‹ Mélanges de droit et d'histoireChapitre 49 sur 51 · III, XLIV · texte numérisé non relu

III, XLIV

lecture, les autres éléments, et les appliqua de bonne heure à l'administration des affaires.

De telles restrictions n'atténueront jamais l'éternel honneur qu'ont mérité les matrones romaines par l'accomplissement religieux, dans un très grand nombre de cas, des premiers devoirs de la maternité. Les grands noms qui précédent ont prouvé combien cet accomplissement avait été fécond.

Jusqu'ici nous n'avons parlé que de la femme honnête, de la mère de famiile prenant une part active aux travaux de l'esprit, tandis que chez les Grecs, nous avons rencontré des mœurs différentes.

XV. Est-ce à dire pourtant que, chez les Romains, la courtisane soit restée tout-à-fait étrangère au culte des lettres ? Des textes assez nombreux viendraient donner le démenti à une pareille assertion. Interrogez les Élégies de Properce, et vous y lirez (i) que les écrits que compose Cynlhie l'emportent en grâce sur ceux de Corinne elle-même, et que la célèbre Erinna n'oserait rivaliser avec elle de poésie :

« Et sua quum antiquae committit scripta Corinnae, « Carminaque Erinnes non putat aequa suis. »

Consultez les poésies d'Horace, et vous le verrez, dans l'ode VIII du livre de sesEpodes, adresser à une femme galante, déjà vieille, des vers dans lesquels il lui dit que les livres de la philosophie du Portique qu'on voit épars sur ses coussins de soie, seront impuissants à ramener auprès d'elle la foule des adorateurs :

« Quid ? quod libella stoici intcr sericos « Jacere pulvillos amant?... »

Avant Properce et Horace, Plaute avait, dans sa comédie de YAsinaire, mis en scène une courtisane qui, par un traité

(1) Liv. II, Élégie, *.

en bonne forme fait avec le procureur de son amant, renonce à la coquetterie, à lous les moyens de plaire, et s'engage notamment à ne parler qu'une seule langue (1).

Ovide, dans son Art d'aimer (2), recommandait à la même classe de femmes de cultiver avec grand soin la poésie, qui était à ses yeux un instrument des plus puissants de séduction ; et par poésie il n'entend pas seulement les compositions du genre erotique, il veut encore que les courtisanes se rendent familières avec les œuvres du genre le plus grave et le plus élevé ; il ne leur doit pas suffire de savoir Sapho par cœur ; il faut encore qu'elles lisent ou des passages de Gallus, ou le poème de Varron sur la Toison d'or; qu'elLes lisent surtout les Voyages du fugitif Énée , le fondateur de Rome; il eslime aussi, tout amour propre personnel mis à part, que les vers qu'il a déjà publiés, contribueront utilement à orner leur esprit. Ovide leur donne ces conseils, parce que, dans une partie de la même œuvre (3), il a constaté que, si quelques-unes étaient instruites, le plus grand nombre ne savaient rien, auraient préféré à Homère dans le dénuement un $arbare leur apportant de l'or, et voulaient pourtant paraître savantes :

« Sunt tamen et doctae, rarissima turba, puellae ; < Altéra non doctae turba, sed esse, volunt. »

Nous sommes donc bien loin des mœurs de la société grecque, ce qui n'empêche pas que les lettres n'aient été aussi, chez les Romains, mais dans de plus faibles proportions, un instrument de corruption. Le même abus s'était d'ailleurs fait sentir aîtësi en dehors de la classe des courtisanes proprement dites. Ainsi, Salluste atteste, dans sa Conjuration de Calilina, que parmi les femmes affiliées à celle conjuration figurait Sempronia, dame perdue de mœurs,

(1) Acte IV, scène I.

(2) Ârtis amator, liv. III.

(3) J&tU, liv. II.

quoique très honorablement établie, possédant une riche érudition pour le grec comme pour le la lin, et faisant facilement les vers (1).

Macrobe, dans ses Saturnales, a noté que la trop célèbre Julie, fille d'Auguste et de Scribonia, avait aussi une grande science, ce qu^doil peu surprendre, à cause des ressources qu'elle avait trouvées dans sa maison (2) ; et Plutarque rapporte que Précia, l'amante du tribun Cathégus, était au nombre des femmes non moins célèbres par les grâces de leur esprit que par leur beauté (3).

Ces exemples devaient avoir été assez nombreux, puisque dans l'Épitre consolatoire déjà citée, Sénèque dit qu'Helvie, sa mère, se livrait à l'étude avec tant d'entraînement, que son époux en avait conçu des craintes pour la pureté de ses affections. A ce témoignage se joint celui de Tacite, qui, dans sa Germanie (4), constate par une allusion satirique aux mœurs romaines, que chez les peuples barbares, dont il a peint les mœurs, ni les hommes ni les femmes ne se livraient au commerce mystérieux des lettres. Il faut en être peu étonné, car l'histoire générale a prouvé que les lettres deviennent plus facilement un moyen de corruption, c'est-à-dire d'affaiblissement du ressort moral, pour la femme que pour l'homme.

XXI. Nous terminerons l'étude de ce sujet en constatant que les femmes romaines, considérées en général, ont rendu un autre service important à la littérature de leur pays, en conservant plus fidèlement que les hommes la pureté de ce langage particulier de la ville de Rome, auquel les esprits supérieurs, les orateurs surtout, attachaient le plus grand prix. Cicéron se plaisait à le remarquer dans son Traité de Qralore (5), où il disait : «Pour moi, lorsque j'entends ma

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