DEUXIÈME EXPÉDITION
c Le premier jour de notre expédition , 11 août , nous vînmes passer la nuit dans une mauvaise cabane en chaume, nommée le Corral^ située assez près
da volcan , k la hauteur de 3693 mètres , et inhabitée; nous y établîmes notre quartier général.
» Le lendemain nous allâmes » à cheval, jusqu'au pied des couches de pierre ponce et sable qui couvrent toute la partie supérieure du Pichincha , et que Ton nomme YArenal (la grève) (&9). Nous laissâmes nos chevaux et nous montâmes TArenal, armés de longs bâtons ferrés. Sur ce sol mouvant , dont la pente va de 25 à 35 degrés , il nous fallut une heure et demie pour monter une hauteur de klO mètres, et atteindre un des points de Tarête du cratère....
» Nous commençâmes nos opérations par le levé de la crête du cratère , et vers le soir nous retournâmes au Corral.
» Nous revînmes le jour suivant, 13 , et nous arrivâmes , à cheval , jusqu'au sommet. Il nous fallut renoncer au projet que nous avions formé de parcourir toute la crête , pour reconnaître s'il n'était pas possible d'entrer de plain-pied dans le cratère par les deux ouvertures qui existent , Tune au sud et l'autre à l'ouest, dans les flancs du Pichincha, et nous nous déterminâmes à entrer directement par Test dans le cratère, ou plutôt dans les cratères ^ car l'immense cavité du volcan se compose de deux entonnoirs situés Fun à l'est et l'autre à l'ouest, et qui paraissent être le résultat de deux éruptions ou de deux séries d'éruptions bien distinctes.
• Nous descendîmes dans le cratère oriental , chargés de nos instruments et accompagnés du seul Indien qui avait osé nous suivre , et qui nous portait
quelques vivres^ du nn çt de la gj^pe. Pétais m{ pn^ du cratère à deux lieure^ ef demie d|a soir, ^p^ès ^ne marche de troi? quarts d'I^eure. Mes camarai^l^s, après avoir essayé un autre cbeipii) qui se trouva iffiprafi.cable , furent euQn preD(|re celui que j'avais suivi, et .me rejoigpirent à quatre fieure^ jet demie. Nouç étipDS descendus d'unp hau^iei^r de ^20 mètres (^0).
f Le cratère oriental n*pst , aujourd'hui , ^ptrç chosjî <)i^'un ^and pvin , au fond duqpel se dei^^ing up forrept, toujoup^ à sec lojrs(ju'il r}e pleut pa^; Nous (Jejjcpndffpes \e torrept pouf al^pr cQmmence|r nos opérations à la sortie du crajère^ et, cl^emin flf^^apt , nous rencontrâqies sur le hord 4e ce torrei^t (hauteur /i/jOS mètres) un rocher haut de l^ mètre?, Qt {iy§nt à sa part^ si^périeure pne sajllie pu espèce de corniche ; nous le choisîmes comme le plus copr venable pour notfe demeure nocturne, et, la nuit vepue , nous nous couchâmes sur un lit formé d'herbes et de n)ousse, enveloppés daps nps ponchos de bayelte , et n'ayan^ d'ailleurs , par une température de — 3 dejgrés , que le ciel pour toit.
i Le lendemain, 1&, nous levâmes le cours du torrent dp cratère oriental^ et, après le travajl de la journée, nous revinn^es la nuit dans notre ^ite de la veille. Nous remontâines le 15 , de bon niatin , le torrent jusqu'à la hauteur de 4547 mètres, poiqt le plus bas du faîte qui sépare les deux cratères , gt pou? pous disposânies à entreprendre la périlleuse descente au cratère occidental. Nous epiportâmes dpflî boiiteifles ^emplies de glacp, <jue np}is fofidînjçs
ep§||if,e ^a^9 Içç |)9ucbÇ5 f}u ypjfaj} , et P9H9 ftrrir vâmes au bas à huit heures et demie , apr^$ i|p$ i^ftrcjiie jiç 4^^j fiei^res et de? 4ftp J^rs mflqis. Nous étipn? 4-e§cerj(Jpç petje fqi^ d'upe haqtei^jr de (^i^ njètfes.
