‹ Mélanges de droit romain- 1. -Histoire des sourcesChapitre 7 sur 60 · UN DOCUMENT · texte numérisé non relu

UN DOCUMENT

Valerius Probus, De Litteris Singularibus, 5, 1-%4 i

Parmi les recueils d'abréviations et les glossaires qui 23 nous ont conservé des débris de la langue juridique de Rome, la première place appartient au petit ouvrage systématique du contemporain de Néron et des Flaviens M. Valerius Probus 2, qui, dans son texte actuel, rapporte, à la

(1) [Travail publié dans le volume de mélanges offert à M. E. I. Bekker, professeur à l'université d'Heidelberg, à l'occasion du quatre-vingtième anniversaire de sa naissance, le 16 août 1907, par MM. F. Bernhoeft, P. F. Girard, 0. Gradenwitz, E. Hoelder, P. Krueger, R. Leonhard, L. Mitteis, E. Rabel, E. Seckel, A. vonThur, L. Wenger et E. Zitelmann sous le titre : Aus Rômischem und Bùrgerlichem Recht, Weimar, Hermann Bôhlaus Nachfolger, 1907, pp. 21-56].

(2) Cf. sur sa biographie Teuffel, Gesch. d. rômisch. Literatur, II3, 1890, § 300, n. 2 [nouvelle rédaction dans la 6e éd. publiée par Kroll, lie, 1910, p. 257]; Schanz, II, 22, 1901, p. 338, et la Prosopographia imperii Romani, III, 1898, p. 374, n° 117. On le place souvent plus étroitement au temps de Néron en partant d'un passage de la chronique de Saint Jérôme qui met l'apogée de sa carrière en l'an 56 ap. J. G. (57 selon le ms. de Valenciennes suivi par l'éd. Schoene et par Schanz) ; mais la source unique de la chronique est, sans doute, pour cette allégation, comme pour tous ses renseignements relatifs à la littérature latine (v. p. 224, n. 2), l'ouvrage de Suétone De viris illustribus ; or, si la biographie de Probus s'y trouvait, à la fin des vies des grammairiens, à la suite de celle du grammairien du temps de Tibère et de Néron Q. Remmius Palaemo, il s'arrêtait, sans doute, comme les vies des Césars, seulement à la fin du règne de Domilien. D'autre part, Probus paraît bien avoir vécu jusque sous le règne de Domitien, non pas seulement parce qu'un passage de Martial (3, 2, 12) qui, dans son interprétation la plus naturelle, le suppose encore vivant, a été écrit entre l'an 86 et l'an 88 (Prosopographia, III, p. 360, n° 77), mais surtout parce qu'il ne peut guère avoir eu auparavant pour élèves des hommes connus personnel-

Girard. 12

suite des abréviations usitées pour les prénoms, celles contenues dans les actes législatifs, dans les legis actiones i t dans les édits perpétuels. C'est un document fort court, qui ne nous est parvenu qu'après avoir subi plus d'une mutilation, notamment après avoir perdu la fin de la partie des abréviations édictales, ainsi qu'a depuis longtemps fait remarquer Mommsen, qui a mémo trouvé le moyen 24 d'en combler partiellement les lacunes à l'aide d'autres extraits enfouis, au milieu d'ahrrviations de basse époque, dans un manuscrit d'Einsiedeln'. Mais, (mit bref et incomplet qu'il puisse être, c'est un document d'une valeur singulière et bien légitimement reconnue.

En particulier pour les abréviations tirées des édits, il suffit de feuilleter les deux ouvrages, d'ailleurs si différent! de Rudorff et de Lenel, pour apercevoir le soin jus-

tement d'Aulu-Gelle vers le milieu du IIe siècle que celui-ci dit avoir été ses dbdplM I. 15, I- |S,tl, 1-8; Favorinus: 8, 1. .">: Annianus: 6,

7,3) d'ailleurs peu avant sa mort 1, l\ 18).

