, p. 5oq.
(2) Voy. Salùzburger Med. Cliirurg \ Zeitung, 18 16,
Vol, Ilï, p. 17G.
(( Après avoir réfléchi , dit-il , sur les deux « méthodes (d’OsiANDER) , les défauts que « j'y ai trouvés m’en ont fait chercher une « autre , pour extirper la matrice cancéreuse.
« On lait une incision à l’abdomen , on dé- « truit de haut en bas les attaches de la ma- « trice , pendant qu’un instrument de mon in™ « vention, introduit par la vulve , conduit le « couteau pour la résection. »
GutberlAT décrit ensuite sa méthode , avec le plus grand détail , en neuf articles ; mais qui ne voit qu’elle est purement idéale ? la disposition des intestins à faire hernie par toute ouverture pratiquée aux parois de l’abdomen , la difficulté de séparer et de détacher la matrice , même lorsque l’abdomen aurait été vidé , l’étendue de la maladie qui remplit tout le vagin, et ne permettrait pas l’inlroduction d’un instrument conducteur ; enfin les inconvéniens subséquens à l’ouverture de l’abdomen, toutes ces raisons, et bien d’autres inutiles à énumérer , rendent cette opération tout à fait inexécutable.
En 1816, le docteur Charles Wenzel , dans son ouvrage sur les maladies de l'utérus , où il traite avec la plus grande attention le sujet qui nous occupe, attaqua les idées d’OsiANDER. *
répondit aux sept questions de l’Académie Joséphine, et présenta l’extirpation comme inexécutable ; il ajouta que , sans chute préalable, les parties atteintes d’induration ne pouvaient pas être séparément et complètement emportées , et qu’il suffirait d’en laisser une portion pour faire courir aux malades les plus grands dangers.
Cette dernière objection est une des plus graves et des mieux fondées.
Plus loin , il dit que de même que, pour Finduration de la glande du sein, il convient d’extirper le sein entier , de même , il faut extirper l’utérus en totalité , lorsqu’une partie de cet organe est atteinte de squirrhe, Enfin , il élève des doutes sur l’exactitude des histoires d’extirpation incomplète à lui connues; et pense qu’on ne doit attendre quelques secours,, que de l’extirpation complète et totale de la matrice. Il propose ensuite de saisir et tirer l’utérus audehors de la vulve, avec des pinces à polype garnies de dents , de le lier au-dessus de son fonds et de serrer peu à peu la ligature.
Charles Wenzel n’ayant jamais pratiqué celte opération , pas même , à ce qu’il paraît , sur le cadavre , il est inutile de prouver qu’elle est bien moins possible, et surtout bien
plus dangereuse à exécuter , que Textirpalioa pratiquée avec un instrument tranchant , dans la place qu’occupe naturellement l’utérus.
En 1817, l’extirpation de la matrice a fait îe sujet des Diss. inaugurales de MM. François- Xavier Proedel à Landshut, et Klingberg à Coppenhagen ; je n’ai pu me les procurer»
En 1818 , dans l’édition qu’il donna de son Exposition des operations faites arec l’ instrument tranchant , le Prof. Zang , Directeur de la Clinique Chirurgicale de l’Académie Impériale et Royale Joséphine , à Vienne , inséra un article sur l’opération qui nous occupe (i). Ses paroles pouvant être considérées , à peu de chose près , comme le jugement de l’Académie , au sujet du prix qu’elle avait offert , méritent une attention spéciale.
Il dit : «Attendu qu’il n’existe aucune obser- « vation avérée de l’extirpation de l’utérus can- « céreux faite avec succès , et que quelques u Chirurgiens prétendent seulement qu’elle a « eu heu , je me permettrait les observations « suivantes. »
Elles sont divisée en treize points ; je les ex-
(1) Première division du troisième article, p. 092.
poserai plus bas en réunissant toutes les objectons que présentent les adversaires de Tex~ tirpation.
Il en conclut que cette opération doit être déclarée impraticable , inutile comme moyen de guérison , et même manifestement nuisible. Mais il ne nie pas qu’on ne puisse extirper Tutérus , préalablement amené à l’état de chute* lorsqu’il est atteint d’une induration grave, étrangère au virus cancéreux * comme on extirpe un testicule; dans ce cas, il voudrait qu’on abaissât l’utérus avec des pinces , puis qu’on en fît la ligature.
Le Prof. Z AN G ayant ainsi conclu sans avoir fait d’essai * même sur le cadavre * il n’y a aucune induction pratique à tirer de son opinion.
Le docteur Schweïghauser, en traitant du cancer de la matrice (1), commet Terreur de le considérer comme étant une suite de 1 affection syphilitique ; il avoue que lorsque le cancer est confirmé il n’admet point de guérison : et il élève des doutes sur l’opération d’O- SIANDER , à la méthode duquel il n’est point favorable. Déjà en i8o3, Baudelocqüe lui
(1) fn Aufsatzeûber einige physiologische und pralc fisc h e Gegenstànde der GeburùshülJ'e ; jSûrnberg. 1 # ’ 7*
avait écrit qu'il doutait beaucoup de celte ex* tirpation alors connue, et il lui avait dit que , plus de vingt ans auparavant, Lauvariol , de l’Académie de Chirurgie, l’avait sérieusement proposée.
Le Prof. Iôrg , à Leipzig, h l’occasion de Son écrit polémique contre OsiANDER , (i) dit, que comme l’extirpation de la matrice cancéreuse ne saurait amener la guérison que dans le cas de l’ablation complète des parties affectées, on ne peut ajouter foi au succès des opérations publiées, parce qu’aucun opérateur n’est en état d’enlever toutes les parties malades, lorsque le cancer occupe la totalité de l’utérus; il ne regarde pas mêmecomme vraisemblable > que l’extirpation partielle produise quelques interruptions dans les progrès de la maladie, ou quelque soulagement à la malade , et croit que dans ce cas celle-ci sera plus rapidement emportée, que si elle avait été méthodiquement traitée par les caïmans.
Le Prof Iôrg doute donc du succès de l’opération mainte fois répétée par OsiANDER > et la rejette absolument de la pratique.
f (1) In Aphorismen liber die Kranhheiten des Lieras,
etc.
MM. Renard et W itt mann , à Mayence 5 dans une traduction libre de l’article , Femme , du Dict . des Sc. Méd. , parlent de l’opération d’OsiANDER répétée par le Prof. Dupuytren, et pratiquée déjà sept fois par ce dernier, lorsque le rapport en fut fait en i8i5 (i) ; c’est le col seulement de l’utérus qu’il a retranché ; la plaie , suite de l’opération , a guéri sans accidens , mais les malades n’ont pas toutes été exemptes des rechutes de la maladie; l’une est morte assez promptement , sa poitrine s’étant embarrassée; chez une autre le cancer a reparti au bout de deux ans ; chez une troisième au bout de 18 mois ; une quatrième vivait encore quatre ans après. Ces auteurs encouragent les praticiens à entreprendre de nouveau cette opération.
Tels sont les principaux écrits qui sont parvenus à ma connaissance sur l’extirpation de la matrice ; je passe sous silence quelques opuscules de moindre importance , dont les idées rentrent absolument dans celles qui pré-» cèdent.
Les plus fortes objections contre l’extirpa-
(i) Voy. Bibliothèque Médicale pour iSi5. Tom. XLV1I.
lion de lâ matrice , ou plutôt contre le procédé d OsiANDER , peuvent être réunies, et rangées sous les chefs suivans :
1 .° L'affection cancéreuse est générale, et l’apparition cl’un carcinome ou cancer ulcéré , n’est qu’un symptôme de la constitution du malade ; l’extirpation de ce symptôme local, pour ainsi dire , ne peut être utile , et produire une guérison durable. Zang , de Siebold.
2.0 Les organes qui entourent l’utérus, participent ordinairement à l’état carcinomateux ; et il est le plus souvent très-diflîcile de déterminer, si la maladie est bornée à l’utérus, ou si elle ne l’est pas. Zang.
5.° Le squirrhe , ou le cancer, attaque un organe dans son entier, quoique la maladie ne soit apparente que dans une portion; l’extirpation partielle n’est donc d’aucune utilité, on ne saurait la conseiller. Zang , de Siebold, Ch. yVenzd. Jôrg , S ch weighauser , etc.
4-° Les organes qui ont des rapports anatomiques ou physiologiques immédiats avec l’organe squirrheux ou carcinomateux , sont toujours disposés , au plus haut degré , à contracter la même maladie, quoiqu’ils pa-
raissent être dans Vétat le plus parfait de santé. Zang.
5. ° De même que les efforts de la nature ne peuvent préserver de la ruine prématurée , qu’entraîne le cancer , Fart de guérir ne peut extirper la cause génératrice , la dyscra sie du squirrhe. Zang. Le même auteur demande qu'on emporte non-seulement la partie cancéreuse , mais toutes les parties voisines qui sont seulement suspectes ; mais il observe que cela ne peut avoir lieu , que lorsque ces parties peuvent être exactement touchées et examinées ; il veut encore que tout l’organisme, et le système lymphatique en particulier, soit, au moins en apparence, dans son état naturel,
6. ° L’extirpation de la matrice n'est possible que lorsqu’il existe une chute de l’utérus naturelle ou artificielle. Zang , Ch. FP^enzel , Langenbech .
Zang et Wenzel préfèrent la ligature à l’instrument tranchant ; le premier dit qu’on ne saurait opérer artificiellement une chute complète de l’utérus cancéreux , et que cette chute est elle-même déjà une lésion considérable; de SiEBOLD croit quelle doit être ac-
eompagnée de beaucoup de difficultés et d’inconvéniens (i).
y.° S'il y a une guérison à attendre d’une opération , ce ne peut être que de l’extirpation totale de l’utérus» CJi. Tïycmel.
Zang ajoute que celte opération doit avoir des conséquences pareilles à celles d’une ouverture faîteau périloine, et doit entraîner la chute et le passage des intestins dans le vagin»
On voit par ces objections qu’à une grande majorité, mais sans expériences concluantes , les auteurs ont prononcé l’impossibilité de l’extirpation complète de l’utérus, et 1 inutilité de l’extirpation partielle. La première, en particulier, a été déclarée absolument inexécutable, sans prolapsus préalable ; mais , avant moi.
(i) Tout praticien qui fera des essais sur le cadavre, pour opérer la chute d une matrice saine, sur une femme qui n’aura pas fait d’en fa ns depuis longtemps, reconnaîtra quelle est absolument impossible, puisqu’on ne peut même en venir à boni en ouvrant Tabdomen, saisissant l’utérus avec une main, le poussant avec force dans le bassin, tandis qu’avec l’autre main on le tire dans le vagin avec une pince ; la chute de Tutérus est donc impraticable, sans déchirer les ligamens , et, sans produire une désorganisation considérable.
«Ile n’a été ni pratiquée , ni même tentée. Voilà où en étaient et l'art et la science , lorsque s'est présenté à moi le cas intéressant que l’on va lire, et l’occasion de pratiquer une extirpation complète de l’utérus cancéreux sans chute préalable.
Je fus appelé, au mois de Novembre 1817, auprès d une malade , qui , depuis treize mois, avait des pertes presque continuelles, tantôt de sang pur , tantôt d’un sérum âcre et fétide^ lesquelles redoublaient à l’époque des règles , jusqu’à mettre sa vie en danger.