» Nous pou^ in|mes apssitôt à foire le )ey.é d'pi^ pqlygone dans Tespèce de petite pjaipe qui pst au pied des parois du cratère , levé (|ue no|is poussAipea jusqu'à la sortie très-étroite dudit cratère, fit qoiis détermipâmes en même temps les points essentiels 43es prêtes extérieures. ]Pen^ant ce travail , je nip ^epfis pris 4'unie sorte dç vertige qui produisit d^ps tout mpp êfre une singplière révolution : le sol manquait sous ipes piedç , je cl}ancelaîs comme pp |iomme ivre, et je fis plusieurs tours qp foisanj. quelques pas pour chercher l'équilibre; je me senta|s près de tomber, lorsque cela se dissipa tout à coup. Mon coopprateur était alors à 100 piètres de moi, ^t je lui demandai plus tard s'il n'avait pas senti de tremblement de terrp , ce que je supposais le plus vraisemblable à cause de la proiipiité des bouches volcaniques. Il me répondit que non ; et cependant je ne pu^s attribuer que difficilement ce pialaise aux gaz du volcaïf ^ puisqi^e peu après ^ et pendant assez longtenigs, nous respirâmes ces mêmes gaz dans les orifices volcaniques saps éprouver aucune incommodité. D'un autre côté, je ne suis pas sujet à ces pâmoisons , et c'pst la première fois nue cela m'est arrivé.
> Dès que nous eûmçs conclu nos opérations de levé , nou9 allâmes reconpaître tout ce que Tinté-
rieur du cratère nous offrait de curieux et d'intéressant
> Le cratère occidental est de forme à peu près circulaire, et présente assez bien la figure d*un entonnoir ; ses parois ont une inclinaison générale de 50 à 70 degrés ; au fond existe une petite plaine dans laquelle coulent deux torrents qui se réunissent à Tonverture du cratère vers Touest ; h Tune des extrémités de cette plaine et à Touest , s'élève un mon* ticule presque circulaire ou cane d* éruption ^ dont le point culminant (hauteur &178 mètres) est à 80 mètres sur le fond moyen du cratère, et dont le diamètre est d'environ &50 mètres. Ce monticule est embrassé par les deux torrents dont j'ai parlé plus haut; et quand il tombe une forte pluie, il apparaît comme une presqu'île au fond du cratère. Il est loin de présenter aujourd'hui une forme parfaitement conique : les grandes cavités et les monceaux de pierre qui existent à sa surface , les ravins et les gerçures qui le sillonnent en tous sens, attestent les nombreuses et violentes commotions qu'il a éprouvées dans les temps modernes; mais, en examinant avec attention quelques vestiges qui sont restés intacts , on parvient facilement k reconstituer un cône qui a dû exister autrefois dans son entier. Il y a, par exemple, à l'est du monticule, une assez grande portion de l'ancienne surface qui présente un peu de terre et qui est entièrement couverte de végétaux, tels que joncs, herbes, et une plante vigoureuse nommée dans le pays Achupaya (51) et qui ressemble
à l'ananas; cette surface m*a paru se rapprocher singulièrement de la forme du cône de révolution « et ce qui m*a frappé le plus , c^st de n'y rencontrer aucun débris des éruptions antérieures, lesquelles ont jeté le désordre daus toutes les autres parties.
