‹ Mélanges de chirurgie étrangèreChapitre 16 sur 21 · TRADUIT DE ^ANGLAIS · texte numérisé non relu

TRADUIT DE ^ANGLAIS

par Ch. Th. Maunoir , Doct.-Chirurg. ProE

Toutes les fois qu’un os est fracturé chez un animal vivant, les forces du système organique s’exercent d’une manière aussi active, pour favoriser la réunion des extrémités fracturées de l’os, que pour procurer la réunion d’une plaie de la peau, ou de toute autre partie molle. L’animal est-il en santé? la réunion s’opère graduellement, et elle s’effectue dans un temp&

déterminé. Mais si l’un des fragmens n’a pu être maintenu dans un repos parfait ; s’il s’est fait , entre Ses extrémités rompues , une interposition de parties molles ; enfin , si quelque dérangement constitutionnel a troublé Fossification , Fanion se fait attendre longtemps, et, dans quelques circonstances , elle n’a point beu, ensorte que la fracture se convertit en articulation contre nature.

Dans tous les cas , les phénomènes de la réunion de l’os ressemblent a ceux qu’on remarque dans la cicatrisation de toutes les parties molles; chacun des tissus mous, tels que la peau , le tissu cellulaire , le muscle , le vaisseau sanguin, le nerf, demande, après qu’il a été divisé, un terme déterminé pour se réunir, mais en même temps , ce terme est sujet a varier selon la nature de la constitution particulière de chaque individu.

Indépendamment de ce que la constitution peut se trouver dans un état d’inertie et de langueur , qui nuit à la réunion des os ; il y a certaines dispositions du corps , qui s’opposent h la formation du cal. Cela s’observe particulièrement chez les femmes grosses. On a remarqué que , pendant la grossesse , les fractures ne mollirent aucune disposition à se réu-

siir avant la délivrance. Un fait non moins remarquable, c’est qu’il est quelques maladies pendant lesquelles la matière osseuse, qui sert à réunir l’os fracturé, est absorbée entièrement, et que la fracture reste non-consolidée , tant que cette clisposilion persiste ; mais lorsque la maladie est guérie, l’union osseuse commence à s’opérer. Je ferai connaître en détail deux cas , qui serviront a éclairer ce point important de pratique , conjointement avec ceux qui se trouvent dans les annales de la chirurgie. Des autorités irrécusables ont aussi avancé que, dans les voyages de long cours, les marins , qui ont eu quelque os fracturé , étant atteints du scorbut , sont exposés à une mobilité permanente des os, dans l’endroit fracturé, et qu 'alors la consolidation ne s’opère point, tant que l'affection scorbutique n’a pas été détruite.

Le premier objet qui commande notre attention , dans le traitement des fractures nonconsolidées , c’est la recherche des causes qui s’opposent à l'ossification naturelle.

Lorsque d’après le récit de l’accident, d’après la position des fragmens, et la forme du membre , il y a heu de soupçonner que la réunion de l’os n’a pu se faire, à cause de l’interposition

d’an muscle , ou de quelqu’autre partie molle, entre les extrémités de l’os, le seul moyen d’avoir une chance de consolidation, serait d’inciser les tégumens , d’écarter les parties molles déplacées, et de mettre en contact exact les extrémités fracturées. Elles seraient alors dans la condition d’une fracture récente , compliquée , et en la traitant comme telle, l’on pourrait avoir quelque espérance de succès.

Lorsque les os fracturés ne se sont pas réunis , soit par un défaut d’action dans l'organisme , soit pour avoir été exposés a de fréquens mouveraens , le but du chirurgien est de chercher à produire une inflammation artificielle dans les parties molles voisines. En effet, dans tous les cas de fractures, lorsque 1 ossification suit une marche non-interrompue, le premier changement qui s'opère après l’accident, c’est l’inflammation des parties molles, qui entourent les extrémités fracturées de l’os. Bientôt il se fait un épanchement gélatineux autour de la fracture , et c’est dans cette substance, qui se consolide ensuite , et qui prend une structure, a laquelle on a généralement donné le nom de cartilagineuse , que la matière osseuse se dépose. Lors donc que l’inflammation n’est pas suffisante, ou lorsque pendant

qu’elle a lieu l’ossification est interrompue par les mouvemens du membre , on a découvert qu’en excitant une nouvelle inflammation , la réunion de l’os fracturé en était le résultat.

On a mis en usage différens procédés, pour exciter cette inflammation artificielle ; les plus puissans d’entr’eux ont , dans quelques cas , été sans effet.