Cette femme, âgée de 55 ans, et mère de plusieurs en fans , dont cinq vivans , avait toujours eu d’heureuses couches , et une assez bonne santé. Je la trouvai pâle , sans forces , enflée , et très-souffrante ; depuis long-temps , elle n’obtenait quelques heures de repos, qu’à l’aide de fortes doses d’opium. Dès ma première exploration , je reconnus que j’avais affaire à un cancer de matrice très-avancé, sanieux et fétide. J’administrai , conjointement avec d’autres collègues qui furent appelés , les médicamens les plus efficaces , tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, mais sans autre résultat que de mitiger momentanément les accident
secondaires ; le mal , en dépit de tous nos efforts , poursuivit lentement , mais opiniâtrement sa marche.
Dans une conférence que j’eus avec plusieurs médecins, où rincurabilité décidée de la maladie fut reconnue à l’unanimité, je pariai de l’opération d’OsiANDER; mais les uns en rirent, les autres la déclarèrent impraticable.
Après que cette femme, sur qui tous les moyens avaient été épuisés , eut encore passé dix mois de la plus déplorable existence, entre les mains de divers autres médecins , elle succomba au commencement d’Octobre 1818. Ses souffrances avaient duré vingt-deux mois.
L’affection de la matrice avait extrêmement diminué , souvent même complètement supprimé les urines , durant tout le cours de la maladie. Les excroissances squirrheuses du col de la matrice remplissaient le bassin, comprimaient les urétères , ne permettaient aucune extension de la vessie, et parla occasionnaient aussi de grandes souffrances à la malade. Une douleur vive et continue dans la région lombaire , qui augmenta de plus en plus vers la lin de la maladie , jointe aux accidens urinaires, indiquait assez une affection notable des reins. Le médecin qui avait donné les der-
niers soins à la malade, nous dit, que le ballonnement extraordinaire du bas-ventre avait été considérablement diminué, en dernier lieu, par la sortie d’une énorme quantité d’urine.
A l’autopsie, les viscères thoraciques et abdominaux n’offrirent rien d’extraordinaire ; il n’y eut de remarquable que le défaut de sang , les sérosités amassées dans le tissu cellulaire , et un peu d’eau épanchée dans les deux cavités»
La vessie était petise, épaissie, non ulcérée; l’urétère gauche, jusqu’à un pouce de distance de la vessie , excédait en grosseur une plume de cygne ordinaire , le droit était d’une capacité égaie à celle de l’aorte ; le bassinet du rein gauche , élargi , aurait pu contenir environ quatre onces de liquide ; mais le rein droit , semblable à un sac vide, affaissé sur lui-même, en aurait contenu au moins trois livres ; toute sa substance était transformée en une massa membraneuse.
La matrice se trouva un peu plus volumineuse que de coutume; l’orifice et le col étaient couverts de petits tubercules ulcérés , de couleur brune et livide , et jusqu’à l’endroit où commence proprement le corps de la matrice, se voyaient ça et là des ulcères superficiels ; mais on n’apercevait aucune traça de maladie
( -yS )
sur le corps et le fond de ce viscère. Le col était dégénéré en entier en bourrelets ulcérés , sa cavité, et celle de l’utérus, se trouvèrent élargies, et rongées d’ulcères. Les ovaires, les trompes, les ligamens, etc., étaient, ainsique les viscères de la poitrine , œdémateux , de couleur livide et brunâtre; mais nous ne pûmes rien y apercevoir d’uîcéré.
L’affection cancéreuse avait été , jusqu’à la mort , absolument restreinte à la matrice, et même seulement à la partie inférieure , et à la surface interne de ce viscère; le gonflement qui avait duré si long-temps dans la première période delà maladie, ainsi que les excroissances volumineuses , dures et rugueuses , qui saignaient au moindre attouchement , avaient subi, avant la mort, une diminution notable. Mais les ulcères cancéreux profondément situés dans la substance organique , avaient persisté d’une manière caractérisa tique*
Quant à l'extension extraordinaire des «réfères, et des bassinets des reins, je crus devoir Tenvisager comme une suite de la compression, que la matrice exerçait dans le bassin.
Ce cas m’occupait incessamment l’esprit , lorsque, au mois d’Octobre 1821, je fus de
nouveau appelé à soigner une personne atteinte de cette maladie ; et ce fut une des causes qui me conduisirent à entreprendre 1 opération dont je vais donner l’histoire.
Mes lecteurs ne me sauront pas mauvais grés , si j vu l’importance du résultat* j’entre dans tous les détails nécessaires , pour démontrer avec évidence la vérité et l’exactitude des faits*
OBSERVATION
Geneviève Waldraf, âgée de 5o ans, femme d’un pauvre journalier de Constance, d’une constitution robuste , de taille moyenne, vouée dés sa jeunesse aux plus rudes travaux, accoutumée à braver les injures de l’air , avant > pendant, et après l’écoulement menstruel, n’avait jamais été malade au point de prendre des remèdes ; elle avait eu six couches des plus heureuses , la dernière en 1811; loin de pouvoir jamais se soigner convenablement , elle avait repris chaque fois, dès le troisième ou lè quatrième jour, ses occupations de ménage, et son travail ; au milieu d’Octobre 1821, elle me fit appeler pour me consulter relativement à d’abondantes pertes utérines quelle éprouvait depuis quelque temps. Ses règles avaient
cessé en 1817 , puis reparu une fois au printemps de l’année suivante , ainsi qu’à la même époque en 1819, et clès-iors elles avaient complètement disparu, sans aucune incommodité, jusque vers Tété de 1821, époque à laquelle cette femme avait eu une nouvelle perte, accompagnée de douleurs poignantes , surtout aux aines, au dos, et jusqu’au pubis. Cette perte avait continué avec plus ou moins de force , ne s’arrêtant que de temps à autre pendant trois ou quatre jours , et n’avait point empêché cette femme active et laborieuse , de vaquer comme à 1 ordinaire à des occupations aussi pénibles , que de laver du linge au lac, d’écurerles planchers, etc., jusqu’à ce qu’enfîn la continuité, et l’abondance de l’hémorrhagie, jointes aux douleurs , l’affaiblirent au point de l’obliger à garder la maison , et à chercher du secours. Le repos et quelques fortifians arrêtèrent la perte pour quelques jours , au bout desquels elle revint sans cause apparente. Le cas me parut alors suspect, et j’insistai sur l’exploration : je trouvai le col et l’orifice de la matrice , surtout à leur partie postérieure, déjà garnis de grosses excroissances dures , rugueuses , très-douloureuses , et saignant au moindre attouchement.
 cette époque, la malade était fort épuisée par la quantité de sang perdu; elle était pâle , faible, et l’insomnie, que lui causaient des souffrances non-inîerrompues , avait encore contribué à détruire ses forces , au point que son état se trouvait déjà très-alarmant.
Parmi tant d’autres remèdes , que j’avais précédemment essayés dans les squirrhosilés de la matrice , j’avais appris à connaître la Sabine, comme un de ceux qui montrent le plus d’efficacité : parle seul emploi de ce végétal indigène , dont les vertus sont si éminentes (i), j’avais obtenu une guérison par-
(i) L’emploi de la sabine dans les pertes utérines, et quelques autres affections de Lutérus, m’a été révélé dès l’an 1800, par la Dissertation de M. de Wedeiun , insérée daus le journal d’Hufeland, vol. x, A. p.96, et pen ai fait usage , depuis cette époque, avec le plus heureux succès; j en ai plusieurs fois éprouvé les bons effets dans différentes maladies de la matrice, ensorta que je crois avoir acquis te droit de compter la sabine parmi les plus précieux et les plus puissans moyens curatifs.
Non-seulement dans les pertes et les autres maladies de l’utérus, hors de la grossesse , caractérisées par les noms d’atonie, asthénie, faiblesse, défaut de contractilité, ou de force de cohésion, etc. ; mais encore dans'
faite * dans plusieurs cas d’indurations équivoques de ce genre , qui donnaient déjà lieu de redouter îa présence dusquirrhe* et qui étaient accompagnées de pertes irrégulières* lesquelles épuisaient les malades. En conséquence* j’eus recours à celte substance* qui* vu l’extrême degré de faiblesse* me paraissait spécialement indiquée. Ce fut le 27 Octobre que je commençai à l’administrer intérieurement, et Fusage en parut produire de très-bons résultats pendant quelque temps : l’hémorragie s’arrêta pour plusieurs jours, l’écoulement devint séreux et peu abondant* les douleurs du côté droit disparurent complètement ; outre cela * l’appétit et les forces s’améliorèrent d’une manière sem sibie * les indurations du coi* et de lorifice de la matrice * semblèrent diminuer , samolir, et perdre de leur sensibilité douloureuse.
des pertes qui faisaient craindre une fausse couche, chez des femmes grosses qui, par faiblesse, en avaient déjà éprouvé plusieurs, j’ai fait prendre la sabine en poudre* par doses de xv à xx gr. trois fois par jour , et cela avec le succès le plus soutenu* pendant trois, quatre et cinq mois; j’ai parla arrêté les pertes, empêché les fausses couches, et plusieurs femmes ont du à ce précieux remède* des enfans sains* et nés à terme.
Mais ce mieux apparent ne dura que jusques vers le milieu de Novembre; à ceüe époque, les hémorragies revinrent, l’écoulement séreux prit un caractère fétide, sanieux ; les douleurs, de jour en jour plus aiguës, se fixèrent davantage dans la région du sacrum et du coccix ; les excroissances rugueuses de l’orifice augmentèrent de volume , le repos et le sommeil disparurent de nouveau , et il ne fut plus possible de méconnaître la transition du squirrhe, à l’état de vrai cancer utérin. La sabine fut encore continuée pendant quelques jours , mais sans succès ; après quoi je recourus à d’autres moyens préconisés dans ces cas. J’essayai d’abord Facide prussique ( hydrocyanique), tant intérieurement, qn’extérieurement; mais il fallut bientôt le mettre de côté, à cause de la faiblesse qu’il ne larda pas h produire. I! en fut de même de la ciguë , et l’union de ces remèdes avec le quinquina n’eut pas plus de succès. En Décembre, le mal fit des progrès : plus de repos , ni le jour ni la nuit ; la malheureuse ne put presque plus se coucher, le corps fléchi en avant contre le lit ou la table, pendant des heures , et même des nuits entières, elle ne fit que plaindre, et pousser des hauts cris ; l’écoulement sanieux et fétide alla tou-
jours en augmentant , tout l’appartement fut infecté de l’odeur spécifique de la sanie cancéreuse , je dois presque dire de cette sanie ellemême, l’hémorragie revint à chaque instant sans cause apparente, les excroissances remplirent le vagin, saignant au moindre attouchement, comprimèrent le rectum, et empêchèrent les déjections , ce qui, chaque fois que la malade allait à la selle, lui occasionnait des souffrances atroces. On voulut y remédier par des lavemens, mais il n’y eut pas moyen de les introduire , et chaque tentative augmenta à tel point les douleurs , qu’il fallut y renoncer. On eut recours aux huileux , pour expulser les matières fécales, amoncelées dans le rectum. Heureusement la malade conserva encore de l’appétit, et digéra assez bien.