> Toutes les bouches volcaniques, soit éteintes, soit en activité , sont situées dans le cône d*ér uption ; il nous a été impossible d'en voir la moindre trace ailleurs. Elles sont disséminées dans de certains es* paces formant des groupes à peu près circulaires, dont le diamètre va jusqu'à 25 mètres. Il y a en tout neuf groupes , six de bouches ignivomes , et trois de bouches éteintes. Toutes ces bouches sont généralement situées dans les endroits du cône d'éruption qui paraissent avoir éprouvé les commotions les plus récentes. Uentonnoir qui est au pied et à Test du cône a &5 mètres de diamètre et 20 mètres de profondeur, et contient trois groupes , deux de bouches ignées sur les bords , et un de bouches éteintes au centre. Ces bouches sont les premières que Ton rencontre lorsqu'on descend au cratère par le chemin que nous avons suivi , et sont les seules que Ton distingue bien par un temps clair, du sommet du cratère oriental. A peu de distance , et à la droite de Teutonnoir, on voit une crevasse qui s'étend parallèlement au ravin et dont la plus grande ouverture est de 0~,10 ; elle donne issue à quelques rares vapeurs. A la gauche du même ravin et vers la hauteur, on voit une bouche unique située fort capricieusement au milieu des végétaux dans la partie qui est restée intacte de Tan-
den cône d'éruption ; les herbes croissent librement à moins dé 1 inètré de Toriflce. En montant ensuite vers la partie supérieure du cône , on rencontre deux groupes de bouches actives , et enfin , au sommet , on trouve le groupe le plus considérable et le plus imposant des bouches du volcan. Celles-ci, au nombre d'environ quarante, àbhi situées dans une des parois d'un enionhoir dé 80 mètres de diamètre et de 20 métrés de profondeur (5Ô) ; cette cavité et les lieux qui Favoisinerit présentent Taspect des plus eiTrayants bouleversements : des quartiers de roc qui ont jusqu'à & mètres dans leurs trois dimensions, sont jetés pêle-mêle dans le plus grand désordre , représentant çà et là des tas informes de décombres ; de vastes cavernes qui existent entre ces pierres constituent les cheminées desquelles s'échappe une fumée abondante dont l'homme ne peut supporter la chaleur ; enûn , à la gauche et vers le pied dû cône d'éruption , se trouvent deux groupes de bouches éteintes peu distants l'un de l'autre. Le nombre total des boufches Ignivomes est d'enviroil soixante-dix.
» 11 est probable que les bouches que tîôus avoiis appelées éteintes rie sont autre chose que des bouches actives dont les conduits se sont accidehtéllement obstrués t)ar des éboulements ou mouvements inlérîeurs, et qu'elles se rouvriraient à la moindre Impulsion sortie des entrailles du volcan.
» Là plupart dès cheminées Sont formées par les concavités (Jui existent éntrfe les blocs dd pierre; d'àùtrês se SÔQt f^U jôUr k travers tîh sol inôuvànt
66mpoââ âé céndreâ , sable et soufre ; elles semblent sortir d*unë fourmilière fraichement formée. On ne peut suivre à la Tue la direction des cbcminées, parce qu'à partir de Toriflce elles se tordent dans tous les sens ; le plus que nous ayons pu voir, c'est I 2 mètres de profondeur, les boucbes qui présentent quel(}ue tégularité , c'est-à-dire celles qui sont Sitdées dans un sol friable , ont en général un fort petit diamètre , lequel ne dépasse jamais 0*^30 ; mais , qudnt aux auttes , il est impossible de les définir; elles occupent tous les espaces plus ou hioins grande qiii sont restés vides entre les pierres, et dodt la forme ne peut se décrite. Les vapeurs qui s'échappent des fcheminées , et que l'on