I. — LES LOIS DEUTÉRONOMIQUES
Ce Recueil se compose, en réalité, de deux parties bien distinctes : la première, qui comprend la presque-totalité des sept premiers chapitres (XII-XVIII), et les versets 1-15 du dernier (XXVI), a pour objet le règlement du culte national. On comprend qu'à ce titre elle offre une certaine affinité avec les morceaux parénétiques. Comme ceux-ci, d'ailleurs, elle renferme de nombreux anathèmes, soit contre les Cananéens idolâtres, soit contre les Israélites qui se laissent entraîner à Tadoration des dieux étrangers ou à l'adoption de quelques-unes de leurs pratiques, soit encore contre les individus qui cherchent à détourner leurs frères du culte de lahveh. Cependant ce qui l'occupe surtout, — et ce doit être en effet le meilleur préservatif contre l'idolâtrie ou contre l'introduction des pratiques idolâtres dans le culte national, — est l'établissement d'un sanctuaire unique.
Le siège exclusif du culte central sera « le lieu que lahveh aura choisi pour y établir sa demeure » lorsque la conquête du pays aura été terminée, c'est-à-dire, dans
la pensée de récrivain, Jérusalem. « Au lieu que lahveh votre Dieu aura choisi d'entre toutes vos tribus pour y établir son nom, au lieu de sa résidence, là vous irez, là vous viendrez. Vous apporterez vos holocaustes, vos sacrifices, vos dîmes, vos offrandes, vos dons votifs ou volontaires, les premiers-nés de vos bœufs et de vos brebis, vous mangerez là devant lahveh votre Dieu, et vous vous réjouirez, vous et vos familles, avec toutes les choses que vous aurez, par lesquelles lahveh votre Dieu vous aura bénis (XII, 5-7).» — «Garde toi, est-il dit encore, d'offrir tes holocaustes en tout lieu que tu verras : au lieu que lahveh aura choisi dans Tune de tes tribus, là tu offriras tes holocaustes, et là tu feras tout ce que je t'ordonne (XII, 13, 14). » C'est donc là que seront aussi célébrées les trois grandes fêtes religieuses annuelles, la Pâque au printemps, les Semaines en été, les Cabanes en automne ; c'est là qu'à l'occasion des trois fêtes les Israélites devront venir en pèlerinage avec leurs familles et leurs serviteurs, et le Lévite qui habite leurs villes, apportant avec eux la dîme ou le prix de la dîme, le prix de leur blé, de leur moût, de leur huile, et les premiers-nés de leur gros et de leur menu bétail (XVI, 1-17; XIV, 22-27).
Quelques dispositions sont relatives aux fonctions et aux droits soit des prêtres, soit des Lévites (1). Mais le sujet n'est traité que d'une façon incidente et peut-être faut-il y voir des interpolations. C'est dans les autres parties de la législation mosaïque que l'organisation du sacerdoce est présentée d'une façon plus complète.
Parmi les lois ou ordonnances contenues dans la première partie de notre code, il en est une encore qui se rattache directement à l'établissement du sanctuaire
(1) Voy. XIV, 28, 29; XVII, 3, 4, 11-13, et aussi les divers passages relatifs à la participation des Lévites aux repas religieux célébrés à Jérusalem.
central ; c*est la prescription relative aux causes trop difficiles pour les juges ordinaires, et qui doivent être portées devant les prêtres -lévites et devant celui qui remplira alors, au lieu choisi par lahveh, les fonctions de juge (XVII, 8-13).
Deux autres passages ont avec la pensée mère du Deutéronome un rapport qui mérite d'être étudié; c'est le passage relatif au choix éventuel et aux devoirs d'un roi, et celui relatif au caractère du vrai prophète (XVII, 14- 20; XVIII, 15-22).
La seconde partie de la Collection deutéronomique comprend les sept chapitres XIX-XXV avec deux passages appartenant au chapitre XV (i-li, 12-18), et un appartenant au chapitre XVI (18-20). Le premier est relatif à la remise des dettes au bout de la septième année, dite année de remise {Schemittah), le second à la libération des esclaves ou serviteurs hébreux au bout de six ans de services ; enfin le troisième prescrit l'établissement dans toutes les villes de juges et de magistrats « qui jugeront le peuple avec justice ». Ce sont là des prescriptions d'un caractère essentiellement civil, et sous ce rapport elles se rattachent intimement aux sept chapitres ci-dessus indiqués. Cette seconde partie forme donc un groupe parfaitement homogène, bien distinct de la première partie, qui a pour objet le règlement du culte. Notre division de la Collection deutéronomique n'est donc pas seulement justifiée par la classification des prescriptions légales qui la composent, elle l'est par la disposition même du texte.
Pour l'ensemble des lois civiles, nous ne reproduisons pas le texte, nous nous bornons à donner l'analyse succincte du contenu. Cela suffit pour que l'on puisse apprécier, d'une part, ce que cette législation a d'équitable, de libéral, de généreux, et, de l'autre, pour reconnaître
quel est au juste son rapport avec la pensée maîtresse du Deutéronome. Au besoin, d'ailleurs, on pourra trouver le texte même, soit dans Toriginal, soit dans une bonne traduction du Pentateuque. A plus forte raison n'aborderons-nous pas Texamen de la discussion de chacune de ces lois ; le sujet se lie tellement à Tensemble de la législation mosaïque qu'il serait tout à fait impossible de l'entreprendre séparément.