Tous ces symptômes s’aggravèrent pendant le mois de Décembre. Songeant à pratiquer l’extirpation de la matrice, j’explorais fréquemment ce viscère ; mais je reculais par la difficulté de l’operation. L’insomnie totale, et les tourmens continuels qu’éprouvait la malade , m’obligèrent de recourir à l’opium, quelque répugnance que j y eusse , à raison de l’état de constipation. Mais ce moyen même n’eut d’effet que pendant très-peu de temps , et
bientôt îa violence des douleurs eut triomphé de sa vertu narcotique.
Le 12 Janvier, à ma visite du matin, îa malade, qui avait passé une nuit des plus affreuses, m’ayant demandé , avec l’accent du désespoir , du soulagement ou îa mort , je lui pariai de la possibilité de pratiquer une opération, qu’elle me sollicita de faire sans délai, quoique je ne lui en dissimulasse ni la difficulté , ni les dangers , qui moi- même me faisaient reculer d’effroi.
Le 16, il se manifesta, pour la première fois , une forte diarrhée , qui dura cinq jours , et qu’on eut beaucoup de peine à arrêter ; la faiblesse parvint au plus haut degré , les douleurs devinrent atroces, et tout annonçait que la mortne tarderait pas à combler les vœux de la malade. Quand je fus parvenu, contre toute attente , à relever ses forces, ce que la robuste constitution de l’individu permit de faire en assez peu de temps, la malade me pressa plus vivement que jamais, de procéder au plus tôt à l’opération promise. Mais plus je méditais sur ce que la littérature médicale m’apprenait à ce sujet , plus mes craintes et mon hésitation augmentaient. Enfin , l'opération
fat arrêtée pour le 28 Janvier ; je la conçus, et l’exécutai comme suit.
Plan et opération .
L'exploration m’ayant fait reconnaître que ie contour extérieur du carcinome se bornait à la totalité du col de l’utérus , jusqu’au cul-de-sac du vagin exclusivement, qu'un trèspetit espace séparait l’utérus du rectum, qu’au contraire le doigt pouvait pénétrer profondément dans les cavités du col et du corps de la matrice , au travers des ulcères et des fongosités , ce qui nie démontrait que la surface interne de l’utérus était entièrement atteinte par le cancer, je jugeai que l'extirpation partielle du coi , d’après le procédé d’OsiAN- DKR, était insuffisante, et qu’il était de toute nécessité d’emporter la totalité de la matrice*
Mais cette opération ayant , jusqu’à ce moment , été déclarée impraticable , sans chute préalable de l’utérus, je songeai aux moyens d’effectuer celle-ci. L’état des parties, l’exiguité de la place interdisaient l’usage des aiguilles et des fils , qui auraient déchiré l’or-* gane malade sans parvenir à l’abaisser, et au-
raient peut-être produit une grave hémorrhagie ; je m’arrêtai à l’idée d’introduire un doigt dans l’utérus, de m’en servir comme d’un crochet pour amener ce viscère, que je fixerais ensuite aussi bas que possible, avec des tenettes ou de fortes pinces à polype»
Cela fait , je me proposais de couper le vagin, aussi haut que faire se pourrait , tout autour de la matrice , puis de détacher cet organe du péritoine avec le manche du bistouri, comme Langenbeck dit Fa voir fait (ï) sans pénétrer dans la cavité de l’abdonaen ; de faire passer les doigts de la maie gauche par delà îe fond de i utérus , d’en poursuivre la séparation par leur moyen , de le renverser en embas et en devant , et d’achever ainsi de le détacher du rectum , sans risquer de blesser l’intestin , sauf à employer avec sécurité l’instrument tranchant , quand les parties a couper seraient exposées aux regards. Mon intention était de n’amener ainsi que la matrice , et de laisser les ovaires et les îigamens après les avoir détachés du corps de l’utérus.
Tout étant disposé , le 28 Janvier 1S22, a
(1) In riens Bibliolhek , vol, II. p. 672.
deux heures après midi, aidé seulement de M. Distel et de mon fils , je plaçai la malade horizontalement en travers du lit destiné aux accouehemens laborieux, et me contentai de faire tenir les genoux écartés par mes aides ; la vessie et le rectum avaient été préalablement vidés.
D’abord , je tentai d’abaisser l’utérus avec un doigt agissant comme un crochet , mais les fongosités se déchirèrent et saignèrent sans que la matrice s’abaissât le moins du monde ; il fallut y renoncer. T’introduisis alors l’index et le médius gauches sous le pubis , jusqu’au cul-de-sac du vagin, je glissai entre ces deux doigts un couteau convexe, arrondi par le bout, à manche long et fixe , avec lequel je coupai le vagin sur l’utérus , faisant immédiatement pénétrer un doigt dans l’ouverture que j’achevai tout autour du vagin , ce qui eut lieu sans interruption et sans accidens. Pour détruire les attaches latérales , j’introduisis de nouveau un doigt dans la matrice et la tirai en embas, tandis qu’avec le manche du couteau, ou avec l’ind ex droit, je déchirai le tissu cellulaire; mais l’adhérence était si forte que ce moyen ne réussit pas ; une masse de fongosités se détacha en partie et vint faire saillie à la vulve; j’em-
ployai alors une pince avec laquelle je saisis la paroi antérieure du col et la tirai, tandis qu’avec le manche du couteau et une spatule de baleine, je cherchai à détacher l’utérus de la vessie ; niais plusieurs tentatives douloureuses furent vaines , la pince échappa , emportant avec elle une portion de la tumeur.
L’opération durait depuis demi- heure , je n’avais pu effectuer ni l’abaissement de l’utérus , ni sa séparation d’avec le péritoine, la malade perdait patience , elle s’affaiblissait par la perte du sang, dont la plus grande partie ne provenait que du déchirement des fongosités... Alors je changeai de pian , je renonçai à toute espèce d’abaissement et de séparation , et me déterminai a couper net au-dessus du fond de la matrice ; pour cela , j’introduisis deux doigts de la main gauche dans le vagin, entre la vessie et la matrice , je conduisis entr’eux le scalpel , je saisis avec l’index recourbé une portion de tissu cellulaire, que je coupai près de l’utérus, jusqu’à ce que mes doigts parvinssent dans l’abdomen , ensuite je coupai de même peu à peu le péritoine en avant, en haut et jusqu’aux attaches latérales les plus élevées , j’introduisis alors toute la main gauche dans le vagin et pénétrai dans l’ouverture
du péritoine , où je détruisis de chaque côté les attaches latérales , et détachai les ovaires , les ligamens , etc. ; ensuite je saisis la matrice au-dessus de son fond et cherchai a la renverser ; pendant cette tentative , la malade , irritée par ma main et par les douleurs , poussa trèsfort , comme cela se fait dans les accouchemens; dans ce moment, je sentis distinctement les intestins se presser sur le dos de ma main, et se précipiter dans le vagin ; je fus obligé de les repousser dans l’abdomen ; je resaisis la matrice, la malade se contracta de nouveau, et la même chute des intestins eut lieu ; je revins à la charge une troisième fois , en exhortant fortement la malade de s’abstenir de pareilles contractions , tandis qu’un aide avec une main repoussait et contenait les intestins de bas en haut depuis le pubis; je réussis alors à renverser la matrice et à amener son fond jusqu’au bord des grandes lèvres; les intestins la suivirent et remplirent le bassin ; un aide les retint au moyen de trois doigts introduits par la vulve; pendant ce temps, je détachai avec l’instrument tranchant la paroi postérieure et les attaches latérales ; ce qui se fit trés-aisément et sûrement, les parties étant exposées
h la vue ; ainsi fut terminée cette longue, pénible et dangereuse opération.
Je replaçai les intestins dans leur situation naturelle, et les y maintins avec un gâteau de charpie sèche, destinée à les garantir de l’air et des styptiques; la femme fut mise dans une position horizontale qu’elle garda soigneusement.
Excepté l’hémorrhagie dont j’ai parlé , il n'y eut que celle qui provint d’un petit vaisseau coupé vers la fin de l’opération, et qu’un aide arrêta avec le doigt ; la malade perdit environ une livre et demie de sang ; ce fut donc par pure précaution que je remplis tout le vagin de charpie saupoudrée d’alun.
Bientôt après l’opération, la malade se plaignit de fortes douleurs à la région de l’estomac, il lui survint une sueur froide générale, le pouls s’affaiblit et devint à peine sensible ; on lui administra à petites doses du vin, de l’éther et de la teinture d’opium ; au bout de trois heures, elle se reprit un peu , la sueur devint chaude , le pouls meilleur ; elle ne se plaignit que d’une sensation brûlante dans le vagin ; les douleurs qui s’étaient manifestées dans l’abdomen et le bassin disparurent. Ce fut dans cet état que je quittai la malade , et voici le journal exact de ce que j’observai ensuite.
Le 29 au matin , grande faiblesse, pouls petit mais sensible , chaleur générale uniforme ; alimens rendus pendant la nuit par le vomissement ; par la vulve une petite quantité de liquide séreux sanguinolent.
Pendant le jour, la malade a pris des forces, le vomissement a cessé , le ventre est un peu tiraillé, les douleurs 11e se font sentir qu’à l’épigastre.
Le soir, le pouls se relève; pendant la nuit, trois vomissemens, sommeil, forte transpiraration chaude , soif ardente.
Le 00 au matin, écoulement séreux sanguinolent ; extraction de la charpie , exploration, la chaleur du vagin est pareille à celle du corps; la portion qui a été en contact avec l’alun, dont la charpie était imprégnée, est sèche et rude au toucher ; les intestins ne peuvent être atteints avec le doigt , et ne sont point descendus dans le vagin ; la situation horizontale est soigneusement maintenue.
Pendant le jour , les alimens continuent à être vomis, l’abdomen un peu douloureux est gonflé de vents; le pouls est élevé, sec, fréquent ; la peau chaude, humectée d’une sueur constante ; il n’y a ni selles , ni vents ; l’urine coule en abondance et involontairement. On
introduit dans le vagin un petit paquet de charpie enduite de cérat ; on prescrit une potion composée de teinture cV opium } liq .cl Hoffmann, hep de corne de cerf succinée , eau de menthe, mucilage de gomme arabique ; jusqu’à la nuit, le ventre est fortement tiraillé , l’angoisse et l’insomnie tourmentent la malade.
Le 5 1; la nuit a été assez bonne , malgré trois vomissemens, beaucoup de vents , et vers le matin, une selle de matière dures. Le matin, le ventre est détendu ; il y a encore quelques douleurs à la région de l’estomac; pendant le jour, bien-être, pouls élevé, lent; transpiration douce , chaleur régulière à la peau ; point de vomissement ; la malade prend un peu de nourriture; on injecte dans le vagin un e décoction de saule , avec de la teinture de galbanum , et on y introduit de la charpie humectée du même liquide ; à l’intérieur on donne une décoction de Tîinkina et de X éther acétique ; on fait sur le bas-ventre des frictions éihérées et des applications de vin aromatique.
Le i.8r Février ; nuit plus inquiète , insomnie ; deux vomissemens , issue de vents ; au matin , le ventre est météorisé, mais souple et peu tendu; dans le jour, vents fréquens, pouls fort, sueur abondante, un vomissement ;
la suppuration du vagin s’établit ; point de douleurs dans le bassin , les grandes lèvres seules sont douloureuses et tuméfiées ; vers le soir, la malade se trouve tout- à-fait bien; la nuit suivante, six selles de matières d'abord dures , puis liquides , et beaucoup de vents.