L’application de vésicatoires , souvent renouvel lé s , sur le lieu de la fracture , a eu des succès remarquables pour l’accélération de l’ossification , lorsque la marche en était lente ; elle a été généralement adoptée , à cause de ses avantages, par les chirurgiens vétérinaires, dans les fractures des os chez les chevaux.

Lorsque le repos n’a pas suffi pour opérer la consolidation des os , on a eu quelquefois recours au frottement des bouts fracturés. On l’opérait en saisissant les deux extrémités de l’os , et en les frottant l’une contre l’autre, ou bien en forçant le malade à s’appuyer sur le membre fracturé , après l’avoir entouré d’atièles , de manière à faire rencontrer et frotter les bouts. Ce traitement convient particulièrement dans les cas où la santé est languissante , et où un léger stimulus suffit pour provoquer,

ie degré d’inflammation nécessaire a l’ossification. J’ai connaissance d’un cas où ce procédé fut adopté accidentcdlement.

Un matelot se fractura le bras; l'humérus ne montra aucune disposition à s’unir, pendant trois semaines; lorsque à cette époque il fit line ohûte, et se froissa fortement le bras. Dès cet instant la marche de la consolidation fut rapide.

On a aussi tenté de guérir les fractures nonconsolidées , en incisant jusque sur les extrémités rompues , en les irritant , et en enlevant l’enveloppe cartilagineuse dont elles s’étaient revêtues.

Mais l’opération la plus grave qui ait été faite dans ce but , c’est la soustraction complète des extrémité fracturées , par la section des parties molles , et l’ablation des extrémités osseuses, au moyen de la scie. On les met ensuite en rapport, comme dans les fractures récentes compliquées.

Ces deux dernières opérations sont longues et difficiles , surtout lorsqu’il faut les faire sur de grands os ; elles ne sont pas exemptes de danger , et elles n’ont pas souvent été couronnées de succès , aussi les met-on rarement ea pratique»

Elles ne sont d’ailleurs pas applicables à tous Ses cas de non- réunion. Car lorsque le cal ne s’est pas formé , l’os fracturé peut se trouver dans deux états très-différens; ou les fragmens en contact ne sont fixés que par les parties molles j sont lubréfiés par un fluide synovial, et ressemblent ainsi à une articulation naturelle ; ou bien ces fragmens sont plus ou moins séparés l’un de l’autre, et l’espace intermédiaire est rempli par une substance cartilagineuse , dans laquelle se trouvent quelques points d’ossification : on peut , dans le premier cas , tenter l’une ou l’autre de ces opérations 5 mais lorsque les os sont séparés, aucune d’elles n’est admissible.

Les difficultés , le danger , le peu de succès de ces opérations , ont engagé à faire la tentative d’un autre procédé , qui consiste à exciter une nouvelle inflammation aux fragmens nonréunis, en passant un séton entre les extrémités de l’os. Cette méthode a fait faire un pas important à la chirurgie; elle est applicable toutes les fois que l’on pourrait tenter les autres procédés , c’est une manière simple d’exciter l’inflammation , et en meme temps d’en régler l’intensité selon l’exigence des cas.

La chirurgie est redevable au Doct. Fhysiç

de New-york , de cette ingénieuse opérations Elle est rapportée dans le Medical Repository (vol.I. New-york i Bo/j). Une fracture de i’humérus étant restée non-consolidée pendant vingt mois , il introduisit un séton entre les extrémités de l’os, et ce procédé fut suivi d’une réunion osseuse complète. Le succès de cette opération , ses avantages évidens sur toutes les autres méthodes, me déterminèrent à l’adopter dans un cas de fracture du fémur non-consolidée. Quoique l'opération n’ait pas été suivie d’un succès permanent , comme chez le malade du doct. Physic, elle me paraît cependant assez intéressante pour être publiée ; c'est la première fois, je crois, qu’elle a été tentée dans ce pays ; elle engagera peut-être d’autres personnes à adopter une pratique, qui sera probablement suivie de succès.

i .ft Observation. Fracture non-consolidée traitée par le séton passé entre lesjragmens de l’os.

Dans un combat sur mer , le commandant du vaisseau fut blessé a la cuisse gauche, par une pièce de bois détachée du flanc du bâtiment par un boulet de dix-huit livres. Le fé~

mur fut fracturé en travers , quatre pouces audessous du grand trocanter ; îa plaie des légumens était un peu plus grande qu’un écti, et toute l’extrémité était fortement contuse.