(1) [Depuis la publication faite en 1901 de cet arlicle, j'ai trouvé, du recueil d'abréviations de basse époque enrichi d'articles empruntés à Probus <ju' M uniii-cii avait i!< rouvert dans le ms. d'Einsiedeln, n° 326 du Xe siècle, un second exemplaire dégale antiquité qui ne vient pas plus du ms. d'Einsiedeln que le ms. d'Einsiedeln ne vient de lui. Le ms. latin 4841 de la Bibliothèque nationale, qui a précédemment appartenu à Pierre Pithou, à Jacques Auguste de Thou et à Colbert, contient, aux folios 28-31 v°, d'une main du Xe siècle, un texte symétrique à celui d'Einsiedeln, commençant comme lui à l'article G. C. EE. causa conventa esse (Keil, Gramm. Lat,, IV, p. 317, col. 2), et finissant avant lui, au cours de la lettre R, à l'article R. E. C. recuperatores (Keil, Gramm. Lat., IV, p. 327, col. 2). Je lui ai consacré, N. R. IL, 1910, pp. 479-520, un travail où l'on trouvera reproduits les articles venant de Probus qui figurent dans les deux manuscrits avec l'indication des variantes. Bien qu'il ne soit plus désormais tout à fait exact de désigner du nom d'extraits d'Einsiedeln les extraits alphabétiques de Probus qui se trouvent en majeure partie à la fois dans le ms. d'Einsiedeln et dans celui de Paris, je n'ai pas modifié, dans cette réimpression, la terminologie en usage quand le manuscrit d'Einsiedeln était considéré comme le seul et j'ai aussi continué à renvoyer aux articles par la mention de la lettre et du chiflre sous lesquels ils sont dans l'édition de Mommsen, Gram. Lat. , IV, pp. 317-330. En revanche, j'ai, partout où il y avait lieu, relevé les diversités de lectures du ms. d'Einsiedeln (E) et du ms. de Paris que j'ai désigné, du nom de l'un de ses anciens propriétaires J. A. de Thou, par la lettre T afin de ne pas faire de confusion avec les lettres déjà employées par Mommsen pour renvoyer aux différents mss. mis à contribution dans ses éditions du Probus systématique et du Probus alphabétique].

tifié avec lequel tous deux ont relevé tant les citations qui sont encore aujourd'hui dans le paragraphe des édits de Probus que celles conservées exclusivement dans les extraits d'Einsiedeln. Et l'intérêt s'accroît encore lorsque l'on réfléchit que, par la date même à laquelle vivait Probus, ces fragments sont rattachés non pas à 1 époque postérieure à Hadrien pour laquelle nous avons les abondants matériaux dont Lenel a tiré sa reconstruction puissante de redit de Julien, mais à cette période antérieure à la codification de Julien pour laquelle quelques rares indices nous permettent seuls d'entrevoir la structure de l'ancien album; quand on remarque même que, d'après une abréviation d'Einsiedeln qui s'explique à peu près forcément comme un nom d'auteur1, les abréviations édictales de Probus ont assez probablement été prises dans les libri ad edictum du jurisconsulte Sex. Pedius dont quelques citations sont restées au Digeste 2. Le jour où l'on voudra sérieusement partir de la restitution déjà acquise de l'édit de Julien pour arriver à une restitution quelconque de l'édit 25 antérieur, les fragments de Probus seront étudiés avec autant de soin et sans doute avec autant de résultats pour la connaissance de l'édit, variable en droit et stable en fait, du Ier siècle, qu'ils l'ont déjà été pour celle de l'édit, pratiquement et légalement définitif, du IIe.

Dans cet article dédié au glorieux doyen des études de procédure romaine, mon intention est uniquement de

(1) Notes d'Einsiedeln (S 25) S. P.M.= Sexti Pedii Medivani (Huschke: Medmani). Il nous paraît comme à Huschke, Iurisprudentia anteiustiniana, éd. 5, 1886, p. 143, Karlowa, Rechtsgeschiohte, 1, 1885, p. 695, et Lenel, Palingenesia, II, p. 1, n. 1, impossible de rapporter cette abréviation à un Pedius autre que le jurisconsulte, que les informations fournies par le Digeste placent en effet entre le temps de Tibère et celui d'Hadrien (p. 197, n. 2).

(2) Lenel, Palingenesia, II, p. 1 et ss. v° Sextus Pedius, n°* 1-50. On ne connaît de lui, en dehors de là, d'autre ouvrage qu'un traité de stipulationibus, que Ferriui pensait même avoir été une partie de son commentaire de l'édit. Cela rend sinon sûr, au moins probable que c'est pour des abréviations extraites de ses libri ad edictum, que le cite Probus, si cela laisse d'autant plus ouverte la question de savoir d'où Probus a tiré les abréviations juridiques des paragraphes précédents, en particulier de celui des legis actiones.

signaler le profil qu'on pourrait, je crois, tirer et qu'on n'a pas encore tiré, pour l'étude des abréviations édictales de Probus, d'une particularité qui sépare les fragments de lui demeurés à leur place dans ce qui nousrestedesonouvr original, des fragments contenus dans toutes les autres collections d'abréviations, y compris le manuscrit d'Einsiedeln.

A la différence de toutes les autres abréviations qui nous ont été transmises, celles-là ne sont pas disposées dans l'ordre alpbabétique,eten conséquence on peut cbercher pour elles et pourellesseulesl'ordre indépendantde l'ordre alphabétique dans lequel ellessont cl iin<i pour nosabréviations édictales, le plan d'après lequel elles ont été mises a leur place présente dans l'ouvrage de Probus, ou plutôt dans la source où Probus a puisé, dans l'ouvrage juridique quelconque, probablement celui de Pedius, où le grammairien Probus a dû aller prendre ses abréviations juridiques. C'est ce que je vais essayer de faire ici en reproduisant d'abord le texte du paragraphe de Probus relatif aux édits perpétuels qu'il faut bien mettre pour la démonstration sous les yeux des lecteurs, puis en expliquant comment on peut, à mon avis, rétablir le plan auquel il se rattache, et eufin en indiquant sommairement les conséquences qui peuvent être tirées de cette restitution. •

