DESCRIPTION DU PLATEAU DE BOGOTA
La cbatn^ de» Andes , Qompie toutes les grandei chaîner de Fanciaq contineot , présente des plateaux d'une plus ou moins grande étendue , superposés las uns aux autres, çt unis le plus souvent par des fon«* drières et d'étroites vallées qui coupent parpendicu* lairement Taxe de la chaîne. Ce phénomène bien connu se reproduit même en petit sur la pente de montagnes isolées. Mais ce qui est particulier aux Cordillères des Andes , et ne se retrouve nulle part au môme degré dans l'ancien continent, c'est que sur ces plateaux il existe des villes grandes, riches et populeuses. Ces villes sont disposées presque symétriquement sur une ligne qui s'étend à 86" au delà et en deçà de Téquateur , depuis la partie méridionale du Chili jusqu'au nouveau Mexique. Si Ton veut s'expliquer le choix de pareils emplacements, il en faut chercher la cause dans la direction qu'ont suivie les premières migrations , dans l'effroi qu'inspirent à tous les montagnards les plaines brûlantes qui les
avqMîmnt H iam la nature des plantes nQtritivw que l'On a coltivéas de préMreQce. Les colons Euro^ péeM suifaîent partout la trace de Taiicienue culture, et agrandissaient les villes conquises , sans le plus souvent en changer le nom. Caracas , Popayan , Mexico, Bogota, Quito, la Pas , Potosi éreillent Tidée de stations rangées les unes à la suite des autres dans Tordre où nous venons de les énumérer, et élevées verticalement depuis 900 mètres jusqu*à plus de &000 mètres au-dessus du niveau de la mer ; ce sont de véritables observatoires météorologiques où la science fut certainement cultivée Jadis , et où Ton peut espérer d'obtenir, par une résidence continue , les conclusions les plus importantes sur Tétat moyen de Tatmosphère, suivant les hauteurs et les lati* tudes géographiques. Les contrées montagneuses de FAsie présentent, sur le versant septentrional de r Himalaya et , dans le Tibet occidental , sur le Koueq^lun et sur le plateau de Pâmer voisin de la chaîne de Bolor, des villages et des métairies à des hauteurs encore plus considérables , mais nulle part on ne trouve des rangées de villes qui égalent en grandeur et en importance celles qui ont été nom* mées plus haut. La ville de Kascfamir est siiuée, suivant Victor Jaoquemont, à 5000 pieds de haut, suivant Hugel k 5/iOO ; môme d'après cette dernière évaluation , elle n'atteint pas la hauteur insignifiante de Popayan. Le passage situé entre Kaboul et Balkh , par lequel le savant Bunies a traversé près de rancieniie ville de Bamyan la chaîne de P Hindou*
Kbo I quMl appelle a stupendaus chain of mùuntains , est , de son point le pins élevé , inférieur de près de 1000 pieds au sol de la ville haute de Potosi. HIassa , diton y est située à la même hauteur que La Paz , mais c'est là un fait dont je suis fort tenté de douter, en comparant les températures respectives de ces deux villes.
A mesure que Ton a mieux connu, depuis la seconde moitié du xvi' siècle, la conformation singulière du continent américain, tous les grands problèmes de physique générale ont été soulevés successivement et cette science s'est trouvée constituée sur une base inébranlable. Déjà , il est vrai , un observateur pénétrant, le géographe d'Amasea, avait deviné que la décroissance de la température dépend aussi bien de rélévation du sol au-dessus du niveau de la mer que de la latitude géographique. Seul dans Tantiquité, Strabon s'exprime sur ce sujet en termes généraux , k propos des produits de TArie et de la Bactriane : « S'il existe dit-il des contrées froides dans ces pays, il n'y a pas lieu de s'en étonner, car en se rapprochant plus encore du midi, on trouve que les montagnes sont froides, et il en est de même de tout sol élevé , alors même que ce sol est une plaine, • Ailleurs Strabon ajoute : c La Gappadoce , bien que plus méridionale que le Pont, est cependant plus froide, et la Baga* diane, la partie la plus méridionale de la Gappadoce, qui en outre n'offre qu'une vaste plaine dans toute son étendue , produit à peine des arbres fruitiers (61) . > Ce ne peut être d'après ses observations, mais bien
en raison de principes théoriques, que Strabon, comme Polybe , explique dans un remarquable passage la chaleur tempérée de régions situées sous réquateur par Télévation du sol (62) . L'inscription d*Adoulis est le premier et le seul monument qui constate Texistence, niée par Hérodote, de montagnes neigeuses au delà du tropique du Cancer (63). Dans le nouveau continent , la neige éternelle des régions tropicales a été vue pour la première fois sur la montagne de Citarma (Nevados de Santa Marta), par Rodrigo de Bastidas , neuf ans après la première découverte de Colomb (6&). Ce phénomène causa une sensation profonde, et Pierre Martyr de Anghiera soupçonnait déjà que la limite inférieure des neiges étemelles s'élève en raison inverse de la latitude. Il exprime son sentiment sur ce sujet dans une lettre adressée à son fils, le comte Tendilla, en date du mois de décembre 151S, ainsi que dans le livre qu'il écrivit pour le pape Léon X , De rébus Oceanicis : t Defluebat flumen Gaira ex alto nivali monte quo altiorem nemo e ducis Roderici (Bastidœ) comitibus aiebat se vidisse unquam. Neque aliter putandum est, si nivibus albescebat in ea regione quœ intra decimiim gradum distat ab œquinoctiali linea (65). » Dans une histoire, si incomplète qu'elle puisse être, de la description physique de la terre , il n'était point indifférent de signaler les deux plus anciens témoignages qu'il m'a été possible de retrouver sur la région des neiges entre les tropiques , dans l'ancien et dans le nouveau continent
Les plateaux qui interrompent les escarpements des montagnes et élargissent, pour ainsi dire, la surface habitable de la terre , peuvent , par leur superposition , servir à corriger la loi de la décroissance de la chaleur, si importante pour la réfrac* tion sous de petits angles; mais Ton ne doit point non plus oublier que tous les plateaux ont un climat propre, et qu'ils exercent sur l'absorption et le rayonnement de la chaleur une action autre que celle de la pente des montagnes. Je me suis assuré, par des observations directes (66) , que sur les plateaux qui présentent une surface de quelques lieues carrées, la température moyenne annuelle est de 3^,3 à 2%5 plus élevée que sur les flancs des montagnes qui ne sont point coupées par des plaines. Boussingault a même remarqué fort judicieusement que quelquefois sur un même plateau, les points rapprochés des bords sont plus froids que le centre de 1%3. Des courants d'air descendants, occasionnés par les formes diverses qu'affectent les pentes des montagnes, et leur exposition relativement aux vents contribuent h cette différence. L'effet de ces cou* rants est funeste à l'agriculture, particulièrement pour les céréales européennes et le mais. Sur les plateaux qui, comme les plaines de Gaxamarca, sont situées À une hauteur de plus de 3500 mètres , le froid est encore augmenté par le rayonnement du calorique que la terre envoie, durant la nuit, vers un ciel sans noage , grAce à rimmobilitô et à la rareté de l'air. Ibés en dehors de cea fetatîMs
féiléralcs, dépendantes de la hauteur absolue « le climat local des plateaur a son principe dans la nature particulière de la végétation , dans la forme , renchainement et la couleur des masses rocheuses qui les entourent , ainsi que dans le retour périodique des perturbations qui troublent Téquilibre électrique de Tatmosphère, Ces tables d'une étendue bornée ne sauraient être justement comparées, malgré leur élévation, à des tles semées dans Tocéan atmosphérique; ce sont plut6t des plaines situées au pied de rocs puissants et diversement configurés, qui se dressent comme des promontoires. La complication des phénomènes météorologiques ne permet point que les chiffres représentant les températures moyennes du jour et de la nuit donnent à eux seuls une image fidèle de ces climats particuliers. Dans Theureuse zone qui a voisine Téquateur, le plus petit espace de terre offre la plus grande variété possible de phénomètles naturels: phénonsè&es météorolo*« giques qui passent rapidement , ou phénomènes vitaux , renouvelés sans cesse par le développement intérieur des corps organisés.