Le malade fut placé dans un hamac, la cuisse sur le côté supportée par un oreiller. Il eut une fièvre violente , et à sa suite, au bout de sept ou huit jours, un écoulement abondant de pus naturel. Quinze jours après l’accident, il se plaignit d’une affection abdominale, qui dura plusieurs jours , et pendant laquelle, on changea souvent la position de la cuisse. L’écoulement continua à être de bonne nature ; au bout de deux mois, la plaie des parties molles était entièrement cicatrisée; maison avait été obligé, pendant tout ce temps, de faire le pansement deux fois par jour, ce qui ne pouvait avoir lieu sans remuer la cuisse , et sans changer sa position.

Malgré le séjour au lit, lorsqu’on examina le membre fracturé, à Calcula , trois mois après l’accident, on s’aperçut que la fracture n’était pas réunie.

Les chirurgiens qui prirent soin du malade, changèrent îa position horizontale où il se trouvait, et tandis que la cuisse saine portait le poids du corps, la gauche qui était pendante

céda à son poids, comme si elle fat rompue ; Je lendemain matin , la cuisse fut fixée par un appareil et un bandage solide , la jambe pendante et reposant sur le talon. Au bout de neuf jours , la jambe fut de nouveau placée dans une position horizontale , soutenue avec des emplâtres agglutinatifs , des compresses, et un bandage roulé. Dix jours après, on examina la fracture , mais les fragmens ne s’étaient point: réunis. Depuis cette époque , on conseilla au malade de se promener avec des béquilles, e£ de prendre autant d’exercice que possible. Vingt mois se passèrent ainsi depuis l’accident , jusques à son arrivée à Londres, sans qu’il se fut fait aucun changement dans l’état du membre fracturé.

Il était alors de quatre pouces plus court que l’autre; la forme en était changée, le genou, tourné en dehors, paraissait moins volumineux que celui du côté sain. Le corps était d’ailleurs d’un tel embonpoint , que Ton n’apercevait pas distinctement l’altération qui avait lieu dans les os. On pouvait suivre la portion supérieure du Fémur sous le muscle droit , jusques à la fracture; mais il était difficile de distinguer le fragment inférieur , tant il était enveloppé de parties molles ; il paraissait avoir chevauché ,

; et s’être fortement écarté du fragment supérieur. Les parties interposées entre les os ! étaient molles, et cédaient à tel point, qu'en I saisissant le genou , et en étendant la cuisse , on pouvait amener celle-ci à sa grandeur naturelle, et placer iesfragmens en contact presque immédiat. L'action des muscles au-dessous de la ! fracture , à l’exception de ceux de la jambe et I du pied, était complètement détruite, ensorte I que le membre demeurait immobile ; et lorsr que le malade voulait changer de place, il avait

) besoin d’aide pour guider le pied, dont il ne

i) pouvait faire de lui-même aucun usage.

T, • alternent .

On a déjà remarqué, que la cause la plus ^fréquente de la non- consolidation des os fracturés , dépend de l’in terrup lion de la marche de l’ossification , parles mouvemens auxquels 1 le membre est exposé. Il n’est point de doctrine fiplus généralement établie en chirurgie, que la : nécessité de maintenir un os fracturé dans un état de repos parfait, jusqu’à ce que la réunion I soit complètement opérée. Dans le cas qui ; nous occupe , la consolidation du fémur m

✓put avoir lieu, à cause des mouvemens iné vitables que nécessitait la nature de la plaie, et la position du malade. Lorsque la plaie fut cicatrisée , on n’avait adopté aucun moyen de placer le membre dans une position fixe pendant plusieurs jours. Je dus, en conséquence, considérer ce cas, comme un de ceux dans lesquels^, en excitant une nouvelle inflammation autour de la fracture, et eu la traitant ensuite comme si elle était récente, on pouvait espérer de produire une réunion osseuse. L’application d’un séton , suivant la méthode du docteur Physic, me parut convenir ici, car il aurait été presque impossible de scier les fragtnens osseux , et en particulier l’inférieur , qui se trouvait profondément caché dans les chairs , et tellement: séparé de l’autre, qu’on aurait été dans l’obligation de diviser auparavant presque tous les muscles de la cuisse. Cette opération aurait été accompagnée chez le malade d’un grand danger , à cause du volume énorme des parties molles, et de sa constitution irritable. D’ailleurs comme il était probable qu’il y avait une portion cartilagineuse , qui devait servir de noyau au nouvel os , entre les fragmens du fémur, on pouvait aisément introduire un séton entr’eux, à travers le cartilage. L’opération

fut faite en présence de M. Abernethy, qui

voulut bien m’aider de ses conseils et de sa main.

Appareil .

Avant d’entreprendre l'opération , iî fallait avoir un appareil prêt à maintenir le membre dans un repos parfait , et dans une extension continuelle, indispensables pour l’union de ces parties. Dans cette intention, on fit usage de l’appareil de Desault, avec quelques légers changemens , comme le plus simple et le plus ingénieux qui ait été imaginé pour remplir but désiré.