peut respiret* sans éprouver une bien grande incommodité , exhalent une odeur à la fois de soufre brûlé et d'œufs pourris, ce qui nous a fait Juger qu'elles sont vu mélange des acides sulfureux et sulfhydrique. Datis les groupes du premier entonnoir, les g&z, près de l'orifice, sont à la température de 87 degt^és ; fet une circonstance qu'il ne sera peut-être pas inutile de rapporter, c'est que dans une expédition préparatoire que nous fîmes le 15 janvier 18&5, il nous fut assez facile d'extraire des cristaux de soufre d'une des cheminées, tandis que, le 15 août, la main ne pouvait en supportel* ta chaleur. Quoique nous n'ayons pas pris la température de la vapeur dans le groupe principal au sommet du cône , je crois , d'après \A thaleur intense (^ue nous avons éprouvée dans le vMsinagé deë ilouches, qu'elle e&t supérieure & S7 de-
grés. Les gaz , en s'échappant des cheminées , produisent un bruit ou sifflement assez semblable à celui qui jaillit de la soupape d'une machine à vapeur. Ce phénomène n'est cependant pas commun à toutes les cheminées. La surface intérieure de toutes les cheminées est entièrement tapissée de cristaux aciculaires d'un soufre très-pur, déposé par voie de sublimation lorsque les gaz arrivent au contact de l'air froid de l'atmosphère. Sur les bords et en dehors de quelques-unes de ces cheminées , on trouve également du soufre compacte affectant la forme des stalactites : je pense que les vapeurs passent quelquefois à une température suffisante pour que les cristaux entrent spontanément en combustion ou au moins en fusion ; alors le soufre qui est près des lèvrçs de la bouche coule peu à peu le long des pierres , et celui qui n'est pas brûlé forme les stalactites que l'on voit aujourd'hui. On ne trouve point de stalactites dans Tintérieur des cheminées » et, en effet, le soufre fondu doit s'y volatiliser une seconde fois. Dans quelques endroits, et seulement dans l'espace occupé par les bouches d'un même groupe, on rencontre, à la surface du sol , une espèce de scorie verte, en plaques larges tout au plus de 10 centimètres et de 2 centimètres d'épaisseur ; ces scories fragiles , à surface semi-vitreuse et inégale, donnent, par la combustion, une odeur de soufre brûlé, en laissant un résidu de cendres grises ; elles proviennent sans doute de petites éruptions fort récentes où les matières lancées dans l'atmosphère à l'état de fusion
sont retombées en s^aplalissant et prenant la forme mgueuse du terrain où elles se sont solidifiées. Dans quelques groupes et leurs environs, le sol se compose d'une terre presque argileuse, de cendres, sable et petits fragments de soufre; ces matières sont tantôt agglomérées , tantôt inbérentes , et le terrain qu'elles forment a , en quelques points , si peu de consistance , qu'il y a des bouches dont nous ne pûmes nous approcher qu'à une distance de 5 mètres, de peur d'être engloutis dans des monceaux de poussière et de sable. En plusieurs points, le sol apparaît teint en jaune , tantôt par les fragments de soufre qu'il renferme , tantôt par l'effet des vapeurs sulfureuses qui viennent se condenser à la surface des corps. La température des bouches ne se propage pas généralement à une grande distance ; seulement le terrain et les pierres en contact immédiat avec une cheminée participent à sa chaleur ; on perçoit également de la chaleur dans quelques crevasses et dans les cavernes formées entre les blocs de pierre ; mais, à la distance de quelques mètres , la température des corps terrestres est, à la surface , la même que celle de l'atmosphère.