A la suite de ces considérations générales, je choisis, pour m*y arrêter, un plateau de moyenne hauteur , le plateau appelé Llanura de Bogota , et j'emprunte au Journal encore inédit de mon voyage quelques détails sur Tétat atmosphérique* la végé* thtion et la composition géognostique de cette con^ trée« Le plateau de Bogota qui , d'après les andeoms légendes dee iadigèDes • aurait formé jadis le Ut
d*ua lac désigné sous le nom de Punzha, est situé à 26/i mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette surface , complètement horizontale , dont retendue est de 30 à AO lieues carrées , présente quatre phénomènes fort curieux : Fadmirable cascade de Tequendama qui , du milieu des chênes verts , s'élance dans un gouflOre où , jusqu'au pied de la cataracte, croissent des palmiers et des fougères arborescentes; un vaste champ rempli d'ossements de Mastodontes et nommé Campo de Gigantes ; des dépôts de houille, et d'épaisses couches de sel gemme. Ces deux formations sont d'autant plus surprenantes que leur hauteur égale environ celle que l'on atteindrait en entassant le Brocken sur la Schneekoppe.
De la Tierra caliente ou vallée du Rio-Magdalena , ornée de la plus brillante végétation tropicale , on arrive en deux jours , heureux d'échapper aux nombreux Caïmans et surtout aux essaims de Moustiques , dans la Tierra fria du plateau de Bogota , c'està-dire que l'on passe d'une température moyenne de27%7à une température de 1&%5. Jusqu'en 1816, l'unique chemin était une crevasse creusée par les eaux , dans laquelle souvent deux mulets ne pouvaient se rencontrer, bien qu'elle conduisit à la capitale du pays , peuplée de vingt-huit à trente mille habitants. Lorsque les Espagnols reprirent pour quelque temps possession de la Nouvelle-Grenade , ils firent améliorer et élargir la route de Honda à Bogota par les républicains condamnés aux travaux forcés, afin de faciliter les communications mili-
taires , et par esprit de réaction politique. Dès lors le pays prit un autre aspect , et ce moyen eût du moins pour résultat qu'an milieu même des horreurs de la guerre civile , on acheva rapidement ce que les vice-rois n'avaient point osé entreprendre durant près de trois siècles d'une jouissance que rien n'avait troublée.
La petite ville de Honda , près de laquelle finit la navigation du fleuve pour ceux qui se rendent de Cartagena de Indias ou de Santa-Marta à Bogota , est située au confluent du Rio-Guali, qui roule en même temps des galets de granité et de trachyte , et du Rio-Magdalena. Boussingault a trouvé, en prenant la moyenne de plusieurs observations barométriques , que cette petite ville , dont les habitants sont afiectés de goitres, est à 636 pieds au-dessus du niveau de la mer. 11 en résulterait que le Rio-Magdalena , en lui supposant un parcours de 208 lieues , dont un quart pour les détours suivant le calcul de d'Anville, aurait une pente de 8 pieds par lieue. De Mave on monte sur le plateau , en suivant une épaisse forêt qui traverse dans toute leur étendue les vallées gracieuses et tempérées de Guaduas et de Yilleta dont, chose assez singulière ! la plus éloignée dans la direction du sud-est est la plus profonde. D'abord on voit poindre à une hauteur d'environ 136 mètres quelques troncs de Quinquina. Plus loin , entre Âcerradero et Roble, on rencontre les beaux et sombres buissons des chênes de la Nouvelle-Grenade. Près du village de Pacatativa commence le plateau ; c'est une plaine
immense, presque dépourvue d'arbres, dans laquelle sont cultivés avec grand soin le Gbenopodium Qui-noa» la pomme de terre et le froment dont chaque épi fournit de quinze à vingt grains. Quelques collines peu élevées, telles que le cerro de Suba et le cerro de Facatativa , sont semées comme des îles sur ces terrains jadis recouverts par les eaux. Il faut par* courir au moins quatre milles avant d'arriver à la capitale. Le milieu de la plaine est un peu déprimé et marécageux. Cest là qu'est situé le village de Funzha, appelé Bogota sous la domination espagnole, et qui avant la conquête, était le siège principal des anciens Schibschas ou Muyscas. Depuis la révolution de la Nouvelle-Grenade et rétablissement de la république de Gundinaraarca , on a changé les dénominations géographiques : le nom du village de Bogota a été transporté à la capitale qui , en souvenir de son premier fondateur Gonzalo-Ximenës de Quesada, né à Santa-Fé, dans la belle plaine de Grenade (Yega de Granada), s'est appelée Santa-Fé de Bogota. Il a fallu , sous le nouvel ordre de choses, comme il arrive toujours dans les révolutions des colonies, abolir tout souvenir de la métropole. Le pays ne pouvait plus s'appeler Nouvelle-Grenade, la capitale ne pouvait plus s'appeler Santa-Fé. On donna à la nouvelle république le nom indien de Cundinamarca , en quoi l'on ne fit pas preuve d'une érudition fort exacte, car, sous la domination des Zaques, le véritable nom était Gundirumarca (67). Je suis la nouvelle nomenclature » qui est aujourd'hui d'un usage géoéraL
La ville de Bogota, entourée par des allées de Daturas gigantesques , est adossée à une muraille de rochers presque verticaux. Au-dessus de la ville , à une hauteur de près de 650 mètres, sont les deux chapelles de Monserrate et de Guadalupe , suspendues aux rochers comme des nids. J*ai monté à ces chapelles pour les mesurer barométriquement ; on y jouit d'une admirable perspective sar toute la plaine montagneuse et sur les neiges de la Cordillère de Quindiu, que Ton aperçoit en face de soi« Au sudouest , une colonne de vapeur s*éiève presque sans interruption dans les airs; elle marque la place de rimmense cascade de Tequendama. Le caractère gé« aérai du paysage est grandiose , mais mélancolique et désert*
L'aspect des montagnes qui s'élèvent dans la région des neiges étemelles fait vivement sentir combien les hautes cimes , alors même qu'elles n'appa^ raissent à Thorizon que sous de très-petits angles , produisent une impression majestueuse^ Ce que Ton aperçoit vers l'ouest ^ & une distance de 85 lieues, par delà les montagnes boisées qui avoisinent Bogota et la vallée de la Magdalena , est le cône tronqué do volcan de Tolima. D'après les mesures trigonomé^ triques que j'ai prises à peu de distance d'Ibegue, ce volcan a près de 5600 mètres de hauteur ; il est par conséquent la plus haute montagne du nouveau con* tineot au nord de réqnateor. Plus loin^ au delà du TblinMi , OD découvre , dans là dlreotioH de l'ouest^ aord<^oiiest « «ne rattgét de ttoit sommets arnMidis