L’appareil se compose de trois attelles , et de bandages qui servent à les fixer à la cuisse et au tronc. La principale pièce est formée par une attelle solide, de deux pouces et demi de largeur, assez longue pour s’étendre de l’épine de l’ilium, a huit pouces au-dessous du bord du pied. La partie supérieure de l’attelle se fixe dans une petite poche, appartenant a une courroie qui fait le tour de la cuisse , et s’arrête en dehors de l’attelle ; un bandage fixé autour du pied s’attache h une pièce de bois , qui se projette à angle droit de l’extrémité inférieure

de 1 attelle . De cette manière , la cuisse ne forme qu’une seule pièce qui peut s’étendre à volonté , en serrant le sous-cuisse sur l’extrémité supérieure, ou en serrant le lien qui fixe le pied à la partie inférieure de l’attelle.

La seconde s’étend de la partie supérieure et interne de la cuisse jusqu’au talon , elle a quatre pouces de largeur, elle est échancrée, ainsi que la première , en regard de la fracture, pour faciliter le passage du séton , et le pansement. de la plaie. La troisième est de la longueur du fémur.

Opération*

Après avoir reconnu et senti l’extrémité fracturée de la portion supérieure du fémur , je fis une incision directement au-dessus , en y comprenant les tégumens et les parties molles jusques à l’os; elle avait un pouce et demi de longueur extérieurement , elle suivait le bord externe du muscle droit , et se trouvait h six pouces au-dessous de l’épine antérieure et supérieure de l’os des îles. Avec l’indicateur introduit dans la plaie , i! me fut facile de déchirer quelques bandes de tissu cellulaire peu adhérentes à l’os. Un bistouri boulonné, porté

]e long du doigt au fond de la plaie, me servit à couper quelques parties molles, et à atteindre ïa partie inférieure de î’os. Je m’aperçus alors que non-seulement il y avait chevauchement des extrémités fracturées , mais qu’il y avait entr’elles un intervalle considérable , rempli par une substance qui avait la ténacité et la solidité du cartilage. La gaine arrondie de l'aiguille à séton, fut dirigée au moyen du doigt jusqu’à ce corps cartilagineux; le lieu de l’insertion du séton ayant été choisi, je poussai la lame tranchante en avant , en portant l'instrument en en-bas , et en dehors, au milieu de la cuisse , et sans rencontrer aucun obstacle, je la fis sortir vers le bord dorsal du muscle vaste externe. J’introduisis ensuite un faisceau de ; cordons de soie dans l’œil de l’aiguille à séton,

: et je lui fis parcourir tout le trajet de la plaie ,

; dans laquelle je laissai la soie.

On plaça le membre dans un appareil à attelles; les bandages qui devaient l’assujettir, n'étaient point encore posés, lorsqu’il survint i un jet de sang artériel , sortant de la plaie si*i périeure ; on épongea le sang pendant une i demi-heure, sans qu’il se fît d’interruption au jet; on fut obligé de retirer quelques caillots qui distendaient la plaie. V^y^nt que le sang

parlait (Tune lieu profondément situé , j Introduisis l index dans la plaie , et essayant les effets de ia pression en différens points, je parvins enfin à arrêter l’hémorrhagie, en comprimant fortement avec l’index et le pouce, les parties molles situées a l’exlérieurde la cuisse. On diminua graduellement la compression, après l’avoir continuée pendant plus d’une heure, après cjuoi on retira doucement le doigt, et on fit le pansement. La plaie inférieure, qui était remplie par le séton, ne donna aucun passage au sang. Le malade demeura plusieurs heures avant de se remettre de l’état de faiblesse causé par l’hémorrhagie qui, au reste, ne reparut point.

Peu de temps après Fopération , la cuisse prit un gonflement inflammatoire dans le lieu de la fracture , et la suppuration s’établit convenablement ; mais l’extension procurait une inquiétude telle , qu’on fut obligé d’y renoncer, et qu’on se borna à maintenir la jambe et îa cuisse dans un état de rectitude. Au bout de huit jours , la suppuration était bien établie, le gonflement de la cuisse diminuait , et les symptômes fébriles , qui d’abord avaient été très-intenses , disparaissaient insensiblement.