Le texte de Valerius Probus a été établi au XIXe siècle par l'illustre Mommsen en partant de mss. récents plus ou moins corrompus, — les deux plus purs sont l'Ambrosianus J. 115 sup. et le Chigianus I, VI, 204, — que Mommsen considérait comme appartenant à la fin du XVe siècle ou au début du XVIe et qu'il a montré provenir tous d'une copie prise par Cyriaque d'Ancone, — entre 1442 et 1443, pensait-il *. — Depuis M. Sabbadini a démontré que l'Am-

(1) Th. Mommsen, tierichte de l'Académie àe Saxe, Leipzig, V, 1853, pp. 91- 134 [préambule et fin dans Gesammelte Schriften, VII, 1909, pp. 207-213]; Grammatici Lulini, éd. Keil, IV, 1861, pp. 265-276 (cf. pp. 315-330). Dans

DN DOCUMENT SUR l'ÉDIT ANTÉRIEUR A JULIEN. 181

brosianus est un peu plus ancien; car il est venu à la Bibliothèque ambrosienne de l'archevêque de Milan Francesco Pizzolpasso, mort en 1442 ' : ce qui conduit à le rejeter dans la première moitié du XV0 siècle et à faire remonter la découverte de Cyriaque d'Ancone à quelques années plus lot, mais ce qui ne nous paraît pas atteindre pour le surplus les conclusions de Mommsen2. Le para-

le premier travail, Mommsen a, pour la première fois, rendu utilisable le texte systématique original de Probus, en l'isolant du faux Probus alphabétique que lui mélangeaient toutes les éditions antérieures, et signalé les suppléments précieux fournis, pour sa partie finale perdue, par le dictionnaire alphabétique conservé dans le ms. d'Einsiedeln, n° 326, qui contient, à côté d'abréviations venant du recueil dit de Papias, des abréviations indépendantes, provenant à la fois de la partie conservée et de la partie perdue de l'ouvrage de Probus. Dans le second, il a donné du texte une édition meilleure à l'aide des mss. de Rome et de Milan retrouvés par lui dans l'intervalle. C'est particulièrement dansle premier article, pp. 315-316, que Mommsen a : 1° fait ressortir le lien manifeste de filiation existant entre les mss. italiens postérieurs au début du XV' siècle qui donnent l'ouvrage systématique sous le nom de Probus inconnu aux mss. alphabétiques, et les Valerii Probi notas juris qu'Olivieri, Commentariorum Cyriaci Anconitani nova fragmenta, Pisauri, 1763, p. 1, n. 2, signale sans les reproduire comme se trouvant à ccté de copies d'autres courts fragments, dans le volume des souvenirs de voyage de Cyriaque d'Ancone intitulé Tuscorum lAgurumque; 2° conclu de là que le ms. dans lequel Cyriaque avait pris cette copie, qui lui paraît la source de toutes les copies existantes du vrai Probus, aurait été découvert par lui-même dans le voyage d'exploration qu'il fit en Italie septentrionale en 1442 et 1443 ; mais il reproduit sommairement les mêmes idées, Gramm. Lat., IV, pp. 268-269.

(1) Sabbadini, Spogli Ambrosiani, dans Studi Italiani di filologia classica, XI, 1903, pp. 294-295.

(2) M. Sabbadini, dans son livre postérieur sur Le Scoperte dei codici Latinie Greci ne' secoli XIV e XV, 1905, cite à la p. 121, le ms. de Milan des Nolae juris de Probus comme étant non seulement le ms. le plus ancien, mais la seule source de ce texte et il ne nomme pas, à la p. 123, les Valerii Probi notas juris parmi les mss. découverts par Cyriaque. Cependant, puisqu'il signale là comme découverts par Cyriaque dans son voyage de Haute- Italie de 1434-1435 (De Rossi, Inscr. Christ, urbis Romae, Il A, 1888, pp. 361- 362) précisément les autres morceaux de Monza, de Vercelli, de Reggio, qu'Olivieri indique comme trouvés par lui dans le volume Tuscorum Ligurumque et que Mommsen considérait en conséquence comme copiés par Cyriaque en 1442 et 1443, il n'y aurait pas plus de difficulté à rapporter au même voyage de 1434-1435 la découverte des notae juris. L'interprétation, qui ne nous semble pas, à vrai dire, au-dessus de tout doute (cf. De Rossi, pp. 365-366), est bonne partout ou ne l'est nulle part. Mais, en tout cas, l'Ambrosianus appartient, en dépit de sa pureté particulière, trop étroitement au groupe des mss. dont Mommsen a établi la liaison avec la décou-

graphe relatif aux édils perpétuels, tel qu'il a été public par 27 lui et qu'il se retrouve en termes sensiblement identiques dans toutes les éditions postérieures1, porte :

• '. In edictis perpetuis haec :

i. I. I). P. K. jure dicundo praeerit

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