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d*une moindre hauteur, et eofto une Mesa^ c'est-àdire un dos de montagne qui se prolonge au loin et présente la forme inclinée d*un toit
La limite des neiges semble être sur ces montagnes, et il en est toujours ainsi à pareille distance, une ligne horizontale , tracée nettement et sans aucune inégalité. Elle atteint à peine le sommet cylindrique dont on a parlé plus haut ; la Mesa seule est, ainsi que le cône de Tolima, recouverte d'un vaste manteau de neige qui resplendit au loin. A Bogota , les trois som* mets portent le nom de Paramo de Ruiz , et le long mur de la Mesa celui de Paramo de Erve ou Herveo. Toutefois , cette dernière dénomination est devenue , à Toccasion d'une nouvelle éruption volcanique du Paramo de Ruiz , l'objet d'un débat qui n'est point encore épuisé (68). Le Tolima est , après le Cotopaxi , le cône le plus beau et le plus régulier que j'aie vu entre tous les volcans ; la neige en dissimule les moindres inégalités. Le docteur Roulin a trouvé , dans un manuscrit du Père Simon, le récit d'une éruption du Tolima, à la date du 12 mars 1595; découverte d'autant plus heureuse que, dans toute la chaîne des Andes qui s'étend depuis le volcan de Purace , situé près de Popayan par ^T de latitude boréale, jusqu'à Costa-Rica et Nicaragua, il n'y avait poiat de volcan dont l'activité ait été constatée dans les temps historiques. La distance de la montagne de Tolima à celle de Purace est de 65 lieues^ Toutes deux sont formés de trachyte et appartiennent à la Cordillère du milieu. Des considérations de ce genre
ajoutent aux montagnes neigeuses qui s'élèvent à rhorizon un intérêt particulier » et ceux qui en ont reçu rimpression grandiose ont peine d'abord à en croire les instruments, lorsquUls découvrent par exemple que la cime du Tolima , vue de la partie supérieure du Bogota, paraît à Thorizon , si l'on ne tient pas compte de la réfraction, sous un angle qui ne dépasse pas 0,32'.
La soudaineté avec laquelle, sans changement dans la direction des vents et par le seul effet des courants perpendiculaires et des variations de Télectricité atmosphérique , la formation de nuages épais appelés paramitos suit si souvent dans les hautes plaines une extrême sérénité de Tair, jette un grand trouble dans les mesures trigonomélriques et dans les observations astronomiques. Souvent, dans Tespace d'une heure , on est enveloppé à plusieurs reprises de ces nuages. Aussi les chiffres exprimant la tem* pérature moyenne font-ils trop d'honneur au climat des hautes plaines tropicales, dont le soi-disant printemps perpétuel n'est , en réalité , qu'un composé de toutes les variations atmosphériques. La chaleur moyenne à Bogota est de 1&%5 du thermomètre centigrade ; c'est &" au-dessous de la température de Popayan et O"",? au-dessous de celle de Quito (69). Ce rapport est très-frappant , car Bogota , plus élevée il est vrai que Popayan de 830 mètres , est inférieure de 276 mètres à Quito. La ville de Quito, située dans une étroite vallée au pied du Pichincha , doit-elle à cet abri un climat plus doux ?
Ëneoré nous devoaB ajouter que M. Boussio^ault , qui a eu Tidée iogénieuae de mesurer la tempéra'ture moyeone de Tair sous les tropiques d*après la température du sol pri^ à une très-petite pro*foudeur, a trouvé pour Quito , Riobamba et Lac«tacuDga, non pas lâ%7 ou 1&% mais un chiffre qui varie de 15%3 à 16%/i. Ces trois villes sont situées sur le grand foyer volcanique de la province de Quito, Mais si Ton songe à ce qu*il faut de temps pour échauffer, même â*une manière peu sensible , des couches puissantes, et que d'ailleurs en embrassant des périodes considérables le rayonnement tend è rétablir Téquilibre , on ose à peine attribuer cette haute température de Quito à Tinfluence des forces souterraines.
En toute saison, la chaleur diurne est ordinairement comprise, à Bogota , entre 15"* et 18** centigrades (12*" et !&%& de Béaumur), et la chaleur de la nuit, entre 10'' et IS"" (8"* et 10° Réaumur) • Jamais on n'a vu le thermomètre descendre au*dessous de «f- 2%5. Même à Quito, c'est-à-dire à 9917 mètres de hauteur, le thermomètre, placé à 13 pieds du sol, ne tombe jamais jusqu'à 0^ Comme les Influences exercées par les climats sur les corps organisés dépendent beaucoup plutôt de la distribution de la chaleur dans les différentes saisons et aux différentes heures du jour que de la température moyenne, la comparaison des hautes plaines tropicales avec des points déterminés de la zone tempérée et de la zone gla* ciale , peu élevés aunlessus du niveau de la mer, n*a
d'importance qae sous certaine» réserves. La eha« leur moyenne annuelle de Bogota, à 96& mètres de hauteur et par h!" 86' de latitude l)oréaIe , est la même que oelle de Rome ; mais tandis qu'à Rome la température du mois de janvier est de 7*,8 et celle du mois du juillet de 3ft%7, à Bogota , la température est tellement uniforme dans tous les mois de Tannée qu'en i82â , par exemple , roscillation n'a été pour dix mois que de i*, et de 3*,& pour toute la durée de l'année : le mois le plus chaud a donné i6%6 , le plus froid 1&%3. Il en avait été de même quinze ans auparavant (70). Je trouve, dans des observations plus anciennes de José Caldas , une diflérence de 0*,0 seulement pour sept mois consécutifs. La même uniformité se retrouve dans la pression atmosphérique. Si dans le cours d'une année eulière, on observe l'état du baromètre, en tenant compte des variations régulières qu'apportent les diilérentes heures du jour, et eu prenant pour point de comparaison le moment où le mercure monte le plus haut et celui on il descend le plus bas , c'est-à-dire neuf heures du matin et quatre heures du soir, la différence n'est jamais de plus d'une ligne. Quelquefois cettfi différence n'excède pas, en dix mois, les 17/iOO d'une ligne.