Le 2 Février ; jusqu’à midi , évacuations fécales nombreuses ; on donne un mélange de kmkina et de teinture d’opium ; la diarrhée et les vomissemens cessent ; la malade est totalement délivrée de ses douleurs , à Fesception de quelques élancemens légers et passagers , dans Faine droite et autour du bassin ; elle devient gaie, et prend de la nourriture; le pouîs est plus fort, plus vif; îa chaleur de la peau est régulière , sans sueur ; le ventre est dégonflé ; îa charpie est imbibée de pus sanguinolent.
Le 5 , la malade a bien dormi ; dans le jour, elle fait une selle molle avec beaucoup de vents ; le ventre est mou et tout- à- fait indolent , meme en le pressant fortement ; Fappétit est raisonnable; l’écoulement peu abondant, qui a lieu par le vagin, est rougeâtre et séreux, sans odeur putride ou suspecte , et les parties qui ont été atteintes par l’instrument tranchant deviennent plus sensibles.
Le 4 5 , même état ; tout indique un
succès complet ; les forces augmentent , les vents et les matières fécales sortent avec aisance et régularité ; point de douleur dans le bassin ; l’écoulement séreux sanguinolent a cessé ; la charpie est recouverte d’un pus louable ; la sensibilité du vagin augmente, l’urine continue à couler involontairement et cause des cuissons à la vulve ; le pouls devient plus vif sur le soir , et il se manifeste une sueur abondante; cependant ce mouvement de fièvre n’est point d’une nature sérieuse et n’inspire aucune crainte.
Le 6 , tout se maintient en bon état. Après l’opération , j’avais dit à la malade quelle ne pourrait se mettre sur son séant, avant trois semaines , parce que cette position était ca~» pahle de faire descendre les intestins dans le vagin; quel fut mon étonnement, lorsque ce meme jour , neuvième depuis l’opération , je la trouvai assise sur son lit, sans qu’elle éprouvât , dans le bassin ou dans le ventre , la moindre sensation pénible! En explorant le vagin, je ne pus, avec le doigt, apercevoir les intestins; le péritoine me parut s’être consolidé en forme d’entonnoir, le sommet tourné en en haut; dès ce moment , la malade prit une position plus
élevée, et se mit sur son séant pour ses repas sans le moindre inconvénient.
Le y, la volonté parait reprendre quelque influence sur l’écoulement de l’urine, qui a lieu à peu près toutes les demi-heures.
Le pouls et l éiat général de la malade sont si bons, qu’on croit pouvoir la regarder comme étant tout-à-fait sans fièvre. Il n’y a plus d'écoulement par le vagin; l’espèce de croûte desséchée qui s’y est formée commence à se séparer ; je crois devoir en rapporter la formation à l’emploi de la charpie saupoudrée d’alun.
Le 8 et le 9, tout est dans le même état.
Le 10, la malade se lève seule, s’assied sur la chaise percée , lâche son urine , soit en se tenant debout, soit en se plaçant sur ses genoux ; elle peut la garder trois quarts d’heure, mais à chaque mouvement , il en sort une certaine quantité accompagnée d’un peu de pus* La croule du vagin se sépare par morceaux; fin rine cause une forte cuisson, en passant sur les parties qu’elle a irritées; on les recouvre, depuis 3e y, avec de la charpie, enduite d'onguent de styrax, puis de ce rat. La langue et les lèvres, qui jusqu’ici étaient pâles , blanchâtres, commencent à rougir , et la couleur de la peau qui était aussi pâle, semblable à de la cire, change
et s’améliore ; en tout la force vitale paraît se relever.
Le ri et le 12, le mieux se maintient; la malade continue seulement à se plaindre des douleurs que lui cause l’urine en passant.
Le i o j la nuit a été inquiète , sans sommeil , uniquement à cause de ces memes douleurs ; les pieds sont devenus œdémateux ; on panse le vagin avec un mélange de mucilage de gomme arabique , de miel rosat et de teinture de galbanum.
Le 1 4. et le i3, il se sépare des morceaux de la portion crouteuse , d’une ligne environ d’épaisseur , ce qui augmente considérablement les cuissons ; l’œdème des pieds s’accroît t et tout le corps paraît comme bouffi.
Le 16 , la bouffissure augmente, elle gagne même la face; la malade se plaint d’oppression et de tension dans la poitrine , elle a soif et se laisse aller au découragement. Je défends à la femme d’uriner debout, et je lui donne le camphre avec T éther sulfurique , etc. ; dans la nuit du 16 au 17, il survient de fortes sueurs, l’œdème a considérablement diminué.
Le 17, il tombe des morceaux de la croûte vaginale , et avec eux une portion cylindrique , de la nature de la peau. Excepté les douleurs
brûlantes causées par l’urine , la malade s@ trouve assez bien. La place où la matrice a été séparée du péritoine, paraît grande a peu près comme une pièce de 24 sois , au travers de laquelle on sent les intestins qui y sont adhérens.
Le 18, les sueurs sont abondantes , la bouffissure diminue , l ’urine , depuis la chute de la dernière masse, recommence à couler involontairement , et cause de violentes cuissons.
Le 19 , le 20 et le 21 , le bien-être continue , Fappétit est revenu , la femme se lève , se promène dans sa chambre , transpire beaucoup , a des selles régulières et n’a d’autres douleurs que celles que cause burine.
Le 22 , elle se plaint de tension et de douleur à la région précordiale ; les matières fécales sont dures.
Le 20 , il y a eu trois selles bilieuses , qui ont libéré la malade des douleurs de l’estomac , ensorte quelle a reprit sa gaîté. On introduit un cathéter dans la vessie, qui donne issue à un peu d urine ; [ instrument n’est senti ni dans l’urètre , m dans la vessie , au moyen du doigt introduit dans le vagin (j). Dans la partie an-
(1) Je ne comprends point ce que quer par celle phrase.
Fauteur veut indi-
( Note du T r ad .)
térieure et inférieure de celui-ci , il existe une portion crouîeuse , dure comme la pierre, qui. cause beaucoup de douleur. L’ouverture du péritoine est réunie, et paraît être absolument fermée. Depuis long-temps oo n’a rien introduit dans le vagin ; on a seulement enduit de cérat la surface intérieure des lèvres de la vulve.
Le 2.4 , le 25 et le 26 , le bien-être se maintient , les selles sont régulières , la sueur fréquente, la malade pendant des heures entières reste hors de son lit , et se promène dans sa chambre ; le 26 au soir un grand morceau de croule , très- dur , sort du vagin.
Le 27 et le 28, suppression des selles, ce qui renouvelle la pression et la douleur brûlante à la région précordiaîe ; les îavemens facilitent l’évacuation de matières consistantes.
Le ier Mars , bien-être; jusqu’à ce moment on a continué une diète tonique et le vin , avec des remèdes fortifians et restaurans , comme kinkina , valériane , éthers , camphre , ammoniaque, extraits amers, etc. suivant l’exigence du cas.
Le 2 , la malade se plaint d’un goût amer, de nausées, de constipation , on remarque un peu de fièvre.
( 5oo )
Un laxatif prescrit pour ie 3, avec infusion de séné, huile d amandes et mucilage de gomme arabique produit le meilleur effet.
Les 4 j 5, 6 et 7, ia malade se trouve de nouveau très-bien , elle est gaie et paraît reprendre ses forces ; l’entrée du vagin et l'intérieur des grandes lèvres sont déjà guéris; autour du méat urinaire . il s’est formé une nou-
velie croûte volumineuse et très-dure ; l’urine ne coule plus par l’urèthre, mais seulement, par le vagin.
Le 8 , mabaise , pression et sensation de brûlure à la région précordiale, cessation des selles, pâleur et bouffissure; la croûte dure tombe , elle est fort épaisse * on sent alors une ouverture dans la région inférieure de la vessie.
Le 9 , la malade est à peu près dans le même état, les nausées, l’amertume de la bouche ont augmenté : il rte vient qu’une selle de matières brûlantes, épaisses et bilieuses ; on prescrit un laxatif de follicules de séné et de rhubarbe.
Le 10 , le remède a amené beaucoup de mm cosités bilieuses , et produit du soulagement sans affaiblir notablement la malade.
Le 1 1 , il survient de la diarrhée , contre Jaquelle 011 employé des analeptiques et des fortiûans.
( 3oi )
Le ï2; la diarrhée devient aqueuse , les toniques ne l'arrêtent point , les nausées et le goût amer persistent; dans le vagin îoui est dans 1 état sain, les douleurs causées par Farine sont appaisées, et Fouverture communiquant au basfond de la vessie est totalement fermée.
Le i 5, la diarrhée a un peu diminué ; nausées , etc., comme le 12.
Le 14 > la malade est un peu plus gaie, point d'appétit.
Le i5 , elle rejette, après la dernière cuillerée de son tonique, une grande quantité de bile ; on donne de petites doses divisées d’ipé cacuanha, qui font vomir en six fois beaucoup de matière visqueuse, d’un jaune brun , putride et bilieuse , le soir la malade se trouve mieux.
Le iê, elle est passablement gaie, mais un peu plus faible qu’avant cet accident bilieux ; on arrête la diarrhée au moyen de mocilagiïieux unis aux excitans et aux toniques; jusqu’au 22 tout rentre à peu près dans l’ordre et s’y maintient.
Dans le bassin tout était parfaitement guéri; la malade ne se plaignait plus même des cuissons causées par l’urine, et l’on pouvait regarder et déclarer comme parfaite la guérison, pour
ce qui tient à l’opération. Pendant les fréquens et forts vomissemens , la malade n’avait pas ressenti la moindre douleur dans le bassin et dans le bas-ventre, et on n’observa aucune
hernie des intestins dans le va ‘' in,
La réunion et la consolidation de celui-ci étaient parfaite ; il ressemblait à un entonnoir renversé se terminant par un canal fermé en en haut; on ne pouvait pas apercevoir une seule place qui parût affectée , ou qui laissât soupçonner la formation d’une nouvelle tumeur , dans tout le contour intérieur du vagin; et la seule conséquence désagréable de l’opération était l’incontinence d’urine, qui, comme on le montrera plus bas , pourra être évitée à l’avenir, et qui resta comme suite incurable de l’opération.
Ici se termine l’histoire chirurgicale de l’opération, et de la parfaite guérison qui l’a suivie; on peut en déduire la possibilité d’extirper la matrice dans sa situation naturelle, sans porter atteinte à la vie de la malade, et même en contribuant efficacement au retour de sa santé , ce que j’avais à cœur de prouver par ce mémoire.
Ce qui me reste à faire connaître ne constitue plus qu’une observation purement médicale ; c’est pourquoi je serai bref.
ïl ne faut pas perdre de vue h que! point les forces vitales avaient dû être altérées par la longueur de la maladie, l’énorme perte de sang qui l’avait accompagnée , une insomnie de quatre mois , des douleurs atroces pendant le même temps, circonstances qui avaient détruit la puissance digestive et interrompu la nutrition ; sans parler du mélange probable du virus cancéreux avec la lymphe ; clou résulta une faiblesse de l’estomac et des intestins , qui ne leur permit pas de résister aux écarts de régime, auxquels la malade se livra , comme on va le voir.