C’était le cas de commencer l’extension con-

tinueîfe , et de placer les os dans la condition 3a plus favorable à leur consolidation. L’appareil à extension permanente aurait rempli ce but, mais il occasionnait une douleur telle, au pied et au genou , qu’il devenait difficile de le supporter au-delà de quelques heures. Ces circonstances , et l’impossibilité de changer la position relative des parties molles, qui s’étaient accoutumées pendant dix-neuf mois à une situation particulière , privaient de l’espérance d’allonger le membre, et de l’accommoder à une position différente de celle qu’il avait contractée depuis l’accident. En conséquence , la cuisse fut fixée par un appareil à attelles dans un état d’immobilité, et les bandages furent calculés , de manière à pouvoir panser régulièrement les plaies , sans imi primer aucun mouvement à Textrémité.

Dans la soirée du dixième jour après l’opération , le malade éprouva de la tension dans 1 la plaie, en l’examinant quelquesheures après, j on trouva qu’il en était sorti d’en haut et d’en ! bas une grande quantité de sang. L’hérnorrliagie était arrêtée lorsqu’on leva l’appareil, [ mais il v avait une tension douloureuse dans : les parties molles voisines de la plaie supé-

i rieure.

Quoique rhéxnorrhagie eut cessé , le malade conservait beaucoup d’inquiétude, il souffrait de la distension de la plaie par le sang extravasé. L’écoulement purulent ayant augmenté , il survint une inflammation érysipélateuse intense , à la partie supérieure et postérieure de la cuisse , avec une fièvre symptomatique très- forte , le pouls fréquent, de la faiblesse et de l’irritation. Il y avait vingt un jours, depuis l'introduction du séton, et l’on pouvait croire qu’il avait excité 1 Inflammation nécessaire pour produire la réunion des os; ensorte qu’en jugea convenable de le supprimer, d’autant plus qu’il y avait un désordre très-fâcheux dans la constitution du malade. La suppression du séton n’entraîna ni douleur, ni perle de sang; l’on vit au contraire l’inquiétude se dissiper , les symptômes fébriles cesser , la suppuration diminuer et le pus prendre plus de consistance. Chaque jour amenait un changement favorable ; la plaie la plus déclive fut cicatrisée en cinq jours *, la supérieure se remplissait , et dans l’espace de quinze jours elle fut complètement guérie.

On maintint la cuisse dans un état de repos parfait ; un mois après la suppression du séton, ou sept semaines après son introduction , on

trouva du gonflement dans le voisinage des parties fracturées, et ii y avait de la dureté et de la solidité, au point que îe malade croyait avoir acquis la faculté de mouvoir la jambe et le pied. Quinze jours après, le gonflement paraissait plus solide; après que l’appareil eut été levé, le malade put soulever la jambe et la cuisse , et ii y sentait de la force , comme lorsque la consolidation osseuse a lieu.

Le malade fut alors saisi, sans cause connue, d’une violente prostration de forces , îe pouls devint petit, faible, la langue blanche , et la soif ardente. Ces symtômes furent suivis d’un erysipèle à la cuisse , près de la portion fracturée. Cet accident ayant duré près de trois semaines , on s'aperçut alors d’un changement sensible dans la tumeur voisine de la fracture, elle s’é tait amollie , les os étaient mobiles, ensorte qu’il y avait tout lieu de croire , que pendant l'état fébrile, il s'était opéré une réabsorption de la portion osseuse qui avait commencé a se consolider.

Le membre fut alors replacé dans un appareils attelles; six semaines après, en examinant la fracture, on trouva qu’elle s'était de nouveau consolidée , la force était revenue a tel point , que le genou pouvait se lever un peu.

Mais une seconde attaque semblable a la première, et plus forte encore, vint interrompre la cure, les syrntômes fébriles furent très-violents , et l’érysipèle s’étendit jusques sur la jambe. Les fonctions digestives se dérangèrent; la nature de rindisposilion , l’apparence des évacuations alvines , désignaient une affection des organes biliaires ; cette attaque fut plus longue que la précédente, ce ne fut qu’au bout de six semaines que le malade récupéra assez de force , pour être envoyé à quelques milles de la ville , la campagne ayant été jugée indispensable, pour le rétablissement de sa santé générale.

On examina de nouveau le membre, il avait subi la même altération morbide, qu’à îa première invasion fébrile; Lunion osseuse s’était ramolbe, et était devenue flexible, toute îa portion osseuse nouvellement sécrétée paraissait avoir été absorbée en entier. On espéra qu’en même temps que le malade se rétablirait à la campagne, la consolidation des os recommencerait de nouveau; on replaça dans ce but la cuisse dans le même appareil qu’auparavant. La santé s’améliora effectivement de jour en jour, et le rétablissement parut assuré au bout de quelques semaines.