Le brouillard qui règne fréquemment sur le pla« teau de Bogota , surtout près des bords , humecte les plantes et entretient la végétation dans une éternelle fraîcheur. Les herborisations sur les rochers abrupts aux flancs desquels sont suspendues , à des hauteurs
de 3216 et de S288 mètres, les chapelles dédiées à Notre-Dame de Monsçrrate et à Notre-Dame de Guadalupe, procurent de ces jouissances dont le souvenir s*efface difficilement Là commence la végétation des Paramos , dont les feuilles ressemblent à celles du myrte et du laurier. Â Tombre du Yallea stipularis , des Weinmannies et des Escallonies déployées en forme de parasol , nous trouvâmes les fleurs brillantes des Alstrœmères , des Passiflores , et de nouvelles espèces de Fuchsia et de Rhéxies. Chacune de ces deux chapelles, séparées Tune de Tautre par une crevasse profonde (el Boqueron), a son es-^ pèce particulière de Passiflores; à Tune appartient le Tacsonia speciosa ou Gurubita, dont on pare les autels aux grandes fêtes ; à l'autre , le Tacsonia mollissima» que les habitants de Popayan cultivent à cause de ses fruits qui sont bons à manger. La surface du rocher est recouverte de groupes pressés de Hyrica pubescens, de Gaultheria , de Thibaudia aux fleurs pourprées , de rHypericmn brathys de Smith , et de notre beau genre Aragoa , dont les feuilles allongées rappellent celles des sapins et des cyprès. Aucune espèce de Quinquina fébrifuge ne s'aventure plus sur ces hauteurs, car le Quina naranjada (Cinchona lancifolia Mut.), que Ton confondait, avant mon voyage à Loxa, avec le Cinchona Condaminea, et que Ton croyait être proprement le Cinchona offlcinalis de Linné , nous avait abandonnés déjà dans la forêt de chênes, que nous avions traversée longtemps avant d'atteindre le plateau de Bogota. En revanche on
rencontre avec étonnement, jusqu'à la partie supérieure de la viUe de Bogota, une haute plante alpestre, le Prailexon cotonneux (Espeletia grandiflora). Le plus grand nombre de ces végétaux a été reproduit dans le Recueil publié par M. Bonpland et par moi sous le titre de Plantes équinoxiales. Bien que les chapelles de Honserrate et de Guadalupe, dont la hauteur absolue est presque égale à celle de l'Etna, soient à 2000 pieds au-dessus de la ville , elles ne laissent pas d'être le but de fréquents pèlerinages. La situation particulière de ces stations les rend d'un usage extrêmement commode pour observer la déviation horaire magnétique et les oscillations qui se produisent aux différentes heures du jour dans la hauteur du baromètre. J'entrepris de comparer soigneusement dans ces deux stations l'inclinaison et l'intensité magnétiques. Toutes deux étaient un peu moins sensibles dans la station supérieure; les oscillations étaient dans le rapport de 226 à 22&. L'incUnaison était à Bogota de 27« 15 de la division centigrade ; elle était de 26* 80 à la chapelle de Guadalupe. Le lieu serait aussi excellemment choisi pour observer la loi qui règle les variations de la chaleur aux différentes heures du jour et de la nuit. De la crevasse qui sépare les deux chapelles s'échappe la petite rivière de San Francisco , qui , après avoir traversé la ville comme les deux ruisseaux de San Agostin et d'Arzobispo, se réunit, dans le milieu de la plaine ou Ltatmra, à la rivière principale, le Rio de Funzha ou Rio de Bogota. Le Rio de Funzha reçoit
toutes les eaux qui descendent de la chatne ^e moQ-» tagnes , située à Test * partage la plaine en deux pais tJQs du nord au sud, et se détournant brusquement vers le sud-ouest, rencontre, dans la chaîne qui })orne la plaine de ce côté , une étroite ouverture ^ travers laquelle il se précipite, en formant la célèbre cascade W MttQ de Tequendama, Le Rio de Funzba coule epcorei pendant l'espace de sept milles t sur la pente occidentale de la Cordillère orientale, le long d'un ravio qui s'élargit peu à peu en une vallée, avant de le réunir au Rio Magdalena. Le confluent est à douce qiUleg au-dessus de Honda.
La plaine de Bogota , de môme qu'elle a un climat qui lui est propre , a aussi ses mythes particuliers. Comme la YaUée de Mexico (l'ancien Tenochtitlan), elle forme un bassin fermé, d'où les eaui: ne peuvent a'écbapper que par une seule issue* Les deui plaines contiennent dans leur terrain meuble les ossements fossiles d'animaux antédiluviens , ressemblant à des ttépbanti ; la Llanura da Bogota en renferme oe* pendant un plus grand nombre. Dans le bassin de Mexico • inférieur de d60 mètres » et entouré d^un nur olreulaire de montagnes tracbytiques «t por** pbyriquea, l'ouverture par laquelle s'écoulent les eaux est qne brèche artificielle , située près de Huebaetûoa, que Ton a commencé à tailler en i607, et k travers laquelle toutes les eaux de la plaine, réu« nies au Rio de Tula , vont se jeter dans le golfe du Hexique. L'ouverture au contraire qui donne naisaenee à la cascade de Tequendama est naturelle ; c^est
une faille dont reiistence remonte au soulèyement gépérfil de la chaîne , ou qui 4 été formée par des ébranlemeots plus récents , tels que ceux dont cette contrée n'a point encore perdu Thabitude, mais antérieurs toutefois aux temps historiques. Si le passage du Tequendama venait à être fermé , nul douta que, malgré l'évaporation , le petit marais de Funsba ne se changeât en un lac alpestre. Il en était ainsi, suivant les traditions des indigènes, à Torigine des choses» Avant que la lune fût devenue la compagne de la terre, les Indiens Muyscas ou Mozcaz vivaient en barbares , sans agriculture et sans culte. Le véritable nom de ce peuple était Schibscha , car Muysca dans leur langue signifie homme en général. Tout à coup parut un vieillard à longue barbe , qui descendait des montagnes situées derrière Bogota , et appartenait k une raça autre que celle des Muyscas, Il avait troia noms , Botschika , Zuhè et Nemque^ tbeba , parmi lesquels le premier était le plus vénéré, Gpmmo Manco Capac , il arrivait par Test ; il avait qnitté Içs savanes du Rio Meta » et peut-^ôtre la région boisée de rOr^noque, on jusqu'au Bupunuri et h rfissequibo on rencontre de hauts rochers couverts de signes et d'images symboliques. Botschika enseigna aux habitant» des montagnes à se vêtir, à semer la Mais et le Quiooa. espèce de Cbenopodiumi à s'asr socier entre eux par le lien d'un culte religieux et par la communauté des croyances qui consacraient cei'tatnes looaUtés, i constituer enfin une nation* C'est aussi ce qu^avait fait Manco Gapac ; mais ainsi
débutent tous les mythes qui prétendent expliquer rinexplicable passage de la barbarie à Tétat de société et de civilisation.