Ls 22 Mars, sans cause connue , elle vomît une assez grande quantité de bile d’un jaune brun , et se plaignit d’amertume à la bouche 3 de nausées et de chaleur à l’estomac. On facilita le vomissement avec de Yipécacuanha uni à de V opium ; il amena de la bile , puis des alimens seuls ; alors se manifesta une diarrhée séreuse , qui résista pendant plusieurs jours, et céda enfin aux opiacés et aux astr ingens.
Le 27 Mars, la malade fit , pour la première fois, plusieurs visites dans la ville, et put rester levée tout le jour ; le pouls était boa , l’appétit ordinaire ; elle prit du kinkina et de l 'éther.
Mais des écarts de régime ramenèrent la
diarrhée , qui dura plusieurs jours et menaça ceux de la malade; elle nécessita les soins médicaux les plus assidus , parce qu’elle se liait à beaucoup de faiblesse , une sensibilité très- élevée des organes de la digestion, et une sécrétion vicieuse de la bile, qui firent disparaître l’appétit , et causèrent une soif permanente ; ce qui devint d’autant plus grave, que la malade se trouvait dans l’état de faiblesse antécédent, qui aurait requis une bonne alimentation et une digestion facile. Il fallait surtout combattre la répugnance de la malade pour une nourriture légère , et facile à digerer.
On réussit cependant à vaincre cette répugnance ; mais on fut obligé de mêler presque toujours V extrait aqueux et opium aux remèdes fortifians.
En Avril, la malade se trouvait toujours mieux ; cependant j’avais à combattre chez elle la disposition à la diarrhée et aux vomissernens, ainsi que l’enflure œdémateuse , principalement des extrémités inférieures ; elle pouvait se promener, n’éprouvait d’autre douleur, qu’au creux de l’estomac, et ne se plaignait d’aucune gêne, dans l’abdomen et le bassin; les explorations répétées me firent connaître que tout était guéri dans le vagin , d’où il ne
sortait plus ni pus , ni aucune autre excrétion morbide. L’infirmité que causait i écoulement continuel de l’urine , sans occasionner de douleur , était la seule chose importante dont se plaignait la malade; pour y remédier, on conn manda un réservoir d’urine.
Le conseiller privé, Doct. Méd. Rehmann de Donauschingen , explora la malade, le 28 Août , et quelques jours plus lard , le Doct. en Chirurgie Keers en fit autant. L’un et l’autre peuvent rendre compte, au besoin, de ce qu'ils ont trouvé.
Au commencement de Mai, ce bon état continua ; cependant le retour complet à la santé marcha lentement ; on ne put apercevoir nulle part , à l’extérieur ou à l’intérieur du corps, aucune apparence d’affection squirrheuse ou cancéreuse; seulement le système cutané, disposé à la leucophlegmaiie , ne reprit pas la couleur de la peau saine qui annonce le retour à la santé.
Jusqu’au 9 Mai , la malade s’était si bien remise qu’elle put se promener tout le jour, et se livrer à quelque léger travail ; elle avait tous les jours des selles régulières de bonne consistance , et un meilleur appétit. Après une dispute avec sa garde , elle résolut tout d’un
eoup (le sortir cle l’hôpital , pour aller joindre son mari et ses en fans»
Le 9, elle mit sa résolution a exécution , empaqueta elle-même ses vêtemens, etc. etc.,, et le io, je la trouvai dans son logement, vers son foyer, faisant la cuisine : elle ne tint aucun compte de l’exhortation que je lui lis de garder plus de repos.
Le 1 1 , elle soigna elle-même une petite lessive de son linge, et le i 2, je la trouvai au lit, où la retenait la fatigue. Le i5, elle se remit a un travail démesuré et continua ainsi jusqu’au 16. Elle me demanda alors de rentrer dans l’hôpital , parce qu’elle ne pouvait pas suffire aux soins du ménage et de rentrelien de sa maison, et qu’elle ne savait pas comment se procurer le nécessaire pour soutenir sa vie. Je le lui accordai avec grand plaisir, espérant arrêter ses excès et régler son régime ; dans les premiers jours son rétablissement avança graduellement ; Ja malade alla tous les jours au grand air, mais elle se permit, comme je l’ai appris plus tard , de grands écarts de régime. Le 19, elle alla se promener à un quart de lieue, et but une bouteille de bière fraîche. Le 20 , je lui trouvai pour la première fois de la toux (jusqu à ce moment elle n’avait manifesté au-
cune disposition morbide de la poitrine ) , elle ne me dit rien, ni de la promenade qu’elle avait faite, ni de la bière fraîche qu’elle avait bue. La toux semblait être un simple catarrhe, les crachats parurent bientôt d’un blanc jaunâtre; î’on chercha à exciter et à faciliter la sueur ; à cette époque il faisait très-chaud , la malade, comme d’ordinaire , ne gardait point de repos, et ne s’accommodait point de suer, d’ailleurs elle ne se trouvait pas plus mal. Le 26, elle mangea de la choucroutre et probablement du lard , ce que ni elle , ni la garde ne voulurent m’avouer, et qu’elle avait déjà fait quelques jours auparavant , comme je le découvris plus tard. Dans la nuit qui suivit cet écart de régime , il survint un fort vomissement , qui amena d’abord des alimens et en particulier des choux , que la garde jeta pour ne me les pas montrer, et ne pas découvrir ainsi sa propre faute , puis de la bile qu’on me fit voir ; la diarrhée suivit immédiatement.
Le matin du 27, je trouvai la malade sans forces avec les yeux battus et enfoncés, et l’habitus des personnes qui ont été atteintes d’un violent choiera ; la respiration était lente et gênée, le pouls faible. On travailla de suite, et par toutes sortes de moyens, à diminuer le danger
imminent clans lequel elle se trouvait , au moyen de stimulans , de mucilagmeux et d’opiacés à l’intérieur , aidés de lavemens , et à l’extérieur par des fomentations , mais le vomissement et la diarrhée persistèrent jusqu’au 29 ; les extrémités inférieures , la gauche en particulier , devinrent œdémateuses ; on ne put rétablir ni la transpiration , ni la sueur ; le pouls devint extrêmement faible , la toux rauque , et ce ne fut qu’avec beaucoup de peine qu’on parvint à évacuer un crachat d’un gris blanchâtre, écumeux et de la consistance d’un blanc d’œuf.
La respiration devint très-lente, tout-à*fait entrecoupée , et je reconnus une véritable affection pulmonaire , il se manifesta aussi de la faiblesse dans les fonctions du cerveau ; le vomissement et la diarrhée cédèrent, à la vérité, dès ce jour; des bouillons mucilagineux purent être pris et gardés ; le pouls se releva ; les toniques furent rendus plus actifs; au kinkina et aux éthers on ajouta le musc, l’ammoniaque , etc.
Le 5o et le 5 1 , il n’y eut ni vomissement , ni diarrhée ; et le soir de ce dernier jour vint une selle ordinaire moulée ; le pouls se montra plus fort ; mais la respiration resta plus lente et plus
difficile. Le i.erJuin, la dypsnée augmenta , au point qu il ne s’opérait que deux ou trois inspirations par minute, après chacune desquelles on attendait la mort , le mouvement du cœur ne cessa qu’à io heures du soir. Il est inutile de peindre, à quel point je fus affligé de voir se terminer, par un coup si subit , une vie qui avait été sauvée avec tant de peine , et paraissait l’être pour long-temps ; cela ne fait rien à la chose; mais ce qui m intéressa, et produira probablement le même effet sur tous les hommes de l’art , ce fut l’ouverture anatomique du corps.
Elle fut faite le 2 Juin, à 10 heures avant midi; j’y invitai les docteurs Baer , Haaf et Distel , qui eurent l’obligeance d’y assister et de m’aider , et qui signèrent le procès-verbal 5jue j’en dressai.
Procès-verbal de V ouverture»
La peau de tout le corps était pâle , blanche comme de la cire , la partie supérieure et l’inférieure de la cuisse gauche , ainsi que les grandes lèvres du même côté, étaient œdémateuses , le ventre n'était pas tendu.
( 3io )
A l'explora lion du doigt par le vagin, le bassin fut trouvé fermé, et dans tout le pourtour, on ne rencontra ni fongosité , ni ulcère ; la paroi postérieure de la vessie était ouverte.
Les poumons se montrèrent tuméfiés, pâles, blanchâtres , parsemés de taches d’un bleu foncé ; il en était de même de leur tissu interne, dont les vésicules laissaient écouler une quantité considérable de mucosité grisâtre , lorsque l’on comprimait l’organe ; le cœur était sain ; la cavité de la poitrine contenait beaucoup de sérosité.
Tous les viscères de l’abdomen étaient dans l’état sain , et dans leur situation naturelle ; il n’existait dans cette cavité ni épanchement récent , ni trace d’extravasion antécédente ; l’épiploon recouvrait les intestins, le foie était sain ; la vésicule vide n’offrait aucune altération , la rate et les reins étaient sains ; l’estomac pâle , flasque , vide , n’était point distendu par des gaz.
Les intestins , dans leur état naturel , ne présentaient aucune trace d’inflammation récente; iis étaient vides , à l’exception du coion ascendant. La communication de l’abdomen avec le petit bassin était absolument fermée , et le péritoine avait dans ce lieu sa couleur propre ;
les intestins purent s enlever aisément, jusqu’au milieu de la cloison membraneuse qui séparait les deux cavités; là l’intestin grêle adhérait fortement, dans l’étendue d’une petite pièce de monnaie, par une substance membraneuse* d’un gris blanchâtre, d’une demi-ligne d'épaisseur, qui fut séparée avec quelque peine , mais qui ne laissa ensuite aucune ouverture pour pénétrer dans le bassin , et n’occasiona point de lésion à l’intestin ; derrière cette réunion , vers le rectum , on trouva une adhérence des intestins , de la grandeur d’un écu , qu’on ne put détruire sans ouvrir la cavité du bassin. Ces viscères eux-mêmes étaient parfaitement sains , sans rétrécissement , et leurs fonctions n’avaient jamais été suspendues ; le rectum passait à droite de la ligne médiane , il n était point endommagé , et la séparation avait eu lieu immédiatement à coté de lui ; en examinant le bassin du haut en bas , on n’y put voir ni fongosité , ni place ulcérée ; tout y était parfaitement guéri; les ovaires , assez rétrécis* étaient dans leur situation naturelle ; les trôna-* pes de Falloppe étaient difficile à reconnaîtrez
ÇoüsUmce, 1« 3 Juin 1832*
Signés D. SAUTER Conseiller de Médecine , D.r Baer , Médecin-Assistant; J. B. Haaf * Chirurgien de District et de l’hôpital ; Distel , premier Chirurgien.
Il résulte de cette observation ;
1. ° une nouvelle direction méthodique pour pratiquer Y extirpation totale de la matrice dans sa situation naturelle ;
2. ° une réponse précise aux doutes et aux objections qu’ont présenté plusieurs sa vans hommes de Fart , et satisfaisant aux questions proposées par l’Académie Joséphine.
Ces deux chefs forment la division naturelle de ce qui nous reste à dire.
Procédé pour V extirpation totale de V utérus sans déplacement préalable .