> Nous sortîmes du cratère occidental le Jour même de notre entrée, 15 août, à deux heures de l'après-midi. Nous ne pouvions pas retrouver notre chemin k cause d'un brouillard très-épais qui ne nous laissait pas voir à dix pas. Pour comble de malheur, il commença à tomber une pluie fine qui dura ensuite tout le reste de la journée. Ce jour-là ,
mon compagnon et notre Indien échap^èrètit & 1& mort comiiië par miracle : Ils montaiebt dans tm ravin et atteignaient un coude bu chan^emetit de directioti , lorsqu'un tonnerre épouvantable se fit en* tendre dans la haùteOl*, et bientôt une ntlée de grôâ firojfectilèii passèrent avec un fracas et un sifiOiement borf ibles à 2 mètres de leurs têtes ; s'ils eussent été plus avadcés de trois pas, ils étaient irrémissiblement emportés par ravalanchè. A quatre heures trente minutes nous atteigtitmes le fond du cratère oriental. Nous étiodi» épuisés de fdtigue et de faim , car notre déjeuner atait été très-frùgal; ùôus étions mouillés et couverts de blessure^, et, malgré cet état déplorable, il fallut noUs résoudre à aller passer la nuit dans notre repaire accoutumé , car, pour ma part, il ne mereitait plus assez dfe forces ^our grimper jusqu'au sommet du volcan. Nous primes un peu dfe felace pour notice 8out)er, et nous nous bldtitmei derrière nôtre rocher, où nous restâmes ainài toute la nuit , à la înode des Indiens , c'est-A-dire la tété entre tes deux getiouî , car la pluie ne nous permettait pas de nous coucher. Inutile de dire que nous ne pûmes dormir. Nous nous remîmes sur pied au point clu jour ; nos membres étaient engourdis, pétrifiée. Nous dous rafraîchîmes avec une poignée de glace , et nous t-ecomraedçftmes à grimpef. Mon compagnon, M; Garcia Mdi*eno, montait sur un plan incliné fort dur^ le pie4 lui manqua , et il glissa sur le dos la lodgueur de Id tnèti^ed, jusqu*& ce qu'il vint bottêl^ ëontre dhé pikrte qui, fôrt heui^euàëmént , ûé
se détacha point. Entihy après des fatigues et des peines inouies , nous atteignîmes le sommet du volcan à neuf heures
> Le diamètre total et supérieur des deux cratères est de 1500 mètres, et celui du fond du cratère occidental de 700 mètres (53) Les parois intérieures du volcan avec leurs tours gigantesques et leurs énormes rochers noircis par le temps , Tobscurité naturelle des cratères dans lesquels les rayons du soleil ne pénètrent que depuis neuf heures jus* qu'à trois heures , les bouches volcanique^ lançant des colonnes de fumée du fond d'un gouffre de 750 mètres de profondeur : tout cela donne aux cratères un aspect à la fois majestueux et terrible (5/i).
• Le cratère oriental mé paraît être plus ancien que celui de l'ouest. On y trouve, en effet, plus de traces dé cheminées volcaniques, et le cône d'éruption, qui probablement s'y est établi après la formatioii de sa cavité , a complètement disparu sous les éhoulements des parois et peut-être sous les matériaux lancée postérieurement par le cratère occidental. Les parois dii premier ont peu d'inclinaison et sont dans un état de quiétude presque parfaite comparativement à celles dii second , ce qui semble attester pour celui-là iiné plus longue existence. Mais on ne peut méconnaître l'antériorité dû cratère oriental, surtout lorsque l'on examine avec attention le faite qui sépare leé deux entonnoirs ; ce faîte est coiipé à vive are té et presque vërticalèmeni du côté du cratère occidental, tandis que, de l^àutré, lès plans de sable
sont très-peu inclinés et s*arrondissent vers le baul, et Ton voit clairement que la partie occidentale a été emportée en dernier lieu ; les masses de roches trachytiques du cratère oriental ont disparu d'ailleurs sous des couches de sable et ponce » qui n*ont pu sortir que du cratère occidental et ont comblé en partie le premier. Le cratère oriental 8*est ouvert au sommet de Tancien Pichincha, et Foccidental sur le côté de ce volcan.