Botscbika était accompagné d*une femme qui, comme lui, portait trois noms^ et qui détruisait méchamment tout ce qu'il avait projeté pour le bonheur des hommes. Huythaca, autrement appelée Schia ou Yubecayguaya, fit gonfler par ses sortilèges la rivière de Funzha. Toute la plaine se changea en lac, et quelques hommes seulement eurent le temps de se sauver sur les montagnes voisines. Le vieillard irrité bannit sa malfaisante épouse ; Huythaca quitta la terre et devint la lune , car la lune n'avait pas lui encore pour les premiers Muyscas , qui se disaient ProselèneSi comme les premiers Arcadiens (71). Botscbika, touché de compassion pour Fespèce humaine , brisa d'une main puissante les rochers qui ferment la vallée du côté de Canoas et de Tequendama , précipita par cette ouverture le Funzha , et dessécha toute la plaine. Ainsi la cataracte de Tequendama , la merveille de la contrée , est son ouvrage. Cette légende rappelle celle de Kâsyapa , qui ouvrit de même une tranchée dans la montagne de Baramaulsch , pour dessécher la vallée de Kaschmir, et donna à cette vallée le nom de Kasyapapur ou Kaschapur, qu'elle portait jadis (72). Botscbika réunit tous les hommes dispersés par le débordement du Rio Funzha, leur apprit à bâtir des villes , institua le culte du soleil , et établit une méthode particulière d'intercalations lunaires , dont j'ai donné le détail ailleurs (7d). Il
fonda aussi une constitution politique , qui rappelle Tancien état sacerdotal de Méroê, et celui du Thibet avant Tintroduction du bouddhisme. La souveraine puissance était partagée entre un chef séculier, nommé Zaque (7&) « et un chef ecclésiastique , le grand prêtre d'Iraca ou Sogamoso, ville située à Test de TuDja. Dès lors la mission de Botschika fut finie; il se retira dans la ville sainte d'Iraca, et comme Bouddha et le législateur sacré des Aztèques , Quetzalcoatl , il vécut cent cycles muyscas, c*est* à-dire deux mille ans , dans une piété contemplative et livré & d'austères pénitences ; après quoi il disparut mystérieusement près de Sogamoso. Botschika est sou« vent confondu avec un autre personnage merveilleux, comme lui envoyé de Dieu (enviado de Dios), et appelé Nemterequeteba, qui fut grand prêtre d'Iraca. Ce mythe ou ce roman géologique , semblable à ceux que présentent les anciens livres sacrés de tant de nations , et qui souvent se développent parallèlement à des légendes historiques , a son origine en partie dans la conformation particulière du bassin de Bogota et dans les débordements du Rio Funzha , en partie dans cette disposition au symbole qui caractérise Tenfance de Thumanité. Sous toutes les zones , dans r Asie Mineure , dans les hautes plaines et dans les vallées circulaires de la Grèce, jusque dans les petites îles de la mer du Sud , nous retrouvons les mêmes mythes géologiques , avec la même tendance politique et morale, Botschika et Huythaca sont op^ posés Fun à Tautre comme le bon et le mauvais prin-
cipe. Bbtschika est un fils du soleil cbminè Manco Capac , et peut-être lé soleil lui-taètiae fait homttie. fliiythaca est le principe Humide ; elle fail déborder les fleuves et devient lèl lune. Botschika, princîjpë de la chaleur et du dessèchement , chasse lë& edUx et leur donne un écoulement, etl rotnpaht la digue des rochers. Comme trimurti , il a trois nouis. Leâ prêtées ou lamas de Sbgatnoso montrèrent aux premiers conquérants espagnols, aux tonipagnons du hardi Ximenez de Quesàda , des idoles qui représétltaient ie iàls du soleil dvec trois têtes. ËbtsiJhika persotmiiîe enfcote la civilisation ; il apparaît comhie une gt-ande figure historique, imaginée pour explittliér â l'aise et par une invention soudaine toutes \eé institutions civiles et religieuses , par exemple le calétldrièr nécessaire pour déterminer les jôUts éofasdcréâ aut sacrifices et aux pèlerinages, tout ce qui S*ést fôrnié et développé peu à peu , on se lé rèprésèhie Cbrfimë prbdùit simultanément par l'intervention de qUèlqùë thaumaturge étranger. Si divers que sbient les degrés de civilisation auxquels Thomtfte peut parvenir, sUr la croupe des Cordillères oU Sur les rives de là Méditerranée , en Grèce , en Asie Mineilre ou en Egypte ,♦ partout les idées ont suivi la mêtne voie et laissé Id même tracé, partoUt la foi et l'imaginatiôti poàiqUë renaissent et se reproduisent Sous lèS mêmes fdhnes. L*ancien m^thë géologique des Rtuyscas , de celte race à peiiie échappée k là barbarie, ou qui peut-être s*y était à iribitié rèngdgéë , à dU tiioitis Cet â\^àntàgë , àù point dé vue dé la physique géhëràle , c[U'îl
attHbUé l'dbVerturë de Id vâlléë et rëcOulehiëUt âëS eaUi à r^btiod instautatlëe d'Utië force tihiqùè ël tiolente. Cette vue s'accbMe areb les cahactèfës deé phéhomènes et la forme de la brèche {(ratic^tiëë daHâ la tnobtagiie. Lé3 touches de la î'ochë câlbait-e toUt hoHzbntalës. La ët^éYasse paraît postérieure à la i(fi lidiflcatioû et au Soulèvement du sol. Ce n'est point une lacdne qUë fceâ forhiatlënS sthititléeà âurdlëtlt lalÀftéë èUbdlMer èlh milieu d'ellëé, ëU se reieVàUt soué des ah^léà dlBël^Hts ; c'est Uue UbVërture » uhé sôi^tê de vallëe ti^àrisvel^sale , produite pat les ihêWës fordëi mystérieuses qui se manifestent dans tbUtës lêà tèa&tibUé dU noyau ibtérteUf de là tbfre ëbulrë l'éébt-ce qui là ïëcouvhe. L'ouverture s*ést^llë forWéë t>èU I pëU fl'bhé crëvksSë étroite d'dbbrd, et que l'actibtt des ëdui aUt-àit Ibsensiblemënt agrandie jusqu'à uiië lai'geut* de d6 pieds? fiieb que des habitants dé ËD^otà , tt-è^-vëfsé^ dan^ lés t|Uestiobs géologiques , et obsëtvéteufs assidus de leurs phénonièues locaux, aieUt tenté dé thé le persuader, Je suis peu disposé pbUr ina paH à àbcëpter ceé lents effets d'érosion. Ce b'ëst pai là première fois d'ailleurs qu'une {iarëillé hy^thësë ëât faiisë en avant; elle se renouvelle À prolibs de toutes les vallées al^estfës de rAfaëlen et du NbUVeab MoUdë. Sans douté toUtëâ ieé eaux êoiirantës , qUellë tjuë soit aUJoUl-d'hdi la ëélëbrilé dé lëUi* flbM, ont forfcé autrelblà d'étroitâ sillons et èii ont Ihit dé lai-ges vallées , à traVerS lesquelles leur cburs se développé librement ; mais ce Stihi là de mèdibët«s ^hênoniènes , sans dUcUb lien aVeé les causée
qui ont pu rompre jadis le relief général du globe. Le système des effets successifs et des forces débiles n*agissant qu'avec Taide des siècles , système qui se renouvelle périodiquement , et que l'antiquité classique appliquait déjà à la formation des Deltas» aux alluvions et aux cavernes creusées par la filtration des eaux , parait peu satisfaisant lorsque Ton considère les débris terrestres qui nous servent aujourd'hui de demeures. La pluie, en tombant goutte à goutte, peut à la longue percer une pierre; elle n'a pu donner à Técorce de notre planète sa forme et sa physionomie.