Avant de détailler le procédé méthodique de cette opération , il faut remarquer, que l’observation précédente démontre qu’il est possible de la pratiquer, au milieu des circonstances les plus défavorables, que les lésions qui l’accompagnent n’ont pas le degré de gravité qu’on aurait redouté a priori , et que la guérison des parties intéressées a lieu sans infirmités
incurables ; c'est d'après celle opération sur le vivant, et plusieurs autres que j’ai pratiquées sur le cadavre , que je la crois susceptible de règles aussi sûres et aussi fixes qu’aucune autre.
Nous ne nous proposons point de parler ici des indications et des contrindicalions de l’extirpation; la seule condition pour l’exécuter est, qu’il y ait assez d’espace sain, autour du col de l’utérus, pour y promener le bistouri sur la partie malade.
Avant de procéder à l’opération , on videra la vessie et le rectum; la malade horizontalement placée en travers de son lit , y sera maintenue par tous les moyens et avec les aides suffisans. Un de ceux-ci déprimera l’utérus, avec la paume de la main placée au-dessus du pubis, tandis qu’avec le dos il retiendra les intestins.
L’opérateur introduit l’index et le médius gauches dans le vagin , jusqu’à son cul-de-sac; il passe le bistouri convexe entre ces doigts , et coupe circuiairement le vagin sur le col , jusqu’à deux ou trois lignes de profondeur; puis il porte entre les mêmes doigts des ciseaux courbes sur leur tranchant, avec lesquels il sépare la vessie de l’utérus jusqu’au péritoine, en serrant de près l’ulérus ; pour cela il tire et amène entre les lames des ciseaux , avec ses
doigts , les portions de tissu cellulaire les plus fortes , afin de les couper avec précaution. Ce procédé est plus facile et plus sûr que celui où l'on emploie le bistouri concave. Cette séparation, poussée jusqu'au péritoine inclusivement, sçra achevée , à la face postérieure de l’utérus, avec des ciseaux courbes sur leur plat , dont la concavité reposera sur cet organe , qui le détacheront complètement du rectum , et permettront aux doigts glissés sur l’utérus de pénétrer dans l'abdomen. Parvenu à ce point l’opérateur introduit la main gauche en entier , la paume tournée en arrière et enveloppant l’utérus; avec l’index et le médius il tire en embas la plus élevée des attaches latérales , et la coupe avec le bistouri concave, glissé entre ces doigs et conduit avec lenteur et précaution; il en fait de même pour l’autre attache; en opérant au même point sur chacune d’elles alternativement , pour pouvoir faire la section avec sûreté des deux côtés, tandis que la matrice est encore en position. Il est inutile de remarquer , que l’opérateur doit avoir soin cle faire tomber les dernières sections sur la première, afin de ne pas prolonger inutilement l’opération.
Pendant tout le temps que celle-ci dure^
( 3iS )
laide sus-indiqué doit maintenir sa main , comme il a été dit plus haut ; lorsqu’elle est achevée , l’opérateur doit s’occuper de l’hémorrhagie. lise peut qu’elle ne soit pas considérable ; c’est ce qui a eu lieu dans mon observation , et ce qui doit arriver toute les fois qu’on se tient près de l’utérus , parce que ses vaisseaux sanguins propres sont d’un petit calibre, comme des recherches réitérées me l'ont montré ; dans ce cas, l’hémorrhagie ne demande point de secours particuliers : mais si elle est considérable et donne de l’inquiétude , il faut immédiatement introduire un grand gâteau de charpie, qu’on pousse contre les intestins, puis garnir tout le pourtour du vagin avec de grands morceaux d’agaric préparé , dont on remplit le vide avec de la charpie ; ce moyen simple me paraît préférable à l’emploi des styptiques.
La malade, après ce pansement, sera couchée et maintenue dans une position horizontale; ce sera seulement alors que l’aide cessera de retenir les intestins avec sa main»
S’il ne survient pas d’accidens étrangers aux conséquences naturelles de l’opération , la guérison ne demande que de simples précautions de prudence. Il faut éviter tout ce qui pourrait pousser les intestins dans le petit bassin , et
pour cela , il convient surtout que la malade ne change pas de situation pendant plusieurs jours. Les injections dans le vagin , si on les juge nécessaires ou convenables , devront être poussées avec douceur , pour qu’elles ne pénètrent pas dans l’abdomen ; on aura la même attention en plaçant la charpie.
Dans les cas ordinaires , comme le mien , ces précautions sont suffisantes , le reste doit être abandonné à la nature , qu’il suffit de ne pas troubler.
Chez ma malade, si la vessie n’eut pas souffert par les pénibles tentatives d’abaissement, et si l'écoulement de l’urine n’eût pas causé autant de douleur au vagin, la guérison ne se serait pas fait attendre plus de quinze jours , elle se serait opérée sans accident et sans aucun secours de l’art.
Réponses aux doutes sur la possibilité de V extirpation de V utérus , et en particulier aux questions proposées par V Académie Joséphine .
Voici les questions données par la savante société des Chirurgiens de Vienne :
i .re « Quelles sont les conditions de l’extir- '« pation du squirrhe ou du cancer, qui pro- 4c mettent une parfaite guérison de l’individu « malade , et quelles sont les conditions con- 4.(. traires ? »
2. e « Tout squirrhe ou cancer, à portée des i< instrumens tranchans, peut-il être opéré, « dans quelque partie qu’il soit situé , si l’opé- « ration la plus favorable n’épuise pas les conditions de la guérison, mais empire peut-être l’état du malade, dont la dégénération squir-
« rheuse ou cancéreuse n’est que le symptôme M le plus apparent ? »
3. e « L’extirpation du squirrhe ou du cancer avec l’instrument tranchant , considérée
« comme problème de chirurgie pratique, est- « elle possible sur l’utérus d’une femme qui « n’a pas éprouvé un prolapsus préalable ; et <( comment en peut-on prouver la possibilité « par la théorie et l’expérience ? »
4*e a Quelle est , dans la supposition de sa « possibilité , la meilleure méthode pour la « pratiquer, en ayant égard à la guérison, aux « accidens et aux suites pendant et après î’o- « pération, à la sécurité des organes le plus <* en rapport de situation anatomique avec l’uu. térus, et à celle de l’opérateur contre les
( 3iÔ )
« dangers des blessures; aussi bien qu'à îa « gêne qui résulte de l’étroitesse du lieu dans « lequel s’étend la sphère d’opération ? Quels « événemens dignes d une considération parli- « culière peuvent survenir ? Comment faut-il a y parer , et comment faut-il traiter la ma- « Jade jusqu’à la guérison totale? »
5. e a Comme la décision de la possibilité <t d’opérer (abstraction faite de l’âge, du tem- « pérament , de l’habitus , de la constitution , « et de quelques circonstances individuelles , « ainsi que de l’état des autres souffrances gé- « néraîes de l’organisme ) doit surtout être « tirée du caractère , de la forme , de Ja situa- <c tion et de l’étendue de la partie malade ; on a demande quel squirrhe ou cancer de l’utérus c( est particulièrement propre à être opéré, et « lequel ne 1 est pas ? »
6. e « Est-il toujours possible de rapporter a toutes les circonstances , qui constituent un a diagnostic exact et complet , à une connais- « sauce si claire , qu’il en résulte la détermi- « nation de l’admissibilité ou de la non admis- « sibilité de l’opération ; et n’y a-t-ii pas des « dégénérations de l’utérus d’une autre nature , « qui peuvent se changer en squirrhe et en « cancer proprement dit ? »
ÿ.e et dernière. « L’opération et îa guériï< son renferment-elles tout ce qui est néces- « saire pour la cure radicale de la maladie , et « si cela n’est pas , quelles sont les autres indice cations thérapeutiques à remplir ? »
L’expérience pratique manque , au moment actuel , pour répondre positivement a chacune de ces questions; lorsqu’elle aura été obtenue, ee point, encore obscur de notre art, recevra la lumière dont il est digne.
L’observation qu’on vient déliré répond péremptoirement aux doutes offerts par plusieurs savans considérés, et même par des praticiens exercés; elle détruit, en particulier, celui qu’on o élevé contre la possibilité de l’extirpation , lorsqu’elle n’est pas précédée par l’abaissement ou la chute de l’utérus. Je vais donc me contenter de présenter quelques réflexions générales , qui seront ma part des matériaux fhéo-** riques qui, joints à la pratique , formeront un jour l’histoire technique de l’extirpation de l’utérus cancéreux.
a ) Avant d’entreprendre celte opération , on doit déterminer avec soin quelle est îa véritable nature de îa maladie ; quelles sont les parties du bassin qui en sont atteintes , et de quelle manière elles le sont ; quel est l’étal des
autres organes et en particulier de ceux qui sont situés le plus près de l’utérus ; on doit aussi, comme pour toutes les grandes opérations , avoir égard h la constitution générale de la malade. Il est clair que si l’on reconnaît que plusieurs organes , indépendans de l’utérus , sont atteints de la même maladie , et ne sont pas susceptibles d’être totalement enlevés, ou si la constitution en est affectée, cela forme une contrindication à l’opération.
On doit , par tous les moyens possibles , combattre la cause des douleurs de l’utérus , soit avant, soit après l’opération.
Ainsi que l’amputation du sein cancéreux ne saurait être blâmée , lors même qu’après la guérison plus ou moins complète de la plaie, on voit reparaître la maladie ; ainsi l’extirpation de l’utérus pourra être entreprise dans des cas douteux ; car on a vu plus d’une fois une opération réussir contre toute espérance ; et dans les deux cas, on aura tenté tous les moyens possibles de sauver les jours de la malade.
L’extirpation de l’utérus suppose les mêmes périls, et les mêmes chances incalculables, que toutes les autres grandes opérations ; elle peut £lre entreprise comme celles-ci , lorsqu’elle
parait être le seul moyen vraisemblable de guérison.
b) La possibililé de Fextirpatiogn totale de 3’utérus, dans sa situation naturelle, est maintenant démontrée. Cette opération peut être pratiquée par tout praticien adroit et prudent; et les essais ultérieurs que j’ai faits sur le cadavre m’ont permis d’établir un procédé régulier. ï! est donc possible de répondre d’une manière satisfaisante aux 5F et 4-e questions de l’Académie Joséphine. De plus , cette opération peut prendre sa place dans la thérapeutique opératoire, à côté de la taille, de l’extirpation du testicule , des amputations , etc.
c) Les maladies qui nécessitent l’extirpation^ de l’utérus sont le squirrhe, le cancer, et peutêtre quelques autres affections démontrées incurables, qui se bornent à l’utérus , causent de violentes douleurs, et consument la vie des malades. L’expérience apprendra si, dans les cas où l’orifice seul est atteint d’une affection, qui ne saurait être guérie sans extirpation,
s celle-ci doit intéresser ou non le col de Futéi rus , et si elle doit être préférée à l’extirpation totale; je pencherais pour l’affirmative, lorsqu’on pourrait s’assurer que la maladie ne pénètre pas jusqu’au corps même de la matrice ,
mais alors il faudrait employer une autre méthode que celle d’OsiANDER.
Si la maladie se trouvait avoir attaqué l’organe plus haut que la portion extirpée , ou pourrait encore en suivant mon procédé, emporter la matrice en entier.
Dans tout les cas où la maladie attaque le corps même de l’utérus , on ne doit attendre de guérison que de l’extirpation totale.
Il reste encore à déterminer par l’observation, quelle est la plus difficile à pratiquer, de l’extirpation totale ou de l’ablation partielle , et dans laquelle l’hémorrhagie est la plus redoutable ; l’expérience me porte à donner la préférence à la première , sous ces deux points de vue.