Cependant îe travail de réunion de la fracture avançait lentement, quoique la substance interposée entre les os eût acquis quelque solidité. La cuisse resta encore trois mois dans l’appareil , après quoi on l’enveloppa complètement dans un moule de plâtre de Paris ; ce moyen de consolider les fractures a quelque ressemblance avec celui qu’employent les Indiens , il peut avoir de l’avantage dans la pratique. Quoique le malade fit alors quelqu’exercice , la cuisse prit de la force , et les os de la solidité ; la comparaison de ce qu’était le membre, un an auparavant, avec l’état actuel , démontra que la position du malade s’était décidément améliorée ; au lieu d’avoir la cuisse pendante et sans mouvement, le fémur avait acquis une solidité telle, que le malade pouvait le diriger en avant , en arrière et de côté; il s’en servait même sur un terrain irrégulier, et il pouvait monter et descendre les escaliers. Quoique le fémur ne fût pas assez fort pour servir de point d’appui à tout le corps , le malade, au lieu d’être relégué dans une chaise, ou dans une position horizontale , devint capable de faire des promenades de longue haleine; et quoique l’opération eut paru, dans un moment, promettre un succès plus complet,

il estimait que le résultat obtenu était une compensation suffisante des souffrances qu’il avait endurées.

2.e Observation. Cas dans lequel , après la consolidation de la fracture , la réah sorption de Vos a eu lieu .

Un matelot âgé de soixante-trois ans , en tombant sous un cheval , eut les deux os de la jambe fracturés au-dessus des malléoles , avec un froissement considérable dans les parties molles ; les portions contuses s’étant ulcérées, ou jugea qu’il était sous l’influence d’une diathèse scorbutique, parce que la jambe avait: été pendant longtemps atteinte d’une affection de cette nature ; en conséquence on le mit à l 'usage du quinquina , du vin et des acides.

Quatre semaines après l’accident , il survint au pied un érysipèle, qui s’étendit bientôt a la jambe, et à une partie de la cuisse ; à l’examen de la fracture , dix jours après cette attaque, on trouva que le cal s’était ramolli et dissout. Après que la lièvre et l’inflammation eurent été dissipées , les ulcères prirent une bonne apparence , et l’ossification parut se reformer. Mais

tin nouvel érysipèle s’étant déclaré au pied, la douleur , l'inflammation et le gonflement devinrent alarmans, les ulcères prirent un aspect fâcheux , et le cal se dissipa de nouveau. L’usage judicieux des acides et de l'opium , une diète fortiliante , le vin, rétablirent la santé générale , les ulcères marchèrent à leur guérison , et fa formation du cal avança rapidement.

Un troisième érysipèle survenu au quarantième jour , mais moins violent que les précédais, vint encore troubler la cure, les os fracturés se séparèrent et demeurèrent près de trois semaines dans cet état. La réunion des os recommença encore * sous l'influence de l’usage interne de la digitale , et du sous-muriate de mercure, mais i’ossiiication fut si lente, qu’il fallut plus d’un an pour que la jambe fut assez forte, pour porter le poids du corps; lorsqu'elle fut entièrement consolidée, elle offrit un aspect difforme. Les détails relatifs à ce cas m’ont été communiqués par le doct. Johnston , de Dunbar, qui fut chargé du soin de ce malade.

Ces deux cas présentent une analogie frappante, non-seulement par le concours des circonstances particulières dans lesquelles ces

Jeux marins se sont trouvés , niais h cause de la réabsorption du cal , à la première , à la seconde , et à la troisième attaque érysipélateuse pour l’un deux, circonstance absolument semblable pour le premier des malades , si ce n’est qu’elle n’a eu lieu que deux fois pendant l’opération de l’érysipèle.

5.e Observation. Fracture non- consolidée guérie par V introduction d'un séton.

L’ouvrage dans lequel se trouve l’histoire d’une fracture non-consolidée , rapportée par le docteur Physic , n’étant pas généralement répandu , je la transcrirai ici pour montrer les heureux effets du séton, lorsqu’on en fait l’application dans des circonstances favorables.

Un marin âgé de vingt huit ans , s’adressa à moi, en Mai 1802, pour une fracture de l’humérus gauche, au-dessus de rartieulation du coude, qui datait de plusieurs mois ; les extrémités fracturées ne s’étant point réunies , le bras devenait inutile. Il me raconta que, le ïi Avril i8or , après un voyage très-long sur mer, il s’était fracturé le bras, pendant un violent orage; on ne put faire aucun pansement

jusqu'au lendemain , où le capitaine et le pilote bandèrent le bras, et y placèrent des attelles , il ne survint ni gonflement ni douleur. Trois semaines après, le malade arriva à Alexandrie ; ou jugea, en examinant le bras3 qu'il n’était pas dans une position convenable*.