La chute de Tequendama doit son aspect imposant au rapport de sa hauteur et de la masse d'eau qui se précipite en deux bonds. Le Rio de Funzha , après avoir abreuvé , près de Facatativa et de Fontibon , un marais couvert de belles plantes aquatiques, se resserre et rentre dans son lit près de Canoas. J'ai trouvé qu'il avait encore sur ce point 130 pieds de largeur. Â l'époque des grandes sécheresses, il m'a paru, en supposant le fleuve coupé par un plan perpendiculaire , que la masse d'eau présentait une section de 700 à 780 pieds carrés. Le grand mur de rocher, dont la cascade baigne les parois , et qui par sa blan« cheur et la régularité de ses couches horizontales rappelle le calcaire Jurassique ; les reflets de la lumière brisée dans le nuage de vapeur qui flotte sans cesse au-dessus de la cataracte ; la division à l'infini de cette masse vaporeuse qui retombe en perles humides , et laisse derrière elle une sorte 4e (|ueuç
comme les comètes; le bruit de la cascade, semblable au roulement du tonnerre et répété par les écbos des montagnes , Tobscurité du gouffre , le contraste entre les chênes qui rappellent en haut la végétation du nord , et les formes tropicales qui croissent au pied de la cascade , tout se réunit pour donner à cette scène indescriptible un caractère individuel et grandiose. Ce n'est que par les grandes eaux que le Funzha se précipite perpendiculairement et d'un seul bond , sans être arrêté par les aspérités du rocher. Lorsqu'au contraire les eaux sont basses, et c'est l'état dans lequel je les ai vues, le spectacle est plus animé. Il existe dans le rocher deux saillies, l'une à 30 pieds, l'autre à 180, qui produisent une succession de cascades, au bas desquelles tout se perd dans une mer d'écume et de vapeur. En se penchant sur la limite extrême du banc de rocher d'où tombe le Rio Funzha, on recueille abondamment une petite plante appartenant à la rare famille des Podostémées de Richard et au Nouveau Genre Marathrum ; c'est le Marathrum fœniculaceum de Humboldt et Bonpland , dont les feuilles radicales finement découpées et presque capillaires plongent dans les eaux bouillonnantes (75).
Les lieux sont disposés de telle façon que c'est un fort difficile problème de déterminer exactement la hauteur du Salto. Il ne suffit pas de laisser tomber une pierre verticalement ; il faut , pour que cette pierre évite les saillies du rocher, lui communiquer une certaine force d'impulsion qui m'a paru
troubler rexpériënce. QUhilt à mëàUirér une base dans l'élrbite t/ûeWdda foriilée etitrè les rochéM i il tl*y a point à y péhie)r ; sûhô compter ttué les détoUrS et pour aitlsi dire les replis de cette crevassé né pet^ Hrietlfent t)as d'ehibrasset* Teilsemble de la cdtdi-âfcte; et de déterhiiner un Snglé qUi eh comprebiie id bhuteùr lotttle; Lé seul hibyêti tne parut être dte defe^ ëëhdrë pédiblëtilktlt dd platead de Canôeli dans Id vallée de Povasa, à quoi j'employai trois heurfeS. Bleii (JU'une grande quantité d'eau s'évapore en tobibânt, le torrent avait encôt-e une telle violence, au plëfl de la cascade, qu'il ttie fallut aller fort loin pont* disposer iin baromètre. La distanbe et la division des cascadeà rebdent fol^i doiitfeuî le résultat qtle j'obtins alors. SI Tbtt ïegâtde la cascade de bàS en haut, elle fait l'effet d'ub tàt)is d'argeht ddbl lë& franges ne féfatëhl 4b'fefflfeUtei^ la tërrë. Lfe ebmpagbon de BoUSsinédiill ; le dbbtëùî^ RôuHri , a rënbUvëlé vingt dbs ^\\ii tard Id même opéràtibfa ; il d'est api)rdfche dd Sdltb pldé {)rês qufe je tie l'dvais fait, ju^U'à tibfe distance de èO mètres ebVîton, et S'est placé sUt* lé bbrd d'Ub fôchet^ où il se croyait de niveau aveb le t)iëd de Id cataracte. îl a trduvé à l'aidé du baromètre 670 piédd, tandis que mes calculs chrobométrilJUëà , combinés dVèe des biëêUlrëS bàrbmétfiqdeS impdtfeitës, Wa- ^iéhl donbé i)dbr moyenne 522 pMs bu ÎTà mètres. Ce chilîVe était encbré trop élevé. Eh 1840 , le bdt-on Gros et le colonel Jodqilih Acosla ont institué Uh SyStèiiië de mësut^e fôtt satisfaisant , avec un fil â pibtiib (iui , au ttibyëtt d'un dppdreil , peUddit à Une
distance de 15 piedâ. La Véritable haliteur de la chute totale e^t de à/iQ pieds ou l46 tnètres. Là moyenne que j'avais obtenue était par conséquent trop élëVée de 1/6, 15 (76). La terhpératut-e de l'eail était égalé à l5%6 9 6t la même en haUt qu'en bas , ce que je h^alirais jpas soupçonné, à cauàë de réVd^iDf ation qui Semblait devoir la reflroidir.
