XIX
(5) Liv. III, 12.
» belle-mère Lœlia, il me semble entendre Neevius ou Plante, > car les femmes conservent les locutions anciennes beau* » coup plus que nous, parce que, ayant moins d'occasions de » converser avec beaucoup de monde, elles retiennent les » habitudes de leur enfance. »
XVII. Résumons maintenant en quelques lignes les conséquences qui se dégagent des aperçus qui précèdent.
1° La femme romaine a pris sans doute une part moins active que la femme chrétienne au mouvement intellectuel de son pays ; mais l'action qu'elle a exercée est de beaucoup supérieure à celle de la femme grecque.
2° Chez les Grecs, c'est l'hétaïre qui à concouru beaucoup plus que la femme honnôte au développement des jouissances intellectuelles : à Rome, au contraire, c'est la matrone ou la mère de famille. La courtisane n'y a joué qu'un rôle secondaire ; il en est de même chez nous, qui pouvons compter à peine une Ninon de l'Enclos parmi les femmes auteurs.
3° Les compositions littéraires émanées des femmes grecques appartiennent en général, sinon au genre erotique, du moins au genre peu sérieux. On rencontre le tableau opposé dans les compositions féminines chez les Romains, où domine, en général, le genre grave et sérieux.
4° Ni la société grecque, ni la société moderne, n'ont présenté le type de la femme jurisconsulte ou de la femme orateur qui se détache si nettement dans le fond de la société romaine.
5° Les productions féminines, chez les Romains, traduisent, de la part de leur auteur, une fermeté de caractère et une énergie morale restées inconnues dans le monde antique, et qui n'ont certainement pas été dépassées par la femme de nos jours.
6° La matrone romaine présidant elle-même à l'éducation libérale de ses enfants, a eu un mérite éminent, qui est resté étranger aux femmes grecques, et que les mères, dans le monde actuel, n'ont pas fait oublier. Ainsi la matrone romaine se pose en réalité comme ayant
rempli une grande mission et largement concouru au développement des arls libéraux de son pays.
Tel est, dans les principaux traits de sa physionomie , le tableau qui m'a paru ressortir de l'examen du sujet dont je viens d'esquisser l'étude. Il n'a peut-être pas jusqu'ici frappé suffisamment l'attention publique ; car les uns, en présence de la rareté des productions des femmes romaines, ne sont pas allés au-delà ; les autres n'ont vu que quelques filons de la mine, sans chercher à les extraire et à les rapprocher; ceux-ci se sont laissé peut-être tromper par l'infériorité générale de la femme dans le monde antique ; ceux-là par l'infériorité dont la femme romaine elle-même a été frappée au regard des institutions civiles et politiques.
De ces points de départ divers, on a dû aboutir à cette opinion trop répandue que la femme dont je viens de parler, n'avait pris qu'une part médiocre ou secondaire au mouvement intellectuel de son pays. Il importerait pourtant de restituer à la vérité toute sa puissance, parce que, s'il est douloureux de considérer combien la femme romaine s'était associée à la corruption des mœurs, en plongeant dans le milieu du luxe, de la dissipation, de l'adultère et du divorce; il n'est pas moins consolant de voir l'honneur de son sexe sauvegardé par un grand nombre de femmes qui ont su conserver le rang pour lequel la Providence les a fait naître.