On fît l'extension , et on réappliqua les attelî es et les bandes. Le marin resta quatre mois à Alexandrie, trouvant à cette époque son bras plus fort, il abandonna toute espèce d’appareil, et s’engagea comme maître valet à bord de la frégate New- York. Il demeura ainsi pendant près de six mois, dans les environs de New- York ; après s'être servi beaucoup de ce bras , il trouva que la solidité en diminuait , que les extrémités osseuses devenaient de plus en plus libres, jusqu’à ce qu’enfîn il y eut, dans le lieu de la fracture, une espèce d’articulation, qui y permettait des mouveraens de flexion. Il quitta alors la frégate, et se rendit à Baltimore, où on essaya d’appliquer un appareil à extension continuelle. Ce traitement dura deux mois , sans produire aucun changement salutaire ; le malade vint ensuite à Philadelphie.

C’est là qu'en examinant le bras, je trouvai l’humerus fracturé, deux pouces et demi audessus de l’articulation du coude. Les fragment

chevauchaient d’un pouce l’un sur l'autre. L’Inférieur était placé au-dessus et en dehors de l'extrémité fracturée du fragment supérieur. Ces deux fragmens de l’humérus étaient si mobiles, qu'on pouvait leur faire exécuter des niouveraens en tous sens ; l'extension déprimait le fragment inférieur , mais ne le mettait pas en rapport exact avec le supérieur. À la fin de Mai , il fut admis dans l’hôpital de Pensylvanie ; la chaleur était alors très-forte. Malheureusement il contracta h cette époque une fièvre bilieuse, dont il fut assez malade , pour qu'on désespérât de sa vie , pendant quelques jours. Il se rétablit si lentement , qu’il ne fut pas possible d’entreprendre aucune opération avant le mois de Décembre. Il restait à décider par quels moyens on tenterait de favoriser la réunion osseuse de l'humérus. En 1785 , pendant mes études, j’avais été témoin d’un accident à-peu-près semblable, dans lequel, après avoir scié les extrémités fracturées de l’os , on avait placé les parties dans la condition d’une fracture récente et compliquée; aucun avantage n’en était résulté pour le malade , auquel on fut ensuite obligé de faire l’amputation du bras. Ce cas, qui avait fait une forte impression sur moi , et qui ne m'engageait nullement a

al

tenter une opération semblable , me décida à proposer aux Chirurgiens consultants de l’hôpital, d’introduire une aiguille à séton, garnie de soie , à travers le bras , et dans l’intervalle des fragmens , de laisser le séton 'dans cette position, jusqu’à ce qui! eut excité de l'inflammation et de la suppuration, et qu’il se fut élevé, sur les extrémités de l’os, des granulations, qui, par leur union , et leur ossification , servissent à donner à l’os la solidité dont il était dépourvu. L’opération arretée fut faite le 1 8 Décembre 1802 , vingt mois après la fracture du bras.

Avant de passer l’aiguille , je priai un aide de faire l’extension du bras , afin que le séton passât autant que possible entre les fragmens. On couvrit de charpie et d’une compresse , les ouvertures faites par l’aiguille , et on les fixa au moyen d’une bande. L’opération fut peu douloureuse. Quelques jours après, une inflammation , en tout semblable à celle qu’occasionnent les sétons dans les autres parties du, corps , fut suivie d’une suppuration modérée ; le bras fut alors placé dans un appareil à extension. Le pansement se fit régulièrement tous lesjours, pendant douze semaines, sans changement sensible dans l’état du bras ; mais peu de temps après , la flexion dans l’endroit fracturé

lie fut plus aussi facile , et le malade se plaignit de douleur , lorsqu’on faisait quelque effort pour fléchir son bras en cet endroit. Dès cet instant , la formation du cal se fît rapidement ; iliiâtait assez solide, le 4 Mai i8o3, pour que les mouvemens du bras , en tous sens } pussent se faire aussi bien qu’avant l’accident. Le séton fut alors supprimé , et les petits ulcères furent cicatrisés en peu de jours ; enfin le 28 Mai , le malade fut renvoyé de l’hôpital parfaitement rétabli; il m’a souvent répété depuis, que son bras était aussi fort qu’il l'eût jamais été.

Addition ail mémoire précédent , par B. C.

B RO DIE. Escj.

Il y a tout lieu d’espérer , que îa méthode simple et ingénieuse , proposée par le docteur Physxc de Philadelphie, pour le traitement des fractures non-consolidées, fera faire un pas important à la chirurgie. 11 reste cependant à déterminer si ce traitement est applicable, ou non, à tous les cas indistinctement , et quelles sont les circonstances qui font espérer du succès ,

non-

qu dans lesquelles il y a probabilité de réussite.