;^^ai plusieurs fois tnentionnë là biûraille de balcaîre qui , aussitôt après la chute dti ïequendama, s'élève t)èrpendiculaîremetit du fond de l*âblnie, et que la belle gravure de Chielln représente 8'Une manière très-pittoresque (77). t'est ici le lieu d'itidi- 'qùët le i'àpport des formations calcaires aux forihatibhs plus anciennes, qui t)eiil-être lèur servent de base. Tout près des admirables champs de iï'Oitiént de daiibàs , est situé un dépôt de houille , le t)lUs élôVé pèilt-être du inonde côrinil. En àVanÇarit quelques milles dans la direction du nord-ést , à l'ëtidroit oQ \à Vallée de Futscha, àhciéti lieu de plàlsàtlce du ^îcé-rôi de la Nôuvélle-Grêiieide, débouché ddùs là Vallée d'Ùstne , le sbc de la Chdl-rde ren'cohtré S line três-fàiblé pfôfondeut^ et itiél à découvert dés osseiiiëfats ^igatitésquës de Mastbdonteis. Cette {^tàide tt été appelée Càmpo de i^îgàûteé pat lés premiers édîbnS efepâgiiols. A ralitfé eittéhiité dU t)iàteaU , VéM lé fabrd, près de Élpàquil'a, est tiu vaste dët)ôl de sél gemmé en ex^iloitâtion. il résulte d^hperÇUs gêliéràux feiit la liaison de ces remdr'cj;liàblël5 phénomèdes géologiques ([we le sel gemmé et les dô^ts hôuillétâ tie sont ]pas ici deà tbtmatiôns locales ^\à
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attesteraient, suivant la légende des Muyscas, le dessèchement d'un lac alpestre; ces formations se rattachent à des phénomènes beaucoup plus considérables, qui embrassent des espaces très-ètendus. Elles se retrouvent disposées symétriquement , par delà les montagnes et les vallées, dans le bassin profond du Rio Magdalena , aussi bien que dans les plaines du Meta et de FOrénoque, à Test et à Touest de la grande Cordillère. En me reportant à des théories géognostiques fort oubliées aujourd'hui , et qui datent d'une époque où la science avait encore fait peu de progrès, alors que l'on ne nommait guère les formations que d'après l'ordre de leur gisement, leur configuration extérieure et une analogie apparente avec certains types consacrés, j'avais cru reconnaître que trois formations stratifiées se suivaient sur le plateau de Bogota : c'était , en allant de bas en haut , le grès, le gypse et le calcaire.
La formation arénacée est partout visible dans la montagne orientale à laquelle est adossée la ville de Bogota , et à l'extrémité septentrionale du plateau, près du petit lac alpestre de Guatavita. Le calcaire ne parait pas s'élever aussi haut. Le rocher sur lequel est bâtie la chapelle de Montserrate est formé de grès jusqu'à la cime ; et sur le Cerro de Guadalupe , le premier tiers du rocher est seul composé de calcaire. Boussingault et Boulin , lors de leur expédition dans les Llanos, expédition également importante pour la géologie et les déterminations de lieux astronomiques, traversèrent toute la Cordillère orientale^ entre
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la ville de Bogota et les sourœs du Rio Meta , l'un des affluents de rOréuoque ; partout ils trouvèrent du grès sur les hauteurs , et ils ajoutent que souvent ce grès était coquillier (78). Le Paramo, à travers lequel on gagne la plaine de Bogota , portait autrefois mal à propos le nom de Chingasa ; le nom de Chinguachi, par corruption Choachi, convient mieux, à cause du petit village de Chiguachi que Ton rencontre plus loin vers Test, au pied du Paramo, et qui est situé si bas qu'à très-peu de distance on peut cultiver la canne à sucre. Le grès est une formation puissante et répandue sur de vastes espaces. Je Tai suivie sans interruption depuis Bogota jusqu'à la vallée du Rio Magdalena , en descendant par le village de Pandi et les ponts naturels d'Icononzo , près de Fusagasuga. Un peu plus au nord , près de Yilieta , le grès repose sur des dép6ts de schiste argileux , riches en minerais de cuivre (79). Ce fait d'une même formation aré* nacée, partant des vallées situées à droite et à gauche d'une chaîne de montagnes et s'élevant avec ces montagnes à une hauteur de 5900 mètres au moins, est un phénomène considérable, et l'un des nombreux arguments que l'on peut invoquer en faveur du soulèvement de la chaîne des Andes. Pentland a observé des relations identiques sur la haute plaine de Titicaca. Â partir de la côte du Chili , des cou* ches de grès contenant du gypse , de la houille , du sel gemme et du cuivre , et nommées par Pentland Ne%D Red SandsUme , montent sur la Cordillère pour aller rejoindre les plaines orientales du Rio Béni ,
compriaes daos le bassia de la rivièro dcM Ama» ïones,
Sur le plateau de Bogoifi et QQÛO piçds plus ba» , au*desîsous du village de Pandi , dans cette partio d^ la vaUéa de la Alagdalena qui avoisine Melgar, le grè* est d*un blanc jaunâtre , ricbe en quarts , h grain« Qns , cinientés par de Targile. Il contient si peu de calcaire qu'il ne fait point effervescence avec les acides. Près de Sonda, j'ai vu des coucbes & grains fins alterner avec des dépôts d'argile et des con^ gloniérats k gros grains , qui renfermaient du fer et étaient d'un brun jaunâtre. Ces couches contenaient des fragments anguleux de pierre Lydienne longs de 9 à ft pQuces, du scbiste argileux, du gneis» et du quarts en couches, J'ai retrouvé fort au delà de Honda, près d'Espinal* les mêmes couches de con^ glomérats. Le grès que Vctn rencontre près de Zàvn^brano, sur les bords du flio Magdalena, h 16 miUei tout au plus de la mer, me parait appartenir k la même formation , aussi bien que le grès bouiller du Rio l^inu , et rappelle par sa structure globuleuse les gisements qui se retrouvent sur plusieurs points de r Allemagne. Des disques elliptiques de grès à grains très^fins , ayant de 2 ji 3 pieds de diamètre , sont engagés près de Zambrano dans des grès grossiers* avec des fragments à cassure esquilleuse et disposés par coucbes, au nombre souvent de douze ou quinne* Nulle part je n'ai trouvé cette formation arénacée superposée à aucune autre. Sur le Penon de Roses, aux bords du Rio Magdalena et près de Mariquita , la
gréa repose immédiatement 8ur du granité contenant dâ la tourmaline ; il a pour base du gneiss au« bords du Rio Lumbi , près de la mine d'Argent de Santa- Ana, ^t un schiste argileux de transition entre la forêt do cbênes de l'alto de Roble et Valto de Gascas, ç^ost-à^dire au tiers de la route qui conduit de Bogota à Honda. I^o grès contient « dit-on , des cavernes , sur le plateau situé près de Facatativa et sur U pente occidentale de la Cordillère voisine de Pandi.