J) Peut-on pratiquer l’extirpation totale avec quelque chance de succès , lorsque les parties voisines de l’utérus participent a son état pathologique ? c’est un point qui mérite la plus sérieuse attention et l’observation la plus attentive.
A cet égard, nous pouvons déjà affirmer que les tumeurs squirrheuses et les ulcères cancéreux du vagin , les tubercules des ovaires, les tumeurs squirrheuses de l’abdomen , les dou-
leurs cancéreuses des autres parties du corps, sont des contrindications positives.
Ces douleurs et ces engorgemens doivent être soigneusement distingués des effets pathologiques, mais mécaniques, pour ainsi dire, qui résultent de l’intumescence de l’utérus ; telles sont la rétention d’urine , soit qu’elle ait lieu dans la vessie, soit quelle existe dans les reins; la constipation et l’engorgement du rec-* tum, lorsque les matières s’y accumulent, ne pouvant se frayer un passage entre l’utérus et le sacrum ; de la les douleurs de ventre , les points , 1 inappétence , etc. ; effets qu’on peut espérer voir disparaître , en enlevant la cause qui les produit , c’est-à-dire , la matrice considérablement aggrandie dans son volume et dans sa masse. Il en est de même des douleurs causées par l’irritation nerveuse , des crampes, de la gêne dans la circulation, etc. etc; ces divers symptômes ne seront point des contrindications suffisantes; ils exigeront seulement un traitement méthodique après l’opération.
e) La matrice est un organe du corps de. la femme , dont les fonctions ne s’exécutent, avec toute leur efficacité , que pendant une certaine période de la vie ; et qui , dans les autres périodes, ne se maintient que dans un
rapport passif, en quelque sorte, avec le reste du corps , et comme s’il était retiré sur lui— même.
Cet organe amt , comme on le sait , sur tout l’organisme de la femme d’une manière particulière , et tout à fait inexplicable; il l’accorde , le désaccorde , si l’on me permet cette expression , il se trouve tantôt dans un état où il paraît concentrer à lui toutes les forces de la vie , c’est lorsque le système utérin est dans le plus haut degré de pléthore; tantôt , au contraire , lorsque cette pléthore a disparu et qu’il s’est isolé , il reste sans participation avec les autres fonctions de l’économie corporelle.
Il existe des exemples tirés de l’espèce humaine , et surtout des animaux, qui prouvent qu’il peut , aussi bien que les organes spermatiques de l’homme, être extrait du corps , sans déranger les fonctions des autres organes.
De même que, dans l’état de santé, l’utérus joue un rôle tout particulier, à lui propre , et h certains égards renfermé en lui-même ; de même il paraît en faire autant dans l’état de maladie. Quelles sont les affections causées par un état morbide de l’utérus, qui ne lui sont pas communes avec un autre organe, et qui ne sévissent d’une manière destructive sur
aucun autre ? — Pendant combien de temps peut-il ; dans plusieurs maladies , être sujet à de grands dérangemens , sans que les parties avoisinantes en soient directement atteintes ? etc. Ces considérations , mais surtout îa situation anatomique de la matrice , ses connexions avec la peau et avec le tissu cellulaire , et l’observation répétée que les ulcérations cancéreuses, et autres de mauvaise nature, se bornent le plus souvent au col et à la cavité de l’utérus, et attaquent rarement îa surface extérieure de son corps; que peut-être, à cause de cela, l’absorption du virus morbifique peut moins y avoir lieu que dans d’autres parties ; que dans un grand nombre de cas on trouve les organes voisins offensés par le cancer , mais rarement atteints par lui ; toutes ces observations peuvent fournir la présomption 3 que la matrice , plus que d’autres viscères , est disposée à renfermer en elle-même le virus cancéreux plus long-temps que d’autres, sans comprendre dans l’atteinte de ce mal les parties qui l’entourent ; d’autant plus qu’à l’époque de la vie, ob l’on voit le plus souvent survenir cette maladie , les fonctions de l’utérus i ont cessé d’être dans un état actif, et que par ; conséquent, l’extirpation du cancer de l’utérus
peut avoir lieu avec aussi peu de danger que celle de toute autre partie du corps.
Si l'extirpation de l’utérus est entreprise lorsque le squirrhe n’est pas encore devenu cancéreux , ou lorsqu’il commence seulement a le devenir , et avant que des douleurs prolongées, des pertes répétées, etc., aient abattu considérablement la force vitale ; alors on rencontrera pendant et après l’opération beaucoup moins de difficultés , et l’on aura droit d’attendre une guérison radicale, avec plus de certitude que dans le cas contraire.
Si, dans mon cas , l’opération eut été entreprise en Octobre ou Novembre , ou même en Décembre 1821 , on aurait épargné à la malade la plus grande partie des douleurs qu’elle a eu à supporter après l’opération ; l’incurabilité de la maladie m’était aussi bien démontrée en Octobre 1821 qu’en Janvier 1822 ; et cette opération aurait pu être entreprise alors avec autant de droit qu’à la fin de Janvier ; il y aurait eu encore assez de sang dans le corps; une diarrhée grave, colliquative n’aurait pas emporté le reste des forces de la malade; la digestion se serait encore exécutée avec activité, etc. ; et si la cicatrisation de la plaie eut suivi de la même manière, la malade aurait été guérie, au plus .
en cinq ou six semaines , et aurait pu retourner à ses affaires; outre cela, si l’opération eut été pratiquée d’après la méthode régulière que j’ai pu établir ensuite, et que j’ai effectivement établie ; il n’y aurait eu ni lésion de la vessie , ni aucune des violentes douleurs dont la malade se plaignit , et qui reconnaissaient pour cause le passage de l’urine dans le vagin blessé , ni chute des intestins pendant l’opération ; on aurait épargné un travail inutile d’une demi-heure, qu’ont occasionné les tentatives pour séparer l’utérus du péritoine, et qui a dû blesser les parois du vagin ; l’opération aurait été achevée à peu près en un quart-d’heure , donc la malade aurait moins souffert de ses suites , et la guérison aurait en lieu en i5 jours , tout au plus.
j") Si les vices de l’utérus étaient soigneusement reconnus , et méthodiquement traités par des médecins probes et instruits ; si l’on s’assurait de bonne heure de l’incurabi- I lité de la maladie par les remèdes internes , et i de la nécessité de l’opéraiion , si l'on soute— I naît avec soin les forces vitales, si enfin l’on | pratiquait l’opération avant que l’organisme entier menaçât de tomber en ruines ; je suis
persuadé qu’on sauverait la majeure partie des ; malades opérées.
g) Dans tous les cas , il est de la plus haute importance de bien déterminer la véritable cause de l’affection dont est atteinte la matrice, pour décider la nécessité ou la convenance de l’extirpation C’est ainsi que les tumeurs accompagnées de douleurs , et d’une apparence équivoque , qui se manifesteraient sur cet organe, en même temps que la malade serait affectée d’une maladie syphilitique , ou qui précéderaient les symptômes généraux et constiiutionels, pour ainsi dire , de celte maladie , exigeraient non pas l’extirpation, mais un traitement méthodique anlisyphilitique , lequel aurait d ailleurs l’avantage de permettre au médecin de porter un diagnostic certain sur la nature de ces tumeurs, dans le cas où elles persisteraient après la disparition des symptômes de syphilis. Cependant j’ai remarqué, dans ma pratique, que la matrice est très-peu disposée à contracter l’infection syphilitique , et qu’au contraire le vagin l’est très-fort. J’ai vu des femmes atteintes de ce virus, qui en présentaient tous les symptômes a la vulve , et profondément dans le vagin, qui mettaient au monde des en fans morts avant terme , avec toutes les marques d’avoir été victimes de 1 action de ce virus , dont les eaux étaient sortie?
putréfiées , dont les lochies avaient longtemps été suspectes, et chez lesquelles je n’ai jamais vu le corps de l’utérus atteint de syphilis, et rarement même les lèvres de l’orifice. Je dois donc contredire positivement ici l’opinion de Schweighauser , savoir que la majeure partie des cancers de l’utérus , sont d’origine vénérienne.
Les ulcères cancéreux de la matrice sont, au contraire, presque toujours bornés à cet organe, et il est fort rare qu’on trouve le vagin atteint de la même affection. On ne saurait donc reconnaître qu’un même virus soit le principe de deux maladies aussi différentes.
Le squirrhe et le cancer de l’utérus me paraissent devoir être considérés comme une maladie sui generis , indépendante de toute autre ; ils ont , il est vrai , la plus grande ressemblance avec le squirrhe et le cancer des autres parties du corps ; mais leur formation, la constitution propre de l’organe dans lequel ils se forment, etc., permettent certainement de saisir des qualités propres , qui ne peuvent se rencontrer nulle part ailleurs ; si le col et surtout l’orifice de la matrice souffrent spécialement , et plus fréquemment dans cette maladie , il faut surtout l’attribuer à la situation et
aux fonctions de cet organe. Si nous réfléchissons à toutes les lésions auxquelles cette partie est sujette, si nous pensons au coït qui a lieu dans toutes les périodes de la vie de la femme, avant , pendant et après l’écoulement menstruel, aussi bien que durant la grossesse, lorsque l’orifice de la matrice est encore situé le plus bas ; si nous mettons dans la balance ce qu’elle a à souffrir pendant l’accouchement, et si nous comptons les échauffemens , les irritations , et surtout les refroidissemens qui en sont la suite , etc., nous devons être surpris qu’il ne survienne pas plus de maux a celte partie ; et c’est là qu’il faudrait chercher le plus grand nombre des causes qui concourent à produire le squirrhe ou le cancer de la matrice.
Existe-t- il un virus cancéreux , principe du squirrhe et du cancer? Les opinions des savans, sont encore partagées à ce sujet; nous devons avouer que nous ne connaissons pas du tout ce virus, et que la maladie que nous nommons squirrhe et cancer, a ses qualités distinctives, dont une des plus importantes est qu’elle cornmence par un point unique , circonscrit dans une portion séparée de notre corps, qu’elle se borne le plus souvent à celle-ci ; que son principe dangereux demeure longtemps dans ceï
état d’isolement , sans que te reste du corps y participe , ou paraisse avoir pris part a sou développement ; et que ce n’est que lorsque l’induration prend de l’extension , et passe à l’état de maladie générale , que les douleurs se manifestent , et qu’elles sévissent ensuite sur le reste de l’organisme du malade.
Est-ce un virus morbifique , que nous pourrions nommer cancéreux , qui circule dans la masse des liquides, avant la formation des indurations squirrheuses, qui choisit un lieu spécial pour y exercer ses ravages, et pour en faire l’organe de sécrétion de ce virus?
Ou bien, au contraire, n’est-ce que lorsque le squirrhe, formé , passe à son mode propre de développement , lorsque un virus morbifique fluide est développé en lui , lorsque les parties qui l’entourent, entrent en participation de souffrances, que l’absorption peut avoir lieu, que la masse des humeurs souffre un mélange morbide , et que la dyscrasie nommée cancéreuse , se forme seulement alors dans ce lieu ?