» La ponce est le produit des dernières éruptions de quelque importance qu'ait faites le Pichincha, car s'il en était autrement, on ne trouverait pas cette roche & la surface ou on ne Ty verrait pas toute seule. A partir de TArenal , les flancs inférieurs du volcan sont couverts de végétation , et la croûte superficielle du sol est formée de terre, sable et trèspetits fragments de ponce. Nulle part on ne trouve des débris qui puissent être attribués à de récentes convulsions. On voit seulement quelques gros blocs, mais extrêmement rares, traverser la couche de terre végétale, et ils peuvent très-bien faire partie de la masse intérieure et lithoîde de la montagne. Ainsi les matières rejetées par le volcan dans les époques antérieures à la production de la ponce ont complètement disparu , détruites par le temps ou décomposées par les agents atmosphériques , au moins en partie. Cependant les éruptions qui ouvrirent les cra* tères actuels durent être terribles : les roches solides qui composaient le sommet du Pichincha et les matières vomies ensuite par les entrailles du volcan
furent lancées à d'immenses distances, et de violents tremblements de terre, conséquence naturelle des révolutions volcaniques , répandirent la désolation dans toute la contrée. La tradition aurait donc dû perpétuer le souvenir d*aussi épouvantables catastrophes si rhomme en eût été témoin. Mais, selon rhistorien du Royaume de Quito ^ on ne savait pas, avant Féruption de 1539 , que le Pichincha fût un volcan ; et, d'un autre côté, les traditions des Indiens gardent le silence le plus absolu sur des événements d'une époque antérieure. Il est donc probable que les éruptions qui ont ouvert les cratères actuels ont eu lieu avant Tapparition de Tbomme dans cette partie de la Cordillère des Andes. Il faut même croire qu'avant 1539 les cheminées du cône actuel d'éruption avaient été obstruées pendant une longue série de siècles, car il eût été impossible aux Indiens de n'avoir pas connaissance des colonnes de fumée qui se seraient élevées, comme aujourd'hui, du fond du cratère. Les éruptions de 1539, 1577, 1587 et 1660 (55), qui sont les seules que l'on connaisse, ont toutes eu pour théâtre le cône d'éruption actuel, et c'est peutêtre à cette époque que le sommet de celui-ci a été emporté, et que s'y sont formés les entonnoirs qu'on y remarque aujourd'hui. Mais il est impossible que l'éruption de 1539, quoi qu'en disent l'histoire et la tradition, ait lancé jusqu'à Ina-Quito les rochers ou blocs erratiques de 3 mètres et plus de diamètre qui couvrent à présent une partie de la plaine. 11 n'y a, en effet, nulle autre trace de débris provenant d'é-
rupUqns fécentes sur Jjes vastes fl^ncçdu Pic|iinçha^ et les deux entonnoirs du cône d*éruption, qui seuls auraient pu produire les matières projetées, fi'ont pas assez de capacité pour avoir fourni une quantité aussi considérable de projectiles dont quelques-uns seraient parvenus à la distance de â lieues et demie. D*un autre côté, les ma]l.ériaux lancés dans les directions comprises entre 0 et 45 degrés allèrent rencontrer les parois et rpulèrent une seconde fois au fond du cratère , et il n'y eut que ceux dont la direction était comprise entre 45 et 90 degrés (|ui purent être projetés au dehors; prenant donc le cas le plus favorable, qui est celui de la direction initiale à 45 degrés, il eût fallu que, pour parvenir à Ina-Quito, les projectiles se fussent élevés à 5000 mètres environ au-dessus du niveau de Quito, phénomène non pas impossible assurément, mais fort ii) vraisemblable et que démentent tout à fait les dernières révolutions du volcan qui ont été, relativement, d'une espèce toute paisible* Les éruptions des temps modernes oqt donc été de peu d'importance, et s'il y eut die grands désastres à Quito et dans ses environs, ils ne peuvent être attribués qu'aux tremblements de terre qui furent les suites ou peut-être la cause des convulsions volcaniques La tradition erronée des blocs erratiques d' Ina-Quito se sera établie sans doute à l'époque des dernières éruptions, et il aura suffi qu^un conteur de nouvelles leur supposât une origine volcanique pour qu'on les admît généralement comme un produit des éruptions de 1539 et 1577. »