Dans la formation arénacée que je décria en eo moment , se trouvent , non pas immédiatement au-* dessous du grès , mais au-dessous d'épaisses couches de schiste argileux qui les en séparent , de véritables dépôts de houille , distincts des dépôts de lignite , et dont plusieurs sont en exploitation. De même que les mines de sel gemme , dont j'aurai à parler plua baSt ces débris d'une végétation antédiluvienne sont situés à des hauteurs très^diverses. J'en sais dont l'élévation varie depuis 0800 jusqu'à 2700 mètres au-dessus de la mer. On peut citer comme eiem-^ pies de cette inégalité de niveau les dépôts compris entre la Palma et Guaduas ; ceux qui avoisinent Vêlez et Leiva ; ceux qui sont situés sur le plateau de Bogota , prés de la chute de Tequendema et de Chipa dans la colline de Suba , et à l'autre extrér mité de la plaine , à une demi«-lieue vers l'ouest des mines de sel gemme de Bute , près de Zipaquira. On a bien trouvé des empreintes de végétaux fossiles dans la roche qui recouvre les dépôts de houille , mais Ton D*a trouvé encore ni Fougères , ni Lycopo-
de surprise à une époque où Ton ne soupçoDuait point Texisteuce de sources salifères dans le porphyre, ni la production naturelle du sel gemme au bord du cratère actuel du Vésuve. Un voyageur non moins pénétrant qu'attentif , M. Charles Degenhardt , a éclaird ce phénomène par des dessins. Les sources salifères sortent immédiatement du granité , près de El quarzo, à Touest du cours supérieur d*un autre Rio Negro , qui se jette dans le Rio de Narès.
La formation arénacée et peut-être aussi en quelques endroits les dépôts rares et disséminés de gypse sont recouverts d'épaisses couches de calcaire stra* tifié horizontalement. Le calcaire descend du plateau jusqu'à Helgar et Tocayma , dans la vallée profonde du Rio Magdalena, où il parait être plus abondant en fossiles que sur les hauteurs des Cordillères. J'ai trouvé dans le calcaire qui avoisine Tocayma les premières ammonites que j'aie aperçues sous les tropiques.
Le diluvium qui couvre le plateau de Bogota a été formé aux dépens du grès ; heureusement il est mêlé sur plusieurs points d'argile et de marne, qui le rendent très-propre à la culture des céréales européennes. Dans les parties du sol plus pauvres, où le quartz est plus abondant, d'humbles grami^ nées telles que le Pharus scaber, le Poa infirma et rOlyra cordifolia végètent , ainsi que quelques espèces de Tagetes, de Viola et d'Hemimerîs, à l'ombre d'un Alnus ferrugînea. Dans le Champ des Géants que j'ai fait fouiller pendant plusieurs jours poiur y
trouver des oMemeoto fossiles , reposent ^ au milieu d*un terrain d*alluvion ^ des restes de Mastodontes et surtout I d'après Feiamen qu'en a fait Cuvier^ du Mastodonte angustidens (83)4 Les débris découverts sur la haute plaine de Meiico appartiennent à de vériri tables Éléphants, bien qu'à des espèces qui ont disparu de la terre. Il est digne de remarque que dans la région intertropicale du nouveau continent f contrairement à ce que Ton observe dans la région tempérée du nord et du midi , le plus grand nombre d'osse^ ments fossiles d'Élépbants et de Mastodontesi trouvés jusqu'à ce jour, l'ont été sur les hautes croupes des Cordillères f par conséquent dans la Tierra Friu 4 et non pas dans les plaines chaudes « contiguds aui montagnes^ Ces ossements restent-ils mieux cachés sous la végétation luxuriante des plaines, et ont-ils été mis à jour par le soulèvement des montagnes? On peut dter du moins à l'appui de cette hypothèse l4s ossements de Mastodontes et de Rhinocéros qui oflt été découverts sur les hauteurs de l'Otiral , et des deux cètés de la chatne , dans les vallées de l'Irtysch et de la Cama , mêlés à du sable aurifère , et dissé^ milles, avec d'autres ossements fossiles ^ au milieu de diluvidm^
J'ai indiqué le gisement des foches stratifiées uni^ qoendent d'après leur étendue relative , sans les ca-» jractériser en elIcMs-mèffles par leur parallélisme ou plutôt par leur identité avec les types bien connus que nous offre TEurope. Cette réserve est nécessaire à une époque où l'on ne peut guère se guider que
d*après Tétude exacte des circonstances zoologiques et des fossiles qui caractérisent les formations. Je rapportais autrefois , dans les Cordillères , la vaste et puissante formation arénacée , avec les houilles et les dépôts superposés de sel gemme, au grès ancien (todtes liegende) , et je croyais le calcaire du grand mur de Tequendama composé en partie de zecbstein avec mélange de gypse , en partie de calcaire jurassique. Nous savons aujourd'hui que la houille renfermant de véritables Fougères, des Monocotylédones et des troncs de Conifères, appartient , comme le sel gemme, à des formations très-diverses. Nous connaissons des dépôts de sel gemme qui ^ ainsi que Ta bien fait voir le directeur général des mines , M. de Dechen , partent du zecbstein mêlé de gypse et placé au-dessous du stiukstein , tel qu'on le voit près de Kostritz, et pénètrent jusque dans la craie inférieure, après avoir traversé le grès bigarré en Angleterre , le muschelkalk ou calcaire coquillier en Souabe , et le keuper en Lorraine (83). Le petit nombre de fossiles que je rapportai des contrées tropicales du Nouveau- Monde s'accroît peu à peu de découvertes beaucoup plus importantes. Le calcaire du Mexique, de la Nouvelle-Grenade et du Pérou , que Ton mettait autrefois dans la classe du zechstein et du calcaire jurassique, est menacé du même sort <iue le calcaire des Alpes suisses , que depuis trente années les géologues ont fait passer par tant de vicissitudes , le prenant successivement pour du calcaire de transition, puis en grande partie du moins pour un représentant du lias^
et enfin pour de la craie proprement dite. lia craie inférieure s'est-elle aussi élevée sur les hauteurs de la chaîne des Andes du fond de la vallée des Amazones? La formation siliceuse du Pérou , épaisse de plusieurs milliers de pieds , que Ton rencontre près de Truxillo , à Tendroit où Ton descend du plateau de Gaxamarca vers la mer du Sud , et que j'ai décrite dans mon Essai sur te gisement des Roches , est-elle du quadersandstein intermédiaire entre la craie supérieure et le gault (8&) ? Ce sont là des problèmes importants que ne manquera pas de résoudre bientôt, grâce à l'accroissement continu des matériaux dont la science dispose , le géologue éminent qui , dans l'étude des fossiles , poursuit à la fois les aperçus physiologiques et géognostiques avec la même pénétration et le même bonheur (85).