Dans l’état actuel de nos connaissances , il est h désirer que les personnes qui auront l’occasion d’adopter ce procédé, donnent le résultat de leur expérience ; c’est ce qui m’engage à publier l’histoire d’un malade que j’ai eu l’occasion de soigner à l’hôpital de St. -George.

John Verrai, âgé de douze à treize ans, eut les deux cuisses fracturées , le 5o Décembre 1S12, par la roue d’un gros char. La cuisse gauche fut cassée à deux endroits , la réunion se fit au temps accoutumé. La cuisse droite fut rompue en une seule place , dans la partie moyenne de l’os; on mit en usage l’appareil ordinaire, mais les fragmens ne se consolidèrent point, l’enfant ne quitta pas le lit , depuis le jour de l’accident, jusqu’à celui de son admission à l’hôpital , le a Juin suivant.

A celte époque, la cuisse droite était un peu plus courte que la gauche, les fragmens, chevauchant l’un sur l’autre , présentaient une mobilité surprenante ; mais l’enfant jouissait d’une bonne santé.

Le 14 Juin, après avoir fait une petite incision à la partie interne de la cuisse , je fis passer, avec une aiguille à séton, un écheveau de

soie ciré, entre les deux fragmens du fémur.' Le peu de résistance que je rencontrai, me disposa à croire , qu'il ne s’était fait aucune réunion , pas meme au moyen des parties molles , mais qu’il y avait une articulation artificielle bien formée. L’opération fut accompagnée et suivie de douleurs assez fortes, mais elles ne durèrent que quelques heures.

L’inflammation lut légère, l’enfant resta au lit jusqu’au s5 Juin , alors on appliqua des attelles de chaque côté du membre, et on permit au malade de marcher avec des béquilles.

A la fin du mois , la réunion des parties molles fut assez avancée ; le 2 Août , elle était assez solide pour qu’on pût renoncer aux attelles , le 10; le malade se promenait alors avec une seule béquille, et il pouvait s’appuier assez fortement sur le pied du côté malade.

Le 3o Août, il survint un érysipèle, qui commença aux ouvertures faites par le séton , et qui s’étendit sur tout le membre ; ©n jugea convenable de supprimer ce corps étranger. Le malade fut de nouveau alité; l’érysipèle se dissipa, en lui laissant une grande faiblesse , qui ne lui permit pas de se promener tant qu’il demeura à l’hôpital. Le 20 Septembre , il retourna à la campagne pour jouir d’un meilleur

air j indispensable à sa santé. La fracture pa~ raissait fortement consolidée , cependant un examen plus exact fît apercevoir un léger mou¬

vement dans les deux fragmens , comme si la substance qui servait à les réunir , n’eût pas été entièrement ossifiée.

Depuis sa sortie de l'hôpital^ je n’eus aucune nouvelle de mon malade , jusqu’en 1 8 1 /J- ; à cette époque, M. Lucas, qui avait suivi les progrès de la maladie , pendant qu’il était élève à l’hôpital , eut occasion de le voir , dans le lieu de sa résidence , et m’instruisit de ce qui s’était passé.

Etant de retour a la campagne, l’enfant fut en état de faire des promenades , mais étant naturellement timide, et affaibli , d’ailleurs,

[ par la durée de la maladie, il se servit constamment d’une canne , pour avoir un point i d’appui .

La mauvaise saison qui eut lieu après Noël, I lui occasionna une violente fièvre rhumalisî! male, qui le força à rester longtemps au lit , [j il en conserva une contraction des extrémités il inférieures. En Juillet 1814 , d boitait encore

ri

par suite de celte indisposition, mais en examinant la cuisse droite , on ne pouvait apercevoir aucune mobilité dans les extrémités fracturées, dont la réunion osseuse était très-solide^

li résulte de cette observation , que l'opération, imaginée par le docteur Physic , peut se pratiquer avec sûreté et succès, à la cuisse comme au bras. Mais il faut avouer 9 que la jeunesse du malade rendit les circonstances plus favorables , que si l’on eût eu affaire avec une personne avancée en âge.

J’ai encore eu dernièrement l’occasion de faire l’introduction d’un séton pour un cas analogue, chez un homme de trente ans, qui avait une fracture de cuisse non-consolidée. Mais la cure n’est pas encore assez avancée , pour qu’il me soit possible d’en publier l’observalion*

Cas de fractures à 1 humérus non-consolidées , traitées par îe séton , et la potasse caustique , par H. Earle , Chirurgien de l’hôpital St.-Earthélemy , et de celui des Enfans trouvés.

Extrait des Transactions médico-chirurgicales de

Londres ; vol. XII.

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