Ce sont des questions qui n’ont point encore, il est vrai, été résolues , et ne sont pas facile à l’être ; cependant l’observation impartiale parait être plutôt en faveur de la dernière que de la première. Il parait effectivement, que la
nature maintient d’abord l’ennemi dangereux, prisonnier pour quelque temps , et nous laisse le temps d’en faire l’ablation, avant qu’il fasse éruption dans sa force destructive. Cela doit nous engager à entreprendre toujours l’extirpa lion du véritable squirrhe assez tôt ; et la triste expérience de l’mcurabdite sans l’extirpai ion , ainsi que de l’insuffisance d’une extirpation faite trop tard; doit nous fortifier dans cette idée.
appendice et note du traducteur.
On peut considérer comme une addition importante à l’opération , dont on peut regarder OsiANDER comme l'inventeur, ce qui suit, et qui est tiré du Journal savant de Gôttingue pour 1816.
« Quoique la résection de la partie malade « de la matrice, pratiquée vingt- trois fois par « OsiANDER, lui ait très-bien réussi, il ace- « pendant éprouvé, dans plusieurs cas, une « grande difficulté à amollir la portion en- « durcie restante de l’utérus, et à la ramener à <c sa forme naturelle; il a donc essayé plusieurs « des moyens les plus puissans, mais aucun ne « l'a pleinement satisfait , jusqu’à ce qu'il ait « employé l’eau de laurier cerise , tant à Fin- « térieur qu’à l'extérieur , après l'opération; « elle a agi d’une manière étonnante , après « l’extirpation de la partie cancéreuse , pour « atteindre les restes squirrheux , et pour race mener la portion de la matrice encore « subsistante à Fétat sain. Osiander cite
« Blumenbach comme témoin d’une opération « faite , il y a deux ans, et du succès de Teinte ploi de l’eau de laurier cerise ; d’autres cas cc subséquens ont confirmé l’utilité de ce « moyen ; mais jamais il n’avait osé présumer a qu’un squirrhe entier de l’utérus , avec tous « les symptômes d’un passage prochain au « cancer ouvert , comme fièvre , douleurs loc< cales, hémorrhagies fréquentes, pût être « guéri sans opération , par le moyen sus-inet cliqué, jusqu’en Janvier 18 15, où il eût le « bonheur de faire cette expérience , sur une « femme âgée de trente et quelques années , « faible depuis sa jeunesse, et qui, par suite « d’une fausse-couche, avait la matrice tout-à- « fait dure , gonflée , rude à son orifice , et et saignant avec facilité ; celte femme avait dé- « ja fait inutilement usage de remèdes externes cc et internes, que lui avaient prescrit deux mé- « decins, et lorsqu’elle s’adressa à OsiAN- « DE R, en Novembre 1814 * elle souffrait jourc< nellement de crampes , d’une fièvre lente , cc de douleurs locales et dliémorrhagies qui cc reparaissaient souvent ; comme elle redoute tait beaucoup une opération, elle le pria de cc tout employer , et de tout tenter pour <c chercher à la guérir sans l’opérer ; il y cou-
« sentît ^ et essaya d’abord, sans trop se fier au « succès, lemploi purement extérieur de l’eau « de laurier cerise) dans la suite, il en prescrivit « aussi l’usage modéré à l’intérieur , en meme « temps qu’il employa d’autres remèdes pris « parmi les antispasmodiques toniques , d’a- « près ce que les circonstances lui paraissaient « requérir. Ce moyen surpassa son attente ; « l’utérus gonflé et durci se ramollit en peu de a temps , diminua de volume , et reprit peu~à- « peu sa forme et sa grandeur naturelles ; les « hémorrhagies disparurent tout- à- fait , et la « menstruation reprit son cours ; le trai- « tement avait commencé au milieu de No- « vembre 1814, et en Janvier i8x5 il était ter- « miné avec succès. Pour s’assurer si la guérison « serait de durée, Osiander a attendu environ « un an avant de communiquer à la Société « Royale cet heureux résultat ; et maintenant « cette femme est vivante et parfaitement bien « portante.
« Osiander attribue ce résultat à l’acide « hydrocyanique , contenu dans l’eau de lau~ « rier cerise , qui doit être employé avec beau- « coup de prudence. »
L'extirpation totale de la matrice cancé
reuse, acquérant un haut degré d’importance., dans ce moment où îes chirurgiens habiles, de toutesles nations, attaquent les maladies réputées incurables , par des opérations qu’on aurait regardé , il y a peu d’années , comme absolument impossibles, ou d’un succès plus que douteux ; lart nous parait devoir de la reconnaissance à Fauteur du mémoire qu’on vient de lire , pour les détails historiques , critiques et même pratiques , dans lesquel il est entré. Quoiqu’il y émette l’opinion qu’il est parvenu à donner des règles fixes et sûres pour le manuel opératoire de Fextirpation , il est cependant probable que chaque praticien y procédera , de la manière qui lui paraîtra le plus adaptable au cas qui s’offrira à lui , sans s’astreindre à aucune règle ; il n’y a peut-être même aucune raison positive pour nier aujourd’hui, que jamais on puisse extirper l’utérus, en faisant , à la paroi antérieure de l’abdomen , une incision suffisante pour agir de haut en bas, comme l’auteur i’a fait de bas en haut ; bien plus , le peu d’inconvénient qui est: résulté pour la malade d’une grande perte de substance du péritoine, ainsi que du déplacement des intestins , nous semble prouver évidemment que cette membrane peut être incisée
sans quM en résulte autant de danger qu’on le croit communément; il est même probable, que c’est à l’étendue considérable de cette perte dç substance, qu’est due l’innocuité de cette opération ; on sait, en effet, que les grands coups de sabre , qui font à l’abdomen une plaie énorme, par laquelle semble sortir la totalité des intestins, sont bien moins graves que des blessures plus petites, telles que des coups de couteau , ou de pointe d’épée, abstraction faite de la lésion des viscères : ce qui , soit dit en pasr» sant, est peut-être dû à ce que les grandes plaies permettent le gonflement des membranes séreuses , qui accompagne leur inflammation , tandis qu’en pareil cas, les petites blessures causent une sorte d’étranglement ; c’est encore ainsi qu’on voit les vastes plaies des articulations être suivies d’accidens moins graves, que les piqûres des mêmes parties.
L’observation de Sauter est donc précieuse, sous le point de vue qu’elle confirme ce fait , qu’on peut, dans certain cas, pénétrer dans la cavité de l’abdomen, et toucher avec la main une assez grande quantité des intestins, sans risque pour le malade ; il y a là , ce nous semble, de quoi encourager les opérateurs qui , dans la suite , tenteront l’extirpation totale de l’utérus. 2 2
On ne connais jusqu’à ce jour , la pratique du célèbre Prof. Dufuytren, quant à l’objet qui nous occupe , que par un rapport succinct qui en a été fait par un tiers, en i8i5 ; espérons que cet homme habile entrera bientôt dans plus de détails, et jettera sur cette opération, ainsi que sur ce qui la précède, et ce qui la suit, la lumière qu’il répand sur tous les points qu’il traite.
Nous nous permettrons ici quelques remarques sur le traitement qu’a suivi l’auteur, après cette hardie opération.
Il dit, p. 2g i, ce fut par pui'e précau¬
tion cjuil remplit le vagin de charpie saupoudrée d’alun. Dans un cas pareil, lorsqu’il n’y a pas nécessité absolue , ou crainte fondée de la part de l’homme de l’art, doit-il employer sur des parties aussi irritables , un topique actif comme Y alun ?
L’auteur nous répond lui-même, p. 296, lorsqu’il rapporte à cet alun la formation de la croûte, dont la chute est suivie de fortes douleurs par l’écoulement de l’urine. Cet exemple ne doit donc pas être suivi, et il nous parait qu’une application, une affusion d’eau froide serait bien préférable ; elle aurait très-probablement pour résultat d’arrêter l’hémorrhagie,
et Saurait pas comme Y alun l’inconvénient de produire une irritation douloureuse. A cette occasion , il nous semble qu'un moyen facile et sans danger d'arrêter l’hémorrhagie , et même de faire le pansement unique des deux ou trois premiers jours, serait d’introduire dans le vagin une vessie de cochon bien détrempée, et de la remplir d’eau froide au moyen d’une seringue ; cette eau , pendant les premières heures, pourrait être fréquemment renouveilée , elle tempérerait la chaleur que produit l’inflammation , et probablement aussi la douleur qui l’accompagne ; de plus, la vessie soutiendrait les intestins , quand l’abdomen aurait été ouvert, et elle permettrait d’attendre le moment où les pansemens ne demanderaient qu’une médiocre quantité de charpie sèche , ou enduite de cérat; c’est à l’expérience à décider si notre proposition a quelque mérite , ou si elle n'en a point.
Après l’opération, Sauter a donné de l’opium à la malade; nous nous demandons s’il ne conviendrait pas, presque toujours, d’en donner d’assez fortes doses, avant toutes les I opérations aussi longues et aussi douloureuses que celle-ci ; il est à présumer que l’opérateur
i s’attirerait, au moins, quelques bénédictions
île la part des malades , qu’il aurait ainsi dé^ livré des plus cruelles souffrances ; d’ailleurs on diminuerait sensiblement la force musculaire, el la résistance des malades, qui, malgré les aides, retardent souvent l’opération.
Dans les pansemens subséquens , l’auteur injecte dans le vagin une décoction de saule , avec de la teinture de Galbanum ; nous ne saurions approuver l’usage des spiritueux , même fort étendus d’eau , pour déterger des parties en suppuration , c’est faire bien gratuitement éprouver de nouvelles douleurs aux malades.
La promptitude de l’occlusion de l’abdomeu dans la partie supérieure du bassin , est une circonstance digne de remarque, surtout quand on la rapproche de l'état où fut trouvé iintestin dans cette place , à l’autopsie cadavérique.
Après les symptômes, presque habituels, d’embarras gastrique qu’a montré la malade, pendant la guérison des plaies faites par l’instrument tranchant, nous ne pouvons nous empêcher d’être un peu surpris de ce que, dans la maladie qui a commencé le 22 Mars, l’auteur a cru devoir combattre si opiniatrément la diarrhée avec le kinkina , l’opium et les toniques , tandis que toutes les fois qu’il a donné
! ipécacuanha , il s’en est bien trouvé; nous croyons qu’il en a été trop ménager, et que la réitération de ce remède , en y joignant même quelques grains de tartre émétique , aurait éié suivie de succès. Notre pratique nous a démontré, qu’aucune médication n’a de moindres inconvéniens , que l’emploi des vomitifs répétés, même beaucoup plus souvent qu’on n’a couturtie de les donner , et qu’aucune n’est suivie d’aussi grands avantages.
L’importance pratique de Textirpation de l’utérus cancéreux, nous a déterminé à faire passer dans la traduction tous les détails de l’opération et du traitement, parce que l observa lion de Sauter peut devenir un point de comparaison, dont les praticiens se serviront à
l’avenir ; et qu’il importe pour l’avancement de
l’art, de connaître toutes les circonstances prévues ou imprévues , auxquelles on peut rapporter le succès ou le non- succès des opérations, et en particulier de celles qui sont aussi, graves que celle-ci.
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FRACTURES NON-CONSOLIDËES.
OBSERVATION
Sur V usage du séton dans les fractures non consolidées , et sur les méthodes qui ont été employées pour favoriser la réunion des os fracturés , par James dJ^AiiDRoP* Esq .
Extrait des Transactions médico chirurgicales de
Londres, vol. Y.